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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 11:01

Question !!! Les primaires de « Les Républicains » tuent-elles la démocratie ?

La démocratie sortira sans doute très fatiguée de ces primaires où le citoyen se transforme en spectateur hyperactif d’un déluge rhétorique où tout et son contraire lui sont promis.

 

Les primaires devaient – et c’était une bonne idée – participer à la démocratie en rendant plus transparent le fonctionnement des partis politiques. Leur déroulement pourrait très bien aboutir au contraire : à force d’allonger la campagne électorale, et d’enchaîner débats confus pour ceux qui cherchent une investiture, et discours vides pour ceux qui font cavalier seul, les primaires forgent progressivement une lassitude pour le formalisme démocratique sans véritablement atteindre le fond des problèmes.

Un calendrier infernal

Avec les primaires, la campagne électorale dure un an. Les législatives s’achèveront en juin 2017, et c’est en juin 2016 que les rivalités pour les primaires ont commencé. En poussant le bouchon, on pourrait même identifier le début de la campagne à droite vers le mois d’avril ou mai 2016.

Avec plus de douze mois de préemption du débat public par les discours de campagne, le citoyen a le vertige : la démocratie, n’est-ce que préparer des élections ? Le calendrier des primaires produit une sorte d’excès de débat, d’hyperactivité oratoire qui discrédite l’exercice.

On notera qu’aux États-Unis, les primaires démocrates et républicaines sont conduites en même temps.

Les débats se suivent et se ressemblent

Dans la lassitude qui gagne, la succession de débats répétitifs ajoute un ennui à tant d’autres. Le débat qui avait lieu avant hier soir entre candidats républicains l’a encore montré. Qui écoute encore sept personnalités, dont les désaccords sont connus, échanger de façon mécanique leurs divergences de vue sur les mêmes dossiers ?

On pourrait s’en amuser si l’effet induit par cette sorte de rituel n’était pas à l’exact opposé des intentions affichées. Dans la pratique, on peine à croire que la famille « républicaine » («  Les Républicains ») puisse avoir encore des débats sereins dans les années à venir, notamment en présence de Nicolas Sarkozy. Sur le fond, il est quand même compliqué de comprendre que des gens qui appartiennent au même parti et se fréquentent depuis tant d’années aient encore besoin de débats aussi longs pour convaincre.

Les Républicains ne vendront pas de rêve

Une chose est sûre à l’issue du débat : le candidat républicain, s’il est élu à l’Élysée, ne rasera pas complètement gratis. Dans tous les cas, il promet une curée dans les effectifs de la fonction publique. Même Juppé supprimerait 300.000 fonctionnaires.

Nul ne sait si ces promesses seront tenues, mais un fait marque les esprits. Les Républicains n’ont pas vendu de rêve et ont eu à cœur de chiffrer leur programme. Certains ont même pondu des encyclopédies sur le sujet, comme Bruno Le Maire, qui devrait ne pas avoir le retour sur investissement (« se prendre une veste »). Tout ça pour ça ! Dommage pour ceux qui ont passé des nuits à tenir la plume.

On verra en mai si la tactique de la vérité (partielle, forcément, dans ce genre d’exercice) est payante.

Macron se différencie en vendant du rêve

Quelques heures avant le débat de Les Républicains, BFM TV retransmettait en direct le meeting de Macron à Marseille. Façon caucus américaine, Macron a prononcé un discours plein de promesses, aux antipodes de la technique en vigueur chez Les Républicains. Ici, on vend du rêve et de l’optimisme, pas du sang, de la sueur et des larmes. La tactique sera-t-elle payante ?

Macron a quand même quelques épées de Damoclès au-dessus de la tête, notamment sur ses relations avec les milieux d’affaires qui font sa campagne. Pour l’instant, il joue l’homme libre révolté contre le système (alors quil en est le pur produit). Combien de temps durera cette imposture ?

Celui qu’il faudra sans doute pour l’obliger à chiffrer son programme et à dire clairement qui paiera pour qui, sans effet de manche inutile.

La démocratie fatiguée

Reste que la démocratie sortira sans doute très fatiguée de cet exercice où le citoyen se transforme en spectateur hyperactif d’un déluge rhétorique où tout et son contraire lui sont promis. On aurait voulu non pas banaliser, mais rendre insignifiante la parole politique, qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

 

 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 09:20

Selon un sondage BVA, les Français n’ont qu’une confiance limitée envers les politiques : plus encore, un citoyen sur trois n’attend rien du personnel politique.

Un sondage BVA  pour la Presse Régionale et Domplus de novembre 2016 s’intéresse à la confiance des Français dans les hommes et les femmes politiques pour la compréhension de leurs préoccupations quotidiennes.

Les politiques manquent de crédibilité

Lorsque l’on interroge les Français sur la confiance qu’ils ont dans les hommes et les femmes politiques français pour prendre en compte leurs préoccupations en vue des prochaines échéances électorales, les réponses sont très négatives pour la classe politique.

34% des Français n’ont confiance en les politiques dans aucun domaine. Un citoyen sur trois n’attend donc rien du personnel politique. Près de la moitié d’entre eux n’a pas confiance dans le domaine de sa santé (51%) et de son logement (49%), ou encore pour l’équilibre entre leurs vies personnelle et professionnelle (51%). Cette proportion augmente à 61% concernant le vieillissement, à 63% concernant la situation financière de leur foyer, à 65% concernant leur emploi ou celui de leurs proches et atteint même 73% concernant leurs retraites

On remarquera que lorsque l’on interroge un millier de Français en âge de travailler sur l’équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle, on obtient un taux de 20% qui ne se prononcent pas ou… ne sont pas concernés.

On récolte ce que l’on sème

Ces résultats sont-ils si surprenants ?

La France est en situation d’échec :

  • sur le plan des finances publiques  
  • sur le plan de l’emploi,
  • sur le plan de la la sécurité,
  • sur le plan de la cohésion sociale  

Le premier point atteste que la France est l’un des tout premiers pays à penser résoudre les problèmes soulevés par les trois points suivants à l’aide d’un poids de l’État démesuré.

Cet État boule de neige s’insinue dans tous les secteurs de la vie personnelle et quotidienne de chacun. Il prétend qu’il faut manger des fruits et des légumes, aussi bien que l’existence d’un salaire minimum ne nuit pas à l’économie. Il expose quotidiennement son échec retentissant aux Français. Ces derniers ne le perçoivent pas et pour cause, la plus grande partie du système politico-médiatique est nourrie par cet État et personne n’est enclin à mordre la main qui nourrit. Le système est bien conçu…

Qu’en est-il des politiques ? Pour être élu, il faut vendre de la protection, de la politique étatique, de l’aide sociale, de la subvention. Il ne faut certainement pas plaider en faveur de la liberté et de la responsabilité, deux principes qui conduiraient assurément le peuple à constater l’inutilité flagrante des politiques politiciens et l’inefficacité croissante de l’État. Alors les Français n’ont plus confiance.

Certains, de plus en plus nombreux, se tournent vers l’abstention. Certains, de plus en plus nombreux, se tournent vers des extrêmes au discours aussi vide de sens que vendeur. D’autres  (dont nous sommes) encore croient en l’émergence d’une domination centriste qui réconcilierait le pays.

Mais,  en fait, tout cela n’est pas très important tant qu’il faut, pour parvenir et se maintenir au pouvoir, priver les Français de leurs libertés au nom de causes variées, prétendument supérieures. Et de temps en temps, feindre de s’offusquer de la rupture entre le peuple et ses élites…

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 10:32

Nathalie Koscuisko-Morizet (NKM), seule femme candidate des primaires à droite, affiche des propositions plutôt libérales. Qu’en est-il vraiment ?

Les primaires de la droite nous gratifient de débats. Force est de remarquer que NKM , âgée de 43 ans, polytechnicienne et seule femme, tranche avec le reste des candidats.

Elle nous joue la carte de la séduction par la modernité.

Hélas, hélas, modernité affichée mais surtout pas libéralisme…

Certes, NKM s’est déclarée partisane de la flat tax . Dans la vision libérale, la flat tax désigne en principe un impôt à taux unique et applicable à tous.

Voyez cela comme une sorte de charge de copropriété minimale pour s’assurer que ce ne soit pas le foutoir dans les parties communes et responsabiliser tous les copropriétaires occupants de l’espace public. C’est simple à recouvrer (donc nécessite peu de fonctionnaires) et il n’y a pas de clés de répartition permettant toute sorte de déviances électoralistes. Du style : “ceux qui votent pour moi paieront moins que les autres”.

Bizarrement, dans le détail du programme de NKM la flat tax devient un “impôt proportionnel individualisé”. Autant dire, tout sauf une vraie flat tax et retour à la case départ, à savoir un système fiscal flexible selon le poil des électeurs qu’on veut caresser.

Notre polytechnicienne promeut aussi une alchimie magique “fiscalité – économie numérique”.

Supprimer l’ISF – l’impôt sur la fortune – serait impopulaire, les sondages le prouvent. En France, un riche est présumé avoir gagné de l’argent en exploitant des pauvres. Heureusement, dans le pays des Droits de l’Homme, la justice fiscale est là pour redistribuer ce qui a été injustement distribué. Probablement parce que nos lois sont mal faites et que c’est celle du plus fort qui règne, plutôt que la concurrence loyale… Ce qui explique certainement que la France soit le seul pays au monde à conserver cet impôt stupide.

Dans un programme, qui par ailleurs se targue de “100 milliards d’économies d’impôts d’euros de baisse d’impôts et de charges pour la compétitivité des entreprises” dans le but de “créer un choc de compétitivité dans notre pays”, NKM n’a aucune envie de supprimer l’un des impôts les plus stupides. Cela risquerait de la rendre impopulaire ou ce serait trop fatigant à bien justifier en élevant le débat. Son esprit fécond accouche donc d’une autre brillante idée : transformer l’ISF en “obligation d’investissement” dans les petites entreprises et notamment du numérique.

Tous les gérants de fonds techno, tous les employés des entreprises techno vont donc voter NKM. Les autres, la masse, sont indifférents puisque l’ISF est maintenu et “les riches paient”.

Vous voyez le truc…

Un petit “noyau dur” d’électeurs conquis (je connais peu de noyaux mous en dehors de celui de la paramécie, mais le langage journalistique aime noyau dur, donc je m’y plie).

Aucun électeur en dehors dudit noyau désagréablement chatouillé par la belle et lumineuse NKM.

Un beau petit exercice de démagogie.

Décidément, nos étatistes de droite sont indécrottables…

NKM est peut-être techno-branchouille mais pas différente de ses grands rivaux en ce qui concerne le dirigisme.

Il est douteux que les qualités nécessaires pour briguer et les qualités nécessaires pour gouverner – qui ont quelque chose d’antinomique – se retrouvent dans le même personnage. À la limite, on pourrait dire que celui qui a le plus de chances d’être élu a le moins de chances d’être un bon gouvernant.  
(…)
Aristote n’avait pas tort de remarquer que le démagogue et le courtisan appartiennent à la même espèce.”       Vladimir Volkoff, Pourquoi je suis moyennement démocrate

 

L’avantage incontestable de l’économie numérique consiste à remettre en cause un certain nombre de rentes en supprimant certaines barrières à l’entrée et en rétablissant de la concurrence là où nos étatistes de droite ou de gauche l’avaient fait disparaître pour complaire à leurs électeurs. C’est probablement pourquoi ces étatistes restent si imperméables à l’économie numérique, regrette Nicolas Perrin.

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 07:53

Un rapport privé, hélas confidentiel, du “Cercle des transports”, association regroupant 150 spécialistes techniques et économiques des transports en Ile-de-France, vient confirmer, chiffres détaillés à l’appui, mes craintes exprimées il y a 4 ans concernant le projet du “Métro Grand Paris”, trop cher et d’une utilité contestable. Le rapport propose de surseoir à cet investissement disproportionné et de se focaliser sur des améliorations indispensables au réseau existant, pour 5 fois moins cher.

Comme ce rapport est trop complet pour être médiatique, il m’a paru utile de résumer leurs travaux (52 pages, PDF), avant d’y ajouter une conclusion personnelle. Mais tout d’abord, rappelons ce qu’est le projet “Métro Grand Paris”.

À partir d’un bon constat, une mauvaise solution

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Le “Métro Grand Paris” consiste principalement en la construction de lignes de métro automatiques contournant circulairement la capitale, en petite et grande banlieue (cf plan).

Les promoteurs du projet, à savoir la région Ile de France et l’État, constatent justement que les déplacements de banlieue à banlieue augmentent plus vite que les autres dans la région capitale, et que le réseau routier actuel est incapable d’y faire face. Mais au lieu d’investir dans l’amélioration de ce réseau routier, comme l’ont entrepris la plupart des grandes mégapoles internationales, les décideurs publics ont décidé de se lancer dans la construction de métros automatiques autour de la ville de Paris, alors que l’essentiel du réseau ferroviaire urbain actuel est radial (lignes passant par la ville centre).

Or, contrairement à une autoroute, un transport en commun en site propre ne sait pas effectuer de liaison “point à point” sans correspondances, que les spécialistes appellent “rupture de charge”. Ces ruptures de charge ont un effet chronométrique et psychologique particulièrement dissuasif sur les voyageurs : si votre destination n’est pas située à l’immédiate proximité de la station finale, alors vous préférerez presque systématiquement l’automobile… ou ne pas entreprendre le déplacement.

Il y a quatre ans, je m’interrogeais sur la fréquentation potentielle des lignes tangentielles, en constatant que la densité de population desservie au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Paris centre diminue. Je concluais qu’il y avait très peu de chances pour que le plateau de Saclay soit plus attractif que le centre de la capitale (ou le pôle de la Défense) pour un habitant de Chelles ou Noisy, et que par conséquent, la fréquentation de ces lignes nouvelles serait très inférieure aux prévisions très optimistes de la société du Grand Paris, qui envisage plus 3, voire 4 millions de passagers quotidiens sur ces lignes nouvelles, là où la ligne A du RER dépasse à peine le million.

Le “Cercle des Transports”, ayant eu les mêmes craintes que moi, a étudié, avec d’autres moyens, la pertinence du projet. Voyons ses griefs.

Le Cercle des Transports appelle à une remise en cause du projet

Le « Cercle des transports » est une association composée d’anciens hauts fonctionnaires, d’universitaires, et de managers d’entreprises privées opérant dans le transport, qui réfléchit aux politiques permettant d’améliorer la compétitivité de l’Ile-de-France par l’amélioration des mobilités, entre autres champs d’étude. Le présent rapport, d’octobre 2014, est l’œuvre d’une petite dizaine de contributeurs, dont l’ancien économiste chef de la section environnement de l’OCDE, Rémy Prud’homme, et a pour auteurs principaux MM. Chapalut et Paul-Dubois-Taine, du Conseil National des Ponts et Chaussées.

Leurs conclusions sont sans appel, quoique rédigées dans une langue très châtiée. Mon résumé sera plus rude :

– Le projet est évalué à 27 Mds Euros, et subira, comme tous les projets publics d’infrastructure, une dérive de ses coûts. Or, le financement de ce projet entrera en concurrence avec le plan d’amélioration (alias “schéma directeur” en langage administratif) des lignes RATP et SNCF existantes, chiffré pour sa part à 16 Mds, soient 43 Mds d’investissement total. En effet, le réseau existant est théoriquement l’un des meilleurs d’Europe en terme de densité d’offre. Mais sa mauvaise gestion et son mauvais entretien font qu’il est dans un état déplorable, et que son exploitation est perturbée par des incidents à répétition transformant la vie des usagers captifs en véritable galère. Les auteurs du rapport craignent donc que, en cas d’impasse budgétaire, le Grand Paris soit privilégié par rapport à la modernisation, pourtant indispensable, de l’existant.

– Or, le Projet de Métro Grand Paris n’améliorera, au mieux, les temps de parcours que de 1 million de voyageurs quotidiens supplémentaires, alors que l’amélioration du réseau existant permettrait d’améliorer les temps de parcours de plus de 3 millions d’usagers existants. Les auteurs calculent que le coût de l’heure gagnée par habitant serait 2 fois plus faible dans un scénario de modernisation que dans un projet d’extension.

– Le métro grand Paris ajoutera aux 9 Mds d’euros de coûts d’exploitation 2,25Mds supplémentaires. Or, les coûts d’exploitation du réseau ferroviaire ont augmenté, en euros constants, de 33% entre 2000 et 2013, et ce sans que ce soit lié à l’augmentation quantitative de l’offre, qui compte pour moins du tiers du total, ni à un gain significatif de part de marché du transport public, qui est passée de 30% à 33% des transports mécanisés entre 1990 et 2013. Le Syndicat des Transports d’Ile de France veut donc ajouter une couche de coûts alors qu’il est incapable de maîtriser ses coûts d’exploitation actuels.

– Or, sur les 9 Mds annuels d’exploitation à ce jour, 4 Mds sont payés par les entreprises, soit au titre du “Versement transport”, une charge patronale (3,2 Mds), soit via le remboursement de 50% du titre de transport du salarié (0,8). Pire encore, le graphe ci dessous montre que ce sont les employeurs qui ont subi la plus grande part de la hausse des coûts de fonctionnement de ces dernières années :

Il est donc à craindre que les entreprises, qui paient déjà en France les charges sur salaires les plus lourdes du monde, voient leur addition augmenter encore. Sans quoi, il faudrait augmenter considérablement soit les impôts locaux, soit le prix du billet de transport.

– Le plan de financement général du Métro Grand Paris fera largement appel à l’endettement public. Or, l’équilibre des opérations de la société du grand Paris semble reposer sur des hypothèses bien trop optimistes, tant du côté des coûts que des recettes. Tout dérapage constituerait évidemment une charge supplémentaire payée in fine par les contribuables, actuels ou futurs, dans un pays qui n’a vraiment pas besoin de cela.

On ne saurait mieux dire que les auteurs du rapport voient bien plus d’inconvénients que d’avantages au projet. Mais que préconisent-ils ?

Les préconisations du cercle des transports : 9 Mds au lieu de 43 !

Chiffres à l’appui, les auteurs montrent que l’offre de transports collectifs ferroviaires, en terme de densité d’offre théorique, n’est pas inférieure à celle d’autres grandes métropoles européennes (Londres, Madrid, Stockholm, Berlin, etc…), et que les problèmes d’engorgement sont principalement concentrés sur deux secteurs : la section centrale de la ligne A (la grande ligne Est-Ouest qui passe par La Défense), et certaines lignes de métro/RER nord-sud. En contrepartie, l’état déplorable du réseau et des procédures de gestion des incidents parfois archaïques rendent l’exploitation de l’infrastructure déficiente, au détriment du service rendu, plombé par d’innombrables retards, voire des annulations de trains qui créent de la congestion sur l’ensemble du réseau.

Les auteurs préconisent de ne retenir qu’une partie du plan d’amélioration des lignes existantes d’un coût de 16 Mds. Ils estiment notamment qu’investir sur l’automatisation des rames des lignes A, B et D du RER, avec quelques réparations d’infrastructures aujourd’hui déficientes, permettrait de résorber nombre de sources d’engorgement en augmentant la fréquence des rames, tout en réduisant les incidents liés à des défaillances de conducteurs. L’amélioration de la ligne de métro numéro 14, et le prolongement de la ligne E (“Éole”) vers la Défense, permettraient encore d’améliorer la performance du réseau, pour un coût d’investissement total de 9,5 Mds. Mieux encore, le coût de fonctionnement global du réseau augmenterait peu, et les auteurs préconisent d’améliorer la gouvernance des transports en supprimant la dualité SNCF/RATP pour supprimer de nombreuses causes de surcoût de fonctionnement aujourd’hui bien identifiées (comme la nécessité de changer de conducteur entre SNCF et RATP sur les lignes B et D du RER à la station “Gare du Nord », pour cause de signalisations incompatibles ! Véridique).

Ils suggèrent en outre de faire auditer le réseau d’Ile-de-France et son exploitation par les maîtres incontestés des grands opérateurs ferroviaires urbains, à savoir Tokyo, Hong Kong, ou Singapour, afin que ceux-ci puissent apporter des éclairages nouveaux que les auteurs du « cercle des transports » ont la modestie de ne pouvoir concevoir, étant eux mêmes conditionnés par leur passé “franco-français”.

Ces préconisations sont de bon sens, mais il m’est apparu nécessaire d’aller plus loin.

Conclusions personnelles : ce qui manque au rapport

Le rapport offre une perspective d’investissement à 10 ans rationnelle et finançable, qui me paraîtrait devoir être intégrée au moins partiellement à la plate-forme de tout parti politique raisonnable, indépendant des effets de mode, et soucieux du contribuable, qui se présenterait aux élections régionales de cette fin d’année.

Mais, comme toute la production française actuelle, il fait l’impasse sur les révolutions qui attendent le transport automobile dans les années à venir. C’est à mon sens un oubli majeur. Rappelons que malgré l’idéologie anti-voiture qui prévaut chez nos politiques, celle-ci reste le seul moyen de transport permettant de faire du porte à porte entre n’importe quel couple origine-destination. Que les inconvénients actuels de l’automobile soient vaincus (coût par km X Passager, insécurité, pollutions résiduelles, et congestion), et tous les arguments auto-phobiques seront renvoyés aux oubliettes. Or, c’est bien cela qui nous attend.

En effet, trois révolutions technologiques majeures vont se télescoper au début de la prochaine décennie :

  1. L’essor des voitures à très faibles émissions polluantes, voire totalement électriques
  2. Les voitures à conduite 100% automatisées, déjà en test grandeur nature en Californie, au Nevada, en Grande Bretagne, et prochainement en France, dont tous les constructeurs annoncent qu’elles seront opérationnelles avant 2020. Et quand bien même ce ne serait “que” 2025, le potentiel disruptif est énorme.
  3. Les applications de type “Uber”, permettant de héler aujourd’hui un “Véhicule de Tourisme avec Chauffeur”, permettront de héler des véhicules sans chauffeur, avec une incidence énorme sur le coût kilométrique.

Aujourd’hui, le coût kilométrique d’un taxi est compris entre 1,7 euros (Journée, Province) et près de 3 euros (Paris, tarif de nuit). Le coût de possession et de roulage total d’une voiture particulière est de l’ordre de 40 centimes du km (coût retenu par le fisc pour ses calculs). Le coût moyen par passager km des transports en commun (TC) à Paris est de 28 centimes, dont un bon tiers payé directement par l’usager.

Imaginons qu’au lieu d’acheter une automobile en arrêt les ¾ du temps, vous louiez, grâce à une application de type “Uber” de prochaine génération (commande vocale ?), une automobile 100% automatique, non polluante, connectée (en 2020, ce sera la norme), qui a très peu d’accidents (l’électronique bugue moins qu’un conducteur stressé moyen), et dont le taux d’utilisation, même hors de pointe, sera supérieur à 50% : Il est facile d’envisager une réduction du coût kilométrique en dessous des 28 centimes actuels des transports en commun. Plusieurs rapports ont évoqué un coût d’objectif inférieur à 20 centimes.

Mieux encore : ces véhicules se contenteront de vous déposer et d’aller chercher le prochain client, ou sinon, ils pourront se diriger vers des zones ou stationner. Prévoir une recharge ne consommera pas d’espace coûteux et ne ralentira pas le trafic des autres véhicules. Comme le même engin servira à plusieurs usagers, le nombre total de véhicules sera plus faible, réduisant encore la congestion. Bref, face aux TC, le transport individuel de génération 3.0 risque de se révéler fichtrement compétitif. On peut même imaginer que les algorithmes d’Uber perfectionnés, avec la puissance des ordinateurs de 2020, permettront à des loueurs de véhicules collectifs automatisés de taille moyenne de proposer des trajets semi-personnalisés à des groupes de 8-10 voyageurs habitant et travaillant aux mêmes endroits, à des tarifs parfaitement imbattables.

Naturellement, le tableau décrit ci dessus ne se mettra pas en place en quelques semaines, le temps de renouvellement du parc sera plus ou moins long, et certaines innovations plus lentes que je l’imagine à parvenir au stade mature. Mais la vitesse d’adoption des dernières avancées technologiques semble à chaque fois plus rapide que la génération précédente (Une ville des Pays-Bas va mettre prochainement en service une ligne de minibus automatisés…), et des développements auxquels je n’ai pas pensé pourraient les rendre encore plus spectaculaires. Il est donc urgent de se demander s’il est pertinent d’engager des milliards pour des investissement ferroviaires (le rail, tellement XIXème…) lourds qui entreront en service entre 2025 et 2030, voire plus tard, et rendront un service de toute façon plombé par les ruptures de charge, au moment où les véhicules automatisés connaîtront leur essor, ou s’il faut donner la priorité à des investissements d’amélioration de l’existant qui peuvent délivrer leur valeur ajoutée dès 2020 à 2025, pour 5 fois moins cher.

Un vrai programme politique pour une Ile-de-France ambitieuse, consisterait à combiner ces investissements raisonnables à une libération de l’offre privée de transport urbains concurrente du STIF, de façon à préparer la venue de ces transports de génération 3.0, et à reporter au moins la moitié de la charge de fonctionnement du STIF des entreprises vers la billetterie payée par les voyageurs, l’augmentation du “ticket voyageur” étant compensée par des investissement majeurs pour la qualité de service des transports existants, en attendant que l’inventivité privée, dans deux ou trois décennies, ne ferme (définitivement ?) la parenthèse ferroviaire publique.

Vincent Bénard.

——–

Sources citées

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 15:31

On aura à peu près tout dit sur le Brexit, non seulement avant le référendum du 23 juin mais surtout après, depuis que l'on sait que les Anglais (évitons de généraliser en parlant des "Britanniques" afin de respecter le choix massif des Écossais en faveur du maintien) ont décidé de quitter l'Union Européenne.

Mais une fois l'émotion retombée, il faudra bien commencer à aborder les sujets qui fâchent, car un peuple, même manipulé par des politiciens aux ambitions populistes, ne décide pas de changer son destin de manière aussi brutale sans avoir de vraies raisons de le faire. Des raisons qui devraient inciter les institutions européennes à s'interroger sur leurs responsabilités, à commencer par le mépris avec lequel elles ont traité les inquiétudes des citoyens européens face à un monde croulant sous le poids d'une dette colossale qui ne semble jamais vouloir se résorber.

Ces inquiétudes, certains ont en revanche parfaitement su les exploiter outre-Manche, trouvant dans l'Union Européenne le coupable idéal de tous les maux de la Grande-Bretagne. Et finalement, lepopulisme comme le nationalisme aveugle auront eu raison d'un vieux mariage sans amour qui ne tenait plus que par les concessions que chacun des conjoints avait réussi à obtenir de l'autre. Un populisme dont les principaux instigateurs ont d'ailleurs avoué, dès le lendemain du référendum, qu'il s'était appuyé sur des allégations mensongères.

Néanmoins, l'Union Européenne est tout aussi coupable du Brexit, en raison de la politique du pire qu'elle mène depuis maintenant plusieurs années, notamment en matière financière, en réduisant tous les problèmes sociaux et économiques à de simples équations qu'il suffirait d'ajuster à grands coups deplanche à billets. Déjà en 2011, la monnaie européenne avait eu a souffrir des dérives financières révélées trois ans plus tôt par la crise de 2008, des dérives internationales (mondialisation oblige) dont Londres fut d'ailleurs souvent l'épicentre, ne serait-ce qu'en sa qualité de première place financière européenne (au passage, selon l'agence de notation Standard & Poor's, un cinquième de l'activité bancaire mondiale est réalisée à Londres).

Mais c'est bien l'arrogance de l'administration européenne qui a précipité le départ du Royaume-Uni ; une administration qui ne croyait pas un seul instant que les Anglais oseraient aller au bout de leur fronde et qui a sciemment poussé les marchés à anticiper massivement un maintien dans l'Union européenne durant toute la semaine qui a précédé le référendum. Comme pour rappeler que la démocratie directe, tout aussi symbolique qu'elle puisse être, n'était en réalité rien d'autre qu'un hochet que l'on tend aux peuples pour faire passer leurs caprices. Un dérivatif entretenant l'illusion de cette fameuse « liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes », mais qui ne faisait pas le poids devant le vrai pouvoir, le seul, celui de l'argent.

Sauf que le résultat est là, et non seulement les Anglais ont cassé la machine (à leur grande surprise, d'ailleurs) mais ils ont également réussi à ébranler les fondements-mêmes de l'Europe unie. Et l'une des premières conséquences de ce séisme institutionnel va sans doute se ressentir au niveau de laconfiancedes investisseurs, mais aussi des ménages, à l'égard de l'économie européenne. En effet, l'Europe ressort fragilisée de ce référendum, et la menace plane désormais de prochaines consultations populaires du même genre au sein d'autres pays de l'Union. Autant de raisons de douter de la solidité d'une construction qu'on savait artificielle dès le départ, mais dont on constate désormaisl'incapacité à maintenir simplement son unité ; une instabilité et une incertitude qui rejaillissent tout naturellement sur l'Euro, construction monétaire tout aussi artificielle contre laquelle de plus en plus de voix s'élèvent pour en dénoncer les effets pervers sur l'accroissement des inégalités.

En France, par exemple, un récent sondage OpinionWay/AuCoffre.com montrait que 81% des personnes interrogées considéraient que l'Euro avait contribué à faire baisser leur pouvoir d'achat. Dans les faits, on sait que la réalité mérite d'être nuancée, mais les peuples votent en suivant leurs émotions, pas leur raison. De la même façon, 3 Français sur 5 estiment que l'Euro est avant tout une monnaie créée pour favoriser la spéculation financière, ce qui revient plus ou moins à la rendre responsable de la crise qui mine notre économie depuis huit ans. Enfin, si seuls 32% des personnes interrogées vont jusqu'à souhaiter la mort de l'Euro pour revenir au Franc, ils sont toutefois aussi nombreux à redouter cette issue... tout en restant persuadés que l'Euro est condamné quoi qu'on fasse. Sachant qu'on ne parle pas forcément des mêmes personnes (ceux qui le souhaitent d'une part et ceux qui l'appréhendent d'autre part), il est possible que près d'un Français sur deux ne se fasse plus guère d'illusion quant à l'avenir de l'Euro.

À ce titre, même si elle était attendue, la brusque remontée du cours de l'or ne doit pas être considérée comme un simple jeu de vases communicants entre crise et valeurs refuge, mais plutôt comme le signe que le système monétaire actuel a atteint une certaine limite, tout au moins dans ce que les gens sont prêts à accepter. Une monnaie basée sur la dette peut avoir des avantages, en particulier le déverrouillage de l'économie, qui devient alors celle de tous les possibles, sans plus aucun plafond déterminé par une quelconque contrepartie "physique" à la richesse créée. Mais quand la dette s'emballe, quand la richesse ne sert plus les intérêts des citoyens et contribue au contraire à les appauvrir davantage au profit d'une élite de plus en plus riche qui ne reverse plus rien aux autres strates de la société (merci les paradis fiscaux), alors l'essence même de la monnaie fiduciaire, à savoir la confiance, disparaît. Ainsi le sondage précité montre que 60% des Français voudraient que l'Euro soit garanti par l'or présent dans les coffres des Banques centrales (par exemple la Banque de France) et 36% vont même jusqu'à affirmer que, selon eux, l'or constituerait une meilleure monnaie que l'Euro.

Quoi qu'il en soit, Européens nous sommes et Européens nous devons rester, ne serait-ce que parce que ce beau projet est né de la volonté de ne plus voir de guerres endeuiller le continent européen. Et, en dépit des attaques répétées envers notre unité (que ce soit de la part d'idéologies obscurantistes réfractaires à la modernité, ou au contraire émanant d'autres grandes puissances économiques qui agissent plus subtilement dans le but de conquérir notre marché commun), force est de constater queles nations européennes sont en paix les unes envers les autres depuis plus de 70 ans maintenant, soit la plus longue période de toute l'histoire connue. Rien que cela mérite qu'on fasse l'effort de préserver l'idée d'une Europe unie, d'autant plus que les jeunes générations se retrouvent totalement dans la plupart des valeurs communes d'une construction européenne forte, axée autour de projets ambitieux qui ne se contentent plus de gérer le présent mais préparent aussi l'avenir. Développement durable, économie collaborative, finances éthiques ou encore commerce équitable sont autant d'objectifs aussi nobles que fédérateurs, mais qui ne pourront pas voir le jour sans un environnement politique redevenu aussi respectueux que respectable.

Et il faudra aussi une monnaie forte, c'est-à-dire dans laquelle les gens auront retrouvé la confiance, adossée par exemple à une richesse tangible, perceptible et compréhensible par tout le monde. Mais cette monnaie ne pourra pas tout faire et il faudra peut-être accepter l'idée qu'au-delà de la devise supranationale, on puisse avoir besoin de monnaies complémentaires solides (donc, oublions lebitcoin) afin d'accompagner le développement d'économies locales, sociales et solidaires dont l'émergence aura été favorisée par un projet communautaire ayant enfin renoué le contact avec les peuples.

A lire "L’or, un placement qui (r)assure" : J-F Faure

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 08:34

La loi portée par Michel Sapin, surnommée Sapin 2, mais réellement intitulée loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, constitue un nouveau monument d’anthologie dans le combat que le gouvernement profond entreprend pour garder le contrôle de la situation. Le texte foisonne et méritait bien un petit résumé assorti de commentaires.

Sapin 2 crée un nouveau comité théodule

L’article 1 prévoit:

L’Agence française anticorruption est un service à compétence nationale, placé auprès du ministre de la justice et du ministre chargé du budget, ayant pour missions de prévenir les faits de corruption, de trafic d’influence, de concussion, de prise illégale d’intérêt, de détournement de fonds publics et de favoritisme et d’aider à leur détection par les autorités compétentes et les personnes qui y sont confrontées.

Chic, un nouveau fromage pour placer des copains à l’aube d’une probable déculottée électorale. La ficelle permet de recaser un (ou plusieurs) protégés à l’approche de l’alternance.

L’article 2 prévoit d’ailleurs que l’agence soit « dirigée par un magistrat hors hiérarchie de l’ordre judiciaire nommé par décret du Président de la République pour une durée de six ans non renouvelable. Il ne peut être mis fin à ses fonctions que sur sa demande ou en cas d’empêchement. » Le gars nommé en 2016 est assuré d’être encore là en 2022!

Sapin 2 tue les lanceurs d’alerte

L’article 6 du texte attaque les choses sérieuses et entreprend de clouer le bec, une bonne fois pour toutes, à ces fichus lanceurs d’alerte qui risquent de mettre en échec des projets illégaux. Bien entendu, ces restrictions sont posées au nom de la protection des impétrants. La définition du lanceur d’alerte montre bien l’étendue des dégâts:

Un lanceur d’alerte est une personne qui révèle, dans l’intérêt général et de bonne foi, un crime ou un délit, un manquement grave à la loi ou au règlement, ou des faits présentant des risques ou des préjudices graves pour l’environnement ou pour la santé ou la sécurité publiques, ou témoigne de tels agissements. Il exerce son droit d’alerte sans espoir d’avantage propre ni volonté de nuire à autrui. L’alerte ne saurait révéler quelque élément que ce soit relevant du secret de la défense nationale, du secret médical ou du secret des relations entre un avocat et son client.

Traduction: le lancement d’alerte sera limité aux questions d’environnement, de santé et de sécurité publique, à l’exclusion de tous les autres sujets. En particulier, les sujets de défense nationale seront proscrits. En outre, le lanceur d’alerte devra prouver son absence de volonté de nuire à autrui.

Voilà qui en va en calmer plus d’un. En tout cas, tous ceux qui voudront révéler des secrets sur l’évasion fiscale par les banques en seront pour leur grade…

Bravo Michel, tu as bien fait le boulot!

Sapin 2 protège les petits secrets des banques

Pour les questions de lancement d’alertes dans la banque et la finance, la loi Sapin 2 prévoit un dispositif spécial qui fait rire tout le monde (article 7):

L’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution mettent en place des procédures permettant que leur soit signalé tout manquement

Rappelons juste que l’Autorité des Marchés Financiers est présidée par l’énarque Gérard Rameix, ancien de la banque d’affaires Hottinguer, et ancien gérant de fonds. L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution est présidée par le gouverneur de la banque de France, François Villeroy de Galhau, ancien directeur général délégué de la BNP.

On se doute que tout ce petit monde concoctera des « procédures » particulièrement agréables et protectrices pour les lanceurs d’alerte.

Sapin 2 à reculons sur la lutte contre la corruption

On trouvera le même entrain juridique pour lutter contre la corruption. Le passage qui y est consacré dans la loi est très long, très technique, et très verbeux. Il repose sur cette seule phrase fondamentale:

Les présidents, les directeurs généraux et les gérants d’une société employant au moins cinq cents salariés, ou appartenant à un groupe de sociétés dont l’effectif comprend au moins cinq cents salariés, et dont le chiffre d’affaires ou le chiffre d’affaires consolidé est supérieur à 100 millions d’euros sont tenus de prendre les mesures destinées à prévenir et à détecter la commission, en France ou à l’étranger, de faits de corruption ou de trafic d’influence selon les modalités prévues au II.

Si ce sont les dirigeants de société qui doivent lutter contre la corruption dont leur société pourrait être l’auteur… Tout est dit!

Sapin 2 et la comédie du lobbying

On s’amuse par avance de l’intention affichée (sur laquelle je reviendrai dans de futurs articles) par la loi Sapin 2 de moraliser le métier de lobbyiste. Comme si le plus grand lobbyiste de France n’était pas François Hollande lui-même (et Michel Sapin en second), qui multiplie les réglementations favorables à ses intérêts et à ceux de ses amis. Bref, tous ceux dont le métier est d’influencer la décision publique pour le compte de tiers devront maintenant respecter des règles contraignantes, soumise à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Le texte a explicitement listé les gens qui ne pouvaient être considérés comme lobbyistes:

« Ne sont pas des représentants d’intérêts au sens du présent article :

« a) Les élus, dans le strict exercice de leur mandat ;

« b) Les partis et groupements politiques, dans le cadre de leur mission prévue à l’article 4 de la Constitution ;

« c) Les organisations syndicales de salariés et les organisations professionnelles d’employeurs en tant qu’acteurs du dialogue social, au sens de l’article L. 1 du code du travail ;

« d) Les associations à objet cultuel, dans leurs relations avec le ministre et les services ministériels chargés des cultes.

On notera que les élus peuvent être considérés comme lobbyistes pour des faits qui ne seraient pas liés au « strict exercice de leur mandat ».

Et quand Serge Dassault appelle un ministre ou le Président pour parler politique et vente de Rafale, c’est du lobbying ou pas?

Tartufferie! tartufferie! mais j’y reviendrai.

Sapin 2 veut saper le Front National

Sapin prépare activement 2017, et la suite. Il fait ajouter une disposition sur la publication des comptes de campagne (article 14 bis A du texte):

« Les partis ou groupements transmettent également, dans les annexes de ces comptes, les montants et les conditions d’octroi des emprunts souscrits ou consentis par eux, ainsi que l’identité des prêteurs, les flux financiers entre partis et entre les partis et les candidats soumis aux exigences prévues à l’article L. 52-12 du code électoral. Lors de la publication des comptes, la commission indique les montants consolidés des emprunts souscrits ventilés par catégories de prêteurs, types de prêts et par pays d’origine des prêteurs, ainsi que l’identité des différents prêteurs personnes morales, les flux financiers nets entre partis et entre les partis et les candidats. »

Même les emprunts russes?

Sapin 2 et le lobbying financier

Alors que le texte s’appesantit lourdement sur un durcissement du code des marchés publics, il renvoie (article 17)… aux ordonnances (donc aux fonctionnaires de Bercy qui rêvent d’être recrutés par les banques qu’ils encadrent juridiquement) le soin de transposer les directives européennes en matière d’abus de marché, c’est-à-dire de corruption financière. N’est-ce pas amusant? Mais, bien entendu, les élus ne sont pas des lobbyistes…

Sapin 2 met sous surveillance les concurrents des banques

Sous couvert de protéger le consommateur, notre bon Michel place les traders sur Internet sous une surveillance étroite. On a bien compris l’enjeu: il s’agit, ni plus ni moins, d’empêcher les concurrents des banques de prospérer sur le marché de l’investissement et du trading. L’article 19 élargit donc les pouvoirs de l’autorité des marchés financiers:

« Elle veille à la régularité des offres au public de parts sociales mentionnées au quatrième alinéa de l’article L. 512-1 du présent code ou des offres au public de certificats mutualistes mentionnées au premier alinéa du II de l’article L. 322-26-8 du code des assurances. »

Sapin 2, ou dix-huit mois pour respecter les décisions du Conseil Constitutionnel

L’article 21 de la loi intègre aux règles applicables à l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution une décision rendue, dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité, par le Conseil Constitutionnel sur l’indemnisation des détenteurs de portefeuilles transférés d’office.

Cette mesure technique n’est pas inintéressante, puisqu’elle limite le pouvoir arbitraire de l’ACPR… et elle est prise à reculons.

Sapin 2, le lobbyiste de la mutualité

Evidemment, le ministre Sapin n’a rien à voir avec le lobbying. C’est pourquoi il n’hésite pas à présenter plusieurs mesures extravagantes en faveur des mutuelles, qui seront, comme il se doit, prises par ordonnances:

Dans les conditions prévues par l’article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à prendre par ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi: (…)

Complétant le régime juridique des mutuelles et unions relevant du livre III du code de la mutualité en permettant :

a) D’élargir leur champ d’activité à des activités sportives et de pompes funèbres ;

b) De modifier la composition des unions mentionnées à l’article L. 111-4-3 du code de la mutualité pour y inclure les sociétés commerciales mentionnées au 2° du II de l’article 1er de la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire ;

C’est bien connu, une mutuelle, c’est la même chose qu’un club de football, et ça peut même enterrer les morts. Mais bien entendu, cette innovation législative n’a rien à voir avec du lobbying…

Sapin 2, le lobbyiste de Groupama

Après avoir servi les mutuelles (par des ordonnances), la loi Sapin 2 s’occupe aussi de Groupama, qui devient (article 22 bis) un « organe central du réseau composé par les sociétés ou caisses d’assurances et de réassurances mutuelles agricoles est une caisse de réassurances mutuelle agricole à compétence nationale. » Cette transformation met le doigt dans une prise de distance avec les principes mutualistes:

Par dérogation à l’article L. 322-26-2, le conseil d’administration de l’organe central mentionné au premier alinéa du présent article comprend, outre les administrateurs représentant les caisses d’assurances et de réassurances mutuelles agricoles adhérentes et ceux élus par le personnel salarié, des administrateurs élus par l’assemblée générale, sur proposition du conseil d’administration.

Le conseil d’administration de Groupama pourra donc choisir des administrateurs (élus en assemblée générale) hors du monde mutualiste…

Sapin 2 et le lobby bancaire sur l’assurance emprunteur

Autre coup fumant préparé par Sapin 2: le lobby bancaire a obtenu le recours (encore une fois!) aux ordonnances sur le crédit immobilier. Cette nouvelle intervention du législateur sur un sujet très juteux pour les banques devrait cette fois concerner la vente liée d’un crédit immobilier et de l’ouverture d’un compte dans la banque prêteuse. En principe, subordonner l’un à l’autre est interdit, mais la loi formule ainsi l’objet de l’ordonnance:

le Gouvernement est habilité à prendre par ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi permettant d’encadrer, dans le respect de l’article L. 312-1-2 du code monétaire et financier, les conditions dans lesquelles la souscription d’un contrat de crédit immobilier par un consommateur ainsi que le niveau de son taux d’intérêt peuvent être associés à l’ouverture d’un compte de dépôt et à la domiciliation de ses revenus quelle que soit leur nature ou leur origine, pendant la durée du crédit.

Voilà qui est clair: le gouvernement préservera une pratique bancaire abusive…

Sapin 2 et la mode de l’économie sociale et solidaire

Autre cadeau fait aux banques par Michel Sapin (qui n’est toujours pas un lobbyiste, selon la définition de sa propre loi): la possibilité pour ceux qui distribuent des livrets durables et solidaires d’ouvrir un compartiment de financement en faveur de l’économie sociale et solidaire. Dans la pratique, les clients pourront donner une partie de leurs avoirs à ces entreprises.

Dans l’absolu, rappelons que le Crédit Agricole pourrait ainsi bénéficier de dons gratuits de la part de ses clients. On rêve!

Sapin 2 et les fonds de pension à la française

Parallèlement, Sapin décide d’élargir, avec son article 33, les formes de retraite supplémentaire (nom pudique de la retraite chapeau) en agissant là encore par ordonnance. Ces fonds, qui bénéficieront d’un régime prudentiel allégé par rapport à la directive Solvabilité 2, seront nourris par le transfert de portefeuilles soumis aujourd’hui à Solvabilité 2. Le cadeau est important puisque la mesure permet de diminuer sensiblement le niveau de fonds propres exigible des assureurs.

On notera que Sapin fait un autre cadeau discret à ses amis: il encadre fortement (article 33 bis) les possibilités de rachat de comptes de d’épargne retraite populaire (PERP) qui menacent ruine depuis la baisse des taux. Pour l’information du public, il n’est pas inutile de rappeler que le plus gros opérateur d’épargne retraite aujourd’hui n’est autre qu’une filiale commune entre AG2R (dirigée par un ancien du cabinet Beregovoy) et la Caisse des Dépôts et Consignations.

Mais Michel Sapin n’est toujours pas un lobbyiste…

Sapin 2 et l’artisanat

Contrairement à ce qui a été largement répété dans les médias, l’article 43 réduit la déréglementation de certains métiers à la portion congrue. Il vaut donc mieux parler ici de mesures protectrices plutôt que l’inverse.

Au demeurant, l’article 54 octies « re-réglemente » une profession: celle de courtier en vin… Allez comprendre!

Sapin 2 fait un autre cadeau aux assureurs

L’article 50 de la loi prévoit une… ordonnance sur la réforme du Fonds de Garanties des Assurances obligatoires. Cette réforme devrait probablement supprimer la contribution des compagnies d’assurance aux Fonds…

Sapin 2 limite les dégâts sur la rémunération des patrons

La loi Sapin, dans son article 54 bis, prend une mesure très modérée sur la rémunération des mandataires sociaux dans les entreprises cotées sur les marchés réglementés (ce qui représente une part très limitée des entreprises, rappelons-le): elle oblige le conseil d’administration à obtenir l’approbation de l’assemblée générale sur les éléments de rémunération.

Cette position est sans surprise.

Une loi démocratique ???

Précisons que cette loi touffue, multiforme, hétéroclite, qui renvoie directement aux ordonnances est tout sauf compréhensible par les citoyens.

Une bien étrange conception de la démocratie… où les décisions apparentes obéissent à des motifs profonds qui ne sont exposés nulle part. Un triomphe du lobbying exercé par le gouvernement profond, en quelque sorte.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 09:49

1er mai : à quand une vraie fête des travailleurs ?

Le jour où les travailleurs seront libérés des leaders syndicaux, de la Sécu, et des impôts excessifs, ce sera un grand jour de fête. Un article de Jacques Garello de l’aleps


Le 1er mai devait être leur fête. Mais la fête a été triste : fermetures d’entreprises, chômage, perte du pouvoir d’achat, impôts et cotisations en hausse, le moral n’est pas au beau fixe. Divisés et peu suivis, les leaders syndicaux ont fait également triste mine. Seuls les frontistes pouvaient jubiler, car ce qui désole les Français leur est promesse de succès.

D’ailleurs, le 1er mai a-t-il jamais été la fête des travailleurs ? Ses promoteurs et les rares qui sont restés fidèles au message originel l’ont surtout voulu et vécu comme la fête de la révolution prolétarienne : 1793, la Commune, l’Internationale Ouvrière, la Place Rouge et le Komintern. Bonne fille, l’Église (avec Pie XII) a béni le 1er mai en le mettant sous le patronage de Saint Joseph. Mais pour les catholiques, il s’agit de la fête du travail, une activité humaine fort louable, et pas de la fête d’une classe de salariés en lutte.

Pour ma part, je rêve d’un autre 1er mai, qui marquerait la vraie libération des vrais travailleurs, c’est-à-dire de tous les gens qui travaillent en apportant leur intelligence, leur savoir, leur énergie, et parfois leur argent pour créer des produits qui rendront service à la communauté. Peu importe qu’ils soient salariés, ou employeurs, ou artisans, ou libéraux, ou retraités, ils contribuent tous à la satisfaction des besoins des autres.

Or, ces travailleurs méritent d’être libérés.

D’abord et précisément d’être libérés des leaders syndicaux qui sont largement responsables de la situation dramatique où ils ont plongé ceux qu’ils prétendent représenter. Ils ne représentent rien, puisque les salariés qui sont sensés les élire sont moins de 3% à participer aux élections « sociales » dans le secteur privé, et moins de 15% dans le secteur public. Ils ne ne vivent que de privilèges, de subventions et de financements occultes dénoncés par le rapport Perruchot. Ils bénéficient aussi de l’oligopole qu’a institué une loi ridicule réservant la représentativité nationale aux cinq centrales ayant participé à la Résistance !

Non représentatifs, ils sont particulièrement nocifs. Avec l’aide de la classe politique et la complicité plus ou moins consciente des instances patronales dans le cadre du « paritarisme », ils ont inventé un droit du travail et un droit « social » qui sont des machines à tuer les emplois et les entreprises. Salaire minimum, durée légale, conditions d’embauche et de licenciement, indemnisation du chômage, allocations de toutes sortes : autant de « victoires sociales arrachées » qui sont les causes de la disparition des emplois et des entreprises. Ils sont systématiquement opposés à toute réforme significative et défendent avec âpreté les avantages qu’ils ont conquis pour eux-mêmes. Au lieu d’accepter et de développer le dialogue au niveau de l’entreprise, ils ont préféré prêcher et organiser la lutte des classes au niveau de la société.

Oui, le jour où les travailleurs français seront libérés des leaders syndicaux sera un grand jour de fête.

Autre jour de fête : le jour où ils seront libérés de la Sécurité sociale. Ce monstre dont le budget dépasse celui de l’État les tient dans un état éhonté de dépendance et d’exploitation. Les travailleurs devraient être propriétaires de la pleine rémunération de leur travail, les clients et les consommateurs ont payé le prix qu’il faut. En moyenne, sur cet argent bien gagné, la moitié va subir des prélèvements obligatoires. Par rapport au « salaire complet » (ce qu’aurait dû toucher le salarié en rémunération de son travail), la seule part qui va à l’URSSAF et aux assurances complémentaires représente un tiers du salaire net. Ainsi un smicard (1.121 euros net par mois) a-t-il vu son salaire amputé de 495 euros pour l’URSSAF et de 325 euros pour les autres institutions de prévoyance. Il aurait dû percevoir 2.040 euros, libre à lui de s’assurer soit en restant à la Sécu (coût 495 euros) soit en cherchant un assureur moins cher à prestations équivalentes. Un gain est toujours possible quand la concurrence est à l’œuvre, mais le salarié français est prisonnier d’un système qui non seulement lui est coûteux mais a toutes les chances d’exploser dans cinq ou dix ans.

Oui, le jour où les travailleurs seront libérés des leaders syndicaux et de la sécu, ce sera un grand jour de fête.

Autre jour de fête : le jour où ils seront libérés des impôts excessifs. Ils représentent en moyenne 25% de leurs gains, sous forme d’impôts sur le revenu, de CSG, de CRDS, de TVA, de TIPP (carburant), de taxe d’habitation ou de taxe foncière, sans compter les impôts « verts » qui prolifèrent.

Que reçoivent les salariés contribuables en contrepartie ? Des services publics sans nombre, qui amènent à payer une armée de fonctionnaires pour des prestations obligatoires dont certaines ne sont même pas désirées et qui seraient sans doute aussi bien fournies par le secteur privé à meilleur compte. Mais surtout des dépenses de « transferts sociaux », qui permettent à des gens de percevoir des rentes aux dépens des travailleurs. Ainsi le veut l’État Providence, l’état de l’assistance généralisée. Il prend dans la poche de Paul pour donner à Pierre en faisant croire que cet argent vient de sa bienveillance ; il en attend des remerciements électoraux chaleureux.

Oui, le jour où les travailleurs seront libérés des leaders syndicaux, de la sécu, et des impôts excessifs, ce sera un grand jour de fête.

Alors, à quand ? Au 1er mai 2017, ou 2026 ? Le plus tôt serait le mieux.

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 07:16

Pour finir l’année 2015, Thinkerview a réalisé mi-décembre une interview de trois personnes sur le thème de l’état d’urgence et du renseignement dans le cadre du terrorisme qui secoue la France actuellement.

Sans grande surprise pour les habitués de Thinkerview, les thèmes abordés et les réponses fournies recoupent en grande partie ce qu’on avait déjà pu comprendre et analyser lors de précédentes interviews, notamment parce que l’une des personnes présentes, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du Ministère de la Défense qui s’est spécialisé dans les questions de stratégie internationale, a déjà eu l’occasion de nous entretenir par le passé. Je vous encourage d’ailleurs à revoir ses précédents entretiens (ici et ) pour compléter cette dernière vidéo.

La présence de Éric Filiol, hacker et ancien de la DGSE, permet d’avoir cette fois-ci quelques éléments de réflexion supplémentaires sur le plan purement technique et de l’utilisation des technologies. Filiol explique ainsi assez bien que les gouvernements et les politiciens utilisent maintenant de façon assez étendue l’ensemble des procédés habituels de manipulation de l’information à des fins propagandistes et d’influence des populations.

En outre, pour le hacker et l’ancien des Renseignements, ces politiciens raisonnent en vase clos ce qui a une influence directe sur la façon dont, justement, ils entendent (dé)former l’opinion des individus. De ce point de vue, tant Pierre Conesa qu’Éric Filiol s’accordent assez bien à noter que là où les journalistes font parfois l’effort de s’adapter et d’aller chercher plusieurs sons de cloche pour tenter d’obtenir un tableau d’ensemble, les politiciens français refusent réflexivement d’en faire autant.

Sur les théâtres d’opération, les militaires sont alors confrontés à l’absence presque pathologique de tout désir d’écoute de la part des preneurs de décision, et, par voie de conséquence, à la perte progressive du terrain (que ce soit sur le plan militaire, opérationnel ou dans le renseignement). De fil en aiguille, Conesa constate qu’on ne fait plus l’effort, faute de moyens mais surtout faute de réelle volonté et d’une démarche intellectuelle prévue pour, d’essayer de comprendre l’ennemi, de se mettre dans ses chaussures. Pour Filiol c’est une affaire de risques, de plus en plus durs, à prendre de nos jours :

« La France a perdu la culture de la prise de risque ; dès qu’un journaliste prend un risque, il se fait allumer méchamment. (…) Même mécanisme avec les hackers : lorsqu’un hacker découvre les failles d’un système développé par un industriel français acoquiné avec le pouvoir, il est rapidement désigné comme un pirate ou un terroriste alors qu’il s’agit plutôt d’un lanceur d’alerte et a fait œuvre utile. »

Concernant l’état d’urgence et plus spécifiquement la Loi Renseignement, Filiol confirme ce qui avait été dit dans ces colonnes et à d’autres reprises sur la Toile : cette loi ne remplira pas les objectifs affichés de lutte contre le terrorisme. Pour lui (54:50), « ce n’est pas une loi liberticide qui va permettre de détecter les renseignements pertinents ». Plus grave encore et mis en exergue tant par cette loi que par l’état d’urgence actuel : la France ne dispose pas de contre-pouvoir efficace. Dans ce contexte, Filiol craint (à juste titre, je pense) que cette loi et cet état ne soient qu’un alibi pour installer une société de surveillance à l’américaine.

Le but d’une telle surveillance ? Pour Filiol, il est assez clair:

« Nos décideurs sont paniqués par les changements de la société. Ils sont passés d’une société pompidolienne où des élites parlaient à la masse laquelle prenait ça comme une vérité révélée, à un monde horizontal et collaboratif où les gens peuvent vérifier l’information, la croiser. Le citoyen, pour peu qu’il veuille être intelligent, a les moyens de le rester et de développer son intelligence collective. Ceci fait peur à nos dirigeants qui ne sont plus la vérité révélée, et le peuple se met à réfléchir indépendamment d’eux. »

Un autre problème, parallèle à ce décalage entre les élites et le peuple, est la confiance aveugle dans la technologie. Filiol rejoint Conesa lorsqu’il explique qu’on capte à présent le renseignement de mieux en mieux, mais qu’on a de moins en moins d’analystes pour traiter le signal capté ensuite.

Au milieu de tout ça, on semble comme avoir oublié le troisième intervenant.

Hervé Brusini, l’actuel directeur du site FranceTV.info, est l’ancien rédacteur en chef du 20H de France 2, et journaliste de profession. Dans l’ensemble de l’interview, ses interventions sont étranges. Outre leur faible contenu informationnel, et des réponses peu claires voire confuses, partant sur plusieurs sujets à la fois, on constate surtout qu’il est en permanence sur la défensive et semble considérer chaque question sous l’angle un peu étonnant d’une attaque plus ou moins directe de sa profession de journaliste.

Brusini se plaint ainsi de la perte de confiance complète entre les internautes, les acteurs des réseaux sociaux, et les journalistes, plus ou moins institutionnalisés comme ceux des médias mainstream. Il estime (peut-être à raison) qu’un grand danger se cache dans ce désaveu complet de sa profession par les internautes, mais semble à court d’idée lorsqu’il s’agit de se remettre en cause, ou fait preuve d’une assez (probablement trop) grande mansuétude à l’égard de ses confrères, qu’il absout très vite de leurs péchés.

Et s’il comprend que le flot informationnel est fondamentalement différent de ce qu’il fut lorsqu’il commença sa carrière, en constatant que tout le monde peut, finalement, produire et diffuser de l’information avec les moyens modernes, il ne tire pas la conclusion pourtant logique que sa valeur ajoutée doit résider ailleurs que dans la simple reproduction de dépêches d’agence, et la reproduction néfaste des mêmes filtres conscients ou non qui lui font sélectionner une dépêche plutôt qu’une autre.

Finalement, cette interview est intéressante par les déclarations des uns et des autres, certes, mais surtout par l’étonnante collision entre la nouvelle génération d’intervenants, des experts de terrain en prise directe avec les problèmes, et les anciens, qui fonctionnent avec des schémas et des prises de positions corporatistes totalement inopérantes dans ce nouveau paradigme.

Fascinant constat que celui d’une profession qui, jusqu’alors douillettement protégée par les habitudes et le corporatisme autant que la technique, se retrouve confrontée à un changement complet de mode d’action et de réflexion et qui, devant son immobilisme de lapin pris dans les phares d’une voiture lancée à pleine vitesse, impose de se demander si le journalisme français survivra à cette révolution.

H16

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 13:32

Témoignage d’un professeur souhaitant garder l’anonymat.

La France est un beau pays qui vit au rythme des saisons. En été, il fait chaud, en hiver, il fait froid et comme il ne faudrait pas perturber l’écosystème fragile et délicat du ronflement charmant d’une population quasiment devenue servile, au bac donné à tout le monde s’ensuit immanquablement la rentrée.

On s’était quittés un peu en froid avec Madame le ministre, qui avait imposé par décret une énième couche de réformite sur l’usine à gaz du second degré et qui n’avait pas franchement besoin qu’on en rajoute une.

On n’avait pas bien aimé qu’elle passe le décret en force le lendemain de la première grève. Après tout si nous nous étions mis en grève, ce n’était pas parce que nous avions jugé cette réforme satisfaisante, ni même pertinente et c’est donc dans un délire parfaitement schizophrène que Madame Vallaud-Belkacem piaille un peu partout qu’elle nous « consulte », prouvant dans le même temps qu’elle s’en fiche éperdument et comme de sa première paire de chaussettes.

On n’avait pas trop aimé le calendrier tout court qui prouvait sa volonté manifeste de passer en force, et qui montrait clairement qu’elle espérait, entre deux attaques subtiles sur un prétendu méchant zintellectualisme des professeurs, que nous oublierions pendant les vacances et que pouf, miracle, à la rentrée, nous ne parlerions plus de la réforme, laquelle se mettrait en place dans l’indifférence généralisée.

C’est bien connu, les professeurs n’ont pas de mémoire, et puisque les élèves oublient tout durant les vacances, nous serions bien aimables d’en faire autant.

Sauf que le professeur est rarement coopératif quand il sait que le gouvernement veut mettre en place une réforme qui nuira directement aux élèves et nous avons passé l’été à leur envoyer descartes postales pour bien leur rappeler que non, non, décidément, nous n’oublions pas et sommes déterminés.

Nous n’avions pas beaucoup aimé, non plus, lorsque nous avions décidé de continuer à taper du poing sur la table, un peu plus fort en perturbant les épreuves et les corrections du diplôme national du brevet, que la presse ne parle que de la grève des taxis. Sans doute aurions-nous dû aller devant Acadomia, renverser des poussettes.

C’est à ce moment-là que nous nous sommes dit qu’il fallait peut-être changer d’approche, ne serait-ce que parce que nous ne pouvons pas multiplier les grèves indéfiniment. Le professeur aussi a besoin de manger, bien qu’une collègue se soit carrément mise en grève de la faim en signe de protestation : l’institution n’a pas bronché, comme elle n’a pas daigné broncher suite au recours déposé devant le Conseil d’État.

Dans cette optique, quelques collègues de lettres classiques, mais pas seulement, ont réalisé un calendrier afin d’attirer l’attention de la presse. L’opération a été un succès puisqu’elle aura permis quelques passages media et qu’au lieu des quarante exemplaires prévus, ce sont 2 600 exemplaires qui auront été écoulés. Une initiative qui n’aura pas plu au rectorat qui aura tôt fait de convoquer certains collègues pour rappeler qu’en tant que gentils fonctionnaires, il faudrait sauter de joie et affirmer haut et fort que la réforme c’est le bien parce que c’est comme ça.

Plus médiatisé, mais finalement, pas tant que cela au regard du scandale absolu dont il s’agit, on remarquera le cas de Romain Vignest, président de l’Association des professeurs de lettres, assez représentatif de l’autoritarisme caractéristique de ceux qui savent qu’ils tressent plus des colliers de nouilles qu’ils ne disent la vérité. Suite à un pamphlet, certes pas très sympathique à l’égard d’une réforme qui n’a que ce qu’elle mérite, ce professeur se fera très vite remonter les bretelles par son supérieur hiérarchique, le directeur académique des services de l’Éducation nationale en charge des professeurs au rectorat de Paris, qui ira jusqu’à remettre en cause la qualité de ses cours au motif de « violence » envers la réforme.

Il semble tout de même qu’une telle crispation est éminemment suspecte de la part de personnes vertueuses, soucieuses de la formation intellectuelle des citoyens, lesquelles proposent une réforme véritablement innovante – les Itinéraires de découverte ou l’Accompagnement personnalisé n’ayant, en réalité, jamais existé et n’ayant pas encore fait preuve de toute l’étendue, si ce n’est de leur nuisance, de leur vacuité – et qui ne rencontrent de résistance que chez ceux qui n’ont pas compris les textes.

Ou alors, s’ils sont effrayés à la vue de 2600 exemplaires d’un calendrier plutôt potache ou par le pamphlet d’un professeur, c’est parce qu’ils savent très bien que leur réforme va conduire encore plus d’élèves dans un mur et souhaitent à tout prix ne pas réveiller les parents d’élèves, pour certains déjà bien réveillés par une réforme des rythmes scolaires catastrophique à tous les niveaux, à laquelle s’ajoutera le nouveau calendrier décidé en concertation avec absolument tous les acteurs de l’éducation, c’est-à-dire essentiellement les ministres et les professionnels du tourisme. Dans l’indifférence la plus totale, certains enfants vont avoir des périodes de cours allant jusqu’à onze semaines, soit presque le double du rituel « six semaines de cours et deux de vacances » : c’est long, surtout pour les plus petits, surtout en fin d’année.

On comprend, dès lors, que Madame le ministre, accompagnée du Président, est allée très mollement faire son discours de rentrée dans l’école maternelle et élémentaire de Pouilly-sur-Serre, prestigieux lieu de l’éducation comptant cinq cents âmes, ce qui minimise grandement les risques de se faire accueillir sous les sifflets, voire une volée de tomates un peu mûres. La colère est grande et bien que le gouvernement tente de sauver les apparences en racontant à qui veut l’entendre que tout ceci n’est qu’un malentendu, que les contestataires ne sont qu’une minorité zélitiste, derrière, toute l’institution se crispe et grince.

Par exemple, lorsque le ministre se rend dans un collège de Douai, elle demande carrément que l’on retire toutes les affiches mentionnant l’enseignement du latin, probablement pour éviter certaines questions qui pourraient déranger.

Alors bon, dans ce contexte, nous avons refait grève, dans un esprit de détermination ; et c’est joyeusement qu’elle nous a sorti, le soir même, le baratin de la dictée, du calcul mental, du retour aux fondamentaux, histoire d’implanter dans l’inconscient collectif l’idée qu’avec la réforme, c’en est fini du laisser-aller et qu’on va enfin se mettre au boulot, alors qu’en réalité, l’idée des EPI c’est juste l’exact opposé : on ne peut pas mettre l’interdisciplinarité avant le savoir disciplinaire, c’est juste du bon sens. Nous n’étions pas contents du tout mais je salue l’opération de communication.

D’une, ce genre de propos, ce n’est pas son travail, ni sa responsabilité, rien. Mes pratiques et celles de mes collègues sont nos pratiques, cela nous regarde et à la rigueur, c’est quand même moi qui suis le mieux placé pour juger des élèves et de ce qui leur convient. Ce n’est pas du haut de ses études à sciences po’ qu’elle va m’apprendre à faire un cours de philosophie. Mais surtout, ça se fait déjà, les dictées et le calcul mental, même si trop souvent les inspecteurs réprimandent les collègues parce que c’est méchant. Enfin, et point non négligeable, la dictée est un outil de contrôle des apprentissages, tant qu’on ne reviendra pas à la méthode syllabique, rien ne changera.

Ces affirmations ne sont donc ni de son ressort, ni utiles, et elles sont même franchement inutiles. Bravo. Joli coup, mais coup-bas.

D’autant qu’elle ne précise pas de quel type de dictées il s’agit : dictée d’un texte d’un grand auteur ? Dictée littérature jeunesse ? Auto-dictée ? La réponse sera donnée par le président du CSP : la dictée, ce sera une consigne d’art plastique. Car oui, le français n’est pas une vraie matière, c’est transversal. La preuve : on l’utilise même en mathématiques et c’est d’ailleurs pour cette raison que ce n’est pas si grave de perdre des heures pour en faire des EPI.

Bref, la mascarade et la poudre aux yeux, c’est mignon mais cela ne leurre qu’un temps. Alors, le 10 octobre, je suis allée perdre, non mon salaire, mais mon temps et mon énergie, à battre le pavé pour demander l’abrogation d’un texte nuisible qui en devient odieux à force de pressions internes et d’humiliations publiques.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 20:50

Émile Zola, que l’on ne peut soupçonner de sympathie libérale, interviewé par un journaliste du New York Herald Tribune le 20 avril 1890, observé :

« …Je suis en train de travailler à un roman, L’Argent, qui traitera des questions concernant le capital, le travail, etc., qui sont agitées en ce moment par les classes mécontentes. Je prendrai comme position que la spéculation est une bonne chose, sans laquelle les grandes industries du monde s’éteindraient, tout comme la population s’éteindrait sans la passion sexuelle…

…Aujourd’hui les grognements et grommellements émanant des centres socialistes sont le prélude à une éruption qui modifiera plus ou moins les conditions sociales…

Les hommes sont-ils en quoi que ce soit en réalité plus égaux qu’ils ne l’étaient il y a cent ans ? Pouvez-vous donner à un homme la garantie que sa femme ne le trompera jamais ? Pouvez-vous rendre tous les hommes également heureux ou également avisés ? Non ! Alors arrêtez de parler de l’égalité !

La liberté, oui ; la fraternité, oui ; mais l’égalité, jamais !"

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