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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 10:38

Ça va mieux ? Non, mais surtout ne changeons rien !

Jeudi 14 avril dernier, le Président de la République a tenté de partir à la « reconquête » des Français dans la nouvelle émission de France 2 Dialogues citoyens et il leur a dit : « Ça va mieux. » Quelques heures auparavant, Julien Dray, député de l’Essone et membre du Bureau national du Parti socialiste, préparait le terrain en assurant sur la chaîne parlementaire LCP que grâce à ses mesures clairvoyantes, le gouvernement « est en train de réussir économiquement. » D’après lui, la France bénéficierait même de « résultats macro-économiques remarquables. » Seul petit problème, « visiblement, personne ne s’en rend compte. »

Son collègue Cambadélis, premier secrétaire du PS, a la solution : il y a des résultats, mais il faut procéder à quelques ajustements mineurs d’ordre communicationnel. « Le temps de la pédagogie est arrivé » a-t-il déclaré. Hélas pour le PS, les Français ne semblent plus guère décidés à écouter sagement le Professeur Hollande.

On peut créditer Julien Dray d’une bonne analyse sur au moins un point : à supposer qu’il y ait quelque chose de positif à voir, les Français ne s’en rendent très visiblement pas compte. Il n’est que de considérer le dernier sondage de popularité disponible, réalisé par l’institut Yougov pour le Huffington Post les 30 et 31 mars derniers. La cote globale du gouvernement atteint son plus faible score jamais enregistré dans ce baromètre, soit 12 %. François Hollande tombe à 13 % d’opinions favorables et le Premier ministre Manuel Valls atterrit à 20 %. Ce dernier garde cependant la majorité chez les sympathisants PS-EELV, ce qui n’est plus du tout le cas du chef de l’État. Cruel désaveu pour la méthode Hollande.

De fait, au sein de l’exécutif, la situation de François Hollande est particulièrement douloureuse. C’est assez logique dans la mesure où il est à la tête du pays et où le changement de majorité survenu en 2012 s’est fait sur son nom, sa personnalité, son programme et ses promesses. Interrogés par l’institut de sondages Odoxa quelques jours avant sa prestation sur France 2, les Français sont 71 % à déclarer ne pas être intéressés par cette émission, 76 % pensent que François Hollande devrait renoncer à se représenter en 2017 (pour laisser la place à un meilleur candidat socialiste, ce qui en dit quand même long sur la sympathie viscérale pour le socialisme), 83 % pensent qu’il ne réformera plus et 53 % prédisent même qu’il ne s’engagera dorénavant que dans des mesures électoralistes.

Même Sarkozy n’a jamais fait l’objet d’une telle déconsidération empreinte d’une sorte d’indifférence teintée de mépris agacé. Dans ces conditions de rejet qu’aucun autre Président de la Vème République n’a jamais expérimentées, on comprend que le terme « reconquête » vienne spontanément à l’esprit des observateurs de notre vie politique. Certains n’ont pas manqué de remarquer que le format de l’émission de France 2, comme les quatre membres de la société civile conviés spécialement pour faire remonter leurs préoccupations, avaient été taillés sur mesure afin de lui permettre de retrouver à coup sûr le coeur des Français. Au lieu de quoi nous avons eu droit à l’ennui de plus en plus tenace que le radotage compulsif du Président ne manque pas de générer à chaque nouvelle prise de parole.

À le croire, la France expérimente avec bonheur un contexte économique porteur dans lequel il y a « plus de croissance, moins de déficits, moins d’impôts et plus de compétitivité. » Quant au chômage, dont la fameuse inversion de la courbe reste d’actualité pour son avenir politique, il est sans doute plus élevé qu’en 2012, mais finalement, vu dans l’ensemble européen, on aurait tout lieu de se réjouir :

N’en déplaise à MM. Dray et Cambadélis, si les Français s’obstinent à ne rien discerner de positif dans les accomplissements du gouvernement, c’est peut-être tout simplement parce qu’il n’y a justement rien à voir. Du Monde à Metronews en passant par Le Figaro, la presse s’est largement fait l’écho des petits arrangements avec la réalité auxquels le Président, précédé de ses thuriféraires, s’est livré sans vergogne jeudi soir. Pour reprendre une expression fréquemment utilisée par les anglo-saxons, François Hollande s’est montré « économe avec la vérité », mais c’est bien le seul domaine où l’on pourra le taxer de parcimonie.

Non, M. Hollande, le chômage que nous connaissons n’a rien à voir avec ce qu’il devrait être dans un pays européen comme le nôtre. Non seulement il a énormément augmenté depuis 2012 alors que la crise de 2008 commence à s’éloigner, mais les comparaisons dans l’Union européenne sont loin d’être flatteuses. Si, avec plus d’à propos, on s’en tient à nos voisins anglais et allemands, dont l’économie est d’une taille comparable à la nôtre, nous sommes purement et simplement au double d’eux (5 % environ au Royaume-Uni et en Allemagne contre 10 % en France). Rappelons que la France avec son outre-mer comptait 4,6 millions de chômeurs en catégories A, B et C en mai 2012, et que ce chiffre est maintenant de 5,8 millions à fin février 2016. Rappelons également que le taux de chômage des jeunes est de 25,9 % contre une moyenne de 19,7 % dans l’UE et 22 % pour la zone euro seule.

Non, M. Hollande, les comptes publics ne prêtent nullement à la gloriole. Si le déficit public creusé en 2015 est légèrement inférieur à celui de 2014, il ne faut y voir que le jeu des taux d’intérêt maintenus bas par la BCE et les prix du pétrole en baisse, toutes situations qui ne doivent rien à la lucidité de vos politiques publiques. Ces dernières, élaguées de l’effet taux d’intérêt et de l’effet prix du pétrole, se sont au contraire vautrées comme d’habitude dans la croissance des dépenses, des impôts et des cotisations sociales. Vu le niveau de la dette publique, qui augmente toujours, vu la faible croissance de l’activité et la faible confiance en l’avenir des agents économiques, la remontée des taux ainsi que celle des prix du pétrole seraient simplement catastrophiques pour notre économie.

François Hollande n’a jamais parlé plus justement que quand il s’est objecté à lui-même par pure rhétorique :

« Quand le Président dit que ça va mieux quand il y a tant de difficultés, on se demande s’il voit bien, s’il écoute bien, s’il a bien pris conscience des réalités. » Dialogues Citoyens, le 14 avril 2016, France 2.

À ce stade, on comprend même les yeux fermés que si personne ne se rend compte des bons résultats de la politique de François Hollande, c’est uniquement parce que ces résultats n’existent que dans la propagande gouvernementale, laquelle est totalement dépendante de la trouille électorale qui commence à saisir les socialistes aux tripes. Méthode Hollande ou pas, cela ne marche pas.

Prenons Anne Hidalgo, par exemple. Une socialiste en bonne et due forme, quoique un peu frondeuse, au moins par alliance (son mari est le député des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain, membre des Frondeurs). Eh bien Anne Hidalgo est terriblement inquiète et a fait part de ses émotions à VSD, repris par Le Figaro :

« L’échéance 2017 sera difficile pour ma famille politique parce qu’on ne peut pas dire qu’on a démontré une grande efficacité dans les réalisations et on a un peu tourné le dos aux engagements. »

Voilà qui est parler clair et sans chichis, quoique de façon un peu trop portée sur la litote. La grande efficacité qu’on n’a pas démontrée est en fait un goût prononcé pour la faillite, tandis que les engagements auxquels on a un peu tourné le dos ne sont rien d’autres que des promesses de campagne qui n’engagent que ceux qui les croient. Toujours est-il que pour Anne Hidalgo, la grande erreur du gouvernement tient à ce qu’il s’est montré :

« conservateur sur les questions de société et ultra-libéral sur les questions économiques. »

Comme quoi, des goûts et des couleurs politiques ! Parce que si je devais résumer l’action du gouvernement en m’en tenant aux réalisations actées dans les livres et les chiffres, je dirais 1. qu’il a légalisé le mariage homosexuel, ce qui n’est pas particulièrement conservateur sur le plan sociétal, et 2. que la part du public dans le PIB atteint 57 %, ce qui éloigne à jamais la France de tout libéralisme, même ultra-mini.

La vie politique française est entièrement faite de ces semi-lucidités contradictoires, qui n’épargnent ni les hommes politiques ni les citoyens. J’en arrive ainsi à ce que souhaiteraient les Français pour 2017. Bien formatés par la propagande marxiste qui sévit chez nous depuis l’après-guerre, bien convaincus par les cadres collectivistes qui marquent notre politique économique depuis la même époque, et complètement accros à l’État-providence qui scella l’indispensable union nationale consécutive à la victoire sur l’Allemagne nazie, ils restent pour la plupart convaincus qu’un socialiste, par construction, est un être hautement moral doublé d’un gentil et triplé d’un généreux.

Les autres, ceux qui se disent de droite, s’alarment en plus de la façon dont les socialistes conçoivent leur « déficit » de politique sociétale. Mais tous, des notaires à la syndicaliste recalée de l’émission Dialogues citoyens, partagent le goût national pour la « protection » de l’État, depuis la réussite garantie au Bac jusqu’à la couverture sociale des actifs et la retraite, jusqu’à, pourquoi pas, des revenus minimum universels garantis, en passant par les politiques de santé et les recommandations diététiques.

C’est ainsi que nos candidats présidentiels, déclarés ou pas, de gauche ou de droite, Hollande ou Juppé, nous le promettent tous : on va réformer, mais sans remettre en cause notre modèle social et notre service public. Eh bien ça, mes amis, ce n’est pas possible, tout simplement parce que c’est le poids toujours croissant de l’État qui nous empêche de réformer, qui creuse jour après jour le chômage et plombe la croissance.

Cet empêchement prend deux formes. La première est directe : tout l’argent consacré à la survie de l’État-providence et à l’embauche de fonctionnaires, argent qui vient des cotisations sociales et des impôts, est autant de moins pour l’investissement privé seul à même de générer la valeur ajoutée qui entraînerait de la croissance, des revenus supplémentaires et des emplois supplémentaires. La seconde est indirecte mais terriblement pernicieuse car elle est philosophique : chaque jour qui passe renforce l’idée que cet État-providence est un acquis éternel, chaque homme politique qui répète sans la moindre remise en cause qu’il n’est pas question d’y toucher accrédite l’idée que ça vaut le coup de le garder en l’état, que ça vaut le coup de se battre pour en conserver tous les éléments.

Vu comme cela, de Juppé à Hollande et de Hollande à Mélenchon, les manifestations contre la loi Travail ou la Loi Macron, aussi minuscules et aussi faiblement libérales soient ces lois, ne sont jamais que l’expression populaire de cette mortifère idée répétée en boucle sur tout l’échiquier politique de ne pas toucher à notre modèle social, que le monde entier nous envie sans avoir jamais tenté de le mettre en place.

À peine vocalisées, à seule fin d’afficher un réformisme de façade pour quelques bénéfices à court terme vis-à-vis de l’Union européenne, les lois libéralisantes sont proprement évidées et la promesse de ne toucher à rien est promptement remise sur le devant de la scène, au grand soulagement de presque tout le monde. « La France est irréformable » entend-on soupirer de-ci, de-là. Il est d’autant plus facile de soupirer d’un air faussement entendu, qu’on est sûr que rien, absolument rien ne se passera, jusqu’à ce qu’une vraie catastrophe (remontée des taux, par exemple) ne nous laisse plus aucun choix.

Nathalie MP.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 01:44

Quand il s’agit de Payer …. Qui le Fait ???

Récemment, on apprenait que notre Premier Ministre, Manuel Valls, avait invité quelques uns des jeunes syndicalistes étudiants qui manifestaient sous ses fenêtres depuis quelques jours afin de leur acheter un peu de calme contre quelques centaines de millions d'euros. Quelques temps auparavant, ce sont les taxis qui ont reçu une proposition de rachat de leurs licences, et avant eux les agriculteurs, les policiers, les enseignants, les fonctionnaires qui se sont vu, eux aussi, offrir quelques largesses dont le côté un tantinet démagogique trahit surtout l'incapacité du gouvernement à traiter efficacement les problèmes de société... qu'il a lui-même créés.

L'ennui, c'est que tous ces "petits" cadeaux commencent à coûter cher à l'État et le moins qu'on puisse dire c'est que le moment est bien mal choisi. En effet, le FMI révèle que la France est passé du 6e au 9e rang des pays les plus riches du monde, derrière La Chine, les États-Unis, l’Inde, le Japon, l’Allemagne, la Russie, le Brésil et le Royaume-Uni. En clair, il n'est pas certain qu'on ait toujours les moyens de notre générosité.

Graisser les rouages à un an des élections

Alors c'est vrai, les élections présidentielles et législatives sont dans un an et il faut bien commencer à graisser les rouages de la démocratie pour espérer voir les "forces vives de la nation" remettre le bon bulletin dans l'urne. Mais au rythme où tombent les millions en ce moment, il va être difficile de durer jusqu'en 2017. Jugez-en plutôt.

Derniers bénéficiaires en date, les syndicats étudiants, qui ont reçu de la part du Premier Ministre un joli chèque d'un demi-milliard d'euros, en grande partie reconductible chaque année, sous la forme d'une prolongation de quatre mois des bourses d'étudiants en vue d'aider à la recherche d'un premier emploi, mais aussi de l'augmentation des bourses lycéennes et de la revalorisation de la rémunération des apprentis. Toujours pour éteindre les incendies contestataires, Manuel Valls a également promis aux agriculteurs de baisser leurs charges (600 millions d'euros) et a prévu une revalorisation des primes des enseignants du primaire à hauteur de 300 millions d'euros. Enfin, alors que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a dégagé en début de semaine une enveloppe de 650 millions d'euros pour améliorer d'ici à 2020 les carrières des policiers et des gendarmes épuisés par la menace terroriste, le gouvernement a décidé d'augmenter de 1,2% le point d'indice de rémunération des 5 millions de fonctionnaires français. Coût de cette dernière mesure : plus de 2,4 milliards d'euros.

La question n'est pas de savoir si cette générosité est justifiée ou non, car, la plupart du temps, elle l'est. La difficulté vient surtout des recettes qu'il va falloir trouver pour mettre en face de ces 4,5 milliards d'euros minimum. Lesquels pourraient d'ailleurs rapidement grimper au gré des nouvelles faveurs accordées aux "râleurs" de tout poil, comme par exemple les taxis que l'État se proposait de dédommager d'une concurrence parfaitement légale (mais plus efficace en termes de service) en rachetant leurs licences, pour un coût supplémentaire estimé à... 8 milliards d'euros !

Où trouver l'argent ?

Plusieurs solutions ont été évoquées, et je ne parle pas de la proposition de surtaxer les CDD qui a été servie aux étudiants décidément naïfs ; non seulement cette surtaxe existe déjà depuis 2013 (donc pas de nouvelles recettes en vue) mais elle n'a surtout eu aucun effet notable (les CDD représentaient 83% des embauches en 2013, contre 85% l'an dernier). Plus sérieusement, l'État compte sur le net recul des taux d'intérêt de ces derniers mois qui pourraient lui permettre d'économiser jusqu'à 3,8 milliards d'euros sur les remboursements de la dette.

Quant aux sources directes d'argent frais, la France vient de décrocher un prêt de 2,1 milliards d'euros auprès de la Banque Européenne d'Investissement en vue de financer une quinzaine de projets, allant du renforcement de la production laitière à la réhabilitation de foyers pour les migrants, en passant par la ligne du Grand Paris Express. Certes, les fonds sont probablement déjà affectés, mais certains projets semblent déjà en partie financés par ailleurs, ce qui pourrait dégager quelques centaines de millions ici ou là.

Néanmoins, il est probable que cela ne suffira pas, à plus forte raison si Manuel Valls continue à distribuer des chèques à tour de bras. Dans ce cas, certains n'hésitent pas à ressortir quelques vieilles idées des cartons, comme la très impopulaire écotaxe que le Conseil Général d'Ile de France envisage pourtant de réactiver à l'échelle régionale, pour un gain attendu de 100 millions d'euros. Certains imaginent déjà qu'en cas de succès la mesure puisse être étendue au reste du territoire.

Enfin, s'il devait encore manquer quelques milliards, l'État a toujours la possibilité de faire ce qu'il sait faire le mieux : taxer. Et à l'heure où on nous annonce que, ça y est, les impôts ne baisseront plus, rien n'indique en revanche qu'ils n'augmenteront pas pour les seuls 46 % de foyers fiscaux qui restent désormais redevable de l'impôt sur le revenu, c'est à dire en très, très grosse majorité les classes moyennes.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 07:47

Le 21 mars prochain, l’application en France d’une directive européenne sur le crédit immobilier risque de rendre inéligibles au rachat de crédits la plupart des demandeurs les plus fragiles… c’est à dire ceux qui, justement, ont le plus besoin de regrouper leurs crédits pour éviter le surendettement.

Sur le fond, la directive européenne sur le crédit immobilier a un objectif parfaitement légitime, et même louable, puisqu’elle vise à renforcer la protection des consommateur à l’échelle communautaire face à une offre de crédit immobilier dont les pratiques demandaient à être harmonisées. L’ennui, c’est que, comme bien souvent, Bruxelles a oublié de tenir compte d’une spécificité bien française, elle aussi destinée à protéger les consommateurs : le taux d’usure.

Petit rappel. En France, les taux d’intérêts sont libres et ils dépendent généralement à la fois du montant emprunté, de la durée du prêt, mais aussi du profil de l’emprunteur et du projet éventuel justifiant la demande de crédit. Néanmoins, afin d’éviter des abus de la part des prêteurs (un risque purement théorique, rassurons-nous), le législateur a mis en place des taux plafonds, appelés aussi taux d’usure, qu’il est strictement interdit de dépasser. Là encore, ces taux d’usure vont dépendre des sommes prêtées, des durées et des projets financés et correspondent à 133% des taux moyens constatés.

Chaque trimestre, ces plafonds sont révisés pour tenir compte des fluctuations des taux du marché. Ainsi, au 1er janvier 2016, le taux d’usure pour les crédits immobiliers à taux fixe s’établissait à 3.96 % par an. Un niveau, il est vrai incroyablement bas quand on se souvient des taux normaux d’il y a dix ans (souvent supérieurs à 5%) mais parfaitement cohérent aujourd’hui avec des offres qui peuvent désormais descendre jusqu’à 1.55 % sur 20 ans.

Le rachat de crédits, quant à lui, est une opération permettant d’alléger considérablement ses remboursements en regroupant tous ses emprunts sous un seul et même crédit, généralement à un taux bien plus avantageux que les différents taux d’origine, surtout si les crédits sont anciens. Ainsi, une famille accumulant par exemple des crédits à la consommation, des cartes de financement (revolving), un crédit auto, un découvert autorisé, etc., peut facilement retrouver une situation financière plus confortable avec un seul emprunt qui rachèterait tous les autres, la mensualité unique étant très souvent bien inférieure à la somme de toutes les mensualités précédentes. Bien évidemment, le taux d’intérêt dépendra toujours du profil de l’emprunteur, de la somme et de la durée du nouveau crédit, et s’établira en général sur une base de crédit à la consommation (au maximum 7.61%). Mais si le rachat concerne également un prêt immobilier et que la part de l’immobilier dépasse 60% du montant total refinancé, le regroupement sera considéré comme un prêt immobilier. Avec cette fois un taux d’intérêt qui ne pourra donc dépasser 3,96%.

Évidemment, tous ces rachats de crédits sont assortis de garanties pour permettre à l’établissement de crédit d’équilibrer son risque lorsqu’elle prête à des personnes fragiles (à ce titre, si les taux sont plus bas dans le cas de regroupements incluant une part majoritaire de créance immobilière, c’est parce qu’un bien immobilier constitue généralement une garantie optimale). Et c’est justement là que réside le problème avec la mise en place prochaine de la directive européenne, car celle-ci prévoit que tout crédit (ou rachat de crédits) assorti d’une garantie, que ce soit par hypothèque ou par cautionnement, devient de facto un prêt immobilier.

Si cela ne changera pas grand chose pour ceux qui demanderont un rachat de crédit immobilier (ou a forte dominante immobilière), il n’en sera en revanche pas de même pour tous les autres, dont l’endettement excessif est généralement dû à l’utilisation de crédits révolving et autres prêts multiples à la consommation, mais aussi lié à des accidents de la vie ayant causé une forte chute de leurs revenus (maladie, décès, chômage…). Avec un taux d’intérêt limité mécaniquement à 3.96%, et à défaut de pouvoir prendre des garanties suffisantes, aucun prêteur ne voudra plus se risquer à racheter les crédits des foyers les plus fragiles. Ces derniers pourraient bien alors se voir tout simplement exclus de ce type d’opération, laquelle est bien souvent l’opération de la dernière chance avant la commission de surendettement.

La solution ? Certains proposent la suppression des taux d’usure, tout au moins pour les crédits immobiliers, mais ce serait alors un recul considérable en matière de protection des consommateurs. D’un autre côté, se contenter d’abandonner les foyers surendettés à leur triste sort n’est pas envisageable non plus. Autant dire que la situation est pour le moins inextricable et, à défaut d’amender directement la directive européenne pour qu’elle tienne compte des spécificités françaises, il y a fort à parier que la situation des emprunteurs en France va très certainement constituer un nouveau défi de société à partir du printemps prochain. Et cela pourrait bien également devenir un sujet politique explosif à moins d’un an des prochaines campagnes électorales majeures.

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 15:41

Un vent de folie souffle-t-il sur l'économie en ce moment ? On pourrait le croire tant certaines décisions, certaines actions, voire certains comportements des acteurs économiques semblent parfaitement insensés.

Ainsi, phénomène fréquent lorsqu'on traverse une période de troubles économiques et politiques comme c'est le cas actuellement, on recommence à entendre ici ou là les thèses hallucinées de prophètes auto-proclamés qui annoncent à qui veut les entendre une fin du monde imminente. On évoquera à peine la probable découverte d'une nouvelle planète massive aux confins de notre système solaire, venant brusquement raviver les craintes jusqu'ici assoupies de ceux qui voyaient déjà la Planète X/Nibiru/Nemesis interférer brutalement avec l'orbite terrestre au point de nous expédier, dans le meilleur des cas, vers une mort certaine mais rapide (des variantes nous promettent au contraire une joyeuse panoplie d'agonies aussi longues que douloureuses avant l'issue fatale, de toute façon inéluctable).

Mais le monde économique, que l'on suppose à tort parfaitement froid et dépassionné, n'est pas épargné par cette démence croissante. En effet, comment considérer autrement cette nouvelle tendance aux taux d'intérêt négatifs, et qui fait que désormais un quart de la dette d’État mondiale... rapporte de l'argent au lieu d'en coûter ? Allons-nous entrer dans un monde étrange où on nous versera des intérêts quand on contractera un crédit ? Et où notre épargne nous coûtera de l'argent au lieu de nous en rapporter ?

Et que penser de cette nouvelle tendance des Japonais (qui n'en sont plus à une folie près, c'est vrai) qui les pousse à retirer leur argent des banques pour ensuite stocker des billets chez eux, en dépit de toute logique ? Ou des Russes qui se mettraient à brandir la menace nucléaire comme aux heures les plus sombres de la Guerre Froide, mais cette fois pour dissuader les occidentaux de jouer en Syrie le jeu militaire d'un État Islamique qu'ils sont pourtant censés combattre partout ailleurs ? (on sait maintenant que le coup des ripostes nucléaires est surtout né dans l'esprit un peu malade des journalistes)

Enfin, tandis que certains cherchent des signes pouvant les renseigner sur l'ampleur de la prochaine crise à venir (dans l'évolution de l'once d'or exprimée en barils de pétrole par exemple, ce qui reviendrait presque à la deviner dans le marc de café), notre gouvernement s'acharne à dépenser des sommes qu'il n'a pas pour booster un investissement qui n'existe pas et inciter des entreprises qui n'en veulent pas à acheter de nouvelles machines... alors qu'elles souhaitent juste avoir suffisamment d'argent à distribuer à la fin de l'année. Ce que les nouvelles aides vont probablement les aider à obtenir. Ironie du sort.

Alors cette folie n'est-elle que passagère, simple effet fugace d'un stress généralisé devant une situation qui nous échappe totalement ? Ou bien s'agit-il au contraire d'un symptôme plus durable qui nous place à peine au tout début d'une monumentale dégringolade ? Certains le pensent, et d'autres sont déjà engagés sur la pente savonneuse (comme le Venezuela par exemple, en faillite pure et simple), contraints de se rabattre sur leurs ultimes richesses pour essayer de glisser moins vite. L'or, évidemment, tient une place de choix dans cette stratégie de la dernière chance. Mais il ne faudrait pas pour autant le condamner trop rapidement à cette seule fonction de dernier recours. Ce noble métal, qu'on qualifie encore souvent de "relique barbare", est avant tout un formidable outil de sécurisation par sa seule valeur intrinsèque, laquelle ne dépend ni des monnaies ni des États.

Et s'il est "barbare" c'est surtout dans le sens romain du terme, à savoir étranger à l'empire. Ce qui n'est peut-être pas une si mauvaise chose, lorsque l'empire semble sur le point de disparaître...

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 16:54

Nous sommes encore en janvier 2016 et pourtant, des départements crient famine. Oui, vous avez bien lu : l’année est à peine entamée que déjà, certains départements expliquent avoir du mal à boucler leur budget annuel. Vous êtes en France, tout va bien.

C’est en juin 2015 que je relatais les problèmes de certains départements qui s’inquiétaient alors de voir les dépenses sociales exploser. Le RSA, à leur charge, continue en effet de grossir à mesure que la situation économique se dégrade et l’État, trop heureux d’avoir laissé cette manne sociale à leur charge, n’entend pas trop les aider pour renflouer leur trésorerie.

Et ce constat d’une trésorerie de plus en plus tendue n’est pas nouveau : toujours en juin 2015 et dans sa publication officielle, l’Observatoire National de l’Action Sociale (ONAS) remarquait que 2014 n’avait pas été tendre avec les trésoreries départementales, d’autant que, malgré des « efforts de rationalisation », les dépenses avaient malgré tout augmenté de 4,3% (ce qui se traduit par 1,4 milliard d’euros en plus, tout de même). À l’époque, je rapportais les discours de la directrice de l’ONAS qui insistait sur l’aspect imprévisible de ces dépenses sociales et du RSA.

Mais baste, c’était en juin. De l’eau a coulé sous les ponts, des euros ont coulé dans les caisses de l’État et de ses collectivités territoriales… et de bonnes résolutions ont coulé par le fond : malgré les atermoiements des uns et des autres, la situation n’a absolument pas changé. Et lorsque l’année nouvelle est arrivée, les problèmes de trésorerie se sont à nouveau refaits sentir : quatre présidents des conseils départementaux d’Île-de-France recommencent à gémir de moins en moins discrètement.

Jean-Jacques Barbaux (Seine-et-Marne), Arnaud Bazin (Val-d’Oise), Pierre Bédier (Yvelines) et François Durovray (Essonne), élus Les Républicains, dénoncent l’asphyxie budgétaire que le gouvernement, selon eux, organiserait sciemment. Dans la foulée et pour ne pas déroger aux bonnes recettes socialistes qui veulent qu’à tout problème correspond une solution composée pour 99% d’argent de l’État et pour 1% de termes marketing vaporeux, ils se sont réunis en association pour lui demander un «pacte de solidarité». Ce pacte, c’est le 1% vaporeux, et les thunes qui vont les sortir de l’ornière, ce sont les 99% que le contribuable sera heureux (mais si) de leur filer.

Il faut dire que leur situation est inextricable, et je cite Jean-Jacques Barbaux :

«En plus de la baisse de la dotation globale de fonctionnement versée par l’État, les départements doivent affronter la hausse des dépenses sociales obligatoires, comme le RSA, ce qui nous oblige à mener des politiques d’économies.»

Aaaaararggh, il l’a dit et c’est abominable : avec ces dépenses en hausse et ces dotations en baisse, ils sont obligés de mener des politiques d’économies, par opposition à la situation antérieure où, quand l’État s’occupait des dotations, ils menaient avec une assez jolie décontraction des politiques dispendieuses, je présume. Et le problème est aigu puisque des économies « drastiques » ont été menées : 68 millions dans le Val-d’Oise, 45 en Essonne, 25 dans les Yvelines, 17,6 d’euros pour la Seine-et-Marne.

Mais le plus dur est à venir, ces économies ne suffisant pas. Parallèlement, une hausse de la fiscalité est programmée. Et là, c’est la catastrophe puisque ce sont, on l’aura compris, « des mesures impopulaires ».

Non, sans blague ?

Les présidents de conseils généraux sont maintenant confrontés à un choix de plus en plus douloureux : soit faire des économies en fermant enfin, vraiment, les robinets à subventions débiles, superfétatoires ou très en dehors des attributions normales de l’État au niveau départemental, ce qui ne manquera pas de leur mettre à dos tous ceux qui étaient en dessous de ces robinets, soit augmenter la fiscalité, ce qui revient à mécontenter tous ceux qui approvisionnent ces robinets.

La bataille promet d’être épique puisque, socialisme aidant, les deux populations sont maintenant de taille équivalente et se sont placées, l’une et l’autre, dans une étreinte aussi morbide que langoureuse : l’une, qui réclame des aides, obtient l’oreille des politiciens et accroît donc les impôts de l’autre, dont chaque membre finit par trouver la ponction trop lourde et finit par basculer du côté des aidés. De fil en aiguille, il y a bientôt plus d’aidés que d’aidants, de ponctionneurs que de ponctionnés. Et lorsque l’argent vient à manquer, quoi que les politiciens fassent, ce sera impopulaire.

Bien malheureusement pour toute notre dispendieuse troupe de présidents sans courage et sans vision de long terme, la sortie de l’étreinte ne passe en effet que par la diminution drastique des aides, et la baisse conséquente des impôts. Un tel mélange, inouï en France depuis des décennies, ne peut se concevoir. Ce sera donc la hausse d’impôts et les économies de pacotille sur les trombones, les transports en commun, l’intendance (qui suivra, vaille que vaille) ou l’infrastructure (qui tiendra bien encore quelques années).

Et pour parachever le ridicule, des négociations ont même été menées entre les départements et l’État pour tenter de « recentraliser » le RSA, c’est-à-dire de refiler la patate chaude à l’étage du dessus, étage qui nage pourtant dans le bonheur douteux de dettes déjà abyssales. Évidemment, ces négociations ont misérablement foiré.

Notons au passage que devant l’ampleur du désagrément que cette cure de minceur violente et obligatoire provoque sur le staff politique, les présidents de Conseils envisagent des « mesures de rétorsions » contre l’État et plus précisément, contre le président Hollande. La menace pourrait être un bluff, mais elle pourrait aussi s’avérer efficace puisque parmi les rétorsions envisagées, l’une d’elles serait d’imposer aux allocataires du RSA de s’inscrire à Pôle emploi. Ceci aurait un léger impact sur les chiffres du chômage et rendrait problématique l’inversion de cette courbe si chère au président, et, par conséquence, de compromettre sa candidature au renouvellement de son poste en 2017 (même si, ne soyons pas naïfs, on peut douter que Hollande s’embarrasse vraiment de ce genre de détails lorsqu’il s’agira de se représenter).

Bref, on le comprend : la situation globale est devenue extrêmement complexe et c’est un jeu de billard à bandes multiples qui se met en place. Impôts en hausse, RSA en baisse, chômage soumis au chantage des départements, dotations dans la balance, budgets des départements contre celui de l’État, et, de façon maintenant évidente, un contexte économique mondial délétère, tout est réuni pour que l’année 2016 soit particulièrement épineuse pour le pauvre président Hollande.

Heureusement, son passé parle pour lui : ♪♩ ces petites misères seront passagères, tout cela s’arrangera ♪♫ .

H16

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 08:05

Les mois de juillet et d’août en France sont facilement synonymes de repos pour le Français, qui goûte sans doute au bonheur de retrouver le fruit de son travail, une fois le jour de libération fiscal atteint. Ce repos ne s’étend malheureusement pas jusqu’au parlement et aux politiciens qui profitent justement de l’éloignement des Français de leurs centres habituels de préoccupations pour accumuler les petits coups en douce.

De ce point de vue, l’année 2015 ne fait pas exception, et se caractérise même par un cru particulièrement fruité (on ne sait pas encore pour le beaujolais), puisque le rythme des stupidités étatiques était déjà soutenu avant et, l’inertie aidant, on a donc conservé une vitesse de croisière stupéfiante dans l’amoncellement de lois, décrets et décisions farfelues. L’actualité récente suffit à s’en convaincre.

Il y a eu, bien sûr, la crise agricole qui a rapidement pris des proportions présidentielles dès que François Hollande a décidé de s’en mêler pour transformer, comme à l’accoutumée, une actualité déjà tendue et passablement engluée dans les mauvaises habitudes en situation inextricable, coûteuse pour le contribuable et qui aggrave le problème plutôt que le résoudre : alors que tout indique que l’ensemble de la filière agricole française souffre d’un interventionnisme catastrophique de l’État, alors que les solutions sont connues (et décrites par Vincent Bénard par exemple), alors même que d’autres pays ont déjà testé ces solutions avec succès, le factotum présidentiel aura décidé d’en remettre une couche (à 600 millions d’euros) qui a le mérite d’être à la fois mal calibrée (l’aide représente à peine plus qu’une aumône pour chaque agriculteur concerné), et parfaitement inutile voire contre-productive en ce qu’elle entretient un système d’assistanat délétère.

Parallèlement, on aura pu halluciner sur les gymnastiques statistiques parfaitement surréalistes qui nous furent offertes à l’occasion de la publication des chiffres du chômage de juin. Ce fut encore une fois l’occasion pour l’exécutif de se payer la tête des Français qui, trop nigauds de l’avoir posté là, doivent maintenant gober ses couleuvres de plus en plus épaisses. On ne peut bien sûr pas se réjouir de ce que ces chiffres camouflent (bien évidemment, le chômage augmente), mais au moins peut-on se satisfaire de la mise en péril de la candidature de Hollande pour 2017 : ce mollasson calculateur a choisi de la conditionner à l’inversion de tendance du chômage, ce qui place une pression énorme sur les frêles épaules d’un Rebsamen absolument pas à la hauteur. D’ailleurs, il se casse et ne plie pas, au contraire des prochaines statistiques, dont on pourra éprouver la souplesse prochainement, justifiant le maintien de la candidature hollandogène. Au pire, le petit François se déclarera indispensable pour lutter contre la bête immonde (qu’il aura tout fait pour faire monter) et le retour de l’ « excité » (comme il dit et qu’il s’escrime pourtant à saboter par voie de justice)

Mais en termes de petites ignominies aux effets catastrophiques, ces précédents exemples parviennent difficilement à la cheville de cette loi discrète passée dans la troisième semaine de juillet concernant l’obsolescence programmée.

Soigneusement évitée par la plupart des rédactions nationales (à l’exception du Figaro notamment), le sujet, effleuré par quelques sites technologiques, n’a semble-t-il pas passionné les foules. Il faut dire que la punition par deux ans de prison et 300.000 euros d’amende des faits d’obsolescence programmée a été habilement camouflée au milieu de l’imbuvable loi sur la transition énergétique, définitivement adoptée dans la semaine du 25 juillet dernier par un Parlement déjà largement en vacance intellectuelle.

Pour rappel, l’obsolescence programmée serait cette hideuse technique imputée aux producteurs et autres distributeurs consistant à réduire volontairement la durée de vie d’un produit afin d’inciter le consommateur à en acheter davantage, selon l’adage bien connu que lorsque ça casse rapidement ou que ça ne rend pas le service aussi bien qu’on le souhaite, on en rachète encore (le consommateur, dans cette intéressante vision du marché, est un être à la fois fragile, influençable et borderline idiot). Heureusement, cette technique qui, en réalité, n’existe pas, est maintenant un délit.

En effet, cette loi à base de poudre de licornes combat des gremlins et des leprechauns. C’est pratique de condamner sévèrement quelque chose qui n’existe pas : avec une définition suffisamment floue, cela permet de trouver de temps en temps de rares coupables fort pratiques pour une expiation médiatique, et cela assure, le reste du temps, que tout le monde va respecter la loi scrupuleusement.

Et si on dit que ça n’existe pas, c’est parce que c’est vrai : il suffira à ceux qui continuent niaisement de croire aux fadaises gouvernementales de se reporter à ces quelques liens pour vérifier l’écart à la réalité et comprendre que cette fumeuse obsolescence, non, ça n’existe pas, du tout.

… Enfin, presque pas du tout puisqu’en réalité, lorsque l’État se mêle de nos vies, l’obsolescence, parfaitement et ouvertement programmée, ne semble gêner personne, ce qui permet d’imposer au citoyen-contribuable de payer pour renouveler son passeport, sa carte d’identité ou tant d’autres papiers administratifs frappés d’une date limite de péremption. Cela permet d’imposer une obsolescence rapide de la voiture dans certaines agglomérations par interdictions successives ; cela autorise la disparition des méchantes ampoules à incandescence (qui ne produisaient, au pire, qu’un peu de CO2) au profit d’ampoules au mercure, terres rares et autres joyeusetés polluantes à des prix très supérieurs ; cela permet le vieillissement accéléré d’un peu tout et n’importe quoi par un incessant changement de normes (pour vot’sécurité, ma brav’dame). Quand c’est l’État, c’est permis, bien sûr.

Mais peu importe : la loi est votée, et tout le monde va s’empresser de l’appliquer, avec le même entrain que le principe de précaution devenu stupidement constitutionnel, et avec les mêmes effets délétères, durables et calcificateurs à moyen et long termes sur la société française.

De ce point de vue, cette loi – qui ne définit même pas ce que doit être une durée de vie normale d’un produit, comment on prouve qu’elle a été réduite, et comment on détermine que ce fut intentionnel – illustre fort bien la mentalité de nos dirigeants et dans une bonne part celle de ceux qui les soutiennent : pour eux, le consommateur est un enfant, niais et impressionnable, régulièrement floué par les producteurs qui, sans les bornes de la loi, s’organiseraient chaque jour pour le détrousser sur tous les chemins nationaux, à chaque commerce, à chaque vente et sur tous les rayonnages de supermarchés.

C’est parfaitement grotesque, mais le flou consternant de cette loi va donner une arme de plus à tous les pourfendeurs de l’entrepreneuriat pour attaquer les producteurs sur tout et n’importe quoi.

Forcément, cela va les inciter à venir vendre, produire et embaucher en France.

Forcément, cela va améliorer la situation.

Forcément, cela aboutira à d’excellents produits d’extraordinaire qualité.

Forcément, cela va bien se passer.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 12:35

Non seulement les pauvres sont de plus en plus pauvres, mais, rien que pour les narguer, les riches sont aussi de plus en plus riches. Et bien évidemment, si ces derniers s’enrichissent, c’est forcément sur le dos des premiers, pardi. Tout le monde le sait, bien sûr !

À lire les articles assez réguliers qui paraissent en France sur le délicat sujet du dernier décile voire du dernier centile (le dernier 10% ou le dernier 1% les plus riches), on comprend en tout cas que s’intéresser au sort des plus riches passionne les foules, d’ailleurs largement conditionnées à ressentir un mélange d’envie et de mépris pour ces gens qui ont su se détacher du gros milieu de la gaussienne où s’entassent, mollement, les classes moyennes, les semi-pauvres et autres classes laborieuses obligées de durement travailler pour croûter.

Ces articles marchent d’autant mieux qu’on est en France et qu’on les voit fleurir, à la suite de l’une ou l’autre enquête d’une institution statistique (INSEE ou société sondeuse quelconque). À chaque fois, la presse s’empare de l’affaire à bras-le-corps et entreprend d’exposer, avec de minutieux détails, à quel point justement ces riches sont à la fois plus nombreux et plus riches. Il y a quelques mois, Le Monde nous apprenait ainsi avec force graphiques colorés que les riches français se multiplient et, conformément aux habitudes, sont même de plus en plus riches. En témoignent les chiffres d’assujettis à l’impôt sur la fortune, qui montrent une progression de 6%, ainsi que de la valeur des patrimoines, qui bondissent de 10%.

Et les articles de continuer leurs analyses guillerettes des tranches d’impôts, des découpages de salamis foncier, immobilier ou mobilier, pour systématiquement terminer par la constatation, presque outrée, qu’avec ce fichu plafond de prélèvements, une partie de ces riches toujours plus riches parvient même à limiter son impôt, zut et zut, ce qui constitue une abomination : c’est un manque à gagner, mes pauvres enfants (ne l’oubliez pas !) car cet argent vous serait évidemment revenu si l’État n’était pas si méchamment stoppé dans son œuvre ponctionnaire.

Dans un magnifique retournement logique, le plafonnement devient alors coûteux : comme, dans la logique des scribouillards et des politiciens, tout appartient a priori à l’État, chaque gain qui, soit par fraude, soit par optimisation ou soit parce qu’une ponction à 100% est sottement inconstitutionnelle, ne lui tombe pas dans la poche devient un coût que la nation s’est imposé.

Bien sûr, à l’approche d’élections, on peut lire Valls, un Premier ministre un peu dépité, admettre que le tabassage était sans doute trop fort au début du mandat. Rassurez-vous : ce constat n’est évidemment pas partagé par tout le monde, à commencer par Sapin, le brillantissime ministre de la blague qu’on fait passer pour des finances publiques, qui, lui, trouve que « compte tenu du fait qu’augmenter les impôts ça rapporte beaucoup plus vite que de maîtriser les dépenses, je pense qu’en 2012 et en 2013 nous ne pouvions pas l’éviter ».

Bref, une conclusion s’impose : en France, cette étrange stratégie qui consiste à pourchasser les riches et à les tabasser fiscalement n’est toujours pas remise en question, ni au niveau politique, ni dans les esprits des journalistes, ni même d’ailleurs dans l’esprit des Français en général qui, à mesure que la situation se dégrade franchement et les entraîne dans les difficultés économiques croissantes, estiment qu’il faudra que les nantis paient d’autant plus qu’ils sont désignés comme coupables. Dans cette masse irréfléchie, aucun ne comprend qu’accroître les problèmes des riches, c’est augmenter homothétiquement les misères des pauvres.

Et à ce propos, les pauvres sont-ils de plus en plus pauvres ? Bien sûr, si l’on s’arrête à la France, on admettra assez facilement que le pays s’appauvrit et que, par voie de conséquence, le nombre de pauvres, de chômeurs, de miséreux sur le sol français ne cesse de croître.

Cependant, dès qu’on observe le tableau d’ensemble mondial, on constate qu’il y a en fait de moins en moins de pauvres.

Par exemple, on pourrait détailler les intéressants graphiques que Max Roser fournit régulièrement sur son site Our World In Data. On y découvrirait que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue n’a cessé de diminuer, au point, même, de s’effondrer.

Par exemple, on pourrait ressortir cet article de Slate (pas réputé pour être un repaire d’aficionados de l’ultralibéralisme galopant) qui, lui aussi, constate que « la part de la population de la planète vivant dans la misère est tombée en 2015, malgré les guerres et le ralentissement de la croissance, sous le seuil de 10%… ».

Dès lors, on serait aussi obligé de noter que l’augmentation du nombre de riches dans le monde coïncide aussi avec la diminution du nombre de pauvres. On serait probablement amené à se dire que la création de riches provient peut-être, allez savoir, de la création de richesses, et que ces créations de richesses sortent tous les jours plus de pauvres de la pauvreté. Ensuite, on irait même jusqu’à dire qu’en favorisant ces créations de richesses, et donc ces riches, on favorise la disparition de la pauvreté.

On serait ensuite enclin à regarder de plus près ce que tous ces riches font, effectivement, pour réduire la pauvreté et on pourrait alors trouver des exemples de ces riches qui œuvrent plus concrètement à la réduction de la misère dans le monde que tous les politiciens réunis ou non dans les COP21 et autres happenings de baltringues à roulettes. On parlerait par exemple de Manoj Bhargava, milliardaire indo-américain qui lance actuellement une initiative passionnante, décrite dans le moyen métrage ci-dessous :

Bref, on regarderait la situation et on verrait que finalement, lorsque les riches sont plus nombreux et qu’ils s’enrichissent, les pauvres s’enrichissent aussi et la pauvreté diminue. On se dirait tout ça.

Mais pas en France. En France, on continuera à dénombrer avec assiduité et précision le nombre de riches, de grands bourgeois et d’héritiers fortunés, on continuera de les conspuer tout en leur faisant fiscalement comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus et, lorsque ces riches partiront enfin avec leur fortune, on commencera à pleurnicher de voir la richesse nationale s’étioler.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 13:01

Anticonformiste, l’ouvrage de H16 est écrit dans une langue insolente et pittoresque, tout à fait appropriée pour débiner les jocrisses qui composent l’écologie.

Un petit avertissement s’impose, petit parce qu’il s’agit d’un petit traité. Dans ce petit livre, H16 ne traite pas de l’« écologie au sens propre du terme, c’est-à-dire la science qui étudie le milieu, et les interactions des différents êtres vivants dans ces milieux » :

« Non, je parle du mouvement mondial lobbyiste qui vise à promouvoir l’idée que l’homme est par essence nuisible à la nature, qu’il en serait extrait pour en profiter unilatéralement, et que son apport sur terre serait au mieux nul, au pire infiniment négatif.«

ne se limite pas à cette acception : « Je parle aussi de sa dérive naturelle, toujours ultra-politisée, qui promeut l’interventionnisme individuel, de groupe, de masse et d’État et prétend aider la nature en entravant l’homme dans un salmigondis de contraintes toutes plus idiotes les unes que les autres, en vendant du catastrophisme facile et des visions apocalyptiques construites sur le mode Nostradamus’Back With a Vengeance. »

Il y a quelque vingt-cinq ans, après la chute du Mur – il n’est pas besoin de préciser lequel – les collectivistes de tout poil, socialistes ou communistes, ont dû se recycler discrètement :

« Le rouge n’ayant manifestement pas fonctionné, et les foules, devant le désastre à l’Est, se sentant franchement réticentes à plonger dans un socialisme même un tantinet plus soft, il fallut se reconvertir dans des discours et des politiques plus crédibles. »

Ce recyclage, ce fut l’écologie, au sens impropre, voire sale, telle que définie ci-dessus. Le vert fut mis, nouveau rouge, en principe plus alléchant…

Après quelques tentatives de messages de portée limitée, donc peu alléchants – pluies acides, pêche à la baleine, massacre des bébés phoques, pollution en mer ou sur terre, trou dans la couche d’ozone etc. – un message beaucoup plus puissant fut lancé, avec le succès que l’on sait : « le réchauffement climatique d’origine anthropique ».

Le réchauffement climatique, reposant sur des croyances, est devenue la cause essentielle de tout. Deux exemples de croyances : la grande ville est la source de pollutions ignobles, les dinosaures ont provoqué en leur temps un réchauffement climatique selon une étude britannique « qui sent bon la subvention étatique »

Le problème est que les faits et les chiffres prouvent le contraire dans le premier de ces deux exemples, comme le démontre H16 avec bonheur : « Plus une cité est grande, plus elle se trouve dans un pays développé, meilleure est sa gestion de sa pollution. »

Le problème est que, dans le deuxième exemple, les calculs, sujets à caution, effectués par des chercheurs de l’université de Liverpool, aboutissent à une conclusion inverse de ce qu’ils voulaient démontrer : « Le méthane, aussi puissant et méchant gaz à effet de serre soit-il, a bien profité aux gros sauriens qui gambadaient sur la planète à l’époque. »

Au-delà de ces deux exemples, le problème est que le réchauffement climatique est en panne depuis seize ans et qu’il « n’en finit pas de ne pas venir »… Du coup, la confusion règne : « Quand les éléments se déchaînent contre les hypothèses du groupement de politiciens et d’écolos new age du GIEC, c’est purement météorologique. Et quand il fait chaud quelque part, qu’un iceberg se détache de la banquise, c’est le climat. »

Franchement je trouve que H16 est cruel. Il rappelle, dans son petit traité, les « prédictions foireuses » des réchauffistes patentés, dont on retrouve les traces indélébiles – hélas pour eux – sur Internet, et s’attarde sur celles d’Al Gore ou des rigolos du Club de Rome…

Quel est le but poursuivi par les réchauffistes ? « Orienter l’humanité vers une décroissance énergétique. D’une part cette décroissance entraînera naturellement une décroissance de la population (et, écologiquement de l’impact de l’humanité sur la terre). D’autre part le fait de proscrire l’accès à une énergie abondante permet, en créant la pénurie, de créer des pouvoirs »

H16 est sans pitié et montre comment les écologistes, au sens impropre, voire sale, créent la pénurie :

  • ils diabolisent le nucléaire qu’ils excluent du marché (ils ne disent évidemment pas que, en le diabolisant, ils portent atteinte aux technologies médicales, et omettent de parler des dernières innovations dans le domaine des réacteurs…) ;
  • ils interdisent l’exploitation du gaz de schiste au nom du principe de précaution (ils ne l’appliquent évidemment pas quand il s’agit de l’anesthésie générale ou du fructose dans l’alimentation…)

Le « fier peuple gaulois » peut être content : il bénéficie ainsi d’« un bel environnement protégé à mort et bientôt couvert d’éoliennes en panne et de panneaux voltaïques remplis de terres rares et fabriqués en Chine » ; il échappe ainsi aux prix abordables de l’énergie, à la création de nombreux emplois et à une certaine prospérité…

En réalité, la pénurie énergétique, ça n’existe pas. Les réserves d’énergie fossiles, par exemple, sont régulièrement revues à la hausse ; leurs coûts d’exploitation ne cessent de baisser grâce à l’innovation technologique : « de l’énergie, il y en a. Plein. Mais son exploitation est consciencieusement limitée par ces gens qui pensent à leurs intérêts politiques avant de penser aux intérêts de ceux qui n’ont rien, et surtout pas le luxe de se passer d’énergie. »

Les lecteurs méchants ne pourront que se réjouir de la typologie établie par H16 relative à ceux qu’il appelle les Fluffies : « en anglais, « fluffy » est utilisé pour qualifier quelque chose de duveteux, tout doux, qui n’oppose au toucher aucune rugosité. L’écologie sympathique, amusante et citoyenne, c’est ça : la promesse d’un cocon doux et sans aspérité qui accueille en son sein tous ses enfants dans un déluge de bisous assoupissants comme un verre de lait chaud. »

Bref il est difficile de bouder son plaisir à lire ce petit traité d’anti-écologie. D’abord parce qu’anticonformiste, il est écrit dans une langue insolente et pittoresque, tout à fait appropriée pour débiner les jocrisses qui composent l’écologie au sens impropre. Ensuite parce que même les lecteurs gentils devraient pouvoir en faire bon usage. Enfin parce qu’il démonte nombre de lieux communs et d’idées reçues comme des évidences en la matière.

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 07:01

Bon, c’est la reprise, c’est clair, c’est évident, Michel Sapin l’a dit (donc c’est vrai, il paraît), et même si Christine Lagarde est obligée de tempérer quelque peu l’optimisme débordant du gouvernement en admettant que si « nous sommes dans un processus de reprise », apparemment, son « rythme décélère », il n’en reste pas moins que les lendemains vont bientôt chanter, foi de Hollande.

Où disons, siffloter. In petto.

Toutefois, il apparaît que tout ne se déroule pas exactement comme prévu. Depuis quelques temps en effet, on note des petits soucis de trésorerie au sein des entreprises françaises. On apprenait ainsi, au début de l’année, que les délais de paiement que s’octroyaient certaines entreprises au détriment de leurs fournisseurs constituaient une raison fréquente de la faillite de ces derniers (pouvant expliquer jusqu’à un quart de ces faillites), à tel point qu’une médiation inter-entreprises avait été mise en place il y a cinq ans, et que cette dernière en a profité pour créer cette année un indicateur des retards de paiement.

Outre les cas dramatiques où les entreprises, ne recevant pas leurs dus à temps, finissent par calancher, le problème des délais de paiement est assez aigu dans le pays qui se classe maintenant comme championne en Europe (pour une fois) dans cette douloureuse catégorie. Au total, ce sont 10 à 13 milliards d’euros qui manquent aux trésoreries des entreprises pour réduire ces retards et les ramener aux délais légaux (45 à 60 jours selon les cas).

Devant ce constat, on n’avait pas non plus été très surpris de voir les efforts plus ou moins soutenus de Bercy (et plus exactement la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la célèbre DGCCRF) pour combattre ces délais de paiement, en multipliant joyeusement les contrôles : eh oui, mes petits amis, il faut bien comprendre que si l’une ou l’autre entreprise a des problèmes de trésorerie et qu’elle ploie déjà sous une imposante paperasserie et des douzaines de cerfas rigolos et colorés à remplir pour bien rentrer dans les clous d’une législation foisonnante, alors la solution trouvée par notre équipe ministérielle consiste à leur tomber dessus en rajoutant dans le mix l’un ou l’autre inspecteur, une bonne louchée de contrôle et, à la fin, une solide amende. Parce que rien ne sent plus l’aide aux entreprises qu’une bonne grosse amende des familles.

En mars, c’était donc décidé, Bercy allait lancer une offensive sérieuse et courageuse contre les méchants délais. Encore une fois, du chaton libéral fut consciencieusement pilé pour favoriser les forces spirituelles et les coups de pieds occultes, et, plus pragmatiquement, Bercy lança une batterie de mesures accompagnées d’un décret sur « la transparence des délais de paiement » dont la sortie, attendue, était prévue au courant de l’été, et qui demandera aux entreprises, outre le fait de passer aux factures électroniques, d’inclure dans leur rapport de gestion des données relatives aux délais de paiement.

Bien évidemment, nous sommes en France et le décret a donc pris un peu de retard, mais ne devrait plus guère tarder. Au point que Le Figaro évoque le lancement d’une vague de contrôles ciblés, alors que la seconde édition de l’indicateur vient de paraître … et qu’il n’est pas bon du tout : selon les chiffres, les délais de paiement sont au plus haut depuis dix ans.

Zut et flûte, si reprise il y a (dixit Lagarde), si la tendance est là (dixit Sapin), si on sent bien que ça frémit (dixit Macron), côté paiements, … ça ne rentre pas. Les particuliers, par exemple, continuent de demander des délais à Bercy, et si c’est vrai pour les particuliers, ça l’est encore plus pour les entreprises.

Or, dans ces entreprises, comment ne pas se rappeler que l’une des plus grosses, c’est l’administration de l’État ou des collectivités territoriales. Dans un article du Monde consacré à la question, on ne peut s’empêcher de noter la citation d’un fournisseur, confronté à la mauvaise grâce avec laquelle une mairie s’acquitte de son dû :

« Nous avons un marché avec une ville de l’Est. Fin avril, ma facture datée du 21 janvier n’avait toujours pas été payée. (…) l’architecte avait transmis ma facture avec un retard de 45 jours. S’y est ajouté celui de la ville. Nous dépendons des cabinets d’architecture ainsi que des services comptables des collectivités qui inventent constamment de nouvelles règles… »

Roooh. L’État, si mauvais payeur ? Les collectivités territoriales, âpres au paiement ? Les organismes sociaux, débordés et complètement à la ramasse dès qu’il s’agit de payer, au point que certains jeunes retraités ne touchent rien pendant des mois ? Allons. Tout le monde sait que c’est une grosse exagération. Et tout le monde sait (à commencer par le gouvernement) qu’avec quelques bonnes petites amendes, tout va bien vite rentrer dans l’ordre.

Non ?

Bref, on peut tortiller les choses comme on veut, mais il apparaît bien deux choses distinctes qui vont dans le même sens.

La première, c’est que les délais de paiement des entreprises et des particuliers continuent de s’agrandir. Ceci n’a jamais été un signe de bonne santé économique ; bien sûr, on peut mettre cet allongement en partie sur le dos de la superbe simplification administrative qui a frappé la France de plein fouet depuis que le gouvernement s’est emparé de cette tâche, mais on ne peut pas évacuer que la plupart des contribuables et des entreprises sont honnêtes (en dépit des incitations toujours plus nombreuses à prendre le maquis), et que s’ils sont de plus en plus nombreux à demander des délais les uns aux autres et, ultimement, à Bercy, c’est peut-être que leurs affaires ne vont pas trop bien. La reprise semble un peu illusoire…

La seconde, c’est que les délais de paiement augmentent pour tout le monde, et donc par voie de conséquence, pour Bercy lui-même, et que cette situation permet d’illustrer exactement ce que « monopole de la force » veut dire. Parce qu’une chose est limpide : quelles que soient vos capacités, là où une négociation est toujours possible avec vos créanciers, il n’en ira jamais de même avec Bercy qui pourra toujours utiliser l’argument ultime, celui de la force, pour vous extorquer ce qu’il jugera être son dû.

Et s’il le faut, il fera modifier la loi pour ça.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 12:59

Les opérations militaires d’encerclement des tâches complexes continuent ; la simplification administrative n’a pas fini de s’étendre partout sur le territoire français et à la fin de ce mois-ci, une intervention de grande envergure va débouler avec ses tanks, ses avions de chasse, ses troupes au sol et son carpet bombing du citoyen trop complexe : les établissements qui reçoivent du public (EPR) ont en effet jusqu’au 27 septembre pour envoyer leur dossier de mise en conformité pour les personnes handicapées. Ça ne rigole plus. Du tout.

Il faut en finir avec les refuges d’alpinistes inadaptés aux paraplégiques. La France doit mettre un point d’arrêt aux parcs de jeux et d’acro-branche incapables d’accueillir correctement les personnes à mobilité réduite ou en fauteuil roulant. Mieux encore, tous les commerces et les show-rooms, toutes les surfaces petites ou grandes doivent maintenant tenir compte de cette évidence : le monde n’étant pas totalement bisou, certains supportent des handicaps qui imposent que tous, oui, tous, y compris vous, là-bas, et votre établissement dédié à des motards, s’adaptent aux aveugles, aux para- et tétraplégiques, aux sourds et malentendants, aux manchots .

Et comme de surcroît, la Simplification Administrative est en marche et ne laissera s’échapper personne, l’évidente solution passera par un formulaire administratif, laïc, républicain, citoyen et surtout très très festif.

Ce formulaire, vous pourrez en prendre connaissance sur le site du Ministère du Développement Durable, parce que les adaptations diverses et variées promettent un bon développement, durable même, des factures à payer. N’oubliez pas : si la lecture de ce formulaire est trop pénible parce qu’il contient des douzaines de termes abscons, qu’il demande une grosse quinzaine de pièces justificatives en un nombre de copies variables, ne vous inquiétez pas. La Simplification Administrative a tout prévu et écrasera d’une botte ferrée toutes les râleries improductives de ceux qui trouvent ça encore trop complexe en proposant gentiment un explicatif détaillé, ainsi bien sûr qu’un mode d’emploi au même format que le formulaire en question.

Le nom de ce formulaire ? C’est le CERFA 13824*03™®, *03 parce que c’est déjà la troisième version (eh oui, certains ne chôment pas au MiniDevDur, et n’hésitent pas à introduire une obsolescence programmée et rapide dans le CERFA 13824*01 et le CERFA 13824*02.

À quoi sert-il ?

Tout simplement, à déclarer la mise en conformité de votre Établissement Recevant du Public (ERP) avec la norme d’accessibilité pour les handicapés décidée en 2005 lors d’une consultation minimale des parties prenantes, et qui devait être universelle 10 ans plus tard, pour janvier 2015. Compte-tenu des difficultés des uns et des autres à s’adapter, un petit aménagement du calendrier a été toléré, d’une part en repoussant la mise en conformité effective au premier janvier 2016, et d’autre part pour admettre que, d’ici au 27 septembre de cette année, seul un calendrier des travaux soit fourni.

Pour faire simple, le législateur a classé les établissement en cinq catégories, en fonction du nombre de personnes accueillies, les plus nombreux étant évidemment les plus petits. La catégorie 5, ceux qui accueillent moins de 100 personnes à un instant T, et qui recouvre donc l’écrasante majorité des commerces et services de proximité et des professions libérales, ceux-là même que le gouvernement ment vouloir protéger tous les jours un peu plus.

À ces cinq catégories correspondent bien évidemment cinq cerfas qui … ah non en fait, un seul et unique cerfa sera utilisé indifféremment pour tout ce beau monde. La Simplification, ça n’épargne aucun chaton : le législateur est un malin et a finement posé comme principe, par le truchement de cet unique cerfa, qu’un CHU accueillant plusieurs milliers de personnes et une profession libérale accueillant dix personnes tout au plus ont les mêmes conditions de travail et les mêmes exigences en termes d’accessibilité aux handicapés.

Nous sommes en France, et comme de juste, les choses n’ont commencé à bouger qu’après plus de neuf années pendant lesquelles personne n’a pris le temps de bien mesurer l’impact de cette mise en conformité. Et puis, 2005, c’est déjà un passé depuis longtemps révolu. Du point de vue des députés, c’est un peu comme les années disco : une jeunesse frivole, déjà lointaine, et pleine de vigueur un peu fofolle qui excusait sans doute ces petits débordements législatifs. Pas de quoi fouetter un chaton. Peu importe donc si tant et tant d’établissements publics restent difficilement accessibles.

Mais bon, tout de même, il y a un souci : cette catégorie 5, là, truc machin, c’est donc celle où les établissements concernés sont les plus nombreux, certes, mais aussi et surtout où ils sont les moins aptes à simplement comprendre et fournir la liste interminable de pièces à joindre au dossier. En effet, même si les chiffres varient selon les sources, on parle de 80% des ERP en catégorie 5 et de 450000 à 800000 établissements. (Notez la précision diabolique du chiffre, quasiment du simple au double, qui en dit long sur la capacité du législateur à correctement tailler l’effort demandé.)

Ah et puis tant qu’on est dans les petits soucis de dernier moment, il se trouve également que les professions libérales sont souvent installées dans des locaux destinés à l’habitation et mutés en locaux professionnels, locaux faisant partie de copropriétés dans lesquelles les copropriétaires n’ont pas forcément (voire pas du tout) envie de voir des rampes d’accès et autres balises vocales ou visuelles décorer les parties communes. Quant à repousser l’un ou l’autre mur porteur pour accommoder des portes plus larges, … cela peut entraîner des négociations délicates. Or, lorsqu’on les multiplie par plusieurs centaines de milliers, on le fait au détriment de la productivité générale, des affaires et par voie de conséquence, de bonnes rentrées fiscales…

Lentement mais sûrement, et toujours dans le cadre d’unesimplification administrative qui passe maintenant en mode thermonucléaire, puisque la mise en conformité de tout ce bazar risque de coûter cher et prendre plus de temps que prévu, se profile doucement le temps des dérogations (pour des raisons techniques, de coût, ABB, de rupture d’accessibilité) et des délais avec engagement de réalisation (le fameux Ad’ap, cache-sexe élimé d’une loi vraiment trop mal conçue).

Plus amusant encore, arrive aussi le temps des petits malins qui voient un joli business poindre. Eh oui, puisqu’une loi est votée, puisque l’obligation de mise en conformité existe, pourquoi ne pas avoir droit à un beau (pseudo-)diagnostic pour une modeste somme (en moyenne 500 euros HT) assorti d’un dossier type permettant de faire bonne figure ? Après tout, ce n’est pas cher, ce n’est pas l’État qui paye.

Arrive enfin le temps du renoncement : en juin 2015, seuls 2200 dossiers étaient déposés sur les 450.000 potentiels (selon la fourchette basse). Les trois prochains mois qui viennent promettent de grands moments de simplification administrative pour les 447.800 dossiers restants (fourchette basse, toujours), mois bien remplis, peut-être plus même que le Cerfa 13.824*03 du MiniDevDur. Voilà de quoi occuper quelques fonctionnaires.

Mais au fait, qui va vérifier tout cela ? Quel vibrant Gérard Filoche de l’Accessibilité et de la Mise Aux Normes Handicapés se jettera dans la tâche immense de vérifier que tous ces cancrelats de patrons exploiteurs, de professions libérales spoliatrices et d’artisans aux magouilles comptables permanentes seront bien en règle ?

Où trouvera-t-on les cohortes de fiers inspecteurs de la milice citoyenne à l’accessibilité ? Combien d’emplois publics tout ceci va-t-il nécessiter ?

Et puis, au fait, la simplification, le changement, le redressement productif, les handicapés, dans tout cela, que deviennent-ils ???

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