Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Jean-Loup
  • Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
  • Contact

Recherche

19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 15:07

Suite de l'article 

 

LA PROSPÉRITÉ FRANÇAISE SE DÉLITE

C’est pourquoi tous les gouvernements de notre pays se sont appliqués avec constance et aveuglement à l’accroître. Il en découle que la société française n’est ni juste, ni unie, ni fraternelle et que sa prospérité se délite.

La seule véritable moralisation consisterait à mettre fin à un système qui repose sur ce principe de « spoliation légale » :« Tu ne voleras pas ».

 

La France traverse une période matérielle et morale difficile. Les Français ne font plus confiance aux hommes politiques et des fissures sociales creusées par 70 ans de socialisme deviennent des failles béantes.

Le déplacement de la responsabilité a faussé l’opinion populaire. Le peuple, accoutumé à tout attendre de l’État, ne l’accuse pas de trop faire, mais de ne pas faire assez. Il le renverse et le remplace par un autre, auquel il ne dit pas : Faites moins, mais : Faites plus; et c’est ainsi que l’abîme se creuse et se creuse encore. (Services privés, service public, F. Bastiat, 1864).

 

Les valeurs et la culture qui ont forgé leur pays sont mises à mal. Beaucoup désespèrent de sortir par le haut de cette situation. Or dans un tel contexte, les idées de Frédéric Bastiat gagneraient à être connues et mises en œuvre.

Il écrit :

Se conserver, se développer, c’est l’aspiration commune à tous les hommes, de telle sorte que si chacun jouissait du libre exercice de ses facultés et de la libre disposition de leurs produits, le progrès social serait incessant, ininterrompu, infaillible. (La Loi,1850).

 

Quand l’État entrave « le libre usage des facultés, la libre disposition des produits et des biens », il sort de son rôle. La Loi est pervertie, c’est la spoliation légale ou socialisme. Il est impossible de bâtir une société juste sur la spoliation.

SPOLIATION ET VIOLENCE

La spoliation ne peut engendrer que la violence. Frédéric Bastiat écrit :

On se plaint des tendances révolutionnaires des hommes. Assurément on n’y réfléchit pas. Quand on voit, chez un grand peuple, les services privés envahis et convertis en services publics, le gouvernement s’emparer du tiers des richesses produites par les citoyens, la loi devenue une arme de spoliation entre les mains des citoyens eux-mêmes, parce qu’elle a pour objet d’altérer, sous prétexte de l’établir, l’équivalence des services; quand on voit la population et le travail législativement déplacés, un abîme de plus en plus profond se creuser entre l’opulence et la misère, le capital ne pouvant s’accumuler pour donner du travail aux générations croissantes, des classes entières vouées aux plus dures privations; quand on voit les gouvernements, afin de pouvoir s’attribuer le peu de bien qui se fait, se proclamer mobiles universels, acceptant ainsi la responsabilité du mal, on est étonné que les révolutions ne soient pas plus fréquentes, et l’on admire les sacrifices que les peuples savent faire à l’ordre et à la tranquillité publique (…) autant de causes de désordre, autant de ferments révolutionnaires. (Services privés, service public, 1850)

La philosophie de Frédéric Bastiat appartient à la pensée libérale classique française. Il a éclairé et rénové l’économie politique du XVIIIème et XIXème siècles puis fécondé la science économique moderne. Frédéric Bastiat est régulièrement présenté comme le précurseur de l’École Autrichienne d’Économie.

LE LIBÉRALISME DÉNATURÉ

Cette pensée libérale est très mal connue, mais surtout, ce qui est bien plus grave, profondément dénaturée dans notre pays. Pour éviter de subir les foudres des bien-pensants, fort peu de gens se réclament de sa philosophie de liberté, d’initiative et de responsabilité individuelles et d’État limité à ses fonctions régaliennes.

La méconnaissance des idées libérales, leur altération et leur mépris par les gouvernements successifs sont la cause de la régulière dégradation de la situation de la France. Mettre fin à la spoliation légale pour fonder une société juste et prospère était l’objectif de Frédéric Bastiat.

L’objet du Cercle Frédéric Bastiat est de faire connaître cet économiste français. Il a un rôle à jouer, celui d’éclaireur des électeurs et des politiciens. Plus il y aura de personnes convaincues des bienfaits de la liberté de choix et de la responsabilité individuelle, plus nous aurons de chance d’orienter notre pays vers une société de justice et de prospérité.

CONGRÈS LIBÉRAL À SAINT PAUL-LÈS-DAX

Le Cercle organise les 22, 23 et 24 septembre 2017 à Saint Paul-lès-Dax, le 8ème Weekend de la Liberté, sur la thématique :

 

« Les 100 jours sous le regard de Frédéric Bastiat. Laissez faire ou se laisser faire ? ».

 

Quel chemin aura pris notre pays en septembre prochain ? Quelles en seront les conséquences ? Quel sera le niveau de confiance du pays envers ses dirigeants ? Le gouvernement et les députés, à l’inverse de leurs prédécesseurs, s’attaqueront-ils à la spoliation légale ? Réduiront-ils l’État providence ? Restaureront-ils les fonctions régaliennes ? Quelles solutions pour un avenir meilleur ? Tout au long du week-end les intervenants pourront répondre à la question en fil rouge : élections 2017, dernière chance avant la révolution ?

L’ÉTAT RÉEL DE LA FRANCE

Chaque participant au week-end de la Liberté pourra, grâce à des conférences de haut niveau, analyser les orientations et réalisations du gouvernement. Les conférenciers ne sont pas tous libéraux mais ils connaissent l’état réel de la France. Ils savent les remèdes qui pourraient être mis en place, car tout n’a pas été essayé. Ils analyseront ce début de quinquennat avec un regard neuf et original.

Frédéric Bastiat promeut le libre-échange. Pour lui ce n’est pas seulement un élément capital de la prospérité humaine, c’est aussi et peut être surtout le facteur fondamental de la paix entre les Hommes. La paix ne se limite pas à l’absence de guerre, c’est l’harmonie entre les êtres humains. Pour atteindre cette l’harmonie il faut mettre fin à la spoliation légale. C’est Juste et cela va bien au-delà de l’économie.

 

Tous les intérêts légitimes sont harmoniques. Tous ceux qui adopteront ce point de départ : les intérêts sont harmoniques, seront aussi d’accord sur la solution pratique du problème social : s’abstenir de les contrarier et de déplacer les intérêts. Il ne faut pas étendre artificiellement la solidarité de manière à détruire la responsabilité ; en d’autres termes, il faut respecter la liberté. (À la jeunesse française, 1850).

 

Moralité, respect des Droits naturels, prospérité et justice, c’est tout un :

« Tu ne voleras pas »

Repost 0
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 16:06

Macron parviendra-t-il à rompre le consensus objectif droite-gauche en faveur de l’immobilisme ? Plusieurs facteurs lui sont favorables, espérons qu’il sache en faire bon usage.

 

Les rodomontades médiatiques auxquelles se heurte  E Macron et son gouvernement relèvent d’une tradition bien établie. Il faut critiquer et prétendre être plus clairvoyant que le prince pour capter l’attention. Mais en prenant un peu de distance, tout devient simple.

Macron cherche à libéraliser en douceur la société française (droit du travail, réduction des dépenses publiques, etc.). Il se heurte tout simplement aux politiciens traditionnels de gauche et de droite. Les anciens clans ne lâchent pas prise. Le rabâchage journalistique de lieux communs éculés n’est que leur relais.

QUEL EST LE DEGRÉ DE NOTRE SERVITUDE ?

Quand certains analystes regrettent, avec le plus grand sérieux, le désengagement de l’État (par exemple dans les collectivités locales), on se perd en conjectures sur le sens exact de leur propos.

Jamais dans notre histoire l’État n’a été aussi puissant, aussi dirigiste, aussi interventionniste. Les données quantitatives sont à cet égard sans ambiguïté. Inutile de les rappeler, chacun sait que le nombre de fonctionnaires  est au plus haut, les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires également.

Alors, pourquoi des gens sérieux et respectables, universitaires, journalistes, écrivains, colportent-ils dans les médias que la puissance publique est en retrait ? Ils confondent bien souvent le rêve et la réalité, leurs aspirations et l’analyse objective de l’existant.

La puissance publique n’a jamais reculé. Bien au contraire, elle n’a cessé de croître et de prendre en charge des problèmes nouveaux depuis le début du XXe siècle (santé, vieillesse, chômage, éducation, etc.).

Si  Friedrich Hayek écrit La route de la servitude en 1944, c’est bien parce que la croissance de l’État et le recul de l’autonomie individuelle posaient déjà problème. Nous n’avons jamais quitté cette route et nous ne savons pas exactement quel est le degré actuel de notre servitude.

LA LIBERTÉ SURVEILLÉE DE GAUCHE

La gauche se garde de chiffrer le futur. Jusqu’à quel niveau de prélèvements obligatoires une société demeure-t-elle libre ? 50% du PIB ? 60%, 70% ? Mystère. Cela n’empêche pas les partis de gauche de réclamer toujours plus de socialisation et par suite de dépenses publiques.

La démocratie se résume donc pour la gauche à déposer périodiquement un bulletin de vote dans une urne mais en aucun cas à laisser le maximum d’initiative à l’individu.

Si la collectivité a été dûment mandatée par un vote des citoyens, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il est paradoxal de prétendre qu’une société reste libre lorsqu’une liasse de cerfa1 est nécessaire pour entreprendre quoi que ce soit. La liberté prônée par la gauche est une liberté étroitement surveillée.

FAUT-IL RÊVER DE LIBÉRALISME DOCTRINAL OU MAÎTRISER LE MONSTRE ÉTATIQUE ?

Pour autant, la droite de gouvernement n’a jamais remis sérieusement en cause l’État-providence. Il est tout à fait improbable qu’elle le fasse tant qu’une croissance économique, même faible, maintiendra l’opulence des pays riches.

Le mot opulence pourra choquer, mais par rapport aux niveaux de production et de consommation de nos sociétés voici seulement un demi-siècle, il s’agit bien de cela. Malgré la lourdeur des structures publiques, nous n’avons j’aimais été aussi riches.

Les libéraux qui réclament un recul massif du rôle de l’État prêchent dans le désert par manque de réalisme. Ils seraient bien inspirés de modifier leur angle d’attaque et d’évoquer le risque croissant que représente l’immixtion de l’État dans tous les domaines de la vie.

Au lieu de rêver au retour d’un libéralisme doctrinal probablement révolu, il conviendrait de mettre l’accent sur les dangers futurs d’un monstre étatique surpuissant : danger politique par étouffement démocratique de la liberté, danger économique par perte d’efficacité.

LES MARCHEURS DEVRONT MARCHER DROIT

En s’opposant à Macron, gauche et droite rejouent l’acte précédent de l’histoire politique française : neutraliser toute capacité de déblocage pour défendre des intérêts électoraux. Macron parviendra-t-il à rompre ce consensus objectif droite-gauche en faveur de l’immobilisme ? Plusieurs facteurs lui sont favorables : la quasi-disparition du Parti socialiste, les dissensions internes aux Républicains, la démagogie de plus en plus brutale de Mélenchon , la faiblesse intellectuelle du Front national.

Mais un appareil politique solide et discipliné est nécessaire pour gouverner efficacement. De ce point de vue, tout reste à faire. Il ne faudrait pas que de petites chapelles s’érigent dans la cathédrale de LREM. Voilà bien ce qui a perdu les socialistes et ce qui rend inaudible LR.

Il est souhaitable de discuter librement en famille, mais moralement condamnable d’aller porter ses querelles sur la place publique. Les Marcheurs seraient bien inspirés de marcher droit ou, du moins, de présenter des rangs parfaitement alignés lorsqu’ils défilent publiquement.

Car, à l’évidence, un social-libéralisme modéré et pragmatique représente le seul espoir de faire bouger la société française.

Repost 0
10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 08:14

Dans l’état actuel des connaissances et des recherches en cours, le fonctionnement des IA peut-il provoquer des désordres ? des désastres ?  un Armageddon ?

ELON MUSK, VISIONNAIRE OU CASSANDRE DE L’IA ?

Elson Musk, entrepreneur visionnaire, fondateur de Tesla et de Space X, inventeur génial, développeur éclairé de l’innovation, futurologue, futur premier voyagiste du système solaire, communique de plus en plus souvent sur lintelligence artificielle qu’il considère aujourd’hui comme « le plus grand risque auquel notre civilisation sera confrontée ».

Ses interventions ne souffrent d’aucune ambiguïté, ne s’embarrassent d’aucune précaution pour affirmer que le genre humain est en danger, que le péril est parmi nous et que l’IA pourrait nous conduire prochainement à un Irrémédiable Armageddon.

Elon Musk n’est d’ailleurs pas la seule personnalité de dimension planétaire à donner l’alerte. Il partage ce rôle de lanceur d’alerte ou de Cassandre avec Stephen Hawking et Bill Gates qui tiennent en substance le même discours.

Les mises en garde ont réellement commencé en 2015 avec la publication d’une lettre ouverte devenue célèbre par le FHI d’Oxford alertant sur les risques de l’IA

.

Particulièrement pessimiste, Elon Musk affirme qu’il sera vite trop tard pour l’avenir de l’humanité si des mesures conservatoires et contraignantes ne sont pas prises dès aujourd’hui pour encadrer le développement de l’IA.

MUSK ACTEUR MONDIAL DE L’IA

On pourrait y voir un premier paradoxe ou une légère schizophrénie sachant qu’ Elon Musk est un acteur mondial de l’IA, qu’il contribue à ses progrès dans les différentes activités de R&D qu’il finance et dans les différents projets qu’il soutient.

Pourquoi ne met-il pas alors immédiatement un terme à toutes ses participations ayant de près ou de loin un rapport avec l’IA ?  Peut-on endosser le rôle de lanceur d’alerte en même temps que celui de générateur du péril que l’on dénonce ?

Une pirouette rhétorique pourrait faire dire à Elon Musk que c’est justement parce qu’il participe au projet global de l’IA qu’il bénéficie d’une vision privilégiée des dangers et des périls collatéraux qui nous menacent. C’est effectivement sur cette posture intellectuelle et ce prisme de lecture qu’il faut écouter et lire Elon Musk.

Écouter Elon Musk, c’est, en préalable, filtrer l’écume de son discours qui participe au solutionnisme ambiant en Silicon Valley. Lorsqu’Elon annonce l’homme sur Mars en 2024, il se laisse sept petites années pour résoudre l’ensemble des problèmes inhérents à cette future mission alors que la NASA vient de jeter l’éponge faute de crédits.

L’IA NUIRA-T-ELLE À L’ESPÈCE HUMAINE ?

Le tropisme solutionniste sous-estime la complexité de l’environnement et des processus, gomme les obstacles, nie les forces de l’aléatoire et de l’imprévisible et fait preuve d’une certaine arrogance face aux temporalités humaines.

Pour autant, une fois cette écume solutionniste évacuée, il reste des interrogations légitimes sur les capacités futures de l’IA dont celle de nuire à l’espèce humaine. Lors de ses mises en garde et alertes, Elon Musk se projette clairement dans un contexte d’intelligence artificielle forte disposant d’une forme de conscience de ses propres actions.

Sous l’hypothèse d’IA forte, la question de la dérive malveillante d’une IA prend alors tout son sens. Une IA forte pourrait par exemple privilégier ses propres choix au détriment des intérêts humains et s’engager délibérément vers un rapport de force et un conflit. Elle pourrait aussi s’ auto-attribuer la mission supérieure d’œuvrer pour le bien de l’humanité au prix d’un abandon du libre arbitre de ceux qu’elle cherche à aider.

Croyant faire le bien de l’espèce humaine, elle contribuerait au contraire à son aliénation et à sa vassalisation. Dans le contexte d’une IA forte, toutes les situations de concurrences puis de duels avec l’espèce humaine sont rationnellement envisageables.

Ce sont d’ailleurs ces scénarios qui nourrissent depuis trois décennies tous les films de science fiction évoquant l’IA… Finalement, lorsqu’Elon Musk évoque des dérives prévisibles de l’IA forte, il ne fait que proposer de nouveaux scénarios de science fiction qu’il est objectivement impossible de confirmer ou d’infirmer en l’état actuel des connaissances scientifiques.

LES RISQUES DE DÉTOURNEMENT MALVEILLANT D’UNE IA FAIBLE EN 2017

La situation qu’il convient d’examiner et sur laquelle une réflexion rationnelle doit être menée sans tarder est celle de la possibilité  d’effets collatéraux indésirables, nuisibles ou destructeurs provoqués par une IA faible n’ayant, rappelons-le,  aucune conscience d’elle-même, de son propre fonctionnement et de ses sorties produites.

Dans ce contexte, on ne fait intervenir dans la réflexion que l’existant technologique actuel, l’état de l’art, et la R&D en cours  sur l’IA à l’horizon 2022, en tenant compte d’une durée de programme de recherche sur cinq ans.

Ce cadrage préalable permet d’évacuer les hypothèses indécidables relevant de la science fiction et celles issues d’un solutionnisme niant la complexité des défis technologiques.

LA QUESTION POSÉE PAR MUSK

La question qu’ Elon Musk pourrait rationnellement poser devient : « Dans l’état actuel des connaissances et des recherches en cours, le fonctionnement des IA peut-il provoquer des désordres ? des désastres ?  un Armageddon ? ».

Concernant les désordres, la réponse est clairement positive au regard des expérimentations de cybersécurité réalisées depuis 2014.

Concernant les désastres et  un éventuel Armageddon, il semble impossible d’apporter  une réponse qui ne relève pas immédiatement de la fiction. Cela dit, il est possible de lister au moins un  scénario dont les mécanismes et automatismes mis en résonance deviendraient si instables qu’ils pourraient échapper au contrôle humain. L’issue  pourrait alors être très incertaine ou chaotique.

DES FACTEURS D’INSTABILITÉ

Le premier facteur d’instabilité relève de la cybersécurité de l’intelligence artificielle et rassemble l’ensemble des détournements réalisables par hacking, prise de contrôle illicite ou influence volontairement malveillante des processus d’apprentissage d’un système autonome.

Tay,  lIA de Microsoften a fait les frais il y a quelques mois avec un apprentissage forcé aux propos  racistes et fascistes, le tout en moins de 24 heures d’utilisation. Pour autant, les effets indésirables du détournement de Tay ont été très limités et se réduisent finalement à un préjudice d’image pour l’équipe responsable de ce ChatBot particulièrement vulnérable.

Le détournement d’un système armé autonome s’appuyant sur une phase d’apprentissage serait beaucoup plus problématique. L’armement autonome s’apprête à déferler sur le champ de bataille.

DES ROBOTS ARMÉS AUTONOMES

Le 10 juillet 2017,  le groupe russe Kalashnikov a présenté officiellement sa gamme de robots armés autonomes embarquant une architecture de réseaux de neurones dédiée à la reconnaissance.

La nouvelle doctrine militaire russe a pour objectif d’exclure l’homme de la zone d’immédiate conflictualité et de robotiser plus de 30 % de ses systèmes d’armes. Il en est de même du côté américain et chinois avec le développement de navires de lutte anti-sous-marine  autonomes (programme Darpa Sea Hunter).

Le piratage et la prise de contrôle des ces systèmes autonomes par un adversaire pourrait provoquer d’importants dommages et de fortes instabilités sur le terrain..

De la même façon, les systèmes d’aide à la décision militaires (anciennement appelés systèmes experts) sont eux aussi sensibles aux cyberattaques et peuvent potentiellement devenir la cible de détournement par orientation de leur phase d’apprentissage.

LE PROBLÈME CENTRAL DES FAUSSES DONNÉES

A ce titre, le rôle des fausses données injectées volontairement dans l’espace de collecte de ces systèmes (pour les tromper) devient central.

L’IA peut aujourd’hui produire des imitations de si bonne qualité qu’il devient presque impossible de détecter le faux du vrai. Cela a été le cas en 2016 avec la production d’un tableau par une IA qui a été éduquée à partir de l’ensemble des œuvres du Maître et qui commandait une imprimante 3D pour l’exécution du tableau.

Plus récemment, une IA a produit un discours fictif de Barack Obama à partir d’une phase d’apprentissage des vrais discours de l’ancien Président. Le résultat est absolument saisissant !

On imagine les effets sur la population mondiale, sur les marchés et sur l’équilibre géopolitique  d’un faux communiqué vidéo d’un Président américain annonçant une attaque chimique, biologique ou nucléaire fictive… L’instabilité provoquée par la diffusion d’un vidéo « Fake News » crédible de déclaration de guerre pourrait vite devenir incontrôlable…

Les fausses données numériques interprétées ou produites par des IA constituent le premier vecteur d’instabilité induit par l’IA. Elles doivent faire l’objet de recherches et de développement de systèmes automatisés capables de détecter en temps réel et en haute fréquence la véracité d’une donnée puis de donner l’alerte en cas de doute légitime.

LES MÉCANISMES IMPRÉVUS DE L’IA

Enfin, pour faire écho aux propos d’Elon Musk, on doit examiner un scénario inédit qui ne fait pas intervenir de piratage ou de détournement d’IA mais qui s’appuie sur une mise en résonance imprévue de plusieurs mécanismes associés à des IA  distinctes, fonctionnant légitimement et correctement. Pour préciser ce scénario, on utilise deux mécanismes liés à la cybersécurité et au fonctionnement de l’OTAN.

Le premier mécanisme précise que toute cyberattaque massive sur un pays membre de l’OTAN peut entraîner une réponse militaire classique des autres pays membres et des États-Unis après attribution de l’attaque.

Des automatismes d’alerte ont été créés en ce sens. Les États-Unis ont annoncé qu’en cas de cyberattaque massive sur leurs infrastructures critiques, ils se réservaient le droit de riposter par des bombardements. Le cyberespace est considéré aujourd’hui par l’OTAN comme un espace des opérations au même titre que l’espace maritime, terrestre et spatial.

LE PROGRAMME DE DARPA

Le second mécanisme concerne un programme lancé par la Darpa (l’agence américaine de développement des technologies de défense). Ce programme de cybersécurité développe des outils autonomes d’inspection et de détection automatisée de vulnérabilités dans les codes informatiques.

Le travail de recherche de bugs et de failles de sécurité est confié à une IA qui passe en revue les programmes et détecte (une partie seulement) des vulnérabilités.

On peut alors imaginer le scénario suivant :  Un système expert militaire OTAN (une IA) qui souhaite s’entraîner et améliorer ses performances actionne l’IA de détection automatisée de vulnérabilités de programmes sensibles d’un pays membre jugé fragile.

En guise d’exercice, le système expert lance des attaques sur l’ensemble des vulnérabilités recensées du pays membre, en camouflant l’origine de l’attaque et en laissant des traces d’un pays tiers non membre de l’OTAN.

Cette cyberattaque massive rentre alors dans le cadre du processus de réponse automatisée et d’agression contre un membre de l’organisation qui engage alors une réponse militaire sur le pays tiers.

Ce scénario, fortement résumé et simplifié, a fait l’objet d’une étude publiée en 2017 dans une revue de Défense (RGN). Il met l’accent sur le risque réel de mise en résonance d’automatismes indépendants et légitimes associés à des IA qui placées dans une certaine séquence provoquent une instabilité ou une situation de crise. C’est sans doute dans cette perspective de désordres qu’il faut entendre les propos alarmants d’Elon Musk .

POUR CONCLURE…

Il est aujourd’hui strictement impossible de prévoir les futures capacités de l’IA à l’horizon 2035-2040 ou d’affirmer qu’une IA forte sera disponible dans une ou deux décennies.

Pour autant, la prolifération des fausses données numériques créées par les IA, leur qualité et leur impact sur notre écosystème hyper connecté vont produire de fortes turbulences à court terme.

Ajoutons à cela le risque de détournement volontaire ou de mise en résonance de systèmes autonomes pour avoir la certitude que la nécessaire montée en puissance de l’intelligence artificielle ne s’effectuera pas sans quelques dommages collatéraux.

Repost 0
26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 17:40

Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites montre que les prochaines années seront difficiles : les retraites seront déficitaires de 10 milliards d’euros dès 2020.

Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a pris des allures d’audit complémentaire à celui de la Cour des Comptes. Loin du triomphalisme affiché en son temps par Marisol Touraine (qui s’était vantée d’avoir terrassé les déficits sociaux), les prévisions montrent que les dix prochaines années seront très difficiles, même en cas de reprise économique.

Dans ce genre d’exercice (celui des prévisions à long terme sur les comptes sociaux), il existe un incontournable : la projection d’une série de scénarios où la croissance, le taux de chômage, la productivité, évoluent de façon différente. Personne n’est jamais véritablement convaincu par les hypothèses ou les combinaisons d’hypothèses retenues. Dans le cas du COR, celles-ci varient d’une croissance à 1% en moyenne pour pousser jusqu’à 1,8%.

L’intérêt des simulations est de montrer que, jusqu’en 2040, dans tous les cas, le régime par répartition, à réglementation inchangée, accusera un déficit important. En dehors de l’hypothèse à 1,8%, le besoin de financement sera d’au moins 10 milliards par an pour les vingt prochaines années. Si la croissance se maintient à 1%, il dépassera les 20 milliards à l’horizon 2025.

Les causes de ce phénomène sont bien connues : la durée de vie à la retraite augmente plus vite que les recettes naturelles du régime.

UNE CATASTROPHE POUR LES RETRAITES À COURT TERME

L’un des intérêts majeurs de l’étude du COR est surtout de montrer que, d’ici à la fin du quinquennat, les retraites seront forcément déficitaires, quel que soit le scénario de croissance qui se produise. Il n’y a donc pas à tortiller, ni à prendre un quelconque pari.

Dans tous les cas, Emmanuel Macron sera confronté à une dégradation des comptes sociaux qui l’obligera à réagir pour tenir l’objectif de 3% de déficit dans le cadre des traités.

La dégradation sera même très rapide. Selon le COR, la France se promet un déficit de 10 milliards d’euros en 2020 si des mesures d’urgence ne sont pas prises.

C’est une très mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron qui avait imaginé pouvoir compter sur un petit répit et n’engager sa réforme des retraites qu’à partir de 2018.

DES SOLUTIONS DIFFICILES POUR LE NOUVEAU PRÉSIDENT

Dans la pratique, la dégradation des régimes de retraite agit comme une véritable peste : une fois le virus diffusé, il est très difficile de le combattre. Les remèdes à court terme sont en effet peu nombreux, bien connus et pénibles à faire avaler au public.

De deux choses l’une en effet.

Soit Emmanuel Macron retarde l’âge de départ à la retraite… mais cette option sera compliquée à mettre en oeuvre pour un Président qui a annoncé une réforme systémique qui laisserait à chacun le soin de choisir son âge de départ.

On voit mal comment d’une main, le Président pourrait promettre un système notionnel où chacun part quand il le souhaite, et d’une autre main expliquer doctement que la traduction immédiate de ce dispositif consiste à repousser l’âge des partants.

Soit le Président adopte la solution déjà discrètement pratiquée par Marisol Touraine : la baisse des pensions. En retardant les indexations d’un semestre, la précédente ministre a en effet pu glaner quelques précieux milliards au détriment du niveau réel des retraites.

Reste, bien entendu, le troisième levier : éponger le déficit par une énième augmentation des cotisations. Mais, dans ce cas, sauf à admettre publiquement qu’il ne renouvelle rien et qu’il déçoit collectivement son électorat, Macron devra trouver des économies sur d’autres sources de financement de la Sécurité sociale pour compenser ce sérieux coup de canif à ses promesses.

La difficulté, pour le Président, c’est que le temps va manquer pour finasser. Dès 2019, le déficit devrait repartir en sérieuse hausse.

Ce que promettait le programme En Marche

Après plus de vingt ans de réformes successives, le problème des retraites n’est plus un problème financier. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites, qui font référence, le montrent : pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec « une sérénité raisonnable » selon le Comité de Suivi des Retraites. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de repousser l’âge ou d’augmenter la durée de cotisation.

Pourtant, les Français ne savent plus s’ils peuvent se fier à leur système de retraites. Beaucoup, parmi les jeunes notamment, ont perdu confiance. L’opacité des règles conduit à ce que notre système de retraite par répartition, qui est l’expression de la solidarité entre générations, ne fournisse pas à chacun la sécurité qu’il est en droit d’attendre. Ceux dont les carrières sont heurtées ou les font passer par différents statuts – salarié, indépendant, agent public – sont facilement pénalisés. On ne sait si des nouveaux efforts vont être demandés. Chacun a l’impression d’être moins bien traité que d’autres.

Notre projet, ce n’est pas de changer encore une fois tel ou tel paramètre du système de retraites. Il n’est pas de sortir de la répartition. Il est de rétablir la confiance et de construire un système adapté aux parcours professionnels et de vie d’aujourd’hui et de demain. Il est de clarifier et de stabiliser les règles du jeu, une fois pour toutes, en mettant en place un système universel, juste, transparent et fiable, dans lequel chacun bénéficie exactement des mêmes droits.

Notre système restera fondé sur la répartition, qui est l’autre nom de la solidarité entre les générations. Il restera collectif et solidaire. Il continuera à tenir compte de la diversité des carrières, dont certaines sont plus longues ou plus pénibles. Il préservera les avantages sociaux, par exemple ceux qui sont liés à la maternité. Mais il le fera de manière plus transparente et plus juste.

Repost 0
25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 20:47

Premier sommet européen pour Emmanuel Macron : les demandes françaises ont été réduites à néant.

Emmanuel Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

CE QUE LE CONSEIL EUROPÉEN A RÉELLEMENT DÉCIDÉ

Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés , sujet sur lequel la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu :

S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français : quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron ? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le Conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

MACRON BATTU SUR LES MESURES ANTI-CHINOISES

Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française

Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les co-législateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

Traduction : pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

POUR MACRON, MÊME TRAITEMENT QUE POUR HOLLANDE ?

Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a infligé l’une des fessées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

Macron n’a pas échappé à la punition.

Je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer :

Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

LE SILENCE GÊNÉ DE LA PRESSE SUBVENTIONNÉE

On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

Ainsi, Les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant : « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard, pour sortir de pareilles analyses.

La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de reprendre une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif ; « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière le président de la République.

 

 

Repost 0
Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres alternative Enjeu @PartiRadical
commenter cet article
19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 12:43

Avec Emmanuel Macron, le PS et LR doivent changer leur logiciel sous peine d’être totalement discrédités.

La longue séquence électorale française qui s’achève a fait l’objet de commentaires abondants. Mais en définitive, que conclure de cet épisode politique totalement inattendu ? Quatre constatations s’imposent :

  • L’émergence d’une troisième force qui remplace la bipolarisation traditionnelle.
  • Le pragmatisme de Macron et de La République en Marche (LREM).
  • Une opposition principalement constituée par les extrêmes.
  • Les mêmes problèmes fondamentaux subsistent et devront être traités.

DE LA BIPOLARISATION À LA « TROISIÈME FORCE »

L’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, avec une majorité parlementaire forte, représente une évolution politique importante. Sous la IIIeRépublique (1871-1940) ainsi que sous la IVe (1946-1958), un régime parlementaire pur avait été choisi. Des gouvernements de coalition gouvernaient le pays. Les élections législatives étaient les élections reines qui déterminaient les partis pouvant participer à la coalition gouvernementale.

En 1958, le général de Gaulle avait voulu abandonner ce « régime des partis » qu’il abhorrait. Il renforça l’exécutif en instaurant un régime semi-présidentiel comprenant un Président de la République « au-dessus des partis » et un Premier ministre, chef du gouvernement et responsable devant l’Assemblée Nationale. Ces nouvelles institutions conduisirent à une bipolarisation droite-gauche, surtout à partir de 1962, date de la première élection du Président au suffrage universel direct.

Macron vient de rompre avec cette bipolarisation. Sa majorité composite comporte des élus de droite et des élus de gauche. Elle ressemble furieusement à la « troisième force » de la IVe République, coalition gouvernementale regroupant la SFIO, les démocrates-chrétiens et des libéraux modérés. Les anciens partis de gouvernement (PS et LR) se réclamant du clivage droite-gauche sont considérablement affaiblis. Cette évolution est logique dans un contexte où les repères idéologiques se sont estompés. Depuis plusieurs décennies, si les clans politiques opposés se réclamaient de la droite ou de la gauche pour conquérir le pouvoir, l’exercice du pouvoir aboutissait à des politiques assez proches.

LE MACRONISME EST UN PRAGMATISME

Le macronisme est donc d’abord un constat politique simple que beaucoup de citoyens ressentaient intuitivement : pourquoi jouer à être adversaires politiques quand il est possible de trouver des compromis sur presque tous les sujets ? L’aspect factice, les outrances théâtrales des campagnes électorales n’amusaient plus grand monde, sauf peut-être leurs acteurs. « Prenons acte de cette réalité » nous a dit Macron, « traitons les problèmes ensemble au lieu de penser exclusivement à gagner la prochaine élection ».

La prise du pouvoir par Emmanuel Macron, qui est un centriste, représente ainsi une victoire du pragmatisme sur les scories idéologiques dont se réclamaient encore le PS et LR pour exister, mais sans plus y croire. Macron prétend représenter « la droite et la gauche » ; cela veut bien dire que l’on prend à chaque camp ce qui correspond à une analyse pertinente de notre époque. En reprenant le vieux clivage pour se faire bien comprendre, on peut considérer que Macron est de gauche culturellement mais de droite économiquement. Mais avec modération dans les deux cas.

L’OPPOSITION DES EXTRÊMES

L’opposition vraiment affichée se réduit pour l’instant au front Mélenchon-Le Pen. Le Front National (FN) et La France Insoumise (LFI) jouent tout simplement la carte 2022. Leurs leaders sont des politiciens ultra-traditionnels qui ne jurent que par l’exacerbation des clivages politiques. Ils vouent un culte au conflit politique et social qui est leur fonds de commerce électoral. Mais on se perd en conjectures sur ce que pensent vraiment Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen car ces deux leaders sont certainement très au-dessus de leur verbiage politicien, ce qui n’est pas vraiment à leur avantage. En effet, la tactique politique prévaut pour eux en toutes circonstances. Résoudre les problèmes du pays par le dialogue entre sensibilités politiques différentes est au-dessous de leur dignité. En paraphrasant Alfred de Vigny, on pourrait admettre que pour ces gens-là seule la politique est grande, tout le reste est faiblesse.

Et pour faire de la petite politique ultra-traditionnelle, il suffit de stigmatiser le pouvoir en place pour l’affaiblir et se positionner pour l’élection suivante. Le cynisme politicien le plus classique anime donc aussi bien Mélenchon que Le Pen. Nous pouvons nous attendre à toutes les surenchères électoralistes de leur part.

Le PS et LR sont en voie de restructuration et il faut attendre pour apercevoir leur avenir. Pour l’instant, rien à remarquer à leur sujet sinon leur sidération face au tsunami qui les a emportés et l’écartèlement du positionnement par rapport à Macron, certaines personnalités le soutenant, d’autres non.

NOS PROBLÈMES SUBSISTENT

Bien entendu, une évolution politique, même historique, ne modifie en rien les problèmes majeurs que nous devons traiter : accumulation de déficits publics formant une dette considérable, rigidité excessive du droit social, fonctionnarisation à outrance tant au niveau de l’État que des collectivités locales, construction européenne à l’arrêt, agressions idéologico-religieuses violentes de l’Islam radical.

Mais l’accession au pouvoir d’une large coalition de sensibilités politiques diverses regroupées en un seul mouvement permet d’affaiblir l’opposition. Or, cette opposition, qu’elle soit de gauche ou de droite, s’est toujours mal comportée par le passé. Elle pensait principalement à battre l’adversaire au pouvoir en l’affaiblissant et se désintéressait scandaleusement de l’intérêt général. Le PS et LR trouvent donc aujourd’hui ce qu’ils ont longtemps cherché sans en avoir vraiment conscience : le discrédit le plus complet.

Repost 0
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 06:18

Ces gens ne se connaissaient pas il y a quelques mois ; ils n’ont en commun que leur bonne volonté, leur espoir de renouveau et leur chef. Dimanche prochain, ils entreront à l’assemblée nationale et soutiendront le gouvernement Macron.

 

Je ne suis pas fâchée de voir toute cette affaire se terminer prochainement. Toute cette affaire ? Le paquet électoral 2017 comprenant l’élection présidentielle et ses répliques législatives.

Tout ceci nous occupe depuis des mois et des mois et s’est décliné en pas moins de deux tours de primaire de droite, deux tours de primaire de gauche, deux tours de présidentielle et pour l’instant un tour de législatives.

 

Si le début de la séquence fut « complètement dingue » nous faisant bondir de coup de théâtre en coup de tonnerre, avec la candidature Macron , la sélection Fillon, puis la renonciation Hollande, suivie de la sélection Hamon sur fond d’affaire Fillon, la suite fut assez rapidement pliée en faveur de Macron, malgré une remontée de Mélenchon en dernière ligne droite et une chute fracassante de Le Pen juste devant l’obstacle.

CE QUI DEVAIT ARRIVER ARRIVA

Au final, on attendait Macron – Le Pen et on a eu Macron – Le Pen. Puis on attendait Macron et on a eu Macron. Depuis la présidentielle, l’éventualité d’une majorité absolue pour La République en Marche (LREM) s’est renforcée tous les jours, et le parti du Président aura bel et bien sa majorité pour gouverner, une majorité non seulement absolue mais pour ainsi dire insolite et insolente, surtout pour un parti qui existe depuis un an seulement.

 

Le premier tour des élections législatives 2017 qui s’est joué dimanche 11 juin dernier a tout d’un livre des records. Les partis traditionnels se retrouvent soit laminés comme jamais (PS) soit profondément amoindris (LR). Les partis extrêmes qui ont côtoyé le vainqueur à quelques points au moment de la présidentielle reviennent à leur étiage habituel et leur impact législatif sera des plus modestes (FN et FI).

HÉCATOMBE À DROITE COMME À GAUCHE

On ne compte plus les personnalités politiques de droite ou de gauche séchement battues dès  le premier tour ou en ballottage très défavorable pour le second. Certains l’ont pris avec humour (ou plus exactement ont eu le prix de l’humour politique) d’autres moins, mais de toute façon ne soyons pas trop tristes pour eux, leurs conditions de chômage ou de retraite ne seront pas franchement difficiles.

Finalement, la France a été submergée par deux raz-de-marée : dans les urnes, celui de La République en Marche qui promet d’envahir l’Assemblée Nationale dès dimanche prochain ; et hors des urnes, celui de l’abstention qui relativise considérablement la macron-mania qui s’est emparée du pays en apparence. Ainsi, les 32 % des suffrages exprimés réunis par LREM et le Modem deviennent 16 % un fois ramenés à l’ensemble des inscrits. Même opération pour tous les autres partis, naturellement.

TAUX D’ABSTENTION RECORD

Plus haut niveau jamais enregistré pour une telle élection depuis le début de la Ve République, l’abstention a en effet atteint 51,30% des 47,6 millions d’électeurs inscrits.

Il est toujours difficile de faire parler les abstentionnistes, même si les partis et les candidats les moins bien placés pour le second tour ont tendance à y voir une réserve de voix qui corrobore en tout point leur analyse de la situation politique de la France. C’est d’ailleurs un thème qui occupe généralement la plus grande partie des soirées électorales, chaque politicien affirmant à la télévision qu’il a entendu les électeurs, qu’il a entendu les abstentionnistes et qu’à partir de maintenant, on va voir ce qu’on va voir.

Dans le cas présent, plus d’un électeur sur deux n’a pas jugé utile d’apporter son soutien formel à Emmanuel Macron, ni à aucun autre candidat. Soit qu’il n’en voulait aucun, soit qu’il s’en fichait complètement, ou soit qu’il ait jugé inutile de se déplacer compte-tenu du fait qu’après la présidentielle, l’affaire semblait pliée en faveur de LREM, ce qui ne le dérangeait pas plus que ça.

LA FIN D’UNE LONGUE SÉQUENCE POLITIQUE

C’est cette dernière interprétation que le Premier ministre a retenue au soir du premier tour. Dans la forte abstention de dimanche, il voit la conséquence d’un processus électoral certainement un peu long et lassant doublé de la démobilisation d’une partie de l’électorat pour lequel « l’élection du Président de la République a clos le débat ».

Je dois dire que j’ai trouvé l’allocution dEdouard Philippe très réussie. Dans un langage clair et posé, bien loin des expressions contournées d’un Hollande, il a fait les remerciements d’usage, puis les concessions d’usage à l’abstention et aux partis adverses, pour ensuite revendiquer la victoire, rappeler les politiques mises en route par le gouvernement (moralisation de la vie politique, adaptation du droit aux nouvelles exigences de notre sécurité) et confirmer qu’il avait présenté un calendrier aux partenaires sociaux pour moderniser le droit du travail. Il a conclu sur les « nouveaux visages » qui formeront la nouvelle Assemblée :

 

Malgré l’abstention, le message des Français est sans ambiguïté : pour la troisième fois consécutive, vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du Président de la République.

Dimanche prochain, l’Assemblée nationale incarnera le nouveau visage de notre République, une République forte, une République rassemblée, une République attentive aux besoins de chacun, la République française.


Tout ceci est fort bien dit. Tout ceci est très digne et donne une haute idée de l’État et du gouvernement. Reste à savoir ce que l’on doit comprendre exactement sous les termes très policés employés.

CES INCONNUS QUI DÉBOULERONT À L’ASSEMBLÉE

Aujourd’hui, je m’interroge sur les « nouveaux visages ». Je m’interroge sur tous ces députés connus (entre autres :  a Asnières sur Seine nen déplaise a ceux qui font semblant le candidat LREM est connu et même bien connu comme Strausskanien) ou inconnus qui vont débouler en nombre à l’Assemblée. À écouter certains témoignages, il y a de quoi être inquiet.

 

On comprend qu’Emmanuel Macron a réussi à faire surgir et à incarner un immense désir de renouveau, qu’il a infusé dans ses discours de campagne calibrés comme une sorte d’illusion lyrique enivrante qui lui a permis de rassembler autour de lui des personnes de tous horizons politiques, géographiques et sociaux.

 

Des personnes lassées des vieux partis qui se disputent le pouvoir depuis 40 ans sans résultats tangibles, des personnes qui ont « envie de faire quelque chose », qui ont envie que « ça bouge ». Des personnes qui pour beaucoup n’ont jamais fait de politique et qui maintenant, grâce à lui ont envie de « faire de la politique autrement ».

Ce désir de renouveau, ce désir de printemps éternel, s’il ne représente que 32 % des votants et 16 % des inscrits, c’est bien dans toute la France qu’on le retrouve, dans la France des villes et la France des champs, à l’est comme à l’ouest, dans les bastions de gauche comme dans les bastions de droite.

QUI SERONT LES NOUVEAUX ?

Pas très élevé en nombre de voix – LREM et le modem auraient obtenu le score le plus faible à un premier tour de législatives pour un parti présidentiel depuis 1981 – mais premier partout ou presque, d’où le raz-de-marée à l’Assemblée.

Écoutons par exemple Marie Sara, ex-torera et candidate LREM en ballottage favorable face à Gilbert Collard (FN) dans la 2eme du Gard. Sollicitée directement par Emmanuel Macron pour se présenter, elle a accepté avec joie car elle brûle de pouvoir défendre cette terre, la Camargue, qui lui a tant donné.

Interrogée sur la notion de « politique autrement », elle répond qu’elle veut se mettre au service des gens de sa région parce qu’elle les aime, et pour ce qui est de la mesure emblématique d’Emmanuel Macron, elle souligne l’immense espoir qui s’est levé avec lui et les dossiers d’agriculture rurale et de biodiversité de la Camargue.

Elle n’est ni à gauche ni à droite, elle est En Marche ! pour la Camargue et semble ignorer totalement que si un député est désigné localement, sa mission consiste à représenter la France entière et à voter les lois pour toute la nation.

 

Écoutons maintenant Fabienne Colboc, candidate également en ballottage favorable, dans la 4eme Indre et Loire. Entendons-nous bien : il est évidemment très intimidant de passer à la télévision pour la première fois, surtout quand on est complètement novice en politique.

Mais on s’attend tout de même à ce que les candidats aient un petit peu réfléchi à leurs thèmes de campagne, on s’attend à ce qu’ils aient préparé leurs interventions. Ce ne fut manifestement pas le cas de Fabienne Colboc qui bafouille beaucoup, comme pour chercher au fond de sa mémoire les éléments de langage du programme Macron.Bouquet final à propos de l’objectif de faire baisser la part du nucléaire dans l’électricité à 50 % à l’horizon 2025 comme le prévoit la loi de transition énergétique de Ségolène Royal, reprise par Macron et Hulot:

Fabienne Colboc : Je pense que le plan peut être tenu à partir du moment où il y a de l’investissement qui peut être donné pour que cette nouvelle énergie (les renouvelables) soit mise en place.
 

Question : Mais il vient d’où, l’argent ?
Fabienne Colboc : Ben, c’est de l’investissement …

 

Je sais aussi que parmi les plus de 400 candidats LREM qui vont entrer à l’Assemblée, beaucoup sont très expérimentés, ou disposent d’expériences préalables, qui les préparent peut-être mieux à tenir rapidement leur rôle de député. Je pense au mathématicien Cédric Villani, dont le soutien antérieur à Anne Hidalgo laisse cependant perplexe, ou à l’ancien patron du raid par exemple mais et peut être surtout à tous ces élus ayant ou ayant eu des mandats sans compter les conseillers et assistants parlementaires.

UNE MAJORITÉ NOVICE ET HÉTÉROCLITE

On voit cependant à travers ces exemples, qui ne sont pas isolés, que la majorité qui s’annonce sera très novice et très hétéroclite. Macron lui-même s’inquiétait récemment du raz-de-marée qui pourrait rendre sa majorité difficile à tenir.

Ces gens ne se connaissaient pas il y a quelques mois ; ils n’ont en commun que leur bonne volonté, leur espoir de renouveau et leur chef ; ils mettent un point d’honneur à n’être ni de gauche ni de droite, ou alors soit de gauche soit de droite ; de son côté, Emmanuel Macron n’a dévoilé son programme que tardivement et au compte-gouttes.

À partir de là, deux solutions : soit des divergences ne manqueront pas d’apparaître à mesure que les textes seront connus dans tous leurs détails – et ce sera la pagaille ; soit au contraire, compte-tenu de leur inexpérience, Macron arrivera à tenir ses députés et disposera pour cinq ans d’une majorité docile et d’un pouvoir colossal.

Dans cette dernière configuration, il n’y a plus qu’à espérer qu’il saura en faire un bon et bel usage dans le sens de plus de liberté et plus de prospérité pour toute la France, loin des piétinements timides qui caractérisent généralement les socio-démocrates tels que lui.

Repost 0
12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 12:51

 

Le 26 novembre 2014, Dominique Reynié, Camille Bedin, François Garçon et Julien Gonzalez débattaient avec Jean-Michel Blanquer sur son nouveau livre : L’école de la vie.

 

Dominique Reynié commence par rappeler l’impossibilité de séparer le parcours de Jean-Michel Blanquer de l’école. Professeur de droit public, ancien recteur de l’académie de Guyane et de l’académie de Créteil, il est actuellement directeur général du groupe ESSEC.

Ainsi son ouvrage a-t-il à la fois un aspect documenté et un caractère éminemment personnel. Cela permettant un éclairage sur des expériences très diverses dans le domaine de l’éducation.

CONTRE LE FATALISME ET LE PESSIMISME

Allant contre le sentiment de fatalité et le pessimisme qui entoure l’école, l’auteur, notamment à travers la polysémie du titre de son ouvrage, met en valeur la vitalité qui doit émaner du lieu d’apprentissage. En effet, même si le système est complexe, il est possible de faire preuve d’optimisme.

Élément essentiel car seule l’éducation conduit à la liberté. Comme le rappelle Kant : l’homme ne peut pas être homme s’il n’est pas entouré. L’enseignement constitue donc un thème central, et bien que tous s’accordent pour le dire, ni les médias, ni les responsables politiques ne parviennent à en discuter de manière apaisée et sans faire preuve de clanisme.

ÉLEVER LE DÉBAT PUBLIC SUR L’ÉCOLE

Jean-Michel Blanquer voit là la conséquence de nombreux travers du débat politique actuel. Effectivement, l’exigence de simplicité, voire de simplisme, et d’immédiateté est incompatible avec toute politique raisonnée de l’éducation.

Aussi face à la superficialité des querelles et des clivages désuets entre « traditionalistes » et « progressistes », la mise en oeuvre d’expériences et d’initiatives dans le domaine de l’éducation permet-elle de lutter contre l’immobilisme.

Mais alors, comment identifier précisément les défauts de notre système éducatif ? En regardant ailleurs, répondrait à cette question François Garçon, ravi de l’obsession de « comparatisme » qui anime l’auteur de L’École de la vie. Il est vrai que, éclairé par son expérience de terrain, Jean-Michel Blanquer n’hésite pas à critiquer et proposer.

LE PROBLÈME DU SYNDICALISME

Ainsi évoque-t-il les différents archaïsmes des syndicats enseignants, organisations éclatées, superficielles, souvent politisées et surtout dépourvues plus que jamais d’idéaux. C’est bien ce corset de règles anachroniques et de contraintes qui handicape l’Éducation française.

L’école a besoin de plus de liberté dans l’initiative et dans la prise de responsabilité. En soulevant cette chape de plomb, en donnant plus dautonomie aux établissements, en modifiant les modalités d’évolution de carrière des enseignants, nous parviendrons à redonner de la vie à notre système éducatif.

Camille Bedin soulève alors un paradoxe : pourquoi l’enthousiasme et le dynamisme qui existent parfois au niveau local ne se traduisent-ils pas en des débats plus riches et des résultats sur le plan national ? La situation de l’éducation en France est très hétérogène souligne Jean-Michel Blanquer.

L’HÉTÉROGÉNÉITÉ FRANÇAISE EN MATIÈRE D’ÉDUCATION

Ainsi existent-ils des contrastes entre régions rurales qui se portent bien, comme la Bretagne, et d’autres en plus grande difficulté telles que la Normandie. De manière similaire, les banlieues ne peuvent pas être perçues comme un tout uniforme, la Seine-Saint-Denis possède par un exemple un taux d’accès à l’enseignement supérieur plus élevé que la moyenne nationale.

Il n’existe donc pas de solution simple à cette problématique. Cependant, l’auteur distingue des leviers qui permettraient d’améliorer le système. Tout d’abord, il est nécessaire de consolider l’école primaire dont les résultats ont été positifs lors de la dernière décennie.

Mais surtout, il est indispensable de mettre en oeuvre une véritable révolution du collège en accentuant la personnalisation des parcours scolaires, en créant des groupes de compétences, en développant les liens entre les disciplines, en valorisant les multiples formes d’excellence qui permettent de compenser les faiblesses en misant sur les qualités de chacun.

FAIRE REVENIR LA VIE À L’ÉCOLE

Aussi pourquoi ne pas faire revivre les rituels qui ponctuaient l’école de la République ? Effectivement, les césures dans l’enseignement français sont multiples et brutales : passage de la maternelle à l’élémentaire, de l’élémentaire au collège, du collège au lycée, du lycée à l’enseignement supérieur. S’il est vrai qu’il est nécessaire de les atténuer, pourquoi ne pas les assumer ? Voilà également une manière de faire revenir la vie à l’école.

Puis, François Garçon s’interroge sur les entraves conséquentes à la structure compartimentée de l’enseignement français. Comment constituer une équipe cohérente lorsque agrégés méprisent capétiens et lorsque capétiens snobent contractuels ? Et surtout, comment libérer les chefs d’établissements de ces nombreuses entraves ?

LA CARRIÈRE DES ENSEIGNANTS

Tout d’abord, Jean-Michel Blanquer propose de donner une dimension plus progressive aux carrières des enseignants, dont le rythme est aujourd’hui marqué par les effets brutaux et parfois incohérents des concours.

Pour cela, il suggère de donner plus de légitimité et de marge de manœuvre aux chefs d’établissements, dont les compétences avérées permettront de constituer des équipes harmonieuses. Avancerions-nous ainsi vers une caporalisation des établissements ?

Certainement pas si plus de responsabilités sont confiées aux professeurs, et en ce sens, l’expérience de la création du poste de préfet des études5 dans certains établissements donne des résultats encourageants.

Par ailleurs, l’Europe a elle aussi sa place dans ce nouveau débat, non seulement en tant qu’objet d’étude mais aussi comme élément fondamental de la vie extra-scolaire des élèves. En effet, souligne Jean-Michel Blanquer, l’école de la vie ne peut pas être sur la défensive, elle doit agir, irradier, bénéficier de son environnement et créer des interactions fécondes avec les entreprises et les familles.

UN MONDE QUI CHANGE

Elle ne peut pas être une bulle isolée au milieu de la société. Car comme le précise Julien Gonzalez, il existe de nombreuses incohérences dans l’Éducation. Ainsi, alors que le Master tend à devenir la norme, il n’y a plus assez de postes de cadre disponibles, tandis que certains emplois exigeant une moindre qualification demeurent non pourvus.

C’est pourquoi dans ce monde qui change, dans lequel il est impossible de ne plus être diplômé sans s’exposer à des difficultés professionnelles, l’école doit permettre à tous d’avoir une qualification d’actualité, un outil réel pour l’avenir.

Pour ce, seuls un continuum, la multiplication des passerelles entre les formations, un décloisonnement de l’enseignement dans l’espace et le temps permettront de former une jeunesse adaptée aux défis de son siècle.

L’école doit donc tenir le coup conclut Dominique Reynié, car comme l’écrit Jean-Michel Blanquer : « Le contraire de l’éducation, c’est la démagogie ».

Repost 0
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:14

 

Le score État-moralisateur de l’Institut Économique Molinari montre l’inefficacité des politiques prohibitives pour améliorer les conditions sanitaires.

 

 

L’Institut Molirani  vient de publier la deuxième édition de son indicateur des Etats moralisateurs dans l’Union Européenne.

Cet indicateur se concentre sur les interdits en lien avec l’alimentation, l’alcool et le tabac au sens large. En somme, on mesure ici dans quelle mesure l’État vous « veut du bien » par une inflation réglementaire en faveur de la dissuasion de la consommation des produits légaux et de l’imposition d’un surcoût aux consommateurs.

DES ÉTATS DE PLUS EN PLUS MORALISATEURS

De tous les pays de l’Union européenne, seuls 6 pays ont enregistré des scores plus faibles que l’an passé, traduisant un assouplissement des interdits et/ou de la fiscalité. Il s’agit de la Belgique, du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de Malte et de la Suède.

La Directive Européenne sur les Produits du Tabac aura été et sera, au fil de son application, particulièrement néfaste. Les cigarettes électroniques sont aussi en ligne de mire, malgré leurs bénéfices sanitaires évidents , preuve que le souci de la santé du citoyen n’est pas forcément au premier plan dans les démarches étatiques.

L’alcool n’est pas en reste : d’une manière générale, la situation reste stable mais certains pays tendent à pousser en direction d’un plus grand contrôle de la consommation, notamment par l’introduction de biais tarifaires.

QUELLE EFFICACITÉ ?

Puisque l’État vous veut du bien, il devrait s’intéresser à l’efficacité des politiques qu’il met en place et ce d’autant plus qu’il est connu que prohibitions et réglementations excessives nuisent aux plus pauvres et justifient donc l’existence d’un marché noir . On constate pourtant que le score État-moralisateur global ne présente aucune corrélation avec l’espérance de vie. Espérance de vie en fonction du score État-moralisateur global.

Plus précisément, il n’y a pas non plus de corrélation de ce score avec le taux de prévalence du tabagisme, ni avec la consommation d’alcool par personne, qu’elle soit modérée ou volontairement excessive

ON NOUS VEUT DU BIEN ?

Au risque de tomber dans le travers souvent reproché aux libéraux qui consisterait à placer l’économie en tête des priorités, on constate pourtant qu’il existe une corrélation bien plus marquée entre espérance de vie et PNB.

 

Espérance de vie en fonction du PNB.

Alors non, on ne vous veut pas du bien. Non, rien ne justifie les politiques de fiscalité et de réglementation comportementales. Non, on ne peut pas aller contre la liberté des individus de mener leur existence comme bon leur semble.

Bien sûr, il est connu que la consommation de tabac, d’alcool ou de sucreries est mauvaise pour la santé mais les faits sont têtus : les politiques prohibitives et collectives menées n’ont qu’un effet marginal sur le comportement des individus.

Si l’État vous voulait vraiment du bien, il penserait à vos libertés. À vos libertés économiques d’abord, parce qu’elles sont le seul moyen d’enrichir ses habitants et parce que cet enrichissement est partout et en toutes époques directement corrélé à l’amélioration des conditions sanitaires.

Ces conditions sanitaires améliorées, quelle nécessité pourrait-il y avoir d’attenter à vos libertés individuelles ? Dans un monde libéré, les individus savent arbitrer par eux-mêmes entre plaisirs et dangers.

Ils ne sont pas emprisonnés dans la gangue ouateuse de l’État nounou, car enfin, qui est mieux placé qu’un individu éclairé par un débat contradictoire et des arguments objectifs pour arbitrer entre ce qui lui nuit et ce qui lui bénéficie ?

Repost 0
9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 10:42

On m’a poussé cet article que j’ai trouvé fort intéressant… une question se posant : Emmanuel Macron est-il Libéral !!!  

 

Qui est vraiment Emmanuel Macron ? Peut-il se révéler une bonne surprise libérale une fois à l’Elysée ? Nous avons interrogé 3 experts pour recueillir leurs avis croisés. Interview croisée de Jacques Garello (économiste et ancien président de l’Aleps), Gaspard Koenig (philosophe et président de Génération Libre), et Jérôme Perrier (historien et chercheur).

QUELLE EST LA PLACE D’EMMANUEL MACRON DANS LA TRADITION POLITIQUE ET INTELLECTUELLE LIBÉRALE ? EN RUPTURE OU DANS UNE CERTAINE CONTINUITÉ ?

Jérôme Perrier : À mon sens, Emmanuel Macron s’inscrit dans une double filiation libérale. D’abord, celle d’un libéralisme de gauche, qui compte dans notre pays de très grandes figures, injustement oubliées ou négligées, comme celles de Benjamin Constant ou d’Alain par exemple. Ensuite, celle d’un libéralisme qui s’accommode d’un État relativement fort, et que Lucien Jaume dans ses travaux a qualifiée de « libéralisme par l’État » ou de « libéralisme étatique », par opposition à un « libéralisme de l’individu » beaucoup plus méfiant à l’égard de la puissance publique.

Gaspard Koenig : Hayek distinguait un libéralisme français, épris de droits et de rationalité administrative, et le libéralisme anglais, plus respectueux des institutions et de leur évolution spontanée. Foucault trace à peu près la même distinction dans ses Leçons de Biopolitique. La meilleure illustration de ce libéralisme français fut la révolution de 1789, fondée sur la formule de l’abbé Sieyès : pas d’intermédiaires entre l’État et l’individu. Cela a donné l’égalité des droits, l’abolition des corporations et la volonté de rendre plus transparent le fonctionnement de l’État. C’est exactement dans cette tradition que s’inscrit Emmanuel Macron. Il souhaite instaurer dans nos systèmes économiques et sociaux une formule égalitaire permettant à chacun de faire ses choix et d’en assumer les conséquences : c’est tout l’esprit de la réforme de l’assurance-chômage, de la retraite à points, ou bien sûr de l’ouverture des marchés et de la lutte contre les rentes. S’il va jusqu’au bout de ce projet, cela témoignera d’une vraie rupture avec l’héritage techno-corporatiste hérité de Vichy. La critique de Hayek contre le libéralisme français reste pertinente, mais ce serait déjà une sacrée avancée pour la liberté…

Pour Jacques Garello, bien plus critique : Emmanuel Macron ne peut se réclamer dulibéralisme, même s’il se présente comme « social libéral » : un oxymore puisque le vrai clivage politique et économique est entre socialisme et libéralisme. Il trompe son monde en jouant sur la vacuité du clivage droite-gauche, puisqu’en effet ladite droite française n’a cessé d’accélérer la marche au socialisme

Quand on entend Macron et les autres se réclamer sans cesse du gaullisme, il y a de quoi inquiéter un libéral. On n’est pas libéral parce qu’on a le soutien du patronat institué, trop heureux de prolonger l’ère du capitalisme de connivence en France, et ivre de dialogue social. On n’est pas libéral parce qu’on reçoit le soutien d’arrivistes ou d’égarés qui se disent libéraux. .

QUEL EST LE POINT DU PROGRAMME LE PLUS INTÉRESSANT DANS LE PROGRAMME D’EMMANUEL MACRON ?

Jacques Garello : Le plus intéressant est son désir de revoir totalement la mission et les règles de l’Union Européenne. En effet la dérive dirigiste, bureaucratique, est intolérable et ne favorise en rien le libre échange et la libre entreprise. Mais avec qui Macron fera-t-il cette révision ? Avec Angela Merkel « l’ultralibérale », ou avec Martin Schultz qui a réalisé le virage à gauche du SPD ? Sigmar Gabriel a « fait un rêve : une Europe avec Macron et Schultz à sa tête ». En fait un cauchemar.

Jérôme Perrier : Il y a beaucoup de choses intéressantes dans le programme d’Emmanuel Macron, comme la valorisation de la réussite individuelle, de entrepreneuriat, de la prise de risque, de la concurrence, etc., etc. Mais le plus important à mes yeux est peut-être l’affirmation récurrente que les réformes ne peuvent se faire de manière centralisée et par le haut (notamment par la loi), mais qu’au contraire, il faut que les décisions se prennent au plus près du terrain et des acteurs concernés. C’est ce qui le conduit par exemple à promouvoir une plus grande autonomie des établissements scolaires et à encourager l’expérimentation pédagogique, ou, dans un autre domaine, ce qui l’amène à vouloir réformer notre droit du travail en substituant le dialogue social au niveau de la branche et de l’entreprise plutôt qu’au niveau national, et plus encore à la place de la loi. C’est là, à mon avis, que réside le germe libéral le plus prometteur de son programme.

Gaspard Koenig : Le plus intéressant est la réforme de l’assurance-chômage. C’est une ambition structurelle : Emmanuel Macron propose d’en confier la gestion à l’État, de basculer les cotisations salariales sur la CSG, et d’en ouvrir le bénéfice à toutes les sorties d’emploi (y compris donc pour les salariés qui démissionnent ou les indépendants qui veulent se mettre au vert).

Le constat est juste : alors que le travail indépendant prend peu à peu son envol, les systèmes assurantiels de l’État-providence industriel deviennent obsolètes. L’intention est excellente : créer une forme de protection individuelle portable qui permette de sortir de l’emploi et d’y revenir aussi souvent que nécessaire, de manière souple et apaisée. Mais la solution la plus élégante à cette question éminemment contemporaine serait la mise en place d’un revenu universel. L’« assurance-chômage universelle » est une sorte de revenu universel pour personnes hors de l’emploi, financé lui aussi par une flat tax sur le revenu (sous forme de CSG). À la différence cependant du revenu universel, cette assurance-chômage universelle conserve des montants d’indemnisation différenciés, alors même que l’impôt sur lequel elle est assise est proportionnel. Il devient donc nécessaire, fort logiquement, de renforcer les contrôles sur les bénéficiaires, pour éviter que demain nous nous mettions tous au chômage avec un vague projet de start-up. C’est là qu’est le risque : là où le revenu universel permettrait au travailleur du 21esiècle de s’affranchir de la bureaucratie et du contrôle d’État, l’assurance-chômage universelle risque bien de l’y replonger, sans échappatoire possible.

QUEL EST LE POINT LE MOINS INTÉRESSANT DANS SON PROGRAMME ?

Gaspard Koenig : J’hésite entre la « suppression » de la taxe d’habitation, qui va recentraliser la fiscalité locale et la basculer vers le contribuable national, et la création du Pass’ Culture, qui va créer toute une bureaucratie chargée de vérifier quelles sont les activités culturelles éligibles, avec toutes les dérives que l’on peut imaginer… On aurait pu se passer de ce genre de mesures clientélistes qui vont consommer du capital politique, créer toutes sortes de débats inutiles, et aboutir à des dispositifs boiteux que l’on mettra des années à supprimer.

Jacques Garello : On a l’embarras du choix pour relever ce qu’il y a de moins intéressant dans le programme qu’il a présenté durant sa campagne : le remboursement des prothèses, les classes à 12, la suppression de la taxe d’habitation, le service militaire d’un mois, les amendes payées sur-le-champ par les petits délinquants, l’aide versée aux retraités en contrepartie de la CSG, les stages des étudiants en médecine… Au demeurant tous les points du programme, même ceux qui ont l’air sérieux (comme la durée du travail), sont dans un flou artistique qu’il appartiendra au futur gouvernement de gérer (mais quel est ce gouvernement ?).

Jérôme Perrier : Je suis quelque peu sceptique sur la confiance qu’il place dans l’État interventionniste, stratège, régulateur et gardien du long terme, et notamment dans son grand Plan d’investissement de 50 milliards d’euros. Entendons-nous, je ne suis pas anarcho-capitaliste et je crois que l’État a un rôle de régulateur à jouer, mais quand on parle de projets massifs d’investissements qui se comptent en dizaines de milliards, cela me fait toujours un peu peur, car cela me rappelle le temps du Plan Calcul. N’oublions pas qu’Emmanuel Macron est un inspecteur des Finances, et que (comme l’ont très bien montré les travaux de l’historienne Nathalie Carré de Malberg) cette institution a souvent engendré un libéralisme très modéré, trés statophile.

Reste que le programme et le livre d’Emmanuel Macron (Révolution) témoignent d’un authentique libéralisme, rare dans notre classe politique depuis qu’Alain Madelin a quitté la politique active. C’est la raison pour laquelle j’ai soutenu sa candidature (avec son engagement européen, que je partage entièrement).

 

Repost 0
Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres alternative Enjeu @PartiRadical
commenter cet article