Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Jean-Loup
  • Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
  • Contact

Recherche

16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 15:53

Manuel Valls utilise le 49.3 pour faire passer la loi Macron : politiquement audacieux, économiquement lamentable.

Pour la seconde fois du quinquennat, le gouvernement va utiliser l’article 49-3 pour clore le débat sur la loi Macron. Rappelons rapidement que le célèbre alinéa de l’article 49 de la constitution inverse les rapports de force entre l’exécutif et l’Assemblée : en effet, il permet au gouvernement d’imposer un texte immédiatement et sans discussion sauf à remettre en cause son autorité par une motion de censure.

Bien évidemment, si le gouvernement démissionne, l’Assemblée nationale (enfin, la majorité présidentielle surtout) trinque aussi : la cinquième république, et encore plus avec la réforme du quinquennat, fait des députés majoritaires les éternels suiveurs de l’exécutif, à qui ils doivent postes, réputation et émoluments. Les députés socialistes et plus largement de gauche « frondeurs », dans la majorité mais pas trop quand il s’agit d’assumer les réformettes de la loi Macron, étaient dans une position douloureuse. Qu’ils soutiennent un gouvernement impopulaire ou votent avec la droite, ils risquaient dans les deux cas de perdre leurs sièges aux prochaines élections, et cela au plus grand bénéfice de la gauche de la gauche. Du point de vue de Manuel Valls, il fallait à la fois éviter de voir s’effriter la majorité, de se faire encore plus d’ennemis au sein du parti et surtout de montrer des signes de faiblesse politique sur des réformes attendues avec impatience par Bruxelles.

Maintien de la mascarade socialiste en état

Le choix du 49.3 était donc un choix politique stratégique certes abrupt mais intelligent : il permet de maintenir la mascarade politicienne socialiste en l’état pour quelques temps encore, quitte à passer pour autoritaire, ce qui n’est pas pour déplaire à un certain public lassé de l’image de mollesse du gouvernement.

La situation n’est pas sans rappeler Rashomon (1950), le célèbre film de Kurosawa, dans lequel plusieurs personnes voient la même scène tout en l’interprétant de diverses manières. En jouant sur le 49.3, Valls fait montre de son inflexible réformisme devant Bruxelles, la gauche du PS peut apparaître la tête haute devant son électorat, puisqu’elle n’aura pas à justifier sa « trahison » face au pseudo-libéralisme de la loi Macron, et le gouvernement sauve sa peau jusqu’à la prochaine catastrophe majeure en poussant une réforme mi-chèvre mi-chou. En d’autres termes, contrairement à ce qui a pu s’écrire ici ou là, Valls a fait en quelque sorte une fleur à l’aile gauche du PS en la lestant de toute responsabilité dans cette histoire, lui permettant de mimer une opposition interne au parti présidentiel tout en offrant à l’Allemagne l’image d’un social-libéralisme de carton-pâte.

Seulement, si l’équilibre au sein de la majorité semble sauf, le grand perdant reste tout de même l’État et ceux qui devront supporter sa faillite, c’est-à-dire les citoyens ordinaires : le brouillard médiatique savamment entretenu par les affidés du gouvernement autour du pseudo-libéralisme de la loi Macron permet sans doute d’enfumer nos partenaires européens, mais ne doit pas tromper sur son profond conservatisme : cajoler les clientèles électorales et lancer quelques idées en l’air ne suffiront pas, hélas, pour éviter la faillite du modèle social français.

F MAS

Repost 0