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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 09:50

l'APB et tout l’écosystème qu’il génère depuis maintenant une décennie est un instrument de maltraitance vis-à-vis de nos jeunes.

 

Les résultats d’APB sont tombés il y a quelques jours, douchant les espoirs de bon nombre de lycéens, avec un impact d’autant plus fort sur leur moral qu’ils sont en pleine préparation du bac, et donc fragilisés.

Vu de loin, APB est un processus rationnel, qui obéit à une loi classique dans l’éducation : la sélection bâtie sur la performance. Il y a d’un côté ceux qui ont tout ou beaucoup car ils sont « meilleurs » et les autres, ceux qui sont moyens, sans véritables atouts au regard des critères des concours.

Les bons sont confortés dans leur qualité, les autres dans leur médiocrité.

Mais cette rationalité ne tient pas quand on est un lycéen relégué au rang des « rejetés «, ou ses parents qui soutiennent au mieux le moral de leur rejeton, sans bien comprendre ce qui se passe.

Ces derniers jours, nous avons vu pleurer des lycéens. Ils avaient perdu leurs illusions, ils avaient le sentiment d’être des « mauvais », et ils n’arrivaient pas à se projeter dans l’avenir qu’on leur imposait.

S’ADAPTER SANS CESSE À UN OUTIL QUI NE CHANGE PAS : EST-CE SÉRIEUX ?

Rappelons rapidement que ce dispositif APB est apparu en 2008 avec comme objectif une meilleure mise en relation de milliers de formations avec des dizaines de milliers de lycéens, dans une visée très égalitaire.

Dès cette année-là, on a bien repéré les nombreux dysfonctionnements  inhérents à l’outil, dysfonctionnements visibles ou supposés. Ainsi, des lycéens moyens dans de très bons établissements très exigeants voyaient passer devant eux des lycéens mieux notés dans des établissements moins élitistes. Des formations qui avaient l’habitude de recevoir 500 dossiers se retrouvaient avec 5000, et étaient obligés d’abandonner l’analyse personnalisée des dossiers.

Les années ont passé et peu à peu les pratiques se sont adaptées à APB, mais malheureusement, il n’y a eu aucune mise en cause de l’outil.

Au rang des dysfonctionnements invisibles : les fameux algorithmes avec des choix discutables, des absences de mises à niveau, comme il a été démontré récemment, après des années passées pour obtenir les clés du système.

Mais ce n’est pas l’aspect technique que nous voulons traiter, c’est la question des émotions pour montrer l’aberration de ce rideau de fer qui s’abat sur nos enfants.

LE POST APB : LE SENTIMENT D’ABANDON, D’INJUSTICE ET DE PERTE DE SENS

Que se passe-t-il pendant la terminale, non pas techniquement, mais dans la tête et le cœur de nos lycéens ? Nous distinguons  trois étapes qui posent chacune d’énormes problèmes :

1/ Il y a d’abord la phase d’assimilation théorique d’APB avec deux  problèmes :

  • la mobilisation porte sur la maitrise de l’outil dont la complexité masque le véritable enjeu de l’orientation,
  • l’incapacité d’anticipation à cause du Bac qui est perçu comme la véritable priorité, reléguant le choix des études à l’ « après Bac ».

2/ Ensuite, se pose la question du « clic » et de l’hyper choix. Être incité à prendre des dizaines d’options (sous peine de ne rien avoir) conduit à un sentiment d’attentes et d’espérance au-delà du raisonnable. C’est humain.

Nos lycéens sont les ultimes décideurs de leurs clics, et ils font leurs  « vœux » comme on fait sa « liste au Père Noël ». Or, avoir demandé, c’est déjà s’engager mentalement dans le processus d’obtenir. Les attentes étant immenses (et même irréalistes), la déception est d’autant plus grande.

3/ L’atterrissage est en effet très rude pour ceux qui n’ont pas leurs premiers vœux. Il est d’autant plus violent qu’il n’y a aucun accompagnement, hormis les parents qui sont dans le même désarroi que leur progéniture. Nos jeunes sont envahis par plusieurs sentiments : celui d’abandon car il n’ya pas de service après APB, un sentiment de trahison car ils y croyaient dur comme fer, un sentiment d’injustice car ils se comparent sans en avoir les éléments avec leurs camarades, un sentiment de désespoir car ils sont projetés dans un avenir qui n’était pas leur projet, et, finalement un sentiment de perte de sens sur ce qui est le plus essentiel pour eux : leur avenir.

UNE VRAIE MALTRAITANCE

Si une entreprise s’aventurait à ce type de fonctionnement, elle serait rapidement taxée de maltraitance envers ses collaborateurs.

APB et tout l’écosystème qu’il génère depuis maintenant une décennie est un instrument de maltraitance vis-à-vis de nos jeunes.

Nous  ne parlons même pas de l’inégalité qu’il introduit entre les jeunes dont les parents vont trouver des solutions de rattrapage et les autres…

Toutes les rationalisations ex post, toutes les injonctions à rebondir, toutes les théories sur l’apprentissage de ses échecs, ne tiennent pas devant un jeune homme ou une jeune fille de 18 ans qui pleure sur les cendres de ses espoirs anéantis.

APB : une copie entièrement à revoir.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres politique economie @PartiRadical
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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 08:06

La vertueuse Cour des Comptes déclare que le budget 2017, présenté par Michel Sapin, était « insincère ». Faut-il se préparer à de nouvelles hausses d’impôt

 

Le budget 2016 préparé par Michel Sapin fait couler beaucoup d’encre. Est-ce vraiment grave ou une manœuvre pour nous préparer psychologiquement à de nouvelles hausses d’impôts ?

Hou le vilain Sapin.

BUDGET « INSINCÈRE » JUSQU’OÙ ?

La vertueuse Cour des comptes déclare que le budget 2017, présenté par Michel Sapin, était « insincère ».

Insincère, c’est vilain comment ? Le Larousse nous dit « hypocrite ». Mais les fonctionnaires ont un langage bien à eux.

Un budget insincère est un budget voté en équilibre mais dont le conseil sait parfaitement qu’il ne tient pas la route (minimisation des dépenses par rapport aux ressources) et que des décisions budgétaires modificatives devront être votées en cours d’année pour enregistrer des ressources nouvelles ou pour annuler ou pour reporter à l’année suivante des dépenses initialement prévues. (Stefano Boffo, Pierre Dubois, Roberto Moscati, Gouverner les universités en France et en Italie, page 193, 2008.)

C’est vilain, moche. On prépare un terrain miné aux potes. Pas bon camarade, Michel Sapin.

Notre président Macron ne le savait pas, ne pouvait pas le savoir. Ce n’est pas parce qu’on a fait l’ENA, l’inspection des Finances et de la banque d’affaires, qu’on est un ex-ministre du Budget, qu’on sait flairer les « insincérités » des comptes publics.

Le déficit budgétaire rate son objectif de 2,8% sur lequel la France s’était engagée auprès de l’Union européenne. Il sera de 3,2%. Rater son objectif à 22,5% près, ce n’est pas une broutille.

Ce déficit, c’est aussi l’héritage du vilain Hollande. Avant de partir, Hollande a offert sa tournée à ses potes fonctionnaires au « bar des amis ». Mais il est parti sans payer en laissant la note à son successeur. Pas très gentleman, ça…

En effet, les dépenses de personnel et de fonctionnement de l’État ont bondi : sur quatre mois seulement le relèvement du point d’indice des fonctionnaires nous a déjà coûté 1,33 milliard d’euros. Ça devrait nous faire un petit 3,99 milliards d’euros en fin d’année car même en comptabilité publique 3×4 = 12 et 12 mois = 1 an et 3 x 1,33 = 3,99.

En attendant, il faut faire avec, comme on dit.

OÙ TROUVER 9 MILLIARDS ? DANS LES IMPÔTS ?

Notre président Macron doit trouver 9 milliards d’euros (et non pas seulement 4 milliards d’euros ou 5 milliards d’euros comme estimé avant l’audit de la Cour des comptes). Même en faisant démanteler par Ségolène Royal ses disgracieux portiques écotaxes qui nous ont coûté 1 milliard d’euros, on est loin du compte…

Certaines mauvaises langues prétendent que tout cela n’est que mise en scène, que la situation ne serait pas si grave. Il s’agit simplement de préparer les esprits à une hausse des impôts à l’automne, époque où les feuilles (d’impôts) tombent.

Mais quand même, le nouveau gouvernement a prévu de « geler les points » des fonctionnaires. Plus d’augmentation.

C’est vrai qu’avec la nouvelle Assemblée, une telle mesure est plus facile à prendre que par le passé.

Composition de l’Assemblée nationale :

  • 186 cadres
  • 129 fonctionnaires
  • 88 professions libérales
  • 51 employés
  • 40 retraités
  • 14 agriculteurs
  • 11  artisans et commerçants
  • 58 « autres » (Source : La Voix du Sancerrois)

Seulement 129 fonctionnaires sur 577 sièges, soit 22%, c’est beaucoup moins qu’avant (37%).

Quant à l’avenir…

DES FONCTIONNAIRES QUI DEVRAIENT RECEVOIR LEUR PRIME EN DETTE FRANÇAISE

Suggérons une réforme audacieuse : fonctionnaires et élus devraient recevoir leurs gratifications, primes et augmentations en dette de l’État français. Un genre d’intéressement ou de stock option, en quelque sorte.

Avec, évidemment, obligation de la garder jusqu’à maturité et interdiction de vendre, comme le prévoit la loi Sapin, si jamais il y avait un désamour pour la dette française.

Car évidemment, derrière ces questions de déficit, se pose le problème de la dette qui gonfle, des rendements dérisoires que perçoivent les porteurs d’obligations françaises notamment qui ont des contrats d’assurance-vie en euro. Le jour où plus personne ne voudra de ces papiers qui ne rapportent rien, que se passera-t-il ? Votre épargne est-elle à l’abri ? Prenez dès maintenant les précautions qui s’imposent.

Peut-être que M. Sapin nous fait des budgets insincères, mais rusé, il a préparé les arrières. En cas de « crise de la dette française », vous ne pourrez plus effectuer de rachats partiels ou sortir de votre assurance-vie (si vous avez –la chance- d’en avoir une)

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 18:35

 

Le déficit sera plus important que prévu et probablement au-dessus de la limite fatidique des 3% en 2017. La Banque de France l’estime déjà à 3,1%.

Le régime des retraites coule lentement mais sûrement : l’équilibre est « retardé » de 2020 à « pas avant 2040 », voire la Saint Glinglin selon les scénarios projetés. Je vous laisse savourer le sérieux d’une telle communication

La CSG sera relevée dès l’automne.

L’audit des finances publiques doit être remis début juillet par la Cour des comptes.

Il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron et son gouvernement feindront alors la surprise sur le délabrement des finances de l’État et se plaindront de devoir assumer l’héritage du précédent gouvernement.

Faux.

LA MÉDIOCRITÉ EN HÉRITAGE

Ce n’est pas seulement le précédent gouvernement, c’est l’héritage de 43 ans d’impérities. Durant plus de quatre décennies, les gouvernements de tous bords ont financé leurs largesses non pas par l’impôt mais par la dette publique, c’est-à-dire l’impôt différé. La droite et la gauche possèdent un programme commun : l’étatisme.

Toujours plus d’État-providence, toujours plus d’interventionnisme, toujours plus de dettes.

Ce cercle vicieux ne sera pas brisé de sitôt : plus de 100 économistes, issus du monde universitaire et pas seulement français, ont plébiscité le programme économique de J-L Mélenchon Ce programme prévoyait 100 milliards de dépenses supplémentaires dans des secteurs « pas ou peu soumis à la concurrence internationale » et prône la politique de l’État comme « employeur en dernier ressort ».

La dette n’est plus un problème car avec des taux à zéro, elle peut, en théorie, devenir infinie.

Il y a cependant un os.

LE RÔLE DE L’ÉPARGNE

Si les taux restent indéfiniment à zéro, l’épargne est tuée. Il se trouve qu’en dehors de notre douce France, dans certains pays peuplés de buveurs de bière pratiquant une austérité démoniaque, l’épargne finance non seulement les investissements privés mais aussi les systèmes de retraite.

En France même, l’assurance-vie est en réalité le plus souvent une épargne retraite par capitalisation. Tuer l’épargne avec des taux zéro, c’est pousser le curseur encore plus loin vers le collectivisme. Tout le monde n’y est pas encore prêt en Zone euro.

Les buveurs de vin ont tendance à croire que plus on boit le vin de la cave, plus on s’enrichit. C’est ce que nos doctes économistes appellent la « politique de la demande ».

LA POLITIQUE DE L’OFFRE

Ces universitaires, esprits purs planant très au-dessus des viles contingences matérielles, ne se demandent jamais comment la cave s’est remplie ou comment faire pour qu’elle soit le plus remplie possible.

Chez les buveurs de bière, on pense qu’il vaut mieux entasser les fûts avant d’ouvrir la Gasthaus. C’est ce qu’on appelle la « politique de l’offre ». On surveille le stock. On évite d’estourbir les brasseurs ou de leur mettre des bâtons dans les roues.

Les élections fédérales allemandes se dérouleront le 24 septembre 2017 et seront cruciales pour l’Union monétaire.

En l’état, cette union est contre nature. Les critères de convergence ramenés au PIB sont idiots et ne recouvrent rien. Mettre à l’amende un pays déjà dépensier est inepte. Il empruntera pour payer l’amende !

COLLECTIVISATION DE L’ÉCONOMIE

La signification du mot « PIB » dans un pays comme la France où l’État contrôle directement ou indirectement plus de 56% de l’économie n’est pas la même que dans les pays où le secteur privé est resté majoritaire. Cette collectivisation de l’économie explique qu’en France on crée beaucoup d’emplois mais peu de richesse. Le secteur privé, celui qui remplit la cave, a perdu la main depuis trop longtemps.

Le seul critère qui vaille est l’inscription de la « règle d’or » budgétaire : toute dépense publique doit être financée par l’impôt.

En France, la pression fiscale étant déjà infernale, la « règle d’or » signifierait un retour immédiat à la sobriété. Il y a fort à parier que l’abstention baisserait et que les consciences politiques civiques se réveilleraient.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas encore en faillite car les intérêts de la dette – qui grossit toujours – ne cessent de diminuer. Imaginez une seconde que la vapeur se renverse et que les intérêts de la dette se remettent à augmenter…

Le gouvernement agitera gadgets et hochets, promettra que la cave sera à nouveau remplie. Mais il sera trop tard. Nous boirons la coupe jusqu’à la lie.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres economie @PartiRadical Enjeu
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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 17:04

Contrairement aux affirmations des candidats à l’élection présidentielle, l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêchera pas le travail détaché.

 

 

La dernière grosse blague à la mode est d’affirmer (le débat télévisé de mardi l’a montré à nouveau) qu’il faut supprimer le système du travail détaché qui permet, depuis 1996, de faire travailler des travailleurs polonais en France, pour une durée limitée, avec un salaire français mais des cotisations sociales polonaises (on me pardonnera ce raccourci in concreto du sujet).

On a tous bien compris les arguments : il faut protéger les salariés français (qui rêvent tous, c’est bien connu, de faire le boulot qu’on confie aux Polonais) contre cette invasion dangereuse fondée sur un dumping social.

Présenté de cette façon, le débat est comprimé dans une seringue du même ordre que l’ubérisation et ses méfaits : alors vous avez le choix entre une société qui protège, qui prévoit, qui équilibre, qui partage, et, de l’autre côté, un repaire de vautours profiteurs qui mettent en danger des siècles d’acquis, de construction collective, de bien-être. Que préférez-vous ? Que les coupables lèvent le doigt.

SUPPRIMER LE TRAVAIL DÉTACHÉ, UNE BOMBE À RETARDEMENT

Maintenant, si on retourne le problème, chacun va comprendre les petits mensonges par omission véhiculés par les candidats qui s’empressent de réclamer la fin du travail détaché (et les raisons pour lesquelles il faut par avance ranger cette annonce de campagne dans les volumineuses archives des promesses non tenues).

Je ne relèverai même pas, ici, qu’aucun président de la République n’a le pouvoir de s’opposer à l’application d’une directive européenne sur son sol sans remettre en cause l’État de droit.

La seule véritable option qui existe est d’annoncer une renégociation de la directive, ce qui prendra le temps que ça doit prendre, sauf à expliquer aux Français que nous programmons un Frexit.

Mais supposons… imaginons que, dans un délai miraculeux, le candidat qui triomphe en mai 2017 obtienne tout de suite une remise en cause de la directive. Le voilà donc en train d’expliquer à ses partenaires européens qu’un travailleur d’un État-membre doit être soumis aux cotisations sociales de l’État qui l’accueille pour une mission de courte durée.

Cela signifie quoi ? qu’il va ouvrir des droits sociaux dans cet État d’accueil ? qu’il va devenir l’un des allocataires de son système de sécurité sociale ? qu’il perd temporairement ses droits sociaux dans son pays d’origine ?

Oui, bien sûr, supprimer le travail détaché au sens où les candidats à la présidentielle l’entendent signifie effectivement rattacher le travailleur en question au système de protection sociale du pays d’accueil. De cette façon, on harmonise les cotisations sociales et on évite le dumping.

L’EFFET CACHÉ SUR LES COMPTES SOCIAUX

On poursuit le raisonnement. Donc, un maçon polonais ou slovène ou bulgare, lorsqu’il vient sur un chantier en France, va consommer de la protection sociale en France. Il aura droit à nos remboursements maladie très généreux, à nos hôpitaux dont les personnels passent leur temps à pleurnicher sur le manque de moyens (en oubliant toujours de parler de leurs jours de congé pléthoriques) mais qui font rêver n’importe quel ouvrier d’Europe de l’Est.

Et comme la bêtise de la lutte contre le travail détaché sera poussée jusqu’au bout, il aura même droit au régime invalidité de sa convention collective en France.

Bref, pour le dire de façon cynique, ceux qui pensent que les cotisations sociales non payées par les travailleurs détachés en France sont une charge sans contrepartie ne tarderont pas à faire la triste expérience de leur incompétence, puisqu’ils sont en train de promouvoir l’ouverture de notre système de protection sociale au mauvais risque.

Qui sont en effet les travailleurs détachés ? Ceux qui, chassés par la misère de leur propre pays, acceptent des emplois ingrats, pénibles, épuisants, et mal payés en France. Et brutalement, on va leur dire : finalement, vous aurez les mêmes droits que les travailleurs français quand vous viendrez travailler chez nous, même pour six mois ou un an.

Ah ! ah ! mais c’est sûr que le gars, il fera tout pour ne pas retourner se faire soigner les yeux ou les dents en Pologne, en Bulgarie ou en Grèce. Il va en profiter pour récupérer la totale aux frais des cotisants français. Et pour un euro de cotisation versée par le travailleur détaché, on aura droit à deux euros de dépense de notre Chère Sécurité Sociale  déjà exsangue du fait de sa mauvaise gestion.

UN PETIT OUBLI SUR LES « ALLÈGEMENTS DE CHARGES »

On s’amuse par avance de cette pelote que nous déroulons sans hâte. L’histoire du dumping sur les emplois à faible qualification (ceux très majoritairement concernés par le travail détaché) est en effet une sorte de serpent de mer en France.

Quand j’étais à l’ENA (il y a quinze ans), je suivais des cours où l’on nous présentait des tableaux très bien faits sur le coût d’un pêcheur à Saint-Pierre-et-Miquelon (sous Sécurité sociale française) et sur le coût de son homologue Nord-américain. On comprenait tout de suite pourquoi l’activité de pêche à Saint-Pierre n’avait aucune chance de se développer.

C’est pour cette raison qu’on a inventé les allègements de charges sous 1,6 SMIC. Mes petits camarades de l’ENA me soutiennent encore aujourd’hui mordicus que le manque de compétitivité français, dû au coin « socio-fiscal », ne porte que sur les bas salaires.

Continuons sur le travail détaché : donc, l’alignement des travailleurs détachés sur les cotisations sociales françaises, sachant qu’il concernera des emplois majoritairement rémunérés au SMIC… ne rapportera rien à la Sécurité sociale. Mais il causera des dépenses, et des compensations de droit financées par l’impôt. Et voilà comment une mesure destinée à protéger les salariés français sera en réalité financées par les contribuables français.

Redisons-le, les milliards « d’allègements de charges » concédés aux entreprises sont compensés par l’État, c’est-à-dire par le contribuable, et essentiellement par des taxes sur les salaires. Donc, ce sont les employeurs de France qui paieront les cotisations des travailleurs détachés, officiellement alignés sur les cotisations françaises.

LES VRAIES RAISONS DU TRAVAIL DÉTACHÉ

Supposons que tout ceci advienne. Le travail détaché disparaitra-t-il pour autant ? Ce sera le moment de vérité. Entre un maçon français et un maçon polonais, à coût égal, qui l’employeur français choisira-t-il ?

Tous les employeurs connaissent déjà la réponse. Le maçon polonais qui, sachant qu’il a droit à la Sécurité sociale française en travaillant en France, se précipitera pour venir, avec sa motivation, son ardeur à la tâche, son envie de faire. C’est le grand tabou français.

Mais ceux qui recrutent sont bien placés pour savoir que la « protection » dont les salariés français bénéficient du fait des innombrables inventions légales, réglementaires, conventionnelles, les disqualifie dès lors qu’ils sont mis en concurrence avec des salariés étrangers non contaminés par cet état d’esprit délétère.

Mais, laissons les syndicalistes français nourris à la langue de bois tirer ce constat par eux-mêmes : l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêchera pas le travail détaché.

Bien au contraire. Et il faudra avoir l’honnêteté de s’interroger sur l’employabilité de nos ressortissants baignés dans une atmosphère de « luttes », d’acquis sociaux et de protection toujours plus importante.

COMMENT LA FRANCE PRÉPARE SON PROPRE SUICIDE

Reste à expliquer comment se passera la renégociation de la directive sur le travail détaché. Outre les contreparties que tous les pays qui font une utilisation intelligente de cette directive (comme l’Allemagne, qui fait baisser les coûts de ses filières les plus concurrentielles, notamment agro-alimentaires, de cette façon) demanderont, certains se frotteront les mains. Ils feront écrire noir sur blanc au nouveau Président français qu’un salarié français détaché en Pologne ou en Bulgarie relève désormais de la Sécurité sociale polonaise ou bulgare.

Quelle chance pour les employeurs français qui veulent délocaliser. Ils pourront désormais négocier les opérations de détachement à bas prix, sur le mode du : « où tu vas faire ce job en Bulgarie pendant six mois, pour un salaire bulgare, protection sociale comprise, ou tu pars ».

On s’en délecte par avance.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 15:07

Comparaison des programmes de Fillon et de Macron : qui sera le plus "libéral" ? Voici un point de vue.

Après de multiples rebondissements, François Fillon est désormais le seul et l’unique candidat du parti LR. Avec le soutien inconditionnel de quelques journalistes, dont certains n’ont pas hésité à lui organiser un dîner, François Fillon dispose d’un atout non négligeable pour relayer son credo : il faut avoir le courage de « casser la baraque ». Mais son programme « casse »-t-il vraiment la baraque ?

LE PROGRAMME DE FRANÇOIS FILLON EN ÉCONOMIE

Jusqu’au 10 mars 2017, la présentation du programme de François Fillon n’était en rien renversante, contrairement au poids des mots. Elle s’apparentait à un livret scolaire dans lequel prédominait son diagnostic sur la situation. Du livret de 109 pages Pour Vous aux explications par thèmes sur son site de campagne, de nombreuses redondances littéraires se succédaient avec, de temps à autre, un cadre pour illustrer quelques propositions. Quant à l’essentiel des propositions « pour redresser la France », les plus significatives demeuraient sans explication :

  • aucune précision sur la répartition entre les charges (et lesquelles) et les impôts dans les 40 milliards au profit des entreprises, ni la période, pas plus que sur la structure qui remplacerait le RSI,
  • omission des modalités de mise en place sur la franchise de TVA pour les commerçants, artisans, et auto-entrepreneurs, sachant que pour toute réduction d’un taux TVA il faut un accord de l’Union européenne en raison de la part versée à l’UE et qu’il s’agit d’un impôt de consommation redevable par le consommateur à l’État, même si l’artisan, le commerçant ou autres en font la collecte (=peut-on juridiquement « franchiser » d’une taxe le collecteur de cette taxe ?),
  • le non remplacement des départs à la retraite des 500 000 fonctionnaires ne précisait pas quel secteur de la fonction publique serait impacté (=aucun diagnostic) et ne s’accompagnait pas d’une réforme profonde des institutions de l’État en vue de recentrer ses fonctions à un rôle purement régalien.

Par ailleurs, la fameuse suppression des 35 heures ne concernait que la fonction publique, puisque dans le privé il s’agissait de « lever le verrou » par des accords d’entreprise, un procédé qui existe déjà. Or, sans une loi sur la suppression des 35 heures, ces 39 heures ne pourraient être imposées comme une durée légale à la seule fonction publique. Et la retraite à 65 ans, avec un chômage des seniors déjà alarmant, ne risquait pas de faciliter le financement des retraites.

En résumé, le programme de François Fillon en matière d’économie était volontairement provocateur par les chiffres annoncés et les éléments de langage, mais il était superficiel. Prétendre augmenter le pouvoir d’achat avec le rétablissement de l’allocation familiale pour tous et la suppression de la cotisation d’assurance maladie, alors qu’en contrepartie il y avait une hausse de TVA de 2 points sur les taux supérieurs, démontrait l’absence d’analyse d’impact réel.

C’est peut-être pour ces raisons et d’autres, comme éviter la fuite des électeurs du centre vers Emmanuel Macron, que François Fillon a supprimé le 10 mars la présentation de ce programme sur son site de campagne, dont ont été extraites les données du tableau ci-dessous. Il annonce à cette date la « Présentation du projet présidentiel à venir prochainement », six semaines avant les élections.

 

Propositions de François Fillon sur son site de campagne

Entreprise-Commerce-Artisanat

  • baisse de l’impôt des sociétés de 33,3% à 25% + baisse des charges (lesquelles ?)= 40 milliards
  • remplacement du RSI par la création d’une nouvelle caisse pour les indépendants
  • franchise de TVA pour les commerçants, les artisans, auto-entrepreneurs, jusqu’à 50.000 euros de CA pour les services et de 120.000 CA pour les achat-reventes « ce qui augmentera de façon mécanique leur revenu » ( ce ne sont pas des ménages, alors dans les 40 milliards ?)

Salariés

  • suppression de la cotisation assurance maladie sur les salaires
  • un jour de délai de carence pour le secteur public

Ménages

  • rétablissement des allocations familiales pour tous

Pour l’ensemble

  • suppression de l’ISF
  • prélèvement unique sur les revenus du capital de 30%
  • hausse de TVA de 2 points sur les 2 taux supérieurs (de 10% à 12% et de 20% à 22%)
  • âge légal de la retraite à 65 ans + harmonisation graduelle des régimes de retraite, publics et privés, et suppression des régimes spéciaux de retraite.

Divers

  • revenir aux 39 heures dans la fonction publique pour une économie de plus de 500.000 postes de la fonction publique par le non remplacement des départ à la retraite
  • « lever le verrou » des 35 heures par accord d’entreprise ou de branche
  • réforme Code du travail avec maintien du socle de droits et de règles + priorité aux accords d’entreprise et de branches professionnelles
  • allocation chômage 75% + dégressif

À la lecture des programmes, François Fillon n’avait plus le monopole sur certaines mesures, telles que la baisse de l’impôt sur les sociétés et les capitaux, les accords d’entreprise et le Code du travail. Emmanuel Macron fait ces mêmes propositions. De plus, contrairement à François Fillon, Emmanuel Macron propose, et maintient, des mesures bien plus concrètes et novatrices (du moins en rapport aux précédents quinquennats) pour un système social-démocrate, parmi lesquelles se trouvent :

  • l’exonération de la taxe d’habitation offrant un impact réel sur 80% des foyers taxés avec indirectement un véritable contrôle sur certaines hausses abusives, puisque compensée par l’ensemble des contribuables au travers de l’État et donc contrôlée par celui-ci,
  • l’assurance chômage universel qui encourage réellement la prise de risque, notamment des auto-entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des chefs d’entreprises TPE et PME, et des agriculteurs,
  • un système de retraite à points qui permet non seulement de supprimer les régimes spéciaux, d’optimiser la gestion des retraites (= réduction des coûts administratifs) et d’offrir une transparence sur les droits acquis, mais de plus il permet à tout un chacun d’augmenter à souhait sa contribution et de choisir le moment le plus opportun de départ à la retraite (avant ou après l’âge de légal de la retraite) le tout avec l’État comme garant et non des sociétés privées.

 

A SUIVRE

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 10:36

Le programme d'Emmanuel Mao Tsé Cron n'est ni libéral, ni centriste : il est clairement social-démocrate, à la suite des idées de François Hollande et Manuel Valls.

 

On nous avait promis, sous le sceau de la supposée complexité de la pensée de Mao Tsé Cron  (ce qui revient à dire, avec morgue et suffisance, que sa prétendue intelligence serait inaccessible au citoyen), monts et merveilles, clarifications transcendantales et reformes révolutionnaires, à l’occasion du dévoilement (au sens christique du terme ?) du programme.

Outre que nombre de ces mesures avaient été en réalité égrenées au cours des dernières semaines (dont les plus ineptes, on citera ici pour titillez les esprits libéraux assez retors pour soutenir Mao Tsé Cron, la nationalisation de l’UNEDIC ou encore la possibilité pour tout démissionnaire de vivre en percevant des allocations chômage), la déception nous a envahi quand nous avons pu enfin découvrir la philosophie générale de ce programme et son – fragile – chiffrage.

Force est de constater, à l’aune de ces éléments, que ce programme n’est pas social-libéral ou même centriste : il est clairement social-démocrate, dans la lignée de ce que François Hollande, Manuel Valls (oui car malgré la comédie sur le renouvellement, il était bien conseiller économique puis ministre de ces deux hommes), et Mao Tsé Cron lui-même n’ont pas pu faire aboutir durant le quinquennat qui s’achève. Il apparaît ainsi qu’En Marche et son arche d’alliance avec Bayrou sont de plus en plus une répétition sous stéroïdes d’Hollande 2012.

 

UN CHIFFRAGE CONTESTABLE

Cette continuité est évidente pour qui analyse un tant soit peu le fameux chiffrage du projet : les grandes masses financières correspondent point pour point aux objectifs de Valls, Mao tsé cron et Hollande au cours des prochaines années, parfois annoncées pour un horizon 2022. Cette similarité rend d’ailleurs suspect le véritable exercice de chiffrage par Pisani-Ferry, qui n’a probablement pas eu lieu au cours de son court mois de service pour En Marche. L’ancien directeur de France Stratégie (think tank officiel du gouvernement, avec lequel j’ai eu le plaisir de travailler sur les problématiques de dette européenne) s’est contenté de ressortir des cartons ses anciennes recommandations récupérées par François Hollande.

Des exemples de ces fameux chiffres, égrenés depuis plusieurs années par nos hauts fonctionnaires rocardiens sans qu’on connaisse le détail de ces arbitrages ? La réduction des charges de 20 milliards d’euros. Ce chiffre magique correspond en fait à une grande partie du pacte de compétitivité qui a pris la forme du CICE ; après sa mise en œuvre, nos énarques se sont aperçus que cette ubuesque usine à gaz, qui prenait la forme d’une créance fiscale, ne fonctionnait pas. Il apparaît donc logique de la convertir en baisse de charges pérenne… même si cette baisse a déjà eu lieu. Magnifique effet d’affichage à prévoir pour une efficacité quasi-nulle, surtout si la conversion est étalée sur plusieurs années.

RECYCLAGE DES SOLUTIONS DE FRANÇOIS HOLLANDE

La réduction des dépenses publiques fournit un autre exemple du recyclage des mesures hollandaises. MaoTsé Cron nous annonce 60 milliards de baisse de la dépense publique (3 points de PIB pour passer en un quinquennat de 57% à 54% du PIB en dépense publique) : là encore, il s’agit exactement du chiffrage de Valls et Hollande pour 2022, avec 10 milliards pris sur les collectivités locales, 10 milliards d’euros sur l’assurance chômage grâce à des (sic) « reformes structurelles » (l’indemnisation même pour les démissionnaires n’entraînerait-elle pas plutôt un boom de ces dépenses ?), près de 15 milliards en faisant de petites économies « naturelles » d’organisation (sans que rien ne prouve le réalisme de ces mesures qui de toute façon ne sont pas appliquées depuis cinq ans) sur la sécurité sociale et l’hôpital.

On se refuse à tout changement de paradigme sur la gestion de l’État pour mettre en exergue certaines mesures d’austérité dont la récurrence dans le débat public ont peut-être prouvé la vacuité… Sur ce point, on ressort la vieille théorie sur le non remplacement du départ à la retraite de certains fonctionnaires pour annoncer 120 000 fonctionnaires de moins en cinq ans.

UN PROGRAMME D’INVESTISSEMENT PUBLIC INSENSÉ

Le programme sur la dépense publique et la croissance devient véritablement insensé quand Maà Tsé Cron parle de 50 milliards d’euros d’investissement public (2,5% du PIB…) qui ne sont pas vraiment des investissements, sans faire sourciller aucun journaliste économique. En comptabilité privée ou publique, un investissement donne naissance à un bien immobilisé : infrastructure, immeuble, usines. Les règles d’imputation des dépenses du secteur public local ont par exemple été précisées par la circulaire interministérielle du 26 février 2002, qui énonce les critères de distinction entre les dépenses de fonctionnement et les dépenses d’investissement.

Or le programme ne comprend pas 50 milliards d’euros d’investissement en infrastructures numériques, en actifs de production d’énergie ou autres : il s’agit essentiellement de dépenses de fonctionnement (salaires) dans l’éducation, la formation (sans revoir la gabegie de la formation professionnelle) : ces dépenses de fonctionnement annihilent pour partie les 60 milliards d’économies annoncées et feront in fine augmenter la sphère publique. Avec la pente naturelle des dépenses, le quinquennat Macron verra allègrement la dépense publique franchir le seuil de 60% du PIB et la dette exploser au-delà de 100% du PIB.

MÊME ARBITRAGES QUE MANUEL VALLS

 

Sur la fiscalité des entreprises, Mao Tsé Cron reprend exactement les derniers arbitrages de Valls : une supposée baisse progressive de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25% à la fin du quinquennat… un vœu pieux pour lequel nombre d’entrepreneurs attendent un plan complet et surtout un financement des mesures.

Enfin, Macron a décidé, au nom de son opposition factice entre rente et innovation, de concentrer ses attaques sur limmobilier ( comme il ne connaît pas et/ou a peu été sur le terrain, ce dirigeant politique ne s’est pas aperçu que nombre des créations récentes d’emplois en France devaient plus à la construction qu’aux start-ups) : simplifier l’ISF est un objectif louable en faisant sortir le patrimoine professionnel, mais si on se contente de garder tous les actifs immobiliers, on ne résout pas le problème de tous ces propriétaires subitement assujettis à l’ISF avec la flambée des prix de l’immobilier.

 

UN EXERCICE DE DÉMAGOGIE

 

Il aurait mieux valu étudier un impôt séparé sur l’immobilier résidentiel de luxe. Ses vagues projets de taxation de la valeur locative sont bien sûr liberticides et détruiront les épargnants ayant fini de payer leur prêt immobilier. Enfin, son idée de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des Français est un exercice honteux de démagogie :

a) Il est toujours facile de supprimer les impôts des autres, puisqu’il s’agit d’une ressource des collectivités locales, et non de l’État (qu’il commence par proposer un vrai programme de réduction de la dépense publique).

b) Comme pour l’impôt sur le revenu, le top 20% des payeurs de cette taxe n’est pas véritablement constitué de nantis mais plutôt de la classe moyenne, qui va devoir assumer le coût de cette taxe pour les 80% restant de la population. Monsieur Mao Tsé Cron, qui a financé l’achat de son premier bien immobilier par un prêt du millionnaire Hermand, ne se rend pas compte des efforts consentis par cette classe moyenne pour devenir propriétaire.

Le détail des mesures du programme de Mao Tsé Cron rappelle aussi que le candidat parait incapable de s’extirper de certaines contradictions ou incohérences : juxtaposer certaines de ces déclarations de ministre ou de candidat avec les non-arbitrages de son programme sur certains points ne laissera pas d’étonner. Sur les 35h ? Le 9 Novembre 2016, le candidat s’attaque aux 35h : « quand on est jeune, 35h, ce n’est pas long, il faut donc plus de souplesse et de flexibilité »avant de préciser le 11 décembre : « la durée du travail restera à 35 heures ». Sur les allocations chômage ? Le 9 novembre 2016 : « quand vous avez un taux de chômage à 10%, la dégressivité des allocations est une mesure injuste », avant de dire le 30 Janvier « la dégressivité fait partie des mesures dont les partenaires sociaux devront discuter ». Vraiment ? Alors même que l’UNEDIC serait nationalisée sous Mao Tsé Cron ? Comment réconcilier ces deux déclarations avec son programme ?

Nous ne nous attarderons pas ici sur la vacuité du programme de Mao Tsé Cron sur les questions régaliennes et de sécurité : alors que les zones de non-droit, les manifestations violentes, les ignominies terroristes, les attaques quotidiennes contre les forces de l’ordre se multiplient, il n’est nul besoin de regarder au-delà de l’économie pour être inquiet d’un quinquennat Mao Tsé Cron. Sur le champ économique, tant d’incohérences et d’impréparation laisse présager cinq ans d’immobilisme et de souffrances supplémentaires pour les Français, dans la lignée du quinquennat d’Hollande.

 

 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 08:29

Mao Tsé Cron n’a toujours pas de programme, mais Bayrou (qui n’en a pas davantage) se rallie à lui. Le ralliement de Bayrou à Mao Tsé Cron intervient le jour même où ce dernier avait promis le chiffrage de son programme.

 

COMMENT MACRON A FAIT OUBLIER SON (NON)-CHIFFRAGE

Tout d’abord on dira bravo l’artiste ! Toujours pas de programme et toujours pas de chiffrage. Visiblement… le chiffrage n’était pas prêt. Mais personne ne s’en est rendu compte puisque, astucieusement, l’attention des observateurs a été monopolisée par l’opération Bayrou, très téléphonée.

Bayrou a teasé les médias sur sa (non) candidature pour finalement faire une offre de services à Mao Tsé Cron, qui était trop heureux d’amuser la galerie avec ce nouveau coup de théâtre.

Du coup, on ne sait toujours pas combien coûte le non -programme de Mao Tsé Cron. Lui-même ne doit pas plus le savoir. Mais on s’en fout, après tout : l’enjeu est bien d’arriver au pouvoir, pas de dire comment on l’exercera. Sur ce dernier point, il suffira de suivre le mode d’emploi envoyé par Bruxelles.

POUR L’INSTANT, LE REVIREMENT DE BAYROU EST EFFICACE

Le coup de théâtre, avant-hier, suscité par François Bayrou, a en tout cas permis à Emmanuel Mao Tsé Cron de booster sa popularité dans les réseaux sociaux.

Désormais, la somme des indices favorables à Hamon et Mao Tsé Cron est supérieure à celle de Marine Le Pen.

On y verra l’effet positif direct de l’élargissement progressif de l’assiette des deux candidats à gauche pour Hamon et à droite pour Mao  Tsé Cron, qui marginalise de fait Jean-Luc Mélenchon et François Fillon.

Toute la question est de savoir quelle sera la durée de vie de cette embellie.

Il est probable que, tôt ou tard, Mao Tsé Cron cherche à sortir de l’ambiguïté sur ses idées. Comme on le sait, ces sorties se font toujours au détriment de celui qui en prend l’initiative. Dans le cas du duo Mao Tsé Cron-Bayrou, on imagine (il y en a déjà) les tiraillements internes qui interviendront sur pas mal de sujets. Tiens, au hasard, l’autonomie des établissements dans l’éducation ! On s’en amuse par avance.

L’avantage, pour Mao Tsé Cron, est qu’il a choisi un partenaire qui n’a pas d’idée fixe. L’inconvénient est qu’il n’a pas non plus de scrupule.

LE GOUVERNEMENT DES JUGES SERVIRA-T-IL MARINE LE PEN ?

Parallèlement, la justice française fait du zèle et convainc une fois de plus les candidats qu’il ne faudrait surtout pas s’aviser de lui donner plus de moyens que ceux dont elle dispose. De façon hallucinante, après avoir choisi de mettre une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Fillon (qui, naïf, s’est précipité dans le piège au mois de janvier), la voici toute occupée à déstabiliser Marine Le Pen. Ou à chercher à le faire. La cheffe de cabinet de la candidate, Catherine Griset, vient donc d’être mise en examen pour recel d’abus de confiance, à deux mois de la présidentielle.

Est-ce bien raisonnable ? On en pense ce qu’on en voudra, mais tout est parti d’une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude ouverte en 2014. L’enquête s’est terminée très opportunément en juillet 2016. C’est le 26 juillet 2016 que l’OLAF a transmis ses éléments à la justice française. Pourquoi cette justice s’empare-t-elle du dossier quelques semaines avant les élections alors qu’elle dispose de ces éléments depuis plus de six mois ?

Dans tous les cas, les enquêteurs ne pourront nier qu’ils ignoraient l’approche du scrutin présidentiel. Cette affaire est quand même extrêmement maladroite et montre comment les enquêteurs prennent (au mieux) d’importants risques vis-à-vis de l’opinion, et manifestent (au pire) leur parfaite incompréhension des ressorts qui portent le Front National au pouvoir.

 Le fonds de commerce de Marine Le Pen repose sur la dénonciation d’une Europe technocratique qui écrase la volonté populaire. L’apparente partialité de la justice (même si elle est imaginaire), qui agit à la suite d’une procédure européenne, ne peut que nourrir les convictions de ceux qui ne demandaient plus qu’à être convaincus.

 

 

 

 

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 15:46

Licenciements, inégalités injustifiées, riches de plus en plus riches, bonus immérités… tout cela est la conséquence des politiques publiques conduites depuis quarante ans. L’indignation des élites et des élus responsables est déplacée.

Selon un ancien président, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». Elles exercent cependant une attraction universelle de l’électeur, sous toutes latitudes et à toutes les époques.

Pendant longtemps, ces promesses généreuses étaient payées avec l’argent des autres.

Salaires en hausse, semaines de travail réduites, vacances supplémentaires, âge de la retraite abaissé, etc. — sans lien avec la richesse créée, tout cela fut possible. Il suffisait de dévaluer le franc pour permettre au tissu économique d’absorber des cadeaux électoraux, et le tour était joué.

Certes, les quelques privilégiés qui avaient eu le temps de placer leurs économies en dehors de France, en Suisse ou ailleurs, étaient soudainement plus riches, et les Français qui avaient l’intention de passer leurs vacances à l’étranger ou bien plus simplement d’acheter des produits importés étaient pénalisés. Mais qui s’en souciait ?

Puis vint la multiplication des allocations, aides, subventions et primes en tous genres, mais aussi des niches fiscales bien gardées. Il fallut alors trouver autre chose que la dévaluation (désormais impossible avec l’euro) et la hausse habituelle des impôts. D’autant que nombre de ces décisions avaient des effets pervers, comme par exemple l'effet boomerang inflationniste des aides au logement sur les loyers. Ce qui justifiait de nouvelles dépenses publiques pour tenter de corriger ces effets indésirables !

Aussi les responsables politiques commencèrent à recourir de plus en plus massivement à l’endettement (supposé indolore, car remboursé en contractant de nouvelles dettes, indéfiniment… tant qu’il y a des prêteurs…).

Ni vu, ni connu… du moins pas tout de suite

Trente ans après ce tournant majeur en matière de politiques publiques dans presque toutes les démocraties occidentales, les dégâts sont là. L’activité est chaque décennie plus anémiée ; on perd en moyenne un point de croissance annuelle tous les 10 ans depuis le début des années 1980. Sans croissance ou presque, et sans inflation, l’amortissement des dettes est de plus en plus délicat.

En effet, les progrès technologiques permettent aux industriels de fabriquer de nouveaux produits de plus en plus sophistiqués à un coût décroissant (regardez votre téléviseur !). Les jeunes créateurs d’entreprises, surtout avec l’ubérisation, proposent de nouveaux services de moins en moins chers. Ces innovations, dans une société vieillissante, sont déflationnistes. Or les gouvernements surendettés ont besoin d’inflation pour amortir leurs dettes sans douleur.

La parade est cependant bien connue, avec la généralisation des politiques monétaires non conventionnelles, selon les termes de leurs concepteurs eux-mêmes. Quel aveu, comme si nous étions des rats de laboratoire sur lesquels on peut faire des expériences ! Le résultat fut une baisse sans précédent, historique, des taux d’intérêt.

L’objectif est de décourager l’épargne. Au contraire, il faut stimuler la dépense pour acheter des produits que des industriels fabriqueront, créant de nouvelles capacités de production et finalement embauchant.

Mais dans leur course effrénée à la baisse des taux, officiellement pour donner du temps à des gouvernements d’initier des réformes grâce à l’argent gratuit ou presque, les autorités monétaires sont allées très loin. Certains gouvernements, sur lesquels la contrainte financière ne pesait plus, ont profité de l’aubaine pour justement ne rien faire…

Les effets pervers de telles politiques de fuite en avant sont déjà palpables.

Comme chacun peut le constater, l'économie de la vielle Europe, notamment en Zone euro, reste globalement toujours anémiée.

Brutaliser les épargnants pour les forcer à dépenser n’a aucun sens s’ils n’ont pas envie d’acheter. Les seniors, de plus en plus nombreux, déjà largement équipés en biens de consommation, ont peu de besoins nouveaux. Au contraire, les taux très bas les incitent à épargner encore avantage. Par peur de manquer de revenus futurs, ils compensent la baisse des rendements en mettant encore plus d’argent de côté.

Plus les taux d’intérêt sont bas, plus les prix des actions, des obligations, ou de l’immobilier, seront élevés, rendant encore plus riches leurs détenteurs. Les obligations émises dans le passé à des taux plus élevés, les actions dont le rendement, grâce au dividende, devient supérieur aux taux des titres d’État, les biens immobiliers qui rapportent des loyers même modestes sont toujours préférables à rien.

À cela s’ajoute la situation des dirigeants de grandes entreprises, dont les bonus sont en partie indexés sur la performance boursière de leurs titres. La surévaluation de la cotation boursière des entreprises qu’ils dirigent résulte aussi de ces politiques de taux zéro, et non pas uniquement de leur génie. Pourtant, les rémunérations qu’ils perçoivent sont jugées indécentes par des politiciens qui sont à l’origine de ces hausses de cours en partie artificielles.

Les taux bas, une fausse aubaine pour les emprunteurs

Les candidats à l’accession à la propriété acceptent de payer très cher des biens immobiliers, au motif que l’endettement est presque gratuit, faisant ainsi la fortune des,déjà, riches vendeurs. Il est inquiétant de voir augmenter le nombre de primo-accédants sur la période récente. Souvent l’arrivée sur un marché déjà très haut des populations les plus modestes et les moins bien informées est le symptôme de la fin d'une bulle.

Enfin, les industriels, censés profiter de l’opportunité du crédit bon marché bas pour augmenter ou créer des capacités de production, ne se précipitent pas pour emprunter. S’ils le font, c’est pour investir dans la robotisation, accélérant la destruction d’emplois, alors que la population active n’a pas encore eu le temps d’ajuster complètement ses qualifications à cette révolution technologique.

Panne de la consommation, taux de chômage élevé des non-qualifiés, enrichissement des nantis, euthanasie financière des retraités, quels beaux résultats pour des politiques censées apporter l’emploi pour tous, la réduction des inégalités, et la justice sociale.

Pourquoi ne pas laisser les taux d’intérêt s’ajuster en fonction de l’offre et de la demande sur les marchés financiers, en dehors de toute manipulation par les banques centrales ?

Les épargnants modestes qui ne placent pas leurs économies sur des supports spéculatifs seraient enfin honnêtement rémunérés, les industriels n’automatiseraient leurs usines qu’à bon escient, et les baisses des marchés financiers et immobiliers permettraient une redistribution des richesses.

Oubliez tout ça. Aucun gouvernement ne pourra jamais accepter un tel scénario, qui l’obligerait à se déclarer en défaut et à ruiner complètement ses prêteurs (souvent ses électeurs d’ailleurs par le biais des contrats d’assurance-vie) et à en terminer avec le déficit.

Sans recours à la dette, un gouvernement doit présenter des budgets équilibrés, avoir une gestion vertueuse des deniers publics. Comment dés lors pratiquer le clientélisme en distribuant des avantages (allocations, aides, subventions, primes, etc.) à sa base électorale ?

Un tel scénario est tout bonnement inimaginable.

Mais tôt ou tard, la réalité s’imposera. La sortie se fera par l’inflation. Et à ce moment-là, il vaudra mieux avoir de l’or…

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 15:31

On aura à peu près tout dit sur le Brexit, non seulement avant le référendum du 23 juin mais surtout après, depuis que l'on sait que les Anglais (évitons de généraliser en parlant des "Britanniques" afin de respecter le choix massif des Écossais en faveur du maintien) ont décidé de quitter l'Union Européenne.

Mais une fois l'émotion retombée, il faudra bien commencer à aborder les sujets qui fâchent, car un peuple, même manipulé par des politiciens aux ambitions populistes, ne décide pas de changer son destin de manière aussi brutale sans avoir de vraies raisons de le faire. Des raisons qui devraient inciter les institutions européennes à s'interroger sur leurs responsabilités, à commencer par le mépris avec lequel elles ont traité les inquiétudes des citoyens européens face à un monde croulant sous le poids d'une dette colossale qui ne semble jamais vouloir se résorber.

Ces inquiétudes, certains ont en revanche parfaitement su les exploiter outre-Manche, trouvant dans l'Union Européenne le coupable idéal de tous les maux de la Grande-Bretagne. Et finalement, lepopulisme comme le nationalisme aveugle auront eu raison d'un vieux mariage sans amour qui ne tenait plus que par les concessions que chacun des conjoints avait réussi à obtenir de l'autre. Un populisme dont les principaux instigateurs ont d'ailleurs avoué, dès le lendemain du référendum, qu'il s'était appuyé sur des allégations mensongères.

Néanmoins, l'Union Européenne est tout aussi coupable du Brexit, en raison de la politique du pire qu'elle mène depuis maintenant plusieurs années, notamment en matière financière, en réduisant tous les problèmes sociaux et économiques à de simples équations qu'il suffirait d'ajuster à grands coups deplanche à billets. Déjà en 2011, la monnaie européenne avait eu a souffrir des dérives financières révélées trois ans plus tôt par la crise de 2008, des dérives internationales (mondialisation oblige) dont Londres fut d'ailleurs souvent l'épicentre, ne serait-ce qu'en sa qualité de première place financière européenne (au passage, selon l'agence de notation Standard & Poor's, un cinquième de l'activité bancaire mondiale est réalisée à Londres).

Mais c'est bien l'arrogance de l'administration européenne qui a précipité le départ du Royaume-Uni ; une administration qui ne croyait pas un seul instant que les Anglais oseraient aller au bout de leur fronde et qui a sciemment poussé les marchés à anticiper massivement un maintien dans l'Union européenne durant toute la semaine qui a précédé le référendum. Comme pour rappeler que la démocratie directe, tout aussi symbolique qu'elle puisse être, n'était en réalité rien d'autre qu'un hochet que l'on tend aux peuples pour faire passer leurs caprices. Un dérivatif entretenant l'illusion de cette fameuse « liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes », mais qui ne faisait pas le poids devant le vrai pouvoir, le seul, celui de l'argent.

Sauf que le résultat est là, et non seulement les Anglais ont cassé la machine (à leur grande surprise, d'ailleurs) mais ils ont également réussi à ébranler les fondements-mêmes de l'Europe unie. Et l'une des premières conséquences de ce séisme institutionnel va sans doute se ressentir au niveau de laconfiancedes investisseurs, mais aussi des ménages, à l'égard de l'économie européenne. En effet, l'Europe ressort fragilisée de ce référendum, et la menace plane désormais de prochaines consultations populaires du même genre au sein d'autres pays de l'Union. Autant de raisons de douter de la solidité d'une construction qu'on savait artificielle dès le départ, mais dont on constate désormaisl'incapacité à maintenir simplement son unité ; une instabilité et une incertitude qui rejaillissent tout naturellement sur l'Euro, construction monétaire tout aussi artificielle contre laquelle de plus en plus de voix s'élèvent pour en dénoncer les effets pervers sur l'accroissement des inégalités.

En France, par exemple, un récent sondage OpinionWay/AuCoffre.com montrait que 81% des personnes interrogées considéraient que l'Euro avait contribué à faire baisser leur pouvoir d'achat. Dans les faits, on sait que la réalité mérite d'être nuancée, mais les peuples votent en suivant leurs émotions, pas leur raison. De la même façon, 3 Français sur 5 estiment que l'Euro est avant tout une monnaie créée pour favoriser la spéculation financière, ce qui revient plus ou moins à la rendre responsable de la crise qui mine notre économie depuis huit ans. Enfin, si seuls 32% des personnes interrogées vont jusqu'à souhaiter la mort de l'Euro pour revenir au Franc, ils sont toutefois aussi nombreux à redouter cette issue... tout en restant persuadés que l'Euro est condamné quoi qu'on fasse. Sachant qu'on ne parle pas forcément des mêmes personnes (ceux qui le souhaitent d'une part et ceux qui l'appréhendent d'autre part), il est possible que près d'un Français sur deux ne se fasse plus guère d'illusion quant à l'avenir de l'Euro.

À ce titre, même si elle était attendue, la brusque remontée du cours de l'or ne doit pas être considérée comme un simple jeu de vases communicants entre crise et valeurs refuge, mais plutôt comme le signe que le système monétaire actuel a atteint une certaine limite, tout au moins dans ce que les gens sont prêts à accepter. Une monnaie basée sur la dette peut avoir des avantages, en particulier le déverrouillage de l'économie, qui devient alors celle de tous les possibles, sans plus aucun plafond déterminé par une quelconque contrepartie "physique" à la richesse créée. Mais quand la dette s'emballe, quand la richesse ne sert plus les intérêts des citoyens et contribue au contraire à les appauvrir davantage au profit d'une élite de plus en plus riche qui ne reverse plus rien aux autres strates de la société (merci les paradis fiscaux), alors l'essence même de la monnaie fiduciaire, à savoir la confiance, disparaît. Ainsi le sondage précité montre que 60% des Français voudraient que l'Euro soit garanti par l'or présent dans les coffres des Banques centrales (par exemple la Banque de France) et 36% vont même jusqu'à affirmer que, selon eux, l'or constituerait une meilleure monnaie que l'Euro.

Quoi qu'il en soit, Européens nous sommes et Européens nous devons rester, ne serait-ce que parce que ce beau projet est né de la volonté de ne plus voir de guerres endeuiller le continent européen. Et, en dépit des attaques répétées envers notre unité (que ce soit de la part d'idéologies obscurantistes réfractaires à la modernité, ou au contraire émanant d'autres grandes puissances économiques qui agissent plus subtilement dans le but de conquérir notre marché commun), force est de constater queles nations européennes sont en paix les unes envers les autres depuis plus de 70 ans maintenant, soit la plus longue période de toute l'histoire connue. Rien que cela mérite qu'on fasse l'effort de préserver l'idée d'une Europe unie, d'autant plus que les jeunes générations se retrouvent totalement dans la plupart des valeurs communes d'une construction européenne forte, axée autour de projets ambitieux qui ne se contentent plus de gérer le présent mais préparent aussi l'avenir. Développement durable, économie collaborative, finances éthiques ou encore commerce équitable sont autant d'objectifs aussi nobles que fédérateurs, mais qui ne pourront pas voir le jour sans un environnement politique redevenu aussi respectueux que respectable.

Et il faudra aussi une monnaie forte, c'est-à-dire dans laquelle les gens auront retrouvé la confiance, adossée par exemple à une richesse tangible, perceptible et compréhensible par tout le monde. Mais cette monnaie ne pourra pas tout faire et il faudra peut-être accepter l'idée qu'au-delà de la devise supranationale, on puisse avoir besoin de monnaies complémentaires solides (donc, oublions lebitcoin) afin d'accompagner le développement d'économies locales, sociales et solidaires dont l'émergence aura été favorisée par un projet communautaire ayant enfin renoué le contact avec les peuples.

A lire "L’or, un placement qui (r)assure" : J-F Faure

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 08:39

Quand l’Echec, de la rencontre entre El Khomri et Martinez, risque de coûter cher

La perspective d’un conflit frontal jusqu’à la promulgation de la loi est tout simplement terrifiante. Une situation qui ne pourrait se produire dans une entreprise privée.

Myriam El-Khomri est sortie bredouille de son entrevue avec Philippe Martinez ! Non, ce n’est pas possible ! On n’y croit pas ! Le ministre du Travail de la sixième économie mondiale est incapable de nouer un dialogue et de négocier avec le premier syndicat français, principal animateur d’une contestation qui s’est nouée depuis plusieurs mois contre une loi qui modifie les règles du jeu concernant la négociation collective et le contrat de travail… On se frotte les yeux, on se pince, on se tape la tête contre les murs.

Il s’agirait d’un sujet secondaire, voire d’un syndicat secondaire… mais s’offrir le luxe de passer ce qui a été présenté comme l’une des réformes phares du quinquennat en roulant, jusqu’au bout, sur la jante, est tout simplement ahurissant. On n’imaginait pas qu’une démocratie contemporaine pouvait accepter de tels dysfonctionnements, avec une telle légèreté. Se cogner la première organisation syndicale du pays sur un sujet pareil, quand on appartient à un gouvernement de gauche, est un non-sens absolu.

Ce que signifie l’échec de la réunion de vendredi matin

Pour toutes les entreprises, la situation est cataclysmique. On n’en peut plus de voir l’image de ce pays écornée en plein milieu de l’Euro, mondialement ridiculisée pour son incapacité à se réformer. Si le préjudice se limitait à celui de l’image, au fond, on s’en moquerait. Mais les grèves sévissent, les mouvements sporadiques de blocage créent une insécurité économique néfaste pour le pays. Pour le fonctionnement normal du pays, la situation est malsaine et dangereusement bancale.

On va donc continuer comme ça pendant plusieurs semaines, à guetter chaque semaine quelle nouvelle catastrophe va survenir, quel blocage nouveau va se déclarer. Jusqu’au mois de juillet, le gouvernement assume de dysfonctionner, de passer en force, de subir cette espèce de guérilla sociale sans offrir la moindre perspective autre que sa victoire à l’usure, au rapport de force, qui lui permettra sans doute de passer sa loi mais qui constituera une immense défaite politique collective.

L’image est terrible : celle d’un pouvoir usé, sans vision, qui impose sans possibilité de nouer un compromis intelligent. La perspective d’un conflit frontal jusqu’à la promulgation de la loi est tout simplement terrifiante. Elle signifie : « C’est comme ça, pas autrement. Et je n’ai rien d’autre à vous dire. »

Et si le gouvernement pratiquait le dialogue social ?

Récapitulons l’état des forces : le gouvernement n’obtiendra pas du patronat un accord sur la convention d’assurance-chômage. Il n’obtiendra pas des syndicats contestataires un compromis sur la loi Travail. Il n’offre pas d’alternative crédible.

Une entreprise procéderait de cette façon, elle serait sommée par le gouvernement ou par l’un de ses représentants de trouver un compromis. Sa direction serait huée, conspuée, accusée de tous les vices. Les actionnaires finiraient par intervenir et par demander aux dirigeants de partir.

Le drame dans cette affaire tient à la nature même de la loi. Celle-ci prône le dialogue social d’entreprise. Pour la faire passer, il est indispensable de rassurer les Français, inquiets à l’idée que le rapport de force entre les employeurs et les syndicats de salariés au niveau des entreprises ne mette en péril des acquis fondamentaux du droit du travail.

Au lieu de rassurer, le gouvernement inquiète. Il voudrait donner le sentiment que cette loi est le début d’une longue reprise en main des rapports sociaux, d’une longue phase d’autorité bête, sans relief, sans ambition, pour les salariés, qu’il ne s’y prendrait pas autrement… Cette stratégie de pourrissement est délétère.

Quelles réactions syndicales ?

En écoutant Myriam El-Khomri répéter qu’elle avait des désaccords avec la CGT qui empêchaient toute évolution à court terme, les chefs d’entreprise ont forcément eu le sentiment halluciné et déplorable que la ministre n’avait pas compris son job : celui de négocier et de sortir le pays de cette redoutable confrontation, épuisante et stérile. J’imagine que beaucoup de syndicalistes ont ou auront la même réaction. Les désaccords sont possibles, mais l’entêtement pose problème.

Face à un État qui impose brutalement, sans concertation, sans esprit de dialogue, une règle à des organisations syndicales majoritaires, la riposte pourrait être terrible. Certains qui soutenaient la loi peineront à justifier la méthode et risquent bien de basculer dans l’autre camp. C’est déjà le cas de la CGC. Pour soutenir le gouvernement, on ne trouve plus que la CFTC et la CFDT. Autant dire, compte tenu du poids réel de la CFTC, que la CFDT est désormais la seule force supplétive du gouvernement.

En son sein, la CFDT n’est pas monolithique. Certains syndicats, voire certaines fédérations, contestent plus ou moins discrètement la ligne Berger. La rigidité de la ministre, son sous-équipement politique manifeste pour faire face à la situation, risquent de nourrir les divergences internes.

L’échec de la rencontre entre Martinez et El-Khomri risque bien de rallumer les braises du conflit, et de pousser certaines fédérations à reprendre un combat qui les épuise. La ministre avait la possibilité de sortir par le haut du conflit. En campant sur ses positions sans enrober l’échec (pourquoi ne pas créer un groupe de travail ?), la lutte est désormais à mort et sans prisonnier.

Nous le paierons cher.

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