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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 18:02

Qu’est ce que l’islamisme djihadiste ? Le regard d’un philosophe

On ma poussé cette Analyse philosophique de l’islamisme djihadiste, de Farhat Othman.

Ce qui suit ne prétend pas être la vérité sur l’islamisme djihadiste ; qui la détiendrait lorsqu’on se veut objectif et que l’on sait que même la vérité scientifique est relative, soumise pour le moins au fait polémique ?

Il s’agit plutôt d’une contribution pour un nouvel esprit d’appréhension, avec le moins de subjectivité possible.

Méthodologie mythocritique 

Bien loin de la doxa bienpensante de nos temps de conformisme logique porté à son degré paroxystique par les horreurs terroristes, il faut rappeler que le phénomène du djihadisme islamiste, comme tout phénomène, est objet d’expériences possibles, antinomiques de l’objet en soi, ici la foi ; l’étymologie grecque du mot (phainomena) renvoie d’ailleurs aux choses célestes.

 

Or, notre époque postmoderne est propice au regain de spiritualité. Qu’est-ce qui fait que l’on glisse plutôt en religiosité dans sa forme exacerbée niant sa vocation première de lien, selon l’un des deux sens étymologiques, le plus fiable du mot (religare) ?

Ne nous faut-il pas nous interroger, pour le moins, sur les relations entre le phénomène dont il est question et les autres aspects essentiels du temps que sont le matérialisme triomphant, en sa forme capitaliste sauvage, et l’ordre mondial injuste ?

Claude Bernard, dans ses Principes de médecine expérimentale, rappelait déjà que pour comprendre, les sciences d’observation ont pour essence et but la connaissance de la loi de relation ou de classification des phénomènes de la nature. Ce qui s’applique bien évidemment aux phénomènes de la nature humaine où, mieux qu’en toute autre science, connaître (con-naître), c’est bien naître avec autrui, l’autre soi-même.

Notre époque d’imagification poussée jusqu’à la gadgetisation de la vie ne tend-elle pas à transformer en artefact tout ce qui déroge à sa féerie technologique, même et y compris le phénomène n’ayant nulle origine artificielle ou accidentelle ?

C’est le cas de celui qui nous occupe, illustration comme une autre, quoique dramatique, de ce « flux héraclitéen des vécus », selon l’expression de Husserl, dont il nous faut rendre compte en venant à la chose même, la débarrassant de toute interprétation, optant pour la présentation et non la représentation.

Cela n’est possible que si l’on ne stigmatise pas ceux qu’on juge, la meilleure réflexion étant celle qui vient du commerce des hommes, y compris les primaires parmi eux, pouvant être premiers. Ce qui implique de répudier la moindre retraite épistémologique (au sens étymologique de tirer vers l’arrière : retrahere) pour être  « sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes » comme disait Sartre dans son Idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl.

Aussi, notre méthodologie impose-t-elle de sortir de nos mythes actuels, tout en osant allant vers ceux qui peuplent l’inconscient collectif, dictent le comportement à partir d’un imaginaire populaire ; ces archétypes au sens à la fois platonicien d’idées autour desquelles sont construits nos grilles et modèles de lecture que jungien de symboles alimentant l’imaginaire et l’inconscient, à la source de leurs productions culturelles.

Malaise dans la civilisation 

Il nous faut non seulement montrer, mais monstrer — la monstration antique manifestant la volonté des dieux, ici sacrés comme profanes — ; ce qui est bien à l’état brut de l’islamisme djihadiste, primitif et donc primordial.

Cela veut dire que les islamistes en présence desquelles nous sommes se réclament d’un islam rigoriste, en faisant une théologie radicale, de libération ou terroriste, selon les points de vue. Ainsi appréhendé, le phénomène ne rappelle-t-il pas déjà une autre théologie, dont la chrétienne consacrée comme étant de libération ?

C’est dire aussi, s’agissant du djihadisme, qu’il n’a nulle racine islamique tout en ne manquant de rappeler, par contre, une figure biblique, celle de Samson, juge d’Israël. En effet, la guerre sainte n’existe pas en islam pur, le martyre tel que pratiqué par les kamikazes ne relevant nullement de l’islam correctement interprété, y étant témoignage, ce qui nécessite de vivre pour témoigner et dire le vrai, plutôt que de mourir.

Par un tel dévoilement adogmatique des choses, le lien voulu indéfectible entre islamisme et djihadisme ne se trouve-t-il pas relativisé ? Immanquablement, cela amène à la question que commande un minimum d’objectivité : que serait l’islam majoritaire au vu de ses manifestations terroristes ainsi recadrées ? Et n’y voit-on pas, pour le moins, une sympathie pour les terroristes ?

D’abord, force est de reconnaître que, populairement, l’islam est fondamentalement paisible à l’exclusion de groupuscules d’agités agissants. Il est un islam de paix et même de passivité, celle dont on affublait le soufisme du temps de la colonisation. Or, l’islam populaire est soufi qu’on le reconnaisse ou qu’on le taise pour différentes raisons, dont surtout le milieu de contraintes légales et morales amenant les gens de peu à louvoyer, vivre leur réelle vie en catimini, à bas bruit.

Aussi, les marques de sympathie apparentes ne se retrouvent pas nécessairement quand on va aux creux des apparences. C’est l’hypocrisie sociale, fort répandue au demeurant en terre d’islam, qui ne traduit qu’une labilité de la société, sa ruse de vivre en milieu hostile. Pour en rendre compte, j’use de ce que je qualifie de parabole (pouvant devenir complexe) du moucharabieh.

Mais que sont les minoritaires faisant l’exception ? Sont-ils indépendants de tout pouvoir ? Ne sont-ils pas manipulés et manipulables ? Pour simplifier, identifions-les ici comme étant une jeunesse déboussolée et embrigadée, des théoriciens et jurisconsultes voyous et des États terroristes.

Les jeunes n’ont que le vernis religieux, maquillé en religiosité pour remplir leur vacuité spirituelle. S’ils sont manipulés, c’est qu’on leur livre un argumentaire sur une thématique faussée articulée sur la supposée valeur éminente du djihad justifiant leurs crimes tout en les consacrant religieusement.

Car leur jihad, qui est d’abord mineur en l’occurrence, est forclos en islam, tout comme l’a été l’émigration (hijra). C’est ce que les jeunes ne savent pas ou ne veulent pas savoir puisque leurs gourous le taisent, assurant même le contraire.

La responsabilité incombe donc aux théoriciens voyous se gardant de dire la vérité sur cette question sensible, n’arrêtant pas d’en parler faussement, agissant en faussaires afin de mieux réussir leur oeuvre de lavage de cerveau de jeunes en révolte contre leur société, mal dans leur peau, en rupture de ban avec les leurs, en crise existentielle.

Les uns, les manipulés, et les autres, les manipulateurs, se laissent d’autant mieux faire ou redoublent de zèle dans leurs diaboliques menées qu’ils ne connaissent — s’agissant de la jeunesse — rien ou si peu de la religion, leur dernier souci, ou — s’agissant des théoriciens — qu’ils prétendent servir alors qu’ils s’en servent comme l’on se sert d’eux, étant par ailleurs au service de pouvoirs occultes, musulmans ou non, parmi lesquels des États voyous.

Il y a ainsi un business de la désinformation servant surtout les profiteurs d’un ordre saturé auquel ils s’accrochent pour le maintenir malgré le désordre mondial actuel. Alors, fatalement, se pose la question classique de savoir à qui profite le crime, sachant qu’il dessert à n’en pas douter la majorité musulmane, ainsi qu’une saine conception de l’humain ?

C’est ce qui est à la source du malaise actuel en notre civilisation qu’on savait mortelle déjà, malaise dont on ne veut pas prendre compte, mais qui ne saurait être plus longtemps ignoré sans davantage d’horreurs. Or, on pourrait en faire l’économie si l’on faisait la politique autrement, y intégrant l’impératif éthique, la transfigurant en poléthique pour un monde d’humanité, unemondianité.

Le monde d’après 

Dans les États voyous, on voit de plus en plus consacré l’usage de la tactique éculée consistant à diviser pour régner, maintenir un impérium physique comme moral, sous des dehors démocratiques (une démocratie d’élevage) qui ne trompent plus, ne traduisant que le pouvoir de démons professionnels de la politique en ce qui est devenu, au mieux, une démocratie sauvage, sinon une daimoncratie, la chose des démons de la chose publique.

Quid du rapport au terrorisme de l’islam institué en États et qui est loin — faut-il le rappeler encore — de refléter la foi populaire, à des années-lumière de ses manifestations officielles ? Ni l’islam se disant modéré ni, à plus forte raison, celui supposé être une lecture rigoriste, ne se décident à déclarer illicite le djihad mineur périmé, combien même ils osent prétendre vouer aux gémonies ceux qui en usent, ce qui revient à les encourager, justifier implicitement leurs horreurs.

Ce qu’il faut surtout noter ici, c’est que de tels États, modérés comme extrémistes, surtout ces derniers, ont les faveurs de l’Occident. Celui-ci, au prétexte de réalisme politique et/ou idéologique, plus soucieux des intérêts de ses dirigeants que de ses peuples, ne s’embarrasse pas de surenchère machiavélique, violant ses valeurs humanistes. Pour preuve, contesterait-on que nombre de régimes arabes et/ou musulmans ne tiennent que grâce au soutien dont ils jouissent auprès de l’Occident mercantile? N’est-ce pas le cas, particulièrement, de la tête de proue de l’islam rigoriste ?

Au nom de ce machiavélisme au vernis de la realpolitik, on dévergonde la politique, maintenant sa conception antique du jeu du lion et du renard déjà périmé, surtout en notre âge des foules qui sont en mesure d’agir pareillement, et encore plus bestialement.

Or, ni le bon sens, ni l’éthique, ni la logique n’admettent plus guère qu’on affirme lutter contre un terrorisme sur la cause avérée duquel on ferme les yeux. Plus que jamais, on tolère moins que l’on ne se prononce pas sur les menées occultes à l’origine de nombre d’actes dénoncés, y compris ce monstre qu’est Daech qui ne serait au mieux qu’un Frankenstein échappé à son maître. N’est-il pas la réplique du régime wahhabite installé à La Mecque alors que cette hérésie est l’anti-islam par excellence ? Ainsi a-t-on pu dire, avec raison, que le wahhabisme est un Daech ayant réussi.

S’il y a le feu à notre planète, il ne faut surtout pas oublier qu’il peut toujours y avoir des pompiers pyromanes ; c’est le système obsolète dans lequel on continue de vivre qui l’impose. Ce qui suppose d’entrevoir le monde d’après à la faveur du chaos actuel qui annonce bien un monde nouveau à naître, la fin de l’ancien étant une faim de nouveauté ; c’en est même un signe tangible, l’Antéchrist préludant la venue du Christ.

Il est bien temps d’arrêter de se focaliser sur le menu fretin de ces bandits qui ne sont que des pantins, affublant leur radicalisation et leur nihilisme du vernis religieux ; cela n’est nullement inédit. Être crédible, sage et efficace consiste à s’attaquer à la religiosité de façade entretenue par les pouvoirs voyous aux commandes des destinées des multitudes, d’islam et de non-islam, et ce au service d’un ordre injuste, celui de minorités désormais chahutées dans leurs intérêts exorbitants acquis au détriment de majorités brimées, démunies de leurs droits et libertés intangibles.

Alors, et sans que cela apparaisse par trop bizarre, sinon juste d’emblée, la jeunesse terroriste, malgré ses horreurs et atrocités, pourrait se révéler n’être que des garnements terrorisés, de petites frappes jouant aux monstres et se jouant d’eux-mêmes en redoublant de turpitudes pour ne plus avoir peur et contrer celles de leurs ennemis. N’est-ce pas ce qui les amène à s’offrir la mort, moins pour un prétendu paradis, que pour échapper à leur enfer sur terre ou ce qu’ils perçoivent comme tel.

Un tel propos est certes iconoclaste, mais ne livre-t-il pas juste une part de vérité occultée, constante anthropologique qui plus est dont rendent compte les livres sacrés, jusques et y compris la Bible, les excès amenant les excès ?

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 11:44

Le point de vue de la pluralité rappelle à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours libres d’apporter à nos institutions des changements.

Étudier la pluralité, et singulièrement son histoire, c’est d’abord apporter une contribution notable à notre connaissance de la laïcité. C’est en effet mettre en évidence la place de la pluralité et le rôle que celle-ci a joué dans la genèse même de l’idée laïque, première étape dans ce qui a été l'invention même de la laïcité Étudier la pluralité, c’est aussi montrer que, dans le contexte français, la laïcité a su assurer les meilleures conditions à une diversité des formes religieuses prise dans toute son étendue. Car la loi de 1905 fut aussi le moment de la libération des multiples expressions au sein des grandes traditions religieuses, la voie véritablement ouverte – pour la première fois en France – à ce que j’appellerai la pluralité interne.

Ce qui doit également nous rappeler combien une considération véritablement laïque des religions ne les tient pas pour des blocs homogènes, mais prend en compte la diversité des courants qui les parcourent, qui les déchirent même parfois. Sans oublier jamais que faire droit à la pluralité revient à assurer la garantie des droits égaux de celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune appartenance religieuse.

Le principe et le nombre

Le point de vue de la pluralité rappelle aussi à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours parfaitement libres d’apporter à nos institutions les changements que nous souhaitons. Mais ceci en tenant compte de l’ensemble des besoins et des effets attendus. Ce qui suppose de maintenir toute notre attention aux groupes les plus petits, ou les plus discrets. Se pose ici la grande question de l’équilibre, sur lequel il ne faut rien céder, entre principe et nombre (à ce sujet signalons la parution prochaine d’un Atlas des minorités religieuses, réalisé dans le cadre du programme Minorel)

C’est dire aussi résister à la tentation de la focalisation sur certains groupes confessionnels en particulier, et en tout premier lieu à celle qui a trop souvent cours en ce moment, concernant deux groupes entre tous : les musulmans et les catholiques.

Ce qui, dans la sphère de la recherche, implique notamment de maintenir notre effort concernant la Réforme, dont le rôle a été si décisif dans l’histoire de la modernité occidentale, mais dont on peut douter qu’elle ait trouvé toute la place qui doit lui revenir dans le paysage actuel de la recherche française.

Minorités et majorité

Ériger la pluralité religieuse en objet d’histoire au sens plein du terme, c’est encore ne pas considérer les groupes religieux dans l’histoire comme des isolats. Ces groupes sont partie prenante de contextes au sein desquels ils nouent et tissent des relations multiples. Ils participent à modeler ces contextes : on sait l’importance de la diversité religieuse dans la fondation de la République américaine. Ils y évoluent aussi et se modifient eux-mêmes en développant de multiples stratégies d’adaptation.

Ainsi, dans le cas français, le rapport entre minorités et majorité, mais aussi l’évolution d’une majorité qui, tout en restant largement majoritaire, perd sa position de religion exclusive. Un changement tout à fait radical dont on n’a peut-être pas encore mesuré tous les effets. Tout ceci alors que l’on ne saurait nier la nécessité absolue de la comparaison avec d’autres contextes, particulièrement à l’échelle nationale, pour réaliser aussi pourquoi nous avons parfois tant de mal à nous comprendre sur ces sujets entre proches voisins, d’un pays à l’autre, et particulièrement d’un bord de l’Atlantique à l’autre, entre Français et Américains

Le poids des héritages du passé

Une telle histoire de la pluralité en matière de religion est aussi une histoire des cultures et des mentalités. Ainsi, et pour ne prendre qu’un seul exemple, mais qui occupe tant les esprits et les débats, celui de la perception du port du foulard islamique, si différente notamment entre la France et les pays anglo-saxons. Mais n’est-ce pas parce qu’en France, la vie de la diversité s’est construite, n’a été rendue possible, que par ce que j’appellerai la « neutralisation » d’un espace commun qui avait d’abord été si massivement et exclusivement investi par le catholicisme ?

Il y a là, nous semble-t-il, un héritage historique qui agit sans même que nous en ayons conscience et qui rend les Français particulièrement sensibles et réticents à tout signe à forte visibilité. Un héritage dont il importe grandement de le faire comprendre aussi aux porteurs de ces signes, et aujourd’hui à celles qui portent le foulard.

À cette histoire de la pluralité, la pluridisciplinarité est absolument nécessaire, le travail conjoint avec – entre autres disciplines – le droit, la science politique, la philosophie. Entre elles, le dialogue est indispensable, mais on ne saurait prétendre qu’il soit simple et toujours facile.

La laïcité est certes d’abord du domaine du droit, un droit qu’il faut faire connaître aux citoyens, dont il faut leur apporter une connaissance débarrassée des entreprises de gauchissement et d’emprise qui sont si fortes aujourd’hui. Mais en rappelant aussi que le droit lui-même n’est pas une essence intemporelle, qu’il est le produit d’une histoire et d’une sociologie. Et que, comme le montre l’exemple précédemment cité, dans la vie du corps social le droit n’est pas tout et ne peut être seul considéré.

Un déficit de pluralisme

Enfin, cette prise au sérieux de la pluralité a aussi pour vertu de faire apparaître un certain déficit de pluralisme, au sens d’une manière de voir plurielle, dans notre culture commune, et le poids des héritages du passé dans la façon dont nous appréhendons ces questions, dans nos catégories ainsi que dans les usages institutionnels.

On peut y repérer l’empreinte, bien sûr, de la culture catholique, mais aussi celle d’un long XIXesiècle, qui – des fondations napoléoniennes à la loi de 1905 – a été celui de la naturalisation du pluralisme en France avec le système dit « des cultes reconnus » (et non pas seulement, comme on le dit encore si souvent, « le système concordataire ») ; un pluralisme réel, effectif mais limité, et surtout, entièrement soumis à la main de fer de l'état.

C’est, nous semble-t-il, en attirant l’attention sur des domaines à faible visibilité ou peu pris en compte, en interrogeant les catégories en usage, en remettant les questions en contexte que la recherche peut aussi exercer ses responsabilités à l’égard de la cité sur un sujet en ce moment si sensible et suscitant tant de préoccupations.

Avec, aussi, le devoir de résister à la demande sociale, en gardant toujours présent à l’esprit le risque, en voulant répondre trop directement aux demandes politiques, médiatiques et sociétales, de perdre de la nécessaire indépendance qui fonde la pertinence de toute recherche.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:06

Le Code du travail encadre déjà de manière satisfaisante le fait religieux en entreprise. En appeler à la laïcité en entreprise est une aberration.

À l’occasion d’une interview au Figaro Magazine en date du 27 août 2016, Nicolas Sarkozy a proposé d’étendre l’interdiction du voile musulman jusque dans les entreprises privées. Cette énième déclaration illustre la tentation tenace de bannir le fait religieux de l’entreprise et la crispation entourant cette question. Serpent de mer des crispations identitaires, comme ont pu l’illustrer certains débats consécutifs à la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue et à la sécurisation des parcours professionnels, familièrement appelée loi El Khomri.

En effet, certains ont pu s’émouvoir de lire dans le rapport Badinter, puis dans le projet de "loi travail" que le salarié était libre de manifester ses convictions en entreprise, y compris religieuses, y voyant là un danger pour la laïcité et le bon fonctionnement des entreprises.

Un problème de définition : liberté religieuse et laïcité en entreprise.

La première chose à faire, quand on souhaite aboutir à une meilleure compréhension d’un problème, est de commencer à se mettre d’accord sur le sens des mots utilisés.

La liberté religieuse ne se borne pas à la seule liberté de croire ou de ne pas croire. Elle implique nécessairement une certaine extériorisation des convictions, qu’il s’agisse de l’exercice d’un culte ou de l’expression individuelle de ses convictions. Si un lecteur s’émeut de ce qu’il vient de lire, qu’il pense donc à la liberté politique : elle ne se borne pas à la simple liberté de penser mais implique la possibilité d’exprimer ses opinions politiques, y compris en public, de se réunir avec des personnes partageant les mêmes convictions politiques et éventuellement d’afficher des signes de ralliement politique, qu’il s’agisse de drapeaux, de pin’s, de symboles…

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La laïcité est une caractéristique des institutions politiques sécularisées. Les institutions politiques laïques sont indépendantes des institutions religieuses et neutres vis-à-vis du fait religieux en lui-même (ce qui permet de distinguer la laïcité de l’athéisme). Principe d’indifférence de l’État, la laïcité est également la garantie que l’État assure la liberté de culte1. La laïcité a donc un champ d’application limité : elle concerne l’État et, plus généralement, toute personne chargée d’une mission de service public.

Définition du problème : que doit faire l’employeur pour restreindre le fait religieux en entreprise ?

L’employeur n’est en rien démuni face au fait religieux. En effet, outre le principe de non-discrimination2, le droit du travail français précise déjà très clairement la place des libertés des salariés dans l’entreprise : l’employeur ne saurait apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. Les libertés individuelles en cause englobent naturellement la liberté religieuse .

Loin d’être contraignantes, ces règles permettent à l’employeur de restreindre la liberté religieuse à chaque fois que la chose est objectivement justifiée. Ainsi, l’employeur peut tout à fait sanctionner un salarié :

  • refusant d’exécuter sa prestation de travail pour des raisons religieuses (par exemple, un boucher refusant de toucher de la viande de porc4, mais ce serait vrai également d’une personne quittant son poste ou arrêtant les machines afin de partir prier) ;
  • refusant de respecter les règles de sécurité et d’hygiène au travail (par exemple un machiniste refusant de raser sa barbe alors qu’il travaille sur des machines dangereuses, ou un salarié refusant le suivi médical obligatoire au motif que le médecin est du sexe opposé) ;
  • tentant d’imposer ses convictions à autrui, par exemple un formateur qui profite de sa position pour tracter pour les Témoins de Jéhovah, la Manif pour Tous, la mosquée du quartier ou pour son candidat politique favori.

Sur ce dernier point, il faut relever que seul le prosélytisme peut être sanctionné. Ainsi, doit être annulé le règlement intérieur qui interdisait, de manière générale et absolue, « les discussions politiques ou religieuses, et d’une manière générale, toute conversation étrangère au service » : une telle mesure n’est pas proportionnée au but recherché et revient à la négation pure et simple des libertés religieuses, politiques et d’expression.

Certes, tout ceci est bien beau, penseront certains in petto, mais quid du principe de laïcité ? Ce principe ne s’applique pas aux entreprises privées : la Cour de cassation a dû le rappeler dans son communiqué relatif à l'arrêt baby loup .

Le seul problème des entreprises est donc de réussir à identifier les éléments objectifs leur permettant de limiter à juste titre la liberté de leurs collaborateurs. Une tâche parfois difficile, mais pas insurmontable, qui ne justifie pas une quelconque intervention législative.

La laïcité, un vœu pieux pour 2017

De nombreuses questions auraient pu être abordées, de la guerre des crèches au restaurant d’entreprise, elles ne le seront pas. Les débats autour de ce sujet sont infinis et nous aurons l'occasion d'y revenir .

À ce stade, il ne reste donc plus qu’à exprimer qu’une chose : le souhait que chacun saura distinguer ce qui relève de l’expression, peut-être jugée déplaisante, de convictions religieuses et ce qui relève du prosélytisme abusif. La préservation d’un équilibre entre liberté religieuse et bon fonctionnement de l’entreprise est à ce prix.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:01

Quand la Laïcité devient le faux débat du fait religieux en entreprise.....

Le Code du travail encadre déjà de manière satisfaisante le fait religieux en entreprise. En appeler à la laïcité en entreprise est une aberration.

À l’occasion d’une interview au Figaro Magazine en date du 27 août 2016, Nicolas Sarkozy a proposé d’étendre l’interdiction du voile musulman jusque dans les entreprises privées. Cette énième déclaration illustre la tentation tenace de bannir le fait religieux de l’entreprise et la crispation entourant cette question. Serpent de mer des crispations identitaires, comme ont pu l’illustrer certains débats consécutifs à la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue et à la sécurisation des parcours professionnels, familièrement appelée loi El Khomri.

En effet, certains ont pu s’émouvoir de lire dans le rapport Badinter, puis dans le projet de "loi travail" que le salarié était libre de manifester ses convictions en entreprise, y compris religieuses, y voyant là un danger pour la laïcité et le bon fonctionnement des entreprises.

Un problème de définition : liberté religieuse et laïcité en entreprise.

La première chose à faire, quand on souhaite aboutir à une meilleure compréhension d’un problème, est de commencer à se mettre d’accord sur le sens des mots utilisés.

La liberté religieuse ne se borne pas à la seule liberté de croire ou de ne pas croire. Elle implique nécessairement une certaine extériorisation des convictions, qu’il s’agisse de l’exercice d’un culte ou de l’expression individuelle de ses convictions. Si un lecteur s’émeut de ce qu’il vient de lire, qu’il pense donc à la liberté politique : elle ne se borne pas à la simple liberté de penser mais implique la possibilité d’exprimer ses opinions politiques, y compris en public, de se réunir avec des personnes partageant les mêmes convictions politiques et éventuellement d’afficher des signes de ralliement politique, qu’il s’agisse de drapeaux, de pin’s, de symboles…

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La laïcité est une caractéristique des institutions politiques sécularisées. Les institutions politiques laïques sont indépendantes des institutions religieuses et neutres vis-à-vis du fait religieux en lui-même (ce qui permet de distinguer la laïcité de l’athéisme). Principe d’indifférence de l’État, la laïcité est également la garantie que l’État assure la liberté de culte1. La laïcité a donc un champ d’application limité : elle concerne l’État et, plus généralement, toute personne chargée d’une mission de service public.

Définition du problème : que doit faire l’employeur pour restreindre le fait religieux en entreprise ?

L’employeur n’est en rien démuni face au fait religieux. En effet, outre le principe de non-discrimination2, le droit du travail français précise déjà très clairement la place des libertés des salariés dans l’entreprise : l’employeur ne saurait apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. Les libertés individuelles en cause englobent naturellement la liberté religieuse .

Loin d’être contraignantes, ces règles permettent à l’employeur de restreindre la liberté religieuse à chaque fois que la chose est objectivement justifiée. Ainsi, l’employeur peut tout à fait sanctionner un salarié :

  • refusant d’exécuter sa prestation de travail pour des raisons religieuses (par exemple, un boucher refusant de toucher de la viande de porc4, mais ce serait vrai également d’une personne quittant son poste ou arrêtant les machines afin de partir prier) ;
  • refusant de respecter les règles de sécurité et d’hygiène au travail (par exemple un machiniste refusant de raser sa barbe alors qu’il travaille sur des machines dangereuses, ou un salarié refusant le suivi médical obligatoire au motif que le médecin est du sexe opposé) ;
  • tentant d’imposer ses convictions à autrui, par exemple un formateur qui profite de sa position pour tracter pour les Témoins de Jéhovah, la Manif pour Tous, la mosquée du quartier ou pour son candidat politique favori.

Sur ce dernier point, il faut relever que seul le prosélytisme peut être sanctionné. Ainsi, doit être annulé le règlement intérieur qui interdisait, de manière générale et absolue, « les discussions politiques ou religieuses, et d’une manière générale, toute conversation étrangère au service » : une telle mesure n’est pas proportionnée au but recherché et revient à la négation pure et simple des libertés religieuses, politiques et d’expression.

Certes, tout ceci est bien beau, penseront certains in petto, mais quid du principe de laïcité ? Ce principe ne s’applique pas aux entreprises privées : la Cour de cassation a dû le rappeler dans son communiqué relatif à l'arrêt baby loup .

Le seul problème des entreprises est donc de réussir à identifier les éléments objectifs leur permettant de limiter à juste titre la liberté de leurs collaborateurs. Une tâche parfois difficile, mais pas insurmontable, qui ne justifie pas une quelconque intervention législative.

La laïcité, un vœu pieux pour 2017

De nombreuses questions auraient pu être abordées, de la guerre des crèches au restaurant d’entreprise, elles ne le seront pas. Les débats autour de ce sujet sont infinis et nous aurons l'occasion d'y revenir .

À ce stade, il ne reste donc plus qu’à exprimer qu’une chose : le souhait que chacun saura distinguer ce qui relève de l’expression, peut-être jugée déplaisante, de convictions religieuses et ce qui relève du prosélytisme abusif. La préservation d’un équilibre entre liberté religieuse et bon fonctionnement de l’entreprise est à ce prix.

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 07:29

Pluralité religieuse et laïcité, un couple inséparable et vertueux

Le point de vue de la pluralité rappelle à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours libres d’apporter à nos institutions des changements.

Étudier la pluralité, et singulièrement son histoire, c’est d’abord apporter une contribution notable à notre connaissance de la laïcité. C’est en effet mettre en évidence la place de la pluralité et le rôle que celle-ci a joué dans la genèse même de l’idée laïque, première étape de ce qui a été l'invention même de la Laïcité.

Étudier la pluralité, c’est aussi montrer que, dans le contexte français, la laïcité a su assurer les meilleures conditions à une diversité des formes religieuses prise dans toute son étendue. Car la loi de 1905 fut aussi le moment de la libération des multiples expressions au sein des grandes traditions religieuses, la voie véritablement ouverte – pour la première fois en France – à ce que j’appellerai la pluralité interne.

Ce qui doit également nous rappeler combien une considération véritablement laïque des religions ne les tient pas pour des blocs homogènes, mais prend en compte la diversité des courants qui les parcourent, qui les déchirent même parfois. Sans oublier jamais que faire droit à la pluralité revient à assurer la garantie des droits égaux de celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune appartenance religieuse.

Le principe et le nombre

Le point de vue de la pluralité rappelle aussi à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours parfaitement libres d’apporter à nos institutions les changements que nous souhaitons. Mais ceci en tenant compte de l’ensemble des besoins et des effets attendus. Ce qui suppose de maintenir toute notre attention aux groupes les plus petits, ou les plus discrets. Se pose ici la grande question de l’équilibre, sur lequel il ne faut rien céder, entre principe et nombre (à ce sujet signalons la parution prochaine d’un Atlas des minorités religieuses) .

C’est dire aussi résister à la tentation de la focalisation sur certains groupes confessionnels en particulier, et en tout premier lieu à celle qui a trop souvent cours en ce moment, concernant deux groupes entre tous : les musulmans et les catholiques.

Ce qui, dans la sphère de la recherche, implique notamment de maintenir notre effort concernant la Réforme, dont le rôle a été si décisif dans l’histoire de la modernité occidentale, mais dont on peut douter qu’elle ait trouvé toute la place qui doit lui revenir dans le paysage actuel de la recherche française.

Minorités et majorité

Ériger la pluralité religieuse en objet d’histoire au sens plein du terme, c’est encore ne pas considérer les groupes religieux dans l’histoire comme des isolats. Ces groupes sont partie prenante de contextes au sein desquels ils nouent et tissent des relations multiples. Ils participent à modeler ces contextes : on sait l’importance de la diversité religieuse dans la fondation de la République américaine. Ils y évoluent aussi et se modifient eux-mêmes en développant de multiples stratégies d’adaptation.

Ainsi, dans le cas français, le rapport entre minorités et majorité, mais aussi l’évolution d’une majorité qui, tout en restant largement majoritaire, perd sa position de religion exclusive. Un changement tout à fait radical dont on n’a peut-être pas encore mesuré tous les effets. Tout ceci alors que l’on ne saurait nier la nécessité absolue de la comparaison avec d’autres contextes, particulièrement à l’échelle nationale, pour réaliser aussi pourquoi nous avons parfois tant de mal à nous comprendre sur ces sujets entre proches voisins, d’un pays à l’autre, et particulièrement d’un bord de l’Atlantique à l’autre, entre Français et Américains.

Le poids des héritages du passé

Une telle histoire de la pluralité en matière de religion est aussi une histoire des cultures et des mentalités. Ainsi, et pour ne prendre qu’un seul exemple, mais qui occupe tant les esprits et les débats, celui de la perception du port du foulard islamique, si différente notamment entre la France et les pays anglo-saxons. Mais n’est-ce pas parce qu’en France, la vie de la diversité s’est construite, n’a été rendue possible, que par ce que j’appellerai la « neutralisation » d’un espace commun qui avait d’abord été si massivement et exclusivement investi par le catholicisme ?

Il y a là, me semble-t-il, un héritage historique qui agit sans même que nous en ayons conscience et qui rend les Français particulièrement sensibles et réticents à tout signe à forte visibilité. Un héritage dont il importe grandement de le faire comprendre aussi aux porteurs de ces signes, et aujourd’hui à celles qui portent le foulard.

À cette histoire de la pluralité, la pluridisciplinarité est absolument nécessaire, le travail conjoint avec – entre autres disciplines – le droit, la science politique, la philosophie. Entre elles, le dialogue est indispensable, mais on ne saurait prétendre qu’il soit simple et toujours facile.

La laïcité est certes d’abord du domaine du droit, un droit qu’il faut faire connaître aux citoyens, dont il faut leur apporter une connaissance débarrassée des entreprises de gauchissement et d’emprise qui sont si fortes aujourd’hui. Mais en rappelant aussi que le droit lui-même n’est pas une essence intemporelle, qu’il est le produit d’une histoire et d’une sociologie. Et que, comme le montre l’exemple précédemment cité, dans la vie du corps social le droit n’est pas tout et ne peut être seul considéré.

Un déficit de pluralisme

Enfin, cette prise au sérieux de la pluralité a aussi pour vertu de faire apparaître un certain déficit de pluralisme, au sens d’une manière de voir plurielle, dans notre culture commune, et le poids des héritages du passé dans la façon dont nous appréhendons ces questions, dans nos catégories ainsi que dans les usages institutionnels.

On peut y repérer l’empreinte, bien sûr, de la culture catholique, mais aussi celle d’un long XIXe siècle, qui – des fondations napoléoniennes à la loi de 1905 – a été celui de la naturalisation du pluralisme en France avec le système dit « des cultes reconnus » (et non pas seulement, comme on le dit encore si souvent, « le système concordataire ») ; un pluralisme réel, effectif mais limité, et surtout, entièrement soumis à la main de fer de l’État

C’est, nous semble-t-il, en attirant l’attention sur des domaines à faible visibilité ou peu pris en compte, en interrogeant les catégories en usage, en remettant les questions en contexte que la recherche peut aussi exercer ses responsabilités à l’égard de la cité sur un sujet en ce moment si sensible et suscitant tant de préoccupations.

Avec, aussi, le devoir de résister à la demande sociale, en gardant toujours présent à l’esprit le risque, en voulant répondre trop directement aux demandes politiques, médiatiques et sociétales, de perdre de la nécessaire indépendance qui fonde la pertinence de toute recherche.

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 12:55

Le recul de l'espoir communiste porté dans le « Tiers monde » de jadis par la force de l'Union soviétique, a laissé la place à des espérances religieuses, dans un monde bien plus difficile à comprendre pour les populations les moins formées de la planète, que l'affrontement Est-Ouest d'autrefois.

Deux riches états alliés, ont préparé de longue date ces idéologies d'affrontement d'abord, puis de substitution ensuite, au communisme, les USA et l'Arabie saoudite.
Voici un article synthétique et éclairant sur les éléments qui ont participé au succès de ce grand renversement :

L'islam sunnite et le protestantisme évangélique sont les deux courants religieux qui progressent le plus rapidement et qui gagnent le plus grand nombre de nouveaux convertis aujourd'hui dans le monde. Ainsi par exemple, en Amérique du Sud, continent d'origine du pape François, le catholicisme perd de très importantes "parts de marché" face à l'évangélisme. Et il est inutile de rappeler que les différents courants chrétiens qui ont connu une présence bimillénaire au Proche et au Moyen-Orient sont en passe d'être quasiment tous éliminés de la région par les extrémistes sunnites - à l'exception notable des 8 millions de Coptes sous protection de l'Etat égyptien laïc.

Pourquoi ce succès mondial de l'évangélisme et du sunnisme? Par delà l'alliance historique, économique et géopolitique nouée entre les USA et le royaume Saoudien ayant permis d'assurer leur succès conjoint au cours du XXe siècle, il convient de souligner que ces deux courants religieux sont les plus "en phase" avec le processus actuel de la mondialisation néolibérale depuis les années 1980, processus dont les deux grands principes fondamentaux sont: l'individualisme et le rejet de toute autorité institutionnelle surplombante - en particulier celle de l'Etat. L'évangélisme et l'islam sunnite offrent ainsi l'avantage d'être deux idéologies universalistes de masse, lesquelles peuvent s'étendre sans limite, sans distinction et sans exclusive à tous les humains sur toute la surface de la planète. Les conditions d'entrée dans la communauté universelle des croyants ou des "frères" y sont minimales (sinon minimalistes!), et les exigences spirituelles et rituelles y sont facilement accessibles à chacun - y compris depuis son ordinateur! Ce sont en quelque sorte deux universalismes "low cost"...

En regard de ces deux idéologies, les autres idéologies universalistes disponibles sur le marché peuvent sembler dépassées et ringardes, voire "archaïques" à un grand nombre de gens, mais aussi élitistes, voire "discriminatoires" ou même "racistes" (sans doute leur plus grave défaut au regard des normes sociales actuelles!), particulièrement aux yeux des jeunes générations plongées dès leur naissance dans le grand bain mondialisé: que ce soit le républicanisme, le socialisme ou bien encore le catholicisme - et même le sionisme (je ne parlerai pas ici du "césaro-papisme" de la Russie orthodoxe de Poutine qui sert principalement de repoussoir aux Occidentaux). Car ces idéologies qui ont pris leur essor au XIXe siècle (à l'exception notable certes du catholicisme, lequel a néanmoins connu au XIXe siècle un durcissement de sa doctrine face aux idéologies modernes qui lui faisaient concurrence), sont toutes liées à l'existence d'institutions particulières dont l'autorité surplombante est censée s'exercer sur une communauté dont les limites sont fixées a priori (tout le monde n'y est pas admis d'office!): l'Etat exerce son autorité sur la communauté des citoyens en République, le parti-Etat exerce son autorité sur le "peuple" ou le prolétariat en régime socialiste, l'Eglise catholique et apostolique romaine exerce son autorité sur la communauté des fidèles, et enfin l'Etat sioniste est conçu dès l'origine comme l'Etat des Juifs par Th. Herzl. Autrement dit, ces idéologies ne disent pas à chacun, à l'instar de Ronald Mac Donald: "venez comme vous êtes", mais plutôt: "faites un effort ou un travail sur vous mêmes, afin de vous conformer à un certain idéal ou un certain modèle de vie". De là à considérer que ces idéologies "exigeantes" seraient l'apanage des "Blancs", il n'y a qu'un pas ... que certains ont déjà sauté depuis belle lurette!

En somme, la mondialisation nous confronte, en ce début de XXIe siècle, à des questions théologico-politiques que la plupart de nos gouvernants se gardent bien de poser publiquement car ils seraient bien incapables non seulement d'y répondre, mais même seulement d'en saisir le sens et la portée - engoncés qu'ils sont dans un économicisme étroit et à courte vue ("seule la croissance nous sauvera") qui les empêche de pouvoir seulement comprendre ce qui nous arrive collectivement. A moins qu'ils n'aient déjà pris leur parti des évolutions en cours...?

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