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  • : Le blog de Jean-Loup
  • Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 15:41

Avec l’interdiction de circuler qui frappe les véhicules immatriculés avant 1997, Anne Hidalgo fait preuve de plus d’idéologie que d’efficacité

La politique anti-voiture initiée à Paris en 2001 n’a toujours pas produit de résultats significatifs dans la lutte contre la pollution puisque, générant des embouteillages sans améliorer parallèlement l’offre de transports souterrains, elle congestionne sans fluidifier.

Plus qu’une mesure, une idéologie

Mais ces mesures sans cesse durcies sont devenues comme un réflexe identitaire chez les socialistes et les Verts parisiens. S’ils sont de gauche et progressistes, c’est parce qu’ils luttent contre l’affreuse bagnole, synonyme d’individualisme. La ville peut bien s’endetter et s’encrasser, au moins leur reste-t-il ce marqueur pour complaire à leur électorat de bobos qui envisagent sans trop de déplaisir de se contenter de Vélib’ pour aller de leur agence de com’ à leur appartement près du Canal Saint Martin. Non, je ne caricature pas, je les ai vus à l’œuvre comme élu parisien pendant des années …

Cet égoïsme paré des plumes du bon sentiment écologiste a été récupéré par des politiciens cyniques avec Delanoë et Hidalgo pour chefs de file. Gros problème : comme tout penchant dogmatique, il a tendance à se durcir et verser dans l’outrance et l’intransigeance à mesure que ses résultats font défaut.

C’est très exactement ce qui est en train de se passer avec la fermeture de la voie expresse rive droite qui sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase des engorgements de Paris. Après tout, laissons Hidalgo faire : il est bon que ceux qui gobent sa propagande finissent par souffrir avec les autres.

Interdiction des véhicules anciens à Paris : une mesure anti-pauvres

Dernière facétie en date : l’interdiction des véhicules immatriculés avant 1997. Peu importe si leurs contrôles techniques révèlent qu’ils ne polluent pas plus que les autres. Peu importe surtout si rien n’est fait, une fois encore, pour offrir des solutions alternatives à leurs propriétaires. C’est la répression qui tient lieu d’action.

Qui en sont les victimes ? Tout le monde s’en est rendu compte, ce sont d’abord ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter des véhicules neufs ou plus récents. « Salauds de sans dents !», crie Hidalgo pour actualiser la formule de Gabin avec les mots de l’ami du peuple actuellement enkysté à l’Élysée.

Il leur faudra se contenter, s’ils ne peuvent plus se déplacer en voiture, de serrer les dents qui leur restent quand même dans des transports malcommodes. Ou de solliciter, s’ils ont quinze ans devant eux et du piston, un des logements sociaux que la mairie fabrique pour y parquer sa clientèle électorale. Sinon, bah … ils n’avaient qu’à être des bobos comme les autres.

Avec un peu de recul, on se dit qu’une fois encore cette engeance politicienne aura raté le virage technique et social qui se négocie sous nos yeux. Le transport individuel, via la voiture automatisée, est l’avenir ; le transport collectif, peu modulable, coûteux et syndicalisé, appartient au passé.

Croyant être innovants, Hidalgo et ses sbires sont en réalité ringards et en retard d’une guerre. Ils s’en prennent aux véhicules d’antan sans comprendre que la liberté qu’ils symbolisent et qu’il faut à tout prix respecter est le seul guide fiable pour élaborer les solutions du futur.

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 08:53

Oh, au fait, vous, là, oui, vous, qui faisiez niaisement du petit commerce avec vos biens usagés vendus de particulier à particulier en passant pas internet, oui, vous, petit profiteur éhonté d’un système qui vous permettait de réaliser quelques profits avec vos vieux objets, eh bien oui, vous, vous n’allez pas continuer longtemps à narguer ainsi l’État. Fini. Dans quelques mois, vous allez rentrer dans le rang. Non mais ! Alors…Damned… Il suffit !!!

Comment ? Vous ne comprenez pas de quoi il retourne ? C’est pourtant simple !

Il y a quelques jours, les Sénateurs ont refusé de supprimer l’article 23 quater du projet de Loi Numérique, cette loi pondue par Axelle Lemaire pour laisser son empreinte dans les codes pourtant déjà touffus de notre belle (et indivisible) République. C’était pourtant couru d’avance : lorsqu’on écrit une nouvelle loi (dont l’humanité se passait pourtant très bien avant), on prend le risque d’y voir ajoutés des trucs et des bidules, cavaliers législatifs plus ou moins malins, par les tenants et les opposants de la loi.

La sobriété législative limiterait de facto cette production dantesque d’amendements et de dispositions parallèles qui alourdissent tant et plus des textes déjà particulièrement pesants ; mais cette sobriété a un gros défaut : elle ne permet pas à la caste politicienne de se faire mousser en séance, sur les plateaux télé et dans les médias…

Bilan : l’article 23 quater, ajouté en Commission des Finances du Sénat, reste donc dans la Loi Numérique.

Concrètement, cet article oblige toutes les plateformes web dites « d’économie collaborative » à déclarer au fisc l’ensemble des « revenus bruts » perçus par un utilisateur à travers les services qui y sont offerts. En somme, si vous vendez de vieux objets (que ce soit parce qu’ils ne vous servent plus à rien, ou que vous estimez que ses pièces, détachées, pourront servir à d’autres), la plateforme qui a servi pour la transaction devra vous déclarer aux services fiscaux, qu’elle ait ou non servi d’intermédiaire pour le paiement. Cette déclaration devra comporter quelques éléments clairs comme votre nom, prénom et date de naissance, le numéro de SIREN pour les personnes morales, votre qualité de professionnel ou de particulier dans la transaction considérée, le total des montants touchés par vos ventes sur la plateforme, la catégorie des biens vendus et – bien évidemment – tout autre élément que l’administration trouverait utile (par décret) de faire mentionner.

Vous l’avez compris : Nous, utilisateur du Bon Coin ou des petites annonces de Facebook, vendeur compulsif sur eBay et commerçant de fortune, vous allez être pisté sans relâche par Bercy grâce à ces plateformes qui vont devenir, à l’instar d’autres professions, les courroies de transmission de l’administration, de la douane au fisc en passant par la Sécurité sociale. Sous cet angle, la France de la Surveillance Des Crypto-Kapitalistes vient encore de prendre de l’épaisseur.

C’est, bien évidemment, parfaitement inique et surtout, totalement con.

Inique, parce qu’en l’occurrence, la démarche des sénateurs ne consiste pas ici à encadrer les cas, très spécifiques, des professionnels exerçant leur commerce sur ces plateformes en lignes et qui sont déjà largement couverts par la loi, mais à chercher à attraper dans une nasse de plus en plus large aux mailles de plus en plus serrées un nombre toujours plus grand de particuliers qui tirent un petit revenu d’appoint de ces transactions. De surcroît, la majeure partie des transactions le sont sur des biens d’occasion qui ont, par définition, déjà largement fait l’objet de taxations et qui ne présenteront une plus-value pour le vendeur que dans des cas limités.

Autrement dit, le Sénat fait tout pour augmenter le nombre de victimes du bombardement fiscal qui caractérise la France actuellement.

Et c’est bien sûr totalement con, parce que ce faisant, les sénateurs louperont trois fois ( cela vous étonne pas moi) leur cible :

  • La première fois parce qu’on se rendra assez vite compte du coût exorbitant de ce genre de mesures : les sites devront s’assurer de la validité des données collectées, que le prix de vente effectif est bien celui fourni au site, et tout un tas d’autres contraintes techniques qui rendront la vente en ligne parfaitement rebutante. En conséquence, le gain taxatoire obtenu en face sera très inférieur à ces coûts, et ce d’autant plus que les particuliers, lassés de cette pluie diluvienne de vexations fiscales, choisiront plus que probablement d’abandonner purement et simplement ces plateformes si, d’aventures, elles les conduisent à des hausses d’impôts et des tracas administratifs sans fin.
  • La deuxième fois, parce ceux qui ont largement trouvé un moyen de subsistance dans ces transactions en ligne ne renonceront que sur la méthode et pas sur le principe. Autrement dit, ils passeront « sous le radar » de ce législateur abruti par son manque de thunes : entre l’échange direct, l’utilisation de plateformes « grises » (i.e. hors de France, cachées,), bien malin celui qui pourra les attraper. Mais surtout, avec les nouvelles applications pair-à-pair, comme OpenBazaar, il sera effectivement impossible aux Sénateurs, à Bercy et à toutes les armées du monde fiscal de choper les impétrants. En somme, avec ce genre de législations stupides, nos politiciens, toujours aussi malins, poussent vigoureusement le consommateur / contribuable dans ses voies de retranchement, là où, précisément, ces mêmes politiciens ne pourront pas les attraper, sciant ainsi la branche sur laquelle l’État est assis et, avec lui, nos compulsifs de la taxe.
  • La troisième fois, parce qu’en taxant ainsi ce genre de transactions, les Sénateurs appliquent le même mécanisme que celui qui veut qu’en taxant lourdement un vice, on le pousse à devenir marginal. En somme, taxer ainsi le travail, la consommation et l’échange de richesse est-il vraiment si judicieux, en France, actuellement ? Objectivement… non !!!

Enfin, notons qu’outre un nouvel horion dans l’image déjà fort abîmée des Sénateurs auprès du public, cette loi va encore une fois impacter directement les plus faibles, les moins outillés et les moins riches : eh oui, messieurs de la Haute Chambre, ceux qui vendent sur LeBonCoin sont en majorité ceux qui veulent faire un peu d’argent de poche sur des biens usagés et nul doute que le « 1% » ne s’y rend pas si souvent. Encore une fois, la loi va cogner les pauvres. Bien joué l’aveugle !!!

En fait, on assiste hébété à la guéguerre stupide et ridicule entre le Sénat, de droite, et le gribouillage législatif pénible poussé par Axelle Lemaire, de gauche. Devant ce constat, on doit se demander combien de petits jeux politiques idiots on va devoir encore se fader, jeux qui finissent tous, sans exception, par coûter des pans de liberté à chacun d’entre nous, et, plus prosaïquement, des fortunes en opportunités financières perdues, en boulets administratifs insupportables ? Combien de lois débiles va-t-on devoir supporter encore, lois qui, toutes, aboutissent à augmenter l’insécurité juridique et à restreindre nos possibilités d’enfin créer des moyens de subsistance, de revenu, de richesse ?

Avec combien de principes fiscaux aberrants allons-nous devoir continuer à composer, pendant que nos pauvres deviennent plus pauvres , que notre classe moyenne est au bord de l’asphyxie et que nos riches s’expatrient pour fuir l’enfer fiscal que ce pays devient ?

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 08:29

Surveillez ce qui se trame en ce moment même à l’ombre de la fontaine Médicis, au cœur du jardin du Luxembourg, qui pourtant se prête tant à la quiétude et au délassement.

À quelques pas de là, le Sénat travaille dur… très dur

Nos sénateurs font preuve d’une ingéniosité sans limite pour trouver de nouvelles sources de revenus afin d’assouvir les besoins de notre État aussi impécunieux que… dispendieux.

Force est de constater qu’ils viennent de trouver une nouvelle idée… Car l’imagination fiscale des Français, vous le savez, est sans borne. En la matière, nous repoussons même les limites au-delà du… concevable. Avec les maths et le luxe, les taxes sont notre domaine d’excellence reconnu par le monde entier. La TVA dont nous sommes le créateur, a été adoptée par tous. L’idée de la taxe à 75% sur les salaires n’a pas eu le même succès…

Mais pas d’inquiétude, les idées jaillissent de l’esprit de nos sénateurs comme l’eau de la magnifique fontaine Médicis. Il faut bien « nourrir la bête »… notre système providence si gourmand et difficile à rassasier.

Alors ils ont travaillé sur Notre cas. Nous les intéressons. Où plutôt Nos transactions les intéressent. Qui dit transaction, dit prélèvement. L’État prend ce qui lui revient de plein droit.

Rien de nouveau me direz-vous. Depuis des décennies, tous nos achats et ventes sont soumis à TVA. Le plus souvent, un cinquième de la transaction part directement dans les caisses de l’État. Quant à nos revenus, ils sont eux aussi taxés. Toutefois…

Nous avions jusqu’ici une aire de liberté

  • Nous pouvions revendre sur leboncoin notre vieille voiture usagée afin de pouvoir en racheter une nouvelle.
  • Grâce à eBay nous pouvions nous débarrasser de cet hideux tableau offert par belle-maman dont le goût laisse franchement à désirer.
  • Grâce à AirBnB nous pouvions faire fi des chambres d’hôtel froides et déshumanisées lors de nos voyages, pour préférer trouver refuge dans le nid douillet bien chaud d’un particulier qui, comme nous, cherche à arrondir ses fin de mois et réduire ses dépenses…
  • Nous pouvions multiplier les allers-retours Paris-Marseille pour aller voir nos amis sans casser notre tirelire grâce à Blablacar…

Eh bien tout cela sera bientôt taxé. Ce n’est pas une question de si, mais de quand.

Notre petite source de revenu complémentaire (solidaire), qui pour certains est presque indispensable, va se voir amputée. Comme le souligne le rapport du Sénat, jusqu’ici « les revenus sont rarement déclarés, rarement contrôlés et donc rarement imposés ». Et comme le fisc n’a pas les moyens de tout contrôler… (Nous parlons de millions d’internautes) et que les enjeux sont faibles, nous étions donc épargné.

C’était sans compter les avancées technologiques dont le mauvais usage, je tiens à le souligner, peut induire un caractère liberticide majeur pour nos sociétés. Mais là n’est pas la question aujourd’hui.

Connecter les plates-formes… une idée de génie !

Nos chers sénateurs, pourtant si peu geek aux entournures, ont eu l’idée diabolique de connecter la plate-forme des services fiscaux aux plates-formes collaboratives (Amazon, eBay, leboncoin, AirBnB…).

Imaginez donc… un système de déclaration automatique des revenus des particuliers ! Le rêve de tout homme politique qui se respecte… car n’oubliez pas que la taxation est une forme de pouvoir. Elle donne aux politiques les moyens de leurs ambitions.

Ainsi, en un clic, le fisc obtiendra un récapitulatif des transactions des internautes et pourra les taxer. Vous retrouverez donc automatiquement les revenus de vos ventes sur votre déclaration fiscale et l’impôt à payer en regard. Seule bonne nouvelle : dans leur immense mansuétude - générosité, nos sénateurs ont prévu d’instaurer une franchise de 5 000 euros par an.

Plates-formes collaboratives et bancaires seront bientôt le bras armé de Bercy

Nos amis - camarades sénateurs ont dû s’inspirer d’Airbnb qui collecte pour le compte de l’État la taxe de séjour due par les particuliers qui utilisent le site. Les plates-formes collaboratives deviennent ainsi le bras armé de l’Etat.

Sur le même principe, le prélèvement de la TVA devient enfantin. Sauf que cette fois ce ne sont pas les plates-formes collaboratives, mais les banques qui seront mises à contribution ! Pour instaurer un prélèvement à la source sur tous les achats en ligne, il suffira que la banque du client prélève la TVA et la reverse automatiquement au Trésor public. Youpi ….La boucle est bouclée

L’État transforme les entreprises en percepteurs. Les plates-formes Internet deviendront à leur tour (de gré ou de force) agents du Trésor public.

L’emprise de l’État sur le citoyen s’accroît

C’est un fait. Notre aire de liberté se rétrécit; le système fiscal nous cerne, à en devenir presque… carcéral. Malheureusement, au-delà d’un certain seuil de tolérance, l’impôt brise dans l’œuf la moindre initiative individuelle. Notre initiative…

Payer de l’impôt est un devoir citoyen ; principe fondamental accepté par tous, j’en conviens. Mais la question qui se pose aujourd’hui avec la proposition du Sénat est : que veut-on laisser à la discrétion de l’individu ?

Jusqu’à présent, quand j’hébergeais des amis quelques jours chez moi en été gracieusement, et qu’ils me rendaient la pareille, personne n’avait rien à y redire. Aujourd’hui, avec la financiarisation à outrance de nos vies jusque dans les moindres services, nous avons la possibilité de nous faire défrayer/payer. Et alors ? Est-ce un drame?

Faut-il à tout prix tout faire rentrer dans le « secteur marchand », afin de le rendre taxable ?

J’ai toujours pensé qu’un tout petit peu d’économie solidaire ne faisait de mal à personne. Au contraire, c’est une soupape de sécurité contre l’implosion sociale. Doit-on définitivement abolir le moindre espace de liberté de l’individu ? Nous marchons à pas forcés dans ce sens, et la société sans cash n’en est que le symptôme.

Laissez-moi vous poser une dernière question : n’aurions-nous pas aliéné notre liberté à la toute-puissance de l’État, en échange de sa.... speudo.... protection et providence ? Je le crains.


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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 07:01

Bon, c’est la reprise, c’est clair, c’est évident, Michel Sapin l’a dit (donc c’est vrai, il paraît), et même si Christine Lagarde est obligée de tempérer quelque peu l’optimisme débordant du gouvernement en admettant que si « nous sommes dans un processus de reprise », apparemment, son « rythme décélère », il n’en reste pas moins que les lendemains vont bientôt chanter, foi de Hollande.

Où disons, siffloter. In petto.

Toutefois, il apparaît que tout ne se déroule pas exactement comme prévu. Depuis quelques temps en effet, on note des petits soucis de trésorerie au sein des entreprises françaises. On apprenait ainsi, au début de l’année, que les délais de paiement que s’octroyaient certaines entreprises au détriment de leurs fournisseurs constituaient une raison fréquente de la faillite de ces derniers (pouvant expliquer jusqu’à un quart de ces faillites), à tel point qu’une médiation inter-entreprises avait été mise en place il y a cinq ans, et que cette dernière en a profité pour créer cette année un indicateur des retards de paiement.

Outre les cas dramatiques où les entreprises, ne recevant pas leurs dus à temps, finissent par calancher, le problème des délais de paiement est assez aigu dans le pays qui se classe maintenant comme championne en Europe (pour une fois) dans cette douloureuse catégorie. Au total, ce sont 10 à 13 milliards d’euros qui manquent aux trésoreries des entreprises pour réduire ces retards et les ramener aux délais légaux (45 à 60 jours selon les cas).

Devant ce constat, on n’avait pas non plus été très surpris de voir les efforts plus ou moins soutenus de Bercy (et plus exactement la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la célèbre DGCCRF) pour combattre ces délais de paiement, en multipliant joyeusement les contrôles : eh oui, mes petits amis, il faut bien comprendre que si l’une ou l’autre entreprise a des problèmes de trésorerie et qu’elle ploie déjà sous une imposante paperasserie et des douzaines de cerfas rigolos et colorés à remplir pour bien rentrer dans les clous d’une législation foisonnante, alors la solution trouvée par notre équipe ministérielle consiste à leur tomber dessus en rajoutant dans le mix l’un ou l’autre inspecteur, une bonne louchée de contrôle et, à la fin, une solide amende. Parce que rien ne sent plus l’aide aux entreprises qu’une bonne grosse amende des familles.

En mars, c’était donc décidé, Bercy allait lancer une offensive sérieuse et courageuse contre les méchants délais. Encore une fois, du chaton libéral fut consciencieusement pilé pour favoriser les forces spirituelles et les coups de pieds occultes, et, plus pragmatiquement, Bercy lança une batterie de mesures accompagnées d’un décret sur « la transparence des délais de paiement » dont la sortie, attendue, était prévue au courant de l’été, et qui demandera aux entreprises, outre le fait de passer aux factures électroniques, d’inclure dans leur rapport de gestion des données relatives aux délais de paiement.

Bien évidemment, nous sommes en France et le décret a donc pris un peu de retard, mais ne devrait plus guère tarder. Au point que Le Figaro évoque le lancement d’une vague de contrôles ciblés, alors que la seconde édition de l’indicateur vient de paraître … et qu’il n’est pas bon du tout : selon les chiffres, les délais de paiement sont au plus haut depuis dix ans.

Zut et flûte, si reprise il y a (dixit Lagarde), si la tendance est là (dixit Sapin), si on sent bien que ça frémit (dixit Macron), côté paiements, … ça ne rentre pas. Les particuliers, par exemple, continuent de demander des délais à Bercy, et si c’est vrai pour les particuliers, ça l’est encore plus pour les entreprises.

Or, dans ces entreprises, comment ne pas se rappeler que l’une des plus grosses, c’est l’administration de l’État ou des collectivités territoriales. Dans un article du Monde consacré à la question, on ne peut s’empêcher de noter la citation d’un fournisseur, confronté à la mauvaise grâce avec laquelle une mairie s’acquitte de son dû :

« Nous avons un marché avec une ville de l’Est. Fin avril, ma facture datée du 21 janvier n’avait toujours pas été payée. (…) l’architecte avait transmis ma facture avec un retard de 45 jours. S’y est ajouté celui de la ville. Nous dépendons des cabinets d’architecture ainsi que des services comptables des collectivités qui inventent constamment de nouvelles règles… »

Roooh. L’État, si mauvais payeur ? Les collectivités territoriales, âpres au paiement ? Les organismes sociaux, débordés et complètement à la ramasse dès qu’il s’agit de payer, au point que certains jeunes retraités ne touchent rien pendant des mois ? Allons. Tout le monde sait que c’est une grosse exagération. Et tout le monde sait (à commencer par le gouvernement) qu’avec quelques bonnes petites amendes, tout va bien vite rentrer dans l’ordre.

Non ?

Bref, on peut tortiller les choses comme on veut, mais il apparaît bien deux choses distinctes qui vont dans le même sens.

La première, c’est que les délais de paiement des entreprises et des particuliers continuent de s’agrandir. Ceci n’a jamais été un signe de bonne santé économique ; bien sûr, on peut mettre cet allongement en partie sur le dos de la superbe simplification administrative qui a frappé la France de plein fouet depuis que le gouvernement s’est emparé de cette tâche, mais on ne peut pas évacuer que la plupart des contribuables et des entreprises sont honnêtes (en dépit des incitations toujours plus nombreuses à prendre le maquis), et que s’ils sont de plus en plus nombreux à demander des délais les uns aux autres et, ultimement, à Bercy, c’est peut-être que leurs affaires ne vont pas trop bien. La reprise semble un peu illusoire…

La seconde, c’est que les délais de paiement augmentent pour tout le monde, et donc par voie de conséquence, pour Bercy lui-même, et que cette situation permet d’illustrer exactement ce que « monopole de la force » veut dire. Parce qu’une chose est limpide : quelles que soient vos capacités, là où une négociation est toujours possible avec vos créanciers, il n’en ira jamais de même avec Bercy qui pourra toujours utiliser l’argument ultime, celui de la force, pour vous extorquer ce qu’il jugera être son dû.

Et s’il le faut, il fera modifier la loi pour ça.

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 20:50

Émile Zola, que l’on ne peut soupçonner de sympathie libérale, interviewé par un journaliste du New York Herald Tribune le 20 avril 1890, observé :

« …Je suis en train de travailler à un roman, L’Argent, qui traitera des questions concernant le capital, le travail, etc., qui sont agitées en ce moment par les classes mécontentes. Je prendrai comme position que la spéculation est une bonne chose, sans laquelle les grandes industries du monde s’éteindraient, tout comme la population s’éteindrait sans la passion sexuelle…

…Aujourd’hui les grognements et grommellements émanant des centres socialistes sont le prélude à une éruption qui modifiera plus ou moins les conditions sociales…

Les hommes sont-ils en quoi que ce soit en réalité plus égaux qu’ils ne l’étaient il y a cent ans ? Pouvez-vous donner à un homme la garantie que sa femme ne le trompera jamais ? Pouvez-vous rendre tous les hommes également heureux ou également avisés ? Non ! Alors arrêtez de parler de l’égalité !

La liberté, oui ; la fraternité, oui ; mais l’égalité, jamais !"

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 19:59

Français, Françaises, soyez-en sûrs : à tout moment, à tout propos et hors de propos, le gouvernement agit !

Il s’occupe de vous, de la tétine au sapin, vous borde le soir avant de dormir et vous réveille le matin au son du clairon. Il s’occupe de votre éducation, il s’occupe de votre couverture universelle contre les bobos du monde, il s’occupe de votre pension. Et quand il ne s’en occupe pas, il déploie des trésors d’imagination pour vous faire croire qu’il le fait.

C’est ainsi qu’en décembre dernier, on découvrait que l’administration française, précise, rigoureuse et inflexible, merdouillait grave dans l’attribution des retraites de plusieurs départements. Là où la distribution des indispensables émoluments aux nouveaux retraités aurait dû être calée sur le mouvement rapide d’un TGV nouvelle génération, on se rendait compte, surpris, qu’elle prenait plutôt l’omnibus départemental comme référence : des retraités du Languedoc-Roussillon et d’autres de Nord-Picardie se sont retrouvés fort dépourvus quand la bise de la pension fut venue, avec une accumulation invraisemblable de retards dans le calcul et le versement de leurs dus dont la presse, fort discrète, ne se fit guère l’écho que dans un triplet d’articulets particulièrement minces (ici, ou ). Apparemment, plusieurs milliers de dossiers étaient en souffrance.

En début d’année 2015, cela ne se débloquait toujours pas, indiquant que les petits soucis soi-disant passagers devenaient persistants. Manques de fonds ? Afflux de dossiers ? Personnel insuffisant ou incompétent ou les deux ? Leprechaun informatique méchant ? Quoi qu’il en fut, les retraités commencèrent à grogner.

Mais oh, là, du calme ! Nous sommes en République Française et ce genre de péripétie ne saurait durer ! Bien vite, sentant que le problème pourrait devenir sinon électoralement sensible mais au moins socialement dangereux, Marisol Touraine, la ministre en charge du dossier, s’est lancée dans l’une de ces idées lumineuse qui ajoutent immédiatement au problème une grosse farce rigolote : elle vient de créer une espèce de Droit Opposable à la Retraite.

Non, vous ne rêvez pas : par le subtil truchement d’un décret de derrière les fagots du ministère, la ministre vient d’instaurer – je cite – « une garantie de versement d’une pension de retraite au moment du départ en retraite aux assurés qui déposent une demande complète au moins quatre mois avant la date de départ prévue ».

Changement fondamental, bouleversement, que dis-je, révolution ! Les retraités qui vont déposer un dossier d’ouverture de droits à la retraite un peu avant leur départ disposent maintenant d’une garantie de versement. Youpi.

Quelque part, cela fait froid dans le dos, et à plusieurs niveaux.

Le premier, c’est que ce décret laisse apparemment supposer qu’il n’en était rien avant. Autrement dit – et sauf à imaginer que la ministre aurait pondu un décret sans la moindre utilité – sans ce dernier, la pension versée n’avait absolument rien de garanti. Un coup c’était oui, un coup c’était non, au joyeux arbitraire des administrations compétentes (ou pas). Cela laisse quelque peu songeur sur le pacte social gnagnagna qui, en définitive, revient à ponctionner durement les actifs pour payer les retraités (ou pas) : apparemment, les retraites, jusqu’au décret n° 2015-1015, n’étaient pas garanties.

Le second, c’est que tout indique qu’on a ici créé un droit, tout nouveau, tout chaud, tout rigolo (et probablement tout bidon) pour corriger un problème purement technique. C’est exactement comme si – exemple à ne pas suivre, merci – on créait un Droit Opposable Au Courant Électrique dès qu’EDF s’avérait incapable de délivrer du courant pendant deux mois à certains foyers parce que, ah voyez enfin m’dame, enfin bon, c’est compliqué, rapport au turbofluctuateur au niveau de l’injection des vis platinées du fil de rotabidon, ça se répare pas en deux minutes, m’voyez, s’pas, donc faudra attendre encore un peu ma brav’dame, je sais en hiver c’est pas génial mais grâce aux convecteurs gratuits, ça ira mieux, non ? Avec un Droit Opposable Au Courant Électrique, pouf, z’avez immédiatement la garantie d’une tension électrique sur votre ligne. Voilà. Magique.

Mais plus généralement, cette histoire de droit opposable récupéré sous le sabot d’un cheval pour prétendre résoudre un problème de versement de pension montre, encore une fois et de façon aiguë qu’on prend les Français et particulièrement les retraités pour des imbéciles.

Ainsi, s’il suffit d’avoir un droit opposable pour régler le problème de versement des pensions à temps, pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt ? Mieux : pourquoi n’invente-t-on pas un droit opposable pour chaque petite avanie que nous font subir des administrations aussi pléthoriques qu’incompétentes, pour lesquelles la perte de dossiers et l’excuse de la pièce manquante – il manque toujours une pièce à votre dossier, toujours – sont l’alpha et l’oméga des bonnes raisons de saboter le service rendu au public ?

Mieux : si le problème provient, comme il nous l’a été expliqué précédemment, d’un afflux imprévu (!) de dossier, en quoi ce droit opposable change-t-il la donne ? En rien, c’est évident et c’est parfaitement grotesque.

Pire : on distribue ici du décret et de la loi, on s’agite et on remue son menton fermement pour que des retraites soient payées, mais la réalité est que ces retraites ne dépendent que de la bonne ponction d’actifs dont le nombre rétrécit et dont la bonne grâce à se faire ponctionner tend à diminuer, nonobstant un consentement à l’impôt en béton armé bien évidemment.

Bref : tout comme le droit opposable au logement qui était et est toujours une parfaite fumisterie inapplicable et intrinsèquement stupide mais cachée derrière une masse si importante de bons sentiments que ce droit est passé comme une lettre à la poste, le droit opposable à la retraite est une blague de très mauvais goût jetée à la face de ceux qui ont travaillé toute une vie pour un montant de pension de plus en plus symbolique.

Les fumisteries de Marisol Touraine mettent en exergue une réalité crue : on se fiche, encore une fois, de nous, toutes générations confondues. On se moque des jeunes avec une éducation de plus en plus pourrie et de plus en plus ridicule, bordée de termes pompeux et de concepts idiots, mousse brillante de vacuité ronflante, pour former des semi-habiles, semi-lettrés, semi-dépendants. On se moque des travailleurs avec des impôts et des cotisations toujours plus lourds pour des droits toujours plus minuscules, un flicage permanent et une sécurité en carton pâte. On se moque à présent des retraités avec un joli décret en guise de pension, qui s’ajoute aux délais et aux montants parfois honteusement bas des versements effectués.

Et face à cette attitude, pas une tête, pas une voix, pas un individu pour dire « assez ! »

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 15:48

"Les mois de juillet et d’août en France sont facilement synonymes de repos pour le Français moyen, qui goûte sans doute au bonheur de retrouver le fruit de son travail, une fois le jour de libération fiscal atteint. Ce repos ne s’étend malheureusement pas jusqu’au parlement et aux politiciens qui profitent justement de l’éloignement des Français de leurs centres habituels de préoccupations pour accumuler les petits coups en douce.

De ce point de vue, l’année 2015 ne fait pas exception, et se caractérise même par un cru particulièrement fruité, puisque le rythme des stupidités étatiques était déjà soutenu avant et, l’inertie aidant, on a donc conservé une vitesse de croisière stupéfiante dans l’amoncellement de lois, décrets et décisions farfelues. L’actualité récente suffit à s’en convaincre.

Il y a eu, bien sûr, la crise agricole qui a rapidement pris des proportions présidentielles dès que François Hollande a décidé de s’en mêler pour transformer, comme à l’accoutumée, une actualité déjà tendue et passablement engluée dans les mauvaises habitudes en situation inextricable, coûteuse pour le contribuable et qui aggrave le problème plutôt que le résoudre : alors que tout indique que l’ensemble de la filière agricole française souffre d’un interventionnisme catastrophique de l’État, alors que les solutions sont connues (et décrites par Vincent Bénard par exemple), alors même que d’autres pays ont déjà testé ces solutions avec succès, le factotum présidentiel aura décidé d’en remettre une couche (à 600 millions d’euros) qui a le mérite d’être à la fois mal calibrée (l’aide représente à peine plus qu’une aumône pour chaque agriculteur concerné), et parfaitement inutile voire contre-productive en ce qu’elle entretient un système d’assistanat délétère.

Parallèlement, on aura pu halluciner sur les gymnastiques statistiques parfaitement surréalistes qui nous furent offertes à l’occasion de la publication des chiffres du chômage de juin. Ce fut encore une fois l’occasion pour l’exécutif de se payer la tête des Français qui, trop nigauds de l’avoir posté là, doivent maintenant gober ses couleuvres de plus en plus épaisses. On ne peut bien sûr pas se réjouir de ce que ces chiffres camouflent (bien évidemment, le chômage augmente), mais au moins peut-on se satisfaire de la mise en péril de la candidature de Hollande pour 2017 : ce mollasson calculateur a choisi de la conditionner à l’inversion de tendance du chômage, ce qui place une pression énorme sur les frêles épaules d’un Rebsamen absolument pas à la hauteur. D’ailleurs, il se casse et ne plie pas, au contraire des prochaines statistiques, dont on pourra éprouver la souplesse prochainement, justifiant le maintien de la candidature hollandogène. Au pire, le petit François se déclarera indispensable pour lutter contre la bête immonde (qu’il aura tout fait pour faire monter) et le retour de l’excité (qu’il s’escrime pourtant à saboter par voie de justice).

Mais en termes de petites ignominies aux effets catastrophiques, ces précédents exemples parviennent difficilement à la cheville de cette loi discrète passée dans la troisième semaine de juillet concernant l’obsolescence programmée.

Soigneusement évitée par la plupart des rédactions nationales (à l’exception du Figaro notamment), le sujet, effleuré par quelques sites technologiques, n’a semble-t-il pas passionné les foules. Il faut dire que la punition par deux ans de prison et 300.000 euros d’amende des faits d’obsolescence programmée a été habilement camouflée au milieu de l’imbuvable loi sur la transition énergétique, définitivement adoptée dans la semaine du 25 juillet dernier par un Parlement déjà largement en vacance intellectuelle.

Pour rappel, l’obsolescence programmée serait cette hideuse technique imputée aux producteurs et autres distributeurs consistant à réduire volontairement la durée de vie d’un produit afin d’inciter le consommateur à en acheter davantage, selon l’adage bien connu que lorsque ça casse rapidement ou que ça ne rend pas le service aussi bien qu’on le souhaite, on en rachète encore (le consommateur, dans cette intéressante vision du marché, est un être à la fois fragile, influençable et borderline idiot). Heureusement, cette technique qui, en réalité, n’existe pas, est maintenant un délit.

En effet, comme je l’expliquais il y a quelques mois dans un précédent billet, cette loi à base de poudre de licornes combat des gremlins et des leprechauns. C’est pratique de condamner sévèrement quelque chose qui n’existe pas : avec une définition suffisamment floue, cela permet de trouver de temps en temps de rares coupables fort pratiques pour une expiation médiatique, et cela assure, le reste du temps, que tout le monde va respecter la loi scrupuleusement.

Et si je dis que ça n’existe pas, c’est parce que c’est vrai : il suffira à ceux qui continuent niaisement de croire aux fadaises gouvernementales de se reporter à ces quelques liens pour vérifier l’écart à la réalité et comprendre que cette fumeuse obsolescence, non, ça n’existe pas, du tout.

… Enfin, presque pas du tout puisqu’en réalité, lorsque l’État se mêle de nos vies, l’obsolescence, parfaitement et ouvertement programmée, ne semble gêner personne, ce qui permet d’imposer au citoyen-contribuable de payer pour renouveler son passeport, sa carte d’identité ou tant d’autres papiers administratifs frappés d’une date limite de péremption. Cela permet d’imposer une obsolescence rapide de la voiture dans certaines agglomérations par interdictions successives ; cela autorise la disparition des méchantes ampoules à incandescence (qui ne produisaient, au pire, qu’un peu de CO2) au profit d’ampoules au mercure, terres rares et autres joyeusetés polluantes à des prix très supérieurs ; cela permet le vieillissement accéléré d’un peu tout et n’importe quoi par un incessant changement de normes (pour vot’sécurité, ma brav’dame). Quand c’est l’État, c’est permis, bien sûr.

Mais peu importe : la loi est votée, et tout le monde va s’empresser de l’appliquer, avec le même entrain que le principe de précaution devenu stupidement constitutionnel, et avec les mêmes effets délétères, durables et calcificateurs à moyen et long termes sur la société française.

De ce point de vue, cette loi – qui ne définit même pas ce que doit être une durée de vie normale d’un produit, comment on prouve qu’elle a été réduite, et comment on détermine que ce fut intentionnel – illustre fort bien la mentalité de nos dirigeants et dans une bonne part celle de ceux qui les soutiennent : pour eux, le consommateur est un enfant, niais et impressionnable, régulièrement floué par les producteurs qui, sans les bornes de la loi, s’organiseraient chaque jour pour le détrousser sur tous les chemins nationaux, à chaque commerce, à chaque vente et sur tous les rayonnages de supermarchés.

C’est parfaitement grotesque, mais le flou consternant de cette loi va donner une arme de plus à tous les pourfendeurs de l’entrepreneuriat pour attaquer les producteurs sur tout et n’importe quoi. Forcément, cela va les inciter à venir vendre, produire et embaucher en France. Forcément, cela va améliorer la situation. Forcément, cela aboutira à d’excellents produits d’extraordinaire qualité.

Forcément, cela va bien se passer".

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 12:33

La réforme territoriale voulue par Manuel Valls a mobilisé beaucoup de monde pour pas grand-chose.

Au cœur d’une actualité riche en sujets dont tout le monde parle, Grèce, Iran, vacances, il est un sujet qui aurait pu être important et dont vous n’avez sans doute rien à faire, c’est celui de la « réforme territoriale » voulue par Manuel Valls, qui va accoucher d’une non-réforme pitoyable.

Réforme territoriale : le soufflé est retombé

Rappelez-vous : il y a 18 mois, le Premier ministre, toutes voiles dehors, annonçait la fin des départements, de grandes régions, la fin de la fameuse « clause de compétence générale » qui permettait à toutes les collectivités de s’occuper de n’importe quoi même si une autre s’en occupait déjà, etc. Même si personnellement, j’aurais supprimé la région plutôt que le département (j’y reviendrai), les annonces allaient dans le bon sens, même si elles manquaient de bonnes occasions d’aller plus loin encore.

Mais 18 mois plus tard, la loi «NOTRe» (avec un e minuscule, ce n’est pas une faute de frappe, « Nouvelle Organisation Territoriale de la République »), maintient les départements, n’apporte aucun allègement entre communautés de communes et communes, et crée un tel bazar dans les 14 régions pourvues de « métropoles » qu’il va être difficile, même pour un énarque, de s’y retrouver.

Après plusieurs allers-retours entre Assemblée Nationale et Sénat, le projet vient d’être adopté en Commission Mixte Paritaire, réunion de godillots de l’assemblée et de badernes du sénat supposée aplanir les différences entre les deux assemblées. L’accord étant trouvé sur un texte définitif (PDF – attention, ne cliquez que si vous êtes en bonne santé), son vote définitif ne sera plus qu’une simple formalité et la loi devrait être promulguée avant la fin du mois d’août. Les électeurs sauront donc à peu près pourquoi ils voteront aux régionales à la fin de l’année.

La loi n’a donc supprimé aucune structure, va juste faire passer le nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 (impact sur le fonctionnement du pays proche de zéro). Elle supprime certes la clause de compétence générale mais maintient des « compétences1 partagées » entre les différents niveaux : sport, tourisme, culture, et éducation, autant dire que communes, départements, métropoles et régions vont continuer joyeusement à se marcher sur les pieds. Certes, en théorie, la région sera « chef de file », c’est-à-dire que les initiatives des niveaux inférieurs devront se conformer aux cadres définis par la région. Mais je n’ai vu dans le texte aucun moyen de censurer les initiatives doublonnantes ou déconnantes.

Et donc, la loi a rebattu les cartes, retirant certaines compétences à certains niveaux pour les donner à d’autres.

Ainsi, le département garde les routes et la logistique des collèges (alors que les régions ont la logistique des lycées. Il n’aurait plus manqué qu’il y ait des économies à faire en regroupant les deux !!) mais perd l’organisation du transport par autocar de lignes régulières subventionnées et du transport scolaire. La belle affaire. C’est, économiquement parlant, un non-événement.

Et le privé ? La réforme n’en a cure

La région devient leader du développement économique : en clair, la région devient la principale source d’argent public pour subventionner des activités dans les petits papiers du baron politique qui sera élu à sa tête. Mais le département et la commune pourront intervenir « dans le cadre défini par la région », et les communes ou leurs groupements restent seules habilitées à fournir de l’immobilier (terrains, zones, voire bâtiments) aux entreprises.

Il ne serait pas venu à l’idée du législateur que ces activités seraient à coups sûrs mieux assumés par le secteur privé si aucune institution publique ne s’en mêlait…

De même, la région reste chef de file en matière de politiques locales de l’emploi… Mais continuera de faire double… emploi, c’est le cas de le dire, avec Pôle Chômage, notre agence de non-placement de chômeurs bien connue. Elle reste organisatrice de la formation professionnelle, conservera un rôle important, mais pas exclusif de l’État, dans l’apprentissage, selon un schéma qui ne devrait guère évoluer philosophiquement de celui en vigueur il y a 5 ans.

J’aime beaucoup la logique voire le schéma car il peut être répété pour tout ce que fait une région : l’État lui donne des ressources qu’il a lui même ponctionnées (aux entreprises ou aux ménages), la région y ajoute quelques impôts qu’elle prélève elle-même, mais qui ne sont qu’une partie minoritaire de son budget, et arrose des organismes parapublics, associatifs, ou privés, pour délivrer un certain nombre de prestations, dans une opacité et une faiblesse du contrôle des résultats régulièrement épinglés par la Cour des comptes ou ses chambres régionales.

Là encore, il ne serait pas venu à l’idée que si l’État et la région n’intervenaient pas, et que ne subsistaient que les entreprises et les organismes de formation, le système fonctionnerait globalement mieux. « Ce qui est trop simple est simpliste, monsieur, vous n’avez rien compris au génie français. »

La loi s’est ingéniée à définir quelle entité publique devait recevoir telle ou telle attribution, mais ne s’est jamais posée la question de savoir si une privatisation partielle ou totale d’une thématique ne serait pas une meilleure solution. Le planisme et l’interventionnisme n’ont jamais vraiment quitté l’esprit de nos législateurs.

Comment les départements ont sauvé leur peau ?

Bref, une région, comme je le dis souvent, est essentiellement un canon à pognon, qui fait très peu de choses elle-même, mais qui distribue de l’argent à d’autres. Par exemple, les régions financent la SNCF pour maintenir des lignes régionales dont même les plus fréquentées ne sont pas rentables, au lieu de laisser le secteur privé s’en occuper.

Voilà qui explique pourquoi les départements n’ont pas disparu.

En effet, les départements sont des collectivités « opérationnelles », qui gèrent des personnels de proximité, agissant directement sous statut public : personnels routiers, personnels sociaux, personnels techniques des collèges, notamment. Les régions n’ont que des personnels techniques de lycée à gérer en matière d’action de proximité, et sont des collectivités « d’intervention », nom pudiquement donné à l’arrosage d’argent public et à l’achat de prestations auprès de prestataires privés. Le département pratique aussi l’intervention, mais cela n’est qu’un pilier de son portefeuille d’activités.

Les régions ne savent donc pas gérer de gros bataillons de personnel opérationnels et ne veulent pas le faire. Ce rôle n’est pas considéré comme gratifiant par les politiciens et n’attire que des ennuis auprès des électeurs. Au contraire, distribuer de l’argent permet d’acheter des clientèles, et de fréquenter des artistes, des chefs d’entreprise, etc.

Tout l’enjeu, pour les régions, a donc consisté à ne récupérer que le leadership sur les activités permettant de distribuer de l’argent, mais surtout pas de récupérer des masses de personnels syndicalisés, venant de départements aux salaires disparates qu’il aurait fallu, évidemment, aligner sur la collectivité la plus généreuse avant la fusion…

Et voilà pourquoi concrètement, les régions ne récupéreront que les transports inter-urbains et scolaires comme activité nouvelle (les prestations sont achetées auprès de transporteurs comme Kéolys) mais pas les routes ou les ports, ou les collèges, qui resteront aux départements, qui voient leur existence maintenue. Cela permet donc de maintenir des élus dans les deux instances, de ne pas en diminuer le nombre, et de conserver un nombre conséquent de fauteuils présidentiels. Et cela rend la fonction de Président de région relativement confortable.

Doublons entre collectivités, État, et « organismes satellites » maintenus

Ajoutons que la loi ne réforme pas les doublons entre l’appareil d’État et celui des collectivités (franchement, qui peut me dire à quoi servira une DREAL en 2016 ?), ne fait évidemment pas le ménage dans toutes les structures satellites créées soit par l’État, soit par les échelons inférieurs, qui se sont spécialisés dans un domaine bien précis : Syndicats intercommunaux pour l’électrification ou l’adduction, ou encore l’assainissement, chambres d’industrie et d’agriculture, CAUE (Conseils d’architecture, d’urbanisme et d’environnement), sociétés d’économie mixte en aménagement du territoire, agences foncières régionales et/ou départementales chargées de préempter tout terrain de bonne taille qui se présente, Sociétés publiques locales (une nouveauté de 2010) susceptibles de remplacer, au moins en partie, les missions de conseil autrefois assurées par les services d’État… Sans parler des « machins » d’État qui ne sont pas des administrations mais qui en ont l’odeur, la saveur et la couleur : Agence régionale de santé, Direction interrégionale des routes (pour les grands itinéraires), Agence Nationale de Rénovation Urbaine, Agences de l’eau, ADEME, Commission des sites, commission nationale du débat public, etc, etc, etc, jusqu’à la nausée.

Non seulement tout ce fatras ne sera pas simplifié par la réforme, mais les départements pourront créer des structures d’assistance technique aux petites communes, pour remplacer les anciens ingénieurs et techniciens des ex-DDE, organismes aujourd’hui en voie d’extinction, sous le nom de DDT.

Ajoutons que les intercommunalités rurales, qui pouvaient avant se regrouper en « pays », pourront désormais former des PETR, Pôles d’Équilibre Territoriaux et Ruraux, qui élaboreront des « projets de territoire », et nécessiteront quelques postes de fonctionnaires « de réflexion et d’intervention » supplémentaires. Effectivement, les PETR, voilà qui manquait à nos campagnes.

Départements avec métropoles : foutoir garanti

Et j’oubliais : les 12 départements qui hébergent une métropole (hors Paris et Lyon) doivent négocier avec lesdites métropoles les modalités de transfert de blocs de compétences à choisir parmi ceux-ci : Fonds de solidarité pour le logement, Action sociale, Insertion, Aide aux jeunes et actions pour la jeunesse, aides sociales, dont aide aux personnes âgées, Tourisme, et collèges.

Là encore, notez que le terme de « privatisation », ou de retour à la société civile, n’a jamais effleuré le législateur. Mais passons.

Chaque métropole sera un cas unique, toutes ne récupéreront pas les mêmes compétences, et nous verrons la chose curieuse suivante se développer : dans ces départements, où la métropole concerne à peu près la moitié de la population, les compétences partiraient vers la métropole, mais une grande part des élus issus des cantons métropolitains continueraient de siéger au conseil départemental et à influencer les zones rurales de par leurs décisions. Une laie n’y retrouverait pas ses marcassins.

Et je ne vous parle pas des usines à gaz que constitueront les transferts financiers consécutifs à ces négociations, entre collectivités… Parce que pour l’instant, rien n’est arrêté. Et les transferts doivent se mettre en place en 2017…

Pas de contre-pouvoirs ?

Dernière chose : le texte Notre ne définit aucun contre-pouvoir contre un président de région qui utiliserait son canon à pogn…. pardon, ses compétences renforcées, à tort et à travers.

Voilà pourquoi je suis plus que réservé vis-à-vis de l’utilité des régions en tant qu’échelon politique : la France, aujourd’hui, n’a pas besoin de grands dépensiers arrosant certains secteurs de leurs largesses, au nom des lubies du moment : action numérique, développement durable, transition énergétique, etc. Quitte à conserver un seul échelon intermédiaire entre communes et État, le département, parce qu’il est plus petit et à moins d’argent à « canonner », me parait moins mauvais, car il ne peut faire que des petites bêtises, alors que la région pourra en faire des très grosses.

Conclusion, une non-réforme qui ne touche rien d’essentiel

Il est consternant qu’un processus législatif aussi lourd, ayant mobilisé tant d’énergie, aboutisse à si peu, et que l’opposition n’ait jamais engagé le combat avec la gauche sur le terrain du retour de certaines activités à la société civile.

Quoi qu’il en soit, cette réforme territoriale ne fait que rebattre des cartes entre des échelons existants, sans changer aucun des paradigmes fondateurs de l’intervention publique sur le territoire. Cela créera un peu de bazar au niveau des activités changeant d’employeur (bonne chance si vous avez des enfants utilisant les transports scolaires), cela ne simplifiera ni les circuits de financement croisés de l’action publique, ni l’organigramme des intervenants publics, qui sont les deux principales sources de gabegies au niveau local.

N’en attendez ni un surcroît d’efficacité du secteur public, ni des économies. Au mieux, de ce point de vue, elle sera neutre, au pire, 13 grandes régions se lanceront dans une compétition de dépenses « stratégiques » qui se révéleront contre-productives, le plus souvent.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 09:36

Les attaques contre le libéralisme ne datent pas d’aujourd’hui. À la fin du XIXe siècle, un des derniers représentants de l’école classique française, Frédéric Passy, invité à Genève, y faisait une conférence où il plaidait la cause de ce qu’il appelait l’école de la liberté : c’était le 9 avril 1890. En voici un extrait qui reste toujours d’actualité et qui mérite d'être analysé voire médité

« C’est un accusé qui paraît aujourd’hui devant vous. Il sait qu’il n’a pas seulement à se défendre personnellement lui ou ses idées, mais qu’il a à défendre avec lui, avant lui et plus que lui, ses amis, ses collaborateurs et ses maîtres, c’est à dire tous ceux dont l’ensemble constitue l’école à laquelle il s’honore d’appartenir, l’école de la liberté.

Oui, messieurs, je crois à la liberté, à cette liberté sans laquelle on n’aurait pu, ni lui faire son procès, ni plaider pour elle et qui est, comme l’a dit si bien Bastiat, « le tout de l’homme, son moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. »

J’y crois par ce que je crois que la société humaine est autre chose qu’une collection d’automates attendant d’une main étrangère le mouvement et l’illusion ; parce que je crois que ce monde n’a point été livré au hasard et qu’il y a, dans les sciences de l’ordre moral comme dans les sciences de l’ordre matériel, des lois qu’il n’est point en notre pouvoir de changer, mais qu’il est de notre pouvoir d’étudier pour nous en servir en nous y conformant, parce que, comme l’a dit admirablement Boisguilbert, « la nature ne respire que liberté ; elle ne demande pas que l’on fasse des miracles, elle demande seulement qu’on cesse de lui faire une perpétuelle violence. »

C’est pourquoi j’estime que ce qui est en cause devant vous ce n’est pas seulement un système économique, mais le fond même de la vie politique et de la morale. C’est en même temps l’éternelle querelle de la réalité et de l’hypothèse, de la science et de l’empirisme, du possible et de l’impossible, de l’observation qui éclaire et de l’imagination qui égare.

On a reproché avant tout à cette école classique, ce qu’on a appelé son indifférence, son optimisme, son impassible et béate résignation à toutes les imperfections et toutes les misères du présent. On l’a accusée de n’avoir pour les douleurs et pour les aspirations de l’humanité, ni consolation, ni espérance, et de se borner à répondre à ceux qui souffrent comme à ceux qui désirent : « les choses sont comme elles sont, et tant pis si elles ne vous conviennent pas ainsi ; nous ne pouvons rien pour vous, frappez à côté. »

Cette doctrine n’est point une doctrine d’insensibilité et d’indifférence ; c’est une doctrine d’humanité et de progrès. Mais c’est en même temps parce que en dehors de la raison, il n’y a ni humanité ni progrès, une doctrine de la raison. C’est la doctrine de gens qui, au lieu de refaire le monde à leur fantaisie et de faire miroiter devant les yeux de leurs semblables la vaine fantasmagorie d’une perfection impossible, bonne tout au plus à surexciter leur souffrance en faisant naître en eux des prétentions irréalisables, cherchent, en étudiant la nature humaine et ses lois, à déterminer ce qui se doit et ce qui se peut, et enseignent aux hommes, non pas à se révolter contre ce qui est, mais à tirer de ce qui, par l’emploi intelligent et raisonné de leur activité, le meilleur parti possible.

L’école de la liberté n’est ni l’école de l’approbation, ni l’école de la condamnation. Elle ne dit pas que tout est bien dans la société ; elle ne dit pas non plus que tout y est mal. Elle dit que le corps social, comme le corps humain a ses imperfections et ses maladies ; mais aussi que le corps social, comme le corps humain, a sa constitution naturelle, ses organes nécessaires qui ne peuvent être supprimés sans porter atteinte à l’ensemble, que pour l’un comme pour l’autre, la première condition de toute médecine utile, c’est la connaissance de cette constitution fondamentale, l’étude du jeu de ses organes, le respect de cette force vitale, sans laquelle on ne peut rien, et que toute la science du vrai médecin consiste à dégager des influences ou des gènes qui le contrarient.

Elle n’est, en un mot, ni optimiste, ni pessimiste. Elle croit au mal parce qu’elle le voit et elle le combat. Elle croit au bien parce qu’elle le voit aussi et parce qu’elle en a le besoin, et elle travaille à l’augmenter. »

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 14:42

Cela faisait longtemps qu’on n’avait plus entendu les gémissements plaintifs de l’actuel président de l’Assemblée nationale. Heureusement, l’actualité lui donne enfin l’occasion d’émettre ces petits couinements stridents sans lesquels il n’existerait pas vraiment : en pleine forme, Claude Bartolone revient donc nous entretenir sur la météo, la télé, la politique, la vie, la grande, la belle, celle qu’il mène et qu’il nous fait partager dans un entretien radiophonique pulsant de cuistrerie.

C’est France-Info qui aura eu les bonnes grâces du fier Marquis de Seine-Saint-Denis, et qui nous propose donc une interview à bâtons rompus, cassés, mâchonnés et découpés. Et sur le sujet de l’actuelle canicule estivale, il n’y a pas que l’asphalte et l’air qui soient chauffés à bloc : Claude, à peine le gros micro mou saisi, s’embarque dans l’habituelle propagande climato-réchauffiste, à laquelle il ajoute sa célèbre Magic Touch™ de n’importe quoi aspergé avec vigueur :

« On voit bien que lorsqu’on parle de transition énergétique, eh bien là on voit ce que pourrait redonner ce dérèglement de la planète avec heu des pics de heu chaleur de plus en plus importants, une dérèglementation du climat avec toutes les conséquences que cela peut avoir. »

Et voilà, nous sommes à peine à 30 secondes d’échanges qu’il envoie déjà une bordée de 155mm de son Yamato personnel à l’attention des journalistes et des auditeurs à peine réveillés. Ce type n’a aucune pitié et nous inflige donc une dérèglementation du climat qui l’enquiquine beaucoup et justifie amplement, selon lui, qu’on oblige les véhicules à contourner Paris, voire toute sa banlieue, pour assurer à la métropole une léthargie paisible dans une atmosphère virginale.

Le journaliste en face de lui, passablement amoindri par l’impressionnante salve de conneries débitées à rythme soutenu, ne parvient pas à lui faire comprendre qu’une nouvelle sanction des véhicules polluants revient à pénaliser les moins riches ; Claude, chaud boulette, embraye sur les miyons de réfugiés climatiques (35, mon brave monsieur, 35 !) qu’il y aura inévitablement à la fin de l’année – il tient sans doute ses chiffres de l’ONU – et que ce sont les plus pauvres qui ont des maisons passoires et qu’il faut donc agir contre le réchauffement, voilà voilà, circulez.

Apparemment, l’angle choisi est de les tabasser de taxes et d’interdictions, donc. Subtil. On comprendra surtout qu’en malaxant avec vigueur tous les mots-clés actuels sur le climat, la chaleur et les efforts qu’il faut tous faire pour un avenir riant, Bartolone prête ici allégeance à son patron François dont l’hippopoconférence de fin d’année ne peut surtout pas foirer. C’est un bon soldat, le Claude.

En outre, s’il a daigné venir parler au peuple, ce n’est pas pour s’entretenir de ces broutilles climatiques ni même des enquiquinements passagers de la SNCF avec ses horaires qui se ratent et ses voies qui se dilatent au point d’embrouiller le politicien dans le nom des stations, mais bien de sa campagne électorale pour les régionales, puisqu’il entend bien devenir le prochain patron de la Région Île-De-France.

Petit souci, cette campagne débute avec la parution d’un rapport de la CRC, la Chambre Régionale des Comptes, particulièrement accablant sur sa gestion du département de Seine-Saint-Denis entre 2008 et 2012.

Et lorsqu’on épluche le rapport, on comprend qu’il va être compliqué pour le candidat à la présidence de région de faire oublier sa gestion calamiteuse.

Ainsi, prétextant en 2010 un « budget de révolte » (cf 4:00 dans la palpitante interview) pour rouspéter contre une dotation plus faible de l’État aux fastes de son département, il n’hésite pas à engager les dépenses à hauteur de ce qu’il estime être du et non à celle de ce qu’il a reçu. Comme c’est mignon et tellement dans l’air du temps que de dépenser bien plus que ce qu’on a en se présentant comme un héros de la lutte anti-austérité (qu’on n’aura donc pas subie). En définitive, ne vous inquiétez pas, ce « budget de révolte » ne sera payé que par le contribuable (national ou départemental, Bartolone s’en fout).

Et tant qu’à parler d’austérité, n’oublions pas le petit personnel. Bien qu’un cabinet de président du Conseil ne puisse en théorie excéder 11 personnes, la CRC a découvert à la suite d’une enquête minutieuse (historique des recrutements, fiches de paie, organigramme sur l’intranet, …) que le cabinet a compté jusqu’à 14 personnes. Et cette petite entorse aux règlements au niveau du cabinet se retrouve, sous une autre forme, à tous les étages de l’administratif local : on apprend ainsi que les agents départementaux de la Seine-Saint-Denis ont un temps de travail réduit (28 heures par semaine pour les assistants sociaux, environ 27 h 30 pour les éducateurs, un peu plus de 27 heures pour les agents des collèges). Si Bartolone ne fait, en l’espèce, qu’hériter d’une situation précédente ultrafavorable, il n’a rien fait non plus pour ramener toutes les équipes aux 35 heures légales. Quant à la facture de l’écart représenté aux 35 heures (évaluée à 22 millions d’euros par la CRC), elle restera à la charge de … devinez qui ? Du contribuable, évidemment.

Les exemples s’accumulent dans le rapport, comme celui d’emplois qui, s’ils ne sont pas fictifs, semblent bien douteux et dont la portée effective, en terme de productivité, laissent songeur. En définitive, cette liste de reproches assez longue brosse un tableau bien sombre d’une gestion qui « manque de fiabilité et de transparence » selon la CRC, aux bidouilles comptables qui ont pu altérer « la sincérité des budgets ».

Pour un élu comme Claude Bartolone, c’est finalement sans surprise lorsqu’on se rappelle qu’il est directement responsable d’avoir contracté des emprunts toxiques dont le département n’est toujours pas dépatouillé (et loin s’en faut). Faut-il rappeler qu’à ce titre, et malgré les dénégations consternantes de l’élu, le département qui avait attaqué Dexia s’était retrouvé débouté de ses demandes ? Faut-il rappeler que tout montre que les élus qui ont contracté ces emprunts délétères étaient parfaitement au courant des catastrophes potentielles dans lesquelles ils engageaient leurs collectivités territoriales ?

Et tant qu’on y est, comment ne pas dresser un parallèle (que certains trouveront, soyons certain, hardi) entre la situation financière catastrophique dans laquelle il laisse son département, laissé des années aux mains inaptes de communistes pour tomber dans celles, moites et dispendieuses, d’un socialiste sans honte, et la situation d’un pays européen en pleine tourmente, passé de communistes en socialistes divers et qui ont accumulé les déficits et les gabegies ? Alors que le Grexit (la sortie de la Grèce de la zone euro) n’a jamais été aussi proche, comment ne pas voir se profiler comme un « 93xit », ou, au moins, une faillite retentissante d’un département aux abois ? Décidément, cela présage d’un avenir rebondissant pour la région Île-de-France si elle tombait dans l’escarcelle du frétillant Claude.

La réalité n’est décidément pas bisou pour le candidat à l’élection régionale : sa gestion complètement approximative, ses décisions basées sur l’émotionnel et non le rationnel, quitte à tortiller le sens des mots et des lois pour parvenir à ses fins politiques personnelles, tout ceci lui revient maintenant dans le pif avec une vigueur presque réjouissante. Le timing est impitoyable puisqu’on est précisément au moment où le personnage s’élance à l’assaut du niveau de pouvoir supérieur, mais il est aussi nécessaire puisqu’il permettra de rappeler ce que valent vraiment nos « hommes de responsabilité » lorsqu’on leur fournit le pouvoir et les robinets à pognon. On peut raisonnablement douter que ceci aura un effet quelconque dans la mémoire de l’électeur, particulièrement fugace, mais le rappel reste toujours utile.

Notons que pour finir son interview, Bartolone, probablement frappé d’une rare lucidité, explique vouloir sauver « Les Guignols ». Faut-il y voir enfin un désir de reconversion à sa portée ?

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