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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 15:28

L’ensemble du paysage politique français semble s’accorder sur une chose : la lutte contre le terrorisme passe par la « déradicalisation » des islamistes. Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

« Déradicalisation ». Ce mot est dans toutes les bouches désormais. Chaque politique y va de son couplet, comme s’il s’agissait de la panacée pour résoudre le terrorisme. À la vue des brillants succès obtenus par ceux qui nous gouvernent, nous sommes en droit de nous inquiéter des résultats de ce volontarisme politique. Les politiciens français sont constants dans leur incapacité à échouer dans tout ce qu’ils entreprennent. La dé-radicalisation n’échappera pas à la règle.

Les moulins donquichottesque de nos politiques : la « déradicalisation »

La « dé-radicalisation » semble très bien, sur le papier. Il suffirait de prendre les personnes infectées par lIslam radical, de leur donner quelques cours sur la République et ses valeurs, ainsi que sur le vivre ensemble, et pouf elles deviendraient des bons citoyens prêts à voter pour le Camp du Bien. Il n’est pas besoin d’être devin pour se rendre compte que cela est trop beau pour être vrai.

Tout d’abord, comment identifier les personnes concernées ? Comment déterminer qui est radicalisé ? Qui ne l’est pas ? Que faire de ceux qui le sont un peu mais pas beaucoup ? Où fixer la limite ? L’idée avancée a été de faire des tests aux élèves.

Vu les règles de non-discrimination existant dans notre pays il faudra l’appliquer à l’ensemble des élèves sous peine de se voir accuser de racisme. Cela va amener à un grand nombre de tests inutiles par exemple en les déployant dans l’enseignement catholique alors que tous les terroristes récents sortent de l’école de Ferry… Vu la manière dont se passent les examens du Brevet et du Bac on peut s’attendre à des taux de réussite flamboyants !

Ensuite comment « déradicaliser » ? Par quelle méthode ? La vue d’un film d’auteur français célébrant le vivre ensemble bisounours actuel, c’est-à-dire un truc long, bien-pensant et ennuyeux ? Cela a plus de chance de renforcer leur haine de la France plus qu’autre chose.

Combien de temps peut prendre le processus ? Faut-il compter en semaines, mois, années ? Qui sera en charge de la chose ? De nouveaux professeurs recrutés pour l’occasion ? Eu égard au fonctionnement du système français cela sera un échec monumental.

Bref, l’on se rend bien compte que cela relève de l’effet d’annonce davantage que d’une politique réaliste et efficace.

Cela étant dit, compte tenu de la crise que nous traversons et des risques d’embrasement, la non affaire de Sisco en est un exemple frappant, il est évident qu’un problème doit être résolu. Différentes pistes peuvent être étudiées, que ce soit en aval ou en amont du problème.

En aval : Justice et Sécurité

Il faut tout d’abord rappeler cette évidence : il n’est pas possible de condamner une personne qui n’a pas commis d’acte répréhensible. Une personne qui n’a commis aucun crime ne devrait pas être soumise à une mesure coercitive.

Le premier souci avec la dé-radicalisation est la sanction de personnes n’ayant pas commis de crime. Ce principe essentiel du droit pénal doit être rappelé avec force à l’heure où se multiplient les appels à enfermer les personnes suspectées d’être dangereuses alors qu’elles n’ont violé aucune loi.

Il serait une chose très efficace à faire avec la loi pénale : supprimer toute référence au terrorisme. Cela a été appliqué contre les crimes anarchistes de la fin du XIXe, début du XXe siècle. Au lieu de les considérer comme des crimes spécifiques, il faut les traiter comme des crimes de droit commun : des meurtres, des vols, des agressions, etc.

Il s’agit de les priver de la reconnaissance de leur acte et les considérer pour ce qu’ils sont : de vulgaires criminels. Cela pourrait participer à apaiser les tensions : des peines sévères, systématiquement appliquées, pour des crimes dont on refuse de reconnaître la symbolique.

L’expulsion des personnes condamnées, une fois leur peine accomplie, pourrait être aussi envisagée. Si des personnes ont montré leur aversion pour notre pays, pourquoi continuer à les admettre sur notre territoire ? Il n’est même pas nécessaire de les priver de leur nationalité, simplement les exiler, ad vitam aeternam si nécessaire.

Enfin il faudrait considérer que les Français sont les premiers acteurs de leur sécurité. Nos forces de police ne sont pas assez nombreuses et surtout pas formées pour faire face à ces nouveaux dangers. Elles sont utilisées pour « collecter » les PV, que peu ou prou pour protéger la population.

En amont : mettre fin à la haine de soi pour intégrer l’autre

Avant de s’emballer sur la dé-radicalisation, il faut se demander comment en est-on arrivé là. Quand la baignoire fuit il convient d’abord de fermer le robinet avant de colmater la brèche. Pourquoi tant de personnes élevées, et même nées, en France développent une telle haine pour leur pays ? Comment ces propres enfants en arrivent à se retourner contre elle aussi violemment ?

Une part importante du problème provient de la haine de soi que nous cultivons si ardemment depuis les années 1970, à la suite de mai 1968. Selon l’idéologie qui s’est installée à ce moment-là, notre histoire est devenue quelque chose de repoussant (les fameuses heures sombres), qu’il fallait rejeter afin de créer un monde nouveau.

Il faudrait désormais renoncer à notre histoire et notre culture coupable de tous les crimes de l’Histoire : esclavage, colonisation, Shoah ! En supprimant culture et histoire nationales il sera bien plus facile d’accueillir l’autre, l’étranger, la victime de nos exactions. Ces derniers pourraient dès lors vivre dans le respect de leur culture malgré le fait qu’ils soient minoritaires.

Rien n’est plus faux. Comment peut-on être capable d’intégrer sans d’abord apprendre quoi intégrer ? Comment intégrer quelqu’un d’une culture différente de la nôtre si nous ne sommes pas capables d’incarner et vivre paisiblement notre propre culture ? De plus, comment intégrer quelqu’un à une culture et une histoire sans cesse dévalorisées ? Rappelons-nous la non célébration d’Austerlitz…

Si nous voulons que cessent les manifestations de haine de notre culture, de notre civilisation que traduisent les attentats, il faudrait être capables de montrer à quel point ces dernières sont profitables à ceux qui viennent s’installer sur notre sol. Il faut être capable de montrer que nous avons à offrir bien plus et bien mieux que le nihilisme islamiste.

Arrêter de s’autoflageller est le premier acte de dé-radicalisation à entreprendre.

Sommes-nous capables d’intégrer de larges populations dont l’histoire, la culture et la religion sont radicalement différentes de la nôtre ? J’espère que cela est possible. Les choses doivent cependant être claires, nous sommes les hôtes, nous avons à accueillir celui qui se présente à notre porte avec le respect et la dignité qu’imposent les antiques lois de l’hospitalité. Selon ces mêmes lois, l’invité doit respecter les lois et coutumes de son hôte. C’est cette réciprocité qui permet les relations pacifiques entre autochtones et migrants.

Pour ceux qui commettent des crimes la sanction doit être certaine, ferme et immédiate. Ceux qui n’ont commis aucun crime doivent être laissés en paix, vivre comme bon leur semble, conformément à nos lois.

Et, au final, si certains trouvent que notre mode de vie ne leur convient pas, heurte trop leurs croyances, alors ils restent libres de partir s’installer dans un lieu plus conforme à leurs aspirations.

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 14:13

Selon Anne Hidalgo, la piétonnisation des voies sur berge à Paris aurait eu pour effet de supprimer les embouteillages et d’améliorer la qualité de l’air. Qu’en est-il vraiment ?

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 16:47

Si le burkini n’est pas un délit, il est certain que c’est un joli piège, peut-être doublé d’un contresens sur sa signification, certainement triplé d’arrière-pensées et assurément quadruplé du résultat inverse de l’effet recherché : Daesh est ravi.

Dans Le Tartuffe (1664) de Molière, la Scène 1 de l’Acte I est particulièrement apte à rendre compte des petites crises que nous avons vécues cet été.

Le fameux sein

Au passage, elle n’oublie pas de dire son fait à sa bru Elmire, lui reprochant entre autres choses de se vêtir d’une façon qui ferait volontiers douter de sa fidélité conjugale :


« Vous êtes dépensière, et cet état me blesse,
Que vous alliez vêtue ainsi qu’une princesse.
Quiconque à son mari veut plaire seulement,
Ma bru, n’a pas besoin de tant d’ajustement. »

Nous y voilà. Sans même parler du fameux sein que M. Tartuffe priait Elmire de cacher entièrement tant la vue de quelques cm2 bien innocents dudit sein risquait de l’éloigner de sa constante adoration de Dieu, la tenue vestimentaire des femmes pose depuis toujours un petit problème social dans les sociétés que je qualifierais de « victoriennes. »

Pour les bigots névrosés, une femme « convenable » aura à cœur de s’enlaidir au maximum si son intention est bien de plaire à son mari « seulement ». Au besoin, elle se vêtira d’un sac informe de la tête aux pieds. Toute attitude contraire serait la preuve d’un esprit aguicheur intolérable. Et toute attitude concupiscente des hommes sera bien sûr entièrement de la faute de la femme qui a un grand tort, celui d’exister tout en étant indispensable à la reproduction de l’espèce.

Pas une affaire de mode

Le petit problème social n’est donc pas seulement une affaire de chiffon ou de mode. C’est une question beaucoup plus complexe, celle du rapport entre les hommes et les femmes. Comme je n’ai jamais entendu dire que les hommes fussent soumis à des normes vestimentaires spécifiques afin de stopper le regard des femmes sur leurs charmes, j’en conclus que le rapport s’établit systématiquement et uniquement en défaveur des femmes. Elles seules doivent obéir à des règles strictes visant à garantir « mécaniquement » ou « formellement » leur fidélité et assurer la tranquillité d’esprit de leur conjoint.

La raison en est sans doute que si les femmes ont toute certitude sur le fait qu’elles sont bien la mère de leur enfant, il n’en va pas de même pour les hommes. Sont-ils bien le père de leur enfant ? Il y a deux façons de s’en assurer : établir des rapports de confiance entre homme et femme, des rapports de respect réciproque entre deux personnes considérées à égalité, c’est la méthode qui s’est imposée en Occident au fil du temps ; ou alors exercer un contrôle constant sur les femmes depuis leur plus jeune âge dans tout ce qui concerne leur exposition à l’univers masculin, c’est la méthode que le fondamentalisme islamiste a remise au goût du jour depuis que l’Imam Khomeini a instauré la République islamique d’Iran en 1979.

L’Islam n’a pas toujours jugé cette coercition nécessaire. Dans les années 1950 et 1960, les femmes musulmanes s’habillaient à l’occidentale et suivaient des études sans encourir la malédiction des autorités religieuses. J’ai déjà abordé cette question dans un article écrit à l’occasion des agressions à caractère sexuel qui se sont déroulées à Cologne lors du dernier Nouvel An. En l’occurrence, le sujet était simple. À partir du moment où il y avait crime ou délit avéré, la ligne d’action s’imposait d’elle-même : enquête, arrestation, jugement, sanction.

Le burkini polémique

Mais aujourd’hui, le sujet est beaucoup plus compliqué. Je parle, on l’aura compris, du burkini, lequel a pris rang de polémique n° 1 de l’été sans trouver d’issue satisfaisante car il se trouve que le port du burkini n’est ni un crime ni un délit. Seul le voile intégral, celui qui couvre entièrement le visage, est interdit en France. Le simple voile est par ailleurs exclu des établissements scolaires, qui acceptent par contre des signes discrets de religion tels que petites croix, étoiles de David ou main de Fatma.

Le burkini n’est pas non plus un précepte religieux direct de l’Islam. Il a été créé en 2004 par Aheda Zanetti, une Australienne d’origine libanaise qui trouvait que sa nièce était empêtrée par son voile et son survêtement pour jouer au volley sur la plage. Le nom même de burkini a été forgé par la créatrice qui a joué sur le mot burka (qui, pour elle, est un vêtement qui découvre le visage) et le mot kini qui fait référence aux loisirs de plage et de baignade. Selon cette genèse, le burkiniconstituerait donc plus une adaptation de l’Islam à un mode de vie occidental qu’un retour au fondamentalisme.

Après les attentats islamistes qui ont fait environ 240 morts en France depuis dix-huit mois, il n’est pas étonnant qu’on ait maintenant tendance à lire toute action en provenance de personnes musulmanes à l’aune de l’archaïsme sociétal prôné par Daesh. On pressent plus ou moins distinctement qu’on n’a pas exactement affaire à un innocent bout de tissu, que la place de la femme est en cause et on redoute qu’un tel vêtement puisse servir de vecteur à la visibilité de l’Islam dans la société française.

Mais chacun comprend aussi que les arrêtés d’interdiction pris par un certain nombre de municipalités balnéaires, parfois à titre « préventif » comme au Touquet, manquent de fondement, non seulement juridique, mais aussi moral : comment savoir si telle femme qui porte ce vêtement de bain agit de son propre chef, selon des critères absolument personnels de pudeur ou de confort, ou si elle subit une domination masculine (éventuellement acceptée par elle), ou si elle se fait volontairement l’avocate d’une mode rigoriste conforme à sa religion, ou si elle a trouvé à travers leburkini une façon d’obtenir l’approbation de son environnement social tout en pratiquant ouvertement des activités de plage à l’instar de ses consœurs occidentales ?

Le burkini, un joli piège

Si le burkini n’est ni un crime ni un délit, il est par contre certain que c’est un joli piège, peut-être doublé d’un contresens sur sa signification réelle, certainement triplé d’arrière-pensées en vue de l’élection présidentielle (qui sera « identitaire », cf. déclaration de Sarkozy qui court une fois de plus derrière Marine Le Pen) et assurément quadruplé du résultat inverse de l’effet recherché : Daesh est ravi.

Et tout ça pour combien de burkinis ? Assez peu au total, compte-tenu du nombre (terriblement trop élevé d’après les partisans de l’immigration zéro qui redoutent le « grand remplacement ») de Français ou résidents de religion musulmane.

Il est à noter que dans la rixe de la plage de Sisco, qui a en quelque sorte mis le feu aux poudres, les burkinis incriminés au départ par la « rumeur » seraient inexistants. L’altercation résulterait de la volonté d’une famille maghrébine de s’approprier une plage, selon les déclarations du procureur de Bastia.

Le contresens possible est celui qui consiste à voir dans le burkini, à l’instar de Manuel Valls et de beaucoup d’hommes politiques de droite « la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme » alors qu’il pourrait être au contraire un petit pas des femmes pour sortir progressivement de cet asservissement. Il est peut-être trop tôt pour se prononcer formellement sur cette question d’autant que comme je l’ai déjà dit les cas effectifs sont très peu nombreux. Mais il serait dommage, par intérêt électoral, par goût du conformisme, par laïcité exagérément pointilleuse, par amalgame temporel et géographique consécutif à l’attentat de Nice, d’étouffer dans l’œuf les efforts d’intégration des femmes musulmanes.

Dans cette affaire, personne n’exige que toutes les femmes se couvrent à la plage, personne n’exige que les hommes et les femmes soient séparés, personne n’exige que les surveillants de baignade soient des femmes. Si de telles demandes devaient être faites, elles relèveraient en effet d’une tentative d’intimidation politique de la part de l’Islam et devraient être sévèrement réprimées. J’ajoute : comme aurait dû être refusée la demande d’horaires spécifiques pour les femmes musulmanes dans une piscine publique lilloise sous la surveillance exclusive d’un personnel féminin. Mais il me semble qu’avec les burkinis de cet été, on n’est pas exactement dans ce type de configuration.

Le joli coup des promoteurs du burkini

Alors que les fondamentalistes islamistes réprouvent le burkini, invention maligne qui risque de donner beaucoup trop de liberté aux femmes, la France leur fournit elle-même son argumentaire sur l’intolérance de l’Occident envers les musulmans, et ils ne se privent pas de capitaliser sur ce brillant épisode de « lutte contre la radicalisation » qui ne manquera pas de susciter quelques candidats au Jihad de plus. Joli coup, vraiment !

À partir du moment où une attitude, qui n’est ni un crime ni un délit, qui ne porte atteinte ni aux biens ni aux personnes, qui ne constitue pas un trouble à l’ordre public (comme l’est par contre le voile intégral qui cache le visage) à partir du moment donc où cette attitude devient interdite dans le but de préserver la liberté, on peut être certain qu’on a quitté le terrain de l’état de droit pour tomber dans les prémisses d’une crise de nerfs totalitaire.

Si la France est un pays de liberté, si elle est bien comme elle le prétend la « patrie des droits de l’homme », elle doit éviter le piège en s’en tenant à ses principes. Selon moi, l’interdiction est une erreur qui, comme beaucoup d’interdictions qui outrepassent la protection des biens et des personnes, va agir comme un puissant coup de projecteur sur quelque chose qui était anecdotique et fondu dans la masse, va créer une victimisation et donner raison à tous les collectifs musulmans qui se plaignent du racisme de la France.

La façon particulièrement musclée dont se sont passées certaines verbalisations, parfois simplement pour le port du voile et pas celui du burkini, confirme hélas que cette affaire est largement instrumentalisée par des maires trop zélés et par Manuel Valls (qui les soutient) dans le but de manifester leur totale dédication à la sécurité des Français, à la lutte contre le terrorisme et à la préservation du mode de vie à la française, quitte à se montrer ridiculement policiers.

La presse étrangère a beau jeu de se moquer de nos méthodes (voir ci-dessous tweet du Daily Mail, journal conservateur et populaire) d’autant qu’à Nice, Christian Estrosi a annoncé vouloirporter plainte contre ceux qui diffusent des photos de la police en train de verbaliser – signe assez convaincant pour moi que quelques dizaines de burkinis nous ont fait tomber dans le grand n’importe quoi.

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 13:13

La démocratie française prendrait-elle le chemin totalitaire ?

Dans son analyse magistrale Le système totalitaire, Hannah Arendt démontre la place importante de l’idéologie dans l’avènement de tels régimes (stalinien et hitlérien). L’atomisation et l’isolement des individus en masses soumises, l’installation d’un système complètement irrationnel dont le seul but est d’assurer le pouvoir du leader, la pratique du mensonge et de la propagande, la destruction du droit et de la morale, le déplacement du pouvoir vers la police, l’instabilité, la dissimulation, la duplication et l’atomisation de la hiérarchie, tous ces marqueurs totalitaires se sont chaque fois accompagnés d’un « idéalisme, c’est-à-dire d’une foi inébranlable en un monde idéologique fictif » sans lesquels de tels régimes n’auraient certainement pas atteint la dimension qui fut la leur. Selon l’auteure, ce dernier élément serait même le but ultime « plutôt que l’appétit de pouvoir »1 de tout régime totalitaire. C’est dire la dangerosité de l’idéologie !

Pour Hannah Arendt, toute pensée idéologique contient trois éléments de nature spécifiquement totalitaires2 :

-1) La prétention à tout expliquer,

-2) Dans cette prétention, la capacité à s’affranchir de toute expérience,

-3) La capacité à construire des raisonnements logiques et cohérents permettant de créer une réalité fictive à partir du résultat attendu du raisonnement, et non pas à partir de l’expérience.

À la lecture de ces trois marqueurs toxiques, de ces trois facteurs favorables au totalitarisme3, comment ne pas faire immédiatement le lien avec la France ? Son inclination socialiste si ce n’est marxiste4 n’obéit-elle pas à ces trois critères ? Par conséquent, la France serait-elle en danger ? Et ce danger serait-il en voie de résorption, ou au contraire en phase d’expansion ?

La France, un pays à risque élevé

Nos voisins étrangers le disent et le répètent au gré de leurs étonnements successifs : la France est un pays qui préfère théoriser, s’abstraire plutôt que de discuter des faits concrets, et de leur chercher des solutions adaptées. Et même s’il s’agit probablement d’un trait culturel, force est de constater que ce penchant français pour le concept est très fortement idéologisé. Le phénomène est connu : à cette abstraction théorique hexagonale s’ajoute une dimension idéologique de nature politique particulièrement développée.

Les preuves tangibles de ce refus des faits pour des raisons purement idéologiques sont légion et continuellement renouvelées. On pourrait toutefois ne citer que les plus criantes, les plus factuelles et les plus gigantesques d’entre elles, parmi lesquelles :

La France abuse du keynésianisme depuis le milieu des années 1970 environ. Le keynésianisme est efficace lorsqu’il s’agit de traiter une insuffisance de la demande. Il sert notamment de tampon pendant les crises d’ajustement de l’économie, en aidant les ménages le temps nécessaire, etc… Or la part de marché mondiale française a été divisée par deux depuis cette même période, ce qui prouve qu’il existe un problème de compétitivité, ou plus exactement, un problème d’offre, problème que cette succession presque ininterrompue de politiques de relances de la demande n’a bien évidemment pas réussi à enrayer (la France a d’ailleurs disparu ou presque de la plupart des secteurs à forte croissance actuels, les secteurs de l’innovation tels que l’informatique, l’électronique, les biotechnologies).

Toutes ces données sont pourtant connues. Si la France a refusé de contrecarrer ce recul, ce n’est donc pas faute de ne pas être informée des faits, mais pour des raisons idéologiques. Quelque soit le gouvernement en place d’ailleurs (à quelques exceptions assez courtes près), la primauté a été donnée à la redistribution, à la protection des acquis sociaux (des insiders donc), au partage du travail (tocade unique au monde), avec pour conséquence la fuite en avant dans la vie à crédit et dans l’endettement…

Aucune justification qui ne soit pas d’origine idéologique permet d’expliquer un tel évitement du réel sur une période d’une quarantaine d’années. Un pays ne peut persévérer dans l’erreur aussi longtemps sans de bonnes raisons. Certes, on peut toujours avancer le manque de courage de nos décideurs. Mais l’idéologie ne les a-t-elle pas considérablement aidés, en fournissant aux plus velléitaires d’entre eux les meilleures raisons à leur inaction ? N’est-il pas devenu inconvenant de parler d’effort et de restrictions ? N’est-il pas devenu grossier de suggérer de lancer des réformes ? Toucher au revenu minimum n’est il pas devenu criminel ? Assouplir le droit du travail humainement dégradant ? Se battre contre la concurrence mondiale inconvenant ? Quel que soit l’angle par lequel on analyse le problème, l’idéologie en est toujours l’épicentre…

– Tandis que la quasi-totalité de la planète se livre au commerce, à la course à l’innovation et à l’enrichissement, tandis que des pays pauvres émergent et que des pays riches nous ont doublé (cf. analyse ici présentée Déclin économique français : mythe ou réalité ?), la France continue d’accepter que son système scolaire et universitaire façonne le plus souvent possible des bataillons de citoyens qui ne connaissent que la vision étatique, socialiste, marxiste de l’économie. L’aveuglement idéologique qui justifie le non traitement des problèmes économiques du pays se reproduit donc sur les générations à venir. Il a de beaux jours devant lui. Car tout a été fait pour en pérenniser les dégâts. Le discours politique mensonger (autre marqueur du totalitarisme) assure ainsi pour longtemps sa crédibilité auprès des consciences car celles-ci ont été préparées à cet effet (cf. analyse ici présentée Le long travail militant de l’université).

– Et comme si l’Éducation Nationale ne suffisait pas à entretenir la flamme idéologique, il faut compter sur les médias français, très majoritairement du même bord. Les sondages sortie des urnes de la Présidentielle de 2012 ont fait apparaître que 74% des journalistes avaient voté pour F. Hollande, dont le programme de réforme fiscale s’annonçait pourtant d’autant plus dangereusement contre-productif et contra-cyclique que rien par ailleurs n’était proposé pour relancer la compétitivité française et diminuer ses blocages historiques (droit du travail, charges sociales, poids de l’État, etc…). Pour ne citer que les principaux médias chargés de cette éducation des masses : Nouvel-Obs, Libération, Alternatives Économiques, Marianne, Le Monde, Le Monde Diplomatique, Courrier International, France Info, France 24, Arte, France 2…

Ce chiffre de 74% est effarant. Il démontre l’incroyable tropisme gauchisant des moyens d’information. Actuellement, seule une poignée de médias est à même de relater sans détour ni litote, ni novlangue, la gravité de la situation économique, sociale et sécuritaire hexagonale. Ceci n’est pas une anecdote mais au contraire la preuve inquiétante de la vulnérabilité de notre pays face à un éventuel glissement totalitaire.

Encerclé comme il l’est par le discours politique, le formatage scolaire et le traitement médiatique des informations, le citoyen français apparaît donc particulièrement bien manipulé d’un point de vue idéologique5.

Maintenant, qu’en est-il de l’évolution de ce phénomène ?

Un début d’aggiornamento en vue !

La situation actuelle montre à la fois une sérieuse aggravation du « délire idéologique », et l’apparition d’une véritable révolte intellectuelle de nature à le combattre efficacement.

D’un côté, la situation se détériore car, en effet, la crise des migrants et la série d’attentats sanglants apportent la preuve que le déni du réel, le refus des faits se portent d’autant mieux que ceux-ci sont particulièrement rudes. Le traitement de la vague d’immigration tout comme celui des attaques terroristes ont suscité des débats véritablement abscons quant aux raffinements linguistiques mis en branle pour ne pas nommer les problèmes. Les risques de non intégration des émigrés, tout comme la raison de leur venue ou leur violence une fois sur place ont fait l’objet d’une méchante censure dans la plupart des rédactions.

Il en est de même pour l’origine ethnico-religieuse des terroristes. Quant à la stratégie de l’EI, elle a été présentée avec toutes les pincettes diplomatiques requises afin d’éviter de froisser les éventuelles susceptibilités des populations de confession musulmane. Certains analystes français vont jusqu’à expliquer le terrorisme qui a sévi dans l’hexagone comme le résultat nauséabond d’un racisme anti-islam, comme le fruit d’une écrasante domination judéo-chrétienne sur des populations « dominées et dans le besoin ». La crainte des amalgames a subi une hypertrophie telle que l’on peut se demander s’il n’est pas devenu préférable de défendre le bourreau de peur d’aller trop loin, de l’autre côté.

Pour autant, des motifs d’espoir apparaissent depuis que les tenants du réalisme, les pourfendeurs de la réalité des faits, les chevaliers blancs de l’objectivité font la Une des médias, et sèment la zizanie dans le camp adverse. Quand bien même on peut ne pas être toujours d’accord avec la solidité de ses démonstrations, il faut rendre mérite à la ténacité d’un Eric Zemmour, devenu la bête noire de la bien-pensance actuelle par son mauvais goût (celui d’évoquer ce que l’on n’a plus le droit d’évoquer).

Il faut tout autant rendre hommage au cynisme provocateur d’un Houellebecq. Tous deux ont joué un immense rôle de désinhibiteur des discours, de bulldozer de la liberté d’expression. Parallèlement à ce travail brutal façon électrochoc, il faut citer l’incroyable courage d’un philosophe comme Alain Finkielkraut, qui se paie le luxe de déballer sa franchise intellectuelle sur tous les écrans cathodiques ou presque, de façon mesurée quand ce n’est pas humoristique, dans l’héritage logique du si regretté Philippe Muray. Ce travail de fond, de moins en moins austère, et de plus en plus réjouissant, porte ses fruits de façon évidente.

Depuis peu, le niveau de désobéissance idéologique a même atteint des sommets inespérés. Nombreux sont les porte-voix brillants qui s’y sont mis, du journaliste Kamel Daoud à la fondatrice de Causeur, Élisabeth Levy, de l’essayiste Pascal Bruckner à l’historien Marcel Gauchet, avec la bénédiction de médias de moins en moins rares, et des insultes du camp adverse de moins en moins audibles. À cela, il faut ajouter la vague de nouveaux médias (Causeur, Atlantico, Contrepoints, Lesobservateurs.ch, etc…) et bien évidemment les réseaux sociaux, avec des groupes de quasi révolte intellectuelle extrêmement nombreux sur Facebook grâce auxquels les informations (images, statistiques) circulent d’autant plus vite qu’elles sont interdites dans les médias dominants.

Ainsi se met peu à peu en place un système de réaction de défense contre une doctrine politique ultra-dominatrice (l’idéologie socialiste, elle-même composée d’antilibéralisme et de tiers-mondisme) devenue inaudible et insupportable. Ce système de défense multiforme, composé d’intellectuels lucides, de média contraints et forcés (d’arrêter de se pincer le nez), et de sondages à démoraliser la cléricature gauchiste (qui du coup, se dispute), devrait finir par rendre la vie de plus en plus difficile à l’idéologie française actuelle…

Il est plus que temps. Car, ainsi que l’on peut l’observer, la situation de l’hexagone apparaît particulièrement vulnérable du point de vue de la démocratie.

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 17:12

La guerre !

Depuis plusieurs années, beaucoup s’attendaient à une implosion de la société française. Ce lent déclin, ce blocage systématique face à l’histoire, ne pouvait pas durer. Qui pouvait imaginer que le basculement viendrait à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, de l’État Islamique au Moyen-Orient et d’actions terroristes sur notre sol ?

La Révolution qu’il nous faut n’avait probablement pas ce visage hideux dans l’esprit de ceux qui la souhaitaient ou la craignaient.

La guerre après l’angoisse du Grand Soir

Le Grand Soir n’est pas venu.

Il y avait ceux qui le voulaient. Le Front de Gauche, à coup sûr, même si on ne sait plus trop si le Parti Communiste partageait encore cette espérance. Les mouvements révolutionnaires d’extrême gauche.

Il y avait ceux qui le craignaient. Le gouvernement par exemple, obsédé par la transformation de la pétaudière française en champ de foire incontrôlable.

Finalement, les prolétaires français n’ont pas bougé. Ce sont les prolétaires issus de l’immigration, fixés dans les banlieues, qui passent à l’action. Le drapeau vert a vaincu le drapeau rouge.

La guerre et ses grandes peurs

Paris est à cran. Le moindre coup de pétard est comme une ombre projetée sur un mur lointain : il se transforme en canonnade immense, et la foule s’enfuit. On l’a vu place de la République aujourd’hui. La ville bruissait de fantasmes qu’on croyait impossibles de nos jours. La RATP elle-même a fait courir la rumeur de tirs dans le métro.

L’émotion est partout. L’émotion a pris le pouvoir. Tout est désormais possible, même le pire.

La guerre face à une France hébétée

La guerre est dans nos rues, mais personne n’a d’idée claire sur la façon de la gagner. François Hollande décrète l’état d’urgence mais pour quoi faire ? Il laisse les policiers agir. Et après ?

La France reste sur son absurde politique arabe, qui consiste, depuis plusieurs années, à remplacer les régimes laïques par des régimes musulmans sunnites. Nous avons commis cette folie en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie. Nous en payons le prix fort aujourd’hui. Non seulement aucun bilan critique n’est dressé, mais l’inversion complète de logique qu’il faudrait désormais n’est pas prête d’arriver.

La guerre et la dictature

François Hollande a annoncé devant le Congrès son intention de proroger pendant trois mois l’état d’urgence. Il aurait l’intention de changer la loi de 1955 qui lui donne pourtant beaucoup de pouvoir. La tentation autoritaire triomphe, sans aucune idée claire sur la politique à mener.

Il ne vient à l’esprit que de peu de personnes de constater le naufrage de la politique menée depuis les attentats de janvier : la surveillance généralisée des communications n’a servi à rien. Et comme le soulignait le commissaire Marion sur une radio publique, l’enquête avance vite grâce aux méthodes policières traditionnelles. Comme disait les Shadoks : plus on rate, plus on a de chance de réussir.

La guerre contre la majorité

Une fois de plus, la réaction de François Hollande touche la majorité : l’état d’urgence remet en cause les libertés de tous les Français. En revanche, il ne semble pas vouloir s’intéresser aux groupes spécifiques qui servent de terreau au terrorisme. Rien sur la montée de l’islamisme. Rien sur le rappel aux règles dans les quartiers où la haine du pays se transforme en doctrine officielle. Rien sur cette France des faubourgs qui remue aujourd’hui.

Le souci de François Hollande est-il de contrôler le pays, gens honnêtes compris, ou de gagner la guerre qui s’engage ?

La guerre aux fiches « S »

La question du sort à réserver aux radicaux musulmans marqués du « S » de la surveillance tarde à être discuté. Que faire de ces 3.000 ennemis de l’intérieur qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu dans la crainte d’un nouvel attentat ?

Nicolas Sarkozy propose de leur passer un bracelet électronique et de les assigner chez eux. C’est un début. Tôt ou tard, l’internement, ou la déportation comme pour les communards en 1871, viendra sur le tapis. L’urgence est de nous forger une doctrine du respect des libertés en temps de guerre.

La guerre en Syrie, mais pour quoi ?

Faute d’idée, faute de vision, la France entre dans la guerre en Syrie à reculons et avec un esprit de défaite. Il nous faudrait une idée du Moyen-Orient de demain, une cible à atteindre. En dehors de chasser le dictateur Bachar El-Assad et de mener des frappes aériennes, François Hollande n’en a aucune, semble-t-il.

L’intervention au sol est pourtant inévitable. Rien ne serait pire que de la déclencher avec aussi peu de certitudes sur la conduite à tenir. Il y a quarante ans, la main de la France tremblait moins : nous savions les bienfaits (et les inconvénients) du Baas et des mouvements laïcs en Syrie, en Irak, ou en Égypte. L’excès d’atlantisme nous a égaré sur une mauvaise pente.

La guerre et ses petits secrets

Les attentats de Paris ont eu une vertu : ils ont accéléré l’alliance russo-américaine pour intervenir en Syrie. Tout n’est pas encore réglé, en particulier le sort immédiat de Bachar El-Assad. Mais le reste devrait suivre : il y a aura bien cause commune pour écraser l’État Islamique.

La guerre et la Belgique

Plusieurs terroristes vivaient à Molenbeek, ou avaient des liens avec cette commune de la banlieue bruxelloise. La communauté musulmane y est importante, et relativement coupée du monde. Les services de renseignement belge ne la contrôlent pas. Le grand désordre belge y est à l’œuvre.

Les mois à venir montreront l’imbrication grandissante entre Belgique et sécurité de la France. Il faudra bien réagir tôt ou tard.

Revenir à la vie normale

Dans ce déluge de mauvaises nouvelles, qui rappellent que nous avons mangé notre pain blanc, qui laissent augurer des années noires après soixante-dix ans d’insouciance, il faut essayer de reprendre une vie normale et vaincre la peur de laisser derrière soi les siens qu’on ne reverra peut-être pas le soir venu.

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 08:05

Ce qu’il y a de plus terrifiant dans ces attentats, c’est de constater que des experts sérieux comme Marc Trevidic ont tiré la sonnette d’alarme, mais à part les sempiternels coups de menton de nos politiques , la seule réponse de la France aux attentats de janvier aura été beaucoup de parlotte, et hélas, aucune réflexion sur la manière de réagir à ces attentats « une fois qu’ils seraient arrivés ».

Pourtant, après les attentats de janvier, il y avait plusieurs conclusions alarmantes qui auraient dû trouver une réponse. La première : comment des terroristes pouvaient opérer un massacre en plein cœur de Paris, et après s’échapper tranquillement sans qu’aucun obstacle ne les en empêche ? On voit ce 18 novembre que de toute évidence, cette question est restée sans réponse, et qu’il est toujours aussi facile pour ces terroristes d’opérer un massacre, puis de partir « tranquillement » pour le suivant. Le pire est que les attentats de vendredi soir se sont produits exactement dans le même quartier que les attentats de janvier, à savoir à proximité immédiate de la rédaction de Charlie, et à proximité immédiate de l’HyperCasher !

Sur cette question, il semble évident que si on ne peut empêcher le premier attentat de par l’imprévisibilité du lieu visé, tout devrait être fait dans les secondes qui suivent son début pour qu’une équipe d’intervention arrive le plus vite possible sur place, et que la fuite des terroristes soit entravée par des barrages montés en un temps record. S’agissant du raccourcissement du temps d’intervention des équipes anti-terroristes, et comme les bombardements de la seconde guerre mondiale étaient anticipés via une alerte incitant les civils à se mettre aux abris, il est assez consternant de constater qu’il n’existe toujours pas à ce jour de moyen pour quiconque de signaler immédiatement un attentat et pire, un moyen pour le ministère de l’Intérieur d’informer les lieux à risques, de l’actuel déroulement d’attentats, et la possibilité que les terroristes puissent se diriger vers ces lieux. Ainsi, en 2015, et malgré les moyens modernes qui pourraient être mis en œuvre, la seule manière de prévenir les forces de sécurité est la même que depuis un siècle : téléphoner, et tomber sur le standard saturé de Police Secours, et perdre un temps vital avant d’obtenir enfin un opérateur.

Pourtant, des solutions simples existent : les autorités compétentes peuvent parfaitement créer une application permettant de signaler en moins de 5 secondes la survenue d’un crime ou d’un attentat, et cette même application pourrait permettre d’avertir toute personne à proximité de manière à ce qu’elle puisse se mettre à l’abri, et si elle est responsable d’un lieu recevant le public, organiser une évacuation d’urgence. Un spectateur du Bataclan disait qu’il devait sa survie au fait qu’en plein concert, lorsque son téléphone s’est mis à vibrer frénétiquement, et que bien que souhaitant profiter du spectacle sans le consulter, la curiosité l’a emporté, et c’est ainsi qu’il a été averti des fusillades à proximité du Bataclan, et qu’il a immédiatement compris qu’il fallait se mettre à l’abri quand les terroristes sont arrivés dans la salle. Combien d’autres vies auraient pu être sauvées si un système d’alerte avait été mis en place ?

Mais le plus dramatique reste pour moi qu’en plein Paris, les tireurs aient pu se déplacer aussi facilement d’un lieu à un autre, comme pendant les attentats Charlie. Où étaient donc les policiers les plus proches ? Ils ne sont bien sûr pas responsables, mais celui qui les organise, celui-là n’est-il pas responsable ?

Un autre grave point : les explosifs volés sur un site militaire près de Marseille en juillet ont-ils été utilisés sur les attentats de vendredi soir ? On ne le saura probablement jamais, mais il reste grave 1° que ces explosifs aient pu êtres volés aussi « facilement » et surtout, 2° que l’on ait perdu leur trace depuis juillet, moment du vol. Comment peut-on dire que l’on fait tout contre le terrorisme et laisser une chose pareille se produire ? Ces explosifs n’ont pas été volés avant les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hypercacher, ou même de Merad : ils l’ont été après, ce qui rend d’autant plus sceptique.

Bref, il est désespérant de savoir que l’on savait que cela allait arriver, mais que de toute évidence et contrairement aux affirmations, rien d’efficace n’a été fait pour sinon empêcher, du moins savoir réagir à de pareilles attaques. À ceux qui m’objecteront que l’heure n’est pas aux critiques mais au recueillement, je dirais que certes, mais qu’il est à craindre que les cinglés de vendredi soir seront suivis par d’autres qui eux n’auront cure de respecter un tel délai. Au contraire, nous n’avons perdu que beaucoup trop de temps.

Nous le payons au prix le plus abominable aujourd’hui.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans politique alternative securite centriste
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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 14:51

Nous n’attendons qu’une seule chose de nos hommes politiques : qu’ils nous évitent les dangers mettant en cause la sécurité nationale.

Les attentats qui ont frappé Paris et sa banlieue nord vendredi soir sont monstrueux, abjects, totalement injustes. Ils frappent des innocents qui n’ont rien à voir avec les pseudo-justifications médiévales d’un État Islamique qui veut soit-disant venger le crime des « impies ». Ceci étant clairement dit, avec près de 130 morts obtenus par le biais de multiples attaques simultanées, le mode opératoire de ces attentats fait froid dans le dos. Il pose une question particulièrement angoissante : la sécurité de notre territoire est-elle assurée ? S’il est si facile d’organiser de tels bains de sang, pourquoi cela ne se répèterait-il pas régulièrement, à Paris comme dans d’autres villes françaises ?

L’ampleur de cette opération, l’organisation qu’elle a nécessité, tout cela montre que nous n’habitons plus un sanctuaire. Notre pays est faillible, notre sécurité n’est plus garantie, si tant est qu’elle l’ait été depuis les attentats de Charlie et de l’hyper casher du début de l’année ! Car faut-il le rappeler, aucun de ces attentats n’a été en effet prévenu. Notre gouvernement, qui parle tant de menaces terroristes, qui ne cesse de jouer sur nos peurs, n’a rien vu venir !

Alors que les antécédents survenus au Danemark contre des caricaturistes avaient suscité des mesures de grande envergure, avec l’intervention de l’armée danoise, rien de tel n’avait été prévu pour sécuriser Charlie hebdo. Deux policiers en faction, c’était tout simplement ridicule. Et depuis janvier 2015, nous en connaissons le résultat. Il en est de même pour cette série d’attentats simultanés de ce vendredi 13 octobre 2015. Près d’une dizaine de terroristes ont pu préparer puis réaliser leurs coups d’éclat sans susciter la moindre anticipation de la part des services de renseignements. Au beau milieu de la capitale, un vendredi soir en pleine affluence.

Or, cette lacune est d’autant plus inquiétante que plusieurs détails du mode opératoire de ces attentats laissent penser que ces criminels ne sont pas parmi les plus expérimentés : rafales simultanées à la mitrailleuse au Bataclan (chacun rechargeait au même moment), dégâts relativement faibles au regard du potentiel au Stade de France comme au Bataclan (et heureusement !), il est évident que le carnage aurait pu atteindre d’autres proportions s’il s’était agi de professionnels. À l’identique des attentats de Charlie hebdo, tout laisse donc à penser que nous avons affaire à des terroristes de la dernière heure, à des jeunes français fraîchement recrutés, et rapidement formés par les cadres de l’État Islamique. Et c’est bien cela qui est dramatique ! Alors qu’il est nettement plus facile de prévenir des crimes perpétrés par des acteurs faiblement préparés et peu entraînés, force est de constater que notre gouvernement n’y parvient même pas ! L’État Islamique a frappé violemment en Turquie, en Arabie Saoudite puis au Liban. Et maintenant, en Europe, il a choisi la France. À croire que c’est un peu plus facile que chez nos voisins nettement mieux organisés… D’ailleurs, n’oublions pas que les auteurs de l’attentat de Charlie étaient connus des services de police !

Les auteurs des attentats de ce vendredi étaient-ils également connus ?

Peut-être payons-nous également le côté « va-t-en-guerre » de notre Président, qui, bien que totalement tétanisé à l’idée d’engager la moindre réforme désagréable sur le plan économique, n’a pas hésité une seconde à se lancer dans des aventures militaires au Mali et en Syrie… Des aventures d’autant plus dangereuses que la France s’y trouve plus ou moins seule…

Décidément, ce gouvernement aura échoué sur tous les plans. Il aura accéléré le déclin économique relatif de notre pays ; presque partout en Europe, depuis deux ans environ, le chômage a entamé sa décrue, et la croissance est revenue. Il nous aura continuellement menti sur son programme et sur ses réformes. Il aura abusé du Verbe pour masquer son inaction, il aura même abondamment utilisé les attentats de Charlie pour faire diversion… Et summum de l’inefficacité, il n’aura même pas été capable d’empêcher une série d’attentats sanglants sur notre propre sol : janvier 2015, octobre 2015. Faut-il tenir une comptabilité exacte du nombre de victimes de ces terribles attentats pour démontrer la faiblesse de l’action gouvernementale ?

Ces tueries soulèvent une émotion bien naturelle. La compassion pour les personnes et les familles touchées dans leur chair est totalement légitime. De tels événements sont d’une tristesse affligeante. Mais au-delà de tous ces sentiments d’impuissance et de révolte, une injustice encore plus pernicieuse se prépare, qui touche nos mentalités et nos réactions face à la peur : le resserrement de la Nation Française autour de ses leaders politiques dans une communion et une effusion dont le Président F.Hollande et son Premier ministre M.Valls sortiraient grandis.

Non ! Nos leaders politiques n’ont pas vocation à montrer qu’ils tiennent leur rang lors des cérémonies d’après attentats. Non ! Nos leaders politiques n’ont pas à être jugés sur leur façon digne d’assister à l’enterrement des victimes de ces attentats. Non ! Nos hommes politiques n’ont pas à être appréciés sur leur manière de déposer des gerbes de fleur, la mine déconfite, le regard brisé. Non ! Nous n’attendons pas de nos hommes politiques qu’ils conduisent une fois de plus les marches silencieuses dans les rues pour protester contre le terrorisme religieux qu’ils ne parviennent pas à circonscrire dans le cadre de leur fonction.

Nous n’attendons qu’une seule chose de nos hommes politiques : qu’ils préviennent les catastrophes, qu’ils nous évitent les dangers mettant en cause la sécurité nationale. Ils doivent ainsi faire preuve d’anticipation et de ruse. Ils doivent prendre de vitesse les organisations criminelles. Ils doivent se montrer plus roués qu’elles. Ils doivent engager les actions nécessaires au moment opportun.

En un mot, ils doivent faire leur job.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 13:57

Quand !!! la France a un petit problème…

Il semble maintenant clair que la France a un petit problème de prisons et pas seulement parce que ce sont, généralement, des bâtiments vétustes qu’il faut entretenir aux frais d’une République un peu étriquée du portefeuille, mais aussi parce qu’elles sont trop remplies et qu’en matière carcérale, l’évasion semble une option routinière.

Ah, là, je sais qu’on va encore me dire que j’exagère, pfffu, enfin bon, que c’en est scandaleux de caricaturer ainsi, rohlala, et qu’il y a tout de même des limites à ne pas dépasser, mmfffenfin voyons.

Certes, l’évasion, comme l’expliquent maintenant les pouvoirs publics (Chancellerie en tête) est un impondérable du système carcéral, et quoi qu’en disent les médias, semble rester stable d’année en année – ce qui est tout à fait exact, soit dit en passant, même si ça nous en fait une par jour en moyenne. Certes, la plupart des évadés se contentent de retourner en famille ou chez des amis et sont retrouvés très vite, et gagnent au passage une extension de peine. Bisous, circulez. Certes.

Il n’en reste pas moins que, dernièrement, on assiste à quelques cas d’évasions consternantes.

Lundi dernier, un policier succombait alors qu’un détenu en cavale depuis des mois, faisant l’objet d’une fiche S, braquait un entrepôt à bijoux qui tournait au drame suite à des échanges de coup de feux. La banalité du braquage à main armée (on est en France, si les méchants pouvaient se procurer des armes, ça se saurait, voyons !) aura été occultée par la mort du policier, qui aura elle-même quelque peu éloigné les consternations devant le fichage des services de renseignements, manifestement très forts pour établir des profils et des petits bristols sur les vilains qui grouillent en France, mais infoutus de les appréhender, terroristes ou pas. Et tout ceci semble à son tour occulter la radicalisation en prison de l’évadé, chose qui semble maintenant presque aussi banale que le braquage en premier lieu.

Mardi, pour continuer la série, c’est un trafiquant de drogue, judicieusement autorisé à sortir pour disputer une compétition de boxe (apparemment, les championnats de point de croix n’ont pas la même cote en prison et les établissements carcéraux semblent apprécier que les détenus acquièrent quelques techniques de combat supplémentaires) qui aura étonnamment choisi ce petit divertissement pour prendre la poudre d’escampette. Soyons gentils : l’institution ne pouvait pas prévoir que ce trafiquant, de renommée internationale au casier déjà lourdement chargé, allait benoîtement demander une autorisation de sortie pour une compèt’ de boxe, et l’obtenir. L’institution ne pouvait pas prévoir que ce détenu, qui avait déjà réalisé une évasion en 2012, allait faire une nouvelle tentative. C’est donc en toute logique que, malgré l’absence totale de toute pratique préalable de la boxe par le détenu, l’administration carcérale le laissera aller à cette compétition encadré de deux éducateurs sportifs. Tout ceci n’est, à n’en pas douter, qu’un malheureux concours de circonstances.

Et jeudi, c’est donc tout naturellement qu’on apprend que la même institution carcérale se retrouve à déplorer une nouvelle évasion d’un détenu lors d’une sortie à vélo. La prison, cet enfer sportif qui prépare au triathlon, a clairement des soucis pour conserver ses athlètes.

Rassurez-vous, il y a parfois des bonnes nouvelles, comme lorsqu’on finit par rattraper un évadé après quelques jours de cavale (et en pratique, c’est même un cas fréquent lors des évasions). Mais des fois, les réjouissances de l’institution qui remet la main sur un petit protégé égaré sont malheureusement troublées par la découverte d’un méfait qu’il aura commis pendant sa période de vacances. Zut et flûte, voilà qui est gênant.

Comme le note Baptiste Créteur dans son dernier édito sur Contrepoints, tout ceci interpelle, de façon véhémente, et pas seulement la Garde des Sceaux qui, ultimement, représente la Justice dont dépendent les établissements carcéraux. On ne peut que s’interroger sur la pertinence des Renseignements lorsqu’ils distribuent de la fiche S mais ne parviennent pas à empêcher les fichés de se faire la belle de la façon la plus caricaturale possible (essayez d’en faire un scénario de film : personne ne croira à une telle irresponsabilité dans la chaîne administrative). De même, on doit aussi s’interroger sur la capacité de l’État à mener ses missions s’il est infoutu de faire respecter la loi et de faire appliquer ses peines.

Dès lors, pas étonnant que certains policiers, devant les blessures subies par leurs collègues, réclament des réactions fermes de la Chancellerie et appellent à manifester : l’ensemble des institutions semble bien dépassé par les problèmes, récurrents, de gestion des personnels et des détenus, d’évasion, de permissions, et les faits récents poussent à une sévère remise à plat des méthodes et des organisations.

Malheureusement, Christiane Taubira, drapée dans son dogmatisme et ses tweets rocambolesques, n’est bien sûr pas à la hauteur et devant ces constats, pourtant indiscutables, ne semble guère démontée :

« J’ai pris des dispositions pour que, d’abord, nous travaillions sur les textes de 2004 à 2008 pour les clarifier et éviter toute confusion et ensuite pour que le circuit d’information au juge soit opérationnel et performant. Et cela, j’ai demandé que ce soit le cas dans 15 jours. »

Voilà : pif, on va travailler, paf on va clarifier, et pouf ce sera réglé dans 15 jours. Fastoche, finalement, et pas de quoi s’exciter.

Pourtant, des solutions existent, un peu plus complexes mais un peu plus opérationnelles que les taubitweets ; j’en décrivais quelques unes il y a plusieurs mois dans un précédent billet, à commencer par le fait de construire des prisons ; oh, bien sûr, les zhumanistes auront beau jeu de rappeler niaisement ♩ qu’ouvrir des écoles ♫ évite de bâtir des prisons ♬, mais la réalité reste têtue : il manque par exemple entre trente et quarante mille places de prison en France si l’on compare avec ces enfers carcéraux que sont l’Espagne ou l’Angleterre par exemple.

De la même façon, il semble aussi nécessaire de s’assurer qu’une peine de prison se traduit effectivement par du temps de cellule, ce qui signifie notamment d’en finir avec la culture de l’excuse, à commencer par celle qui consiste à trouver des alternatives à la prison précisément parce qu’elles ne sont pas construites. Eh oui, les prisons françaises sont une honte pour un pays qui se gargarise de droits de l’Homme à tous les repas. Ceci explique assez bien à la fois la distribution de colliers, de permissions, de prison avec sursis que l’absence quasi-systématique d’incarcération effective lorsque la peine est inférieure à deux ans, et les maux périphériques qu’on observe dans les établissements (un nombre important de détenus qui relèvent d’abord de la psychiatrie, le développement de maladies diverses, et bien sûr la fameuse radicalisation, entre autres).

Et enfin, on pourrait – suggestion à l’endroit de tout le gouvernement et du paquet de crapules qui siègent à l’Assemblée et au Sénat – arrêter d’augmenter le nombre de lois qui augmentent artificiellement le nombre de coupables, depuis les lois mémorielles en passant par les atteintes à la liberté d’expression, la loi Renseignement, les douzaines de lois routières et autres cosmétiques insupportables de l’hygiénisme socialiste galopant. Par exemple, la guerre contre la drogue a foiré, lamentablement. On pourrait enfin la laisser tomber en reprenant ce qu’a fait le Portugal avec succès, et se concentrer enfin sur les crimes et délits qui touchent la population française (banditisme, cambriolage, violence au quotidien camouflée dans l’ « incivilité »).

Malheureusement, même avec les pifs, les pafs, les poufs et les taubitweets de la Garde des Sceaux, rien de tout cela ne sera envisagé, encore moins mis en place.

En vertu de quoi, ce pays est foutu.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 09:46

Quel bilan dresser de 3 ans de François Hollande du point de vue des libertés individuelles ?

Le candidat Hollande voulait devenir le président du rassemblement. Il s’est donc attelé à lutter contre le racisme et l’antisémitisme et promouvoir les valeurs de la république et, pour cela, il a déployé une certaine vision de la laïcité qui réduit l’espace public à la neutralité, et oblige tous ceux qui passent par lui à se défaire de tout signe religieux.

On ne peut l’accuser d’avoir initié cette vision, mais il l’a indéniablement rendue plus dangereuse car plus opaque. Désormais, ce n’est pas le voile intégral, caractérisé par une dissimulation du visage, mais tout signe vaguement religieux : une jupe longue devient ainsi un symbole religieux si elle s’inscrit dans une démarche de prosélytisme, et devient dès lors interdite au lycée. La ministre de l’Éducation du président Hollande a d’ailleurs jugé que la direction avait fait preuve de discernement, puisque des critères objectifs ne suffisent plus pour délimiter l’ostentatoire.

Les statues de dictateurs sont toujours bienvenues sur les places de nos villes, et l’argent public peut toujours être utilisé pour les financer, tout comme le nom d’édiles corrompus peut devenir celui de nos rues. Mais un pape, lui, ne peut laisser sa place dans l’histoire ; en tout cas, pas dans l’espace public. La statue de Jean-Paul II, ornée d’une grande croix, devra être déplacée : trop ostentatoire. La religion, ce n’est décidément pas assez laïc.

La laïcité n’est pas nécessairement une mauvaise chose ; séparer l’Église (ou quelque religion d’ailleurs) de l’État permet d’en objectiver la fonction. Malheureusement, ce n’est pas le cas : la liberté d’expression sous Hollande est plus sacrée que Mahomet mais moins que les génocides.

Une liberté d’expression à géométrie variable

Suite aux attentats, François Hollande réaffirmait la liberté d’expression, et que les Français ne doivent pas céder aux terroristes. Mais, dans les faits, il n’a rien fait pour la renforcer ou la protéger, alimentant les frustrations.

La liberté d’expression, c’est bien, mais pas trop. Qu’on balance sur d’anciens présidents, qu’on caricature des prophètes, passe encore ; mais qu’on tienne des propos racistes, ou qu’on remette en question un génocide, et rien ne va plus.

Le racisme, pour le Premier ministre Ayrault, n’est pas une opinion mais un délit. Les deux ne sont pourtant pas irréconciliables ; il suffit de réunir les deux mots dans une expression, un « délit d’opinion », qui devient une notion à part entière. Mais cela reviendrait à dire qu’il existe des délits d’opinion, et que le racisme, en tant qu’opinion, peut tomber sous le coup de la liberté d’expression. Il suffit donc de lui enlever le statut d’opinion pour le faire cesser.

On le voit bien, interdire le racisme, ça marche. C’est pour ça que la mesure vaut aussi pour la remise en question de certains génocides, notamment la Shoah et le génocide arménien. Il y a des mémoires et des choses sacrées que l’on peut salir, et d’autres non. C’est comme ça. Et on voit bien comment, en affirmant la liberté d’expression dans certains cas et pas dans d’autres, le président du rassemblement entretient des frustrations.

S’il a laissé passer l’occasion de réaffirmer la liberté d’expression, le Président Hollande a néanmoins saisi l’occasion présentée par Charlie pour renforcer la surveillance.

Une surveillance tous azimuts

Car si la laïcité devient de plus en plus restrictive et invasive, si la liberté d’expression est d’autant moins protégée qu’elle est à géométrie variable, la surveillance vit un réel essor. Désormais, les données personnelles de tous les citoyens seront systématiquement analysées, passées au crible d’algorithmes conçus par les services de renseignement. La France reconnait et s’inspire trop rarement des bonnes pratiques internationales, mais force est de constater que le gouvernement se dote des meilleurs moyens de contrôler et surveiller la population.

Personne ne saura de quelle façon les données sont traitées, ce qu’il en est fait, comment elles sont interprétées. Personne ne saura quels critères feront entrer quels citoyens dans la catégorie « à surveiller ». Et c’est sans doute de ce point de vue que les libertés ont le plus reculé.

Outre la loi, la façon dont elle a été promulguée a de quoi inquiéter. La loi sur le renseignement ne fait qu’entériner et légaliser des pratiques existantes. Charlie n’était pas tant un moyen de regagner en popularité qu’une justification à la surveillance généralisée.

"En seulement trois ans, le Président Hollande a su utiliser la surveillance d’adversaires politiques à son profit et la généraliser à l’ensemble de la population. Il a renforcé le caractère clivant des religions en leur imposant un repli qui rend tout dialogue impossible. Et il a défendu la liberté d’expression uniquement comme liberté d’être en accord avec des valeurs de la république dont il se veut le garant. Quelle que soit la liberté individuelle à laquelle on s’intéresse (liberté de culte, d’opinion et d’expression ; vie privée), elle aura en seulement trois ans été piétinée avec la légèreté et la grâce qui caractérisent notre cher président" Baptiste Créteur.
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