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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 20:44

La « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage.

 

Nul ne peut nier que la recomposition politique ne soit « en marche ». Le processus ne fait certes que commencer mais déjà les analystes, conscients de l’ampleur des changements à l’œuvre, osent un parallèle avec 1958. Toutefois, la comparaison avec l’émergence de la République des républicains dans les années 1880 permet sans doute mieux d’en mesurer l’importance et peut-être d’en apercevoir les limites.

RECOMPOSITION POLITIQUE

Au moment du vote des lois constitutionnelles en 1875, un jeune député venu de la gauche, Léon Gambetta, a saisi la nécessité d’une recomposition politique. Il a compris en effet qu’une entente est possible entre les républicains, pourvu qu’ils modèrent certains de leurs principes, et une fraction de la droite d’autant que celle-ci est profondément divisée entre orléanistes, légitimistes et bonapartistes. Gambetta entend ainsi attirer du côté de la République une partie de la droite orléaniste, lasse des atermoiements des monarchistes et sans grande sympathie pour leur politique d’ordre moral.

Opération réussie : la droite se scinde, des orléanistes adoptent la forme républicaine du régime et rallient le camp républicain soudé, à partir de la crise du 16 mai 1877, autour des valeurs qui vont le définir pour longtemps, la laïcité et le parlementarisme. La question sociale est oubliée et d’ailleurs selon Gambetta « il n’y a pas de question sociale », la question nationale aussi : « la Revanche, pensons-y toujours, n’en parlons jamais » disait le même Gambetta.

Le régime, socialement conservateur, saura se défendre contre l’extrême gauche socialiste et, culturellement libéral, contre la droite cléricale et nationaliste. Le socle politique et idéologique de la République est appelé à durer, la droite monarchiste est marginalisée, l’extrême gauche se rallie ou pèse peu.

MACRON HÉRITIER OU FOSSOYEUR DU SOCIALISME ?

En 2017, à l’âge de Gambetta dans les années 1870, Emmanuel Macron, héritier – ou fossoyeur ? – d’un socialisme en ruines a réussi à regrouper derrière lui et son parti la gauche réformatrice et une partie de la droite libérale autour de la construction européenne et des valeurs du libéralisme.

Macron, comme Gambetta avant lui, a compris la nécessité d’acter la disparition de certains clivages d’un autre âge. Du coup, comme dans les années 1880, la conjonction des centres est de nouveau d’actualité et la République en marche, le parti du Président, pourrait bien jouer le rôle de « parti pivot » (S. Berstein) jadis dévolu au parti radical et radical socialiste.

Au passage la Cinquième République, après six décennies de bipolarisation gauche/droite, fait une fois encore la preuve de sa faculté d’adaptation. Mais l’orléanisme étant au pouvoir la question sociale est oubliée comme sous la Troisième République, abandonnée aux extrêmes, la question identitaire aussi.

La synthèse politique macronienne n’est donc pas sans rappeler la synthèse gambettiste et comme le souligne Laurent Bigorgne, « Emmanuel Macron ne doit pas son élection à un accident » . Aura-t-elle pour autant la même postérité que celle de son illustre aîné ?

RECOMPOSITION SOCIOLOGIQUE

Gambetta et les républicains opportunistes en fondant la République ont, pour reprendre la thèse de F FURET, terminé la Révolution. Celle-ci, selon la célèbre formule de Prévost-Paradol avait certes « fondé une société mais elle cherchait encore sa forme de gouvernement ».

Or, la grande habileté des républicains c’est non seulement d’avoir bâti un modèle politique acceptable par les Français en mettant de côté certains de leurs dogmes, ce qui leur a valu leur surnom d’opportunistes, mais de lui avoir donné une assise sociologique solide : la France rurale, majoritaire jusqu’en 1931, bientôt protégée par les tarifs Méline et celle des classes moyennes urbaines, professions libérales ou fonctionnaires.

A ces deux France, la République promet, par l’école, l’ascension sociale et c’est en ce sens qu’il n’y a pas pour Gambetta de question sociale ; à ces deux France, la République apporte l’ordre social et la paix, non sans une solide culture patriotique, ciment de la nation.

Mieux, Léon Gambetta lui-même, dans son discours de Grenoble en 1872, annonce l’arrivée au pouvoir de « couches sociales nouvelles » – il était fils d’épicier – et la Troisième République a été celle des avocats avant d’être celle des professeurs.

QUELLES COUCHES SOCIALES NOUVELLES POUR LE MACRONISME ?

L’élite dirigeante est le miroir de la base sociologique du régime. Le « modèle républicain » de la Troisième République analysé par Serge Berstein, c’est donc la rencontre cohérente d’un système politique et d’une société.

Or, en 2017, si l’on voit bien l’habileté politique et l’opportunisme d’E Macron, on ne voit guère en revanche, pour l’instant, l’arrivée de « couches sociales nouvelles » au pouvoir ; plutôt le maintien en place d’une élite technocratique, un monde fermé et peu représentatif de la « France dans ses profondeurs » (de Gaulle).

On ne voit pas davantage où se situe la base sociologique du régime ou plutôt la France qui joue ce rôle semble circonscrite à celle des métropoles ; la « France périphérique » (C. Guilluy), laissée de côté, ne s’y retrouve guère.

Plus grave, l’orléanisme au pouvoir théorise même parfois son abandon – en 2011, un rapport de Terra Nova, un think tank proche du Président, préconisait l’oubli par la gauche de gouvernement des classes populaires -.

Une chose est sûre, la « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage. Remettre les institutions en marche n’a en effet pas grand sens si la majorité des citoyens ne s’y reconnaissent pas.

Pour retourner la formule de Prévost-Paradol, la France macronienne a peut-être trouvé sa forme de gouvernement, il lui reste à fonder une société nouvelle qui concilie modernité et solidarité. Une tâche sans doute autrement plus ardue.

 

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 17:25

Autour de Marseille, plus de la moitié des votants ont donné leur vote à un parti de type socialiste d’extrême gauche ou d’extrême droite. Pourquoi ? Un ami ma poussé cet article je le soumets à votre sagacité.

 

 

Dans le département qui accueille la belle ville de Marseille et sa Bonne Mère, ce 23 avril, Marine Le Pen a fait un score de plus de 27 % et Jean-Luc Mélenchon, de plus de 22 %. En ajoutant les candidats de gauche « ultra », on arrive à plus de la moitié des votants qui ont donné leur vote à un parti de type socialiste d’extrême gauche ou d’extrême droite. Pourquoi ?

Comme celui de Monsieur Mélenchon en effet, le programme de Marine Le Pen est d’essence socialiste et nationaliste (même s’il ne s’agit, heureusement, pas de national-socialiste « à l’allemande »). Leur conception collectiviste du politique fait que du nationalisme au socialisme il n’y a qu’un pas ; et vice versa.

MALAISE DANS LA SOCIÉTÉ

Ce type de résultat traduit un malaise profond de la société française. Et plutôt que de stigmatiser et montrer du doigt, il parait plus constructif, pour ceux qui chérissent la liberté et abhorrent le collectivisme, de droite comme de gauche, de tenter de « comprendre l’incompréhension », et remonter ainsi aux racines des maux sociaux, réels, qui génèrent ce malaise.

Pourquoi la haine du patron, pourquoi la haine de l’Arabe ? Réaction naturelle au libéralisme économique, pardi ! Au libéralisme en matière d’immigration ! Toujours ce sale libéralisme, répondront les électeurs de « Marine » et « Méluche ».

J’ai grandi à Marseille et travaillé dans ses quartiers « chauds » en ZEP au milieu de cités ultra-violentes. La pauvreté est bien là, avec sa détresse sociale, morale, économique, le chômage, la violence, l’exclusion, les fins de mois difficiles – mais aussi les débuts et les milieux de mois, le communautarisme.

Le taux de pauvreté atteint les 25% à Marseille, le chômage, officiellement, près de 19 %. Et encore, une partie du chômage est cachée dans tous ces boulots aidés en associations et multiples programmes, très souvent inutiles et coûteux.

INTÉGRATION DIFFICILE

L’intégration est difficile : repli identitaire musulman, sentiment anti-français, (combien de fois n’ai-je pas entendu « La confiance n*que la France » ? ). Les travailleurs africains, en particulier maghrébins, qui dans les années 50 travaillaient dans la construction, et notamment à faire ou refaire les routes françaises, vivaient à l’époque dans les bidonvilles qui poussaient dans les quartiers nord.

La décence voulait qu’on les loge de manière humaine. Avec le regroupement familial, ce sont des familles entières qui sont arrivées. Elles auraient dû pouvoir s’intégrer, comme l’avaient fait avant elles les Espagnols, les Portugais ou, comme ma famille, les Italiens, dans la première partie du vingtième siècle. Mais le nouveau contexte institutionnel (plus que « la religion ») a changé la donne comme on le verra.

À côté de certaines zones relativement dynamiques, comme autour d’Aix-en-Provence, une spirale de décroissance (concept merveilleux pour certains, paraît-il…) submerge de nombreux quartiers.

Et le chômage y touche toujours davantage les Français de souche comme dirait l’extrême droite. Pas assez d’entreprises, pas assez d’emplois. « Les patrons égoïstes n’embauchent pas, les Arabes nous piquent notre boulot ou vivent des allocs ». Tout cela la faute au libéralisme ?

LE POIDS DU MODÈLE SOCIAL

Évidemment dans un pays à 57% du PIB de dépense publique, 47 % de prélèvements obligatoires où un salarié moyen coûte à l’entreprise deux fois son salaire net, et qui régule à tout va, une telle affirmation devrait faire spontanément sourire. Mais les gens ne savent pas.

Ils ne savent pas combien leur coûte économiquement (et donc socialement) leur cher système social, leurs chères régulations, leur chère administration, leurs chères subventions. L’ignorance est minutieusement cultivée par les politiques qui en tirent leur pouvoir.

Les réflexes simplistes sont donc d’autant plus aisés. En cela d’ailleurs, les étatistes démocrates du front républicain sont tout autant à blâmer que les extrémistes. Car c’est bien l’interventionnisme – allez, lâchons le mot : le socialisme – qui est au contraire à l’origine de tout ce malaise.

SOCIALISME LOCAL

Socialisme local, qui consiste à socialiser un maximum l’action collective en arrosant de subventions la moindre association ou la moindre initiative du « peuple » ou des « gens », le but étant évidemment de se constituer une clientèle électorale et/ou d’asseoir son pouvoir bureaucratique.

Si Marseille est championne de l’arrosage en subventions, elle est aussi un symbole de la magouille politique. Après la guerre, un contrat tacite est passé entre socialistes et communistes : le port pour ces derniers (ce qui a permis à ce port jadis dynamique d’être gangrené par une mafia cégétiste et de reculer sans cesse dans les classements) et la mairie pour les premiers. Le passage à droite n’a pas véritablement fait bouger les lignes. Les traditions ont la vie dure.

ENTRAVE ET RACKET FISCAL

D’un côté on empêche, on entrave, comme la récente mésaventure du génial inventeur du flyboard Franky Zapata, à Martigues, l’a montré, voire on rackette, et d’un autre côté on redistribue.

Cela duplique le socialisme pratiqué au plan national : on crée d’un côté des tas de régulations, fiscalités et autres joyeusetés pour entrepreneur, qui empêchent curieusement le dynamisme et l’intégration économiques, et on « compense » d’un autre côté avec une redistribution instaurant la dépendance. Les gens sont pris en tenaille dans des trappes à pauvreté.

La redistribution tous azimuts a pour vertu d’éviter que la cocotte n’explose. Mais comme les scores électoraux l’ont montré, l’eau bout. Elle bout parce que ce système socialiste, en générant l’irresponsabilité à la fois du politique et des administrés construit durablement la défiance : c’est donc « la faute de l’autre, du patron, de l’Arabe, du Français, de l’Europe ».

La solution n’est pas dans plus de politique mais moins ; pas dans plus de socialisme, mais moins ; pas dans moins de liberté, mais plus : davantage de société civile, d’habitude de vivre ensemble, d’autonomie et de responsabilité personnelle, de solidarité volontaire, d’action collective et d’initiative économique « d’en bas ». À Marseille comme ailleurs. C’est la seule voie possible vers une France réellement apaisée.

 

 

 

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 08:29

Surveillez ce qui se trame en ce moment même à l’ombre de la fontaine Médicis, au cœur du jardin du Luxembourg, qui pourtant se prête tant à la quiétude et au délassement.

À quelques pas de là, le Sénat travaille dur… très dur

Nos sénateurs font preuve d’une ingéniosité sans limite pour trouver de nouvelles sources de revenus afin d’assouvir les besoins de notre État aussi impécunieux que… dispendieux.

Force est de constater qu’ils viennent de trouver une nouvelle idée… Car l’imagination fiscale des Français, vous le savez, est sans borne. En la matière, nous repoussons même les limites au-delà du… concevable. Avec les maths et le luxe, les taxes sont notre domaine d’excellence reconnu par le monde entier. La TVA dont nous sommes le créateur, a été adoptée par tous. L’idée de la taxe à 75% sur les salaires n’a pas eu le même succès…

Mais pas d’inquiétude, les idées jaillissent de l’esprit de nos sénateurs comme l’eau de la magnifique fontaine Médicis. Il faut bien « nourrir la bête »… notre système providence si gourmand et difficile à rassasier.

Alors ils ont travaillé sur Notre cas. Nous les intéressons. Où plutôt Nos transactions les intéressent. Qui dit transaction, dit prélèvement. L’État prend ce qui lui revient de plein droit.

Rien de nouveau me direz-vous. Depuis des décennies, tous nos achats et ventes sont soumis à TVA. Le plus souvent, un cinquième de la transaction part directement dans les caisses de l’État. Quant à nos revenus, ils sont eux aussi taxés. Toutefois…

Nous avions jusqu’ici une aire de liberté

  • Nous pouvions revendre sur leboncoin notre vieille voiture usagée afin de pouvoir en racheter une nouvelle.
  • Grâce à eBay nous pouvions nous débarrasser de cet hideux tableau offert par belle-maman dont le goût laisse franchement à désirer.
  • Grâce à AirBnB nous pouvions faire fi des chambres d’hôtel froides et déshumanisées lors de nos voyages, pour préférer trouver refuge dans le nid douillet bien chaud d’un particulier qui, comme nous, cherche à arrondir ses fin de mois et réduire ses dépenses…
  • Nous pouvions multiplier les allers-retours Paris-Marseille pour aller voir nos amis sans casser notre tirelire grâce à Blablacar…

Eh bien tout cela sera bientôt taxé. Ce n’est pas une question de si, mais de quand.

Notre petite source de revenu complémentaire (solidaire), qui pour certains est presque indispensable, va se voir amputée. Comme le souligne le rapport du Sénat, jusqu’ici « les revenus sont rarement déclarés, rarement contrôlés et donc rarement imposés ». Et comme le fisc n’a pas les moyens de tout contrôler… (Nous parlons de millions d’internautes) et que les enjeux sont faibles, nous étions donc épargné.

C’était sans compter les avancées technologiques dont le mauvais usage, je tiens à le souligner, peut induire un caractère liberticide majeur pour nos sociétés. Mais là n’est pas la question aujourd’hui.

Connecter les plates-formes… une idée de génie !

Nos chers sénateurs, pourtant si peu geek aux entournures, ont eu l’idée diabolique de connecter la plate-forme des services fiscaux aux plates-formes collaboratives (Amazon, eBay, leboncoin, AirBnB…).

Imaginez donc… un système de déclaration automatique des revenus des particuliers ! Le rêve de tout homme politique qui se respecte… car n’oubliez pas que la taxation est une forme de pouvoir. Elle donne aux politiques les moyens de leurs ambitions.

Ainsi, en un clic, le fisc obtiendra un récapitulatif des transactions des internautes et pourra les taxer. Vous retrouverez donc automatiquement les revenus de vos ventes sur votre déclaration fiscale et l’impôt à payer en regard. Seule bonne nouvelle : dans leur immense mansuétude - générosité, nos sénateurs ont prévu d’instaurer une franchise de 5 000 euros par an.

Plates-formes collaboratives et bancaires seront bientôt le bras armé de Bercy

Nos amis - camarades sénateurs ont dû s’inspirer d’Airbnb qui collecte pour le compte de l’État la taxe de séjour due par les particuliers qui utilisent le site. Les plates-formes collaboratives deviennent ainsi le bras armé de l’Etat.

Sur le même principe, le prélèvement de la TVA devient enfantin. Sauf que cette fois ce ne sont pas les plates-formes collaboratives, mais les banques qui seront mises à contribution ! Pour instaurer un prélèvement à la source sur tous les achats en ligne, il suffira que la banque du client prélève la TVA et la reverse automatiquement au Trésor public. Youpi ….La boucle est bouclée

L’État transforme les entreprises en percepteurs. Les plates-formes Internet deviendront à leur tour (de gré ou de force) agents du Trésor public.

L’emprise de l’État sur le citoyen s’accroît

C’est un fait. Notre aire de liberté se rétrécit; le système fiscal nous cerne, à en devenir presque… carcéral. Malheureusement, au-delà d’un certain seuil de tolérance, l’impôt brise dans l’œuf la moindre initiative individuelle. Notre initiative…

Payer de l’impôt est un devoir citoyen ; principe fondamental accepté par tous, j’en conviens. Mais la question qui se pose aujourd’hui avec la proposition du Sénat est : que veut-on laisser à la discrétion de l’individu ?

Jusqu’à présent, quand j’hébergeais des amis quelques jours chez moi en été gracieusement, et qu’ils me rendaient la pareille, personne n’avait rien à y redire. Aujourd’hui, avec la financiarisation à outrance de nos vies jusque dans les moindres services, nous avons la possibilité de nous faire défrayer/payer. Et alors ? Est-ce un drame?

Faut-il à tout prix tout faire rentrer dans le « secteur marchand », afin de le rendre taxable ?

J’ai toujours pensé qu’un tout petit peu d’économie solidaire ne faisait de mal à personne. Au contraire, c’est une soupape de sécurité contre l’implosion sociale. Doit-on définitivement abolir le moindre espace de liberté de l’individu ? Nous marchons à pas forcés dans ce sens, et la société sans cash n’en est que le symptôme.

Laissez-moi vous poser une dernière question : n’aurions-nous pas aliéné notre liberté à la toute-puissance de l’État, en échange de sa.... speudo.... protection et providence ? Je le crains.


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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 12:59

Les opérations militaires d’encerclement des tâches complexes continuent ; la simplification administrative n’a pas fini de s’étendre partout sur le territoire français et à la fin de ce mois-ci, une intervention de grande envergure va débouler avec ses tanks, ses avions de chasse, ses troupes au sol et son carpet bombing du citoyen trop complexe : les établissements qui reçoivent du public (EPR) ont en effet jusqu’au 27 septembre pour envoyer leur dossier de mise en conformité pour les personnes handicapées. Ça ne rigole plus. Du tout.

Il faut en finir avec les refuges d’alpinistes inadaptés aux paraplégiques. La France doit mettre un point d’arrêt aux parcs de jeux et d’acro-branche incapables d’accueillir correctement les personnes à mobilité réduite ou en fauteuil roulant. Mieux encore, tous les commerces et les show-rooms, toutes les surfaces petites ou grandes doivent maintenant tenir compte de cette évidence : le monde n’étant pas totalement bisou, certains supportent des handicaps qui imposent que tous, oui, tous, y compris vous, là-bas, et votre établissement dédié à des motards, s’adaptent aux aveugles, aux para- et tétraplégiques, aux sourds et malentendants, aux manchots .

Et comme de surcroît, la Simplification Administrative est en marche et ne laissera s’échapper personne, l’évidente solution passera par un formulaire administratif, laïc, républicain, citoyen et surtout très très festif.

Ce formulaire, vous pourrez en prendre connaissance sur le site du Ministère du Développement Durable, parce que les adaptations diverses et variées promettent un bon développement, durable même, des factures à payer. N’oubliez pas : si la lecture de ce formulaire est trop pénible parce qu’il contient des douzaines de termes abscons, qu’il demande une grosse quinzaine de pièces justificatives en un nombre de copies variables, ne vous inquiétez pas. La Simplification Administrative a tout prévu et écrasera d’une botte ferrée toutes les râleries improductives de ceux qui trouvent ça encore trop complexe en proposant gentiment un explicatif détaillé, ainsi bien sûr qu’un mode d’emploi au même format que le formulaire en question.

Le nom de ce formulaire ? C’est le CERFA 13824*03™®, *03 parce que c’est déjà la troisième version (eh oui, certains ne chôment pas au MiniDevDur, et n’hésitent pas à introduire une obsolescence programmée et rapide dans le CERFA 13824*01 et le CERFA 13824*02.

À quoi sert-il ?

Tout simplement, à déclarer la mise en conformité de votre Établissement Recevant du Public (ERP) avec la norme d’accessibilité pour les handicapés décidée en 2005 lors d’une consultation minimale des parties prenantes, et qui devait être universelle 10 ans plus tard, pour janvier 2015. Compte-tenu des difficultés des uns et des autres à s’adapter, un petit aménagement du calendrier a été toléré, d’une part en repoussant la mise en conformité effective au premier janvier 2016, et d’autre part pour admettre que, d’ici au 27 septembre de cette année, seul un calendrier des travaux soit fourni.

Pour faire simple, le législateur a classé les établissement en cinq catégories, en fonction du nombre de personnes accueillies, les plus nombreux étant évidemment les plus petits. La catégorie 5, ceux qui accueillent moins de 100 personnes à un instant T, et qui recouvre donc l’écrasante majorité des commerces et services de proximité et des professions libérales, ceux-là même que le gouvernement ment vouloir protéger tous les jours un peu plus.

À ces cinq catégories correspondent bien évidemment cinq cerfas qui … ah non en fait, un seul et unique cerfa sera utilisé indifféremment pour tout ce beau monde. La Simplification, ça n’épargne aucun chaton : le législateur est un malin et a finement posé comme principe, par le truchement de cet unique cerfa, qu’un CHU accueillant plusieurs milliers de personnes et une profession libérale accueillant dix personnes tout au plus ont les mêmes conditions de travail et les mêmes exigences en termes d’accessibilité aux handicapés.

Nous sommes en France, et comme de juste, les choses n’ont commencé à bouger qu’après plus de neuf années pendant lesquelles personne n’a pris le temps de bien mesurer l’impact de cette mise en conformité. Et puis, 2005, c’est déjà un passé depuis longtemps révolu. Du point de vue des députés, c’est un peu comme les années disco : une jeunesse frivole, déjà lointaine, et pleine de vigueur un peu fofolle qui excusait sans doute ces petits débordements législatifs. Pas de quoi fouetter un chaton. Peu importe donc si tant et tant d’établissements publics restent difficilement accessibles.

Mais bon, tout de même, il y a un souci : cette catégorie 5, là, truc machin, c’est donc celle où les établissements concernés sont les plus nombreux, certes, mais aussi et surtout où ils sont les moins aptes à simplement comprendre et fournir la liste interminable de pièces à joindre au dossier. En effet, même si les chiffres varient selon les sources, on parle de 80% des ERP en catégorie 5 et de 450000 à 800000 établissements. (Notez la précision diabolique du chiffre, quasiment du simple au double, qui en dit long sur la capacité du législateur à correctement tailler l’effort demandé.)

Ah et puis tant qu’on est dans les petits soucis de dernier moment, il se trouve également que les professions libérales sont souvent installées dans des locaux destinés à l’habitation et mutés en locaux professionnels, locaux faisant partie de copropriétés dans lesquelles les copropriétaires n’ont pas forcément (voire pas du tout) envie de voir des rampes d’accès et autres balises vocales ou visuelles décorer les parties communes. Quant à repousser l’un ou l’autre mur porteur pour accommoder des portes plus larges, … cela peut entraîner des négociations délicates. Or, lorsqu’on les multiplie par plusieurs centaines de milliers, on le fait au détriment de la productivité générale, des affaires et par voie de conséquence, de bonnes rentrées fiscales…

Lentement mais sûrement, et toujours dans le cadre d’unesimplification administrative qui passe maintenant en mode thermonucléaire, puisque la mise en conformité de tout ce bazar risque de coûter cher et prendre plus de temps que prévu, se profile doucement le temps des dérogations (pour des raisons techniques, de coût, ABB, de rupture d’accessibilité) et des délais avec engagement de réalisation (le fameux Ad’ap, cache-sexe élimé d’une loi vraiment trop mal conçue).

Plus amusant encore, arrive aussi le temps des petits malins qui voient un joli business poindre. Eh oui, puisqu’une loi est votée, puisque l’obligation de mise en conformité existe, pourquoi ne pas avoir droit à un beau (pseudo-)diagnostic pour une modeste somme (en moyenne 500 euros HT) assorti d’un dossier type permettant de faire bonne figure ? Après tout, ce n’est pas cher, ce n’est pas l’État qui paye.

Arrive enfin le temps du renoncement : en juin 2015, seuls 2200 dossiers étaient déposés sur les 450.000 potentiels (selon la fourchette basse). Les trois prochains mois qui viennent promettent de grands moments de simplification administrative pour les 447.800 dossiers restants (fourchette basse, toujours), mois bien remplis, peut-être plus même que le Cerfa 13.824*03 du MiniDevDur. Voilà de quoi occuper quelques fonctionnaires.

Mais au fait, qui va vérifier tout cela ? Quel vibrant Gérard Filoche de l’Accessibilité et de la Mise Aux Normes Handicapés se jettera dans la tâche immense de vérifier que tous ces cancrelats de patrons exploiteurs, de professions libérales spoliatrices et d’artisans aux magouilles comptables permanentes seront bien en règle ?

Où trouvera-t-on les cohortes de fiers inspecteurs de la milice citoyenne à l’accessibilité ? Combien d’emplois publics tout ceci va-t-il nécessiter ?

Et puis, au fait, la simplification, le changement, le redressement productif, les handicapés, dans tout cela, que deviennent-ils ???

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 12:33

La réforme territoriale voulue par Manuel Valls a mobilisé beaucoup de monde pour pas grand-chose.

Au cœur d’une actualité riche en sujets dont tout le monde parle, Grèce, Iran, vacances, il est un sujet qui aurait pu être important et dont vous n’avez sans doute rien à faire, c’est celui de la « réforme territoriale » voulue par Manuel Valls, qui va accoucher d’une non-réforme pitoyable.

Réforme territoriale : le soufflé est retombé

Rappelez-vous : il y a 18 mois, le Premier ministre, toutes voiles dehors, annonçait la fin des départements, de grandes régions, la fin de la fameuse « clause de compétence générale » qui permettait à toutes les collectivités de s’occuper de n’importe quoi même si une autre s’en occupait déjà, etc. Même si personnellement, j’aurais supprimé la région plutôt que le département (j’y reviendrai), les annonces allaient dans le bon sens, même si elles manquaient de bonnes occasions d’aller plus loin encore.

Mais 18 mois plus tard, la loi «NOTRe» (avec un e minuscule, ce n’est pas une faute de frappe, « Nouvelle Organisation Territoriale de la République »), maintient les départements, n’apporte aucun allègement entre communautés de communes et communes, et crée un tel bazar dans les 14 régions pourvues de « métropoles » qu’il va être difficile, même pour un énarque, de s’y retrouver.

Après plusieurs allers-retours entre Assemblée Nationale et Sénat, le projet vient d’être adopté en Commission Mixte Paritaire, réunion de godillots de l’assemblée et de badernes du sénat supposée aplanir les différences entre les deux assemblées. L’accord étant trouvé sur un texte définitif (PDF – attention, ne cliquez que si vous êtes en bonne santé), son vote définitif ne sera plus qu’une simple formalité et la loi devrait être promulguée avant la fin du mois d’août. Les électeurs sauront donc à peu près pourquoi ils voteront aux régionales à la fin de l’année.

La loi n’a donc supprimé aucune structure, va juste faire passer le nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 (impact sur le fonctionnement du pays proche de zéro). Elle supprime certes la clause de compétence générale mais maintient des « compétences1 partagées » entre les différents niveaux : sport, tourisme, culture, et éducation, autant dire que communes, départements, métropoles et régions vont continuer joyeusement à se marcher sur les pieds. Certes, en théorie, la région sera « chef de file », c’est-à-dire que les initiatives des niveaux inférieurs devront se conformer aux cadres définis par la région. Mais je n’ai vu dans le texte aucun moyen de censurer les initiatives doublonnantes ou déconnantes.

Et donc, la loi a rebattu les cartes, retirant certaines compétences à certains niveaux pour les donner à d’autres.

Ainsi, le département garde les routes et la logistique des collèges (alors que les régions ont la logistique des lycées. Il n’aurait plus manqué qu’il y ait des économies à faire en regroupant les deux !!) mais perd l’organisation du transport par autocar de lignes régulières subventionnées et du transport scolaire. La belle affaire. C’est, économiquement parlant, un non-événement.

Et le privé ? La réforme n’en a cure

La région devient leader du développement économique : en clair, la région devient la principale source d’argent public pour subventionner des activités dans les petits papiers du baron politique qui sera élu à sa tête. Mais le département et la commune pourront intervenir « dans le cadre défini par la région », et les communes ou leurs groupements restent seules habilitées à fournir de l’immobilier (terrains, zones, voire bâtiments) aux entreprises.

Il ne serait pas venu à l’idée du législateur que ces activités seraient à coups sûrs mieux assumés par le secteur privé si aucune institution publique ne s’en mêlait…

De même, la région reste chef de file en matière de politiques locales de l’emploi… Mais continuera de faire double… emploi, c’est le cas de le dire, avec Pôle Chômage, notre agence de non-placement de chômeurs bien connue. Elle reste organisatrice de la formation professionnelle, conservera un rôle important, mais pas exclusif de l’État, dans l’apprentissage, selon un schéma qui ne devrait guère évoluer philosophiquement de celui en vigueur il y a 5 ans.

J’aime beaucoup la logique voire le schéma car il peut être répété pour tout ce que fait une région : l’État lui donne des ressources qu’il a lui même ponctionnées (aux entreprises ou aux ménages), la région y ajoute quelques impôts qu’elle prélève elle-même, mais qui ne sont qu’une partie minoritaire de son budget, et arrose des organismes parapublics, associatifs, ou privés, pour délivrer un certain nombre de prestations, dans une opacité et une faiblesse du contrôle des résultats régulièrement épinglés par la Cour des comptes ou ses chambres régionales.

Là encore, il ne serait pas venu à l’idée que si l’État et la région n’intervenaient pas, et que ne subsistaient que les entreprises et les organismes de formation, le système fonctionnerait globalement mieux. « Ce qui est trop simple est simpliste, monsieur, vous n’avez rien compris au génie français. »

La loi s’est ingéniée à définir quelle entité publique devait recevoir telle ou telle attribution, mais ne s’est jamais posée la question de savoir si une privatisation partielle ou totale d’une thématique ne serait pas une meilleure solution. Le planisme et l’interventionnisme n’ont jamais vraiment quitté l’esprit de nos législateurs.

Comment les départements ont sauvé leur peau ?

Bref, une région, comme je le dis souvent, est essentiellement un canon à pognon, qui fait très peu de choses elle-même, mais qui distribue de l’argent à d’autres. Par exemple, les régions financent la SNCF pour maintenir des lignes régionales dont même les plus fréquentées ne sont pas rentables, au lieu de laisser le secteur privé s’en occuper.

Voilà qui explique pourquoi les départements n’ont pas disparu.

En effet, les départements sont des collectivités « opérationnelles », qui gèrent des personnels de proximité, agissant directement sous statut public : personnels routiers, personnels sociaux, personnels techniques des collèges, notamment. Les régions n’ont que des personnels techniques de lycée à gérer en matière d’action de proximité, et sont des collectivités « d’intervention », nom pudiquement donné à l’arrosage d’argent public et à l’achat de prestations auprès de prestataires privés. Le département pratique aussi l’intervention, mais cela n’est qu’un pilier de son portefeuille d’activités.

Les régions ne savent donc pas gérer de gros bataillons de personnel opérationnels et ne veulent pas le faire. Ce rôle n’est pas considéré comme gratifiant par les politiciens et n’attire que des ennuis auprès des électeurs. Au contraire, distribuer de l’argent permet d’acheter des clientèles, et de fréquenter des artistes, des chefs d’entreprise, etc.

Tout l’enjeu, pour les régions, a donc consisté à ne récupérer que le leadership sur les activités permettant de distribuer de l’argent, mais surtout pas de récupérer des masses de personnels syndicalisés, venant de départements aux salaires disparates qu’il aurait fallu, évidemment, aligner sur la collectivité la plus généreuse avant la fusion…

Et voilà pourquoi concrètement, les régions ne récupéreront que les transports inter-urbains et scolaires comme activité nouvelle (les prestations sont achetées auprès de transporteurs comme Kéolys) mais pas les routes ou les ports, ou les collèges, qui resteront aux départements, qui voient leur existence maintenue. Cela permet donc de maintenir des élus dans les deux instances, de ne pas en diminuer le nombre, et de conserver un nombre conséquent de fauteuils présidentiels. Et cela rend la fonction de Président de région relativement confortable.

Doublons entre collectivités, État, et « organismes satellites » maintenus

Ajoutons que la loi ne réforme pas les doublons entre l’appareil d’État et celui des collectivités (franchement, qui peut me dire à quoi servira une DREAL en 2016 ?), ne fait évidemment pas le ménage dans toutes les structures satellites créées soit par l’État, soit par les échelons inférieurs, qui se sont spécialisés dans un domaine bien précis : Syndicats intercommunaux pour l’électrification ou l’adduction, ou encore l’assainissement, chambres d’industrie et d’agriculture, CAUE (Conseils d’architecture, d’urbanisme et d’environnement), sociétés d’économie mixte en aménagement du territoire, agences foncières régionales et/ou départementales chargées de préempter tout terrain de bonne taille qui se présente, Sociétés publiques locales (une nouveauté de 2010) susceptibles de remplacer, au moins en partie, les missions de conseil autrefois assurées par les services d’État… Sans parler des « machins » d’État qui ne sont pas des administrations mais qui en ont l’odeur, la saveur et la couleur : Agence régionale de santé, Direction interrégionale des routes (pour les grands itinéraires), Agence Nationale de Rénovation Urbaine, Agences de l’eau, ADEME, Commission des sites, commission nationale du débat public, etc, etc, etc, jusqu’à la nausée.

Non seulement tout ce fatras ne sera pas simplifié par la réforme, mais les départements pourront créer des structures d’assistance technique aux petites communes, pour remplacer les anciens ingénieurs et techniciens des ex-DDE, organismes aujourd’hui en voie d’extinction, sous le nom de DDT.

Ajoutons que les intercommunalités rurales, qui pouvaient avant se regrouper en « pays », pourront désormais former des PETR, Pôles d’Équilibre Territoriaux et Ruraux, qui élaboreront des « projets de territoire », et nécessiteront quelques postes de fonctionnaires « de réflexion et d’intervention » supplémentaires. Effectivement, les PETR, voilà qui manquait à nos campagnes.

Départements avec métropoles : foutoir garanti

Et j’oubliais : les 12 départements qui hébergent une métropole (hors Paris et Lyon) doivent négocier avec lesdites métropoles les modalités de transfert de blocs de compétences à choisir parmi ceux-ci : Fonds de solidarité pour le logement, Action sociale, Insertion, Aide aux jeunes et actions pour la jeunesse, aides sociales, dont aide aux personnes âgées, Tourisme, et collèges.

Là encore, notez que le terme de « privatisation », ou de retour à la société civile, n’a jamais effleuré le législateur. Mais passons.

Chaque métropole sera un cas unique, toutes ne récupéreront pas les mêmes compétences, et nous verrons la chose curieuse suivante se développer : dans ces départements, où la métropole concerne à peu près la moitié de la population, les compétences partiraient vers la métropole, mais une grande part des élus issus des cantons métropolitains continueraient de siéger au conseil départemental et à influencer les zones rurales de par leurs décisions. Une laie n’y retrouverait pas ses marcassins.

Et je ne vous parle pas des usines à gaz que constitueront les transferts financiers consécutifs à ces négociations, entre collectivités… Parce que pour l’instant, rien n’est arrêté. Et les transferts doivent se mettre en place en 2017…

Pas de contre-pouvoirs ?

Dernière chose : le texte Notre ne définit aucun contre-pouvoir contre un président de région qui utiliserait son canon à pogn…. pardon, ses compétences renforcées, à tort et à travers.

Voilà pourquoi je suis plus que réservé vis-à-vis de l’utilité des régions en tant qu’échelon politique : la France, aujourd’hui, n’a pas besoin de grands dépensiers arrosant certains secteurs de leurs largesses, au nom des lubies du moment : action numérique, développement durable, transition énergétique, etc. Quitte à conserver un seul échelon intermédiaire entre communes et État, le département, parce qu’il est plus petit et à moins d’argent à « canonner », me parait moins mauvais, car il ne peut faire que des petites bêtises, alors que la région pourra en faire des très grosses.

Conclusion, une non-réforme qui ne touche rien d’essentiel

Il est consternant qu’un processus législatif aussi lourd, ayant mobilisé tant d’énergie, aboutisse à si peu, et que l’opposition n’ait jamais engagé le combat avec la gauche sur le terrain du retour de certaines activités à la société civile.

Quoi qu’il en soit, cette réforme territoriale ne fait que rebattre des cartes entre des échelons existants, sans changer aucun des paradigmes fondateurs de l’intervention publique sur le territoire. Cela créera un peu de bazar au niveau des activités changeant d’employeur (bonne chance si vous avez des enfants utilisant les transports scolaires), cela ne simplifiera ni les circuits de financement croisés de l’action publique, ni l’organigramme des intervenants publics, qui sont les deux principales sources de gabegies au niveau local.

N’en attendez ni un surcroît d’efficacité du secteur public, ni des économies. Au mieux, de ce point de vue, elle sera neutre, au pire, 13 grandes régions se lanceront dans une compétition de dépenses « stratégiques » qui se révéleront contre-productives, le plus souvent.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 09:36

Les attaques contre le libéralisme ne datent pas d’aujourd’hui. À la fin du XIXe siècle, un des derniers représentants de l’école classique française, Frédéric Passy, invité à Genève, y faisait une conférence où il plaidait la cause de ce qu’il appelait l’école de la liberté : c’était le 9 avril 1890. En voici un extrait qui reste toujours d’actualité et qui mérite d'être analysé voire médité

« C’est un accusé qui paraît aujourd’hui devant vous. Il sait qu’il n’a pas seulement à se défendre personnellement lui ou ses idées, mais qu’il a à défendre avec lui, avant lui et plus que lui, ses amis, ses collaborateurs et ses maîtres, c’est à dire tous ceux dont l’ensemble constitue l’école à laquelle il s’honore d’appartenir, l’école de la liberté.

Oui, messieurs, je crois à la liberté, à cette liberté sans laquelle on n’aurait pu, ni lui faire son procès, ni plaider pour elle et qui est, comme l’a dit si bien Bastiat, « le tout de l’homme, son moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. »

J’y crois par ce que je crois que la société humaine est autre chose qu’une collection d’automates attendant d’une main étrangère le mouvement et l’illusion ; parce que je crois que ce monde n’a point été livré au hasard et qu’il y a, dans les sciences de l’ordre moral comme dans les sciences de l’ordre matériel, des lois qu’il n’est point en notre pouvoir de changer, mais qu’il est de notre pouvoir d’étudier pour nous en servir en nous y conformant, parce que, comme l’a dit admirablement Boisguilbert, « la nature ne respire que liberté ; elle ne demande pas que l’on fasse des miracles, elle demande seulement qu’on cesse de lui faire une perpétuelle violence. »

C’est pourquoi j’estime que ce qui est en cause devant vous ce n’est pas seulement un système économique, mais le fond même de la vie politique et de la morale. C’est en même temps l’éternelle querelle de la réalité et de l’hypothèse, de la science et de l’empirisme, du possible et de l’impossible, de l’observation qui éclaire et de l’imagination qui égare.

On a reproché avant tout à cette école classique, ce qu’on a appelé son indifférence, son optimisme, son impassible et béate résignation à toutes les imperfections et toutes les misères du présent. On l’a accusée de n’avoir pour les douleurs et pour les aspirations de l’humanité, ni consolation, ni espérance, et de se borner à répondre à ceux qui souffrent comme à ceux qui désirent : « les choses sont comme elles sont, et tant pis si elles ne vous conviennent pas ainsi ; nous ne pouvons rien pour vous, frappez à côté. »

Cette doctrine n’est point une doctrine d’insensibilité et d’indifférence ; c’est une doctrine d’humanité et de progrès. Mais c’est en même temps parce que en dehors de la raison, il n’y a ni humanité ni progrès, une doctrine de la raison. C’est la doctrine de gens qui, au lieu de refaire le monde à leur fantaisie et de faire miroiter devant les yeux de leurs semblables la vaine fantasmagorie d’une perfection impossible, bonne tout au plus à surexciter leur souffrance en faisant naître en eux des prétentions irréalisables, cherchent, en étudiant la nature humaine et ses lois, à déterminer ce qui se doit et ce qui se peut, et enseignent aux hommes, non pas à se révolter contre ce qui est, mais à tirer de ce qui, par l’emploi intelligent et raisonné de leur activité, le meilleur parti possible.

L’école de la liberté n’est ni l’école de l’approbation, ni l’école de la condamnation. Elle ne dit pas que tout est bien dans la société ; elle ne dit pas non plus que tout y est mal. Elle dit que le corps social, comme le corps humain a ses imperfections et ses maladies ; mais aussi que le corps social, comme le corps humain, a sa constitution naturelle, ses organes nécessaires qui ne peuvent être supprimés sans porter atteinte à l’ensemble, que pour l’un comme pour l’autre, la première condition de toute médecine utile, c’est la connaissance de cette constitution fondamentale, l’étude du jeu de ses organes, le respect de cette force vitale, sans laquelle on ne peut rien, et que toute la science du vrai médecin consiste à dégager des influences ou des gènes qui le contrarient.

Elle n’est, en un mot, ni optimiste, ni pessimiste. Elle croit au mal parce qu’elle le voit et elle le combat. Elle croit au bien parce qu’elle le voit aussi et parce qu’elle en a le besoin, et elle travaille à l’augmenter. »

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 14:42

Cela faisait longtemps qu’on n’avait plus entendu les gémissements plaintifs de l’actuel président de l’Assemblée nationale. Heureusement, l’actualité lui donne enfin l’occasion d’émettre ces petits couinements stridents sans lesquels il n’existerait pas vraiment : en pleine forme, Claude Bartolone revient donc nous entretenir sur la météo, la télé, la politique, la vie, la grande, la belle, celle qu’il mène et qu’il nous fait partager dans un entretien radiophonique pulsant de cuistrerie.

C’est France-Info qui aura eu les bonnes grâces du fier Marquis de Seine-Saint-Denis, et qui nous propose donc une interview à bâtons rompus, cassés, mâchonnés et découpés. Et sur le sujet de l’actuelle canicule estivale, il n’y a pas que l’asphalte et l’air qui soient chauffés à bloc : Claude, à peine le gros micro mou saisi, s’embarque dans l’habituelle propagande climato-réchauffiste, à laquelle il ajoute sa célèbre Magic Touch™ de n’importe quoi aspergé avec vigueur :

« On voit bien que lorsqu’on parle de transition énergétique, eh bien là on voit ce que pourrait redonner ce dérèglement de la planète avec heu des pics de heu chaleur de plus en plus importants, une dérèglementation du climat avec toutes les conséquences que cela peut avoir. »

Et voilà, nous sommes à peine à 30 secondes d’échanges qu’il envoie déjà une bordée de 155mm de son Yamato personnel à l’attention des journalistes et des auditeurs à peine réveillés. Ce type n’a aucune pitié et nous inflige donc une dérèglementation du climat qui l’enquiquine beaucoup et justifie amplement, selon lui, qu’on oblige les véhicules à contourner Paris, voire toute sa banlieue, pour assurer à la métropole une léthargie paisible dans une atmosphère virginale.

Le journaliste en face de lui, passablement amoindri par l’impressionnante salve de conneries débitées à rythme soutenu, ne parvient pas à lui faire comprendre qu’une nouvelle sanction des véhicules polluants revient à pénaliser les moins riches ; Claude, chaud boulette, embraye sur les miyons de réfugiés climatiques (35, mon brave monsieur, 35 !) qu’il y aura inévitablement à la fin de l’année – il tient sans doute ses chiffres de l’ONU – et que ce sont les plus pauvres qui ont des maisons passoires et qu’il faut donc agir contre le réchauffement, voilà voilà, circulez.

Apparemment, l’angle choisi est de les tabasser de taxes et d’interdictions, donc. Subtil. On comprendra surtout qu’en malaxant avec vigueur tous les mots-clés actuels sur le climat, la chaleur et les efforts qu’il faut tous faire pour un avenir riant, Bartolone prête ici allégeance à son patron François dont l’hippopoconférence de fin d’année ne peut surtout pas foirer. C’est un bon soldat, le Claude.

En outre, s’il a daigné venir parler au peuple, ce n’est pas pour s’entretenir de ces broutilles climatiques ni même des enquiquinements passagers de la SNCF avec ses horaires qui se ratent et ses voies qui se dilatent au point d’embrouiller le politicien dans le nom des stations, mais bien de sa campagne électorale pour les régionales, puisqu’il entend bien devenir le prochain patron de la Région Île-De-France.

Petit souci, cette campagne débute avec la parution d’un rapport de la CRC, la Chambre Régionale des Comptes, particulièrement accablant sur sa gestion du département de Seine-Saint-Denis entre 2008 et 2012.

Et lorsqu’on épluche le rapport, on comprend qu’il va être compliqué pour le candidat à la présidence de région de faire oublier sa gestion calamiteuse.

Ainsi, prétextant en 2010 un « budget de révolte » (cf 4:00 dans la palpitante interview) pour rouspéter contre une dotation plus faible de l’État aux fastes de son département, il n’hésite pas à engager les dépenses à hauteur de ce qu’il estime être du et non à celle de ce qu’il a reçu. Comme c’est mignon et tellement dans l’air du temps que de dépenser bien plus que ce qu’on a en se présentant comme un héros de la lutte anti-austérité (qu’on n’aura donc pas subie). En définitive, ne vous inquiétez pas, ce « budget de révolte » ne sera payé que par le contribuable (national ou départemental, Bartolone s’en fout).

Et tant qu’à parler d’austérité, n’oublions pas le petit personnel. Bien qu’un cabinet de président du Conseil ne puisse en théorie excéder 11 personnes, la CRC a découvert à la suite d’une enquête minutieuse (historique des recrutements, fiches de paie, organigramme sur l’intranet, …) que le cabinet a compté jusqu’à 14 personnes. Et cette petite entorse aux règlements au niveau du cabinet se retrouve, sous une autre forme, à tous les étages de l’administratif local : on apprend ainsi que les agents départementaux de la Seine-Saint-Denis ont un temps de travail réduit (28 heures par semaine pour les assistants sociaux, environ 27 h 30 pour les éducateurs, un peu plus de 27 heures pour les agents des collèges). Si Bartolone ne fait, en l’espèce, qu’hériter d’une situation précédente ultrafavorable, il n’a rien fait non plus pour ramener toutes les équipes aux 35 heures légales. Quant à la facture de l’écart représenté aux 35 heures (évaluée à 22 millions d’euros par la CRC), elle restera à la charge de … devinez qui ? Du contribuable, évidemment.

Les exemples s’accumulent dans le rapport, comme celui d’emplois qui, s’ils ne sont pas fictifs, semblent bien douteux et dont la portée effective, en terme de productivité, laissent songeur. En définitive, cette liste de reproches assez longue brosse un tableau bien sombre d’une gestion qui « manque de fiabilité et de transparence » selon la CRC, aux bidouilles comptables qui ont pu altérer « la sincérité des budgets ».

Pour un élu comme Claude Bartolone, c’est finalement sans surprise lorsqu’on se rappelle qu’il est directement responsable d’avoir contracté des emprunts toxiques dont le département n’est toujours pas dépatouillé (et loin s’en faut). Faut-il rappeler qu’à ce titre, et malgré les dénégations consternantes de l’élu, le département qui avait attaqué Dexia s’était retrouvé débouté de ses demandes ? Faut-il rappeler que tout montre que les élus qui ont contracté ces emprunts délétères étaient parfaitement au courant des catastrophes potentielles dans lesquelles ils engageaient leurs collectivités territoriales ?

Et tant qu’on y est, comment ne pas dresser un parallèle (que certains trouveront, soyons certain, hardi) entre la situation financière catastrophique dans laquelle il laisse son département, laissé des années aux mains inaptes de communistes pour tomber dans celles, moites et dispendieuses, d’un socialiste sans honte, et la situation d’un pays européen en pleine tourmente, passé de communistes en socialistes divers et qui ont accumulé les déficits et les gabegies ? Alors que le Grexit (la sortie de la Grèce de la zone euro) n’a jamais été aussi proche, comment ne pas voir se profiler comme un « 93xit », ou, au moins, une faillite retentissante d’un département aux abois ? Décidément, cela présage d’un avenir rebondissant pour la région Île-de-France si elle tombait dans l’escarcelle du frétillant Claude.

La réalité n’est décidément pas bisou pour le candidat à l’élection régionale : sa gestion complètement approximative, ses décisions basées sur l’émotionnel et non le rationnel, quitte à tortiller le sens des mots et des lois pour parvenir à ses fins politiques personnelles, tout ceci lui revient maintenant dans le pif avec une vigueur presque réjouissante. Le timing est impitoyable puisqu’on est précisément au moment où le personnage s’élance à l’assaut du niveau de pouvoir supérieur, mais il est aussi nécessaire puisqu’il permettra de rappeler ce que valent vraiment nos « hommes de responsabilité » lorsqu’on leur fournit le pouvoir et les robinets à pognon. On peut raisonnablement douter que ceci aura un effet quelconque dans la mémoire de l’électeur, particulièrement fugace, mais le rappel reste toujours utile.

Notons que pour finir son interview, Bartolone, probablement frappé d’une rare lucidité, explique vouloir sauver « Les Guignols ». Faut-il y voir enfin un désir de reconversion à sa portée ?

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 11:25

"En France, quand il pleut, c’est à verse et quand ça dévisse à l’extérieur, ça part en vrille à l’intérieur. Logiquement, alors que la situation internationale se fait chaque heure plus tendue, entre les énièmes péripéties grecques et le spectre de plus en plus présent d’une bulle financière sur le point d’éclater, on devait s’attendre aussi à une détérioration record de la situation économique purement nationale. Rassurez-vous : c’est aussi le cas.

Et c’est d’autant plus inquiétant que les informations suivantes n’ont pour ainsi dire pas été relayées par la presse nationale, trop occupée à regarder les sorties lapidaires de M.Valls ou les dernières âneries de JC.Cambadélis. Pourtant, la nouvelle méritait sans doute qu’on s’y attarde même si l’actualité chargée justifie sans doute qu’il faille un peu de temps pour la faire revenir à la surface.

En substance, on découvre une inquiétude croissante des départements devant la croissance incontrôlée des prestations sociales.

Autrement dit, les départements n’ont plus une thune. Ce ne serait pas vraiment problématique si l’État, de son côté, disposait de quelques réserves. Mais ce n’est pas le cas et on commence à comprendre qu’en cette période de disette financière, il va falloir faire des efforts pour joindre les deux bouts, et ce d’autant plus que nous ne sommes qu’en juin. Or, si avoir des problèmes de trésorerie en octobre, c’est enquiquinant, alors en juin, cela devient franchement problématique.

D’autant que la raison principale du manque de trésorerie n’est pas liée à une dépense incontrôlée des fournitures de bureau qu’il serait facile de calmer, mais bien des prestations sociales au bout desquelles se trouvent des individus qui n’ont bien souvent pas vraiment d’alternative solide si celles-ci devaient s’interrompre, même momentanément.

Le constat, pourtant, ne laisse aucun doute et part d’une lettre de l’ODAS, l’Observatoire national de l’Action sociale, qui note il y a quelques jours que, je cite, « sans évolution du mode de financement de leurs compétences obligatoires, les Départements ne pourront plus, dans leur grande majorité, équilibrer leur budget dans un proche avenir. » Autrement dit, la distribution d’argent public continue de plus belle, son débit a même nettement augmenté (1.4 milliard de dépenses en plus en 2014 par rapport à 2013), et l’État, à sec, ne pourra bientôt plus du tout garantir l’équilibre des finances départementales.

Ce constat est partagé tant à droite qu’à gauche. Le bureau de l’ADF (Assemblée des départements de France), classé à droite, s’est alarmé de « la croissance incontrôlée des allocations individuelles de solidarité (AIS) qui conduira à l’asphyxie mortelle des départements » pendant que de son côté, « le groupe de gauche insiste sur l’urgence de la situation des finances départementales ».

Dans ces dépenses sociales, le premier poste des allocations versées est clairement le RSA (à 58%) dont les dépenses ont progressé de 9,2% en 2014. Les autres postes (l’APA – Allocation personnalisée d’autonomie – et la PCH – Prestation de compensation du handicap) sont aussi concernés par ces problèmes de trésorerie. Or, à moins bien sûr d’une inversion de courbe du chômage que bien peu espèrent encore, la situation devrait continuer de s’aggraver. Le plus gênant étant qu’on ne sache absolument pas à quoi s’en tenir ; d’après Claudine Padieu, directrice scientifique de l’ODAS,

« Contrairement aux autres postes, les économistes ne parviennent pas à réaliser des prévisions fiables pour le RSA. La hausse de ces dépenses est d’autant plus préoccupante qu’elle est imprévisible »

Zut, il va être délicat de planifier quelque chose (ce qui est une horreur pour nos amis les planistes), et tout indique que ça ne va pas aller mieux tout seul. Zut et zut.

Dès lors, on ne s’étonnera pas de retrouver quelques gémissements de conseillers départementaux, pour le moment discrets dans la presse locale, constatant, effarés, que la source d’argent gratuit des autres, qui tombait jusque là avec une belle régularité, commence à s’assécher. Zut, zut et rezut, il va falloir supprimer certaines subventions. Zut, zut, et rezut, tout ceci donne un parfum de déroute aux finances locales et pousse même certains à évoquer, sans ambages, un « krach budgétaire territorial ».

Eh oui, le problème, d’habitude pourtant simple, devient rapidement insoluble. Jusqu’à présent, il suffisait en effet de réclamer des sous à l’État. Lorsque celui-ci renâclait, la collectivité territoriale, jamais à court d’imagination, trouvait l’une ou l’autre taxe à augmenter, l’un ou l’autre impôt à retailler vers le haut, et, magiquement, l’argent rentrait. Malheureusement, ce temps de cocagne est révolu. Comme l’explique Jean-Louis Sanchez, délégué général de l’ODAS,

« Les conseils départementaux ne peuvent plus augmenter les impôts et, à ce rythme, ils ne pourront plus financer leurs dépenses sociales dans trois ans. »

Vous me direz : oh, trois ans, c’est encore une belle et longue période qui donnera certainement l’occasion à nos éternels dépensiers d’exprimer toute leur créativité, n’en doutons pas. Je me permets cependant de pointer que les dettes s’empilent, les expédients possibles s’amenuisent et les marges de manœuvres, déjà fort étroites il y a trois ans, risquent bien, à l’approche des élections et de l’impératif évident de ne pas tabasser l’électeur, de s’évanouir complètement. Autrement dit, tout ce petit monde, lentement mais sûrement, est coincé : ne pouvant plus augmenter les impôts, ne pouvant plus guère augmenter la dette, il va leur falloir diminuer les dépenses.

Comme explicité en introduction, depuis que François Hollande a récupéré le pays des mains du précédent, lorsqu’il pleut, c’est à verse. Alors que les tensions internationales n’ont jamais été aussi fortes, que les marchés financiers affichent tous une situation bullesque et que le moindre événement imprévu risque bien de déclencher des mouvements de panique mémorables, la situation économique nationale est inextricable. L’État, endetté jusqu’au cou, ne peut même plus faire mine d’aider les départements, eux-mêmes confortablement installés dans les dettes. Et ce ne sont pas les prochaines élections régionales qui vont inciter les uns et les autres à apurer la situation".

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 15:08

Une page est à tourner sur le dialogue social à la française : il est urgent de passer à des modes de relations totalement différents.

Les économistes s’accordent unanimement pour considérer que la qualité du dialogue social est un facteur clé de la compétitivité de l’économie d’un pays, tout particulièrement dans le contexte de cette économie mondialisée dans laquelle nos entreprises se trouvent plongées. Les pays où le dialogue social fonctionne bien, c’est-à-dire où les débats entre les représentants du monde des salariés et ceux du monde patronal se mènent dans un esprit constructif, procurent à leurs entreprises, et tout spécialement à celles exposées à la concurrence internationale, la possibilité d’être flexibles et de s’ajuster, en permanence, aux nécessités du marché. Avec un bon dialogue social, patrons et salariés parviennent à s’accorder sur l’analyse des difficultés auxquelles les entreprises de leur pays se trouvent à un moment donné confrontées, et ils sont alors à même de s’entendre sur les dispositions à prendre pour assurer le succès de celles-ci. Le dialogue social doit bien fonctionner, à la fois au niveau des branches d’activité et, aussi, évidemment, au niveau des entreprises elles-mêmes, chaque entreprise constituant en fait un cas particulier avec des problèmes spécifiques à régler.

Un dialogue social français inexistant

L’économie française, depuis l’apparition au milieu du XIXème siècle de la révolution industrielle, souffre d’un handicap sévère : l’absence de dialogue social, du moins d’un dialogue social s’effectuant dans un climat de bonne entente entre salariés et patrons, et ce en raison du succès particulier qu’ont eu dans notre pays les thèses de Karl Marx, avec la publication en 1848 du « Manifeste du Parti Communiste ». Cette absence de dialogue social qui caractérise la France a fait classer ce pays au 137ème rang, sur 144 pays examinés par le Forum de Davos, pour ce qui est de « La qualité de la coopération dans les relations de travail ». Et un sociologue connu, comme Alfred Grosset, qui a enseigné à Sciences Po Paris, n’a pas hésité à affirmer dans le journal Libération du 29 janvier 2015, à propos des tentatives faites par François Hollande pour dynamiser le dialogue social en France : « Il ne faut pas renouveler le dialogue social en France, il faut simplement le créer ».

On en est donc là ! La France présente, en effet, la caractéristique particulière d’être une société où les partisans du marxisme déterminés à modifier l’ordre social par la voie révolutionnaire ont, dès le début de la création des syndicats, tenté de prendre le pas sur ceux qui, tout en adhérant aux mêmes thèses, ont opté pour la voie réformatrice. En sorte que très tôt on a eu d’un coté les partisans de la voie tracée par la Troisième Internationale avec les thèses de Lénine, et de l’autre les « socialistes », conduits par des leaders comme Jaurès, puis ensuite Léon Blum, partisans d’un combat à mener par des voies démocratiques. Mais toujours, dans l’un et l’autre cas, il s’est agi, et c’est ce qu’il est important de prendre en compte, de faire triompher les thèses marxistes de la lutte des classes.

Une histoire du syndicalisme fortement marquée par la lutte des classes

Il faut se remémorer, en effet, pour bien comprendre les raisons pour lesquelles le dialogue social fonctionne mal en France, les éléments fondamentaux de la thèse développée par Marx, philosophe qui a affirmé dans son manifeste que : « L’histoire des sociétés humaines jusqu’à nos jours n’est rine d’autre que l’histoire de la lutte des classes ». Pour le marxisme, la lutte des classes est ainsi une vérité historique. Il s’agit de lutter contre le patronat pour parvenir à une société idéale où l’on se sera débarrassé du travail salarié, ceci en passant par une dictature du prolétariat.

Le droit syndical fut reconnu en 1884, et la Confédération Générale du Travail, la CGT, fut créée en 1895 par une unification du mouvement syndical français. Cette grande organisation syndicale a été fortement influencée, dès l’origine, par les anarcho-syndicalistes. Au Congrès de Limoges, ville où naquit la CGT, il a été affiché que le syndicalisme avait vocation à « préparer l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ». Il y eut, ensuite, au Congrès confédéral de la CGT, en 1906, la Charte d’Amiens, dont l’article 2 dit explicitement que la vocation de cette organisation syndicale est « la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ». Cette charte a toujours constitué la référence théorique du syndicalisme en France. Elle est, en somme, son ADN. Elle a assigné au syndicalisme un double objectif : défense des revendications immédiates des travailleurs et lutte pour une transformation d’ensemble de la société, et ce en toute indépendance des partis politiques, avec comme moyen d’action la grève générale. Cette prise de position à l’égard des partis politiques est demeurée par la suite l’une des caractéristiques qui a différencié le syndicalisme français du syndicalisme des pays du Nord de l’Europe, et tout particulièrement du syndicalisme allemand qui, lui, est un syndicalisme où s’est opérée dès les origines une étroite symbiose entre le parti socialiste, le SPD, et le mouvement syndical. Une différence donc tout a fait fondamentale par rapport au syndicalisme français.

Ensuite, en 1919, se créa la CFTC, syndicat chrétien fidèle à la doctrine sociale de l’Église catholique. Puis, avec les très importantes grèves de 1920, l’opposition entre réformistes et révolutionnaires se développa, en sorte qu’en 1921 s’opéra, à Tours, une scission au sein de la SFIO qui donna naissance au Parti Communiste Français. Et, au sein de la CGT, se produisit alors une séparation entre le courant communiste qui prit son indépendance en créant la CGTU (CGT Unitaire), et le courant plus modéré, d’obédience socialiste, qui resta fidèle à la charte d’Amiens.

Par la suite, en 1948, au lendemain de la seconde guerre mondiale, il y eut une nouvelle scission au sein de la CGT, les adhérents refusant la mainmise du parti communiste sur ce syndicat, créant la CGT-FO. Et, en 1960, intervint aussi, au sein de la CFTC, une scission qui donna lieu à la création de la CFDT.

Ainsi donc le mouvement syndical français se trouva-t-il progressivement morcelé. Néanmoins, les influences marxistes demeurèrent toujours très fortes, partout : en 1936 il y eut fusion entre la CGT et la CGTU puis le Front Populaire prit corps avec une alliance de toutes les forces de la gauche, ce qui valut au monde du travail bon nombre d’avancées sociales importantes. Le gouvernement de Léon Blum dut négocier avec le monde ouvrier l’évacuation de toutes les usines occupées par les grévistes, et il y en eut un nombre considérable, contre l’octroi d’avantages sociaux extrêmement importants : semaine de 40 heures, congés payés, et mise en place des Conventions Collectives….. C’est ce que l’on appela les accords de Matignon.

Et une influence toute particulière du communisme

Il y eut, ensuite, du fait du rôle important que joua le parti communiste français dans la résistance, et de la victoire éclatante de l’URSS sur l’Allemagne nazie, une influence très forte du PCF sur toute la vie politique française. Au 26ème Congrès de la CGT, en 1946, cette organisation syndicale, qui comptait 5 millions d’adhérents, se trouva dominée par les communistes. Et les premiers gouvernements constitués au lendemain de la guerre comptèrent des ministres communistes. Par la suite, on vit l’influence des communistes décliner régulièrement, mais, néanmoins avec François Mitterrand et son Programme commun de la gauche, les communistes en 1981 revinrent à nouveau au pouvoir, quatre ministères leur étant concédés dans le gouvernement Mauroy.

Ainsi, depuis la Révolution bolchevique de 1917 jusqu’à une période relativement récente, les communistes ont-ils joué un rôle important dans la vie politique de la France et tout particulièrement dans les luttes menées par le monde ouvrier contre le patronat. Les thèses marxistes pénétrèrent profondément les esprits, non seulement dans le monde ouvrier, mais aussi dans une bonne partie de la société y compris dans l’intelligentsia française.

Avec la chute de l’Union Soviétique, en 1991, l’influence des communistes dans la vie politique française déclina, évidemment, au point qu’elle s’est à présent fortement restreinte. Mais le tissu social français n’en reste pas moins sourdement imprégné par le marxisme, les patrons étant vus davantage comme des exploiteurs des salariés que comme des créateurs de richesses. Et l’on sait que, dans leur tréfonds, les Français, généralement, n’aiment guère les riches. Les syndicats français ont ainsi toujours refusé de prendre de quelconques responsabilités dans la gestion des entreprises, préférant limiter leur rôle à s’arcbouter sur la défense des acquis sociaux et à revendiquer, en permanence, de nouvelles avancées sociales.

Tout est à reprendre

On se retrouve ainsi, aujourd’hui, en France dans une situation particulière : un mouvement syndical éclaté entre plusieurs organisations qui se font en fait concurrence, des syndicats très peu représentatifs du fait que le taux de syndicalisation est extrêmement faible dans notre pays, de l’ordre de 3% à 4 % seulement dans le secteur marchand, alors que l’on a des taux de 70% à 80% dans les pays nordiques, des syndicats par trop portés par des idéologies et incapables de fonctionner avec les seules cotisations de leurs adhérents, des syndicats bénéficiant, par conséquent, de financements importants de la part de la collectivité, et des dirigeants syndicaux qui sont des permanents par trop soucieux de leur propre carrière. Aussi, pour compenser les insuffisances du dialogue social, l’État s’est-il octroyé au cours du temps le rôle d’animateur du dialogue social, et aussi de partenaire, au titre de ses responsabilités en matière de cohésion sociale et de sauvegarde de l’intérêt général.

On a abouti, ainsi, à un code du travail de quelque 3.600 pages, fait d’une accumulation de textes législatifs et réglementaires pour les salariés sous contrat de travail de droit privé. Ce code constitue pour les entreprises un corset d’une rigidité extrême. Sa complexité et son ossification constituent un frein très puissant à l’embauche et au développement des entreprises, tout particulièrement des jeunes entreprises encore très fragiles au plan financier, et dont les dirigeants ont à consacrer toute leur énergie à se forger des avantages compétitifs plutôt qu’à se plier à des réglementations paralysantes et très chronophages, qui, s’ils ne les respectent pas scrupuleusement, peuvent leur coûter très cher.

La situation dans laquelle se trouve la France en matière de dialogue social est donc à la fois absurde et intenable. Les syndicats sont dans une culture de confrontation, une confrontation « rarement dénuée d’arrières pensées politiques » nous dit le journaliste Gabriel Vedrenne dans une chronique récente d’Europe 1. Il serait donc urgent de pouvoir y remédier car il y va du bon fonctionnement de nos entreprises dans un monde devenu on ne peut plus concurrentiel.

Les pouvoirs publics en ont d’ailleurs pris conscience. Ainsi Nicolas Sarkozy avait-il déclaré, au début de son mandat en 2007 : « Je souhaite que les cinq prochaines années soient celles d’une revitalisation profonde du dialogue social ». Et François Hollande a mis en œuvre dès son arrivée au pouvoir un processus dit de « modernisation », ou encore de « dynamisation », du dialogue social, consistant à organiser chaque année un grand rendez-vous entre les partenaires sociaux pour les contraindre à négocier sur des thèmes déterminés, dans le cadre de « Grandes conférences sociales » qui se tiennent chaque année au Conseil Économique et Social à Paris. La dernière Grande Conférence s’est tenue les 7 et 8 juillet 2014. Elle a réuni quelque 300 personnes invitées à débattre sur sept grands thèmes différents. Il s’en est suivi, selon la procédure fixée par la loi Larcher du 31 janvier 2007, une note d’instruction adressée par le ministre du Travail aux 8 partenaires sociaux autorisés par l’arrêté du 31 mars 1966 à débattre (cinq organisations salariées et trois patronales), leur fixant les trois thèmes sur lesquels allait porter cette année la négociation : renforcer la qualité du dialogue social, améliorer l’effectivité du droit à la représentation des salariés, et valoriser le parcours des délégués syndicaux. Il fut fixé aux partenaires sociaux un délai de quatre mois pour aboutir à des accords précis, ceux-ci devant donner lieu à la promulgation d‘une nouvelle loi par le Parlement en début d’année 2015. À défaut d’entente entre les parties, le gouvernement indiquait qu’il s’autoriserait à déterminer lui-même le contenu de la loi à promulguer.

Comme la presse l’a révélé, la CGT et FO quittèrent dès le second jour les bancs de la Grande Conférence de juillet, et les négociations entre les partenaires sociaux qui durèrent quatre mois débouchèrent, en décembre 2014, sur un échec. Le gouvernement tint donc ses engagements et le ministre Rebsamen entreprit de préparer un projet de loi qui fut soumis à l’examen de l’Assemblée Nationale le 26 mai dernier. L’intitulé de ce projet de loi choisi par le ministre fut le suivant : « Ameliorer l’efficacité et la qualité du dialogue social au sein de l’entreprise ».

Toutes les améliorations apportées de cette manière au dialogue social en France, au fil des années, ne résolvent en rien le problème : ce ne sont jamais que des améliorations de détail, des ajustements à la marge qui laissent la situation du dialogue social en France en l’état. Des lois se rajoutent indéfiniment aux lois, et le caractère des relations existant entre les représentants du monde salarié et ceux du patronat ne s’en trouve en rien modifié.

L’Allemagne et les Pays Bas, deux exemples pour nourrir notre réflexion

Il est donc urgent de passer à des modes de relations totalement différents : une page est à tourner sur le dialogue social à la française, un système qui n’est ni le modèle travailliste à l’anglaise ni le modèle social démocrate à l’allemande. Pour ce faire, on pourrait soit s’inspirer de l’expérience des Allemands où le dialogue entre représentants du monde salarié et représentants du patronat a toujours bien fonctionné, soit copier le modèle néerlandais.

Comme on le sait, les Allemands en sont arrivés à ce que l’on dénomme la « cogestion » dans les entreprises, en 1951 : dans ce système, les représentants des salariés et ceux du patronat, dans les entreprises de plus de 2.000 personnes, se trouvent représentés à égalité dans un « Conseil de surveillance », le président, obligatoirement issu des actionnaires, ayant une double voix. Et c’est ce Conseil de surveillance qui nomme les membres du directoire. Ainsi, les représentants des salariés disposent-ils de pouvoirs sur la détermination de la stratégie de l’entreprise, sur les décisions d’investissement, sur les projets de restructuration, etc. Ce système qui associe étroitement les représentants du personnel à la gouvernance des entreprises modifie totalement la nature des relations existant dans un pays entre les salariés et les patrons. Ceux-ci œuvrent, en somme, en commun pour créer de la valeur ajoutée et ils décident, ensemble, de la manière de se répartir les profits.

Le système hollandais est tout différent. Il fonctionne parfaitement depuis l’accord de Vassenaar de 1982, car il est fondé sur un principe de confiance entre des partenaires animés du souci de trouver des consensus. Ce dispositif fonctionne avec deux structures différentes : la Fondation du Travail (STAR) d’un côté, et le Conseil Économique et Social de l’autre (SER). La Fondation du Travail est un lieu de concertation bipartite où se mènent des travaux en vue de conclure des arrangements et des accords collectifs : elle formule régulièrement des recommandations qui sont faites au gouvernement. Le Conseil Économique et Social, le SER, est, lui, un organisme tripartite dont le rôle est de conseiller le gouvernement. Il est constitué de 33 membres : 11 côté employeur, 11 côté salariés, et 11 experts indépendants nommés par la Couronne. Les recommandations formulées par le Star sont soumises pour avis au SER et ces avis sont pratiquement toujours suivis par le gouvernement. On est donc avec le système néerlandais dans un processus efficace de recherche en permanence de compromis.

Il faudrait donc qu’à l’occasion d’une prochaine élection présidentielle il soit dit qu’en France on va enfin tourner la page sur la manière de faire fonctionner le dialogue social. Le futur président proposerait aux syndicats de salariés et aux syndicats patronaux d’abandonner le Code du travail actuel en échange de la mise en place, soit du système allemand soit du système néerlandais : en somme, un deal « donnant donnant ». Le nouveau code du travail se bornerait à fixer par la loi quelques principes fondamentaux en matière de droit du travail, laissant les partenaires sociaux fixer eux-mêmes par des accords bipartites les dispositions qu’ils adoptent ensemble pour régir les relations de travail dans les entreprises, au niveau tant des branches que des entreprises elles-mêmes.

Cette révolution est à faire si possible à l’occasion des futures élections présidentielles de 2017. L’économie française, si ces réformes pouvaient se réaliser, s’en trouverait totalement métamorphosée

C.Sicard

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 09:18

Eh oui !!! le Baccalauréat 2015 a bien commencer avec la traditionnelle épreuve de philosophie. Comme les années passées, on trouve bien évidemment le lot habituel de sujets « bateaux » (« Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? ») ou qui caressent gentiment le chaton mignon qui sommeille en chacun de nous (« Respecter tout être vivant, est-ce un devoir moral ? »). Plus intéressant cette année, on découvre une question piquante dans l’actuel contexte gouvernemental : « La politique échappe-t-elle à l’exigence de vérité ? »

Facétie d’un corps professoral particulièrement agacé par l’actuelle réforme du Collège, passée avec la délicatesse d’un gouvernement en mode Panzer (49/3) ? Désir de vouloir réveiller des centaines d’élèves en les faisant réfléchir sur l’incroyable écart entre ce que le politicien promet et ce qu’il délivre, mandat en poche ? On ne saura pas trop ce qui a abouti à poser une telle question dans les sujets du bac 2015, mais reconnaissons un certain courage aux enseignants pour avoir osé un tel sujet.

Courage d’abord parce qu’il faut bien le reconnaître, poser la question, c’est un peu y déceler la réponse d’un corps enseignant réputé pour avoir voté massivement pour l’actuel président et qui doit trouver sa pilule bien amère à avaler, si tant est que ce ne soit pas carrément la socratique ciguë : entre la pluie drue d’impôts tous azimuts, la douche froide de la non-création de postes réclamés pourtant à cor et à cri par certains syndicats enseignants, l’introduction pour le moins chaotique de nouveaux rythmes scolaires ou la fameuse réforme des collèges, difficile pour le gouvernement de trouver grâce auprès d’un groupe qui a longtemps compté dans son électorat.

Dans ce contexte, les dénégations répétées de la ministre en charge du dossier n’ont absolument pas aidé à apaiser les tensions et peut-être la question du sujet répond-elle, en creux, aux allégations de « mensonges éhontés » qu’elle a proférées ces dernières semaines.

Par extension, ce courage se retrouve dans le traitement d’une question qui rappelle de façon lancinante l’état réel de la politique en France actuellement, où, précisément, tout lien avec la vérité semble avoir été perdu.

Et il n’est même pas besoin de rappeler la longue suite d’affaires scabreuses, financières ou phobico-administratives que la République aura endurées ces dernières années pour étayer le point en question, tant l’actualité nous envoie, telle une tarte à la crème béhachélesque, une réponse toute faite à la figure. D’ailleurs, nulle autre que Ségolène Royal ne pouvait espérer présenter ainsi une si magnifique exemplification de l’échappatoire politique à toute exigence de vérité.

Apparemment déjà bien remontée dans les tours suite à sa décision d’interdire le Roundup au premier janvier prochain (en réalité, une interdiction de sa vente libre en rayon pour une vente encadrée), Mamie Ségolène ne voulait pas s’arrêter là et s’est donc lancée dans une énième diatribe à l’encontre de Nutella, abominable création qui provoquerait, outre d’énormes bénéfices absolument pas compatibles avec la morale socialiste, des déforestations, de l’obésité mondialisée et une sensation pleine de noisette sur les tartines des petits et des grands, ce qui n’est pas le moindre des scandales (on en conviendra aisément).

Invitée au Petit journal de Canal+, la ministre socialiste évoquait benoîtement l’attrape-nigauds climatique de fin d’année, le COP 21, quand elle a décidé de flanquer quelques claques à la pâte à tartiner :

«Il faut replanter massivement des arbres parce qu’il y a eu une déforestation massive qui entraîne aussi du réchauffement climatique. Il faut arrêter de manger du Nutella par exemple parce que c’est l’huile de palme qui a remplacé les arbres. Et donc il y a eu des dégâts considérables. »

On passera très vite sur l’huile de palme qui remplace des arbres en supposant charitablement que notre ministre voulait dire en réalité qu’on a remplacé une forêt tropicale par des plantations de palmiers huiliers, de même qu’on ne s’attardera pas trop sur les exagérations concernant la déforestation, monnaie courante de nos jours.

En revanche, on pourra se demander ce qui a poussé la ministre à sortir une telle charge sur un produit qui, s’il a peut-être des défauts, demeure une production industrielle assez bien maîtrisée et plutôt respectueuse de l’environnement (huile de palme certifiée durable), et dont l’impact économique est particulièrement important : sa production bénéficie directement aux exploitants de palmiers dont plus de la moitié ne sont pas des multinationales, mais bien des petites entreprises familiales ; quant à la pâte elle-même, pour la France, elle est produite … en Seine-Maritime, à Villers-Ecalles, à 15 km de Rouen.

Autrement dit, les bêtises de Royal menacent directement la vie de dizaine de milliers de petits exploitants dans le monde (dont c’est la seule ressource) ainsi que les 330 salariés de Ferrero France à Villers-Ecalles qui sont probablement ravis de voir ainsi leur production clouée au pilori.

En outre, on se perd en conjecture sur la pertinence de rattacher encore une fois le réchauffement climatique sur cette attaque idiote contre un produit qui, si l’impact anthropique était significatif, n’y contribuerait de toute façon pas le moins du monde.

L’énormité de la déclaration ministérielle aidant, la polémique a pas mal enflé au point de déclencher un début de crise diplomatique. On se souvient que fin 2014, les idées aussi sottes que grenues de Sapin et Touraine, visant à stigmatiser l’huile de palme, avaient particulièrement agacé le gouvernement malaisien qui s’en était ouvert par écrit auprès du gouvernement français. Cette fois-ci, c’est l’Italie qui n’a pas goûté aux petites piques idiotes de la ministre française. À Rome, les autorités italiennes s’en sont indignées dans un tweet acide du ministre de l’écologie italien, Gian Luca Galletti, qui a violemment rembarré Mamie Ségolène :

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Gian Luca Galletti @glgalletti

Segolene Royal sconcertante: lasci stare i prodotti italiani. Stasera per cena... pane e #Nutella

19:30 - 16 Juin 2015


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« Que Ségolène Royal laisse les produits italiens tranquilles. Ce soir au menu : pain et Nutella »

Eh oui : en l’occurrence, la vérité, M’ame Royal, c’est que vos petites idées sur la déforestation sont grandement exagérées. Et ouvrir son bec pour sortir des âneries peut provoquer des effets très indésirables auprès d’individus qui ne vous ont rien fait et qui travaillent certainement bien plus dur que vous pour assurer leur existence.

Cependant, si d’habitude, il semble assez clair que la politique échappe à l’exigence de vérité, il en fut cette fois-ci autrement : puisqu’il était question de courage quelques paragraphes plus haut, reconnaissons-en même un peu à Ségolène qui aura fini par s’excuser devant la tempête provoquée, ce courage, ou, plus probablement ce petit éclair de lucidité étant d’autant plus à souligner qu’il manque cruellement à d’autres ministres.

Cette histoire de pâte-à-tartiner montre finalement que si la politique n’échappe pas toujours à l’exigence de vérité, elle échappe en tout cas de plus en plus à toute exigence de pertinence.

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