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  • : Le blog de Jean-Loup
  • Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 15:00

Les cabinets ministériels sont devenus, au fil du temps, sous la Vème République, de véritables shadow cabinets, au sens propre du terme. Autrement dit, derrière les apparences respectables et légitimes offertes par les ministres, les décisions techniques sont très souvent prises par les directeurs de cabinet ou les conseillers qui tendent à se substituer aux administrations et aux ministres pour réglementer ou légiférer.

Ce gouvernement de l’ombre obéit d’ailleurs à un formalisme relatif, avec ses réunions interministérielles et son réseau de conseillers qui fonctionnent souvent avec une relative coordination.

En nommant des ministres sans expérience ou issus de la société civile, Emmanuel Macron a bien senti le danger : face à des personnalités démunies devant l’extrême technicité des dossiers, la technostructure se régale et tend à prendre le pouvoir. Pour répondre au danger, les ministres ont souvent la tentation de recruter des cabinets ministériels pléthoriques, qui ne font qu’aggraver le mal, en coupant définitivement le ministre de la réalité concrète des services dont il a la charge.

Les premiers jours du quinquennat méritent ici d’être regardés de près, tant ils illustrent la croisée des chemins où se trouve le projet de « renouvellement jusqu’au bout » annoncé par Emmanuel Macron.

MACRON TENTE D’ÉVITER LES DÉRIVES PAR UN DÉCRET PRÉSIDENTIEL INÉDIT

On saluera l’innovation d’Emmanuel Macron pour éviter les dérives des shadow cabinets. Il s’est fendu aujourd’hui d’un décret présidentiel pour encadrer le fonctionnement de ceux-ci. C’est la première fois qu’un gouvernement doit obéir à un décret présidentiel sur le sujet. Traditionnellement, les règles sont fixées par une circulaire du Premier ministre.

Le décret Macron limite à dix conseillers le volume d’un cabinet ministériel, et précise les règles de transparence inédites qui s’appliquent à l’exercice :

Cet arrêté, publié au Journal officiel, précise les titres des personnes concernées et l’emploi auquel elles sont appelées au sein du cabinet. Nul ne peut exercer des tâches au sein d’un cabinet ministériel s’il ne figure sur cet arrêté.

On suivra dans la durée l’application de ce texte. Une spécialité des gouvernements consiste en effet à sombrer rapidement dans une inflation des conseillers et dans le recrutement de « clandestins » qui, officiellement, appartiennent aux services ordinaires mais sont en réalité affectés auprès du ministre. Il faudra voir si, dans quelques mois, face à la charge de travail, le gouvernement Philippe ne retombe pas dans les travers habituels des équipes précédentes.

UNE CURIEUSE CARTOGRAPHIE DES DIRECTEURS DE CABINET

Face à ces tentations, les cabinets risquent de ne pas résister longtemps. Ce qu’on sait d’eux aujourd’hui est déjà très significatif d’une tendance contre laquelle le Premier ministre devra lutter, puisque le décret Macron confie à celui-ci le soin d’en assurer le respect. Ici, la situation ne manque pas d’être croustillante.

À Matignon, Édouard Philippe a choisi un directeur de cabinet qui appartient à la même promotion ENA que lui, et qui, en 2002, fut conseiller technique de Raffarin à Matignon. À Bercy, Bruno Le Maire a également choisi un énarque, Emmanuel Moulin, pour diriger son cabinet. L’intéressé fut également en cabinet sous Sarkozy, dont il fut d’ailleurs le conseiller économique. Gérald Darmanin a pour sa part retenu Jérôme Fournel, en son temps conseiller budgétaire de Luc Ferry alors ministre de l’Éducation. Nicolas Hulot a quant à lui retenu Michèle Pappalardo, conseillère à la Cour des Comptes… et ancienne des cabinets Barnier et Bachelot.

On le voit, les principaux cabinets du gouvernement sont à ce stade tenus par des conseillers de droite. On comprend que, pour le Président, il existe un enjeu de fait à recentrer l’action des ministres au sein de leur département ministériel. Il ne faudrait pas que les cabinets reconstituent une ligue de droit dissoute et biaise les options politiques du gouvernement.

REPENSER LE STATUT DES MEMBRES DES CABINETS MINISTÉRIELS

Sur le fond, il reste un tabou essentiel autour des cabinets ministériels : ils sont les principaux vecteurs d’une regrettable politisation de la fonction publique. Jusqu’ici, le passage en cabinet s’est en effet imposé comme le préalable à toute nomination comme directeur d’administration centrale (ceux-là même que Macron veut soumettre à un salutaire mais encore timide spoil system).

Or, l’un des vices de l’État, et l’une des raisons de sa profonde obsolescence, tient à l’esprit de Cour qui accompagne la politisation de la haute fonction publique, à cause de laquelle des personnalités parfois médiocres ont accaparé les postes grâce à leur servilité au pouvoir. C’est ce mal-là qu’il faut combattre, et ce n’est pas une mince affaire.

Pour y parvenir, le président de la République aurait pu prendre des mesures plus novatrices. Par exemple, le bon sens voudrait qu’un fonctionnaire soit obligé de se mettre en disponibilité lorsqu’il rejoint un cabinet ministériel. Il devrait être clair, dès son arrivée, qu’il lui sera interdit de tenir le moindre poste de directeur dans l’administration qu’il a dirigée auprès du ministre. Ces mesures techniques permettraient d’enrayer la politisation des administrations.

On n’en est pas là. Mais déjà, si Emmanuel Macron parvient à mettre effectivement en oeuvre son décret, on pourra s’en féliciter. Même si ce décret est un début, et non une fin.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 20:06

 

Décembre 2012, un drame secouait le monde des journalisme : Jean-Baptiste Malet découvrait le monde du travail très manifestement sur un malentendu. Mars 2017, rebelote tragique : des journalistes découvrent que, dans le monde réel, faire de la politique au lieu de collecter des informations comporte parfois des risques, surtout lorsqu’ils ont abondamment miné le terrain auparavant.

L’article de référence sera produit par FranceInfo, cette indispensable chaîne « d’informations »que tout le monde réclamait. Dans ce dernier, on découvre, effaré, le nouveau calvaire des petits Albert Londres de la France profonde, les risques insensés que prennent chaque jour les futurs Hemingway et autres Blaise Cendrars du 21ème siècle.

Et ce n’est pas joli joli : à la violence des combats en Syrie, à la tension à peine soutenable des reportages sur des otages en milieu djihadiste se sont succédé les interviews trottoir sur militants locaux et les questions à chaud au candidat présidentiel en goguette, et au lieu d’un parcours de santé, c’est à une véritable guérilla urbaine qu’il faut faire face à présent dans laquelle aucun coup, aucune bassesse, aucune limite ne sera envisagé ni même toléré.

En quelques paragraphes circonstanciés, la situation est décrite, horrible dans son aspect le plus brut : des militants sont méchants avec des journalistes et pire encore, ces militants sont fillonistes.

La lecture est dure, insoutenable parfois dans la précision chirurgicale des exactions ignobles perpétrées sur les journalistes qui, héroïquement, se sont aventurés dans ces jungles modernes de meetings de droite où se sont, très rapidement, radicalisés les centristes de droite, où œuvrent en sous-main les sections d’assaut séguinistes révolutionnaires, où les escadrons de la mort estrosiens sévissent sans frein.

On apprend ainsi que lors d’un meeting enfiévré, le carré presse, situé au milieu d’un rassemblement de militants, probablement encadrés par de jeunes fillonistes en chemises brunes portant drapeaux à sourcils gammés, va vivre un moment « étonnant » puisque, d’un coup, « Il y a eu une vague de sifflets contre les journalistes. »

Plus loin, on découvre avec horreur que certains soutiens officiels de Fillon n’hésitent pas à sortir l’une des pires injures qui puisse être, à peine un cran en dessous de « facho » qu’on n’entend pourtant jamais ni sur les plateaux télé, ni dans aucune tribune, jamais : une journaliste se fait ainsi traiter de « collabo ». L’impact est insupportable pour la journaliste qui ne pourra qu’en faire part à ses confrères.

Mais il y a pire : les tensions sont telles que les journalistes n’arrivent plus à faire leur travail puisque, tenez-vous bien, les gens refusent maintenant de répondre à leurs questions. Il semble qu’a complètement disparu l’attrait du gros micro mou, jadis aimant puissant qui permettait au journaliste d’attirer n’importe qui en lui posant des questions puissamment pertinentes.

Et le reste de l’article ne laisse aucun doute : c’est un véritable fossé, que dis-je, un canyon d’ampleur biblique qui s’est ouvert entre les journalistes et les hordes « fanatisées » de militants de droite. La France vient d’entrer dans une ère nouvelle où le Front National n’est plus seul à répandre la peur et à nourrir le ventre fécond des heures les plus sombres de notre vivre ensemble.

Au-delà de ce constat, l’article, bien qu’écrit par les scribouillards habituels déjà pas du tout biaisés, réussit quand même le pari de fournir quelques informations intéressantes, comme par exemple ceci :

D’affables et courtois, certains militants sont devenus hostiles, méfiants voire agressifs à l’encontre des journalistes.

Étonnant puisqu’on apprend que des militants, alors qu’ils étaient affables et courtois jusqu’à présent, sont maintenant excédés par l’attitude de certains journalistes. Rassurez-vous quand même : si le constat est ferme et définitif, le questionnement sur un tel cheminement de la part de ces gens auparavant affables n’a pas lieu.

Jusqu’à présent, notons que la violence n’est guère plus que verbale. Un peu plus loin, toutefois, c’est le drame :

C’était au moment où Fillon est arrivé. Un homme m’a attrapé, tordu le bras puis a voulu prendre mon micro avant de finalement me pousser.

Au moins avons-nous ici un cas (unique certes, mais clair) de violence (inouïe) sur un journaliste, par un individu totalement et indubitablement filloniste qui s’avérera un peu plus loin être un élu. Un politicien qui se laisse aller à des violences, voilà qui ne surprendra que les plus naïfs. Au-delà de cet exemple, force est de constater que l’ensemble des plaintes et autres chouinements de journalistes constituent essentiellement une variation sur le thème si délicieusement mignon des sentiments heurtés, des blessures sentimentales, psychologiques ou de conviction qu’un cerfa (déclaration de blessure) peut justement enregistrer et permet de couvrir amplement.

En somme, le journalisme sur terrain hostile n’a qu’à bien se tenir.

Bien évidemment, on ne doit pas s’affranchir de conclure qu’il est globalement stupide et inexcusable de s’en prendre physiquement à des journalistes. Le libéral qui ne sommeille pas en moi se doit de rappeler que rien n’excuse la violence physique sur des individus qui font leur travail, même si c’est de façon alternative. Bien évidemment.

Mais jusqu’à preuve du contraire et en prolongement de ce qu’on observe, envoyer paître des journalistes reste aussi tout à fait légal. Les siffler aussi, même si ce n’est pas très agréable pour eux. Ça fait même partie de la liberté d’expression que ces derniers devraient s’empresser de défendre et non utiliser à géométrie variable. Plus à propos, en fait d’agression filloniste, on trouve surtout une poignée de cas (et encore, je suis gentil) qu’on pourra retrouver pour tous les partis et pour différentes équipes de journalistes.

En revanche, je trouve extraordinaire la capacité de cette profession ou, en tout cas, des spécimens rapportés par l’article, à complètement occulter leur part de responsabilité dans ce retour de bâton : ces derniers observent que l’attitude des militants et sympathisants a fondamentalement changé, pouf, d’un coup, à la suite d’un travail tout à fait exemplaire de la presse, mais surtout, surtout, n’essayent pas de comprendre pourquoi, n’essayent pas d’expliquer, se contentent de condamner et de ne surtout rien corriger à leur attitude.

Pourtant, il suffira de se reporter au CSA pour comprendre l’ampleur de l’hypocrisie et l’ironie de la situation : la presse ayant consciencieusement pilonné le candidat de droite se retrouve à devoir le laisser tranquille pour s’occuper du vaste néant de gauche ou des bateleurs des extrêmes pour compenser. Difficile de croire en un traitement impartial devant une telle différence entre les candidats. Difficile de corroborer l’idée d’une presse neutre qui aurait correctement fait son travail devant les témoignages nombreux d’un changement brutal des attitudes du peuple face à elle. Difficile d’oublier la méfiance toujours grandissante des citoyens envers la presse.

Eh oui : à force d’afficher leur mépris pour une partie du peuple, celle qui ne vote ou ne pense pas comme il faut, à force de tenter de manipuler tout le monde, de faire de la propagande au lieu d’informer, les journalistes subissent un retour de bâton. Pour nos petits flocons de neige journalistiques, il est plus que temps de chouiner sur leurs sentiments blessés.

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 18:15

Le progrès est en marche et il est fort probable que nous ayons plus de chance en nous y adaptant qu’en espérant qu’il s’arrête.

Certains nous disent que nous manifestons apparemment une grande réticence au changement et que nous ne comprenons rien.

Il ne faut pas confondre réticence au changement ou au progrès et préservation de l’humanisme et de l’humanité.

Nous nous expliquons très fraternellement.

La technique & l’humanisme

Il y a deux volets dans le progrès. Le premier c’est nos gadgets techniques. Ils restent des gadgets. Ils changent plus ou moins notre quotidien, ils sont plus ou moins « novateurs » ou plus ou moins utiles, ils ont des effets secondaires importants ou faibles… Bref, c’est de la technique et cela relève essentiellement de l’intendance.

Il y a l’autre volet, les impacts humains. Les changements que ces progrès opèrent sur nous et parfois en nous. Celles et ceux qui ont lu quelques philosophes grecs en dehors de l’école et avec de la maturité, ceux qui ont lu quelques pensées d’empereurs romains, savent à quel point depuis près de 3 ou 4 000 ans finalement, l’homme n’a pas changé.

Nous n’avons pas changé d’un seul poil. Nos sciences, nos gadgets, nos appareils, nos réseaux, et prochainement le cerveau planétaire auquel quelques grands malades de transhumanistes veulent nous brancher par des implants technologiques afin de réaliser le rêve nazi du mythe du surhomme ou de l’homme amélioré ou encore augmenté (peu importe les termes) n’ont pas changé la nature profonde de l’homme. Pire, la technologie, en réalité, ne nous donne pas le meilleur humain.

La technologie, mise au service du totalitarisme marchand, des profits et de la consommation de masse, en réalité diminue l’homme, elle exacerbe ce qu’il y a de plus mauvais dans l’être humain.

Solitude, enfermement, peur de l’autre, absence de lien, sont les conséquences de la télévision et de la violence véhiculée, des jeux vidéo ou des réseaux sociaux. De la « technologie ».

Jalousie, frustration, envie, égoïsme, haine de l’autre, orgueil mais aussi luxure sont les conséquences de la société de consommation. Du totalitarisme marchand.

L’un et l’autre forment un cocktail détonant de déshumanisation.

L’alibi Arte

Oui mais « à la télé il y a aussi Arte »… Que l’on peut appeler l’alibi Arte. À cette question, posez une autre question : « Quelle est la dernière chose que tu as vu sur Arte et à quelle fréquence regardes-tu cette chaîne ? »

Évidemment que de la technologie peut sortir le meilleur en termes purement théoriques et si nous étions dans un monde parfait.

Le problème c’est que, dans la vraie vie, le métier de TF1 défini par son ancien PDG c’était bien de « vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola », pas à éduquer, élever les masses ou les informer pour qu’elles rentrent de plain-pied dans le monde dit de la « connaissance » !

Une fois que nous avons évacué cet « alibi Arte », que reste-t-il de la technologie actuelle ?

Nos sociétés deviennent-elles moins violentes ? NON.

Nos sociétés génèrent-elles plus de bonheur ? NON.

Nos sociétés créent-elles du lien social ? NON.

Nos sociétés sont-elles ouvertes ? Oui… et en train de se fermer sous vos yeux.

Notre monde est-il en paix ? NON, il n’y a jamais eu autant de conflits.

Plus nous avons de technologie, moins nous avons de liberté, moins nous avons de sécurité, plus nous avons et vivons de violences, de guerres et de conflits. Nous sommes seuls, isolés, tous devant nos écrans, abrutis, coupés du monde et tout simplement de la vie.

Nos pensées se résument désormais à des émoticônes, des hiéroglyphes modernes certes mais qui restent des simples dessins disant si je suis triste ou content, si je rigole ou pas, c’est le degré 0 de la langue, le degré 0 du langage, le degré 0 de l’écriture et donc le degré 0 de la pensée.

Il n’y a plus la possibilité d’exprimer une pensée complexe et construite, abstraite. Plus nous avons de tablettes, moins nous avons d’intelligence et d’humanité.

Plus nous avons de tablettes, de drones, de robots et autres technologies, plus nous devenons stupides et bêtes.

On nous explique que le progrès c’est plus d’intelligence… C’est faux !

Pour le moment, le progrès c’est une entreprise massive d’abrutissement des masses.

Alors oui, nous aussi avons un portable, un ordinateur, mais nous voulons les considérer uniquement comme des outils. Oui, c’était mieux avant et il ne faut pas avoir peur de le dire, pas pour rejeter les progrès qui, de toutes les façons, s’imposeront à nous, mais pour les dompter et les mettre au service de notre humanité et de notre humanisme.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais… qui a vécu dans les années 1500… Ce n’est donc pas tout jeune et pourtant, il avait déjà tout compris.

Nous aimons (adorons même) le progrès, les sciences, les découvertes, profondément, totalement. Mais ce progrès technique sans le volet philosophique et humaniste, croyez-nous, ne vaut strictement rien.

Le progrès sans âme, sans amour, sans intelligence, sans humanité, sera au mieux une succession de gadgets, au pire, les outils de notre propre perte collective.

Si nous voulons que le progrès soit une chance, alors il faudra le dompter. Le dompter cela veut dire savoir accepter de voir croître certains progrès et avoir aussi la volonté farouche d’en faire décroître d’autres et de les refuser.

Nous terminerons juste en vous disant que ce que nous vous disons là est une évidence que toutes les éminences de la Silicon Valley ont parfaitement assimilée.

L’école Waldorf bannit de sa pédagogie pour les enfants des cadres de Google et autres Amazon ou Apple, tous les écrans, tablettes, iPad et autres télévisions jusqu’au lycée… et après, les limitations restent très fortes.

Les plus technophiles savent faire décroître la technologie et la mettre de côté pour préserver l’humanisme de leurs enfants.

Nous espèrons que vous comprenez enfin à quel point toute cette technologie, ces prôôôgrès, dont on nous rebat les oreilles, n’en sont pas. Ce sont des outils de contrôle des masses, des outils de contrôle social, ils sont des moyens de lobotomiser les foules.

La technologie que l’on vous offre est la ruine de l’âme, mais les élites, elles, en préservent leurs propres enfants.

Nous ne sommes donc pas réfractaire au changement, nous n’avons juste aucune illusion sur ce qu’il est : la négation même de notre intelligence, de nos capacités et de notre humanité. Il est conçu comme un asservissement.

Le clip de Moby. est moderne, et ça dit en musique la même chose que nous.

Le progrès technique n’est pas une fin en soi. Le véritable progrès, le véritable chemin est celui de la sagesse humaine, de la domination de nos passions. Il y a des progrès qui en réalité empêchent cette évolution humaine, cette révolution humaniste. Le progrès nous fait perdre les lumières. Il faut donc savoir l’accepter pour partie. Avoir la force de le rejeter sur d’autres aspects.

Dans tous les cas, il ne doit pas nous faire perdre de vue l’essentiel. L’essentiel c’est comme le disait Saint-Exupéry, que l’on ne voit bien qu’avec le cœur.

N’oubliez pas Jamais l’Amour.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 16:47

Si le burkini n’est pas un délit, il est certain que c’est un joli piège, peut-être doublé d’un contresens sur sa signification, certainement triplé d’arrière-pensées et assurément quadruplé du résultat inverse de l’effet recherché : Daesh est ravi.

Dans Le Tartuffe (1664) de Molière, la Scène 1 de l’Acte I est particulièrement apte à rendre compte des petites crises que nous avons vécues cet été.

Le fameux sein

Au passage, elle n’oublie pas de dire son fait à sa bru Elmire, lui reprochant entre autres choses de se vêtir d’une façon qui ferait volontiers douter de sa fidélité conjugale :


« Vous êtes dépensière, et cet état me blesse,
Que vous alliez vêtue ainsi qu’une princesse.
Quiconque à son mari veut plaire seulement,
Ma bru, n’a pas besoin de tant d’ajustement. »

Nous y voilà. Sans même parler du fameux sein que M. Tartuffe priait Elmire de cacher entièrement tant la vue de quelques cm2 bien innocents dudit sein risquait de l’éloigner de sa constante adoration de Dieu, la tenue vestimentaire des femmes pose depuis toujours un petit problème social dans les sociétés que je qualifierais de « victoriennes. »

Pour les bigots névrosés, une femme « convenable » aura à cœur de s’enlaidir au maximum si son intention est bien de plaire à son mari « seulement ». Au besoin, elle se vêtira d’un sac informe de la tête aux pieds. Toute attitude contraire serait la preuve d’un esprit aguicheur intolérable. Et toute attitude concupiscente des hommes sera bien sûr entièrement de la faute de la femme qui a un grand tort, celui d’exister tout en étant indispensable à la reproduction de l’espèce.

Pas une affaire de mode

Le petit problème social n’est donc pas seulement une affaire de chiffon ou de mode. C’est une question beaucoup plus complexe, celle du rapport entre les hommes et les femmes. Comme je n’ai jamais entendu dire que les hommes fussent soumis à des normes vestimentaires spécifiques afin de stopper le regard des femmes sur leurs charmes, j’en conclus que le rapport s’établit systématiquement et uniquement en défaveur des femmes. Elles seules doivent obéir à des règles strictes visant à garantir « mécaniquement » ou « formellement » leur fidélité et assurer la tranquillité d’esprit de leur conjoint.

La raison en est sans doute que si les femmes ont toute certitude sur le fait qu’elles sont bien la mère de leur enfant, il n’en va pas de même pour les hommes. Sont-ils bien le père de leur enfant ? Il y a deux façons de s’en assurer : établir des rapports de confiance entre homme et femme, des rapports de respect réciproque entre deux personnes considérées à égalité, c’est la méthode qui s’est imposée en Occident au fil du temps ; ou alors exercer un contrôle constant sur les femmes depuis leur plus jeune âge dans tout ce qui concerne leur exposition à l’univers masculin, c’est la méthode que le fondamentalisme islamiste a remise au goût du jour depuis que l’Imam Khomeini a instauré la République islamique d’Iran en 1979.

L’Islam n’a pas toujours jugé cette coercition nécessaire. Dans les années 1950 et 1960, les femmes musulmanes s’habillaient à l’occidentale et suivaient des études sans encourir la malédiction des autorités religieuses. J’ai déjà abordé cette question dans un article écrit à l’occasion des agressions à caractère sexuel qui se sont déroulées à Cologne lors du dernier Nouvel An. En l’occurrence, le sujet était simple. À partir du moment où il y avait crime ou délit avéré, la ligne d’action s’imposait d’elle-même : enquête, arrestation, jugement, sanction.

Le burkini polémique

Mais aujourd’hui, le sujet est beaucoup plus compliqué. Je parle, on l’aura compris, du burkini, lequel a pris rang de polémique n° 1 de l’été sans trouver d’issue satisfaisante car il se trouve que le port du burkini n’est ni un crime ni un délit. Seul le voile intégral, celui qui couvre entièrement le visage, est interdit en France. Le simple voile est par ailleurs exclu des établissements scolaires, qui acceptent par contre des signes discrets de religion tels que petites croix, étoiles de David ou main de Fatma.

Le burkini n’est pas non plus un précepte religieux direct de l’Islam. Il a été créé en 2004 par Aheda Zanetti, une Australienne d’origine libanaise qui trouvait que sa nièce était empêtrée par son voile et son survêtement pour jouer au volley sur la plage. Le nom même de burkini a été forgé par la créatrice qui a joué sur le mot burka (qui, pour elle, est un vêtement qui découvre le visage) et le mot kini qui fait référence aux loisirs de plage et de baignade. Selon cette genèse, le burkiniconstituerait donc plus une adaptation de l’Islam à un mode de vie occidental qu’un retour au fondamentalisme.

Après les attentats islamistes qui ont fait environ 240 morts en France depuis dix-huit mois, il n’est pas étonnant qu’on ait maintenant tendance à lire toute action en provenance de personnes musulmanes à l’aune de l’archaïsme sociétal prôné par Daesh. On pressent plus ou moins distinctement qu’on n’a pas exactement affaire à un innocent bout de tissu, que la place de la femme est en cause et on redoute qu’un tel vêtement puisse servir de vecteur à la visibilité de l’Islam dans la société française.

Mais chacun comprend aussi que les arrêtés d’interdiction pris par un certain nombre de municipalités balnéaires, parfois à titre « préventif » comme au Touquet, manquent de fondement, non seulement juridique, mais aussi moral : comment savoir si telle femme qui porte ce vêtement de bain agit de son propre chef, selon des critères absolument personnels de pudeur ou de confort, ou si elle subit une domination masculine (éventuellement acceptée par elle), ou si elle se fait volontairement l’avocate d’une mode rigoriste conforme à sa religion, ou si elle a trouvé à travers leburkini une façon d’obtenir l’approbation de son environnement social tout en pratiquant ouvertement des activités de plage à l’instar de ses consœurs occidentales ?

Le burkini, un joli piège

Si le burkini n’est ni un crime ni un délit, il est par contre certain que c’est un joli piège, peut-être doublé d’un contresens sur sa signification réelle, certainement triplé d’arrière-pensées en vue de l’élection présidentielle (qui sera « identitaire », cf. déclaration de Sarkozy qui court une fois de plus derrière Marine Le Pen) et assurément quadruplé du résultat inverse de l’effet recherché : Daesh est ravi.

Et tout ça pour combien de burkinis ? Assez peu au total, compte-tenu du nombre (terriblement trop élevé d’après les partisans de l’immigration zéro qui redoutent le « grand remplacement ») de Français ou résidents de religion musulmane.

Il est à noter que dans la rixe de la plage de Sisco, qui a en quelque sorte mis le feu aux poudres, les burkinis incriminés au départ par la « rumeur » seraient inexistants. L’altercation résulterait de la volonté d’une famille maghrébine de s’approprier une plage, selon les déclarations du procureur de Bastia.

Le contresens possible est celui qui consiste à voir dans le burkini, à l’instar de Manuel Valls et de beaucoup d’hommes politiques de droite « la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme » alors qu’il pourrait être au contraire un petit pas des femmes pour sortir progressivement de cet asservissement. Il est peut-être trop tôt pour se prononcer formellement sur cette question d’autant que comme je l’ai déjà dit les cas effectifs sont très peu nombreux. Mais il serait dommage, par intérêt électoral, par goût du conformisme, par laïcité exagérément pointilleuse, par amalgame temporel et géographique consécutif à l’attentat de Nice, d’étouffer dans l’œuf les efforts d’intégration des femmes musulmanes.

Dans cette affaire, personne n’exige que toutes les femmes se couvrent à la plage, personne n’exige que les hommes et les femmes soient séparés, personne n’exige que les surveillants de baignade soient des femmes. Si de telles demandes devaient être faites, elles relèveraient en effet d’une tentative d’intimidation politique de la part de l’Islam et devraient être sévèrement réprimées. J’ajoute : comme aurait dû être refusée la demande d’horaires spécifiques pour les femmes musulmanes dans une piscine publique lilloise sous la surveillance exclusive d’un personnel féminin. Mais il me semble qu’avec les burkinis de cet été, on n’est pas exactement dans ce type de configuration.

Le joli coup des promoteurs du burkini

Alors que les fondamentalistes islamistes réprouvent le burkini, invention maligne qui risque de donner beaucoup trop de liberté aux femmes, la France leur fournit elle-même son argumentaire sur l’intolérance de l’Occident envers les musulmans, et ils ne se privent pas de capitaliser sur ce brillant épisode de « lutte contre la radicalisation » qui ne manquera pas de susciter quelques candidats au Jihad de plus. Joli coup, vraiment !

À partir du moment où une attitude, qui n’est ni un crime ni un délit, qui ne porte atteinte ni aux biens ni aux personnes, qui ne constitue pas un trouble à l’ordre public (comme l’est par contre le voile intégral qui cache le visage) à partir du moment donc où cette attitude devient interdite dans le but de préserver la liberté, on peut être certain qu’on a quitté le terrain de l’état de droit pour tomber dans les prémisses d’une crise de nerfs totalitaire.

Si la France est un pays de liberté, si elle est bien comme elle le prétend la « patrie des droits de l’homme », elle doit éviter le piège en s’en tenant à ses principes. Selon moi, l’interdiction est une erreur qui, comme beaucoup d’interdictions qui outrepassent la protection des biens et des personnes, va agir comme un puissant coup de projecteur sur quelque chose qui était anecdotique et fondu dans la masse, va créer une victimisation et donner raison à tous les collectifs musulmans qui se plaignent du racisme de la France.

La façon particulièrement musclée dont se sont passées certaines verbalisations, parfois simplement pour le port du voile et pas celui du burkini, confirme hélas que cette affaire est largement instrumentalisée par des maires trop zélés et par Manuel Valls (qui les soutient) dans le but de manifester leur totale dédication à la sécurité des Français, à la lutte contre le terrorisme et à la préservation du mode de vie à la française, quitte à se montrer ridiculement policiers.

La presse étrangère a beau jeu de se moquer de nos méthodes (voir ci-dessous tweet du Daily Mail, journal conservateur et populaire) d’autant qu’à Nice, Christian Estrosi a annoncé vouloirporter plainte contre ceux qui diffusent des photos de la police en train de verbaliser – signe assez convaincant pour moi que quelques dizaines de burkinis nous ont fait tomber dans le grand n’importe quoi.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 16:38

La liberté n’est pas la facilité.

Jamais sans doute, des hommes n’ont été aussi libres que ceux qui vivent aujourd’hui dans les pays riches. Que l’on songe, pour s’en convaincre, aux longues journées de travail des paysans ou des ouvriers du début du 19ème siècle. Harassés par le labeur physique, ils ne pouvaient guère que se reposer à la fin de chaque journée pour reprendre le travail le lendemain.

La vision bucolique du passé n’est que chimère pour écologiste naïf. Notre liberté repose ainsi sur un temps de travail global faible, 35 à 50 heures par semaine pour la grande majorité, jours fériés, congés payés, retraite, et sur des opportunités multiples, spectacles, lecture, sport, promenades, télévision, internet, voyages pour ceux qui en ont les moyens, etc. Pourtant, les hommes de ce temps doutent plus que jamais de l’avenir.

Certains, en France, évoquent un climat pré-révolutionnaire comparable à celui de la fin de 18ème siècle. Voire.

Non, la liberté n’est pas la facilité.

L’homme n’est jamais aussi libre que lorsqu’il est suspendu entre deux époques de l’histoire. Lorsque les dieux sont morts et que les tyrans ne règnent plus, de courtes périodes apparaissent où presque tout est possible. Mais le besoin de croire aux dieux ou aux hommes providentiels manque à beaucoup.

La liberté leur pèse, la sécurité de la servitude les attire.

Le poids actuel de l’incertitude quant à l’avenir résulte de la perception d’un choix imminent : dans les prochaines décennies les hommes assumeront-ils leur liberté ou prendront-ils « la route se la servitudes « ? Sur le court terme historique, rien n’est prévisible. L’incertitude est presque complète : politique, économique, sociale, scientifique, technologique. Il suffit pour s’en convaincre de faire une petite expérience rétroactive : se placer par l’esprit dans la situation d’un patricien romain du 1er siècle avant J.-C qui réfléchit à l’avenir. Il ne peut envisager ni le christianisme, ni même l’Empire du 2ème siècle. A fortiori, le monde divisé en États-nations d’aujourd’hui, le micro-ordinateur, internet, le big bang ne sont même pas imaginables.

Mais si la réflexion se déplace à un niveau de généralité suffisant, le caractère aléatoire du devenir historique n’existe plus. Ainsi, depuis que notre monde, à nous humains, est monde, c’est la puissance de notre intelligence collective qui le gouverne. La rationalité, la passion de chercher et de comprendre ont toujours, sur le long terme historique, balayé l’obscurantisme.

La vie que nous menons aujourd’hui est le fruit des recherches de nos ancêtres, depuis le principe d’Archimède jusqu’à la découverte des micro-organismes par Pasteur.

Ce corpus cognitif constitue le bagage que nous nous transmettons de génération en génération et tant qu’il y aura des hommes, cette longue chaîne ne se rompra pas.

En définitive, les hommes libres ont toujours vaincu les tyrans et les oppresseurs.

Le carcan législatif et réglementaire et la lourde et coûteuse machine étatique caractéristiques des États contemporains ne constituent pas la fin de l’histoire.

Si l’État se fait encore plus pesant et plus avide de tout réglementer et de tout contrôler, il peut à nouveau pour quelques décennies ou quelques siècles instaurer la « douce tyrannie » que craignait Alexis de Tocqueville.

Mais il n’abolira pas notre goût de la liberté, notre soif de connaître et d’entreprendre.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 17:36

L’état d’urgence, loi d’exception décrétée après les attentats du 13 novembre, a engendré « un certain nombre de dérives », a dénoncé le Défenseur des droits Jacques Toubon sur France 2.

Selon Jacques Toubon, « au fur et à mesure, on va s’apercevoir qu’il y a un certain nombre de cas dans lesquels les mesures de restriction de liberté qui ont été prises ont été excessives ».

Rappelons que l’état d’urgence est une forme d’état d’exception qui restreint les libertés. Il « confère aux autorités civiles, dans l’aire géographique à laquelle il s’applique, des pouvoirs de police exceptionnels portant sur la réglementation de la circulation et du séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public et sur la réquisition des armes ». Il dessaisit la justice de certaines de ces prérogatives. Contrairement à l’état de siège, il n’implique pas les forces armées.

Autrement dit, l’action de la police est simplifiée, par l’absence de nécessité de contrôle d’un juge.

Mieux : le Conseil Constitutionnel, oui, le Conseil Constitutionnel, l’autorité qui ne se situe au sommet d’aucune hiérarchie de tribunaux, ni judiciaires ni administratifs, et qui est chargé de l’étude de la conformité à la Constitution des lois et de certains règlements dont il est saisi, vient de valider une des applications parmi les plus controversées de l’état d’urgence, les assignations à résidence de militants politiques, écologistes en l’occurrence.

Rappelons que, parce qu’ils pouvaient représenter une menace pour la COP 21 en raison de leur opposition aux idées du gouvernement, des personnes ont donc été forcées de rester chez elles et d’aller pointer au commissariat trois fois par jour.

Mais, direz-vous, qu’est-ce que tout cela peut bien faire ? Après tout, les attentats du 13 novembre ont bien existé. Il y a bien un terrorisme djihadiste contre lequel il faut lutter. Et, si les juges du Conseil Constitutionnel estiment qu’une assignation à résidence ne constitue pas « une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et venir », ne restons-nous pas dans le cadre d’un État de droit ?

Il y a quand même quelques problèmes liés à cette situation.

La gauche socialiste et écologiste française adopte le langage de George W. Bush

Le premier des problèmes, le moins grave pourrait-on dire, est lié au décalage entre les raisons pour lesquelles Hollande a été élu président en 2012, et son positionnement politique actuel. Hollande n’a-t-il pas gagné contre Sarkozy notamment parce que ce dernier, avec la Loppsi, Hadopi, l’admiration pour W. Bush ou les bavures policières, semblait être une menace pour la démocratie ? Comment, aujourd’hui, Hollande peut-il, rétrospectivement, nous expliquer que lui protège les valeurs françaises là où son prédécesseur les bafouait ? Qui a adopté la Loi de Programmation Militaire liberticide ? La Loi Renseignement ? Qui a maintenu les extensions au secret défense créées sous Sarkozy ? Qui lance la France dans des expéditions militaires punitives ? Autrement dit, Hollande ne rend-il pas hommage à ceux dont il disait se défier ?

La lutte anti terroriste nous fait faire n’importe quoi

Depuis le 13 novembre, le plan Vigipirate, en vigueur depuis 1991, est encore renforcé, et des mesures de sécurité sont en vigueur partout sur le territoire, notamment dans les commerces ou dans les transports en commun.

Logiquement, chacun se dit qu’il faut bien faire quelque chose. Mais faut-il faire des choses coûteuses et illogiques, comme l’installation de portiques de sécurité sur les quais d’accès au Thalys, dans le seul but de faire de l’affichage politique? La SNCF va dépenser 5 millions d’euros par an pour mal sécuriser les deux quais de départ du Thalys. « C’est une dépense politique inutile, imposée par Ségolène Royal, qui contrevient à l’esprit du Thalys, le train de la liberté de circuler dans la zone Schengen, et que personne, bien sûr, n’a le droit de contester »


Faut-il étendre les portiques de sécurité à… par BFMTV

Juste une question pratique : est-ce que vous pensez que les gardes, armés, de Royal, Hollande et des autres, passeront, eux, au détecteur de métal sous les portiques de sécurité ?

L’état d’urgence de 3 mois, ce n’est que le début

Le 17 novembre, on nous a dit que l’état d’urgence durerait trois mois.

Aujourd’hui, non seulement la révision constitutionnelle pourrait permettre de pérenniser cet état de fait, mais de plus, la garde des sceaux, Christiane Taubira, veut autoriser les perquisitions de nuit hors de l’état d’urgence. Autrement dit, le retour à la normale, c’est à dire à la situation antérieure, ne semble pas au programme.

Mais, qu’est-ce que des portiques de sécurité ou des perquisitions de nuit peuvent faire, si on a rien à se reprocher ?

Admettons que les bavures liées aux perquisitions faites dans le cadre de l’état d’urgence n’en soient pas. Après tout, pour le moment, seuls des radicaux proches des islamistes semblent se plaindre.

Simplement, on sait ce qu’il advient. D’abord les locaux de l’ONG controversée Baraka City, pro palestinienne, ensuite de simples femmes voilées que les policiers, selon leurs dires, auraient insulté et tripoté (allô les féministes de gauche, vous êtes où ?)

Ne serait-il pas temps de relire le poème de Niemoller et de se dire que, si la France n’est pas le régime national socialiste de l’Allemagne des années 1930, le meilleur moyen pour que nous ne le devenions pas réside précisément dans la fermeté sur les principes et valeurs ?

À droite non plus, nous n’entendons rien. Pourtant nous savons, depuis la Manif pour Tous, que la police n’est pas forcément l’amie du peuple.

Ne nous laissons pas avoir par la diversion de la déchéance de nationalité, même s’il est un peu hallucinant que Christiane Taubira aille en discuter en Algérie avant de venir s’expliquer dans les médias nationaux. Oublions même le fait qu’il s’agit d’une mesure que le Parti Socialiste présentait comme étant d’extrême droite, il y a quelques années seulement.

Le fait est que l’essentiel de l’état d’urgence est validé et que la France est donc devenue un régime d’exception, dans lequel la séparation des pouvoirs est devenue une référence théorique. Ne lit-on pas des nouvelles du type le gouvernement va légiférer ?

Quand ils sont venus chercher...

Quand ils sont venus chercher les Socialistes, je n'ai …

Rien dit

Parce que je n'étais pas Socialiste

Alors ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n'ai…

Rien dit

Parce que je n'étais pas syndicaliste

Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n’ai…

Rien dit

Parce que je n’étais pas juif

Enfin ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre.

Pasteur Martin NIEMOLLER
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 15:43

Nous devons aimer la liberté pour elle-même, indépendamment de ce qu’elle apporte concrètement. Développement libre d’une citation de Tocqueville : « Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même est fait pour servir. »


Le plus souvent, pour mettre en valeur le libéralisme, nous vantons les mérites de la liberté : grâce au libre-échange notre économie prospère davantage que dans un système protectionniste ; grâce à la liberté d’expression, les savants peuvent débattre sans censure et chacun peut élaborer sa propre opinion sur chaque sujet ; grâce à la liberté des mœurs, nous pouvons vivre comme nous l’entendons, sans nous soumettre servilement aux règles étroites de la tradition. Tous ces arguments sont bons et méritent d’être rappelés ; mais la citation de Tocqueville nous rappelle une autre exigence fondamentale : avant même de subordonner la liberté à ses conséquences bénéfiques, et d’en faire un moyen comme un autre pour parvenir au bonheur, nous devons aimer la liberté pour elle-même, indépendamment de ce qu’elle apporte concrètement.

Ainsi, plutôt que d’énumérer la longue liste des avantages qu’apporte la liberté, nous pouvons décrire notre amour pour elle et faire sentir l’intensité du sentiment qui nous pousse à la chercher, au point d’en faire le but même de notre existence. Une telle description de la liberté souffre forcément de son abstraction ; concept large, la liberté, tant qu’on ne la conjugue pas dans la variété de ses expressions et qu’on ne l’analyse pas dans une situation historique donnée, est avant tout une valeur et un sentiment ; elle ne mérite pas moins toute notre attention, nos pensées s’attachant quelquefois davantage à des valeurs qu’à des objets concrets.

La liberté, considérée en elle-même, c’est l’ivresse de savoir que nous pouvons déterminer nous-mêmes nos actions, notre manière de vivre, sans devoir nous justifier devant personne ; c’est le sentiment que notre avenir est ouvert, que nous ne nous mouvons point dans un système clos déterminé à l’avance, et que plus tard, nous pourrons, en fonction de nos instincts, de nos goûts, de nos croyances, prendre des choix sans craindre de subir une interdiction ou une limitation artificielle de nos possibilités. Peu importe que le libre arbitre, défini par la capacité d’un être à s’émanciper de ses déterminations ou à faire naître de lui-même une nouvelle chaîne causale, soit au fond une vieille illusion décriée déjà par Spinoza ou Schopenhauer et dont les analyses sont confirmées par les résultats de la psychologie expérimentale. La liberté entendue dans son sens politique, si elle nous est donnée, nous donne la joie inlassable de pouvoir accomplir notre volonté, que celle-ci soit déterminée par autre chose que nous-même ou pas. Quand nous vivons dans le règne de la liberté, nous sentons que si nous avons envie de faire telle ou telle action seules nos limitations personnelles et les inviolables lois du réel pourrons nous faire échouer et nous faire abandonner notre projet ; et il vaudra toujours mieux que ce soit le monde qui nous contraigne plutôt qu’une mauvaise organisation humaine qui se targue d’une légitimité contestable.

La liberté ne promet pas la satisfaction automatique de toutes nos aspirations ; libres, nous pouvons échouer, nous tromper, errer en pensée dans tellement de possibilités que leur contemplation nous donne un désagréable sentiment de malaise ou de désespoir. Mais là n’est pas la question. La liberté n’assure pas le bonheur, elle offre la possibilité de suivre nos valeurs, de tenter de réaliser nos plus ambitieux projets ; ce n’est pas la réussite qu’elle promet, mais la possibilité de l’action : réussite ou échec, ce qui nous importe, c’est que cette action est le fruit de la liberté, non de la contrainte. Tous les hommes seraient des libéraux enthousiastes si la liberté avait le pouvoir magique de prodiguer à chacun la béatitude ; mais la liberté se contente de nous donner un espace pour conquérir notre bonheur, et de laisser toutes les portes ouvertes pour que chacun puisse emprunter le chemin qu’il souhaite. Qu’il est plus facile de promettre le bonheur universel en promettant l’institution d’une société parfaitement ordonnée par des législateurs plein de bonnes intentions prétendant assurer la satisfaction de tous ! La liberté n’est pas aussi ambitieuse ; et cependant elle nous donne le plus essentiel, ce que pourtant tout le monde ne peut pas savourer : le sentiment que notre destin est entre nos mains, et que nos réussites comme nos échecs dépendent de nous-mêmes. Et si un régime étatiste nous permettait par miracle d’accéder à la satisfaction de tous nos désirs, nous n’en voudrions même pas ; plus que la satisfaction capricieuse de nos envies nous tient à cœur le sentiment que nous sommes la source de nos contentements.

Si vous ne ressentez pas cette ivresse joyeuse, cette fierté de soi, jusque dans les erreurs assumées et la peur face à l’immensité des possibles ; si vous rêvez d’une société parfaite vous livrant automatiquement et sans effort de votre part tout ce qu’un homme peut souhaiter ; et si vous n’avez pas le désir de tout faire pour répandre chez chacun le droit d’affronter le monde comme il l’entend – alors vous ne pouvez comprendre ce dont parle Tocqueville, cet inconditionnel amour de la liberté pour elle-même.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 09:36

Les attaques contre le libéralisme ne datent pas d’aujourd’hui. À la fin du XIXe siècle, un des derniers représentants de l’école classique française, Frédéric Passy, invité à Genève, y faisait une conférence où il plaidait la cause de ce qu’il appelait l’école de la liberté : c’était le 9 avril 1890. En voici un extrait qui reste toujours d’actualité et qui mérite d'être analysé voire médité

« C’est un accusé qui paraît aujourd’hui devant vous. Il sait qu’il n’a pas seulement à se défendre personnellement lui ou ses idées, mais qu’il a à défendre avec lui, avant lui et plus que lui, ses amis, ses collaborateurs et ses maîtres, c’est à dire tous ceux dont l’ensemble constitue l’école à laquelle il s’honore d’appartenir, l’école de la liberté.

Oui, messieurs, je crois à la liberté, à cette liberté sans laquelle on n’aurait pu, ni lui faire son procès, ni plaider pour elle et qui est, comme l’a dit si bien Bastiat, « le tout de l’homme, son moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. »

J’y crois par ce que je crois que la société humaine est autre chose qu’une collection d’automates attendant d’une main étrangère le mouvement et l’illusion ; parce que je crois que ce monde n’a point été livré au hasard et qu’il y a, dans les sciences de l’ordre moral comme dans les sciences de l’ordre matériel, des lois qu’il n’est point en notre pouvoir de changer, mais qu’il est de notre pouvoir d’étudier pour nous en servir en nous y conformant, parce que, comme l’a dit admirablement Boisguilbert, « la nature ne respire que liberté ; elle ne demande pas que l’on fasse des miracles, elle demande seulement qu’on cesse de lui faire une perpétuelle violence. »

C’est pourquoi j’estime que ce qui est en cause devant vous ce n’est pas seulement un système économique, mais le fond même de la vie politique et de la morale. C’est en même temps l’éternelle querelle de la réalité et de l’hypothèse, de la science et de l’empirisme, du possible et de l’impossible, de l’observation qui éclaire et de l’imagination qui égare.

On a reproché avant tout à cette école classique, ce qu’on a appelé son indifférence, son optimisme, son impassible et béate résignation à toutes les imperfections et toutes les misères du présent. On l’a accusée de n’avoir pour les douleurs et pour les aspirations de l’humanité, ni consolation, ni espérance, et de se borner à répondre à ceux qui souffrent comme à ceux qui désirent : « les choses sont comme elles sont, et tant pis si elles ne vous conviennent pas ainsi ; nous ne pouvons rien pour vous, frappez à côté. »

Cette doctrine n’est point une doctrine d’insensibilité et d’indifférence ; c’est une doctrine d’humanité et de progrès. Mais c’est en même temps parce que en dehors de la raison, il n’y a ni humanité ni progrès, une doctrine de la raison. C’est la doctrine de gens qui, au lieu de refaire le monde à leur fantaisie et de faire miroiter devant les yeux de leurs semblables la vaine fantasmagorie d’une perfection impossible, bonne tout au plus à surexciter leur souffrance en faisant naître en eux des prétentions irréalisables, cherchent, en étudiant la nature humaine et ses lois, à déterminer ce qui se doit et ce qui se peut, et enseignent aux hommes, non pas à se révolter contre ce qui est, mais à tirer de ce qui, par l’emploi intelligent et raisonné de leur activité, le meilleur parti possible.

L’école de la liberté n’est ni l’école de l’approbation, ni l’école de la condamnation. Elle ne dit pas que tout est bien dans la société ; elle ne dit pas non plus que tout y est mal. Elle dit que le corps social, comme le corps humain a ses imperfections et ses maladies ; mais aussi que le corps social, comme le corps humain, a sa constitution naturelle, ses organes nécessaires qui ne peuvent être supprimés sans porter atteinte à l’ensemble, que pour l’un comme pour l’autre, la première condition de toute médecine utile, c’est la connaissance de cette constitution fondamentale, l’étude du jeu de ses organes, le respect de cette force vitale, sans laquelle on ne peut rien, et que toute la science du vrai médecin consiste à dégager des influences ou des gènes qui le contrarient.

Elle n’est, en un mot, ni optimiste, ni pessimiste. Elle croit au mal parce qu’elle le voit et elle le combat. Elle croit au bien parce qu’elle le voit aussi et parce qu’elle en a le besoin, et elle travaille à l’augmenter. »

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 09:46

Quel bilan dresser de 3 ans de François Hollande du point de vue des libertés individuelles ?

Le candidat Hollande voulait devenir le président du rassemblement. Il s’est donc attelé à lutter contre le racisme et l’antisémitisme et promouvoir les valeurs de la république et, pour cela, il a déployé une certaine vision de la laïcité qui réduit l’espace public à la neutralité, et oblige tous ceux qui passent par lui à se défaire de tout signe religieux.

On ne peut l’accuser d’avoir initié cette vision, mais il l’a indéniablement rendue plus dangereuse car plus opaque. Désormais, ce n’est pas le voile intégral, caractérisé par une dissimulation du visage, mais tout signe vaguement religieux : une jupe longue devient ainsi un symbole religieux si elle s’inscrit dans une démarche de prosélytisme, et devient dès lors interdite au lycée. La ministre de l’Éducation du président Hollande a d’ailleurs jugé que la direction avait fait preuve de discernement, puisque des critères objectifs ne suffisent plus pour délimiter l’ostentatoire.

Les statues de dictateurs sont toujours bienvenues sur les places de nos villes, et l’argent public peut toujours être utilisé pour les financer, tout comme le nom d’édiles corrompus peut devenir celui de nos rues. Mais un pape, lui, ne peut laisser sa place dans l’histoire ; en tout cas, pas dans l’espace public. La statue de Jean-Paul II, ornée d’une grande croix, devra être déplacée : trop ostentatoire. La religion, ce n’est décidément pas assez laïc.

La laïcité n’est pas nécessairement une mauvaise chose ; séparer l’Église (ou quelque religion d’ailleurs) de l’État permet d’en objectiver la fonction. Malheureusement, ce n’est pas le cas : la liberté d’expression sous Hollande est plus sacrée que Mahomet mais moins que les génocides.

Une liberté d’expression à géométrie variable

Suite aux attentats, François Hollande réaffirmait la liberté d’expression, et que les Français ne doivent pas céder aux terroristes. Mais, dans les faits, il n’a rien fait pour la renforcer ou la protéger, alimentant les frustrations.

La liberté d’expression, c’est bien, mais pas trop. Qu’on balance sur d’anciens présidents, qu’on caricature des prophètes, passe encore ; mais qu’on tienne des propos racistes, ou qu’on remette en question un génocide, et rien ne va plus.

Le racisme, pour le Premier ministre Ayrault, n’est pas une opinion mais un délit. Les deux ne sont pourtant pas irréconciliables ; il suffit de réunir les deux mots dans une expression, un « délit d’opinion », qui devient une notion à part entière. Mais cela reviendrait à dire qu’il existe des délits d’opinion, et que le racisme, en tant qu’opinion, peut tomber sous le coup de la liberté d’expression. Il suffit donc de lui enlever le statut d’opinion pour le faire cesser.

On le voit bien, interdire le racisme, ça marche. C’est pour ça que la mesure vaut aussi pour la remise en question de certains génocides, notamment la Shoah et le génocide arménien. Il y a des mémoires et des choses sacrées que l’on peut salir, et d’autres non. C’est comme ça. Et on voit bien comment, en affirmant la liberté d’expression dans certains cas et pas dans d’autres, le président du rassemblement entretient des frustrations.

S’il a laissé passer l’occasion de réaffirmer la liberté d’expression, le Président Hollande a néanmoins saisi l’occasion présentée par Charlie pour renforcer la surveillance.

Une surveillance tous azimuts

Car si la laïcité devient de plus en plus restrictive et invasive, si la liberté d’expression est d’autant moins protégée qu’elle est à géométrie variable, la surveillance vit un réel essor. Désormais, les données personnelles de tous les citoyens seront systématiquement analysées, passées au crible d’algorithmes conçus par les services de renseignement. La France reconnait et s’inspire trop rarement des bonnes pratiques internationales, mais force est de constater que le gouvernement se dote des meilleurs moyens de contrôler et surveiller la population.

Personne ne saura de quelle façon les données sont traitées, ce qu’il en est fait, comment elles sont interprétées. Personne ne saura quels critères feront entrer quels citoyens dans la catégorie « à surveiller ». Et c’est sans doute de ce point de vue que les libertés ont le plus reculé.

Outre la loi, la façon dont elle a été promulguée a de quoi inquiéter. La loi sur le renseignement ne fait qu’entériner et légaliser des pratiques existantes. Charlie n’était pas tant un moyen de regagner en popularité qu’une justification à la surveillance généralisée.

"En seulement trois ans, le Président Hollande a su utiliser la surveillance d’adversaires politiques à son profit et la généraliser à l’ensemble de la population. Il a renforcé le caractère clivant des religions en leur imposant un repli qui rend tout dialogue impossible. Et il a défendu la liberté d’expression uniquement comme liberté d’être en accord avec des valeurs de la république dont il se veut le garant. Quelle que soit la liberté individuelle à laquelle on s’intéresse (liberté de culte, d’opinion et d’expression ; vie privée), elle aura en seulement trois ans été piétinée avec la légèreté et la grâce qui caractérisent notre cher président" Baptiste Créteur.
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