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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 20:41

Un essai de sociologie électorale qui vous réserve des surprises sur les principaux critères qui expliquent le vote Front National en France.

 

QUELS SONT LES TERRITOIRES EN DIFFICULTÉ SOCIALE ?

Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère. Du coup, le vote FN y est moins important.La carte des difficultés sociales de la France en 2013 montre qu’elles présentent de grandes similitudes géographiques. Ce sont à peu près les mêmes territoires où sévit le chômage, où les jeunes n’ont pas de diplômes, où la pauvreté est la plus élevée et où les familles monoparentales sont les plus nombreuses. Nul hasard à cela car ces problèmes font système en se renforçant les uns les autres : les jeunes sans diplôme risquent le chômage beaucoup plus que les autres, les chômeurs sont plus pauvres que la moyenne, le chômage est un ferment de dissolution des liens sociaux, en particulier des liens familiaux, ce qui entraîne des ruptures et donc la multiplication des familles monoparentales, dont 35 % sont au-dessous du seuil de pauvreté. En cherchant à venir à bout de l’une de ces difficultés, on rencontre inévitablement les autres.

 

ANGOISSE SOCIALE ET VOTE FRONT NATIONAL : UN ESPACE EN COMMUN MAIS PAS D’AUTOMATISMES

 

Les difficultés sociales vont souvent ensemble. On peut construire la carte d’un indice à partir des taux de chômage, pauvreté, jeunes sans diplôme et familles monoparentales, en donnant le même poids à chacun d’eux. Elle montre les zones les plus en difficultés : un grand Nord-est, une large bordure méditerranéenne et la vallée de la Garonne entre Bordeaux et Toulouse. Inversement, le grand Ouest, une partie du sud-ouest et le Massif Central connaissent moins de problèmes.

Cette géographie est assez proche de celle des suffrages obtenus par le Front national aux diverses élections depuis 1984. Il serait cependant inexact d’en déduire que ce vote est celui des pauvres et des laissés pour compte. Ces derniers s’abstiennent le plus souvent. On doit plutôt constater que c’est le vote des régions pauvres, celles où beaucoup craignent les accidents de la vie car ils voient leurs proches atteints par eux.

 

LES GRANDES VILLES MOINS ENCLINES AU VOTE FN MALGRÉ DES PROBLÈMES SOCIAUX AIGUS

C’est dans les petites communes (bandes verticales sombres), là où les difficultés sociales sont relativement moins fortes, que le FN fait ses meilleurs scores.

En comparant plus attentivement la carte des difficultés sociales et celle des votes FN, une importante différence apparaît : le vote frontiste est plus faible dans les villes et particulièrement dans les grandes agglomérations que dans leur périphérie alors qu’inversement, les problèmes sociaux y sont plus aigus. Le fait apparaît avec plus de clarté quand on dessine l’évolution des quatre difficultés cartographiées plus haut et celle du vote FN, selon le nombre d’habitants des communes : plus ce dernier est important, plus faible est le vote FN, mais plus répandues les quatre difficultés.

Ceci montre que les électeurs choisissent plus en fonction de leurs perspectives d’avenir que de leur situation réelle. Dans les zones éloignées du centre, les habitants se sentent oubliés et ont l’impression de ne pas pouvoir changer leur situation. Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère. L’air de la ville rend libre disait-on déjà au Moyen-âge à propos des cités.

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 19:16

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Raymond Poincaré, dont l’élection a soulevé l’enthousiasme et qui fut le dixième président de la République française.

SUIte

 

UNE TERRIBLE RESPONSABILITÉ MORALE

Le Matin du 18 janvier 1913 saluait ainsi le nouveau président de la République : « L’assemblée nationale a élu l’homme que souhaitait la nation. »

« Je crois habiter la maison des morts »

déclarait pour sa part Poincaré, fidèle lecteur de Dostoïevski, en entrant à l’Élysée.

Ministre de Sadi Carnot, Félix Faure et Armand Fallières, Raymond Poincaré savait mieux que quiconque ce qu’était la magistrature présidentielle : « la vie de représentation et d’apparat, de formalisme et de niaiserie. »

Cette fonction là, Poincaré l’assumait pourtant avec brio, visitant treize villes en 1913. Il y pratiquait cette éloquence encyclopédique résumée ainsi par A. Dansette3 :

« Je vous connais, je sais votre labeur. Vous vivez dans une commune de tant d’âmes, qui comprend tant d’hectares. Tant de fermes qui possèdent tant de bétail, produisent annuellement une moyenne de tant de quintaux de blé, de tant de quintaux d’avoine, etc… »

Vincent Auriol, virulent journaliste socialiste, écrivit à l’occasion de la venue du président à Toulouse :

« Les socialistes ont combattu et combattront toujours cette caricature d’empire que nous subissons et dont nous verrons aujourd’hui une manifestation. Ils se dressent avec énergie contre tout ce qui tend à réveiller le sectarisme et le nationalisme dont la faiblesse de M.Poincaré semble se faire une propagande… Nous attendrons, nous, attristés et patients, la fin de la parade. »

LE PRÉSIDENT N’EST PAS SEULEMENT EN REPRÉSENTATION

Mais Poincaré espérait néanmoins modifier les choses en sa faveur. Son message inaugural aux chambres du 18 février 1913 ne trompait pas.

« L’amoindrissement du pouvoir exécutif n’est pas dans les vœux de la France.(…) Nos paroles de paix et d’humanité auront d’autant plus de chance d’être écoutées qu’on nous saura mieux armés et plus résolus. »

Mais il ne pouvait guère s’imposer lors des conseils des ministres où son ton cassant déplaisait. En revanche, lors des conversations avec les ministres, sa parfaite connaissance des dossiers lui permettait d’exercer une influence certaine. Il pesa de tout son poids pour faire voter la loi étendant à trois ans le service militaire. Après la chute de Briand, il fit appel à Barthou puis à Doumergue, tous partisans de cette prolongation.

Les élections de 1914 virent la gauche radicale et socialiste triompher. La nouvelle majorité adressa un avertissement au président. Poincaré se le tint pour dit mais appela Viviani qu’il savait favorable à la loi de trois ans.

L’Entente cordiale continuait avec le successeur d’Édouard VII. En juin 1913 Poincaré avait fait le voyage de Londres et George V lui avait rendu la politesse en avril 1914.

« POINCARÉ LA GUERRE » ?

Le 16 juillet 1914, Poincaré et Viviani s’étaient embarqués sur le cuirassé France pour se rendre à Cronstadt. Le séjour en Russie du 20 au 22 juillet allait prendre une importance considérable. L’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo avait déclenché un processus dangereux. Le discours de fermeté de Poincaré conforta les Russes dans leur volonté de soutenir la Serbie.

La responsabilité de Raymond Poincaré dans le déclenchement de la grande guerre resta ainsi toujours discuté. N’avait-il pas poussé la Russie à faire la guerre à l’Autriche ? Pour l’extrême-gauche, il fut Poincaré-la-Guerre.

Les Autrichiens avaient habilement attendu le départ du président de la République pour envoyer leur ultimatum à la Serbie. Une fois en mer, Poincaré ne pouvait plus discuter avec le Tsar et empêcher le conflit. De retour à Paris, le président apprenait la mobilisation russe.

Les Français étaient partagés entre leur désir d’éviter la guerre et celui de ne pas perdre leur seul allié fiable. Devant la faiblesse coutumière de Viviani, le président de la République allait jouer un rôle décisif lors des conseils des ministres qui se succédèrent.

L’UNION SACRÉE

Dans son message aux assemblées du 4 août 1914, Raymond Poincaré sut trouver les mots qui convenaient :

« La France vient d’être l’objet d’une agression brutale et préméditée qui est un insolent défi au droit des gens…

Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale.

Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique. »

L’expression Union sacrée devait bientôt être adoptée par tous. Tout ce qui divisait devait être mis de côté. À la fin de la séance, les Chambres décidaient de s’ajourner sine die et s’en remettaient au gouvernement pour la conduite de la guerre, permettant ainsi aux députés mobilisés de rejoindre leur affectation sous huit jours. Tout le monde croyait alors à une guerre courte et victorieuse.

Mais l’Union sacrée devait avoir plus de mal à se manifester au sein du gouvernement. Viviani attendit le 26 août pour faire entrer Briand comme vice-président du conseil avec deux socialistes, Marcel Sembat et Jules Guesde. La droite restait à la porte.

LA GUERRE, UNE CHANCE POUR LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ?

La capitale menacée par l’avance allemande, Poincaré et certains ministres souhaiteraient néanmoins rester. « Monsieur le président, déclara Gaston Doumergue, ministre des colonies, le devoir est parfois de se laisser accuser de lâcheté. » Le 2 septembre, le gouvernement se repliait sur Bordeaux, l’ennemi n’étant plus qu’à une trentaine de kilomètres de la capitale. Poincaré s’installait à la préfecture de la Gironde. Il devait rentrer à l’Élysée le 10 décembre. Décidément, la guerre allait durer.

Raymond Poincaré profitait de la situation pour étendre ses prérogatives par petites touches. Il intervint dans la composition des cabinets et reçut directement des délégations parlementaires. En conseil des ministres, il se mit à intervenir pour exprimer son point de vue. Lors des mutineries de 1917, son refus d’user du droit de grâce marquait sa volonté d’appuyer la répression en opposition avec le ministre de la Guerre.

Mais ses visites aux troupes et aux régions dévastées ne remportèrent pas un franc succès. Il avait cru devoir adopter un costume de circonstance : vareuse et culotte de drap bleu, manteau à pèlerine, casquette. Cette tenue de chauffeur de maître lui donnait une image franchement ridicule. Timide et guindé, il ne savait pas trouver les mots nécessaires pour parler aux poilus. Sa popularité s’effrita sensiblement.

Joffre le traitait avec indifférence et mépris. Après le départ du président et sa suite, venu à Chantilly, le 5 juillet 1915, le généralissime se permit cette réflexion : « Ouf ! les voilà partis ! Nous aurons huit jours de tranquillité. » Mais quand Poincaré put se débarrasser de Joffre, il contribua au choix de Nivelle qui ne devait guère se révéler heureux !

À partir de janvier 1915, les Chambres siégèrent en permanence. D’abord avec les commissions puis avec des comités secrets, les parlementaires exercèrent désormais un contrôle tatillon sur l’activité gouvernementale.

POINCARÉ ET BRIAND

Si Poincaré avait pu conserver une certaine influence sur les affaires gouvernementales avec le cyclothymique Viviani, il n’en alla pas de même quand celui-ci se retira. Plus ou moins contraint de choisir son ancien « ami » Briand, le président de la République se retrouva mis sur la touche. Aristide Briand multiplia les conseils de cabinet et réduisit les conseils des ministres.

Dans ses Mémoires, Poincaré devait présenter le président du conseil sous un jour peu flatteur. À en croire le président de la République, le chef du gouvernement quittait le conseil pour flâner et fumer ses cigarettes. Mais quand le 9 décembre 1916, Briand vint présenter la démission de son gouvernement, Poincaré dut avouer :

« Non, vos collègues peuvent vous remettre leur démission à vous, mais je ne puis accepter la vôtre ; vous avez la confiance de la Chambre. »

Il lui demanda de prendre « quelques hommes énergiques et compétents ».

Quand le 18 mars 1917 Briand se retira, toute la presse lui tressa des lauriers. Après les intermèdes Ribot et Painlevé, le président n’eut plus guère le choix. Les désastres de 1917 et l’arrivée au pouvoir des bolcheviks en Russie réclamaient un homme fort à la tête du gouvernement. Dès le 4 septembre, le président de la République songeait au Tigre : « Ah ! si Clemenceau était moins impulsif et moins léger ! »

POINCARÉ ET CLEMENCEAU

Clemenceau n’avait pourtant guère ménagé Raymond Poincaré :

« M. Poincaré invente des costumes, des couvre-chefs et dit des choses convenues à un signe donné. Il imite à la perfection le vivant… »

avait écrit Clemenceau dans son journal le 6 août 1917. Mais Poincaré faisait passer les intérêts du pays avant son amour-propre : « Clemenceau me paraît, en ce moment, désigné par l’opinion publique ».

Finalement, Clemenceau se montra très aimable : « Je ne prendrais aucune décision sans causer avec vous. » Seuls les socialistes votèrent contre le nouveau cabinet. Mais une fois saisi du pouvoir, le Tigre allait gouverner seul, ne consultant pas les ministres et encore moins le président de la République. Poincaré se retrouvait « prisonnier de l’Élysée ».

Résolu à être le seul maître, Clemenceau n’hésita pas à accuser Raymond Poincaré d’être coupable de « pacifisme » pour avoir rencontré le prince Sixte de Bourbon-Parme, frère de l’impératrice d’Autriche. Inquiet de la perspective d’un retour de Briand aux affaires, Clemenceau reprochait à Poincaré de trop recevoir le député de la Loire. Abasourdi, le président rétorqua : « Autant essayer de marier l’eau et le feu ».

Le 8 octobre 1918, Clemenceau menaça de démissionner, demandant au président de la République de ne plus lui écrire pour ne pas le gêner dans son action. Poincaré dut s’humilier devant ce président du conseil aveuglé d’orgueil.

MOI, JE N’EXISTE PAS

Avec la victoire, pour un moment, tout fut oublié. À Metz, en décembre 1918, sur l’esplanade, Poincaré remit le bâton de maréchal de France à Pétain.

Le président de la République se tourna alors vers Clemenceau : « Et vous aussi, il faut que je vous embrasse. »

« Bien volontiers » répondit le chef du gouvernement. Ils s’embrassèrent sous les acclamations d’une foule enthousiaste.

Poincaré notait cependant amer :

« Pour tout le monde, Clemenceau est le libérateur du territoire, l’organisateur de la victoire. Seul il personnifie la France. Foch a disparu ; l’armée a disparu. Quant à moi je n’existe pas. »

Surtout, les négociations de paix séparèrent de nouveau les deux hommes. Raymond Poincaré jugeait les garanties obtenues par la France insuffisante : il souhaitait le contrôle de la rive gauche du Rhin. Il avait écrit :

« Je ne puis ni prononcer un mot, ni faire un geste. Je suis une âme sans corps. Si, par malheur, nous subissions une paix mauvaise ou médiocre, toute la honte en rejaillirait sur moi. »

Clemenceau estimait la garantie solidaire du Royaume-Uni et des États-Unis suffisante. Poincaré resta silencieux à cette annonce. Il songea à démissionner. Deschanel, président de la Chambre, lui suggéra de porter le différend devant l’opinion. Mais Poincaré n’était pas homme à aller sur ce terrain là.

FIN OU RENOUVEAU ?

À l’expiration de son mandat, Raymond Poincaré se refusa d’en solliciter un second. Soulagé, il enleva son frac et confia : « Ma carrière commence. » Il n’avait d’ailleurs pas attendu la fin de son septennat pour accueillir sous la coupole le maréchal Foch en simple uniforme d’académicien et pour se faire élire sénateur de la Meuse.

Il n’était pas question pour lui de se retirer de la vie politique. Raymond Poincaré devint l’homme providentiel, le recours, fonction que les Français adorent confier à un illustre vieillard. Deux fois président du conseil (en 1922 puis en 1926), il fit occuper la Ruhr pour obtenir le paiement des Réparations puis « sauva » le franc qui perdit simplement 80 % de sa valeur.

Sa santé périclitant, il se retira définitivement en 1929. Lui qui avait inauguré tant de monuments aux morts repose simplement dans le petit cimetière de Nubécourt, là où étaient enterrés ses parents. Dans un carré privé, sa tombe est parmi les autres tombes de la famille avec leurs curieuses stèles métalliques à plaque de marbre.

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 19:13

 

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Raymond Poincaré, dont l’élection a soulevé l’enthousiasme et qui fut le dixième président de la République française.

 

 

L’élection de Raymond Poincaré (Bar-le-Duc, Meuse, 20 août 1860 – Paris, 15 octobre 1934) marquait l’échec de Clemenceau l’habituel « faiseur de rois » de la Troisième république. Poussant la candidature de Pams, l’homme du papier à cigarette Job, le Tigre avait essayé de décourager Poincaré de tenter l’aventure. « Vous êtes trop jeune » avait susurré, patelin, le député vendéen.

Mais Aristide Briand était de son côté résolu à pousser Poincaré. Il voyait en lui le président des temps orageux qui s’annonçaient : il en avait le ton, la tenue, l’autorité. Que pesait en comparaison l’insignifiant Pams ? Il sut user de ses bonnes relations avec les catholiques pour les faire voter en faveur d’un candidat qui pourtant n’était marié que civilement. D’un autre côté, il adjurait la gauche républicaine de s’unir : « il faut qu’il soit l’élu de l’unanimité républicaine. »

Au deuxième tour, Poincaré l’emporta nettement sur Pams : 483 voix contre 296. Il devenait le dixième président de la République. Clemenceau ne devait jamais le pardonner à Briand. Il quitta Versailles, pâle, lèvres serrées, mains dans les poches, canne en l’air.

Loin de l’indifférence qui avait accueilli l’élection d’Armand Fallières, celle de Poincaré souleva l’enthousiasme. À Paris, des drapeaux tricolores étaient promenés, on chanta la Marseillaise.

Contrairement à une légende mal fondée, l’élection de Raymond Poincaré n’était pourtant pas celle d’un homme de droite : il appartenait encore à la gauche républicaine et avait été dreyfusard. Mais le vote en sa faveur de parlementaires de droite, notamment Albert de Mun, lui fut beaucoup reproché.

Comme il devait l’écrire :

« Je ne me sentais aucun goût pour un rôle que je reconnaissais et dont j’admirais la grandeur mais qui, ne comportant aucune responsabilité légale, laissait forcément à celui qui l’exerçait peu d’initiative et d’indépendance. »

Il savait qu’il se condamnait à sept ans de mutisme et d’inaction.

Mais la Grande Guerre allait donner une tonalité dramatique à son septennat.

RAYMOND POINCARÉ, UN FRANÇAIS DE L’EST

Bourgeois policé et raffiné, Poincaré était cependant un homme de la campagne. Français de l’Est, il restait attaché à Bar-le-Duc, cette petite ville lorraine qui l’avait vu naître. Dans ses veines coulait le sang d’une « bourgeoisie laborieuse aux horizons sûrs mais limités. » Son père était un ingénieur des Ponts et chaussées républicain, adversaire du Second Empire. Lorrain, Poincaré avait l’amour de la patrie chevillé au corps. Il avait souffert de voir la maison familiale réquisitionnée par des officiers prussiens en 1870. Mais il n’était pas le revanchard belliciste fabriqué de toutes pièces par certains esprits imaginatifs.

Enfant, il s’intéressait déjà à la politique, se voulant « président » dans les jeux avec ses camarades. Adolescent, il avait vu à l’assemblée de Versailles les gloires de l’époque : Thiers, Jules Simon, Pouyer-Quertier. Et puis n’était-il pas né un jour d’élections législatives ?

Mais avant la politique, sa grande ambition avait été de devenir le premier avocat de son temps. Il fut au moins le grand avocat d’affaires de la Belle époque.

UN BOURGEOIS PEU CONFORMISTE

Comme d’autres, il avait écrit de la poésie dans sa jeunesse et devait conserver l’amour de la littérature. Il avait défendu Zola qu’il admirait. « Il n’y a en littérature d’autre immoralité que de mal écrire. »

Ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, il devait d’ailleurs élever l’écrivain naturaliste au grade d’officier de la Légion d’Honneur.

Il fréquentait Alphonse Daudet et Edmond de Goncourt. Sa remarquable plaidoirie en 1900 sauva le projet d’Académie Goncourt1. Aussi avait-il vécu son élection à l’Académie française en 1909, malgré la minceur de son œuvre littéraire, comme un triomphe personnel. Il avait du braver l’hostilité des académiciens de droite. Il s’y montrera assidu notamment pour la rédaction des articles du Dictionnaire.

Ce bourgeois n’était donc pas si conformiste que cela. N’avait-il pas épousé civilement, en 1904, Henriette Benucci, veuve et divorcée ? Le mariage religieux ne devait être célébré qu’après son élection présidentielle.

CE SURDOUÉ EST UN LABORIEUX

Sous un physique ordinaire et une stature médiocre, se cachait néanmoins un tempérament d’exception à la carrière étonnamment rapide. Chef de cabinet à 25 ans, conseiller général à 26, député à 27, ministre à 33, il avait profité du discrédit des hommes en place suite au scandale de Panama. Il devait rester toute sa vie l’homme sérieux mais dénué de charisme. « Tout est clair, tout est ordonné, tout est logique. C’est le temple de la raison. »2

Mais ce surdoué de la politique et du prétoire, ce « premier de la classe » était en réalité un laborieux. Il n’était pas un improvisateur, préparant soigneusement discours comme plaidoiries, étudiant à fond les dossiers. Selon la formule vacharde de Clemenceau, « un homme qui a le cœur bourré de dossiers. »

UNE CARRIÈRE POLITIQUE SOUS LE SCEAU DE LA PRUDENCE

Pourtant après ses brillants succès, dégoûté par la vie parlementaire et soucieux de gagner sa vie au barreau, il renonça au pouvoir pendant dix ans. Il passa de la Chambre des députés au Sénat en 1903. Il s’y sentait plus à l’aise. La Haute assemblée convenait mieux à son caractère distant. Mais alors qu’il avait réussi à faire échouer la présidence du conseil offerte par Loubet en 1899, il accepta la proposition de Fallières en 1912.

L’homme avait toujours été prudent. Ses collègues du Palais ricanaient en le voyant quitter la robe pour assister à une séance de la Chambre : « Il court s’abstenir ! » Comme l’a écrit Reinach : « on ne savait exactement ce qui lui manquait de qualités ou de défauts pour être un homme d’État. »

Au moment de l’Affaire Dreyfus, il attendit la mise en jugement du colonel Picquart pour prendre parti dans une intervention mémorable à la Chambre, le 28 novembre 1898, avant de soutenir le gouvernement Waldeck-Rousseau.

LA PRÉSIDENCE DU CONSEIL, MARCHEPIED DE L’ÉLYSÉE

Après la crise d’Agadir qui avait vu l’Allemagne et la France au bord de la guerre, Raymond Poincaré apparût comme l’homme qui alliait sagesse, autorité et compétence. Le président Fallières lui demanda donc de constituer le nouveau gouvernement. Briand était devenu le Garde des Sceaux et le numéro 2 du cabinet. Poincaré était d’ailleurs tombé sous le charme « un peu félin » de son ministre de la Justice.

Les deux hommes étaient très dissemblables. Avec son sens de la formule, Clemenceau avait dit :

« Poincaré sait tout mais il ne comprend rien. Briand ne sait rien mais il comprend tout. »

Entre le Lorrain soigné, austère, cultivé, travailleur mais peu imaginatif et le Nantais nonchalant, négligé, inculte mais sensible et intuitif, une étrange alliance s’était constituée.

Le gouvernement comptait aussi Alexandre Millerand à la Guerre, Delcassé à la Marine, Albert Lebrun aux Colonies et Léon Bourgeois au Travail. Poincaré témoignait ainsi de son désir de « grouper dans un même sentiment toutes les fractions du parti républicain. »

La confiance était obtenue sans problème, les socialistes et la droite préférant s’abstenir.

À la conférence de Londres, le 21 décembre 1912, Poincaré prononça un discours qui fit du bruit. « Nous demeurons fermement déterminés à défendre nos intérêts et nos droits, (…) et à sauvegarder par-dessus tout, cette chose intangible et sacré qu’est notre honneur national. »

 

A SUIVRE 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 15:57

En cette période d’élection présidentielle, révisez votre histoire politique française, avec un portrait de Vincent Auriol, président de la République de 1947 à 1954.

 

Vincent Auriol (Revel, Haute-Garonne, 27 août 1884 – Paris, 1er janvier 1966) devait être, quoi qu’ait prétendu François Mitterrand, le premier socialiste à devenir président de la République. Il était sans doute un socialiste plus sincère que son illustre successeur.

Candidat de la SFIO et du PCF, il fut élu au premier tour, le 16 janvier 1947, par 452 voix. Cette victoire couronnait une longue carrière politique.

Le communiste Jacques Duclos, présidant le Congrès de Versailles, déclara :

En vous la nouvelle constitution de la République Française, a désormais un gardien vigilant et respectueux de la souveraineté du peuple. Avec vous la République sera toujours placée sous le signe de l’union républicaine et sous le signe de tous les Français de bonne volonté…

Quelques mois plus tard, avec l’entrée dans la Guerre froide, socialistes et communistes se retrouvèrent dans des camps opposés.

En dépit de ce contexte international très tendu, Vincent Auriol sut redonner du lustre à une fonction présidentielle que d’aucuns souhaitaient abolir.

« J’ENTRE DANS UN PALAIS MAIS JE RESTE AVEC LE PEUPLE… »

Fils unique d’un boulanger républicain radical, il perdit un œil à 10 ans en jouant avec ses camarades. Éduqué d’abord par les frères des écoles chrétiennes, il fréquenta ensuite l’école laïque et le collège de sa bourgade natale. Devant sa réussite scolaire, son père renonça à en faire son successeur et lui permit de poursuivre ses études.

Son itinéraire fut ainsi des plus classiques sous la Troisième république. Après avoir fait son droit et s’être inscrit au barreau de Toulouse, il se fit élire député de Muret sans discontinuer pendant 26 ans, de 1914 à 1940. Son enracinement local se confirma par son élection comme maire de Muret et conseiller général en 1925.

Influencé par Jean Jaurès, son professeur de philosophie à l’université de Toulouse devenu député du Tarn, il était devenu socialiste très tôt. Avocat de la Bourse du Travail, Auriol avait épousé la fille d’un vieux syndicaliste en 1912. Orphelin de Jaurès, assassiné en 1914, il se tourna vers Léon Blum qui devint son maître à penser. Il devait participer à la reconstruction de la SFIO après la scission du Congrès de Tours (1920). Ce socialiste réformiste, cordial et sans agressivité, se fit ensuite connaître au sein du socialisme européen.

MINISTRE ET RÉSISTANT

Ardent partisan du Front populaire, il devait détenir trois portefeuilles ministériels. Il fut successivement ministre des Finances (1936-1937), de la Justice (1937-1938) puis de la Coordination des services ministériels à la présidence du Conseil (1938). Il devait ainsi évoquer son premier ministère :

Syndic de faillite plutôt que gérant d’un patrimoine, j’étais en présence d’une trésorerie vide, d’une inflation illégale et occulte de douze milliards, d’une monnaie dévaluée en fait depuis trois années, au témoignage même de tous les économistes d’une crise économique sans précédent, d’une violente agitation sociale et d’une France déchirée, d’une Europe déjà en état de guerre et d’urgentes nécessités d’armements modernes jusque là négligés et inexistants …

Un de ses principaux titres à la postérité était d’avoir été un des quatre-vingts parlementaires à refuser de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Sous l’Occupation, il connût l’internement administratif puis la résidence surveillée à Muret. Un moment inquiété au moment du procès de Riom, Vincent Auriol obtint un non-lieu du tribunal de Muret.

À compter d’octobre 1942, il vécut en clandestinité dans les montagnes de l’Aveyron et les Causses du Tarn. Auriol y rédigea pour l’essentiel son livre Hier-Demain. Il était dédié « à Charles de Gaulle et à ses premiers compagnons, à Léon Blum et à mes camarades du parti socialiste, aux prisonniers de guerre et aux déportés… ».

Il participa activement à la Résistance en zone sud avant de gagner Londres en octobre 1943. À Alger, il devint, jusqu’au 25 juillet 1944, membre de l’Assemblée consultative provisoire dont il présida la Commission des Affaires étrangères. Il représenta la France lors de la conférence de Bretton-Woods.

SUPPRIMER LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ?

Élu dans les deux assemblées constituantes (1945 et 1946), il fut ministre d’État dans le gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle. Un de ses camarades lui reprocha de devenir plus gaulliste que socialiste. Lors de la démission du Général, il sut le convaincre de ne pas parler à la radio. Le grand Charles lui confia alors l’intérim de la présidence.

Il présida ensuite les deux assemblées constituantes où son talent de conciliateur fit merveille. Les socialistes rêvaient de supprimer simplement la présidence de la République. L’exécutif s’incarnerait dans un président du Conseil représentant la majorité de la Chambre. La peur du communisme, d’une part, et d’un pouvoir personnel de type bonapartiste, d’autre part, déboucha finalement sur un simple replâtrage de l’ancienne constitution.

La Quatrième république se voulait une refonte rationnelle de la Troisième république. Le Sénat que d’aucuns souhaitaient supprimer fut conservé et amoindri sous le nom de Conseil de la République. Le chef de l’État serait donc élu selon les mêmes modalités que sous la république précédente.

DES POUVOIRS PLUS CLAIREMENT DÉFINIS POUR LE PRÉSIDENT ?

Les pouvoirs du président furent définis en s’inspirant de la pratique mise en œuvre depuis 1876. Le chef de l’État demeurait chef des armées et présidait le conseil des ministres. Il conservait le droit d’adresser des messages au parlement et la possibilité de demander une seconde délibération sur les textes votés par le parlement.

Gardien de la Constitution, son rôle essentiel demeurait la désignation des candidats à l’investiture comme président du conseil.

Néanmoins tous ses actes devaient être contresignés par un ministre. L’importance réelle de ses pouvoirs allait donc dépendre de la pratique instaurée par le premier titulaire de la charge.

Or, Vincent Auriol, qui comme Jules Grévy autrefois, avait été un adversaire de la fonction présidentielle, n’avait nullement l’intention d’inaugurer les chrysanthèmes. Au rebours de la Troisième république, la Quatrième devait marquer la renaissance de la fonction présidentielle.

UNE NOUVELLE CONCEPTION DE LA PRÉSIDENCE : UNE MAGISTRATURE D’INFLUENCE ?

Vincent Auriol devait en effet préciser sa vision des choses :

Je regrette de contrarier ceux qui voudraient faire de la présidence de la République une magistrature passive, silencieuse, de pure représentation(…). Je ne serai ni un président soliveau, ni un président personnel. (…)Entre le mutisme et le laisser-aller, la décision et l’action effective réservée au Gouvernement responsable, il y a place pour une « magistrature morale » dont on a parlé, pour ce pouvoir de conseil, d’avertissement, de conciliation qui doit être celui du Chef de l’État, sensible et attentif au-delà des courants d’opinions superficiels et passagers et au-dessus des heurts de partis, à la volonté profonde et permanente du pays : Défendre l’État, sa constitution, ses institutions et en même temps les intérêts permanents de la France que cet État représente, c’est ainsi que je conçois mon rôle…

Pour lui, le président ne décidait pas mais avertissait et conseillait. Mais très à l’aise dans le « maquis parlementaire », Auriol n’hésitait pas intervenir énergiquement lors des conseils des ministres. La quasi-disparition des conseils de cabinet favorisaient son autorité face à des présidents du conseil à la personnalité un peu falote. Les procès-verbaux des séances du conseil, dont il était le seul détenteur, lui donnait par ailleurs une grande supériorité d’information.

Il apportait son point de vue qu’il défendait avec autorité et compétence sur tous les projets. La vivacité méridionale dépassait parfois chez lui les bornes de la politesse. Jacques Fauvet décrivit ainsi un chef de l’État « bousculant les fonctionnaires, présidant, voyageant, proclamant, parant beaucoup, écoutant plus rarement ».

UNE POLITIQUE ÉLYSÉENNE ?

Le président donnait toujours son avis sur toutes les nominations aux postes importants et exerçait une forte influence dans les Affaires étrangères et la Défense nationale. Ayant accès à la correspondance diplomatique, il bénéficiait de la pérennité alors que les chefs de gouvernement et les ministres passaient. Vincent Auriol sut user de ses voyages à l’étranger, pour affirmer les thèses qui lui étaient chères.

Opposé au réarmement allemand, il défendit le pacte atlantique et condamna vigoureusement le « rideau de fer ». Il n’était donc pas le président « indifférent », au-dessus de la mêlée, de la Troisième république. Vincent Auriol se consacra particulièrement à l’Union française, nouveau nom donné à l’Empire colonial. Il n’hésita pas à recevoir l’empereur Bao-Daï à propos de l’avenir du VietNam. Le président rédigea lui-même le message au bey lors de la crise tunisienne de mars 19521.

Président du Conseil supérieur de la magistrature, il eut le souci d’en assurer l’indépendance face au gouvernement. Il usa de son droit de grâce en toute liberté. Auriol ne suivait les avis du Conseil de la magistrature que pour les délits mineurs. Entre 1948 et 1953, ce sentimental devait gracier les 2/3 des condamnés à mort. Ce droit devait prendre une coloration politique marquée quand il en fit bénéficier les condamnés pour collaboration ou les députés malgaches compromis dans le soulèvement de 1947.

UN PRÉSIDENT ACTIF ET TRAVAILLEUR

Le président s’informait sans arrêt des événements nationaux et internationaux. Il suivait par la radio les débats à l’Assemblée Nationale. Il devait être le premier président de la République à prononcer des allocutions radiodiffusées.

Comme le notait André Siegfried :

Dans les trop fréquentes et surtout trop longues crises ministérielles, Auriol a plus d’une fois, par ses conseils, ses déclarations et même – ce qui était sans précédent – par ses communiqués de presse, dirigé les événements dans le sens souhaité par lui. Les constituants avaient voulu diminuer le Président ; on est heureux de constater qu’ils n’y ont pas réussi…

Les circonstances lui furent en effet favorables. Le Tripartisme, qui avait fondé la nouvelle république, s’effondra avec l’entrée dans la Guerre froide. Les communistes, un temps premier parti de France, choisirent de s’aligner sur l’URSS. La vieille SFIO pencha pour l’alliance atlantique. Le jeune MRP, parti démocrate-chrétien, rompit avec de Gaulle et perdit rapidement une grande partie de ses électeurs.

Avec la « Troisième force » qui rassemblait tous les partisans du régime, la composition de tout gouvernement relevait désormais d’une savante alchimie. Aucun parti n’étant majoritaire, les cabinets de coalition devinrent la règle.

« LE PARLEMENT EST À VOMIR »

En 1947, Vincent Auriol lui-même poussa Paul Ramadier à renvoyer les ministres communistes. Véritable chef de la « Troisième force », il dénonçait par ailleurs les attaques du RPF, le parti gaulliste.

Il fut dans doute le président de la République parlementaire qui sut le mieux faire triompher devant l’assemblée les candidats de son choix à la présidence du conseil. Auriol n’hésitait pas à faire pression sur les partis pour maintenir la cohésion de la majorité en place. Cette cohésion était loin d’être assurée. La « Troisième force » était en réalité une somme de faiblesses hétéroclites.

Violemment attaqués sur leur droite par les gaullistes et sur leur gauche par les communistes, les gouvernements devaient composer avec des petits partis du centre et s’appuyer sur les socialistes comme sur la droite modérée.

Il y avait parfois de quoi être découragé. « Le parlement est à vomir » devait écrire Auriol. Pas moins de dix-sept gouvernements devaient se succéder pendant sept ans ! Onze d’entre eux devaient tomber moins de six mois après leur investiture.

« On déposa sur mes épaules le lourd fardeau de la nation, et j’ai parcouru un dur calvaire. Sera-ce, finalement, au bout, la Croix ? »

VIE PUBLIQUE, VIE PRIVÉE

Levé au petit matin, Vincent Auriol faisait chauffer lui-même son petit déjeuner. À 6 heures, en pyjama et robe de chambre, il était à son bureau privé au premier étage, où personne ne devait le déranger jusqu’à 8 h 30, examinant les dossiers qu’il avait fait monter la veille.

S’il était attaché au respect du à la fonction présidentielle, il en favorisa aussi la démocratisation. L’habit de cérémonie fut peu à peu abandonné. Il n’hésita pas à aller en jaquette au grand prix d’Auteuil et à inaugurer les expositions en veston et sans chapeau. La simplicité, l’accent méridional, le visage rond, tout semblait rapprocher Auriol du populaire Doumergue. De son côté, son épouse, Michelle, restaurait la tradition de l’arbre de Noël et se montrait une maîtresse de maison distinguée et prévenante. Elle portait à la perfection les robes des grands couturiers.

Pour échapper aux services de sécurité, Auriol n’hésitait pas à quitter le palais en cachette pour aller au cabaret ou à la Comédie-française.

Amateur comme son épouse de peinture moderne (Rouault, Braque, Dufy) et de musique classique, Vincent Auriol jouait du violon. Mais ce pétanqueur d’occasion aimait aussi la pêche à la ligne. Il ne manquait pas d’assister à des compétitions de football ou de rugby.

TRAVAUX À L’ÉLYSÉE

Tout était à rénover, la maison n’avait guère bougé depuis bien longtemps. La première salle de bains datait de Deschanel. On ne pouvait plus fermer certains volets sous peine de les voir partir en poussière. Les peintures s’écaillaient, les fils conducteurs étaient visibles dans certains plafonds, les menuiseries se disloquaient, des bibelots multiples et disparates s’entassaient sur des meubles mal assortis…

Les Auriol n’avaient pas l’intention de vivre sept ans dans ce musée poussiéreux qu’ils furent les premiers à surnommer le «Château».

Quelques semaines après leur arrivée, ils commencèrent par arranger certaines pièces à leur façon. Ils y passèrent toute une journée en famille avant de s’endormir, fourbus mais satisfaits… pour se rendre compte que tout avait été remis à sa place le lendemain par le personnel !

Dès lors, de grands travaux furent entrepris. Cette réfection totale, avec mobilier assorti au style des pièces, entraina la suppression de la cage de verre dans la cour d’honneur et la création d’un appartement royal pour les invités de marque au premier étage du palais.

Enfin, Michelle Auriol décida de doter le palais de cuisines dignes de ce nom puisque les repas provenaient d’un traiteur depuis les débuts de la IIIe République. Cela permit d’offrir désormais un cassoulet à ses invités.

L’épouse du président devait avouer : « Après le septennat, ni mon mari, ni moi-même n’avons plus prononcé le nom de l’Élysée, qui a représenté pour nous une existence aussi pénible physiquement que moralement ».

UNE AUTRE VIE COMMENCE POUR VINCENT AURIOL

Trop populaire à la fin de son septennat, Vincent Auriol comprit qu’il n’avait aucune chance d’être réélu. S’il avait le soutien mitigé des socialistes, tous les autres partis lui reprochaient trop son activisme.

Tout en pratiquant une activité de journaliste politique, Vincent Auriol devait continuer à jouer un rôle public. Il présida la Conférence internationale des Nations unies contre les préjugés et la discrimination, réunie à Genève en 1955. Il contribua à faire accepter aux socialistes la nomination du général de Gaulle à la présidence du conseil en mai 1958.

Pourtant, hostile à la Constitution de 1958, il démissionna de la SFIO. Il refusa également de siéger au Conseil constitutionnel dont il était membre de droit. Son dernier acte fut de soutenir la candidature de François Mitterrand en 1965.

Sa tombe très simple se trouve au cimetière de Muret. Mais il laissait, à défaut de monument, un document historique de première importance à la postérité.

Le Journal du Septennat dont la publication posthume, commencée en 1970 achevée en 1983, connut quelques difficultés. François Mitterrand, devenu président, crut devoir empêcher la publication de l’année 1950 où son rôle n’était pas suffisamment mis en valeur. Vingt ans furent donc encore nécessaires pour lire enfin cette année 1950. Comme quoi, il convient de laisser le temps au temps…

 

 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 15:46

Louis-Napoléon Bonaparte

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française.

 

 

Le 20 décembre 1848, Louis-Napoléon (Paris, 20 avril 1808 – Chislehurt, 9 janvier 1873), en habit noir, prêtait serment devant l’Assemblée constituante :

« En présence de Dieu et devant le peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution. »

Il déclarait ensuite :

« Nous avons une grande mission à remplir, c’est de fonder une république dans l’intérêt de tous et un gouvernement juste, ferme, qui soit animé d’un sincère amour du progrès, sans être réactionnaire ou utopiste. Soyons les hommes d’un pays et non d’un parti…»

L’Assemblée, qui lui était hostile, se montra froide et son adversaire de la joute électorale, le triste Cavaignac, ne crut pas utile de se lever quand le nouveau Président lui serra la main presque malgré lui.

Louis-Napoléon devait être le premier président de la République et en même temps le repoussoir des républicains français. Le spectre du coup d’État du 2 décembre a longtemps hanté la tradition républicaine. L’élection directe du chef de l’État par le peuple sera, pour un bon siècle, associée au césarisme et au péril dictatorial. Aussi, la présidence de la République allait devenir une fonction essentiellement symbolique et ce jusqu’en 1958.

LA CONSTITUTION DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE

Tout avait commencé avec la promulgation de la constitution de la Seconde République le 4 novembre 1848. Partiellement inspirée de la constitution américaine, elle prévoyait l’élection d’un président de la République pour une durée de quatre ans au suffrage universel masculin. Disposant de larges pouvoirs, il ne dépendait pas de l’Assemblée qu’il ne pouvait, de son côté, pas dissoudre. Cette assemblée unique était l’héritière des grandes assemblées de la Révolution : la Constituante, la Législative, la Convention.

Néanmoins, cette synthèse maladroite de la tradition révolutionnaire française et du système présidentiel américain pouvait déboucher sur une impasse. Le Président sortant ne pouvait pas se faire réélire. Les actes de ses ministres étaient soumis à un contrôle tatillon de l’Assemblée. En cas de conflit entre l’exécutif et le législatif, le Président, qui n’avait rien à perdre, pouvait être tenté par la solution du coup d’État.

« UN CRÉTIN QUE L’ON MÈNERA »

Mais la création d’une présidence de la République ne s’était pas faite sans débats.

En effet, le nom de Louis-Napoléon était à l’esprit de tous les parlementaires. Mais si le nom inquiétait, l’homme lui même suscitait le mépris ou la moquerie. Élu en juin 1848 par quatre départements, il avait démissionné devant l’hostilité froide manifestée par l’Assemblée. Il n’avait, ainsi, pas été compromis dans les massacres de juin où la République avait fait tirer sur les ouvriers.

Réélu en septembre par cinq départements, il était arrivé avec la réputation sulfureuse d’être un des chefs de la démocratie sociale. Il devait d’ailleurs siéger sur les bancs de la gauche. Mais très vite, l’Assemblée s’était rassurée. Gauche, laid, apathique, mauvais orateur, s’exprimant avec un accent étranger indéfinissable, le neveu de l’Empereur n’impressionnait guère.

« Quel imbécile que ce monsieur Bonaparte » gloussait Ledru-Rollin, l’aigle de l’extrême-gauche. « C’est un crétin que l’on mènera » assurait de son côté Adolphe Thiers, la tête pensante de la droite ex-monarchiste qui se réunissait rue de Poitiers.

Le 12 octobre, il annonçait sa candidature à la présidentielle, se posant en champion de la réconciliation nationale. Tous les gens sérieux pariaient cependant sur Cavaignac, le chef du gouvernement provisoire. Ce dernier avait le soutien de la majorité des élus, des notables, des hauts fonctionnaires et des milieux d’affaires. La droite, qui n’avait personne à présenter, se rallia à Louis-Napoléon. Thiers était persuadé qu’il le manipulerait comme un pantin avant de lui succéder. Le fait est qu’il devait bien lui succéder… 23 ans plus tard !

LE PREMIER PRÉSIDENT

Sous ses allures imbéciles, qu’il soignait particulièrement à l’égard de toutes les intelligences qui le regardaient de haut, Louis-Napoléon allait être le seul à mener une campagne moderne. Son programme s’adressait à tous, chaque catégorie se voyant gratifier de promesses sans trop de souci de cohérence. Inversement, l’acharnement de la presse à le ridiculiser contribuait à faire de lui le personnage central de la campagne. Sa victoire devait être éclatante, montrant l’écart existant entre le peuple et les élites. Avec une forte participation (76% des inscrits), il recueillait plus de la moitié des voix des inscrits et les 3/4 des voix des votants. La France paysanne, méprisée par les républicains, s’était ralliée massivement à son nom.

Installé à l’Élysée, palais alors dans un triste état de délabrement, le Président devait s’apercevoir de la difficulté de composer un cabinet. Les républicains modérés le boudant, il dût se tourner vers les orléanistes appelant Odilon Barrot à la présidence du conseil. Les ministres ne faisaient guère de cas du Président qui confectionnait des cocottes en papier pendant les réunions du conseil. Une fois de plus, Louis-Napoléon feignait l’indifférence attendant son heure. Leperroquet mélancolique raillé par le général Changarnier avait l’habitude d’attendre.

LA VIE AVENTUREUSE DE LOUIS-NAPOLÉON

Né aux Tuileries prince impérial, il avait été tenu sur les fonds baptismaux par son oncle Napoléon. Fils incertain de son père Louis Bonaparte1 mais petit-fils incontestable de Joséphine, il était un Beauharnais par son flegme et la douceur de son caractère. Il avait connu l’exil dès l’âge de cinq ans, navigant entre la Suisse, l’Italie, les États-Unis et l’Angleterre. Sa connaissance du monde et des langues étrangères le distinguait de la plupart des Français de son temps.

Ayant l’âme d’un aventurier, il avait participé au soulèvement de la Romagne en 1831 et tenté à deux reprises de renverser le trône de Louis-Philippe. À Strasbourg en 1836 comme à Boulogne en 1840, l’opération avait tourné au fiasco. Emprisonné au fort de Ham, il occupa son temps à étudier, à réfléchir et à espérer. Il rédigea en captivité son Extinction du paupérisme qui connût, à sa publication en 1844, un certain succès. Louis-Napoléon se voulait socialiste, c’est-à-dire soucieux du sort des ouvriers : l’État devait à ses yeux corriger les excès du capitalisme libéral.

Il finit par s’évader, en mai 1846, de façon rocambolesque sous le déguisement d’un ouvrier. Il y gagna le surnom de Badinguet, dont l’origine reste encore obscure aujourd’hui. Apprenant la révolution de 1848, il aurait dit : « La République est proclamée, je dois être son maître. »

BLEU ENTRE LES ROUGES ET LES BLANCS

Les élections de mai 1849 voyaient triompher le « parti de l’ordre » composé d’anciens monarchistes, les Bonapartistes n’étant guère qu’une trentaine. Les républicains modérés avaient été laminés pris entre le marteau « montagnard » des démoc-soc et l’enclume conservatrice. La peur du péril rouge rapprocha cependant la majorité parlementaire du Président. Mais Louis-Napoléon se voulait bleu entre les Blancs et les Rouges.

Dénonçant l’intervention française en faveur du rétablissement de Pie IX à Rome, l’extrême gauche descendit dans la rue. Ce fut sa perte. Le Président à cheval se fit acclamer dans les rues de Paris. « Il est temps que les bons se rassurent et les méchants tremblent » pouvait-on lire sur la proclamation présidentielle. L’État de siège lui permit de soigner sa popularité, notamment auprès de la troupe. Il commençait, par ailleurs, une série de voyages en province appelant à l’union autour des institutions républicaines.

D’un autre côté, il n’avait pas l’intention de devenir l’otage de la droite. Mécontent de l’attitude du pape qui avait adopté une politique réactionnaire, alors même qu’il devait sa restauration à la république française, Louis-Napoléon rompit avec la majorité conservatrice. Sous prétexte d’écrire à son cher Edgar Ney, il fit publier dans la presse un texte sans équivoque : « La République française n’a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne. »

LOUIS-NAPOLÉON CHAMPION DU SUFFRAGE UNIVERSEL

Odilon Barrot fut renvoyé et le nouveau cabinet dit ministère du 31 octobre 1849 se révéla plus malléable entre les mains du Président. L’absence d’un Président du conseil lui permettait enfin d’agir à sa guise. Le bonapartisme s’affichait plus ostensiblement :

« Le nom de Napoléon est à lui seul un programme ; il veut dire à l’intérieur ordre, autorité, religion, bien être du peuple, à l’extérieur dignité nationale. »

Très habilement, il laissa l’Assemblée voter le texte du 31 mai 1850 qui écartait du corps électoral la « vile multitude » comme disait Thiers. Comme il devait le confier à une amie :

« Quand l’Assemblée sera au-dessus du précipice, je couperai la corde. »

Il pouvait désormais se présenter comme le champion du suffrage universel. Dans le même temps, il ralliait des catholiques, satisfaits d’une politique favorable à l’enseignement catholique et au contrôle du clergé sur l’Université, tout comme les monarchistes fatigués de la rivalité stérile entre les Bourbons et les Orléans.

LA RÉVISION IMPOSSIBLE

Le Président multipliait les voyages : en quatre années, il devait visiter une cinquantaine de départements. Il inventait ainsi le rituel du voyage présidentiel avec son cortège de journalistes et ses visites organisées. L’accueil n’était pas toujours enthousiaste mais il subissait les cris hostiles avec philosophie et savait s’adapter à ses auditoires. Il avait le sens de la formule, déclarant à Saint-Quentin :

« Mes amis les plus dévoués ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas dans les lambris dorés, ils sont dans les ateliers, dans les campagnes. »

Si à Lyon, il se souciait des ouvriers malades ou trop âgés, à Cherbourg, il tenait le discours d’un homme d’ordre.

La bêtise provocatrice du général Changarnier, commandant militaire de Paris, lui permit de le révoquer le 9 janvier 1851. Il pouvait ainsi contrôler plus soigneusement l’armée. L’Assemblée votait aussitôt la défiance à l’égard du cabinet. Sans trop s’émouvoir, le prince-président constituait un nouveau cabinet de « techniciens » dont Eugène Schneider à l’Agriculture et au Commerce.

La perspective de l’élection présidentielle de 1852 était désormais dans tous les esprits. Faute de candidats crédibles, qui pouvait s’opposer à Louis-Napoléon, l’homme le plus populaire de France ? Ne fallait-il pas réviser la constitution pour éviter qu’elle ne soit bafouée par le suffrage du peuple ? La quasi-totalité des conseils généraux n’avait-il pas émis des vœux pour la réélection du Président qu’interdisait la constitution ?

Persuadé que la crainte du « spectre rouge » pousserait l’Assemblée à la révision, Louis-Napoléon espérait se maintenir au pouvoir légalement. Mais si une forte majorité s’était prononcée, le 19 juillet 1851, en faveur de la révision, elle était insuffisante. Aussi, quand Morny suggéra la voie du coup d’État, le Président répondit à son demi-frère : « J’y songe sérieusement. »

LE PRINCE-PRÉSIDENT

Pour mieux perdre l’Assemblée dans l’opinion, Louis-Napoléon demanda le rétablissement du suffrage universel mis à mal par la loi du 31 mai 1850. Le rejet, mais à une faible majorité, le convainquit définitivement de la nécessité du coup d’État. Il savait d’ailleurs ses adversaires déterminés à l’éliminer. Une partie de la droite songeait très sérieusement à une arrestation du Président combinée avec le retour des princes d’Orléans.

Le plan « Rubicon » déclenché le 2 décembre surprit cependant tout le monde. L’insurrection dans la capitale fut écrasée impitoyablement. Divers soulèvements en province, surtout dans le Centre et le Midi, subirent le même sort. Le sang avait coulé, ce que n’avait pas souhaité le prince-président soucieux d’unir sur son nom tous les Français. D’un autre côté, les conservateurs, vite effrayés par les récits des scènes de violence des « Rouges » en province, se rallièrent en masse au pouvoir.

Un plébiscite organisé dans une atmosphère de terreur, les 20 et 21 décembre 1851, légitima le coup de force. Une fois de plus, les campagnes votèrent massivement oui. « Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre » déclara Louis-Napoléon reconnaissant ainsi sa culpabilité.

Inspiré par la constitution de l’an VIII, la constitution du 14 janvier 1852 maintenait le régime républicain. Louis-Napoléon se voyait octroyer la présidence pour dix ans. Néanmoins le Président quittait l’Élysée et s’installait aux Tuileries, le palais des rois.

Un pas de plus vers l’Empire ? Mais Louis-Napoléon hésitait :

« Conservons la République ; elle ne menace personne, elle peut rassurer tout le monde. »

Cette république était autoritaire : la presse était mise sous surveillance. Le scrutin de liste était remplacé par le scrutin d’arrondissement. L’administration se chargeait de l’élection des candidats officiels. Il n’y eut que trois opposants élus en février 1852 mais l’abstention avait été très forte dans les grandes villes ouvrières comme Lille et Saint-Étienne.

EMPEREUR MALGRÉ LUI

Cependant, son fidèle complice des mauvais jours, Persigny, était résolu à le faire empereur malgré lui. Il organisa un grand voyage dans le Centre et le Midi, là où la résistance au coup d’État avait été la plus forte, pour mieux démontrer la volonté des Français de revenir à l’Empire.

Pourtant le voyage devait commencer tièdement, notamment à l’entrée dans le département de la Loire, le berceau de Persigny. Roanne reçut froidement le chef de l’État. Mais, à Saint-Étienne, tout changea et désormais les cris de « Vive Napoléon, Vive l’Empereur » allaient ponctuer le parcours présidentiel qui prit l’allure d’un cortège triomphal s’achevant en apothéose à Bordeaux où le préfet Haussmann avait fait les choses en grand. « La France semble vouloir revenir à l’Empire » constatait Louis-Napoléon.

La république était morte, pour la seconde fois, sous les coups d’un Bonaparte.

 

 

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 17:04

Contrairement aux affirmations des candidats à l’élection présidentielle, l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêchera pas le travail détaché.

 

 

La dernière grosse blague à la mode est d’affirmer (le débat télévisé de mardi l’a montré à nouveau) qu’il faut supprimer le système du travail détaché qui permet, depuis 1996, de faire travailler des travailleurs polonais en France, pour une durée limitée, avec un salaire français mais des cotisations sociales polonaises (on me pardonnera ce raccourci in concreto du sujet).

On a tous bien compris les arguments : il faut protéger les salariés français (qui rêvent tous, c’est bien connu, de faire le boulot qu’on confie aux Polonais) contre cette invasion dangereuse fondée sur un dumping social.

Présenté de cette façon, le débat est comprimé dans une seringue du même ordre que l’ubérisation et ses méfaits : alors vous avez le choix entre une société qui protège, qui prévoit, qui équilibre, qui partage, et, de l’autre côté, un repaire de vautours profiteurs qui mettent en danger des siècles d’acquis, de construction collective, de bien-être. Que préférez-vous ? Que les coupables lèvent le doigt.

SUPPRIMER LE TRAVAIL DÉTACHÉ, UNE BOMBE À RETARDEMENT

Maintenant, si on retourne le problème, chacun va comprendre les petits mensonges par omission véhiculés par les candidats qui s’empressent de réclamer la fin du travail détaché (et les raisons pour lesquelles il faut par avance ranger cette annonce de campagne dans les volumineuses archives des promesses non tenues).

Je ne relèverai même pas, ici, qu’aucun président de la République n’a le pouvoir de s’opposer à l’application d’une directive européenne sur son sol sans remettre en cause l’État de droit.

La seule véritable option qui existe est d’annoncer une renégociation de la directive, ce qui prendra le temps que ça doit prendre, sauf à expliquer aux Français que nous programmons un Frexit.

Mais supposons… imaginons que, dans un délai miraculeux, le candidat qui triomphe en mai 2017 obtienne tout de suite une remise en cause de la directive. Le voilà donc en train d’expliquer à ses partenaires européens qu’un travailleur d’un État-membre doit être soumis aux cotisations sociales de l’État qui l’accueille pour une mission de courte durée.

Cela signifie quoi ? qu’il va ouvrir des droits sociaux dans cet État d’accueil ? qu’il va devenir l’un des allocataires de son système de sécurité sociale ? qu’il perd temporairement ses droits sociaux dans son pays d’origine ?

Oui, bien sûr, supprimer le travail détaché au sens où les candidats à la présidentielle l’entendent signifie effectivement rattacher le travailleur en question au système de protection sociale du pays d’accueil. De cette façon, on harmonise les cotisations sociales et on évite le dumping.

L’EFFET CACHÉ SUR LES COMPTES SOCIAUX

On poursuit le raisonnement. Donc, un maçon polonais ou slovène ou bulgare, lorsqu’il vient sur un chantier en France, va consommer de la protection sociale en France. Il aura droit à nos remboursements maladie très généreux, à nos hôpitaux dont les personnels passent leur temps à pleurnicher sur le manque de moyens (en oubliant toujours de parler de leurs jours de congé pléthoriques) mais qui font rêver n’importe quel ouvrier d’Europe de l’Est.

Et comme la bêtise de la lutte contre le travail détaché sera poussée jusqu’au bout, il aura même droit au régime invalidité de sa convention collective en France.

Bref, pour le dire de façon cynique, ceux qui pensent que les cotisations sociales non payées par les travailleurs détachés en France sont une charge sans contrepartie ne tarderont pas à faire la triste expérience de leur incompétence, puisqu’ils sont en train de promouvoir l’ouverture de notre système de protection sociale au mauvais risque.

Qui sont en effet les travailleurs détachés ? Ceux qui, chassés par la misère de leur propre pays, acceptent des emplois ingrats, pénibles, épuisants, et mal payés en France. Et brutalement, on va leur dire : finalement, vous aurez les mêmes droits que les travailleurs français quand vous viendrez travailler chez nous, même pour six mois ou un an.

Ah ! ah ! mais c’est sûr que le gars, il fera tout pour ne pas retourner se faire soigner les yeux ou les dents en Pologne, en Bulgarie ou en Grèce. Il va en profiter pour récupérer la totale aux frais des cotisants français. Et pour un euro de cotisation versée par le travailleur détaché, on aura droit à deux euros de dépense de notre Chère Sécurité Sociale  déjà exsangue du fait de sa mauvaise gestion.

UN PETIT OUBLI SUR LES « ALLÈGEMENTS DE CHARGES »

On s’amuse par avance de cette pelote que nous déroulons sans hâte. L’histoire du dumping sur les emplois à faible qualification (ceux très majoritairement concernés par le travail détaché) est en effet une sorte de serpent de mer en France.

Quand j’étais à l’ENA (il y a quinze ans), je suivais des cours où l’on nous présentait des tableaux très bien faits sur le coût d’un pêcheur à Saint-Pierre-et-Miquelon (sous Sécurité sociale française) et sur le coût de son homologue Nord-américain. On comprenait tout de suite pourquoi l’activité de pêche à Saint-Pierre n’avait aucune chance de se développer.

C’est pour cette raison qu’on a inventé les allègements de charges sous 1,6 SMIC. Mes petits camarades de l’ENA me soutiennent encore aujourd’hui mordicus que le manque de compétitivité français, dû au coin « socio-fiscal », ne porte que sur les bas salaires.

Continuons sur le travail détaché : donc, l’alignement des travailleurs détachés sur les cotisations sociales françaises, sachant qu’il concernera des emplois majoritairement rémunérés au SMIC… ne rapportera rien à la Sécurité sociale. Mais il causera des dépenses, et des compensations de droit financées par l’impôt. Et voilà comment une mesure destinée à protéger les salariés français sera en réalité financées par les contribuables français.

Redisons-le, les milliards « d’allègements de charges » concédés aux entreprises sont compensés par l’État, c’est-à-dire par le contribuable, et essentiellement par des taxes sur les salaires. Donc, ce sont les employeurs de France qui paieront les cotisations des travailleurs détachés, officiellement alignés sur les cotisations françaises.

LES VRAIES RAISONS DU TRAVAIL DÉTACHÉ

Supposons que tout ceci advienne. Le travail détaché disparaitra-t-il pour autant ? Ce sera le moment de vérité. Entre un maçon français et un maçon polonais, à coût égal, qui l’employeur français choisira-t-il ?

Tous les employeurs connaissent déjà la réponse. Le maçon polonais qui, sachant qu’il a droit à la Sécurité sociale française en travaillant en France, se précipitera pour venir, avec sa motivation, son ardeur à la tâche, son envie de faire. C’est le grand tabou français.

Mais ceux qui recrutent sont bien placés pour savoir que la « protection » dont les salariés français bénéficient du fait des innombrables inventions légales, réglementaires, conventionnelles, les disqualifie dès lors qu’ils sont mis en concurrence avec des salariés étrangers non contaminés par cet état d’esprit délétère.

Mais, laissons les syndicalistes français nourris à la langue de bois tirer ce constat par eux-mêmes : l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêchera pas le travail détaché.

Bien au contraire. Et il faudra avoir l’honnêteté de s’interroger sur l’employabilité de nos ressortissants baignés dans une atmosphère de « luttes », d’acquis sociaux et de protection toujours plus importante.

COMMENT LA FRANCE PRÉPARE SON PROPRE SUICIDE

Reste à expliquer comment se passera la renégociation de la directive sur le travail détaché. Outre les contreparties que tous les pays qui font une utilisation intelligente de cette directive (comme l’Allemagne, qui fait baisser les coûts de ses filières les plus concurrentielles, notamment agro-alimentaires, de cette façon) demanderont, certains se frotteront les mains. Ils feront écrire noir sur blanc au nouveau Président français qu’un salarié français détaché en Pologne ou en Bulgarie relève désormais de la Sécurité sociale polonaise ou bulgare.

Quelle chance pour les employeurs français qui veulent délocaliser. Ils pourront désormais négocier les opérations de détachement à bas prix, sur le mode du : « où tu vas faire ce job en Bulgarie pendant six mois, pour un salaire bulgare, protection sociale comprise, ou tu pars ».

On s’en délecte par avance.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 14:45

Deuis quelques jours, toutes les options semblent possibles pour la présidentielle, d’un Le Pen – Macron à un Fillon – Le Pen ou un Fillon – Mélenchon !

 

À deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, les sondages se suivent et se ressemblent, actant tous un resserrement net des écarts entre les leaders historiques (Marine Le Pen & Emmanuel Macron) et les challengers (François Fillon au premier chef et, éventuellement, Jean-Luc Mélenchon). Au point de rendre tous les scénarios possibles pour le second tour.

QU’ANNONCENT LES SONDAGES SUR LA PRÉSIDENTIELLE ?

Si l’on prend la dernière livraison des sondages BVA, le duel annoncé avec insistance par les médias entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron reste d’actualité, puisqu’ils sont tous deux à 23%. Mais en baisse notable en une semaine, -1% pour Le Pen, -2% pour Macron. À l’inverse, les challengers François Fillon et Jean-Luc Mélenchon restent stables ou montent, à 19% tous les deux. Seul BVA met Mélenchon aussi haut (16% environ pour les autres instituts) mais avec les marges d’erreurs, 4 candidats peuvent rêver d’accéder au second tour.

Si l’on analyse la sûreté du choix mesurée par l’Ifop pour Fiducial, les électeurs de Marine Le Pen et de François Fillon sont les plus convaincus d’aller voter pour leur candidat, à respectivement 85% et 74%. À l’inverse, ils ne sont que 62% à être certains de leur choix pour Emmanuel Macron, le même niveau que pour Jean-Luc Mélenchon.

 

CE QUI POURRAIT BOULEVERSER L’ÉLECTION DANS LES PROCHAINES SEMAINES

Jamais sous la Ve République les sondeurs ne se sont trompés sur l’affiche du second tour à une distance aussi courte du premier tour (en prenant en compte les marges d’erreur bien sur). Autant dire que les probabilités d’un duel Macron – Le Pen au second tour restent majoritaires.

Mais… ce scrutin est aussi inédit, dans le sens où aucun des deux candidats en tête actuellement n’est issu des partis de gouvernement historiques en France, et aucun ne se réclame des deux camps classiques en France, la droite et la gauche. Tous deux représentent un saut dans l’inconnu qui pourrait effrayer beaucoup de votants.

Enfin, les sondeurs n’ont pas de point de comparaison pour redresser aussi finement que d’habitude leurs résultats. Cela n’invalide pas totalement les sondages, mais cela invite à prendre ces sondages avec un peu plus de prudence et de distance que d’habitude.

3 RISQUES EN VUE POUR EMMANUEL MACRON

La position d’Emmanuel Macron semble la plus précaire entre les deux candidats en tête actuellement. S’il a perdu 2 points en une semaine, c’est même 3 points en 15 jours selon BVA. Cela alors que le candidat bénéficie d’un alignement des planètes idéal, avec un candidat PS quasiment d’extrême gauche et un candidat LR englué dans les affaires. Il est aussi selon le même sondeur le candidat le plus souvent choisi « par défaut », par 33% de ses électeurs potentiels contre 23% pour la moyenne des candidats.

Les résultats électoraux des derniers mois, du Brexit à Donald Trump en passant par la « droitisation » de l’électorat en France ne plaident pas non plus pour lui, comme le notait très bien le journaliste Éric Dupin sur Slate : Emmanuel Macron est de facto le candidat des diplômés, des gens qui gagnent bien leur vie, des Parisiens, etc., de la France privilégiée en somme. Cet électorat qui a perdu dans la bataille Remain contre Leave pour le Brexit, cet électorat qui préférait Hillary Clinton à Donald Trump, etc. Même dans l’hypothèse d’un duel Le Pen – Macron au second tour, il y a fort à parier que la victoire facile annoncée à Macron par tous les médias depuis des mois ne sera pas si facile que ça.

Enfin, plus le scrutin se rapproche, plus la question des idées devient importante.

UNE POLARISATION DE L’ÉLECTORAT EN BONNE VOIE

Autre élément qui pourrait rebattre toutes les cartes de la présidentielle, les électeurs reviennent à leurs camps historiques : si François Fillon progresse, c’est surtout que ses électeurs « naturels » (sympathisants des Républicains) lâchent progressivement Emmanuel Macron et retournent à leur vote historique de centre droit. Il regagne du terrain chez les sympathisants LR, au détriment d’Emmanuel Macron. À 72% des intentions de vote chez les sympathisants LR, il fait une progression marquée de +5%. À cet égard, les soutiens de moins en moins voilés d’une large partie du PS à Macron semblent peser négativement sur ses intentions de vote.

Les militants fillonistes usent et abusent ainsi de l’argument, comme par exemple la page Facebook « Ridicule TV » animée par des soutiens du candidat LR et qui attaque régulièrement Macron comme héritier direct de François Hollande, avec un certain succès (1,4 million de vues pour cette vidéo) :

De même, une autre page anti Macron, « Emmanuel Micron », attaque l’ancien ministre de Hollande sur la base de ses soutiens majoritairement à gauche, jusqu’au PCF (Robert Hue) :

ET MÉLENCHON ALORS ?

Suite aux débats télévisés, la hausse de J-L Mélenchondans les sondages est indéniable. Mais peut-elle suffire pour perturber le duo (voire le trio) de tête Le Pen – Macron – Fillon ?

 

 L’exercice de prédiction est de haute voltige mais différents éléments plaident contre cette théorie. Au premier chef le fait qu’il faudrait que Mélenchon prenne au moins 3% à Benoît Hamon pour arriver aux niveaux des deux premiers. Ce qui mettrait Benoît Hamon à 5% des suffrages, un niveau difficilement concevable. Enfin, à 59% de sûreté dans le choix, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est le plus instable des 4 premiers candidats selon BVA. Il a donc bien plus à perdre qu’à gagner dans les jours qui vont précéder le 1er tour…

 

Une seule chose est sûre, les Français nous réservent des surprises, et ne devraient pas accepter si facilement le duel vendu avec insistance par Saint-Germain-des-Prés depuis des mois ! Fin du suspense dans deux semaines…

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 08:31

Il ne suffit pas pour choisir un candidat à une élection présidentielle de regarder une sinistre farce télévisée rassemblant les onze prétendants.

 

L’étalage médiatique des pratiques financières parlementaires a tellement perturbé la campagne présidentielle que son niveau est désormais proche de zéro. Le dernier débat rassemblant les onze candidats a permis d’atteindre le fond, du moins espérons-le.

Confusion, agressivité destinée à exister médiatiquement, superficialité des propos, tout y était. Personne ne sait si ce sont les chaines de télévision qui entraînent les politiciens dans ce spectacle de mauvais goût ou si les politiciens utilisent la télé pour ne pas être oubliés.

Mais il s’agit bien de spectacle et non d’information. Devant son écran, le public attend la faute de l’un, l’attaque de l’autre, comme si le plateau était une arène romaine. Les jeux du cirque sont devenus moins sanglants mais n’ont pas disparu.

GAUCHE ET LIBERTÉ

Dans une société libre, la politique doit se garder de ressembler à un spectacle. Sa place doit être limitée mais éminente. Limitée car l’envahissement normatif et financier de la société globale par le politique conduit à une sorte de tyrannie qui ne dit pas son nom.

Pour la gauche, on le sait, « tout est politique » car la démocratie consiste à construire un modèle qui sera imposé à l’ensemble des citoyens au nom du principe de majorité.

Démarche potentiellement totalitaire à laquelle adhère clairement Philippe Poutou, Nathalie Artaud et même Benoît Hamon  voire Jean-Luc Mélenchon,. Chacun d’entre eux propose de violenter la société actuelle pour l’emmener vers un avenir  hypothétique.

DROITE ET RÔLE LIMITÉ DU POLITIQUE

Pour la droite, au contraire, la société existe en dehors du politique. Le rôle des politiciens consiste à gérer l’existant, à le faire évoluer souplement et avec un minimum de contraintes imposées d’en haut par le pouvoir.

Les politiciens ont davantage pour rôle d’accompagner les évolutions qui prennent naissance dans le corps social que de proposer des modèles théoriques à expérimenter. François Fillon se rattache à cette conception.

L’exemple historique du mariage homosexuel en France permet de concrétiser cette idée. Instaurer l’union civile des homosexuels, au-delà même du PACS, aurait sans doute rencontré des oppositions assez limitées.

Instituer un « mariage pour tous » en brutalisant tous ceux pour lesquels le mariage a un fort contenu religieux ne peut que créer des ruptures et des conflits.

Il est possible d’accorder des droits nouveaux, donc de faire progresser la liberté, en respectant les convictions profondes de nombreux citoyens. Trop pressée d’imposer des modèles théoriques, la gauche a beaucoup de mal à l’admettre.

GÉRER LES CONFLITS, TROUVER DES COMPROMIS

S’il doit rester limité, le rôle des politiciens n’en est pas moins éminent car nos sociétés complexes doivent trouver des compromis pour exister.

Voilà bien la fonction essentielle des gouvernants d’aujourd’hui : parvenir à concilier des aspirations et des intérêts divergents, anticiper les conflits et, s’ils surviennent malgré tout, savoir arbitrer pacifiquement.

Une vision globale et synthétique claire est nécessaire pour cela, mais aussi une expérience qui ne s’acquiert qu’avec le temps et la pratique gouvernementale.

Si Donald Trump se heurte à tant d’oppositions et suscite tant de réactions négatives, c’est bien parce qu’il lui manque la culture et l’expérience.

 

En France, Emmanuel Macron possède incontestablement la culture nécessaire pour gouverner, mais l’expérience lui fait défaut.

CRITÈRES GÉNÉRAUX DE CHOIX

Il ne suffit pas pour choisir un candidat à une élection présidentielle de regarder une sinistre farce télévisée rassemblant les onze prétendants. Il ne suffit pas non plus d’examiner minutieusement les programmes de chacun et de les comparer, exercice utile mais insuffisant. Il faut répondre à quelques questions simples, très générales mais essentielles :

1. Quel est le projet souhaitable ? Nouveau modèle de société ou gestion rigoureuse et pragmatique ? Politique envahissante (ambitieuse diront certains) ou politique modeste (cautionnant l’existant diront certains) ?

2. Quel est le gouvernant le plus apte ? Deux qualifications de base sont nécessaires : la maîtrise de tous les grands sujets politiques et économiques (la culture) et une expérience de l’exercice du pouvoir (le savoir-faire).

3. Face à une situation grave et imprévue (troubles sociaux, terrorisme de masse), un dirigeant doit être capable de faire face. Son action passée constitue un indicateur.

4. Enfin, question essentielle : faut-il voter utile ? Faut-il, au contraire, voter pour protester ou se faire plaisir ? La sociologie politique est cruelle et certains candidats n’ont aucune chance de devenir Président. Voter pour eux, est-ce renoncer à avoir une influence ?

Ces critères de choix ne sont certainement pas suffisants, mais ils permettent de faire un tri efficace. Bien sûr, les notions d’expérience, de culture politique, de capacité de réaction face à l’imprévu comportent une part de subjectivité. On peut, par exemple, considérer que Macron ou Hamon ont suffisamment d’expérience ou non. Sans la subjectivité, tout serait vraiment simple.

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 16:55

Et si les électeurs aimaient Jean-Luc Mélenchon seulement pour son agressivité et son insolence ?

Depuis la nuit des temps, les hommes aiment assister à des combats de gladiateurs et hurlent de plaisir lorsque l’empereur lève son pouce, en attendant le verdict de vie ou de mort ; l’issue finale des combats étant toujours cette dernière, à laquelle les participants étaient préparés. Ils saluaient d’ailleurs les empereurs par ces mots : Ave imperator, morituri te salutant ! (ceux qui vont mourir te saluent).

De nos jours, dans les pays qui autorisent la peine de mort, les exécutions sont publiques, car elles permettent aux victimes d’obtenir la réparation et assouvir leur désir de vengeance. Ce droit des victimes est consacré par les lois et assuré par la société.

CANALISER LA VIOLENCE AUTREMENT

Aujourd’hui, cette violence inhérente à l’homme est canalisée autrement : les sports de combat, les corridas, les jeux vidéo, la lecture de polars, les séries télévisées retraçant des enquêtes criminelles, les chants nationalistes lors des matches de football, les peplums glorifiant les exploits des gladiateurs.

Elle est la seule explication à la montée fulgurante de François Bayrou dans les sondages à l’occasion de l’élection présidentielle en 2002, après qu’il ait giflé un enfant lui ayant fait les poches devant les caméras. C’est également cette soif de violence qui explique le récent succès de  Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, au détriment de deux autres partis légitimes de l’extrême gauche aux candidats fort sympathiques.

LES PEUPLES ONT LES DIRIGEANTS QU’ILS MÉRITENT

Un proverbe oriental dit que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Les électeurs voteront donc pour le candidat qui leur ressemble.

C’était très éloquent dans le cas de Nicolas Sarkozy, le symbole par excellence de la culture des masses : au vin il préfère le Coca-Cola ; plutôt que la musique classique, il apprécie Chimène Badi, Calogero ou encore l’émission The Voice ; cinéphile, il éprouve sans doute une préférence pour les films en 3D, au lieu de se rendre au musée.

La mondialisation a contribué à la démocratisation de la culture, où la culture des masses prend sa revanche sur celle des élites. Ainsi, le livre de Dan Brown, Da Vinci Code, est truffé d’erreurs historiques et semble être une version quasi contrefaite du célèbre roman du sémiologue italien Umberto Eco, Le nom de la rose.

RESSEMBLER À SES ÉLECTEURS

Et pourtant, cet ouvrage n’est lu que dans les cercles intellectuels, alors que le film, reprenant uniquement l’enquête criminelle, a eu un important public. Le livre, lui, a été un best-seller mondial, son auteur a utilisé des phrases courtes, sans jeux de mots, faciles à comprendre pour le plus grand nombre. Tout le monde ne peut pas être sémiologue et saisir la subtilité.

Pour être élu, le candidat idéal doit donc ressembler à ses électeurs, être un « homme du peuple » et apporter la réponse à leurs aspirations les plus profondes.

Et si les électeurs aimaient Jean-Luc Mélenchon seulement pour son agressivité et son insolence ?

AGRESSIVITÉ ET INSOLENCE

Quelle différence existe-t-il entre les phrases « Casse-toi pauvre con » et « Dégage, dehors ! » ? La première, prononcée par Nicolas Sarkozy lors du Salon de l’agriculture, a fait couler beaucoup d’encre, car il était alors le chef de l’État ; la deuxième, prononcée par Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence de presse en 2012 et adressée à un militant lui posant la question de savoir pourquoi Marine Le Pen ne s’était pas exprimée à la Fête de l’Humanité, n’a pas fait beaucoup de bruit ; il n’était alors qu’un simple candidat à la présidentielle. Les deux phrases sont pourtant très similaires.

Le sigle de La France Insoumise, la lettre φ (phi) issue de l’alphabet grec, évoque la philosophie et l’érudition de son fondateur, aimant citer Shakespeare lors de ses discours. « Je suis le bruit et la fureur », martèle-t-il, assumant son « goût pour le conflit » et voulant réformer la France à sa manière… en oubliant que ces célèbres mots de Macbeth se terminent par « … qui ne signifient rien ». La France a-t-elle besoin d’un président philosophe, lorsqu’il vaut mieux embaucher un expert-comptable pour redresser ses comptes publics ?

LE PROGRAMME DE LA FRANCE INSOUMISE

Quid du programme de La France Insoumise ? Il repose sur le protectionnisme économique, la nationalisation de « biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie » ainsi qu’une copie du Glass Steagall Act datant de 1932 pour contrôler la finance ; des mesures testées par le passé dans les pays autoritaires qui ont fait faillite derrière le Rideau de fer. Seul le droit de révoquer un élu semble être une avancée démocratique, et mériterait le soutien des Français.

Beaucoup d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne voteront pas pour lui parce qu’ils sont convaincus par ses idées. Ils le feront pour le simple plaisir de le voir dans l’arène moderne de l’hémicycle ou du parlement européen, tel un gladiateur, insulter les Eurodéputés et les chefs d’États étrangers pour montrer enfin au monde entier que la France est toujours, n’est-ce pas, une grande puissance.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres centriste @PartiRadical
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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 15:36

Le débat pour la présidentielle d'hier soir démontre deux choses : notre pays est bien malade, et les politiciens qui prétendent le soigner sont pour la plupart eux mêmes des grands malades voire des charlatans.

 

Hier soir, les 11 candidats à l’élection présidentielle se sont affrontés sur les plateaux de télévision, sous la houlette plus ou moins bienveillante de la fine fleur du journalisme français.

Ce débat au format inédit, à la fois difficile à gérer en termes de temps de parole, d’échanges, en raison du nombre de candidats et sa durée (environ 4 heures !) ne pouvait aboutir qu’au pire. Et ça n’a pas manqué !

7 MOMENTS SURRÉALISTES

1. Jean-Luc Mélenchon cite Karl Marx, et regarde avec empathie les Trotskistes qui déroulent leur texte à ses côtés. Nous voilà de retour dans un amphi de fac de lettres en compagnie des différentes sectes et agitateurs de cafétéria qui confondent romantisme boutonneux et totalitarisme sanglant.

2. Le même Mélenchon apparaît presque comme un modéré au milieu des différents représentants de l’extrême gauche : Arthaud, Poutou, mais aussi Hamon parfois, Cheminade souvent, Asselineau par inadvertance et Dupont-Aignan par opportunisme.

3. Un consensus semble s’être dégagé contre les banques parmi la plupart des candidats, même si, dans le détail, ils avaient du mal à se déterminer par le véritable ennemi à abattre ( l’Europe, le secteur privé, la mondialisation, etc.) : les banques, une fois de plus comme par magie, sont devenues le bouc émissaire commode.

Par exemple, Nicolas Dupont-Aignan se sert de leur mauvaise réputation pour accuser le candidat Macron, qui vient de la banque Rothschild, d’avoir démantelé les entreprises françaises (?).

Rappelons pour mémoire qu’il s’agit d’un moyen constant utilisé par la classe politique pour se défausser de ses responsabilités : depuis plus de 40 ans, ce n’est pas la finance apatride et vagabonde qui nous pousse à la banqueroute, aux emprunts toxiques et au refinancement des banques en faillite, mais bien le même personnel politique.

4. Philippe Poutou, le représentant d’une des « sectes » trotskistes présentes sur le plateau de télévision1 n’a pas compris qu’il n’était pas dans un bistrot, et que les propos de comptoir en économie, en politique ou sur les candidats ne convenaient pa à un débat visant à la magistrature suprême.

5. La présence de Jacques Cheminade au milieu de ce beau monde nous a rappelé que les Trotskistes n’avaient pas le monopole du discours groupusculaire à tonalité gauchiste (et à la limite du complotisme quand il s’agissait de parler des États-Unis).

6. Le social-démocrate Benoît Hamon s’est fait discret, et n’a semblé vouloir jouer que sur les trois cordes usées d’un PS coincé dans les années 80 : l’antiracisme, la dépense publique et « J’aime les fonctionnaires ». Ça ne marchait déjà plus à la fin des années 90, ça ne pouvait pas marcher en 2017.

7. Que diable faisait Jean Lassalle, à la fois aérien et incompréhensible, au milieu de tout cela ?

L’impression générale laissée par les échanges entre candidats est un instantané des problèmes politiques, économiques et sociaux graves que rencontre notre pays aujourd’hui : la surenchère dans les promesses de dépenses publiques, qu’elles se justifient par le populisme, les différentes espèces de protectionnisme, la fossilisation des services publics ou encore la défense de la sacro-sainte protection sociale a fait presque oublier le principal.

FAILLITE ET DETTE PUBLIQUE

Le pays est en faillite et la taille de la dette publique ne s’effacera pas magiquement, sauf peut-être dans les discours de Mélenchon ,  Poutou ou Le Pen. En d’autres termes, à écouter les politiques, l’économie française n’est pas en crise, l’argent coule à flots, pas d’inquiétude, il suffit d’aller se servir là où il se trouve. Le terrorisme et la crise de l’ordre public sont des problèmes tellement mineurs qu’un candidat a même proposé de désarmer les policiers…

Pour l’historien intéressé par les solutions politiques qui ont toutes été testées, et qui ne fonctionnent pas, la soirée fut riche en enseignements : démocratie directe, mandats impératifs, plébiscites ripolinés en « 49. 3 citoyen », retour au modèle social des années 60 ou encore nationalisations massives.

Nos candidats ont tous en tête la France d’hier, ou même d’avant-hier.

Ce débat, du début jusqu’à la fin, planait totalement à des années-lumière des réalités sociales et économiques du XXIe siècle.

La crise de notre modèle social et politique est aussi celle de la sélection de ses élites politiques.

Pour le prochain débat, sil y a prochain débat, surtout Ne réglez pas votre poste de télévision, vous êtes bien en 2017, et pas quelque part dans les années 30…

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