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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 20:07

Les Français rejettent les politiciens professionnels, mais les élisent encore et toujours, refusant de donner une chance aux profils atypiques. Comment expliquer ce paradoxe français ? C'est ce que tente d'expliciter cet article  

 

Les Français rejettent les technocrates, appellent au renouvellement de la classe politique, exigent de vraies réformes, dénoncent les privilèges des élus, les collusions d’intérêts et attendent une transparence absolue. Pourtant, leurs favoris pour 2017 sont, à droite, Alain Juppé, un énarque septuagénaire et, à gauche, Emmanuel Macron, un énarque banquier.

L’esprit de contradiction des Français

Le politologue Alain Duhamel y voit l’expression d’un attachement des Français à la monarchie. Ils « souhaitent un président patriarche, paternel, en apparence au-dessus des partis, incarnant l’unité. Autrement dit, ils rêvent (…) d’un monarque constitutionnel » explique-t-il au magazine Pèlerin.

Effectivement, l’image de président normal revendiquée par François Hollande, en opposition à celle du monarque républicain, s’est très rapidement usée dans l’opinion. Si, durant la campagne, certains, comme le sociologue de l’image Gianni Hanver, estimaient que « se positionner comme étant un président normal est très efficace » ; dès mai 2012, le communiquant Olivier Cimelière relevait la montée en puissance du Hollande Bashing, estimant que « la normalité tant affichée est maintenant prétexte à un feu nourri de critiques ».

« D’accord pour réformer, mais sans moi ! »

Autre contradiction, sur le fond cette fois : les Français plébiscitent les grandes réformes… tant qu’elles ne les touchent pas. Un exemple : la réforme du système de santé. Alors que 8 Français sur 10 considèrent sa refonte nécessaire… seulement 3 sur 10 sont disposés à payer plus cher les consultations médicales.

La Loi El Khomri illustre aussi cette contradiction. Fin janvier, 63% des Français demandaient « un contrat de travail plus souple ». Un mois plus tard, ils étaient 70% à voir dans le projet de loi « une menace pour les droits des salariés ». Mi-mars, seuls 18% soutenaient la réforme. Comment est-on passé du consensus à l’hostilité en quelques semaines ? « Les peurs l’ont emporté dans l’opinion »reconnaissait Bernard Sananès, président d’Elabe. Peur de quoi ? Du changement. N’était-ce pas pourtant le slogan de François Hollande ?

Je te hais, moi non plus

Le principal paradoxe Français reste de rejeter massivement les Partis de gouvernement… tout en continuant à voter pour eux et à disqualifier les candidats alternatifs.

Ainsi, dans un sondage de février 2016, 78% se disaient prêts « à voter pour un candidat ni issu ni soutenu par un parti ». Pourtant, il ne sont pas plus de 20% à accorder leur voix à Emmanuel Macron, seul candidat hors des partis traditionnels, attribuant 55% des voix au couple Juppé/Le Pen.

Le système politique en cause

Alors que le mode de scrutin à deux tours devrait permettre aux électeurs de choisir au premier et éliminer au second, la concordance des élections présidentielle et législatives, depuis la réforme du quinquennat de 2000, favorise le vote utile dès le premier tour. Autrement dit, les électeurs éliminent d’office les candidats ne pouvant pas réunir un grand nombre de députés derrière eux, au motif qu’ils n’auront pas de majorité pour gouverner.

Ainsi, l’éditorialiste Jacques Julliard explique-t-il les échecs successifs du Centre à la présidentielle par le sentiment qu’on peut être assuré qu’il n’aura pas de majorité au Parlement.

L’électeur préfèrerait donc voter pour le candidat d’un Parti d’envergure nationale, sans quoi il « aurait l’impression d’avoir une voix qui ne compte pas », comme l’explique Vincent Schnebel, fondateur du blog « les chevaliers des grands arrêts ».

Or, ce calcul renforce la bipolarisation du paysage politique français et l’idée selon laquelle nous n’élirions que des Présidents par défaut.

Même l’ascension de Marine Le Pen ne semble pas remettre cette thèse en question. En effet, selon le chroniqueur Mathieu Géniole, les électeurs savent que, même si « Marine Le Pen devait accéder à la fonction suprême, elle ne pourrait rien faire : la Constitution ne lui donne quasiment aucun pouvoir sans le Parlement ». Or, avec le mode de scrutin actuel, « seuls les grands partis accèdent à l’Assemblée » et « les députés FN se compteront sur les doigts d’une main ».

Un scénario dont la candidate serait elle-même consciente. Ainsi, un cadre du Front National confiait au Nouvel Obs qu’aux yeux de Marine Le Pen, « le vrai rendez-vous, c’est 2022. Avant, le FN ne sera pas prêt, et les conditions de sa victoire ne seront pas réunies : la décomposition de la droite après celle de la gauche ».

Le régime de la Ve République serait donc responsable de ce paradoxe politique.

Sortir du cul-de-sac politique

Nombre de constitutionnalistes prônent une refonte du système : l’abandon du régime présidentiel en faveur d’un régime parlementaire dit Primo-ministériel : « un Premier ministre en vrai patron du gouvernement et un président de la République plus effacé », résume l’universitaire Bastien François« Un premier ministre qui gouverne grâce au soutien de l’Assemblée et un président qui incarne la continuité de la France »précise le constitutionnaliste Dominique Rousseau.

Ils s’accordent aussi sur l’injection d’une dose de proportionnelle au mode de scrutin législatif. Ils rejettent cependant la proposition socialiste de 10% de députés élus à la proportionnelle. « 10%, c’est juste assez pour fausser la représentation des habitants regroupés par territoire, et c’est juste assez peu pour n’avoir aucune chance d’aboutir » juge le politologue Thomas Guénolé. Le modèle allemand, contenant 50% de proportionnelle, serait donc à privilégier.

Renouveler la vie politique française nécessiterait donc le passage à une 6ème République… dont aucun Parti de gouvernement ne semble pourtant vouloir. Une belle aporie. Le paradoxe serait-il donc définitivement insoluble ?


 

 

 

 

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 13:04

Quand on assiste au Naufrage démocratique : Hollande et la droite responsables

Pendant que les citoyens ordinaires rament pour survivre, les politiciens sont obnubilés par le poste qu’ils occuperont un peu plus tard.

C’est le naufrage démocratique dans toute son horreur, et peut-être même jusqu’à plus soif, jusqu’à convaincre les Français que l’obsession du pouvoir chez les uns et chez les autres, qui s’exprime à l’occasion des procédures électorales, est contraire à l’intérêt général.

Le naufrage démocratique avec Hollande

Dans ce domaine, François Hollande fait très fort, avec la sortie d’un énième livre de confidences à des journalistes qui constitue une nouvelle torpille contre la coque du bateau républicain. Hollande voudrait donner le sentiment que son désastreux bilan est d’abord dû à un manque d’intérêt pour les problèmes du pays, et à une forme de paresse, il ne s’y serait pas pris autrement.

Mais, à force de parler à tous les journalistes de France, à longueur de journée, pour raconter la brillante place qu’il occupe dans l’Histoire, où Hollande trouve-t-il le temps de travailler ? Encore un, en tout cas, qui croit qu’il pourra donner du sens à sa politique (si tant est qu’elle en ait) en papotant à tout va.

Reste que, pour le citoyen ordinaire, ce spectacle désolant est une sorte de plaidoyer pour l’arrivée au pouvoir d’une personnalité forte qui ne sera pas obsédée par sa réélection (puisque le livre de confidences aux journalistes du Monde vise bien à préparer celle-ci), et qui agira en se plongeant dans les dossiers, au lieu de recevoir le gotha médiatique parisien à longueur de journées.

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Le naufrage démocratique avec les Républicains

Face à ces forfanteries, le débat chez les Républicains prend une mauvaise tournure. Les candidats ont-ils des projets différents ? Se dessine aujourd’hui une tendance « molle » autour de A Juppé qui refera du Chirac, et une tendance « dure » autour de Sarkozy dont on ne sait s’il fera mieux. Au total, les Républicains donnent le sentiment de rejeter la ligne identitaire de Sarkozy, et de se balancer des horreurs quotidiennes à la figure.

Pour les Français, le spectacle n’est pas forcément plus réjouissant que les rodomontades hollandiennes. L’étripaillage qui a eu (plus ou moins) lieu hier  soir nourrira une fois de plus l’idée que les élus s’intéressent plus au pouvoir qu’au pays. Qui plus est, les Républicains cachent mal leur conviction que le vainqueur de la primaire sera automatiquement président de la République. À moyen terme, cette suffisance se révélera désastreuse pour l’opinion, car elle va accroître le sentiment que la voix du peuple est marginalisée par l’appareil des partis politiques.

Les soutiens que A Juppé engrange font ici mauvais genre : tout se passe comme si les notables allaient décider de la primaire des Républicains à la place des électeurs, et qu’en bout de course ce jeu de parrainage allait remplacer le vote de mai 2017.

Les présidentielles bloquent désormais l’action publique pendant plus d’un an

Petit à petit, la mécanique des primaires dévoile son effet pervers : elle accroît la longueur de la campagne électorale jusqu’à la faire durer plus d’un an. Les premiers candidats se sont déclarés… au mois de mars 2016, pour une campagne qui se finira en juin 2017, avec les législatives.

Cette dérive ne manquera pas, là encore, d’agacer et d’inquiéter les électeurs au chômage, en difficulté, ou plongés dans l’inquiétude. Pendant que les citoyens ordinaires rament pour survivre, les politiciens sont obnubilés par le poste qu’ils occuperont un peu plus tard.

Et que ressort-il au juste de cette interminable confrontation ? On cherche désespérément le projet que tous ces candidats partagent effectivement avec le peuple français.

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 08:57

Chères Amies, Chers Amis Radicaux,


En mars dernier, j’avais tenu à vous informer de notre position, partagée par l’UDI, relative à la primaire de la droite et du centre organisée par Les Républicains.

Aujourd’hui, notre Comité exécutif a rappelé ce choix de liberté : liberté de choisir son candidat à l’élection présidentielle lors d’un congrès souverain début 2017 et liberté des adhérents de voter lors de cette primaire.

Cette liberté essentielle, comme notre indépendance politique ne sauraient empêcher notre Parti de s’exprimer lors de cette primaire et de prendre ses responsabilités dans un contexte sans précédent.

Plusieurs d’entre vous ont participé dans vos fédérations départementales respectives à des débats sur le positionnement de notre famille politique dans le cadre de cette primaire : vos avis ont été pris en compte.

Pour les Radicaux, la France est confrontée à une crise inédite depuis 1958 : crise économique, sociale, sécuritaire, morale et civique. Et depuis les attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray en juillet dernier, force est de constater que le débat public et la cohésion du pays se dégradent vite.

Lors des scrutins décisifs de l’an prochain, notre pays court trois risques majeurs : la reconduction de François HOLLANDE, la montée du populisme, et le déclin économique et politique. Aussi, seule une alternance franche, claire et sereine est à même de dessiner un avenir à notre pays. Face à la montée des extrêmes, nous avons le devoir de faire un choix affirmé dans le cadre des primaires de la droite.

C’est pourquoi, le Comité exécutif a décidé à une très large majorité que le Parti Radical appelle les Français à se mobiliser pour voter en faveur d’Alain JUPPÉ lors de la primaire des 20 et 27 novembre prochains.

Parce qu’il veut et peut rassembler, Alain JUPPÉ est le seul candidat qui assure l’alternance et la rupture avec François HOLLANDE. Le Parti Radical s’engagera pour que l’alternance s’accompagne de la recomposition et de la rénovation politiques nécessaires au pays.

Parce qu’il refuse la surenchère populiste, il est en mesure de battre les extrémismes de droite comme de gauche.

Parce qu’il veut rassembler les Français, leur dire la vérité même difficile, et prendre seulement les engagements soutenables, il peut conduire la transformation profonde dont notre pays a besoin en défendant les valeurs et nombre des propositions des Radicaux : pendant plusieurs mois, sous le pilotage de Bertrand PANCHER, les Radicaux ont en effet travaillé à l’élaboration de notre Manifeste pour 2017, que nous avons le plaisir de vous communiquer sur ce lien. Et nous continuerons à porter nos idées dans le débat présidentiel !

Pour toutes ces raisons, nous vous invitons à adhérer à cette démarche de soutien à Alain JUPPE (si vous la partagez, vous pouvez remplir ce formulaire et nous le retourner à radical@partiradical.net / Parti Radical, 1 Place de Valois, 75001 PARIS), et à convaincre les Français à aller voter les 20 et 27 novembre prochains en faisant le choix du rassemblement !

Je compte sur votre soutien et votre mobilisation !

Amitiés radicales,

Laurent HÉNART
Président du Parti Radica
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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 15:01

Le Code du travail encadre déjà de manière satisfaisante le fait religieux en entreprise. En appeler à la laïcité en entreprise est une aberration.

À l’occasion d’une interview au Figaro Magazine en date du 27 août 2016, Nicolas Sarkozy a proposé d’étendre l’interdiction du voile musulman jusque dans les entreprises privées. Cette énième déclaration illustre la tentation tenace de bannir le fait religieux de l’entreprise et la crispation entourant cette question. Serpent de mer des crispations identitaires, comme ont pu l’illustrer certains débats consécutifs à la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue et à la sécurisation des parcours professionnels, familièrement appelée loi El Khomri.

En effet, certains ont pu s’émouvoir de lire dans le rapport Badinter, puis dans le projet de "loi travail" que le salarié était libre de manifester ses convictions en entreprise, y compris religieuses, y voyant là un danger pour la laïcité et le bon fonctionnement des entreprises.

Un problème de définition : liberté religieuse et laïcité en entreprise.

La première chose à faire, quand on souhaite aboutir à une meilleure compréhension d’un problème, est de commencer à se mettre d’accord sur le sens des mots utilisés.

La liberté religieuse ne se borne pas à la seule liberté de croire ou de ne pas croire. Elle implique nécessairement une certaine extériorisation des convictions, qu’il s’agisse de l’exercice d’un culte ou de l’expression individuelle de ses convictions. Si un lecteur s’émeut de ce qu’il vient de lire, qu’il pense donc à la liberté politique : elle ne se borne pas à la simple liberté de penser mais implique la possibilité d’exprimer ses opinions politiques, y compris en public, de se réunir avec des personnes partageant les mêmes convictions politiques et éventuellement d’afficher des signes de ralliement politique, qu’il s’agisse de drapeaux, de pin’s, de symboles…

La laïcité est une caractéristique des institutions politiques sécularisées. Les institutions politiques laïques sont indépendantes des institutions religieuses et neutres vis-à-vis du fait religieux en lui-même (ce qui permet de distinguer la laïcité de l’athéisme). Principe d’indifférence de l’État, la laïcité est également la garantie que l’État assure la liberté de culte1. La laïcité a donc un champ d’application limité : elle concerne l’État et, plus généralement, toute personne chargée d’une mission de service public.

Définition du problème : que doit faire l’employeur pour restreindre le fait religieux en entreprise ?

L’employeur n’est en rien démuni face au fait religieux. En effet, outre le principe de non-discrimination, le droit du travail français précise déjà très clairement la place des libertés des salariés dans l’entreprise : l’employeur ne saurait apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. Les libertés individuelles en cause englobent naturellement la liberté religieuse .

Loin d’être contraignantes, ces règles permettent à l’employeur de restreindre la liberté religieuse à chaque fois que la chose est objectivement justifiée. Ainsi, l’employeur peut tout à fait sanctionner un salarié :

  • refusant d’exécuter sa prestation de travail pour des raisons religieuses (par exemple, un boucher refusant de toucher de la viande de porc4, mais ce serait vrai également d’une personne quittant son poste ou arrêtant les machines afin de partir prier) ;
  • refusant de respecter les règles de sécurité et d’hygiène au travail (par exemple un machiniste refusant de raser sa barbe alors qu’il travaille sur des machines dangereuses, ou un salarié refusant le suivi médical obligatoire au motif que le médecin est du sexe opposé) ;
  • tentant d’imposer ses convictions à autrui, par exemple un formateur qui profite de sa position pour tracter pour les Témoins de Jéhovah, la Manif pour Tous, la mosquée du quartier ou pour son candidat politique favori.

Sur ce dernier point, il faut relever que seul le prosélytisme peut être sanctionné. Ainsi, doit être annulé le règlement intérieur qui interdisait, de manière générale et absolue, « les discussions politiques ou religieuses, et d’une manière générale, toute conversation étrangère au service » : une telle mesure n’est pas proportionnée au but recherché et revient à la négation pure et simple des libertés religieuses, politiques et d’expression.

Certes, tout ceci est bien beau, penseront certains in petto, mais quid du principe de laïcité ? Ce principe ne s’applique pas aux entreprises privées : la Cour de cassation a dû le rappeler dans son communiqué relatif à l'arrêt baby loup .

Le seul problème des entreprises est donc de réussir à identifier les éléments objectifs leur permettant de limiter à juste titre la liberté de leurs collaborateurs. Une tâche parfois difficile, mais pas insurmontable, qui ne justifie pas une quelconque intervention législative.

La laïcité, un vœu pieux pour 2017

De nombreuses questions auraient pu être abordées, de la guerre des crèches au restaurant d’entreprise, elles ne le seront pas. Les débats autour de ce sujet sont infinis et nous aurons l'occasion d'y revenir .

À ce stade, il ne reste donc plus qu’à exprimer qu’une chose : le souhait que chacun saura distinguer ce qui relève de l’expression, peut-être jugée déplaisante, de convictions religieuses et ce qui relève du prosélytisme abusif. La préservation d’un équilibre entre liberté religieuse et bon fonctionnement de l’entreprise est à ce prix.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 11:44

Le point de vue de la pluralité rappelle à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours libres d’apporter à nos institutions des changements.

Étudier la pluralité, et singulièrement son histoire, c’est d’abord apporter une contribution notable à notre connaissance de la laïcité. C’est en effet mettre en évidence la place de la pluralité et le rôle que celle-ci a joué dans la genèse même de l’idée laïque, première étape dans ce qui a été l'invention même de la laïcité Étudier la pluralité, c’est aussi montrer que, dans le contexte français, la laïcité a su assurer les meilleures conditions à une diversité des formes religieuses prise dans toute son étendue. Car la loi de 1905 fut aussi le moment de la libération des multiples expressions au sein des grandes traditions religieuses, la voie véritablement ouverte – pour la première fois en France – à ce que j’appellerai la pluralité interne.

Ce qui doit également nous rappeler combien une considération véritablement laïque des religions ne les tient pas pour des blocs homogènes, mais prend en compte la diversité des courants qui les parcourent, qui les déchirent même parfois. Sans oublier jamais que faire droit à la pluralité revient à assurer la garantie des droits égaux de celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune appartenance religieuse.

Le principe et le nombre

Le point de vue de la pluralité rappelle aussi à la laïcité la nécessité de toujours considérer le tableau d’ensemble. Nous ne sommes pas otages de notre histoire, mais toujours parfaitement libres d’apporter à nos institutions les changements que nous souhaitons. Mais ceci en tenant compte de l’ensemble des besoins et des effets attendus. Ce qui suppose de maintenir toute notre attention aux groupes les plus petits, ou les plus discrets. Se pose ici la grande question de l’équilibre, sur lequel il ne faut rien céder, entre principe et nombre (à ce sujet signalons la parution prochaine d’un Atlas des minorités religieuses, réalisé dans le cadre du programme Minorel)

C’est dire aussi résister à la tentation de la focalisation sur certains groupes confessionnels en particulier, et en tout premier lieu à celle qui a trop souvent cours en ce moment, concernant deux groupes entre tous : les musulmans et les catholiques.

Ce qui, dans la sphère de la recherche, implique notamment de maintenir notre effort concernant la Réforme, dont le rôle a été si décisif dans l’histoire de la modernité occidentale, mais dont on peut douter qu’elle ait trouvé toute la place qui doit lui revenir dans le paysage actuel de la recherche française.

Minorités et majorité

Ériger la pluralité religieuse en objet d’histoire au sens plein du terme, c’est encore ne pas considérer les groupes religieux dans l’histoire comme des isolats. Ces groupes sont partie prenante de contextes au sein desquels ils nouent et tissent des relations multiples. Ils participent à modeler ces contextes : on sait l’importance de la diversité religieuse dans la fondation de la République américaine. Ils y évoluent aussi et se modifient eux-mêmes en développant de multiples stratégies d’adaptation.

Ainsi, dans le cas français, le rapport entre minorités et majorité, mais aussi l’évolution d’une majorité qui, tout en restant largement majoritaire, perd sa position de religion exclusive. Un changement tout à fait radical dont on n’a peut-être pas encore mesuré tous les effets. Tout ceci alors que l’on ne saurait nier la nécessité absolue de la comparaison avec d’autres contextes, particulièrement à l’échelle nationale, pour réaliser aussi pourquoi nous avons parfois tant de mal à nous comprendre sur ces sujets entre proches voisins, d’un pays à l’autre, et particulièrement d’un bord de l’Atlantique à l’autre, entre Français et Américains

Le poids des héritages du passé

Une telle histoire de la pluralité en matière de religion est aussi une histoire des cultures et des mentalités. Ainsi, et pour ne prendre qu’un seul exemple, mais qui occupe tant les esprits et les débats, celui de la perception du port du foulard islamique, si différente notamment entre la France et les pays anglo-saxons. Mais n’est-ce pas parce qu’en France, la vie de la diversité s’est construite, n’a été rendue possible, que par ce que j’appellerai la « neutralisation » d’un espace commun qui avait d’abord été si massivement et exclusivement investi par le catholicisme ?

Il y a là, nous semble-t-il, un héritage historique qui agit sans même que nous en ayons conscience et qui rend les Français particulièrement sensibles et réticents à tout signe à forte visibilité. Un héritage dont il importe grandement de le faire comprendre aussi aux porteurs de ces signes, et aujourd’hui à celles qui portent le foulard.

À cette histoire de la pluralité, la pluridisciplinarité est absolument nécessaire, le travail conjoint avec – entre autres disciplines – le droit, la science politique, la philosophie. Entre elles, le dialogue est indispensable, mais on ne saurait prétendre qu’il soit simple et toujours facile.

La laïcité est certes d’abord du domaine du droit, un droit qu’il faut faire connaître aux citoyens, dont il faut leur apporter une connaissance débarrassée des entreprises de gauchissement et d’emprise qui sont si fortes aujourd’hui. Mais en rappelant aussi que le droit lui-même n’est pas une essence intemporelle, qu’il est le produit d’une histoire et d’une sociologie. Et que, comme le montre l’exemple précédemment cité, dans la vie du corps social le droit n’est pas tout et ne peut être seul considéré.

Un déficit de pluralisme

Enfin, cette prise au sérieux de la pluralité a aussi pour vertu de faire apparaître un certain déficit de pluralisme, au sens d’une manière de voir plurielle, dans notre culture commune, et le poids des héritages du passé dans la façon dont nous appréhendons ces questions, dans nos catégories ainsi que dans les usages institutionnels.

On peut y repérer l’empreinte, bien sûr, de la culture catholique, mais aussi celle d’un long XIXesiècle, qui – des fondations napoléoniennes à la loi de 1905 – a été celui de la naturalisation du pluralisme en France avec le système dit « des cultes reconnus » (et non pas seulement, comme on le dit encore si souvent, « le système concordataire ») ; un pluralisme réel, effectif mais limité, et surtout, entièrement soumis à la main de fer de l'état.

C’est, nous semble-t-il, en attirant l’attention sur des domaines à faible visibilité ou peu pris en compte, en interrogeant les catégories en usage, en remettant les questions en contexte que la recherche peut aussi exercer ses responsabilités à l’égard de la cité sur un sujet en ce moment si sensible et suscitant tant de préoccupations.

Avec, aussi, le devoir de résister à la demande sociale, en gardant toujours présent à l’esprit le risque, en voulant répondre trop directement aux demandes politiques, médiatiques et sociétales, de perdre de la nécessaire indépendance qui fonde la pertinence de toute recherche.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:06

Le Code du travail encadre déjà de manière satisfaisante le fait religieux en entreprise. En appeler à la laïcité en entreprise est une aberration.

À l’occasion d’une interview au Figaro Magazine en date du 27 août 2016, Nicolas Sarkozy a proposé d’étendre l’interdiction du voile musulman jusque dans les entreprises privées. Cette énième déclaration illustre la tentation tenace de bannir le fait religieux de l’entreprise et la crispation entourant cette question. Serpent de mer des crispations identitaires, comme ont pu l’illustrer certains débats consécutifs à la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue et à la sécurisation des parcours professionnels, familièrement appelée loi El Khomri.

En effet, certains ont pu s’émouvoir de lire dans le rapport Badinter, puis dans le projet de "loi travail" que le salarié était libre de manifester ses convictions en entreprise, y compris religieuses, y voyant là un danger pour la laïcité et le bon fonctionnement des entreprises.

Un problème de définition : liberté religieuse et laïcité en entreprise.

La première chose à faire, quand on souhaite aboutir à une meilleure compréhension d’un problème, est de commencer à se mettre d’accord sur le sens des mots utilisés.

La liberté religieuse ne se borne pas à la seule liberté de croire ou de ne pas croire. Elle implique nécessairement une certaine extériorisation des convictions, qu’il s’agisse de l’exercice d’un culte ou de l’expression individuelle de ses convictions. Si un lecteur s’émeut de ce qu’il vient de lire, qu’il pense donc à la liberté politique : elle ne se borne pas à la simple liberté de penser mais implique la possibilité d’exprimer ses opinions politiques, y compris en public, de se réunir avec des personnes partageant les mêmes convictions politiques et éventuellement d’afficher des signes de ralliement politique, qu’il s’agisse de drapeaux, de pin’s, de symboles…

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La laïcité est une caractéristique des institutions politiques sécularisées. Les institutions politiques laïques sont indépendantes des institutions religieuses et neutres vis-à-vis du fait religieux en lui-même (ce qui permet de distinguer la laïcité de l’athéisme). Principe d’indifférence de l’État, la laïcité est également la garantie que l’État assure la liberté de culte1. La laïcité a donc un champ d’application limité : elle concerne l’État et, plus généralement, toute personne chargée d’une mission de service public.

Définition du problème : que doit faire l’employeur pour restreindre le fait religieux en entreprise ?

L’employeur n’est en rien démuni face au fait religieux. En effet, outre le principe de non-discrimination2, le droit du travail français précise déjà très clairement la place des libertés des salariés dans l’entreprise : l’employeur ne saurait apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. Les libertés individuelles en cause englobent naturellement la liberté religieuse .

Loin d’être contraignantes, ces règles permettent à l’employeur de restreindre la liberté religieuse à chaque fois que la chose est objectivement justifiée. Ainsi, l’employeur peut tout à fait sanctionner un salarié :

  • refusant d’exécuter sa prestation de travail pour des raisons religieuses (par exemple, un boucher refusant de toucher de la viande de porc4, mais ce serait vrai également d’une personne quittant son poste ou arrêtant les machines afin de partir prier) ;
  • refusant de respecter les règles de sécurité et d’hygiène au travail (par exemple un machiniste refusant de raser sa barbe alors qu’il travaille sur des machines dangereuses, ou un salarié refusant le suivi médical obligatoire au motif que le médecin est du sexe opposé) ;
  • tentant d’imposer ses convictions à autrui, par exemple un formateur qui profite de sa position pour tracter pour les Témoins de Jéhovah, la Manif pour Tous, la mosquée du quartier ou pour son candidat politique favori.

Sur ce dernier point, il faut relever que seul le prosélytisme peut être sanctionné. Ainsi, doit être annulé le règlement intérieur qui interdisait, de manière générale et absolue, « les discussions politiques ou religieuses, et d’une manière générale, toute conversation étrangère au service » : une telle mesure n’est pas proportionnée au but recherché et revient à la négation pure et simple des libertés religieuses, politiques et d’expression.

Certes, tout ceci est bien beau, penseront certains in petto, mais quid du principe de laïcité ? Ce principe ne s’applique pas aux entreprises privées : la Cour de cassation a dû le rappeler dans son communiqué relatif à l'arrêt baby loup .

Le seul problème des entreprises est donc de réussir à identifier les éléments objectifs leur permettant de limiter à juste titre la liberté de leurs collaborateurs. Une tâche parfois difficile, mais pas insurmontable, qui ne justifie pas une quelconque intervention législative.

La laïcité, un vœu pieux pour 2017

De nombreuses questions auraient pu être abordées, de la guerre des crèches au restaurant d’entreprise, elles ne le seront pas. Les débats autour de ce sujet sont infinis et nous aurons l'occasion d'y revenir .

À ce stade, il ne reste donc plus qu’à exprimer qu’une chose : le souhait que chacun saura distinguer ce qui relève de l’expression, peut-être jugée déplaisante, de convictions religieuses et ce qui relève du prosélytisme abusif. La préservation d’un équilibre entre liberté religieuse et bon fonctionnement de l’entreprise est à ce prix.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:01

Quand la Laïcité devient le faux débat du fait religieux en entreprise.....

Le Code du travail encadre déjà de manière satisfaisante le fait religieux en entreprise. En appeler à la laïcité en entreprise est une aberration.

À l’occasion d’une interview au Figaro Magazine en date du 27 août 2016, Nicolas Sarkozy a proposé d’étendre l’interdiction du voile musulman jusque dans les entreprises privées. Cette énième déclaration illustre la tentation tenace de bannir le fait religieux de l’entreprise et la crispation entourant cette question. Serpent de mer des crispations identitaires, comme ont pu l’illustrer certains débats consécutifs à la loi relative au travail, à la modernisation du dialogue et à la sécurisation des parcours professionnels, familièrement appelée loi El Khomri.

En effet, certains ont pu s’émouvoir de lire dans le rapport Badinter, puis dans le projet de "loi travail" que le salarié était libre de manifester ses convictions en entreprise, y compris religieuses, y voyant là un danger pour la laïcité et le bon fonctionnement des entreprises.

Un problème de définition : liberté religieuse et laïcité en entreprise.

La première chose à faire, quand on souhaite aboutir à une meilleure compréhension d’un problème, est de commencer à se mettre d’accord sur le sens des mots utilisés.

La liberté religieuse ne se borne pas à la seule liberté de croire ou de ne pas croire. Elle implique nécessairement une certaine extériorisation des convictions, qu’il s’agisse de l’exercice d’un culte ou de l’expression individuelle de ses convictions. Si un lecteur s’émeut de ce qu’il vient de lire, qu’il pense donc à la liberté politique : elle ne se borne pas à la simple liberté de penser mais implique la possibilité d’exprimer ses opinions politiques, y compris en public, de se réunir avec des personnes partageant les mêmes convictions politiques et éventuellement d’afficher des signes de ralliement politique, qu’il s’agisse de drapeaux, de pin’s, de symboles…

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La laïcité est une caractéristique des institutions politiques sécularisées. Les institutions politiques laïques sont indépendantes des institutions religieuses et neutres vis-à-vis du fait religieux en lui-même (ce qui permet de distinguer la laïcité de l’athéisme). Principe d’indifférence de l’État, la laïcité est également la garantie que l’État assure la liberté de culte1. La laïcité a donc un champ d’application limité : elle concerne l’État et, plus généralement, toute personne chargée d’une mission de service public.

Définition du problème : que doit faire l’employeur pour restreindre le fait religieux en entreprise ?

L’employeur n’est en rien démuni face au fait religieux. En effet, outre le principe de non-discrimination2, le droit du travail français précise déjà très clairement la place des libertés des salariés dans l’entreprise : l’employeur ne saurait apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. Les libertés individuelles en cause englobent naturellement la liberté religieuse .

Loin d’être contraignantes, ces règles permettent à l’employeur de restreindre la liberté religieuse à chaque fois que la chose est objectivement justifiée. Ainsi, l’employeur peut tout à fait sanctionner un salarié :

  • refusant d’exécuter sa prestation de travail pour des raisons religieuses (par exemple, un boucher refusant de toucher de la viande de porc4, mais ce serait vrai également d’une personne quittant son poste ou arrêtant les machines afin de partir prier) ;
  • refusant de respecter les règles de sécurité et d’hygiène au travail (par exemple un machiniste refusant de raser sa barbe alors qu’il travaille sur des machines dangereuses, ou un salarié refusant le suivi médical obligatoire au motif que le médecin est du sexe opposé) ;
  • tentant d’imposer ses convictions à autrui, par exemple un formateur qui profite de sa position pour tracter pour les Témoins de Jéhovah, la Manif pour Tous, la mosquée du quartier ou pour son candidat politique favori.

Sur ce dernier point, il faut relever que seul le prosélytisme peut être sanctionné. Ainsi, doit être annulé le règlement intérieur qui interdisait, de manière générale et absolue, « les discussions politiques ou religieuses, et d’une manière générale, toute conversation étrangère au service » : une telle mesure n’est pas proportionnée au but recherché et revient à la négation pure et simple des libertés religieuses, politiques et d’expression.

Certes, tout ceci est bien beau, penseront certains in petto, mais quid du principe de laïcité ? Ce principe ne s’applique pas aux entreprises privées : la Cour de cassation a dû le rappeler dans son communiqué relatif à l'arrêt baby loup .

Le seul problème des entreprises est donc de réussir à identifier les éléments objectifs leur permettant de limiter à juste titre la liberté de leurs collaborateurs. Une tâche parfois difficile, mais pas insurmontable, qui ne justifie pas une quelconque intervention législative.

La laïcité, un vœu pieux pour 2017

De nombreuses questions auraient pu être abordées, de la guerre des crèches au restaurant d’entreprise, elles ne le seront pas. Les débats autour de ce sujet sont infinis et nous aurons l'occasion d'y revenir .

À ce stade, il ne reste donc plus qu’à exprimer qu’une chose : le souhait que chacun saura distinguer ce qui relève de l’expression, peut-être jugée déplaisante, de convictions religieuses et ce qui relève du prosélytisme abusif. La préservation d’un équilibre entre liberté religieuse et bon fonctionnement de l’entreprise est à ce prix.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 14:07

Quand !!! François Hollande est en campagne au pays des merveilles… et, bien plus….

Hier, salle Wagram, le discours de François Hollande est tombé à plat. Il parlait d’une France qui n’existe plus et qui se résume à un empilement de clichés dépassés depuis une dizaine d’années.

François Hollande a prononcé son premier discours de campagne hier jeudi 8 septembre depuis la salle Wagram, qui fut en son temps un lieu de bals mondains. Il faut avoir entendu François Hollande expliquer que la France était sur la voie du redressement économique pour comprendre la maldonne de ce discours : bien entendu, il ne s’agit pas (une fois de plus !) de parler de la France et de son destin réel, mais de prononcer quelques formules magiques supposées maintenir les Français dans un état de transe extatique…

Hollande et le redressement économique

Il paraît (selon François Hollande) que la France est sur la voie du redressement économique et qu’elle fait briller dans les yeux du monde entier de petites lueurs d’envie. Nous avons même eu droit à un délire impressionnant sur la notion d’identité, qui n’existerait pas vraiment, et sur l’amour universel que nous inspirerions, avec toutes nos grandes réussites mondiales, notamment notre démographie galopante qui nous permet de figurer parmi les puissances d’avenir et les vertus de la construction européenne.

On avait l’impression de dîner dans les beaux quartiers parisiens, et d’entendre les considérations mondaines les plus plates sur ce qui se passe au-delà du périphérique. Et une fois de plus les Français ont compris que François Hollande ne savait pas vraiment ce qui s’y passait.

Le mythe tenace du redressement économique

Bien évidemment que non ! il n’y a pas de redressement économique en France. Il suffit, là encore, de lire les résultats du baromètre Fiducial et Ifop pour comprendre que, non seulement la grogne chez les chefs d’entreprise est ancrée, mais qu’elle comporte une forte dose de totale désillusion. 83% des chefs d’entreprise ne croient pas un seul instant que le prochain gouvernement baissera les impôts, et une écrasante majorité d’entre eux considère que la fiscalité est confiscatoire.

Dans un paysage aussi dévasté, où la rupture est consommée entre les chefs d’entreprise et le pouvoir, comment François Hollande peut-il vanter le redressement économique ?

La catastrophe familiale française

S’agissant de la démographie, on ne rappellera pas ici le leurre que les chiffres officiels constituent. Si beaucoup d’enfants naissent en France, ce sont majoritairement des enfants d’étrangers reconnus Français par le droit du sol. La situation de la France n’est donc pas meilleure que celle de l’Allemagne.

Qui plus est, dès son accession au pouvoir, François Hollande a abondamment tapé sur les familles moyennes, jusqu’à y réduire la natalité. Les avantages fiscaux que les classes moyennes pouvaient avoir en faisant des enfants ont disparu les uns après les autres. Vanter les mérites de notre démographie après les avoir combattus aussi vaillamment relève donc de la parfaite imposture.

Encore un couplet sur l’Europe

Le discours de Hollande a permis par ailleurs d’en remettre une couche sur le catéchisme eurolâtre qui semble une fois de plus déconnecté de la réalité. Faut-il rappeler que nous sortons d'un Brexit et que nous découvrons que le premier bienfait de l’Union consiste à organiser la défiscalisation en bonne et due forme des entreprises les plus riches du monde ?

C’est pourtant le moment que François Hollande choisit pour réciter ses antiennes à rebours de la réalité. Et pour tordre le cou aux rumeurs, ce n’est pas l’Union Européenne qui a garanti la paix en Europe depuis 1945, mais la confrontation entre le bloc soviétique et le bloc capitaliste, sous les auspices d’une bombe atomique qui a calmé les ardeurs de tout le monde.

Les élites coupées des réalités

Plus que jamais, le discours de François Hollande est donc tombé à plat pour tous ceux qui l’ont écouté avec une oreille critique. Il parlait d’une France qui n’existe plus et qui se résume à un empilement de clichés dépassés depuis une dizaine d’années. C’est à peu près le rythme auquel ceux qui lui ont écrit son discours franchissent le périphérique.

L’abus de champignons hallucinogènes et autres substances est semble -t-il mauvais pour la santé.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 13:43

Pour les Républicains, l’enjeu ne se situe pas au mois de mai 2017, mais bien en novembre 2016. Celui qui gagnera les primaires aura tout gagné. Une erreur stratégique ?



  • L’université d’été de La Baule, qui réunissait les Républicains agités par leur primaire, a donné un spectacle étrange : celui d’une tribu en guerre si sûre de gagner qu’elle passe plus de temps à choisir son chef qu’à se battre contre ses adversaires.

Gagner la primaire ou la présidentielle ?

Les Républicains semblent avoir une idée sotte en tête : celle qui veut que le vainqueur de la primaire sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle. Comme si le suffrage universel était une étape symbolique, ou une formalité de second ordre.

On comprend bien le calcul sous-jacent à cet état d’esprit. Il part du principe que le candidat des Républicains aura gagné une sorte de ticket automatique pour le second tour. Et, à ce moment-là, de deux choses l’une : soit Les Républicains sont face au Front National, et, avec l’appui des voix de la gauche, ils ne feront de Marine Le Pen qu’une bouchée. Soit Les Républicains sont face à François Hollande, et, avec les réserves des voix de droite, ils n’en feront qu’une bouchée. Donc, dans tous les cas, l’élection est une partie de plaisir.

L’effet pervers de l’excès de confiance

Pour Les Républicains, l’enjeu ne se situe donc pas au mois de mai 2017, mais bien en novembre 2016. Celui qui gagnera ce jour-là aura tout gagné. La véritable bataille n’est pas contre le camp adverse, mais bien contre son propre camp. D’où cette espèce de tombereaux de petites phrases qui visent les hommes et non les idées, et ce sentiment de déchirement permanent entre des personnalités qui se détestent entre elles et qui, par-dessus tout, détestent Nicolas Sarkozy

C’est le propre de l’excès de confiance : puisque l’élection est gagnée, il faut y être à tout prix.

L’incertitude sondagière

À une époque pas si lointaine, les militants des Républicains s’accordaient pour dire que l’élection à la primaire serait intimement liée à l’état des sondages. Serait élu celui qui, dans les sondages, aurait le plus de chances d’être élu président de la République. Malheureusement, les sondages sont incertains, et les Français donnent autant de chances à Juppé qu’à Sarkozy. Les Républicains n’éviteront donc pas les mauvais coups entre eux, et ils ne pourront compter sur les sondages pour leur éviter un combat des chefs.

Les arguments sous et sur la ceinture de François Fillon

D’où les arguments sous la ceinture de François Fillon, qui a épinglé les justiciables candidats à la Présidence. Ce va-tout vise autant Nicolas Sarkosy qu’Alain Juppé. La manoeuvre est un peu rustique, mais elle pourrait produire son effet. Toujours est-il que Fillon a refait une partie de son retard, et présente aujourd’hui le programme le plus libéral de tous les candidats Rien n’exclut donc qu’il ne parvienne à surprendre, au moins en partie, ses adversaires.

Sarkozy plus que jamais bonapartisé

Reste que Sarkozy inquiète le plus ses rivaux et concentre le feu de leurs critiques. Cette convergence est suprêmement contre-productive. Il y a, dans Sarkozy, un profond relent de bonapartisme que cette solitude met en exergue. Les Républicains voudraient forger une légende, ils voudraient donner l’impression d’un destin unique, d’une réussite seul contre tous, qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Et Sarkozy leur devra sans doute une fière chandelle, car l’intensité des petites phrases, des allusions, des critiques dont il est l’objet font d’eux ses meilleurs ennemis et ses plus fidèles alliés.

Ce n’est pas tant que Sarkozy ait besoin de Juppé et compagnie pour gagner. En revanche, il a besoin d’eux pour reprendre les habits de l’hyper-présidence, avant même d’être élu. Il a besoin de ce feu nourri pour donner la pleine dimension de sa bestialité électorale.

De là à penser que le vainqueur de la primaire sera automatiquement élu, il y a un gouffre que Les Républicains franchiront seuls.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 13:55

Quand le Chômage est en baisse ? ce que disent vraiment les chiffres…et, bien plus!!!

Les chiffres du chômage sont annoncés en baisse à la satisfaction générale. Le détail des chiffres semble pourtant cacher un subterfuge électoraliste.

Les chiffres mensuels du chômage sont tombé. On nous avait dit que ça allait mieux. On nous avait aussi dit que quand la croissance était inférieure aux prévisions, c’était pas de bol. Le bol semble être revenu et ça va effectivement mieux puisque le chômage baisse en juillet. Près de 20 000 chômeurs de moins. Comment ne pas se réjouir d’une si bonne nouvelle ? Suivez le guide…

Chômage : pour aller plus loin dans les chiffres

Un petit rappel semble à ce stade indispensable. Qu’entend-on par catégorie de chômeurs ? Le très officiel site du service public nous informe :

  • Catégorie A : Personne sans emploi, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi, à la recherche d’un emploi quel que soit le type de contrat ( CDI, CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier).
  • Catégorie B : Personne ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
  • Catégorie C : Personne ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
  • Catégorie D : Personne sans emploi, qui n’est pas immédiatement disponible, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (demandeur d’emploi en formation, en maladie, etc.).
  • Catégorie E : Personne pourvue d’un emploi, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.

Autrement dit, pour tout gouvernement qui se respecte, le chômage, c’est avant tout la catégorie A, soit des personnes qui ne travaillent pas du tout. Tant que ce chiffre baisse, c’est que ça va mieux sur le front du chômage. Tenez-le vous pour dit.

Les catégories B et C représentent les personnes qui ont tellement peu travaillé qu’on ne peut même pas considérer qu’elles ont trouvé du travail. La catégorie D est réservée aux personnes en formation et en maladie pour l’essentiel. La catégorie E est enfin destinée à comptabiliser les personnes qui ont un travail, meilleur que celui des catégories B et C, mais pas suffisamment meilleur pour les sortir des statistiques.

La satisfaction du gouvernement…

Le Figaro rapporte que la désormais célèbre ministre du Travail se satisfait de la situation :

Ces résultats globaux sont bien le fruit d’une politique volontariste et ciblée. Les mesures déjà mises en œuvre (Pacte de responsabilité et de solidarité, CICE, aide Embauche PME notamment) vont continuer à stimuler la création d’emplois de qualité (nous avons enregistré le 5e trimestre consécutif de créations nettes d’emplois). L’accélération de la baisse du chômage demeure une priorité du gouvernement, tout comme la sortie de l’activité réduite vers un emploi durable à durée indéterminée, notamment pour les plus jeunes. (…) Le Plan 500.000 formations supplémentaires poursuit son déploiement et permettra aux personnes en recherche d’emploi de saisir des opportunités professionnelles dans les mois qui viennent.

… et la réalité des chiffres du chômage

Pour commencer, nous pouvons noter que le détail des variations du mois de juillet par catégorie est beaucoup moins flatteur. Le chômage total augmente. Ceux qui sont sortis de la catégorie A ont, peut-être et pour partie, trouvé un emploi stable mais ils ont aussi clairement alimenté les catégories B, C et D. Pire, le total de toutes les catégories augmente de 10 900 personnes ce qui montre qu’il y a au total de nouveaux demandeurs d’emplois.

On peut noter que, sur les derniers mois, la ministre du Travail a raison de mettre en avant son plan de formation. On peut observer une très belle anti-corrélation entre la catégorie A et la catégorie D. Les mauvais esprits (dont je fais partie) penseront qu’il s’agit là de faire baisser artificiellement les statistiques. En effet, comme on ne sait rien sur l’efficacité des formations suivies par les demandeurs d’emploi, on ne peut pas réellement parler de baisse du chômage sur la base de la baisse de la catégorie A.

Dans le même temps, les catégories B et C qui correspondent à des emplois précaires ont augmenté de près de 50 000 personnes depuis un an et de plus de 45 000 personnes depuis avril, quand ça allait mieux.

Les élections approchent

Si quelqu’un devait être surpris que les élections présidentielles arrivent si vite, ce ne serait certainement pas François Hollande. Il a passé un mandat à agiter des mesurettes pour réduire le chômage et à repousser l’horizon de son inversion de la courbe, posée en condition de sa future candidature. Patiemment, il a attendu qu’il soit enfin possible d’importer la croissance comme aux glorieux temps de Lionel Jospin. Pas de bol, ce n’est pas arrivé. Il a donc fallu, juste à temps, user du subterfuge de la formation pour faire baisser les chiffres de la catégorie A que la majorité des médias porte aux nues comme l’indicateur le plus pertinent. Les Français seront-ils dupes ?

RIEN n'est moins sûr !!!!!

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