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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 06:25

Alors que le deuxième tour des admissions post-bac a commencé lundi, la sélection par tirage au sort dans les filières les plus demandées crée un sentiment d’injustice.

 

Les médias ont mis en avant le cas de l’Ile-de-France, où sont restés sur le carreau 857 candidats pour lesquels la médecine était le premier choix, car ils n’ont pas été tirés au sort.

Comme le cas est emblématique, le cabinet du ministre a promis de trouver une solution, ce que contestent les universités qui n’ont ni les amphis, ni les enseignants pour les accueillir. On a moins évoqué la province. Le cas d’Aix-Marseille est représentatif.

L’université a rassuré en disant que tous les bacheliers de l’académie seraient admis à s’inscrire, mais a ajouté que pour les autres, un tirage au sort serait envisagé, d’autant plus qu’il y a beaucoup de redoublants en médecine : beaucoup de candidats doivent s’y reprendre à deux fois pour réussir dans cette filière.

Le tirage au sort devrait concerner par exemple 500 candidats varois, relevant de l’académie de Nice et souhaitant faire leurs études à Marseille. Prenons un bachelier S de Toulon : il peut souhaiter aller à Marseille plutôt qu’à Nice, soit parce qu’il juge la Faculté plus cotée, soit en raison de la distance (65 km Toulon/Marseille, 150 Toulon/Nice).

Comme il n’est pas de la « bonne » académie, il risque d’être soumis-et recalé- au tirage au sort, alors qu’un Avignonnais titulaire d’un bac pro est automatiquement admis à s’inscrire, sachant que ses chances de réussir sont nulles (99% des reçus en fin de 1ere année ont un bac scientifique).

L’Université réclame, au minimum, de remplacer le tirage au sort par des prérequis en adéquation avec la discipline choisie. Pendant ce temps, pour certains IUT qui, eux, ont le droit de sélectionner, on peut avoir 3000 candidats pour 100 places : ainsi une filière courte est sélective sur critères académiques, mais, pour une filière longue, c’est le tirage au sort qui décide. Ubu est au pouvoir !

LE SYMPTÔME D’UNE UNIVERSITÉ FONCTIONNARISÉE ET ÉTATISÉE

Que va faire le gouvernement ? Pour cette année, il gagne du temps, et espère qu’entre les échecs au bac et les changements d’avis, il ne restera que peu de filières concernées. Pour la suite, la ministre de l’Enseignement supérieur a dit qu’elle avait pour objectif d’éliminer le tirage au sort. Mais d’une part elle voit une solution dans l’augmentation des moyens (comme si tout le monde avait vocation à faire n’importe quelles études), d’autre part elle veut « travailler sur l’orientation » par exemple en affichant les taux de réussite par bac !

LE GOUVERNEMENT DOIT TRANCHER

Pendant la campagne, Emmanuel Macron avait envisagé de recourir aux prérequis. On le voit, cela reste flou pour l’instant, par peur de provoquer des  manifestations de syndicats dominés par l’idéologie (comme l’UNEF) pour qui la sélection est un mot tabou, alors que c’est la règle dans toutes les grandes universités étrangères (et en France dans les grandes écoles). Il faudra bien que le gouvernement tranche, car le refus d’une sélection sur critères objectifs conduit à une sélection arbitraire.

Faut-il s’étonner que les universités françaises soient si mal classées sur le plan international ? Elles n’ont pas d’autonomie financière, elles ne peuvent fixer leurs tarifs librement, ni recruter les étudiants de leur choix, ni décider de la rémunération de leurs enseignants, le tout reposant sur la fiction de diplômes nationaux de même valeur dans toutes les universités !

 

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 14:19

Quand… On s’interroge… : JM Blanquer va-t-il réussir à dompter le mammouth ?

C’est un bien curieux combat qui se livre dans les coulisses du « mammouth » de la rue de Grenelle, et, à n’en pas douter, il méritera de nombreux décryptages pour ceux qui ne sont pas férus de questions éducatives.

 

Le ministre Jean Michel Blanquer a annoncé la semaine dernière ses premières mesures. Elles visent toutes à desserrer l’étau du mammouth sur un système éducatif à la dérive. Les premières mobilisations apparaissent face à des décisions pourtant timides mais salutaires. Le combat d’un ministre contre une machine infernale commence.

C’est un bien curieux combat qui se livre dans les coulisses du « mammouth » de la rue de Grenelle, et, à n’en pas douter, il méritera de nombreux décryptages pour ceux qui ne sont pas férus de questions éducatives. Jean-Michel Blanquer, qui a déjà expliqué qu’il ne proposerait aucune loi qui porterait son nom, vient pourtant de s’attirer les premières foudres des traditionnels idéologues de l’immobilisme éducatif. Lentement mais sûrement, les premières salves contre sa méthode et sa vision ont été tirées par ceux qui espèrent garder le contrôle d’un système en décomposition.

LA DÉCOMPOSITION ÉDUCATIVE EN FRANCE

Que l’école soit dans un état de dégradation avancée n’est un mystère pour personne. Les études triennales PISA lont suffisamment montré et documenté. Toutes les tares de notre système éducatif y sont décortiquées factuellement : inégalités sociales, décrochages scolaires puissants, difficulté à intégrer les jeunes issus de l’immigration, résultats moyens par ailleurs.

Face à cette lente décomposition, les remèdes sont connus. Seule une dénationalisation du système, une autonomie des établissement  et une innovation pédagogique profonde permettront de rétablir la situation, comme d’autres pays sont parvenus à le faire.

LES RENTIERS DE LA CENTRALISATION SONT INQUIETS

Bien entendu, tous ceux qui prospèrent sur une centralisation suicidaire de notre système éducatif, et sur sa déresponsabilisation principielle, sont horripilés par toutes ces solutions. Au premier rang d’entre eux, on placera les syndicats d’enseignants et leur chambre d’écho, la FCPE, régulièrement composée et représentée par les enseignants, mais sous leur étiquette « parents d’élèves ».

Tout ce petit monde déteste l’idée que les chefs d’établissement puissent développer des projets scolaires locaux et autonomes, qui échapperaient aux arrangements de couloir obtenus par la bureaucratie syndicale rue de Grenelle. Et tant pis si ce sont les élèves les plus faibles qui pâtissent de cette redoutable mais impitoyable prise de pouvoir. Dans tous les cas, il faut dénoncer la menace que ce projet fait peser sur la liberté de l’enseignant : entendez qu’il ne faudrait surtout pas que la Nation commence à fixer des obligations de résultats à ces fonctionnaires sous statut qui se comportent comme des professions libérales.

LA STRATÉGIE DE PETITS PAS MENÉES PAR JEAN-MICHEL BLANQUER

Dans ce contexte tendu, JM Blanquer fait le choix davancer à petit pas et par une sorte de guérilla face aux troupes constituées des rentiers qui verrouillent la communauté éducative. Pas de loi, donc, mais des mesures de « gestion » : possibilité reconnue aux collectivités de déroger aux rythmes scolaires dans les écoles primaires, élargissement prudent des possibilités de redoublement au collège, introduction de soutien scolaire pendant les vacances financé par des heures supplémentaires.

 

On voit bien la manœuvre : on abandonne les grandes mesures nationales, et on laisse le terrain s’organiser en lui donnant des espaces d’autonomie. Le pari qui est fait est de voir progressivement un autre modèle s’installer, décentralisé et pluriel, sans possibilité de retour.

La méthode est peu flamboyante, mais elle a un immense mérite : elle complique singulièrement la tâche de blocage à laquelle sont prêts tous ceux qui dénoncent cette « territorialisation de l’éducation », selon une expression qui en dit long sur les appétits de pouvoir des Parisiens. Allez vous mettre en grève contre un décret qui vous permet, si vous le souhaitez, de faire usage de vos libertés !

LES PATTES DU MAMMOUTH BIENTÔT CASSÉES ?

Avec cette méthode, il n’est pas impossible que Jean-Michel Blanquer parvienne à casser les pattes du mammouth. Ce serait une annonce réjouissante, tant la médiocratie de la rue de Grenelle a poussé notre école publique et laïque à la désespérance.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres politique Enjeu Education
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 12:51

 

Le 26 novembre 2014, Dominique Reynié, Camille Bedin, François Garçon et Julien Gonzalez débattaient avec Jean-Michel Blanquer sur son nouveau livre : L’école de la vie.

 

Dominique Reynié commence par rappeler l’impossibilité de séparer le parcours de Jean-Michel Blanquer de l’école. Professeur de droit public, ancien recteur de l’académie de Guyane et de l’académie de Créteil, il est actuellement directeur général du groupe ESSEC.

Ainsi son ouvrage a-t-il à la fois un aspect documenté et un caractère éminemment personnel. Cela permettant un éclairage sur des expériences très diverses dans le domaine de l’éducation.

CONTRE LE FATALISME ET LE PESSIMISME

Allant contre le sentiment de fatalité et le pessimisme qui entoure l’école, l’auteur, notamment à travers la polysémie du titre de son ouvrage, met en valeur la vitalité qui doit émaner du lieu d’apprentissage. En effet, même si le système est complexe, il est possible de faire preuve d’optimisme.

Élément essentiel car seule l’éducation conduit à la liberté. Comme le rappelle Kant : l’homme ne peut pas être homme s’il n’est pas entouré. L’enseignement constitue donc un thème central, et bien que tous s’accordent pour le dire, ni les médias, ni les responsables politiques ne parviennent à en discuter de manière apaisée et sans faire preuve de clanisme.

ÉLEVER LE DÉBAT PUBLIC SUR L’ÉCOLE

Jean-Michel Blanquer voit là la conséquence de nombreux travers du débat politique actuel. Effectivement, l’exigence de simplicité, voire de simplisme, et d’immédiateté est incompatible avec toute politique raisonnée de l’éducation.

Aussi face à la superficialité des querelles et des clivages désuets entre « traditionalistes » et « progressistes », la mise en oeuvre d’expériences et d’initiatives dans le domaine de l’éducation permet-elle de lutter contre l’immobilisme.

Mais alors, comment identifier précisément les défauts de notre système éducatif ? En regardant ailleurs, répondrait à cette question François Garçon, ravi de l’obsession de « comparatisme » qui anime l’auteur de L’École de la vie. Il est vrai que, éclairé par son expérience de terrain, Jean-Michel Blanquer n’hésite pas à critiquer et proposer.

LE PROBLÈME DU SYNDICALISME

Ainsi évoque-t-il les différents archaïsmes des syndicats enseignants, organisations éclatées, superficielles, souvent politisées et surtout dépourvues plus que jamais d’idéaux. C’est bien ce corset de règles anachroniques et de contraintes qui handicape l’Éducation française.

L’école a besoin de plus de liberté dans l’initiative et dans la prise de responsabilité. En soulevant cette chape de plomb, en donnant plus dautonomie aux établissements, en modifiant les modalités d’évolution de carrière des enseignants, nous parviendrons à redonner de la vie à notre système éducatif.

Camille Bedin soulève alors un paradoxe : pourquoi l’enthousiasme et le dynamisme qui existent parfois au niveau local ne se traduisent-ils pas en des débats plus riches et des résultats sur le plan national ? La situation de l’éducation en France est très hétérogène souligne Jean-Michel Blanquer.

L’HÉTÉROGÉNÉITÉ FRANÇAISE EN MATIÈRE D’ÉDUCATION

Ainsi existent-ils des contrastes entre régions rurales qui se portent bien, comme la Bretagne, et d’autres en plus grande difficulté telles que la Normandie. De manière similaire, les banlieues ne peuvent pas être perçues comme un tout uniforme, la Seine-Saint-Denis possède par un exemple un taux d’accès à l’enseignement supérieur plus élevé que la moyenne nationale.

Il n’existe donc pas de solution simple à cette problématique. Cependant, l’auteur distingue des leviers qui permettraient d’améliorer le système. Tout d’abord, il est nécessaire de consolider l’école primaire dont les résultats ont été positifs lors de la dernière décennie.

Mais surtout, il est indispensable de mettre en oeuvre une véritable révolution du collège en accentuant la personnalisation des parcours scolaires, en créant des groupes de compétences, en développant les liens entre les disciplines, en valorisant les multiples formes d’excellence qui permettent de compenser les faiblesses en misant sur les qualités de chacun.

FAIRE REVENIR LA VIE À L’ÉCOLE

Aussi pourquoi ne pas faire revivre les rituels qui ponctuaient l’école de la République ? Effectivement, les césures dans l’enseignement français sont multiples et brutales : passage de la maternelle à l’élémentaire, de l’élémentaire au collège, du collège au lycée, du lycée à l’enseignement supérieur. S’il est vrai qu’il est nécessaire de les atténuer, pourquoi ne pas les assumer ? Voilà également une manière de faire revenir la vie à l’école.

Puis, François Garçon s’interroge sur les entraves conséquentes à la structure compartimentée de l’enseignement français. Comment constituer une équipe cohérente lorsque agrégés méprisent capétiens et lorsque capétiens snobent contractuels ? Et surtout, comment libérer les chefs d’établissements de ces nombreuses entraves ?

LA CARRIÈRE DES ENSEIGNANTS

Tout d’abord, Jean-Michel Blanquer propose de donner une dimension plus progressive aux carrières des enseignants, dont le rythme est aujourd’hui marqué par les effets brutaux et parfois incohérents des concours.

Pour cela, il suggère de donner plus de légitimité et de marge de manœuvre aux chefs d’établissements, dont les compétences avérées permettront de constituer des équipes harmonieuses. Avancerions-nous ainsi vers une caporalisation des établissements ?

Certainement pas si plus de responsabilités sont confiées aux professeurs, et en ce sens, l’expérience de la création du poste de préfet des études5 dans certains établissements donne des résultats encourageants.

Par ailleurs, l’Europe a elle aussi sa place dans ce nouveau débat, non seulement en tant qu’objet d’étude mais aussi comme élément fondamental de la vie extra-scolaire des élèves. En effet, souligne Jean-Michel Blanquer, l’école de la vie ne peut pas être sur la défensive, elle doit agir, irradier, bénéficier de son environnement et créer des interactions fécondes avec les entreprises et les familles.

UN MONDE QUI CHANGE

Elle ne peut pas être une bulle isolée au milieu de la société. Car comme le précise Julien Gonzalez, il existe de nombreuses incohérences dans l’Éducation. Ainsi, alors que le Master tend à devenir la norme, il n’y a plus assez de postes de cadre disponibles, tandis que certains emplois exigeant une moindre qualification demeurent non pourvus.

C’est pourquoi dans ce monde qui change, dans lequel il est impossible de ne plus être diplômé sans s’exposer à des difficultés professionnelles, l’école doit permettre à tous d’avoir une qualification d’actualité, un outil réel pour l’avenir.

Pour ce, seuls un continuum, la multiplication des passerelles entre les formations, un décloisonnement de l’enseignement dans l’espace et le temps permettront de former une jeunesse adaptée aux défis de son siècle.

L’école doit donc tenir le coup conclut Dominique Reynié, car comme l’écrit Jean-Michel Blanquer : « Le contraire de l’éducation, c’est la démagogie ».

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 10:34

Une fois les élections passées, rares seront les promesses tenues. Parce que les politiques ont bien plus intérêt à mentir qu’à « parler vrai », mieux vaut donc consacrer son temps libre à la pêche ou au tir sportif qu’à écouter leurs boniments.

 

Je voudrais montrer ici que ce n’est pas par malice que le politicien professionnel ment sur la possibilité de réalisation de son programme, mais qu’il s’agit plutôt d’un effet nécessaire et structurel de la séparation de la temporalité politique propre au scrutin majoritaire en deux moments distincts, celui de la conquête du pouvoir et celui de son exercice. Le premier moment demande de convaincre le plus d’électeurs possible, tandis que le second suppose la rétribution des membres de la coalition électorale gagnante en fonction des biens disponibles.

Ces biens, qu’ils soient matériels et déclinables en termes d’avantages fiscaux, juridiques, de position ou de financement, ou en termes moraux et symboliques, n’existent que par l’exploitation des individus qui constituent la société civile. En effet, comme la politique par elle-même ne produit rien, son existence dépend de la captation des ressources qu’elle prélève au sein de la société civile. De ce fait, les transferts qu’elle met en place se font toujours à la fois au bénéfice d’une classe d’individus et au détriment d’une autre ponctionnée.

CONQUÉRIR LE POUVOIR

L’homme politique en démocratie a tout intérêt à convaincre et mobiliser le plus d’électeurs possible afin d’être porté au pouvoir. C’est pour cette raison qu’il va multiplier les appels du pied aux coalitions, groupes d’intérêts et autres factions qui fourmillent au sein de la société civile. En proposant des avantages à une multitude de petits groupes fortement identifiés et mobilisables au détriment du plus grand groupe qu’est la majorité de la population, le politicien maximise ses chances d’être élu.

Pourquoi s’adresse-t-il en priorité à une multitude de petits groupes motivés plutôt qu’à la majorité des électeurs prise comme un tout ? La réponse, assez simple, nous est fournie par Mancur Olson. Plus une coalition d’intérêts est large, moins les individus qui la forment ont intérêt à s’y investir : le bénéfice individuel espéré en intégrant le collectif décroît en fonction du nombre d’individus qui la rejoignent. Inversement, plus le groupe est petit, plus l’investissement individuel paraît rentable parce que limitant les comportements improductifs. En politique, ça se traduit comme il suit : le politique en s’adressant à la majorité prise comme un tout diminue ses chances de mobiliser l’électeur même en promettant la lune là où une segmentation intelligente de son marché électoral (retraités, fonctionnaires, industriels, etc.) augmente ses chances d’accéder aux magistratures suprêmes.

Constituer une majorité devient donc pour le politicien l’art de « coaliser les coalitions » en leur promettant à toutes des cadeaux électoraux (ou des biens politiques).

EXERCER LE POUVOIR

Seulement, après la campagne électorale, ça se complique. D’un côté, il y a les vaincus, qui ne peuvent espérer aucun bénéfice, mais qui doivent au contraire s’attendre à supporter le coût matériel, moral et symbolique des avantages attribués aux groupes d’intérêts gagnants, et de l’autre, les vainqueurs, qui vont désormais s’astreindre à rétribuer les affidés en essorant le plus de perdants possible.

En effet, pour augmenter les bénéfices des différents individus coalisés pour gagner, la « coalition de coalitions » a tout intérêt de se réduire au minimum syndical. En limitant le nombre de personnes à rétribuer, elle augmente mécaniquement la part individuelle de bénéfices de chacun de ses membres, puisque dans le même geste, elle augmente le volume de la coalition perdante qui va servir de vache à lait4.

Ajoutons à cela que les biens recherchés par les coalitions en compétition au moment de l’élection sont relativement rares pour beaucoup de prétendants. Il y a forcément beaucoup moins de biens politiques disponibles que de coalitions à rétribuer, ce qui accroît à la fois la compétition au sein même de la coalition gagnante pour les obtenir et la valeur respective desdits biens.

BAVARD PENDANT LA CAMPAGNE, AVARE PENDANT SON MANDAT

Ainsi, le politicien en campagne promet au plus possible de coalitions d’intérêts et de collaborateurs et s’empresse de revenir sur ses promesses une fois le poste convoité obtenu afin de maximiser sa fonction d’utilité. Bien entendu, on peut imaginer que nos politiciens nationaux ne raisonnent pas en ces termes, et que contrairement aux autres professions, l’altruisme et le sens du devoir priment sur l’ambition et l’appât du gain au pays enchanté de la politique.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est le genre de pari que la plupart de nos concitoyens prennent chaque fois qu’ils se déplacent aux urnes. Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’en suis venu à penser qu’il est plus raisonnable de croire aux licornes et aux fantômes.

 


 

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres humanisme education philosophie
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 16:05

Un psycho-pédagogue témoigne : à quoi ressemblent les écoliers aujourd'hui ? Pourquoi l'école primaire n'est plus adaptée à leurs besoins.

 

 Si vous vous étiez retrouvé en panne d’avion en plein milieu du désert, aviateur chargé du transport de courrier entre la métropole et des colonies, vous êtes-vous jamais demandé ce que vous auriez répondu à un gosse sorti de nulle part qui vous aurait demandé de lui dessiner un mouton ?

J’ai souvent essayé de me mettre à la place de cet aviateur.

Et j’ai imaginé trois scénarios possibles, bien différents de celui décrit par Saint-Exupéry.

J’ai pensé, tout d’abord, à une réponse autoritaire en adéquation avec la situation : « Tu vois pas que je suis dans la galère avec cette foutue panne de moteur ? Alors, fous-moi la paix avec ton mouton et sa cage pourrie… Et passe-moi plutôt la clé de 13 ! » (les puristes diront que 13, c’est petit pour un avion.).

J’ai ensuite imaginé une réponse teintée d’un paternalisme un peu désuet : « Qu’est-ce que tu fais à encore traîner dans les dunes à cette heure-ci ? Dépêche-toi de rentrer, ta mère va s’inquiéter. »

Et puis, j’ai imaginé une réponse pédagogique : « Pourquoi tu ne les dessinerais pas toi-même ce mouton et sa cage ? Tu en tirerais beaucoup de satisfaction et de fierté. Tu ne sais pas dessiner ? Ce n’est pas grave. Ce que tu fais, même si ce n’est pas totalement abouti, aura toujours plus de valeur que ce que tu feras faire par d’autres. Et puis, dessiner, ça s’apprend et tu auras une vraie volonté d’apprendre à dessiner pour pouvoir améliorer ton mouton ! »

Célestin Freinet n’aurait certainement pas renié cette réponse car, hormis le fait qu’un gosse de l’âge du Petit Prince n’a rien à faire seul dans les dunes, il s’agit bien là de la seule vraie réponse capable de faire grandir l’enfant.

En effet, c’est la seule réponse qui concentre les trois composantes de ce que devrait être n’importe quel système éducatif : le « faire par soi-même », le « comprendre pourquoi on le fait » et le « comprendre que pour le faire, j’ai besoin de tel ou tel outil, de telle ou telle connaissance ».

Et si vous combinez ces trois composantes avec l’idéologie des MJC « L’éducation Citoyenne par la culture », il y a fort à penser que vous amorcez un début de sauvetage de l’humanité…

RE-FORMER L’ÉCOLE ET NE PAS SE CONTENTER DE LA RÉFORMER

S’il y a une chose que je supporte de moins en moins, lorsque l’on parle de l’École primaire française, c’est la notion de « spécificité ». Un maître (ou plutôt à 85 % une maîtresse) pour un niveau de classe, c’est la spécificité de l’École primaire française.

L’enseignement pluri-disciplinaire des « Maîtres d’Écoles », c’est la spécificité de l’École primaire française.

Demande-t-on à La Poste de ne pas vendre de produits bancaires ou de la téléphonie mobile sous prétexte que la spécificité de La Poste française c’est d’acheminer, à bon port de préférence, des lettres et autres colis postaux ?

Demande-t-on à la SNCF de ne pas organiser des transports en autobus ou en taxis entre deux gares ou de ne pas assurer un accompagnement des jeunes voyageurs sous prétexte que la spécificité de la SNCF c’est d’amener sans encombres et dans un délai donné des utilisateurs d’un point A à un point B ?

Alors, la spécificité de l’École primaire française, y’en a marre !

Hormis le fait que l’enseignant n’est plus un instituteur mais un professeur des Écoles, pour le reste rien n’a vraiment changé depuis ce vieux Jules Ferry (ou alors les évolutions se sont faites dans le mauvais sens !).

Cette remarque en fera bondir plus d’un, anciens ministres, chercheurs en pédagogie et en enseignement, pédopsychiatres et j’en passe (voire des meilleurs), mais la vérité c’est que l’École d’aujourd’hui n’est guère différente, si ce n’est sur la forme et encore, de celle de nos grands-parents.

Or, c’est bien là que le bât blesse. Nos chers ministres désireux de laisser une empreinte qui finalement s’estompe aussi rapidement qu’elle est apparue, comme la trace laissée sur le sable disparaît aussitôt qu’une vague vient la recouvrir (finalement le seul ministre dont on se souvienne encore 135 ans après qu’il eut exercé ses fonctions n’est-il pas Jules Ferry lui-même ?), ont tenté des réformes qui ne suffisent plus à transformer un système éducatif qui n’est plus d’actualité et qui n’est plus en adéquation avec ce que sont les « jeunes d’aujourd’hui ».

Pour donner un exemple, un des derniers éléments de la réforme Vallaud-Belkacem a consisté à remplacer le terme « C.O.D » (Complément d’Objet Direct) par le terme « Prédicat » !

C’est dire si on est loin d’une véritable refondation !

Il est vrai que les résistances sont fortes et nombreuses. Il est vrai que l’idée de proposer une école totalement nouvelle sur le fond comme sur la forme fait peur.

Je me souviens avoir évoqué l’idée auprès de mes collègues de proposer à notre hiérarchie un essai de fonctionnement de type collège – puisque la configuration de notre École Élémentaire le permettait – à savoir que chacun des six enseignants puisse s’octroyer l’enseignement de 2 matières (en lien avec des affinités, des compétences spécifiques ou un cursus scolaire personnel particulier) pour toutes les classes, du CP au CM2.

Mais chacun y est allé de son « Et la spécificité de l’École Primaire Française ? Tu en fais quoi ? » Ou bien alors : « Ah, non ! Moi, ce système me convient très bien ! » (et aux enfants, alors, convient-il ?)

Ce sont ces mêmes enseignants qui se plaignent de ce que « le sport et moi, ça fait 2 ! » ou bien « Je ne suis absolument ni mathématiques ni matières scientifiques ».

 Mais je le crie haut et fort, il y va de l’avenir de notre société et peut-être même de l’humanité…

 

LE CONSTAT D’UNE ÉCOLE PRIMAIRE INADAPTÉE

Voir le verre à moitié vide ou à moitié plein n’est pas qu’une question d’optimisme ou autre truc de ce genre.

Il s’agit avant tout de logique et de prévoyance. Celui qui voit le verre à moitié vide ne sera jamais démuni et passera son temps à surveiller une baisse de niveau – simplement due à un phénomène physique tout naturel nommé évaporation – qui, si elle devenait critique, provoquerait une réaction instantanée visant à prévenir la catastrophe.

Celui qui voit le verre à moitié plein, comme le lièvre de la fable, se laissera distancer et aura bien du mal à combler la distance qui le sépare de son adversaire, prenant même le risque de ne jamais le rattraper.

À l’heure où 150 milliards de mails sont échangés chaque jour, il paraît inconcevable d’attendre tranquillement de voir « comment ça va évoluer » pour agir.

Preuve en est la révolte des chauffeurs de taxis parce qu’on n’a pas su juger de l’importance que prenaient les « uberpop » et autres VTC.

Penser que le tout numérique à l’école serait LA solution, LA parade à l’évolution sociétale des élèves est une erreur.

  • Ce serait comme refouler des touristes à l’entrée du Château de Versailles en leur disant : « Vous trouverez sur internet des visites virtuelles du Château qui feront parfaitement l’affaire ! ».
  • Ce serait comme dire à un funambule : « Dorénavant, tu feras le même numéro mais … sans le fil ! ».
  • Ce serait élever le numérique et l’informatique au rang de despotes qui asservissent ceux qui les utilisent plutôt de que les considérer, ni plus ni moins, comme des outils qu’il faut apprendre à utiliser à bon escient. Passer au tout numérique serait éloigner de manière dangereuse (c’est déjà ce qui se produit) les utilisateurs, et en particulier les enfants des écoles, de la réalité. Trop éloignés de la réalité, ils se rapprocheraient d’une réalité, quelle qu’elle soit, bonne ou mauvaise (les hommes qui laissent leur nom dans les livres d’Histoire sont soit des génies et des bienfaiteurs soit des ordures finies ou des criminels de toutes sortes).
  • Ce serait plus ou moins précipiter notre civilisation vers sa fin annoncée, un peu comme le laxisme, l’anarchie et une sorte de conception virtuelle du monde ont amené un certain nombre de civilisations à leur décadence : « Un point commun à nombre d’empires en décadence semble être une perte du sens du réel au profit de règles formelles qui finissent par ne plus être bien distinguées de la réalité. ».

 

Il serait tout aussi dangereux de continuer de fonctionner en distinguant « ZEP » et, par opposition, même si on ne le dit jamais, « ZENP » (Zone d’Éducation Non Prioritaire). Pour exemple, lors d’une animation pédagogique liée aux Arts de la Rue, alors que je demandais quelles étaient les actions possibles en termes de collaboration « écoles élémentaires-conservatoire national des arts de la rue », on m’a répondu que les collaborations en question étaient déjà fixées et qu’elles concernaient les écoles de ZEP et les Maisons de Quartiers.

Il n’y a pas à avoir des zones d’éducation prioritaires ou non, il faut simplement des zones d’éducation sur un pied d’égalité quant aux objectifs, à la configuration et aux moyens.

Déshabiller Pierre pour habiller Paul n’a jamais empêché personne de se geler les miches ! Sous prétexte de favoriser les milieux qui ne le sont naturellement pas, on crée une stigmatisation, positive certes mais stigmatisation tout de même et aussi dangereuse que n’importe quel autre type de stigmatisation.

CRÉER ET ENTREPRENDRE DÈS L’ÉCOLE PRIMAIRE

Il est donc essentiel de faire cohabiter le « progrès » que représentent l’informatique, internet et la domotique – je mets le mot entre guillemets car je me demande si le « progrès » a toujours cette belle connotation de truc permettant d’améliorer la condition humaine tel qu’on le concevait au 19ème siècle et dans les deux premiers tiers du 20ème siècle– avec une réalité qui, plutôt de s’effacer derrière des écrans ou des téléphones portables doit se montrer fièrement et durablement.

La réalité c’est, par exemple, prendre conscience que créer et entreprendre font partie intégrante du nouveau modèle économique et que le désir de créer et d’entreprendre doit être au cœur d’un nouveau système pédagogique.

De deux chômeurs, celui qui a le plus de chances de s’en sortir est bien celui qui aura la capacité à rebondir et à entreprendre.

Il est fini le temps où à la question : « À quoi ça va me servir ce que j’apprends à l’école ? », on pouvait se contenter de répondre : « Oh ! Tu verras ça plus tard. Et puis, tu sais, il faut apprendre plein de trucs au départ même si y’en a certains dont tu ne te serviras jamais ! ».

Aujourd’hui, on doit être capable de répondre « du tac au tac » : « Ça , ça sert à …. Ça, ça sert pour … Et puis tu sais quoi ? Eh bien, on va s’en servir ! » C’est pour cela que l’école du futur, qui ne doit pas être une école futuriste, doit combiner : une approche des nouvelles technologies visant à faire de l’enfant un utilisateur intelligent et réfléchi des technologies en question. Lui permettre d’acquérir, dès le plus jeune âge, des capacités d’analyse sur le rôle que doivent avoir ces technologies et sur la place qu’elles doivent occuper. Lui apprendre les utiliser en tant qu’outils de connaissance et de communication. des situations (dès le plus jeune âge) de créations de toutes sortes et des conceptions de projets qui seraient autant d’occasions d’acquérir des compétences qui, de ce fait, seraient associées à une réalité.

L’enfant ne doit plus être exclusivement spectateur (car les meilleurs spectateurs font rarement les meilleurs acteurs !) Tout cela en n’oubliant pas que malgré tout, pour un enfant de dix ans, pourtant gavé à Facebook, aux jeux vidéos et aux images violentes, une plante qui sort de terre, un poussin qui casse la coquille pour s’en extirper, un personnage qui s’anime parce qu’on l’a dessiné dans différentes positions sur un petit carnet dont on fait défiler les feuillets ou les bulles produites par la réaction chimique d’un acide sur un bout de calcaire, tout cela (se produisant sous ses yeux) relève encore du miracle.

  • Oui, cela demandera beaucoup de travail pour imaginer des procédés permettant d’intégrer à ces projets le plus grand nombre des connaissances actuellement référencées dans des programmes (qu’il faudra certainement accepter de réviser à la baisse au profit de compétences manuelles et artistiques actuellement absentes desdits programmes).
  • Oui, cela demandera de revoir totalement l’organisation de la journée, de la semaine et de l’année scolaire ainsi que la gestion du personnel.
  • Oui, cela demandera à ouvrir l’École à encore plus de partenariats.

 

À QUOI POURRAIT RESSEMBLER L’ÉCOLE PRIMAIRE DE DEMAIN ?

 

Je ne prétends pas, en quelques pages, construire les programmes qu’il faudrait rédiger pour re-former l’École. J’entends simplement tenter de jeter dans la mare, oh même pas un pavé, un petit caillou me satisferait amplement.

Chaque école devrait posséder un espace d’expérimentation et de création artistique, culturelle et technologique. Cet espace pourrait également s’envisager hors des locaux scolaires, devenant ainsi un espace public où peuvent se côtoyer les enfants et d’autres personnes (autres éducateurs, autres enfants – des handicapés mentaux ou des autistes par exemple – , retraités désireux de transmettre un savoir, …)

Il serait proposé aux élèves, chaque année, et, ce, depuis la maternelle, un ou plusieurs projets liés aux domaines de créations cités ci-dessus avec un objectif de diffusion à l’aboutissement du projet (distribution d’un livre conçu par des élèves, exposition hors des murs de l’école, réalisation et projection d’un film ou mise en ligne, vente du produit technique réalisé, … ce ne sont là que quelques exemples)

L’école pourrait s’ouvrir à des partenariats divers (scolaires et non scolaires) afin que l’aboutissement des projets soit le fruit non pas de l’école seule mais d’un ensemble d’acteurs.

Des projets pourraient, en amont, être conçus de façon à trouver des ouvertures vers les connaissances culturelles et scolaires définies comme étant le gage de former les citoyens de demain, capables de s’intégrer et dans la société et dans la République.

Des moyens pourraient être mis en œuvre dans tous les établissements scolaires, de façon équitable, sans distinction de configuration sociétale afin de favoriser la réalisation des projets.

Les technologies modernes pourraient être utilisées comme outils permettant l’aboutissement des projets et comme outils d’accession à la connaissance (utilisation de la réalité virtuelle pour aborder l’histoire de France par exemple en recréant la guerre des tranchées, l’atelier de Léonard de Vinci, le siège d’Alésia, …)

 

 

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans politique asnieres Enjeu education
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 18:02

Qu’est ce que l’islamisme djihadiste ? Le regard d’un philosophe

On ma poussé cette Analyse philosophique de l’islamisme djihadiste, de Farhat Othman.

Ce qui suit ne prétend pas être la vérité sur l’islamisme djihadiste ; qui la détiendrait lorsqu’on se veut objectif et que l’on sait que même la vérité scientifique est relative, soumise pour le moins au fait polémique ?

Il s’agit plutôt d’une contribution pour un nouvel esprit d’appréhension, avec le moins de subjectivité possible.

Méthodologie mythocritique 

Bien loin de la doxa bienpensante de nos temps de conformisme logique porté à son degré paroxystique par les horreurs terroristes, il faut rappeler que le phénomène du djihadisme islamiste, comme tout phénomène, est objet d’expériences possibles, antinomiques de l’objet en soi, ici la foi ; l’étymologie grecque du mot (phainomena) renvoie d’ailleurs aux choses célestes.

 

Or, notre époque postmoderne est propice au regain de spiritualité. Qu’est-ce qui fait que l’on glisse plutôt en religiosité dans sa forme exacerbée niant sa vocation première de lien, selon l’un des deux sens étymologiques, le plus fiable du mot (religare) ?

Ne nous faut-il pas nous interroger, pour le moins, sur les relations entre le phénomène dont il est question et les autres aspects essentiels du temps que sont le matérialisme triomphant, en sa forme capitaliste sauvage, et l’ordre mondial injuste ?

Claude Bernard, dans ses Principes de médecine expérimentale, rappelait déjà que pour comprendre, les sciences d’observation ont pour essence et but la connaissance de la loi de relation ou de classification des phénomènes de la nature. Ce qui s’applique bien évidemment aux phénomènes de la nature humaine où, mieux qu’en toute autre science, connaître (con-naître), c’est bien naître avec autrui, l’autre soi-même.

Notre époque d’imagification poussée jusqu’à la gadgetisation de la vie ne tend-elle pas à transformer en artefact tout ce qui déroge à sa féerie technologique, même et y compris le phénomène n’ayant nulle origine artificielle ou accidentelle ?

C’est le cas de celui qui nous occupe, illustration comme une autre, quoique dramatique, de ce « flux héraclitéen des vécus », selon l’expression de Husserl, dont il nous faut rendre compte en venant à la chose même, la débarrassant de toute interprétation, optant pour la présentation et non la représentation.

Cela n’est possible que si l’on ne stigmatise pas ceux qu’on juge, la meilleure réflexion étant celle qui vient du commerce des hommes, y compris les primaires parmi eux, pouvant être premiers. Ce qui implique de répudier la moindre retraite épistémologique (au sens étymologique de tirer vers l’arrière : retrahere) pour être  « sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes » comme disait Sartre dans son Idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl.

Aussi, notre méthodologie impose-t-elle de sortir de nos mythes actuels, tout en osant allant vers ceux qui peuplent l’inconscient collectif, dictent le comportement à partir d’un imaginaire populaire ; ces archétypes au sens à la fois platonicien d’idées autour desquelles sont construits nos grilles et modèles de lecture que jungien de symboles alimentant l’imaginaire et l’inconscient, à la source de leurs productions culturelles.

Malaise dans la civilisation 

Il nous faut non seulement montrer, mais monstrer — la monstration antique manifestant la volonté des dieux, ici sacrés comme profanes — ; ce qui est bien à l’état brut de l’islamisme djihadiste, primitif et donc primordial.

Cela veut dire que les islamistes en présence desquelles nous sommes se réclament d’un islam rigoriste, en faisant une théologie radicale, de libération ou terroriste, selon les points de vue. Ainsi appréhendé, le phénomène ne rappelle-t-il pas déjà une autre théologie, dont la chrétienne consacrée comme étant de libération ?

C’est dire aussi, s’agissant du djihadisme, qu’il n’a nulle racine islamique tout en ne manquant de rappeler, par contre, une figure biblique, celle de Samson, juge d’Israël. En effet, la guerre sainte n’existe pas en islam pur, le martyre tel que pratiqué par les kamikazes ne relevant nullement de l’islam correctement interprété, y étant témoignage, ce qui nécessite de vivre pour témoigner et dire le vrai, plutôt que de mourir.

Par un tel dévoilement adogmatique des choses, le lien voulu indéfectible entre islamisme et djihadisme ne se trouve-t-il pas relativisé ? Immanquablement, cela amène à la question que commande un minimum d’objectivité : que serait l’islam majoritaire au vu de ses manifestations terroristes ainsi recadrées ? Et n’y voit-on pas, pour le moins, une sympathie pour les terroristes ?

D’abord, force est de reconnaître que, populairement, l’islam est fondamentalement paisible à l’exclusion de groupuscules d’agités agissants. Il est un islam de paix et même de passivité, celle dont on affublait le soufisme du temps de la colonisation. Or, l’islam populaire est soufi qu’on le reconnaisse ou qu’on le taise pour différentes raisons, dont surtout le milieu de contraintes légales et morales amenant les gens de peu à louvoyer, vivre leur réelle vie en catimini, à bas bruit.

Aussi, les marques de sympathie apparentes ne se retrouvent pas nécessairement quand on va aux creux des apparences. C’est l’hypocrisie sociale, fort répandue au demeurant en terre d’islam, qui ne traduit qu’une labilité de la société, sa ruse de vivre en milieu hostile. Pour en rendre compte, j’use de ce que je qualifie de parabole (pouvant devenir complexe) du moucharabieh.

Mais que sont les minoritaires faisant l’exception ? Sont-ils indépendants de tout pouvoir ? Ne sont-ils pas manipulés et manipulables ? Pour simplifier, identifions-les ici comme étant une jeunesse déboussolée et embrigadée, des théoriciens et jurisconsultes voyous et des États terroristes.

Les jeunes n’ont que le vernis religieux, maquillé en religiosité pour remplir leur vacuité spirituelle. S’ils sont manipulés, c’est qu’on leur livre un argumentaire sur une thématique faussée articulée sur la supposée valeur éminente du djihad justifiant leurs crimes tout en les consacrant religieusement.

Car leur jihad, qui est d’abord mineur en l’occurrence, est forclos en islam, tout comme l’a été l’émigration (hijra). C’est ce que les jeunes ne savent pas ou ne veulent pas savoir puisque leurs gourous le taisent, assurant même le contraire.

La responsabilité incombe donc aux théoriciens voyous se gardant de dire la vérité sur cette question sensible, n’arrêtant pas d’en parler faussement, agissant en faussaires afin de mieux réussir leur oeuvre de lavage de cerveau de jeunes en révolte contre leur société, mal dans leur peau, en rupture de ban avec les leurs, en crise existentielle.

Les uns, les manipulés, et les autres, les manipulateurs, se laissent d’autant mieux faire ou redoublent de zèle dans leurs diaboliques menées qu’ils ne connaissent — s’agissant de la jeunesse — rien ou si peu de la religion, leur dernier souci, ou — s’agissant des théoriciens — qu’ils prétendent servir alors qu’ils s’en servent comme l’on se sert d’eux, étant par ailleurs au service de pouvoirs occultes, musulmans ou non, parmi lesquels des États voyous.

Il y a ainsi un business de la désinformation servant surtout les profiteurs d’un ordre saturé auquel ils s’accrochent pour le maintenir malgré le désordre mondial actuel. Alors, fatalement, se pose la question classique de savoir à qui profite le crime, sachant qu’il dessert à n’en pas douter la majorité musulmane, ainsi qu’une saine conception de l’humain ?

C’est ce qui est à la source du malaise actuel en notre civilisation qu’on savait mortelle déjà, malaise dont on ne veut pas prendre compte, mais qui ne saurait être plus longtemps ignoré sans davantage d’horreurs. Or, on pourrait en faire l’économie si l’on faisait la politique autrement, y intégrant l’impératif éthique, la transfigurant en poléthique pour un monde d’humanité, unemondianité.

Le monde d’après 

Dans les États voyous, on voit de plus en plus consacré l’usage de la tactique éculée consistant à diviser pour régner, maintenir un impérium physique comme moral, sous des dehors démocratiques (une démocratie d’élevage) qui ne trompent plus, ne traduisant que le pouvoir de démons professionnels de la politique en ce qui est devenu, au mieux, une démocratie sauvage, sinon une daimoncratie, la chose des démons de la chose publique.

Quid du rapport au terrorisme de l’islam institué en États et qui est loin — faut-il le rappeler encore — de refléter la foi populaire, à des années-lumière de ses manifestations officielles ? Ni l’islam se disant modéré ni, à plus forte raison, celui supposé être une lecture rigoriste, ne se décident à déclarer illicite le djihad mineur périmé, combien même ils osent prétendre vouer aux gémonies ceux qui en usent, ce qui revient à les encourager, justifier implicitement leurs horreurs.

Ce qu’il faut surtout noter ici, c’est que de tels États, modérés comme extrémistes, surtout ces derniers, ont les faveurs de l’Occident. Celui-ci, au prétexte de réalisme politique et/ou idéologique, plus soucieux des intérêts de ses dirigeants que de ses peuples, ne s’embarrasse pas de surenchère machiavélique, violant ses valeurs humanistes. Pour preuve, contesterait-on que nombre de régimes arabes et/ou musulmans ne tiennent que grâce au soutien dont ils jouissent auprès de l’Occident mercantile? N’est-ce pas le cas, particulièrement, de la tête de proue de l’islam rigoriste ?

Au nom de ce machiavélisme au vernis de la realpolitik, on dévergonde la politique, maintenant sa conception antique du jeu du lion et du renard déjà périmé, surtout en notre âge des foules qui sont en mesure d’agir pareillement, et encore plus bestialement.

Or, ni le bon sens, ni l’éthique, ni la logique n’admettent plus guère qu’on affirme lutter contre un terrorisme sur la cause avérée duquel on ferme les yeux. Plus que jamais, on tolère moins que l’on ne se prononce pas sur les menées occultes à l’origine de nombre d’actes dénoncés, y compris ce monstre qu’est Daech qui ne serait au mieux qu’un Frankenstein échappé à son maître. N’est-il pas la réplique du régime wahhabite installé à La Mecque alors que cette hérésie est l’anti-islam par excellence ? Ainsi a-t-on pu dire, avec raison, que le wahhabisme est un Daech ayant réussi.

S’il y a le feu à notre planète, il ne faut surtout pas oublier qu’il peut toujours y avoir des pompiers pyromanes ; c’est le système obsolète dans lequel on continue de vivre qui l’impose. Ce qui suppose d’entrevoir le monde d’après à la faveur du chaos actuel qui annonce bien un monde nouveau à naître, la fin de l’ancien étant une faim de nouveauté ; c’en est même un signe tangible, l’Antéchrist préludant la venue du Christ.

Il est bien temps d’arrêter de se focaliser sur le menu fretin de ces bandits qui ne sont que des pantins, affublant leur radicalisation et leur nihilisme du vernis religieux ; cela n’est nullement inédit. Être crédible, sage et efficace consiste à s’attaquer à la religiosité de façade entretenue par les pouvoirs voyous aux commandes des destinées des multitudes, d’islam et de non-islam, et ce au service d’un ordre injuste, celui de minorités désormais chahutées dans leurs intérêts exorbitants acquis au détriment de majorités brimées, démunies de leurs droits et libertés intangibles.

Alors, et sans que cela apparaisse par trop bizarre, sinon juste d’emblée, la jeunesse terroriste, malgré ses horreurs et atrocités, pourrait se révéler n’être que des garnements terrorisés, de petites frappes jouant aux monstres et se jouant d’eux-mêmes en redoublant de turpitudes pour ne plus avoir peur et contrer celles de leurs ennemis. N’est-ce pas ce qui les amène à s’offrir la mort, moins pour un prétendu paradis, que pour échapper à leur enfer sur terre ou ce qu’ils perçoivent comme tel.

Un tel propos est certes iconoclaste, mais ne livre-t-il pas juste une part de vérité occultée, constante anthropologique qui plus est dont rendent compte les livres sacrés, jusques et y compris la Bible, les excès amenant les excès ?

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 16:56

Le gouvernement vise une nouvelle fois la liberté scolaire. Voici comment.

Après le rejet par le Sénat du projet de passage au régime d’autorisation pour les écoles indépendantes, où en est la bataille pour la liberté scolaire ? Un point s’impose.

Le Ministère de l’Éducation nationale porte actuellement deux projets :

  • changer les modalités d’ouverture des écoles hors contrat (par ordonnance législative, ce qui requiert un vote d’habilitation du Parlement)
  • contraindre les écoles indépendantes à appliquer les programmes des écoles publiques, en dépit de leur droit à la liberté des programmes consacré par la loi

Où en sommes-nous ?

– Sur le régime d’ouverture

Dans un premier temps l’Assemblée a accédé aux demandes du gouvernement. Le Sénat a voté contre en proposant de maintenir le régime de déclaration en renforçant les conditions à respecter. La Commission Mixte Paritaire vient d’échouer sur le texte qui passe – et ce sera la dernière étape législative – devant l’Assemblée nationale le 7 novembre prochain. La probabilité de l’adoption du projet du gouvernement est très forte, la majorité à l’Assemblée Nationale ayant l’habitude de suivre les directives gouvernementales.

Pourtant la nocivité du projet de passer à un régime d’autorisation a été dénoncée par toutes les parties sans exception, y compris par des élus communistes ou écologistes, donc issus de la majorité gouvernementale. L’autisme du gouvernement sur ce sujet est total !

Veut-il vraiment empêcher le développement d’écoles radicalisantes ou hostiles à l’unité nationale ou poursuit-il le but de tordre le cou à la liberté scolaire ?

Les écoles indépendantes connaissent une progression fulgurante (93 ouvertures à cette rentrée). Plutôt que d’en freiner l’ouverture, ne serait-il pas temps pour l’État de se féliciter de leur développement et d’en faciliter le déploiement ? Ce changement de régime d’ouverture semble franchement inconstitutionnel. Nous ne pouvons dès lors qu’espérer que le Parlement défère le texte au Conseil constitutionnel.

– Sur le contrôle des connaissances

Le Code de l’éducation le dit sans hésitation (art 442-3) : les écoles hors contrat sont entièrement libres de leur programme. C’est l’une des dimensions essentielles de leur liberté.

Alors pourquoi Mme Najat Vallaud Belkacem veut-elle nous imposer de respecter les programmes de l’Éducation nationale et enjoint-elle à ses inspecteurs de vérifier cela ?

Décret applicable immédiatement

Un décret dans ce sens vient d’être publié ce dimanche 30 octobre, avec entrée en vigueur immédiate : il viole la loi et l’esprit de la loi. Sa formulation, extrêmement floue, est sujette à toutes les interprétations :

« Art. R. 131-13.-Le contrôle de la maîtrise progressive de chacun des domaines du socle commun est fait au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire, en tenant compte des méthodes pédagogiques retenues par l’établissement ou par les personnes responsables des enfants qui reçoivent l’instruction dans la famille. »

Pour l’instant, le Ministère n’a pas souhaité communiquer son Vademecum recensant les nouvelles modalités d’inspection des établissements hors-contrat.

L’État ne finance pas le secteur hors-contrat. Au nom de quoi lui imposerait-il de respecter ses programmes scolaires dont la médiocrité et le caractère idéologique est dénoncé par tous ?

Les écoles indépendantes ont droit à une vraie liberté, pas à la liberté de faire comme l’Éducation nationale. Les écoles indépendantes réclament d’être « libres de leurs méthodes et comptables de leurs résultats ». Le système éducatif public a le triste privilège de n’être soumis à aucune évaluation (à part le classement PISA, établi à l’initiative de l’OCDE). Les écoles indépendantes n’ont pas peur des évaluations de leurs résultats mais contestent la légitimité de l’Éducation nationale, à la fois juge et partie, à juger de leurs méthodes pédagogiques.

La Fondation pour l’école maintient sa vigilance en alerte, et est prête à engager les recours juridiques qui s’imposeront devant le caractère illégal et anticonstitutionnel de ces mesures.

 

 

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 11:18

Une fois de plus, la stratégie de détournement d’attention menée par le gouvernement français a parfaitement fonctionné. Ainsi, pour éviter d’avoir à justifier le silence assourdissant d’un ministre face aux propos dérangeants qu’un individu pro-État islamique a tenus en direct à la télévision, en sa présence, on choisit de faire pleurer les Français avec un oignon sans « i » vieux d’un quart de siècle. Ça vous paraît peu clair ? Voyez plutôt.

Rappel des faits


24 janvier 2016 : La ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, participe à une émission aux côtés d’un invité, Idris Sihamedi, qui ne souhaite pas condamner les agissements de l’État Islamique (il finira toutefois par évoquer une vague gêne sur la question). La ministre ne réagit pas, ni pendant ni après. La presse, les internets et le bon peuple commencent à s’interroger…


3 février 2016 : Après avoir « mystérieusement » reçu un exemplaire du journal officiel du mois de novembre dernier parlant d’une mesure elle-même datant de 1990 (et que tout le monde avait plus ou moins oubliée), tous les médias français annoncent en même temps, et avec force titrailles dignes d’une IIIe guerre mondiale, l’application prochaine d’une réforme de l’orthographe propre à mettre en péril notre patrimoine culturel (oui, Messieurs-Dames, rien de moins !).

Résultat des courses, le peuple s’émeut de la prochaine (et très exagérée !) disparition des accents circonflexes, on crie au scandale face à la mutilation prochaine de notre bon vieil oignon et on se demande si nos étangs auront la même allure bucolique avec des nénufars à la place des nénuphars.

Mais de la complaisance impunie du sieur Sihamedi à l’égard de Daesh et de l’absence de réaction d’une ministre assise à côté de lui, on ne parle plus du tout.

On a même complètement oublié l’évènement, noyé sous un déferlement d’indignation lexicale admirablement médiatisée et astucieusement relayé par les médias sociaux.

Voilà, opération réussie. Comme chaque fois qu’un sujet devient un peu trop chaud pour la légitimité et la crédibilité de nos puissants, ils s’arrangent pour nous balancer un leurre, un pigeon d’argile sur lequel on va pouvoir vider nos cartouchières à loisir. Et comme chaque fois, cette contre-mesure intervient très rapidement, au bout de quelques jours à peine, juste pour détourner l’attention, désamorcer tout début d’escalade et permettre le défoulement du bas peuple sur des sujets n'ayant que peu ou prou d'importance.

Dans le même genre d’ailleurs, le marathon des discours de bons vœux accompli par François Hollande durant tout le mois de janvier pourrait parfaitement être vu par les esprits chagrins comme une simple mesure de « saturation médiatique » destinée à faire oublier l’entrée en vigueur dans le même temps de certaines mesures pas très sympathiques (au nombre desquelles figure notamment la spoliation désormais possible des fonds déposés en banque par les particuliers au delà d’un certain montant).

Franchement, que celui qui ne voit pas là encore une étrange coïncidence... jette la première pierre.

L’orthographe a le dos large.

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28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 13:45

FN et Islamisme : deux preuves de l’échec à transmettre les valeurs de la république.

Entre les attentats du 13 novembre et le vote aux régionales, ce sont deux échecs majeurs que connaît l’Éducation nationale : celui de l’incapacité à former des républicains et à former la jeunesse. Les deux événements ne sont pas à mettre sur le même plan, bien sûr, mais ils témoignent tous deux de la faillite d’une institution qui tourne désormais dans le vide. Mi-novembre, la France constatait que de jeunes Français âgés d’une vingtaine d’années, qui avaient donc passé entre 10 et 13 ans sur les bancs de l’école, recevant en partage le lait républicain de la laïcité, de l’égalité et du vivre-ensemble, avaient sombré dans l’islamisme, se formant au djihad et attaquant des jeunes du même âge qu’eux ; qu’ils avaient peut-être même côtoyés à l’école. C’est, incontestablement, un échec de l’école républicaine, telle qu’elle se pense, et telle qu’elle s’imagine, dans ses fonctions de formation des consciences.

Deuxième échec, le vote aux élections régionales. Les votants ont accordé un large suffrage au FN ; or, les enquêtes d’opinion le démontrent, les jeunes votent en grande partie pour ce mouvement. Déjà, lors de la présidentielle de 2012, Marine Le Pen avait capté davantage de voix des jeunes (18-25 ans) que François Hollande. Voilà donc de frais émoulus citoyens qui, pendant au moins dix ans, ont eu des professeurs dont l’orientation idéologique allait, sauf exception, de la gauche à l’extrême-gauche, qui leur ont répété ad nauseam que le FN était le diable, qu’il menaçait les valeurs de la République, qu’il abîmait la France, et qui, sitôt leur carte d’électeur en main, votent pour ce parti qu’on leur a enjoint de détester. Les professeurs qui s’imaginent encore en hussard noir de la République devraient prendre cela pour un échec personnel. Si les résultats au bac augmentent, si les programmes sont appliqués avec rigueur, l’Éducation nationale échoue dans son rôle principal, qui consiste à produire des républicains. La personne qui occupe le ministère actuellement devrait s’en préoccuper grandement.

Il y a trois façons d’interpréter ce vote si contraire à tout le formatage que les élèves ont reçu. Certains pourront y voir un acte de rébellion contre l’autorité et une transgression de l’interdit, si plaisant quand on est jeune. D’autres pourront se demander si le vide des programmes et le nihilisme culturel qu’on leur dispense ne rend pas ces citoyens vulnérables aux discours populistes. D’autre encore pourront interpréter cela comme un acte de revanche contre des politiques qui ont refusé que l’école soit le lieu de la transmission des savoirs et de la formation de l’esprit. Quel crédit accorder aux hommes politiques de droite et de gauche qui se satisfont de la déliquescence de l’école et qui n’ont, comme ultime solution, que les plans numériques à la bouche et la pédagogie inversée ? Des jeunes tuent politiquement ceux qui ont voulu les tuer culturellement.

Le suicide de la jeunesse

Troisième échec de l’Éducation nationale, le nombre très élevé de suicides chez les jeunes. D’après les statistiques du ministère de la Santé, c’est la première cause de mortalité dans cette catégorie d’âge. C’est probablement ce qu’il y a de plus inquiétant pour l’avenir du pays et la survie de la nation. Le même ministère explique clairement, sur sa page internet consacrée aux suicides chez les Français, que ceux-ci tuent trois fois plus que les accidents de la route. Un chiffre impressionnant qui amène alors à se demander pourquoi le gouvernement met tant de moyens à lutter contre la violence routière, et quasiment aucun à empêcher les suicides. De même, comment croire que l’Éducation nationale n’a pas une part de responsabilité dans ce suicide de la jeunesse.

Un nihilisme dévastateur

Si les attentats du 13 novembre et les élections régionales ne sont pas à situer sur le même plan, ils ont en revanche un élément en commun : celui de s’inscrire dans une séquence de dévoilement de la faillite de l’école républicaine. Puisque la fonction première de celle-ci n’est pas de transmettre des savoirs ni de former des intelligences mais de diffuser une idéologie chez ses élèves (l’école comme séminaire de la république disait Gambetta), alors nous constatons que celle-ci a échoué dans ce rôle. Le nihilisme qu’elle inculque et qu’elle produit amène là-bas à se perdre dans le djihadisme, ici à se fourvoyer dans l’extrémisme et là à se tuer par le suicide. Des raisons supplémentaires d’en finir avec ce système en rétablissant la liberté scolaire et en favorisant les écoles libres.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 16:47

Le professeur Charles L. Glenn1, professeur à l’Université de Boston et grand spécialiste de la liberté scolaire dans le monde, explique comment la revendication du libre choix de l’école par les parents est peu à peu montée en puissance en Occident. Elle a été longtemps en conflit latent avec la prétention des élites au pouvoir de remodeler selon leurs conceptions les enfants du peuple. Mais depuis quelques dizaines d’années, la capacité de l’État à satisfaire les besoins éducatifs véritables des enfants est fortement remise en question de tous côtés. La tendance est d’inciter la société civile, le « troisième secteur » à prendre ses responsabilités en matière éducative. C’est la théorie de « l’empowerment », qui n’a rien à voir avec une quelconque marchandisation de l’école. Par leur implication concrète dans les écoles libres, les citoyens passent du statut d’objet du pouvoir à celui de contributeurs actifs de la société, ce qui correspond à un processus de démocratisation véritable de la vie de la cité.

Bien que la liberté d’enseignement ait fait l’objet de protections dès le XIXème suite à des combats politiques dans quelques pays – notamment en Belgique, avec le mouvement d’indépendance de 1830, et plus tard aux Pays-Bas avec la mobilisation de Protestants et de Catholiques du « kleine luyden » – la protection de la liberté d’enseignement reste exceptionnelle jusqu’au lendemain de la deuxième Guerre mondiale.

Ce n’est qu’en réaction aux régimes totalitaires du XXème siècle que la communauté internationale prend conscience de la nécessité de protéger la liberté des familles de choisir une alternative aux écoles publiques. Les régimes communistes et fascistes ont cherché à mettre en œuvre systématiquement ce qui faisait partie implicitement des programmes éducatifs des gouvernements « doucement progressistes » de la fin du XIXème siècle. Ils l’ont fait d’une manière qui a démasqué la volonté des élites de remodeler selon leur conception, par l’éducation, les enfants du peuple.

Le mouvement d’après-guerre de définition des Droits de l’homme a inclus le droit à la liberté d’enseignement : « les États s’engagent à respecter la liberté des parents de choisir pour leurs enfants des établissements autres que ceux des pouvoirs publics […] et de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants, conformément à leurs propres convictions. »

Ce droit est pourtant loin d’être évident, même dans les régimes démocratiques, où les élites « progressistes » peuvent juger qu’il est de leur devoir d’utiliser le système éducatif pour rendre les enfants meilleurs que leurs parents.

Le passage manquant de l’extrait du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels donné ci-dessus – à savoir « qui se conforment aux normes minimales qui peuvent être prescrites ou approuvées par l’État » – donne la possibilité aux gouvernements d’imposer des exigences aux écoles non gouvernementales (écoles privées), exigences qui peuvent conduire à rendre impossible le maintien du caractère propre et des spécificités éducatives en faveur desquelles les parents avaient pourtant fait leur choix.

Il y a clairement une obligation qui pèse sur les États contemporains de prendre les mesures nécessaires à la protection des enfants tout en faisant en sorte que l’intérêt public soit servi par toutes les acteurs, privés ou publics, du système éducatif.

L’éducation des générations futures est une question d’intérêt public et doit être guidée, dans un système démocratique, par des hypothèses partagées sur le bien commun… dans des limites qui reflètent la nature pluraliste de la société.

L’effort pour respecter le rôle des parents comme premiers éducateurs de leurs enfants et donc pour trouver le juste équilibre entre la liberté et la responsabilité en éducation – pour s’assurer que les objectifs nécessaires de la société soient atteints et que les individus et les groupes vulnérables soient protégés sans tomber dans ce que Kant appelait « le plus grand despotisme concevable »

La période allant de 1900 à 1945 peut être vue, rétrospectivement, comme celle du triomphe de l’école d’État dans la plupart des pays occidentaux. Alors que les écoles catholiques ou les autres écoles privées éduquent des millions d’enfants, elles jouent un rôle secondaire, comme une alternative ou, aux États-Unis et en Australie, comme le lieu réservé à la classe ouvrière immigrée. L’école publique représente alors la pierre angulaire de la société et n’a aucun concurrent sérieux.

L’école d’État a commencé à être concurrencée après la Seconde Guerre mondiale et la rivalité s’est accrue en particulier dans les années 1970.

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Dans le raisonnement politique qui a été formulé petit à petit dans un certain nombre de pays, des termes tels que « subsidiarité » et « champ de souveraineté » ont commencé à se faire entendre. On a fait valoir que l’État devrait créer activement dans tous les secteurs les conditions du développement d’initiatives entrepreneuriales selon un principe de libre entreprise, au lieu de vouloir occuper lui-même tout l’espace social.

La centralisation excessive a commencé à être considérée comme un problème. Alors que l’État-providence continuait de se développer et les activités du gouvernement de s’étendre à de plus en plus de domaines de la vie, il y avait en même temps un désenchantement croissant à l’égard de la capacité de l’État et de sa rationalité bureaucratique de répondre efficacement aux besoins de l’homme.

Dans ce contexte d’insatisfaction, certains ont appelé à un « retrait de l’État », pour « réinventer le gouvernement », en adoptant de nouvelles techniques d’organisation sociale qui conduisent à la prise en main par les gens de leur propre destinée ( cf. théorie de l’« empowerment ») dans des secteurs et des organismes éloignés du centre, et donc à la création d’institutions par les citoyens pour eux-mêmes.

Les autorités publiques de la Finlande à l’Australie, et les régimes politiques de gauche comme de droite, ont cherché des façons de maintenir les acquis apportés par l’État-providence sans avoir un monopole public qui fournisse services et prestations. Selon Peter Berger et Richard John Neuhaus :

« Le projet est que, si ces institutions (créées par la société civile) pouvaient être plus reconnues dans les politiques publiques, les individus se sentiraient davantage « chez eux » dans la société, et l’ordre politique serait mieux compris. Sans processus institutionnels fiables de médiation, l’ordre politique se détache des valeurs et des réalités de la vie individuelle. Privé de son fondement moral, l’ordre politique est « délégitimé ». »

Selon ces propositions, les citoyens sont conçus en de nouveaux termes par les décideurs politiques qui les percevront non pas comme des objets de l’action gouvernementale, mais plutôt comme des acteurs se caractérisant par la responsabilité, l’autonomie et le choix, et dotés de la ressource et des informations disponibles pour les finalités communes de la société.

Ces propositions ne doivent pas être confondues avec la « marchandisation » des services à la personne, dont l’éducation, car ils ne sont pas une manifestation du « capitalisme sauvage ». Ses partisans insistent sur le fait que ce qu’ils demandent, c’est l’utilisation d’un « troisième secteur » composé d’associations volontaires qui ne sont ni étatiques ni mercantiles mais qui relèvent simplement d’association d’intérêt général conclues sur la base du volontariat.

Les réformes proposées visent à renforcer les pouvoirs des citoyens en tant que membres actifs de la société, cherchant à améliorer leur qualité de vie et celle de leurs familles par des actes de choix.

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