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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:14

 

Le score État-moralisateur de l’Institut Économique Molinari montre l’inefficacité des politiques prohibitives pour améliorer les conditions sanitaires.

 

 

L’Institut Molirani  vient de publier la deuxième édition de son indicateur des Etats moralisateurs dans l’Union Européenne.

Cet indicateur se concentre sur les interdits en lien avec l’alimentation, l’alcool et le tabac au sens large. En somme, on mesure ici dans quelle mesure l’État vous « veut du bien » par une inflation réglementaire en faveur de la dissuasion de la consommation des produits légaux et de l’imposition d’un surcoût aux consommateurs.

DES ÉTATS DE PLUS EN PLUS MORALISATEURS

De tous les pays de l’Union européenne, seuls 6 pays ont enregistré des scores plus faibles que l’an passé, traduisant un assouplissement des interdits et/ou de la fiscalité. Il s’agit de la Belgique, du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de Malte et de la Suède.

La Directive Européenne sur les Produits du Tabac aura été et sera, au fil de son application, particulièrement néfaste. Les cigarettes électroniques sont aussi en ligne de mire, malgré leurs bénéfices sanitaires évidents , preuve que le souci de la santé du citoyen n’est pas forcément au premier plan dans les démarches étatiques.

L’alcool n’est pas en reste : d’une manière générale, la situation reste stable mais certains pays tendent à pousser en direction d’un plus grand contrôle de la consommation, notamment par l’introduction de biais tarifaires.

QUELLE EFFICACITÉ ?

Puisque l’État vous veut du bien, il devrait s’intéresser à l’efficacité des politiques qu’il met en place et ce d’autant plus qu’il est connu que prohibitions et réglementations excessives nuisent aux plus pauvres et justifient donc l’existence d’un marché noir . On constate pourtant que le score État-moralisateur global ne présente aucune corrélation avec l’espérance de vie. Espérance de vie en fonction du score État-moralisateur global.

Plus précisément, il n’y a pas non plus de corrélation de ce score avec le taux de prévalence du tabagisme, ni avec la consommation d’alcool par personne, qu’elle soit modérée ou volontairement excessive

ON NOUS VEUT DU BIEN ?

Au risque de tomber dans le travers souvent reproché aux libéraux qui consisterait à placer l’économie en tête des priorités, on constate pourtant qu’il existe une corrélation bien plus marquée entre espérance de vie et PNB.

 

Espérance de vie en fonction du PNB.

Alors non, on ne vous veut pas du bien. Non, rien ne justifie les politiques de fiscalité et de réglementation comportementales. Non, on ne peut pas aller contre la liberté des individus de mener leur existence comme bon leur semble.

Bien sûr, il est connu que la consommation de tabac, d’alcool ou de sucreries est mauvaise pour la santé mais les faits sont têtus : les politiques prohibitives et collectives menées n’ont qu’un effet marginal sur le comportement des individus.

Si l’État vous voulait vraiment du bien, il penserait à vos libertés. À vos libertés économiques d’abord, parce qu’elles sont le seul moyen d’enrichir ses habitants et parce que cet enrichissement est partout et en toutes époques directement corrélé à l’amélioration des conditions sanitaires.

Ces conditions sanitaires améliorées, quelle nécessité pourrait-il y avoir d’attenter à vos libertés individuelles ? Dans un monde libéré, les individus savent arbitrer par eux-mêmes entre plaisirs et dangers.

Ils ne sont pas emprisonnés dans la gangue ouateuse de l’État nounou, car enfin, qui est mieux placé qu’un individu éclairé par un débat contradictoire et des arguments objectifs pour arbitrer entre ce qui lui nuit et ce qui lui bénéficie ?

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 07:26

On doit reconnaître à Emmanuel Macron un mérite : celui de sortir la France d’une prison dans laquelle elle s’était enfermée depuis des décennies : un bipartisme dégénéré.

 

Jusqu’à présent, chaque échéance électorale nationale opposait deux groupes de rivaux bien identifiés qui se paraient avec complaisance de l’appellation de « partis politiques ».

En effet leur harmonie était très insuffisante tant sur le plan des programmes de gouvernement que pour leur hiérarchie interne, dans les débats préélectoraux ou après qu’ils ont accédé au pouvoir.

Malgré ces insuffisances, les campagnes électorales donnaient le change avec le concours de tous les médias, heureux d’orchestrer une dramaturgie assez spectaculaire pour attirer un public nombreux. Attrait au demeurant bien surprenant car l’issue du combat était presque toujours la même : le rival du Président sortant était élu.

PAS DE BÉNÉFICE DE LA RÉÉLECTION AU SUFFRAGE UNIVERSEL

Exceptionnellement, les électeurs réélurent le Président sortant mais c’était toujours après une cohabitation, pour déjuger le Premier ministre démissionnaire. Ce fut le cas en 1988 et en 2002.

Ainsi en définitive, aucune politique générale, aucun gouvernement, aucun leader n’a bénéficié depuis 1969 d’une réélection au suffrage universel ou d’une confirmation.

Ceci est la conséquence logique de la médiocrité des gouvernements qui se sont succédé et n’ont pas apporté la preuve de leur réussite. Mais on ne saurait s’en tenir à une conclusion aussi sommaire.

Ni les hommes politiques, ni les citoyens ne sont des imbéciles. Si nos politiques se sont laissés enfermer dans cette prison, c’est qu’ils y avaient intérêt. La situation de la France est en vérité bien banale.

LA FIN DU DUOPOLE ?

Les deux grands partis « de gouvernement » ont formé un duopole. Ils se sont succédé au pouvoir sans surprise. Au fond, s’ils rataient une élection, il fallait juste qu’ils conservent toutes les chances de gagner la suivante et de revenir au pouvoir pour profiter de la situation très gratifiante de l’exécutif dans la Vème République.

Au pire, ne pas manquer deux échéances successives. Donc, ne pas entreprendre de changements trop profonds, puisque leurs résultats ne seraient pas visibles avant la prochaine échéance.

Donc faire des mesures catégorielles, des réformes sociétales et de la communication, car c’est rapide et visible. Ce sont des marqueurs, comme on dit, mais quel rapport avec les graves maux dont souffre la France ? Aucun, souvent, mais c’était trop compliqué de s’attaquer à ces derniers. Les réformettes éloignent moins du pouvoir.

CONTRE LES PARTIS DEVENUS RENTIERS

Pire encore, mais moins apparent peut-être, les élus et, autour d’eux, ceux qui aspiraient à les aider ou à leur succéder dans chaque parti, ont adopté un comportement de rentier caractéristique de celui des mauvaises entreprises.

Celui où plaire au chef est plus important que de gagner de nouveaux clients. Puisque le fonds de commerce est assuré aujourd’hui ou dans cinq ans, ils ne remuent pas trop la barque. Les recettes apprises à l’ENA ou à Sciences Po font l’affaire. Ils attendent patiemment leur tour.

Le traitement que vient d’infliger Macron au Parti socialiste est donc un sacré coup de pied dans cette funeste fourmilière.

OUVERTURE À LA SOCIÉTÉ CIVILE

L’arrivée de candidats de la société civile (c’est-à-dire de citoyens qui ne sont pas aujourd’hui des politiciens professionnels) va – nous l’espérons – changer ces comportements de rentiers, puisque les nouveaux venus n’ont pas encore de rente à défendre.

Certes, il ne faut pas être trop optimiste. La recherche de rente étant inhérente à la nature humaine, la prison peut se reformer dans sa forme habituelle de duopole ou d’une autre manière, pire encore, par le monopole des grands corps pourvus par les meilleurs élèves de l’ENA, à commencer par celui des Inspecteurs des Finances.

Le Front national peut rendre ici un grand service en étant un acteur crédible. Mais ce serait un comble si la droite, en principe attachée à la liberté, faisait dans l’avenir moins bien que Macron en ne mobilisant pas pour les diverses élections les dizaines de milliers de simples citoyens réunis au sein du Conseil de la société civile animé par Pierre Danon, et coauteurs du projet de François Fillon  (a l'époque pas encore l'otage de Sens Commun). La droite peut, elle aussi, ébranler la prison. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait la première ?

 

La partie n’est donc pas terminée mais saluons la première étape et souhaitons que tous s’en inspirent pour consolider cette petite révolution.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans politique centriste asnieres @PartiRadical
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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 22:28

Au delà du 2e tour de la présidentielle dimanche, un 3e et même un 4e tour attendent le gagnant de l’élection.

 

Nous n’aurons pas à subir une finale Le Pen/Mélenchon et les marchés financiers ont d’ailleurs anticipé une victoire finale d’Emmanuel Macron en enregistrant une progression sensible (+4% le lendemain du 1er tour) ; à la grande colère de Jean-Luc Mélenchon toutefois qui espérait bien arriver au deuxième tour et être élu Président face à Marine Le Pen.

La droite a perdu l’élection imperdable et François Fillon a finalement été éliminé de peu car il ne lui a manqué que 500 000 voix pour arriver en deuxième position. Mais on sait qu’il a perdu d’une part en raison des affaires qui ont empoisonné sa campagne et d’autre part parce qu’il avait un programme trop réformiste au goût de l’électorat.

UNE NOUVELLE DIVISION POLITIQUE DE LA FRANCE ?

Le duel final qui s’est engagé, outre la bataille des egos et la guerre de la communication, consacre une nouvelle division de la France et on ne peut pas faire plus antagonistes qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ce sont deux visions du monde qui s’opposent : l’une est européenne et mondialisée, l’autre exclusivement française.

Certains voient une parcellisation de la société en quatre, d’autres un nouveau partage entre droite (FN et LR) et gauche (EM et FDG renommé « Insoumis »). J’y verrai pour ma part une scission entre les étatistes collectivistes (FN et FDG) et les étatistes modérés (EM et LR) ; les uns étant profondément anti-européens et les autres étant franchement ou modérément européens, à ceci près que, comme par hasard, les étatistes collectivistes sont aussi des populistes.

Et la lutte promet d’être âpre car, à une époque où tous les faits et gestes des candidats sont immédiatement diffusés sur les médias et les réseaux sociaux, il est une règle intangible : ne jamais sous-estimer l’adversaire et, qu’on aime ou pas Marine Le Pen, il faut lui reconnaître une volonté de réussir et de se battre pour ses (mauvaises) idées. Elle ne fera aucun cadeau à Emmanuel Macron et elle ne laissera passer aucune occasion de le déstabiliser ou de le décrédibiliser !

Et celui-ci devrait d’autant plus s’en méfier que nous assistons, les réflexes politiques étant ce qu’ils sont, au retour des petits calculs politiciens. En effet, clairement, une partie de la droite joue le troisième tour après avoir pris acte, dès avant le premier, du fait que François Fillon ne pouvait pas gagner.

Ainsi, compte non tenu du cas de M. Dupont-Aignan dont on peut se demander quel bénéfice électoral il escompte retirer de son alliance avec le FN, son espoir d’arriver au pouvoir par cette voie s’apparentant plutôt à un suicide politique, on sait qu’une partie des oligarques de la droite préfère la solution Le Pen à la solution Macron pour une raison de calcul électoral pour le moins audacieuse – pour ne pas dire hasardeuse.

Même si les leaders de la droite ont appelé à voter Macron, certains estiment qu’il est nécessaire de gonfler le score de Marine le Pen pour affaiblir Emmanuel Macron et une autre partie pense que si les Français élisent Marine le Pen, ils se jetteront ensuite par sursaut républicain dans les bras de la droite républicaine majoritaire dans le pays (pensent-ils) ; avec l’espoir de pouvoir finalement contourner le mécanisme de l’élection présidentielle et diriger le pays dans le cadre d’une cohabitation dure.

Nous assistons donc à une lutte pour le pouvoir à plusieurs degrés d’une part pour la présidence de la République et d’autre part au niveau des législatives ; compte non tenu d’un probable quatrième tour social.

LE DEUXIÈME TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE

Le match risque d’être très serré car Mme Le Pen ne lâchera rien et nous assistons à la confrontation de deux visions diamétralement opposées du monde : une France ouverte et une France repliée sur elle-même !

Car Marine Le Pen est la candidate du repli identitaire et de la régression économique et on sait qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour cela les plus grosses ficelles de la démagogie populiste ; et ça marche.

Sa visite à l’usine Whirlpool en est un excellent exemple car, avec elle, aucun problème, les emplois seront sauvegardés et l’entreprise restera sur place car « quand l’État veut il peut » (sic)… ce qui est rien moins que douteux, dans la même veine de ce qu’elle a proféré lorsqu’elle a affirmé qu’avec elle il n’y aurait jamais eu d’attentats. Les promesses n’engagent que ceux à qui elles sont faites.

Une victoire « à l’arraché » de Marine Le Pen est encore possible notamment parce qu’une partie de la droite ne votera pas Macron et parce que ce dernier représente tout ce que rejette une bonne partie des Français : le bourgeois banquier, bobo friqué, européiste, mondialisé, jeune, le politicien velléitaire immature et égocentrique, la haute fonction publique, l’énarchie déconnectée des réalités. C’en est presque une caricature.

Or, Marine Le Pen agite habilement le spectre fatal du libéralisme et de la mondialisation en jouant sur les peurs, les sentiments de rejet, de frustration de l’électorat.

Seulement, contester la mondialisation apparaît à la fois irréaliste et totalement improductif car elle est un fait et non une idéologie, et la question n’est pas d’être pour ou contre ou si elle ruine ou enrichit le peuple : elle existe et soit on s’y adapte soit on la rejette mais, dans ce cas, elle se fera sans nous !

On sait aussi que Marine Le Pen recrute son électorat dans les classes populaires aux revenus modestes et plus les revenus sont modestes plus son score est élevé.

Marine Le Pen (tout comme Jean-Luc Mélenchon d’ailleurs) exploite essentiellement l’insatisfaction populaire et espère bien qu’une bonne part des électeurs insoumis de Jean-Luc Mélenchon votera pour elle ; même si la colère ne fait pas un programme de gouvernement.

Le FN drague ouvertement les électeurs du mouvement insoumis en pointant, non sans raison d’ailleurs, les points de convergence entre les programmes des deux partis ou mouvements ; et Marine Le Pen le fait en appelant, dans une formule pour le moins osée, à faire barrage au banquier Macron comme si celui-ci représentait un risque pour la France.

Le plus curieux est que Marine le Pen pousse le cynisme jusqu’à faire la synthèse entre les thèses classiques du FN (immigration, sécurité) et les thèses propres au PC et au FDG en stigmatisant le représentant de l’oligarchie, le grand capital, les banques, l’élite, la mondialisation. Elle réinvente la lutte des classes à sa manière ; et cela n’étonne personne.

On peut relever aussi son discours à la fois simpliste et manichéiste lorsqu’elle se prétend le défenseur des Français patriotes… laissant de ce fait entendre que les autres ne le sont pas et sont nécessairement des traîtres à la nation. Là encore on retombe dans la dialectique marxiste.

Marine Le Pen a tout fait pour dédiaboliser le FN, en utilisant pour cela toutes les plus grosses ficelles (suppression du sigle FN, du nom Le Pen pour ne retenir qu’un prénom Marine, des affiches avec une rose bleue au lieu de la flamme…).

Par ailleurs, on ne répétera jamais assez que Mme Le Pen, qui a vécu dans l’hôtel particulier de son père à St-Cloud, n’est en aucun cas une représentante ni a fortiori un membre du peuple : c’est la digne représentante des élites françaises qui prospèrent sur la crédulité populaire !

LE TROISIÈME TOUR : LES LÉGISLATIVES

Nous aurons deux issues : soit Emmanuel Macron bénéficiera d’une majorité et il pourra gouverner soit, et c’est l’option que je retiens, il n’aura aucune majorité et sera dès lors le premier président à devoir subir une cohabitation dès sa prise de fonctions !

Cette dernière est clairement l’option poursuivie par LR, frustré d’avoir perdu l’élection imperdable mais c’est aussi celle de Jean-Luc Mélenchon qui semble revenir à ses réflexes trotskystes de déstabilisation du système politique afin, in fine, de prendre le pouvoir !

Il est donc à craindre que nous ayons droit à un immobilisme par incapacité car M. Macron aura contre lui le FN, le FDG, la droite républicaine… ce qui commence à faire du monde !

On peut même penser, et c’est aussi l’option que je privilégie, qu’aucun parti n’aura de majorité à l’Assemblée Nationale et que l’on va donc retomber dans les opérations politiciennes de la IVe République avec ses coalitions occasionnelles, temporaires et opportunistes en fonction du problème posé ; étant entendu qu’on ne peut pas non plus exclure un blocage complet des institutions par défaut de majorité quel que soit le problème posé !

Nous risquons donc cinq ans d’immobilisme, sauf démission du président ; ce qui va prodigieusement agacer les Français et les ramener à cette nouvelle théorie du « dégagisme » !

L’effet prévisible est que nous continuerons à glisser sur la pente fatale du défaut financier du fait de notre incapacité à résoudre nos problèmes d’adaptation à l’évolution du monde car, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la montée du FN mais aussi du mouvement insoumis se poursuivra… avec de fortes probabilités que le prochain coup soit le bon !

Macron profite de sa jeunesse pour incarner un renouvellement… qu’il n’est pas vraiment, hormis sa propre personne ! Il est davantage l’émanation d’un rejet et d’un dégoût pour une classe politique complètement dévaluée.

Ni de droite ni de gauche (mais de gauche quand même), il faut tout de même espérer qu’il entreprendra les réformes que ni la droite ni la gauche n’ont su faire depuis 30 ans !

Macron présente deux qualités à mes yeux : il est animé d’une volonté empreinte de positivisme et il est pro-Européen. Mais je crains qu’il ne soit vite récupéré, voire phagocyté, par les vieux éléphants et dinosaures politiques car les dérives politiciennes, surtout s’il n’a pas de majorité, reprendront avec vigueur dès que les élections seront passées.

On fera, sans aucun doute, de longues analyses quant à la nature et la composition de l’électorat ayant voté pour lui, mais je partage l’idée qu’il s’agit surtout d’un vote par défaut car on sait qu’il s’agit d’un agglomérat d’électeurs socialistes fatigués du hollandisme et du socialisme marxiste, de centristes et d’électeurs de droite révulsés par les révélations quant à la personnalité cupide et insincère de François Fillon !

LE QUATRIÈME TOUR SOCIAL

La mondialisation est mal perçue par une proportion importante de la population et le problème est que cette proportion ne fait qu’augmenter. Ce qui n’augure rien de bon pour la suite !

On a du mal à connaître la composition sociologique de l’électorat des mouvements anti-Européens mais il est évident que d’une part ces électeurs n’ont aucune idée du contenu des programmes hormis l’assurance que les droits acquis ne seront pas remis en cause ; et que d’autre part, notamment lorsqu’il s’agit de fonctionnaires, ils ne sont absolument pas confrontés au risque de la mondialisation.

Il va falloir à Emmanuel Macron beaucoup de pédagogie pour faire passer la pilule des réformes sociales, sachant que les problèmes structurels ne sont pas prêts d’être réglés, et il aura fort à faire entre les calculs politiciens de droite et de gauche et les difficultés d’une France en très mauvaise situation économique !

Et il ne faudra pas compter sur la collaboration ou même la simple passivité des syndicats, surtout la CGT ou FO dont le fonds de commerce est la lutte de classes. Il est à craindre un quatrième tour social particulièrement violent car il ne sera pas bien difficile de manipuler l’opinion à propos de la volonté de remettre en cause certains avantages acquis, Emmanuel Macron ayant prévu de légiférer de manière plus ou moins autoritaire par le biais des ordonnances !

Les extrémismes de droite et de gauche sont les enfants du chômage et si le nouveau pouvoir n’arrive pas à résoudre ce problème du chômage de masse, l’extrémisme continuera à progresser jusqu’à l’issue fatale ! Je nourris les plus graves inquiétudes quant au prochain scrutin : Le Pen 2022 ?

Et les investisseurs étrangers intègreront ce paramètre social en assimilant la France à un pays à risques, irréformable, avec les conséquences que l’on peut imaginer sur l’emploi et sur les taux d’intérêts ; avec l’effet pervers de peser sur une croissance déjà asthmatique et des conséquences que l’on peut aisément imaginer.

Je fais crédit à Emmanuel Macron de son désir de réformes mais j’ai quelques doutes et j’ai bien peur que nous ne soyons, à brève échéance, conduits à constater que la politique de Macron ne sera finalement que la (mauvaise) politique de Hollande par d’autres moyens !

Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron mais je souhaite néanmoins sincèrement qu’il réussisse là où tous nos politiciens ont échoué ! Toutefois, dans son programme je n’ai pas vu de mesures de nature à remettre en cause le schéma suicidaire d’une France qui claque à tout va l’argent qu’elle n’a pas et j’imagine assez mal qu’il va pouvoir, à lui tout seul, inverser le mouvement. Il ne faut pas oublier que la France ne respecte pas ses engagements européens depuis 10 ans au moins. La France est championne de la dette, championne des prélèvements obligatoires, championne de la dépense publique… La tâche à accomplir est immense !

Le FN exploite le chômage de masse persistant, le mal de vivre de la partie de la population la plus défavorisée et tant que nous n’aurons pas résolu ces problèmes, il continuera à progresser dans l’électorat ; tout comme le FDG. Il ne faudrait pas que nous continuions à agiter des idées stériles qui, certes, ont pu à une certaine époque fasciner le monde mais qui ne l’enchante plus guère désormais en raison de leur inanité !

La France a été un exemple dans le monde mais j’ai bien peur qu’elle ne devienne un exemple de ce qu’il ne faut pas faire !

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 19:49

 

Aussi bien les élections municipales, départementales et régionales  ont démontré que le vote « Front  National » n’est plus un vote de refus ambigu, diaboliquement capté par « Le Pen », mais un vote d’adhésion à la  vision et au programme porté par ce parti dont la mise en œuvre, pourtant, conduirait notre pays dans une  spirale infernale de décomposition économique, sociale et culturelle de la Nation française.

 

Anatomie d'un succès

 

Un environnement favorable

Alors que la crise économique s'est durablement installée, entrainant la crise du modèle social français de plus  en plus perçu comme injuste, que la crise urbaine et l’échec des politiques d’intégration se muent en crise identitaire sur fond d’islamophobie, les partis de gouvernement (qualifiés de « système UMPS »)

Apparaissent  frappés d'impuissance, incapables de proposer une voie de sortie. Cette situation crédibilise l'idée que le FN est « l’autre solution, celle que l’on n’a

pas encore essayé». Bien évidemment, pour arriver à ce résultat, Marine 

Le Pen ne donne pas de solutions mais désigne le coupable : le « mondialisme » qui est une « vaste  entreprise de destruction de notre Nation, de son économie, de son identité ».

 

Une manipulation du langage

Celle-ci se caractérise par une substitution des termes trop agressifs par d’autres expressions. C’est ainsi que  la « priorité nationale » se substitue à la «préférence nationale » ou que le « communautarisme » se substitue à « immigrés » ou «Français de l’immigration ». Elle se caractérise aussi par le détournement des mots qui appartiennent au socle du patrimoine des partis républicains : égalité, mérite, patriotisme, laïcité, démocratie  etc.

Ainsi, le « patriotisme social » devient la légitimation du fameux « La France  aux Français » de  Le Pen. De même, la laïcité n’est plus la revendication d’un droit à la différence mais la barrière érigée  contre  l’invasion musulmane.

 

Un brouillage des repères

Affirmant que tous les désordres de la société (insécurité, chômage, perte de pouvoir d’achat, crise financière, immigration etc.) sont, d’une manière où d’une autre, liés à la mondialistion, le Front national substitue à  l’opposition « Gauche

Droite » celui des« mondialistes » contre les « nationalistes ». En conséquence, la  logique du  programme  FN  doit  être  un  nationalisme  total,  économique,  ethnique,  social,  culturel  et  même  religieux s’opposant  au  mondialisme  ;  le  combat  politique  dès  lors  se  réduirait  à  l’affrontement  entre  le  FN  et

« l’UMPS ».

 

Un projet rassurant

Comportant plusieurs centaines de propositions ou de mesures, le « Programme Politique du Front National » s'appuie sur un populisme « ramasse tout » qui masque, en raison de leur dispersion les marqueurs appartenant  au patrimoine culturel du FN mais qui sont là pour rassurer ses militants. A titre d’exemple: «

l’application ferme sur  tout  le  territoire  de  la  loi  de  1905  de  défense  de  la  laïcité» côtoie la « mise en place d’un Ministère  de

l’intérieur,  de  l’immigration  et  de  la  laïcité  »  puis  «  l’assimilation  (et  non  l’intégration  !)  via  l’école  notamment doit redevenir la règle et le communautarisme banni » ; le « recrutement des agents publics par  voie

de concours anonymes » est complété par « l’ENA veillera à recruter des hauts fonctionnaires patriotes » ;  ou encore « assurer l’application des peines de prison en supprimant les remises automatiques de peine »est complété par le « rétablissement de la peine de mort » dans le chapitre « Sécurité ». Toutefois, immigration  zéro, préférence nationale , sortie de l’Euro et de l’Europe sont à l’évidence les trois piliers du projet frontiste ceux sur qui peut reposer tous les discours, tous les mythes, toutes les mesures phares.

 

Méthodologie d'une riposte

 

Décrypter le programme

Le décryptage du programme politique du FN reste un exercice nécessaire. Il s'agit par exemple de démontrer l’incohérence et les dangers des mesures économiques proposées alors même que le parti se cherche une crédibilité sur ce sujet. Il faut donc répondre point par point et dénoncer les dangers mortifères pour  l’économie française  de  ses  propositions.  Faire  une  telle  démonstration  n'est  pas  le  plus  difficile  à  condition  de  ne  pas  la négliger

 

Défendre nos valeurs

La tâche urgente et incontournable, par contre, est de réinvestir le champ des valeurs républicaines à  commencer par celles qui en sont le socle, à redonner aux mots qui les désignent toute la clarté et le rayonnement qu’ils ont perdus    ces    dernières années.  Ainsi,  il  ne  faut  pas  laisser  le  FN  s’approprier  le  mot « patriotisme » défini par Romain Gary comme « l’amour des siens alors que le nationalisme c’est la haine des  autres ! ». Cela nécessite également d'arrêter de brouiller le message avec les discours sur le patriotisme industriel et  les  slogans  tels  que  «  achetons  français  !  »  qui  renforcent  le  camp nationaliste.  Le  patriotisme  doit    être réconcilié avec le projet européen, notre plus belle utopie, qui reste indissociable du projet républicain que l’on porte. Le même raisonnement s'applique pour le mot « laïcité » que le FN utilise pour mettre des barrières  à ce qu’il appelle l’invasion musulmane, destructrice de l’identité chrétienne de « la France, une et indivisible». Il faut sans cesse rappeler que c’est la laïcité comprise comme le respect et l’ouverture aux autres qui construit et protège le vivre ensemble et la fraternité. Affirmons que la République est une et indivisible mais que la France est plurielle ! Quant au déni de démocratie dont le FN est la victime avec seulement deux  Députés il oblige les partis  républicains  à  poser  la  question  de  l'introduction  de  la  proportionnelle  et  à  ouvrir  le  débat  sur  la Constitution de  la V éme République. Plus globalement, pour gagner  la  bataille des  idées  il  faut être force de proposition,   certes,   mais,   dans   le   même   temps,   il   ne   faut   rien   laisser   passer   et   rappeler   tous   les « dérapages » qui sont le produit direct de la culture FN.

 

Proposer une nouvelle vision

La dénonciation des dangers portés par le programme du FN et la bataille sur le champ des idées républicaines sont nécessaires mais insuffisantes. Pour gagner la guerre, il faut opposer  une  autre  vision  du  monde  à  la  dramaturgie mise en scène par le FN où la mondialisation des échanges est la machine infernale responsable  de tous nos maux. Il est surtout impératif de proposer un autre rêve que le nationalisme aux relents xénophobes et racistes. L'exercice n'est pas simple tant le « chant des Sirènes » qui fait appel à la résistance, à la mémoire  de la vraie France et à la mobilisation pour la renaissance nationale  est agréable à entendre, particulièrement  par les jeunes ! Et ce, alors que plus aucun homme ou femme politique du camp républicain ne produit le moindre rêve, ni le moindre enthousiasme. Notre seule alternative est proposer une vision et un projet qui se  fondent sur le renforcement de la puissance politique, économique, monétaire, financière, militaire, culturelle  de l’Europe, seule perspective à l’échelle des grands défis de la mondialisation des échanges

 

Le Parti  Radical,  humaniste  et  européen,  exigeant  sur  la  défense  de  la  République  et  de  ses  valeurs  fondatrices d’égalité, de démocratie, de laïcité et de patriotisme se voit donc aujourd’hui une nouvelle responsabilité historique, celle de construire la Force face au front

 

 

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 17:25

Autour de Marseille, plus de la moitié des votants ont donné leur vote à un parti de type socialiste d’extrême gauche ou d’extrême droite. Pourquoi ? Un ami ma poussé cet article je le soumets à votre sagacité.

 

 

Dans le département qui accueille la belle ville de Marseille et sa Bonne Mère, ce 23 avril, Marine Le Pen a fait un score de plus de 27 % et Jean-Luc Mélenchon, de plus de 22 %. En ajoutant les candidats de gauche « ultra », on arrive à plus de la moitié des votants qui ont donné leur vote à un parti de type socialiste d’extrême gauche ou d’extrême droite. Pourquoi ?

Comme celui de Monsieur Mélenchon en effet, le programme de Marine Le Pen est d’essence socialiste et nationaliste (même s’il ne s’agit, heureusement, pas de national-socialiste « à l’allemande »). Leur conception collectiviste du politique fait que du nationalisme au socialisme il n’y a qu’un pas ; et vice versa.

MALAISE DANS LA SOCIÉTÉ

Ce type de résultat traduit un malaise profond de la société française. Et plutôt que de stigmatiser et montrer du doigt, il parait plus constructif, pour ceux qui chérissent la liberté et abhorrent le collectivisme, de droite comme de gauche, de tenter de « comprendre l’incompréhension », et remonter ainsi aux racines des maux sociaux, réels, qui génèrent ce malaise.

Pourquoi la haine du patron, pourquoi la haine de l’Arabe ? Réaction naturelle au libéralisme économique, pardi ! Au libéralisme en matière d’immigration ! Toujours ce sale libéralisme, répondront les électeurs de « Marine » et « Méluche ».

J’ai grandi à Marseille et travaillé dans ses quartiers « chauds » en ZEP au milieu de cités ultra-violentes. La pauvreté est bien là, avec sa détresse sociale, morale, économique, le chômage, la violence, l’exclusion, les fins de mois difficiles – mais aussi les débuts et les milieux de mois, le communautarisme.

Le taux de pauvreté atteint les 25% à Marseille, le chômage, officiellement, près de 19 %. Et encore, une partie du chômage est cachée dans tous ces boulots aidés en associations et multiples programmes, très souvent inutiles et coûteux.

INTÉGRATION DIFFICILE

L’intégration est difficile : repli identitaire musulman, sentiment anti-français, (combien de fois n’ai-je pas entendu « La confiance n*que la France » ? ). Les travailleurs africains, en particulier maghrébins, qui dans les années 50 travaillaient dans la construction, et notamment à faire ou refaire les routes françaises, vivaient à l’époque dans les bidonvilles qui poussaient dans les quartiers nord.

La décence voulait qu’on les loge de manière humaine. Avec le regroupement familial, ce sont des familles entières qui sont arrivées. Elles auraient dû pouvoir s’intégrer, comme l’avaient fait avant elles les Espagnols, les Portugais ou, comme ma famille, les Italiens, dans la première partie du vingtième siècle. Mais le nouveau contexte institutionnel (plus que « la religion ») a changé la donne comme on le verra.

À côté de certaines zones relativement dynamiques, comme autour d’Aix-en-Provence, une spirale de décroissance (concept merveilleux pour certains, paraît-il…) submerge de nombreux quartiers.

Et le chômage y touche toujours davantage les Français de souche comme dirait l’extrême droite. Pas assez d’entreprises, pas assez d’emplois. « Les patrons égoïstes n’embauchent pas, les Arabes nous piquent notre boulot ou vivent des allocs ». Tout cela la faute au libéralisme ?

LE POIDS DU MODÈLE SOCIAL

Évidemment dans un pays à 57% du PIB de dépense publique, 47 % de prélèvements obligatoires où un salarié moyen coûte à l’entreprise deux fois son salaire net, et qui régule à tout va, une telle affirmation devrait faire spontanément sourire. Mais les gens ne savent pas.

Ils ne savent pas combien leur coûte économiquement (et donc socialement) leur cher système social, leurs chères régulations, leur chère administration, leurs chères subventions. L’ignorance est minutieusement cultivée par les politiques qui en tirent leur pouvoir.

Les réflexes simplistes sont donc d’autant plus aisés. En cela d’ailleurs, les étatistes démocrates du front républicain sont tout autant à blâmer que les extrémistes. Car c’est bien l’interventionnisme – allez, lâchons le mot : le socialisme – qui est au contraire à l’origine de tout ce malaise.

SOCIALISME LOCAL

Socialisme local, qui consiste à socialiser un maximum l’action collective en arrosant de subventions la moindre association ou la moindre initiative du « peuple » ou des « gens », le but étant évidemment de se constituer une clientèle électorale et/ou d’asseoir son pouvoir bureaucratique.

Si Marseille est championne de l’arrosage en subventions, elle est aussi un symbole de la magouille politique. Après la guerre, un contrat tacite est passé entre socialistes et communistes : le port pour ces derniers (ce qui a permis à ce port jadis dynamique d’être gangrené par une mafia cégétiste et de reculer sans cesse dans les classements) et la mairie pour les premiers. Le passage à droite n’a pas véritablement fait bouger les lignes. Les traditions ont la vie dure.

ENTRAVE ET RACKET FISCAL

D’un côté on empêche, on entrave, comme la récente mésaventure du génial inventeur du flyboard Franky Zapata, à Martigues, l’a montré, voire on rackette, et d’un autre côté on redistribue.

Cela duplique le socialisme pratiqué au plan national : on crée d’un côté des tas de régulations, fiscalités et autres joyeusetés pour entrepreneur, qui empêchent curieusement le dynamisme et l’intégration économiques, et on « compense » d’un autre côté avec une redistribution instaurant la dépendance. Les gens sont pris en tenaille dans des trappes à pauvreté.

La redistribution tous azimuts a pour vertu d’éviter que la cocotte n’explose. Mais comme les scores électoraux l’ont montré, l’eau bout. Elle bout parce que ce système socialiste, en générant l’irresponsabilité à la fois du politique et des administrés construit durablement la défiance : c’est donc « la faute de l’autre, du patron, de l’Arabe, du Français, de l’Europe ».

La solution n’est pas dans plus de politique mais moins ; pas dans plus de socialisme, mais moins ; pas dans moins de liberté, mais plus : davantage de société civile, d’habitude de vivre ensemble, d’autonomie et de responsabilité personnelle, de solidarité volontaire, d’action collective et d’initiative économique « d’en bas ». À Marseille comme ailleurs. C’est la seule voie possible vers une France réellement apaisée.

 

 

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 19:37

Pardon pour cette platitude mais le succès d’Emmanuel Macron c’est avant tout l’expression d’un désir de renouvellement de notre classe politique. Je ne crois pas, si vous me permettez cette hypothèse personnelle, que la plupart de ses électeurs aient voté pour son programme et je suis même convaincu que très peu l’ont lu.

Emmanuel Macron est avant tout l’incarnation de ce que nombre de nos concitoyens attendent : une nouvelle tête — un candidat dont les débuts en politiques n’ont pas été photographiés en noir et blanc— et, à tort ou à raison, une rupture avec le système politique hérité de la Libération.

Et c’est précisément ça qui a, je crois, tué la candidature de François Fillon. Face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, lors de la primaire, il pouvait aisément passer pour le candidat du renouvellement de la droite et ce, d’autant plus qu’il tenait à l’époque un discours très libéral au regard de ce à quoi nous sommes habitués de la part des Républicains.

FILLON ET LE « SYSTÈME »

Seulement voilà : non seulement son discours s’est nettement normalisé dès sa désignation mais le flux incessant d’affaires le concernant n’a que trop rappelé aux électeurs ce « système » dont, justement, ils ne veulent plus.

Alors oui, sans doute y a-t-il dans la candidature d’Emmanuel Macron une dimension opportuniste : il a senti l’air du temps, il a tenté sa chance et ça a marché.

Vous pouvez le lui reprocher mais n’oubliez pas, toutefois, que c’est exactement ce qu’a fait François Fillon aux primaires de la droite, que Jean-Luc Mélenchon a suivi exactement le même plan d’action4 et que Marine Le Pen, en bonne héritière du business paternel, n’a pas eu à se donner cette peine. C’est ainsi : la politique est une affaire de marketing et il faut être d’une naïveté confondante pour y voir l’expression des convictions sincères des candidats.

LA FIN D’UNE ÈRE ?

S’il ne faut pas, dit l’adage, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, on est tout de même tenté de parier sur une fin prochaine des grands appareils politiques du XXème siècle — la SFIO et le RPF.

Si ce dernier pourrait encore se relever de la défaite de François Fillon au prix d’un aggiornamento spectaculaire — en clair : en renouvelant ses têtes de files et en cessant, une bonne fois pour toutes, de faire le grand écart entre son centre gaulliste et ses ailes conservatrices et nationalistes — le futur du Parti dit Socialiste semble bien sombre.

Beaucoup de commentateurs — souvent à droite — ont vu dans l’émergence d’En marche une stratégie géniale orchestrée par les éléphants du PS ou par François Hollande lui-même.

MACRON UN NOUVEAU HOLLANDE ?

L’idée, en substance, est que l’aile centriste du PS aurait délibérément abandonné le parti aux « frondeurs » pour mieux renaître, blancs comme neige, dans la formation d’Emmanuel Macron tandis que Benoît Hamon se partagerait le vote de la gauche de la gauche avec Mélenchon et quelques autres comiques troupiers. Je suis pour le moins dubitatif. De fait, personne n’a abandonné quoi que ce soit : Benoît Hamon a simplement remporté la primaire de gauche face à Manuel Valls.

Devinant probablement ce qu’il adviendrait de la candidature de Benoît Hamon, Emmanuel Macron s’est engouffré dans la brèche ; récupérant ainsi les suffrages de l’aile modéré du PS, d’une bonne partie du centre et même du centre-droit.

On peut bien sûr imaginer que les éléphants et même François Hollande l’aient encouragé en ce sens mais de là à présenter Macron comme un simple pion il y a un gouffre. À titre personnel, je pense que le fondateur d’En marche a réussi une OPA magistrale sur tout le centre gauche et que c’est une grave erreur de le sous-estimer.

Or, c’est une excellente nouvelle. Ça signifie que le paysage est désormais entièrement recomposé : les scories de la vielle aile gauche marxisante — principalement Mélenchon et ce qui reste du PS — font désormais leurs vies seules dans leur coin et qu’une gauche moderne (en espérant que ce ne soit pas la même quun parti qui a oublié son congrès fondateur de Suresnes) et potentiellement libérale est en train de voir le jour en France.

Enfin ! Avec un peu de chance et encore une fois si je ne me trompe pas En marche pourrait devenir notre New Labour et Macron, un véritable Tony Blair à la française. En soi c’est un motif de réjouissances.

LA STRATÉGIE DE L’IMMOBILISME

J’ai entendu plusieurs fois, depuis deux jours, des déçus du clan Fillon déclarer qu’ils voteraient le Pen au second tour. Leur stratégie, en substance, semble se fonder sur l’idée selon laquelle l’héritière de Saint Cloud n’aura aucune majorité parlementaire sur laquelle s’appuyer ce qui, selon eux, la forcera à l’immobilisme pendant 5 ans. C’est, à mon sens, de la folie pure et simple.

Qu’Emmanuel Macron ne soit pas un grand libéral, j’en conviens volontiers. Reste qu’il l’est nettement plus que le Parti Socialiste et même que les Républicains. J’entends bien vos commentaires sur le programme de Fillon que vous jugez meilleur mais, d’une part, j’ai quelques doutes sur la conversion tardive de votre candidat favori et, par ailleurs, il est désormais éliminé.

UN CANDIDAT DE CENTRE-GAUCHE RAISONNABLE

Le choix qui s’offre à nous, aujourd’hui, c’est un candidat de centre-gauche somme toute tout à fait raisonnable et une Marine Le Pen qui non seulement pourrait bien trouver suffisamment de soutiens pour mettre une partie de son programme délirant à exécution mais dont la seule élection suffirait à mettre le pays à feu et à sang.

Ne jouez pas, je vous en conjure, avec le feu et ce d’autant plus que les scores de Marine le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas, contrairement à ce que j’ai lu, le produit de la seule présidence de François Hollande mais celui de quatre décennies d’immobilisme, de reproduction endogame de l’élite politique et de compromis clientélistes.

De gauche, comme de droite. Une cohabitation — à supposer qu’elle ait lieu — avec Marine le Pen à la présidence, c’est la dernière chose dont nous ayons besoin : des deux candidats en lice, le seul à être capable de rassembler au-delà de son parti et de faire, comme on dit, bouger les lignes, c’est Macron.

Je vais donc voter pour Emmanuel Macron sans la moindre hésitation. Je vais le faire non pas parce que je crois en lui mais parce que dans l’alternative qui nous est offerte, c’est — et de très loin — la meilleure option.

Une chance, fût-elle infime, c’est toujours mieux qu’aucun espoir. Ma ligne de conduite sera celle de Frédéric Bastiat en son temps : peu importe qu’une politique soit labellisée de gauche ou de droite ; je soutiendrai les bonnes et m’opposerai aux mauvaises

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 12:19

Quand la Présidentielle 2017, génèrera plus que probablement un troisième tour !!!

Décidément, ces élections ne sont comparables à nulle autre. Oh, bien sûr, la Cinquième République aura eu précédemment son lot de surprises, mais jamais scrutin n’aura semblé aussi ouvert, aussi imprévisible que celui qui s’annonce dimanche. Mais au-delà de la surprise de dimanche soir, il restera cependant quelques invariants.

Ces invariants sont esquissés, à demi-mots, quel(le) que soit l’élu(e) désigné(e), la France devra ainsi toujours se coltiner une dette abyssale, un système de retraite archaïque, un niveau de prélèvement stratosphérique, une panoplie de services publics de plus en plus déglingués et des partenaires sociaux, tant côté patronal que salarial, englués jusqu’au cou dans les paradigmes idéologiques d’un autre siècle.

Bref, le nouvel occupant de l’Élysée aura fort à faire s’il compte effectivement appliquer son programme.

Pour Macron et Fillon, la question mérite d’être posée puisque l’un comme l’autre ont montré une certaine pusillanimité, tant lorsqu’ils étaient aux commandes de leurs portefeuilles respectifs que pendant la campagne où ce qu’ils proposaient a été sujet à des variations notables d’une semaine à l’autre.

Pour Mélenchon et Le Pen, on ne doute guère qu’ils voudront effectivement appliquer le bricolage rigolo pour enfants déficients qu’ils ont l’audace d’appeler programme. Mais des éléments extérieurs pourraient bien les en empêcher vivement : l’un comme l’autre, ennemis fièrement annoncés de la finance apatride capitaliste ultralibérale turbo-mondialisée (qui sonne foutrement mieux que « les étrangers » ou « les bourgeois », vous me l’accorderez), n’en sont pas moins à préconiser une relance vigoureuse des dépenses publiques à grands renforts d’argent des autres, ceux-là même qu’ils entendent combattre. Cela promet d’ores et déjà quelques petits moments surréalistes lorsqu’il faudra composer avec les ennemis (Hollande, le joyeux fossoyeur de ces élections, en sait d’ailleurs quelque chose et pourra filer quelques tuyaux de xyloglotte à nos deux tribuns ).

Mais dans tous les cas, que le peuple français ait pioché dans les clowns extrêmes ou les ointstièdes, tout le monde semble oublier, pour le moment en tout cas, ce troisième tour social qui a fait la spécificité et tout le charme de la République française, une, indivisible, citoyenne et festive.

 

Eh oui : une fois élu, le nouveau locataire devra impérativement faire avec les contingences évidentes du pays. Or, cela promet quelques parties de plaisir, vu l’état déplorable dans lequel Hollande l’a laissé (et même si ce dernier affirme le contraire, toute honte bue et avec l’aplomb consternant que seuls les cuistres et les cyniques peuvent prodiguer).

Mélenchon président, c’est l’assurance que tous les petits pioupious de la République, maltraités par la gauche demi-molle et « turbolibérale » de Hollande, viendront pleurnicher aux portes du palais présidentiel pour réclamer la fin des hostilités. Jamais les sprinklers à pognon ne seront ouverts avec autant de vigueur et l’intermittence du spectacle n’existera plus : il sera permanent, chamarré et dans toutes les rues. Les baltringues et troubadours de l’indigence économique seront de sortie, cela va ripailler sévère les premières semaines.

Marine présidente, c’est un festival de hurlements de toutes les pleureuses médiatiques, de tout ce que l’administration, l’Éducation, la Culture ou la Justice contiennent de fiers résistants à l’hydre faââasciste qui combattront, soyez en sûrs, la trop grande fécondité du ventre de la beuhête immonheudeu. Le troisième tour social prendra toutes les formes possibles, grève incluse.

Si, avec Mélenchon et Macron, on peut raisonnablement parier sur la continuité d’un tranquille développement de la lutte permanente pour la « justice sociale », permettant à coup sûr d’importer des États-Unis la fine fleur des « penseurs » de ces théories fumeuses dans nos campus, nos entreprises et nos politiciens, l’avènement d’un Fillon ou d’une Le Pen à l’Élysée promettent que cette même herbe folle se mette immédiatement à entrer en transe, ses hurlements montant rapidement dans les ultrasons. Il n’est absolument pas exclu de constater des actions de plus en plus violentes, ces adulescents aux hormones mal contrôlées n’étant pas à un paradoxe près.

 

Mais il ne faudrait pas se réjouir trop vite d’une élection de Fillon ou Macron.

 

L’un comme l’autre seront des présidents élus avec une base extrêmement fragile.

Pour Macron, la majorité parlementaire semblera difficile à réunir.

Pour Fillon, tout le monde s’interrogera, presse et justice en premier, sur la réelle légitimité de ce président aux nombreuses casseroles (réelles ou montées de toutes pièces, peu importe ici). Mais en définitive, chaque tentative de « réforme », aussi timide soit-elle, risque de jeter sur les routes et sous les pavés français des hordes de mécontents pas du tout d’accord avec cette version de la démocratie qui leur impose, zut et flûte, un président vraiment pas comme ils l’avaient prévu.

Autrement dit, si l’été permettra peut-être de ménager un couloir sans trop d’actions merguezo-syndicales, rassurez-vous : septembre 2017 promet déjà de belles luttes (pas du tout finales) pour les acquis saucissiaux du pays qui imposent des grillades dès qu’il s’agit de toucher aux 35 heures, à la retraite, aux dépenses publiques, aux impôts des uns et des autres, ou lorsque le fumet de la gamelle redistributive est par trop appétissant.

On l’aura compris : le troisième tour social aura bien lieu. Ce pays est trop fracturé, trop tendu, trop déchiré par trop de courants antagonistes pour que le quinquennat du prochain élu se passe en douceur ou avec l’assentiment des foules. Bien avant de désigner un gagnant, cette élection fournira une armée de déçus qui, quel que soit son camp, n’entendra rien laisser passer à celui qui aura décroché la queue du Mickey au manège présidentiel.

On sait qu’on aura droit à des manifestations, des protestations fortes, des débordements, des bras de fer plus ou moins légitimes, plus ou moins propres, plus ou moins lucides. Tout aussi certainement, on sait que les forces vives de la nation, ses artisans, ses (auto)entrepreneurs, ses commerçants petits ou grands, ses indépendants, ses professionnels un peu, moyennement ou beaucoup « uberisés », ses bénéficiaires de l’économie numérique ou ses victimes, ses écoles et crèches privées, j’en passe tant et plus, on sait que ceux-là deviendront inaudibles dans le brouhaha qui promet de s’installer dans ce troisième tour social, alors même que ce sont eux qui, tous les jours, créent les richesses que les actuels candidats entendent pourtant distribuer avec plus ou moins de générosité.

 

La France de mai 2017 promet d’être agitée.

A Suivre .....RdV en septembre .......

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 09:47

A qui se fier pour pronostiquer le résultat du premier tour de la présidentielle ? Aux instituts de sondage ou aux bookmakers ?

 

Depuis des décennies, les sondages font partie intégrante des élections. Ils permettent au grand public de connaître la tendance qui se dégage en amont d’un scrutin, et parviennent, la plupart du temps, à en prédire l’issue de manière relativement précise. Cependant, s’ils sont à peine congratulés en cas de bons résultats, leur fiabilité peut être rapidement remise en cause en cas d’échec, comme ce fut notamment le cas pour le Brexit. Ironie du sort, la concurrence est justement venue d’outre-Manche, les bookmakers anglo-saxons étant de plus en plus pris au sérieux.

LES INSTITUTS DE SONDAGES : UNE POSITION PEU CONTESTÉE

Le sondage d’opinion tel que nous le connaissons est apparu au milieu des années 30 aux États-Unis. L’American Institute of Public Opinion, fondé par Georges Gallup, parvient à prédire, à partir d’un échantillon représentatif, la victoire de Franklin Roosevelt à l’élection présidentielle de 1936. Deux ans plus tard, l’institut IFOP réalise le premier véritable sondage sur le sol français, en demandant l’avis de la population concernant les accords de Munich, tout juste signés.

Depuis lors, les sondages ont été relativement peu contestés, faute de concurrence dans leur domaine. Allant de résultats justes en petites déconvenues, ils sont longtemps apparus, dans l’esprit de beaucoup de gens, comme des indicateurs fiables.

Mais les instituts de sondages, qu’ils soient français ou étrangers, traversent actuellement une période difficile, dans la mesure où la plupart d’entre eux ont échoué à prévoir l’issue de certains événements importants, tels que l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis ou le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Grâce à l’émergence d’internet, les sites de paris, de plus en plus prisés, semblent en revanche devenir une alternative.

UNE CONCURRENCE INATTENDUE

Les premiers « bookmakers en ligne » font leur apparition au Royaume-Uni à la fin des années 1990. Si, en premier lieu, ils se spécialisent uniquement dans les paris sportifs et hippiques, ils se sont grandement diversifiés avec le temps. De plus en plus, les bookmakers anglo-saxons proposent en effet aux parieurs en herbe de jouer sur tout et n’importe quoi, du prénom du prochain enfant du couple princier britannique au potentiel de destitution de Donald Trump. Cette variété de propositions inclut aussi le résultat de certaines élections, comme celles qui se profilent en France.

En France, les seuls paris autorisés sont les paris sportifs et hippiques. Un site semble toutefois avoir trouvé une autre voie. Il s’agit d’Hypermind, une plateforme en ligne qui se qualifie de marché prédictif. Comme une société cotée en Bourse, chaque prévision y est ainsi cotée sous forme d’actions d’une valeur allant de 0 à 100 : les parieurs échangent ces actions sur un marché, à un prix fixé par l’offre et la demande, jusqu’à ce que les prévisions soient avérées ou non. Si cette dernière est juste, la plateforme rachète alors chaque action à la valeur maximum.

Les prévisions de cette plateforme sont donc plus fiables que celles proposées par un site de paris classique, dans la mesure où le but final n’est pas d’enrichir le bookmaker. C’est un vrai marché prédictif, comme il en existe aussi aux États-Unis. Sa particularité est que les paris n’impliquent pas d’argent réel, ce qui est interdit par la loi. On est ici face à une forme de serious game.

SONDEUR OU BOOKMAKER : QUELLE FIABILITÉ ?

La question de « qui est le plus fiable », entre le sondeur et le bookmaker, se pose alors. En effet, si les paris en ligne peuvent non seulement apparaître comme une alternative aux sondages d’opinion traditionnels, ils semblent même pouvoir se révéler plus sûrs dans un certain nombre de cas de figure.

En premier lieu, les bookmakers doivent prendre des précautions, dans la mesure où ils sont financièrement impliqués dans les cotes fixées. Un échec engendrerait une perte financière évidente, ce qui n’est bien évidemment pas recherché. À l’inverse, les sondeurs ne sont pas directement affectés de manière financière, mais peuvent en revanche souffrir d’un discrédit auprès de l’opinion publique en cas d’erreurs à répétition.

Les bookmakers sont aussi bien plus à même de recueillir des avis honnêtes, à l’inverse des sondages. Les opinions radicales ne s’assumant souvent pas aisément, sur le terrain comme au téléphone, le parieur aura moins de retenue à choisir le candidat pour lequel il veut voter s’il joue de manière anonyme sur Internet. Les réponses sur les sites de paris en ligne sont donc souvent très représentatives des résultats finaux du scrutin.

À la décharge des instituts de sondages, on pourrait penser que les paris en ligne ne reflètent pas des opinions politiques mais bien des certitudes sur le candidat qui va l’emporter. Mais selon le directeur du site jourdegalop.com :

 

« Psychologiquement, il est difficile de parier pour la victoire d’un homme politique dont on pense qu’il gèrera mal le pays. »

Dans les faits, les bookmakers semblent même incarner une meilleure alternative que les sondeurs. Si le Brexit n’était donné gagnant par aucun des deux « partis », certains bookmakers avaient prévu l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, ce qui n’était le cas d’aucun institut de sondages.

L’échéance à venir en France sera donc déterminante pour les sondeurs. Si, en ce moment, les cotes proposées par les sites de paris en ligne semblent refléter les chiffres fournis par les sondages actuels, un troisième concurrent émerge : le Big Data. La société canadienne Filteris et l’application mobile Gov, qui en font partie, commencent à faire entendre leur voix en proposant des types de sondages inédits… et dont les résultats vont à l’encontre de tout ce qui a été réalisé jusqu’à présent.

 

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans politique asnieres
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 07:33

Les déboires judiciaires de François Fillon feront-ils enfin prendre conscience aux politiciens qu’il est judicieux de doter la France d’un véritable pouvoir judiciaire indépendant, car c’est parfois bien utile, quand on est dans l’opposition ?

 

Je m’empresse de préciser, à l’attention des suppôts de Fillon très actifs en ce moment sur le Net, que mon propos revêt un caractère général et que je l’illustre par la situation de leur champion seulement parce qu’il constitue un excellent révélateur de la nécessité réformer l’articulation des pouvoirs. Singulièrement d’organiser enfin l’indépendance des parquetiers.

FRANÇOIS FILLON VICTIME DE LA SOUMISSION DU PARQUET AU POLITIQUE

Depuis le 24 janvier dernier et les premières révélations par la presse du financement singulier de la PME Fillon ayant conduit à l’enquête du PNF puis à la saisie de trois juges d’instruction, François Fillon, par ailleurs incontestable « fashion victim », n’a eu de cesse de reconnaître ses « erreurs » passées (employer femme et enfants à prix d’or sur fonds publics, accepter des « cadeaux », des « prêts sans intérêts » fort tardivement remboursés), sans jamais tirer les conséquences pratiques de ses actes de contritions cathodiques. Parallèlement, François Fillon se déclare victime d’une « tentative d’assassinat politique », puis d’un « coup d’Etat institutionnel venu de la gauche ». Bref d’une justice partiale.

 

Force est de constater que lorsque, à l’inverse, François Fillon ambitionne de faire perdre le sommeil à tous ceux qui étaient à l’origine de la révélation de son mode de vie sardanapalesque, en se fondant sur quelques lignes d’un livre, Bienvenue Place Beauvau, le PNF s’empresse de refuser de se saisir. « Les affirmations du livre sont trop imprécises et manquent trop d’étai pour pouvoir justifier l’ouverture d’une enquête préliminaire », explique le procureur national financier, Éliane Houlette.

François Fillon découvre empiriquement qu’il n’est pas sain que le parquet ne soit pas indépendant du pouvoir politique.

FRANÇOIS FILLON BÉNÉFICIAIRE AUSSI DE LA SOUMISSION DU PARQUET AU POLITIQUE

Dans la famille Fillon, on aime les belles caisses. Papa craque littéralement pour les Ferrari– prêtée par de riches mécènes de son temps libre-, plus modeste, fifils se contente de jouer avec le 4×4 Toyota de papa. Le 9 mai 2009 sur la rocade de Rennes Fillon fils frôle un scooter et oblige sa conductrice à mordre le bas-côté pour éviter le choc. Le fils Fillon refuse de s’arrêter et gratifie la jeune femme d’un élégant doigt d’honneur.

Après la plainte déposée par Guylène G. aide-ménagère et mère de trois enfants qui s’est vue poussée par jeu et a cru “sa dernière heure arrivée”, le chauffard a été vite identifié. Et l’enquête encore plus vite classée.

Envoyé devant le délégué du procureur qui prononce un simple “rappel à la loi”, Fillon fils « accepte de payer le coffre à bagages du scooter endommagé, même s’il n’a pas le sentiment de l’avoir abîmé, et veut bien réfléchir à une indemnisation ». Et de préciser que “sa réponse parviendra sous huitaine avec ou sans chèque”.

Finalement, le fils Fillon bien élevé a envoyé une lettre à la victime. Il regrette de lui avoir fait peur, mais refuse le principe même d’une indemnisation car il y a eu dans les médias une utilisation de l’incident “qui n’est pas acceptable”. « Pour l’heure, le procureur de Rennes n’a rien trouvé à y redire, souligne le Canard ». En 2009, François Fillon était Premier ministre.

FRANÇOIS FILLON FAVORABLE À LA SOUMISSION DU PARQUET AU POLITIQUE

François Fillon candidat à l’élection présidentielle de 2017, s’était initialement déclaré en faveur d’une « justice indépendante ». Il prônait notamment « l’impartialité et l’indépendance des juges du siège », « une plus grande autonomie du parquet ». Il suggérait de « nommer les magistrats du parquet sur proposition du gouvernement avec avis conforme du CSM », ce qui a été la pratique constante des gardes des Sceaux du quinquennat Hollande.

Mais, si le candidat Fillon plaidait pour « une plus grande autonomie du parquet », il exposait dans le même temps qu’il faut « répondre en même temps à l’exigence de maintien d’un lien organique avec le pouvoir exécutif issu du jeu démocratique pour s’assurer que la volonté du peuple en matière de justice pénale soit appliquée et respectée ». C’est parfois bien pratique en effet un parquet qui devance les desideratas- exprimés ou implicites- du pouvoir du moment.

Nul ne peut évidemment se réjouir que les ennuis judiciaires du candidat « de la droite républicaine » contraigne aujourd’hui son épouse, Penelope, à devoir mettre son réveil à l’heure où la France qui travaille se lève. Toutefois, il est bon que, de temps en temps, un politicien de carrière, devenu « hors sol », car il a cessé de partager le sort des Français, touche du doigt la réalité de ses concitoyens. Pour rappel, François Fillon, à 63 ans, est élu depuis 35, « en politique » depuis 42, selon les calculs de Philippe Pascot (Allez (presque tous) vous faire…, p. 129).

Désormais, les justiciables du quotidien, dont le sort indiffère au plus haut point les hommes politiques, ne peuvent qu’espérer que les tribulations judiciaires de François Fillon feront enfin prendre conscience à l’ensemble du personnel politique (nos chères édiles) qu’il est judicieux de doter la France d’un véritable pouvoir judiciaire et d’un parquet indépendant, car c’est parfois bien utile, quand on est dans l’opposition.

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 20:41

Un essai de sociologie électorale qui vous réserve des surprises sur les principaux critères qui expliquent le vote Front National en France.

 

QUELS SONT LES TERRITOIRES EN DIFFICULTÉ SOCIALE ?

Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère. Du coup, le vote FN y est moins important.La carte des difficultés sociales de la France en 2013 montre qu’elles présentent de grandes similitudes géographiques. Ce sont à peu près les mêmes territoires où sévit le chômage, où les jeunes n’ont pas de diplômes, où la pauvreté est la plus élevée et où les familles monoparentales sont les plus nombreuses. Nul hasard à cela car ces problèmes font système en se renforçant les uns les autres : les jeunes sans diplôme risquent le chômage beaucoup plus que les autres, les chômeurs sont plus pauvres que la moyenne, le chômage est un ferment de dissolution des liens sociaux, en particulier des liens familiaux, ce qui entraîne des ruptures et donc la multiplication des familles monoparentales, dont 35 % sont au-dessous du seuil de pauvreté. En cherchant à venir à bout de l’une de ces difficultés, on rencontre inévitablement les autres.

 

ANGOISSE SOCIALE ET VOTE FRONT NATIONAL : UN ESPACE EN COMMUN MAIS PAS D’AUTOMATISMES

 

Les difficultés sociales vont souvent ensemble. On peut construire la carte d’un indice à partir des taux de chômage, pauvreté, jeunes sans diplôme et familles monoparentales, en donnant le même poids à chacun d’eux. Elle montre les zones les plus en difficultés : un grand Nord-est, une large bordure méditerranéenne et la vallée de la Garonne entre Bordeaux et Toulouse. Inversement, le grand Ouest, une partie du sud-ouest et le Massif Central connaissent moins de problèmes.

Cette géographie est assez proche de celle des suffrages obtenus par le Front national aux diverses élections depuis 1984. Il serait cependant inexact d’en déduire que ce vote est celui des pauvres et des laissés pour compte. Ces derniers s’abstiennent le plus souvent. On doit plutôt constater que c’est le vote des régions pauvres, celles où beaucoup craignent les accidents de la vie car ils voient leurs proches atteints par eux.

 

LES GRANDES VILLES MOINS ENCLINES AU VOTE FN MALGRÉ DES PROBLÈMES SOCIAUX AIGUS

C’est dans les petites communes (bandes verticales sombres), là où les difficultés sociales sont relativement moins fortes, que le FN fait ses meilleurs scores.

En comparant plus attentivement la carte des difficultés sociales et celle des votes FN, une importante différence apparaît : le vote frontiste est plus faible dans les villes et particulièrement dans les grandes agglomérations que dans leur périphérie alors qu’inversement, les problèmes sociaux y sont plus aigus. Le fait apparaît avec plus de clarté quand on dessine l’évolution des quatre difficultés cartographiées plus haut et celle du vote FN, selon le nombre d’habitants des communes : plus ce dernier est important, plus faible est le vote FN, mais plus répandues les quatre difficultés.

Ceci montre que les électeurs choisissent plus en fonction de leurs perspectives d’avenir que de leur situation réelle. Dans les zones éloignées du centre, les habitants se sentent oubliés et ont l’impression de ne pas pouvoir changer leur situation. Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère. L’air de la ville rend libre disait-on déjà au Moyen-âge à propos des cités.

 

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