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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 19:37

Pardon pour cette platitude mais le succès d’Emmanuel Macron c’est avant tout l’expression d’un désir de renouvellement de notre classe politique. Je ne crois pas, si vous me permettez cette hypothèse personnelle, que la plupart de ses électeurs aient voté pour son programme et je suis même convaincu que très peu l’ont lu.

Emmanuel Macron est avant tout l’incarnation de ce que nombre de nos concitoyens attendent : une nouvelle tête — un candidat dont les débuts en politiques n’ont pas été photographiés en noir et blanc— et, à tort ou à raison, une rupture avec le système politique hérité de la Libération.

Et c’est précisément ça qui a, je crois, tué la candidature de François Fillon. Face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, lors de la primaire, il pouvait aisément passer pour le candidat du renouvellement de la droite et ce, d’autant plus qu’il tenait à l’époque un discours très libéral au regard de ce à quoi nous sommes habitués de la part des Républicains.

FILLON ET LE « SYSTÈME »

Seulement voilà : non seulement son discours s’est nettement normalisé dès sa désignation mais le flux incessant d’affaires le concernant n’a que trop rappelé aux électeurs ce « système » dont, justement, ils ne veulent plus.

Alors oui, sans doute y a-t-il dans la candidature d’Emmanuel Macron une dimension opportuniste : il a senti l’air du temps, il a tenté sa chance et ça a marché.

Vous pouvez le lui reprocher mais n’oubliez pas, toutefois, que c’est exactement ce qu’a fait François Fillon aux primaires de la droite, que Jean-Luc Mélenchon a suivi exactement le même plan d’action4 et que Marine Le Pen, en bonne héritière du business paternel, n’a pas eu à se donner cette peine. C’est ainsi : la politique est une affaire de marketing et il faut être d’une naïveté confondante pour y voir l’expression des convictions sincères des candidats.

LA FIN D’UNE ÈRE ?

S’il ne faut pas, dit l’adage, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, on est tout de même tenté de parier sur une fin prochaine des grands appareils politiques du XXème siècle — la SFIO et le RPF.

Si ce dernier pourrait encore se relever de la défaite de François Fillon au prix d’un aggiornamento spectaculaire — en clair : en renouvelant ses têtes de files et en cessant, une bonne fois pour toutes, de faire le grand écart entre son centre gaulliste et ses ailes conservatrices et nationalistes — le futur du Parti dit Socialiste semble bien sombre.

Beaucoup de commentateurs — souvent à droite — ont vu dans l’émergence d’En marche une stratégie géniale orchestrée par les éléphants du PS ou par François Hollande lui-même.

MACRON UN NOUVEAU HOLLANDE ?

L’idée, en substance, est que l’aile centriste du PS aurait délibérément abandonné le parti aux « frondeurs » pour mieux renaître, blancs comme neige, dans la formation d’Emmanuel Macron tandis que Benoît Hamon se partagerait le vote de la gauche de la gauche avec Mélenchon et quelques autres comiques troupiers. Je suis pour le moins dubitatif. De fait, personne n’a abandonné quoi que ce soit : Benoît Hamon a simplement remporté la primaire de gauche face à Manuel Valls.

Devinant probablement ce qu’il adviendrait de la candidature de Benoît Hamon, Emmanuel Macron s’est engouffré dans la brèche ; récupérant ainsi les suffrages de l’aile modéré du PS, d’une bonne partie du centre et même du centre-droit.

On peut bien sûr imaginer que les éléphants et même François Hollande l’aient encouragé en ce sens mais de là à présenter Macron comme un simple pion il y a un gouffre. À titre personnel, je pense que le fondateur d’En marche a réussi une OPA magistrale sur tout le centre gauche et que c’est une grave erreur de le sous-estimer.

Or, c’est une excellente nouvelle. Ça signifie que le paysage est désormais entièrement recomposé : les scories de la vielle aile gauche marxisante — principalement Mélenchon et ce qui reste du PS — font désormais leurs vies seules dans leur coin et qu’une gauche moderne (en espérant que ce ne soit pas la même quun parti qui a oublié son congrès fondateur de Suresnes) et potentiellement libérale est en train de voir le jour en France.

Enfin ! Avec un peu de chance et encore une fois si je ne me trompe pas En marche pourrait devenir notre New Labour et Macron, un véritable Tony Blair à la française. En soi c’est un motif de réjouissances.

LA STRATÉGIE DE L’IMMOBILISME

J’ai entendu plusieurs fois, depuis deux jours, des déçus du clan Fillon déclarer qu’ils voteraient le Pen au second tour. Leur stratégie, en substance, semble se fonder sur l’idée selon laquelle l’héritière de Saint Cloud n’aura aucune majorité parlementaire sur laquelle s’appuyer ce qui, selon eux, la forcera à l’immobilisme pendant 5 ans. C’est, à mon sens, de la folie pure et simple.

Qu’Emmanuel Macron ne soit pas un grand libéral, j’en conviens volontiers. Reste qu’il l’est nettement plus que le Parti Socialiste et même que les Républicains. J’entends bien vos commentaires sur le programme de Fillon que vous jugez meilleur mais, d’une part, j’ai quelques doutes sur la conversion tardive de votre candidat favori et, par ailleurs, il est désormais éliminé.

UN CANDIDAT DE CENTRE-GAUCHE RAISONNABLE

Le choix qui s’offre à nous, aujourd’hui, c’est un candidat de centre-gauche somme toute tout à fait raisonnable et une Marine Le Pen qui non seulement pourrait bien trouver suffisamment de soutiens pour mettre une partie de son programme délirant à exécution mais dont la seule élection suffirait à mettre le pays à feu et à sang.

Ne jouez pas, je vous en conjure, avec le feu et ce d’autant plus que les scores de Marine le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas, contrairement à ce que j’ai lu, le produit de la seule présidence de François Hollande mais celui de quatre décennies d’immobilisme, de reproduction endogame de l’élite politique et de compromis clientélistes.

De gauche, comme de droite. Une cohabitation — à supposer qu’elle ait lieu — avec Marine le Pen à la présidence, c’est la dernière chose dont nous ayons besoin : des deux candidats en lice, le seul à être capable de rassembler au-delà de son parti et de faire, comme on dit, bouger les lignes, c’est Macron.

Je vais donc voter pour Emmanuel Macron sans la moindre hésitation. Je vais le faire non pas parce que je crois en lui mais parce que dans l’alternative qui nous est offerte, c’est — et de très loin — la meilleure option.

Une chance, fût-elle infime, c’est toujours mieux qu’aucun espoir. Ma ligne de conduite sera celle de Frédéric Bastiat en son temps : peu importe qu’une politique soit labellisée de gauche ou de droite ; je soutiendrai les bonnes et m’opposerai aux mauvaises

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 12:19

Quand la Présidentielle 2017, génèrera plus que probablement un troisième tour !!!

Décidément, ces élections ne sont comparables à nulle autre. Oh, bien sûr, la Cinquième République aura eu précédemment son lot de surprises, mais jamais scrutin n’aura semblé aussi ouvert, aussi imprévisible que celui qui s’annonce dimanche. Mais au-delà de la surprise de dimanche soir, il restera cependant quelques invariants.

Ces invariants sont esquissés, à demi-mots, quel(le) que soit l’élu(e) désigné(e), la France devra ainsi toujours se coltiner une dette abyssale, un système de retraite archaïque, un niveau de prélèvement stratosphérique, une panoplie de services publics de plus en plus déglingués et des partenaires sociaux, tant côté patronal que salarial, englués jusqu’au cou dans les paradigmes idéologiques d’un autre siècle.

Bref, le nouvel occupant de l’Élysée aura fort à faire s’il compte effectivement appliquer son programme.

Pour Macron et Fillon, la question mérite d’être posée puisque l’un comme l’autre ont montré une certaine pusillanimité, tant lorsqu’ils étaient aux commandes de leurs portefeuilles respectifs que pendant la campagne où ce qu’ils proposaient a été sujet à des variations notables d’une semaine à l’autre.

Pour Mélenchon et Le Pen, on ne doute guère qu’ils voudront effectivement appliquer le bricolage rigolo pour enfants déficients qu’ils ont l’audace d’appeler programme. Mais des éléments extérieurs pourraient bien les en empêcher vivement : l’un comme l’autre, ennemis fièrement annoncés de la finance apatride capitaliste ultralibérale turbo-mondialisée (qui sonne foutrement mieux que « les étrangers » ou « les bourgeois », vous me l’accorderez), n’en sont pas moins à préconiser une relance vigoureuse des dépenses publiques à grands renforts d’argent des autres, ceux-là même qu’ils entendent combattre. Cela promet d’ores et déjà quelques petits moments surréalistes lorsqu’il faudra composer avec les ennemis (Hollande, le joyeux fossoyeur de ces élections, en sait d’ailleurs quelque chose et pourra filer quelques tuyaux de xyloglotte à nos deux tribuns ).

Mais dans tous les cas, que le peuple français ait pioché dans les clowns extrêmes ou les ointstièdes, tout le monde semble oublier, pour le moment en tout cas, ce troisième tour social qui a fait la spécificité et tout le charme de la République française, une, indivisible, citoyenne et festive.

 

Eh oui : une fois élu, le nouveau locataire devra impérativement faire avec les contingences évidentes du pays. Or, cela promet quelques parties de plaisir, vu l’état déplorable dans lequel Hollande l’a laissé (et même si ce dernier affirme le contraire, toute honte bue et avec l’aplomb consternant que seuls les cuistres et les cyniques peuvent prodiguer).

Mélenchon président, c’est l’assurance que tous les petits pioupious de la République, maltraités par la gauche demi-molle et « turbolibérale » de Hollande, viendront pleurnicher aux portes du palais présidentiel pour réclamer la fin des hostilités. Jamais les sprinklers à pognon ne seront ouverts avec autant de vigueur et l’intermittence du spectacle n’existera plus : il sera permanent, chamarré et dans toutes les rues. Les baltringues et troubadours de l’indigence économique seront de sortie, cela va ripailler sévère les premières semaines.

Marine présidente, c’est un festival de hurlements de toutes les pleureuses médiatiques, de tout ce que l’administration, l’Éducation, la Culture ou la Justice contiennent de fiers résistants à l’hydre faââasciste qui combattront, soyez en sûrs, la trop grande fécondité du ventre de la beuhête immonheudeu. Le troisième tour social prendra toutes les formes possibles, grève incluse.

Si, avec Mélenchon et Macron, on peut raisonnablement parier sur la continuité d’un tranquille développement de la lutte permanente pour la « justice sociale », permettant à coup sûr d’importer des États-Unis la fine fleur des « penseurs » de ces théories fumeuses dans nos campus, nos entreprises et nos politiciens, l’avènement d’un Fillon ou d’une Le Pen à l’Élysée promettent que cette même herbe folle se mette immédiatement à entrer en transe, ses hurlements montant rapidement dans les ultrasons. Il n’est absolument pas exclu de constater des actions de plus en plus violentes, ces adulescents aux hormones mal contrôlées n’étant pas à un paradoxe près.

 

Mais il ne faudrait pas se réjouir trop vite d’une élection de Fillon ou Macron.

 

L’un comme l’autre seront des présidents élus avec une base extrêmement fragile.

Pour Macron, la majorité parlementaire semblera difficile à réunir.

Pour Fillon, tout le monde s’interrogera, presse et justice en premier, sur la réelle légitimité de ce président aux nombreuses casseroles (réelles ou montées de toutes pièces, peu importe ici). Mais en définitive, chaque tentative de « réforme », aussi timide soit-elle, risque de jeter sur les routes et sous les pavés français des hordes de mécontents pas du tout d’accord avec cette version de la démocratie qui leur impose, zut et flûte, un président vraiment pas comme ils l’avaient prévu.

Autrement dit, si l’été permettra peut-être de ménager un couloir sans trop d’actions merguezo-syndicales, rassurez-vous : septembre 2017 promet déjà de belles luttes (pas du tout finales) pour les acquis saucissiaux du pays qui imposent des grillades dès qu’il s’agit de toucher aux 35 heures, à la retraite, aux dépenses publiques, aux impôts des uns et des autres, ou lorsque le fumet de la gamelle redistributive est par trop appétissant.

On l’aura compris : le troisième tour social aura bien lieu. Ce pays est trop fracturé, trop tendu, trop déchiré par trop de courants antagonistes pour que le quinquennat du prochain élu se passe en douceur ou avec l’assentiment des foules. Bien avant de désigner un gagnant, cette élection fournira une armée de déçus qui, quel que soit son camp, n’entendra rien laisser passer à celui qui aura décroché la queue du Mickey au manège présidentiel.

On sait qu’on aura droit à des manifestations, des protestations fortes, des débordements, des bras de fer plus ou moins légitimes, plus ou moins propres, plus ou moins lucides. Tout aussi certainement, on sait que les forces vives de la nation, ses artisans, ses (auto)entrepreneurs, ses commerçants petits ou grands, ses indépendants, ses professionnels un peu, moyennement ou beaucoup « uberisés », ses bénéficiaires de l’économie numérique ou ses victimes, ses écoles et crèches privées, j’en passe tant et plus, on sait que ceux-là deviendront inaudibles dans le brouhaha qui promet de s’installer dans ce troisième tour social, alors même que ce sont eux qui, tous les jours, créent les richesses que les actuels candidats entendent pourtant distribuer avec plus ou moins de générosité.

 

La France de mai 2017 promet d’être agitée.

A Suivre .....RdV en septembre .......

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 09:47

A qui se fier pour pronostiquer le résultat du premier tour de la présidentielle ? Aux instituts de sondage ou aux bookmakers ?

 

Depuis des décennies, les sondages font partie intégrante des élections. Ils permettent au grand public de connaître la tendance qui se dégage en amont d’un scrutin, et parviennent, la plupart du temps, à en prédire l’issue de manière relativement précise. Cependant, s’ils sont à peine congratulés en cas de bons résultats, leur fiabilité peut être rapidement remise en cause en cas d’échec, comme ce fut notamment le cas pour le Brexit. Ironie du sort, la concurrence est justement venue d’outre-Manche, les bookmakers anglo-saxons étant de plus en plus pris au sérieux.

LES INSTITUTS DE SONDAGES : UNE POSITION PEU CONTESTÉE

Le sondage d’opinion tel que nous le connaissons est apparu au milieu des années 30 aux États-Unis. L’American Institute of Public Opinion, fondé par Georges Gallup, parvient à prédire, à partir d’un échantillon représentatif, la victoire de Franklin Roosevelt à l’élection présidentielle de 1936. Deux ans plus tard, l’institut IFOP réalise le premier véritable sondage sur le sol français, en demandant l’avis de la population concernant les accords de Munich, tout juste signés.

Depuis lors, les sondages ont été relativement peu contestés, faute de concurrence dans leur domaine. Allant de résultats justes en petites déconvenues, ils sont longtemps apparus, dans l’esprit de beaucoup de gens, comme des indicateurs fiables.

Mais les instituts de sondages, qu’ils soient français ou étrangers, traversent actuellement une période difficile, dans la mesure où la plupart d’entre eux ont échoué à prévoir l’issue de certains événements importants, tels que l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis ou le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Grâce à l’émergence d’internet, les sites de paris, de plus en plus prisés, semblent en revanche devenir une alternative.

UNE CONCURRENCE INATTENDUE

Les premiers « bookmakers en ligne » font leur apparition au Royaume-Uni à la fin des années 1990. Si, en premier lieu, ils se spécialisent uniquement dans les paris sportifs et hippiques, ils se sont grandement diversifiés avec le temps. De plus en plus, les bookmakers anglo-saxons proposent en effet aux parieurs en herbe de jouer sur tout et n’importe quoi, du prénom du prochain enfant du couple princier britannique au potentiel de destitution de Donald Trump. Cette variété de propositions inclut aussi le résultat de certaines élections, comme celles qui se profilent en France.

En France, les seuls paris autorisés sont les paris sportifs et hippiques. Un site semble toutefois avoir trouvé une autre voie. Il s’agit d’Hypermind, une plateforme en ligne qui se qualifie de marché prédictif. Comme une société cotée en Bourse, chaque prévision y est ainsi cotée sous forme d’actions d’une valeur allant de 0 à 100 : les parieurs échangent ces actions sur un marché, à un prix fixé par l’offre et la demande, jusqu’à ce que les prévisions soient avérées ou non. Si cette dernière est juste, la plateforme rachète alors chaque action à la valeur maximum.

Les prévisions de cette plateforme sont donc plus fiables que celles proposées par un site de paris classique, dans la mesure où le but final n’est pas d’enrichir le bookmaker. C’est un vrai marché prédictif, comme il en existe aussi aux États-Unis. Sa particularité est que les paris n’impliquent pas d’argent réel, ce qui est interdit par la loi. On est ici face à une forme de serious game.

SONDEUR OU BOOKMAKER : QUELLE FIABILITÉ ?

La question de « qui est le plus fiable », entre le sondeur et le bookmaker, se pose alors. En effet, si les paris en ligne peuvent non seulement apparaître comme une alternative aux sondages d’opinion traditionnels, ils semblent même pouvoir se révéler plus sûrs dans un certain nombre de cas de figure.

En premier lieu, les bookmakers doivent prendre des précautions, dans la mesure où ils sont financièrement impliqués dans les cotes fixées. Un échec engendrerait une perte financière évidente, ce qui n’est bien évidemment pas recherché. À l’inverse, les sondeurs ne sont pas directement affectés de manière financière, mais peuvent en revanche souffrir d’un discrédit auprès de l’opinion publique en cas d’erreurs à répétition.

Les bookmakers sont aussi bien plus à même de recueillir des avis honnêtes, à l’inverse des sondages. Les opinions radicales ne s’assumant souvent pas aisément, sur le terrain comme au téléphone, le parieur aura moins de retenue à choisir le candidat pour lequel il veut voter s’il joue de manière anonyme sur Internet. Les réponses sur les sites de paris en ligne sont donc souvent très représentatives des résultats finaux du scrutin.

À la décharge des instituts de sondages, on pourrait penser que les paris en ligne ne reflètent pas des opinions politiques mais bien des certitudes sur le candidat qui va l’emporter. Mais selon le directeur du site jourdegalop.com :

 

« Psychologiquement, il est difficile de parier pour la victoire d’un homme politique dont on pense qu’il gèrera mal le pays. »

Dans les faits, les bookmakers semblent même incarner une meilleure alternative que les sondeurs. Si le Brexit n’était donné gagnant par aucun des deux « partis », certains bookmakers avaient prévu l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, ce qui n’était le cas d’aucun institut de sondages.

L’échéance à venir en France sera donc déterminante pour les sondeurs. Si, en ce moment, les cotes proposées par les sites de paris en ligne semblent refléter les chiffres fournis par les sondages actuels, un troisième concurrent émerge : le Big Data. La société canadienne Filteris et l’application mobile Gov, qui en font partie, commencent à faire entendre leur voix en proposant des types de sondages inédits… et dont les résultats vont à l’encontre de tout ce qui a été réalisé jusqu’à présent.

 

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans politique asnieres
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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 10:34

Une fois les élections passées, rares seront les promesses tenues. Parce que les politiques ont bien plus intérêt à mentir qu’à « parler vrai », mieux vaut donc consacrer son temps libre à la pêche ou au tir sportif qu’à écouter leurs boniments.

 

Je voudrais montrer ici que ce n’est pas par malice que le politicien professionnel ment sur la possibilité de réalisation de son programme, mais qu’il s’agit plutôt d’un effet nécessaire et structurel de la séparation de la temporalité politique propre au scrutin majoritaire en deux moments distincts, celui de la conquête du pouvoir et celui de son exercice. Le premier moment demande de convaincre le plus d’électeurs possible, tandis que le second suppose la rétribution des membres de la coalition électorale gagnante en fonction des biens disponibles.

Ces biens, qu’ils soient matériels et déclinables en termes d’avantages fiscaux, juridiques, de position ou de financement, ou en termes moraux et symboliques, n’existent que par l’exploitation des individus qui constituent la société civile. En effet, comme la politique par elle-même ne produit rien, son existence dépend de la captation des ressources qu’elle prélève au sein de la société civile. De ce fait, les transferts qu’elle met en place se font toujours à la fois au bénéfice d’une classe d’individus et au détriment d’une autre ponctionnée.

CONQUÉRIR LE POUVOIR

L’homme politique en démocratie a tout intérêt à convaincre et mobiliser le plus d’électeurs possible afin d’être porté au pouvoir. C’est pour cette raison qu’il va multiplier les appels du pied aux coalitions, groupes d’intérêts et autres factions qui fourmillent au sein de la société civile. En proposant des avantages à une multitude de petits groupes fortement identifiés et mobilisables au détriment du plus grand groupe qu’est la majorité de la population, le politicien maximise ses chances d’être élu.

Pourquoi s’adresse-t-il en priorité à une multitude de petits groupes motivés plutôt qu’à la majorité des électeurs prise comme un tout ? La réponse, assez simple, nous est fournie par Mancur Olson. Plus une coalition d’intérêts est large, moins les individus qui la forment ont intérêt à s’y investir : le bénéfice individuel espéré en intégrant le collectif décroît en fonction du nombre d’individus qui la rejoignent. Inversement, plus le groupe est petit, plus l’investissement individuel paraît rentable parce que limitant les comportements improductifs. En politique, ça se traduit comme il suit : le politique en s’adressant à la majorité prise comme un tout diminue ses chances de mobiliser l’électeur même en promettant la lune là où une segmentation intelligente de son marché électoral (retraités, fonctionnaires, industriels, etc.) augmente ses chances d’accéder aux magistratures suprêmes.

Constituer une majorité devient donc pour le politicien l’art de « coaliser les coalitions » en leur promettant à toutes des cadeaux électoraux (ou des biens politiques).

EXERCER LE POUVOIR

Seulement, après la campagne électorale, ça se complique. D’un côté, il y a les vaincus, qui ne peuvent espérer aucun bénéfice, mais qui doivent au contraire s’attendre à supporter le coût matériel, moral et symbolique des avantages attribués aux groupes d’intérêts gagnants, et de l’autre, les vainqueurs, qui vont désormais s’astreindre à rétribuer les affidés en essorant le plus de perdants possible.

En effet, pour augmenter les bénéfices des différents individus coalisés pour gagner, la « coalition de coalitions » a tout intérêt de se réduire au minimum syndical. En limitant le nombre de personnes à rétribuer, elle augmente mécaniquement la part individuelle de bénéfices de chacun de ses membres, puisque dans le même geste, elle augmente le volume de la coalition perdante qui va servir de vache à lait4.

Ajoutons à cela que les biens recherchés par les coalitions en compétition au moment de l’élection sont relativement rares pour beaucoup de prétendants. Il y a forcément beaucoup moins de biens politiques disponibles que de coalitions à rétribuer, ce qui accroît à la fois la compétition au sein même de la coalition gagnante pour les obtenir et la valeur respective desdits biens.

BAVARD PENDANT LA CAMPAGNE, AVARE PENDANT SON MANDAT

Ainsi, le politicien en campagne promet au plus possible de coalitions d’intérêts et de collaborateurs et s’empresse de revenir sur ses promesses une fois le poste convoité obtenu afin de maximiser sa fonction d’utilité. Bien entendu, on peut imaginer que nos politiciens nationaux ne raisonnent pas en ces termes, et que contrairement aux autres professions, l’altruisme et le sens du devoir priment sur l’ambition et l’appât du gain au pays enchanté de la politique.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est le genre de pari que la plupart de nos concitoyens prennent chaque fois qu’ils se déplacent aux urnes. Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’en suis venu à penser qu’il est plus raisonnable de croire aux licornes et aux fantômes.

 


 

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres humanisme education philosophie
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 07:33

Les déboires judiciaires de François Fillon feront-ils enfin prendre conscience aux politiciens qu’il est judicieux de doter la France d’un véritable pouvoir judiciaire indépendant, car c’est parfois bien utile, quand on est dans l’opposition ?

 

Je m’empresse de préciser, à l’attention des suppôts de Fillon très actifs en ce moment sur le Net, que mon propos revêt un caractère général et que je l’illustre par la situation de leur champion seulement parce qu’il constitue un excellent révélateur de la nécessité réformer l’articulation des pouvoirs. Singulièrement d’organiser enfin l’indépendance des parquetiers.

FRANÇOIS FILLON VICTIME DE LA SOUMISSION DU PARQUET AU POLITIQUE

Depuis le 24 janvier dernier et les premières révélations par la presse du financement singulier de la PME Fillon ayant conduit à l’enquête du PNF puis à la saisie de trois juges d’instruction, François Fillon, par ailleurs incontestable « fashion victim », n’a eu de cesse de reconnaître ses « erreurs » passées (employer femme et enfants à prix d’or sur fonds publics, accepter des « cadeaux », des « prêts sans intérêts » fort tardivement remboursés), sans jamais tirer les conséquences pratiques de ses actes de contritions cathodiques. Parallèlement, François Fillon se déclare victime d’une « tentative d’assassinat politique », puis d’un « coup d’Etat institutionnel venu de la gauche ». Bref d’une justice partiale.

 

Force est de constater que lorsque, à l’inverse, François Fillon ambitionne de faire perdre le sommeil à tous ceux qui étaient à l’origine de la révélation de son mode de vie sardanapalesque, en se fondant sur quelques lignes d’un livre, Bienvenue Place Beauvau, le PNF s’empresse de refuser de se saisir. « Les affirmations du livre sont trop imprécises et manquent trop d’étai pour pouvoir justifier l’ouverture d’une enquête préliminaire », explique le procureur national financier, Éliane Houlette.

François Fillon découvre empiriquement qu’il n’est pas sain que le parquet ne soit pas indépendant du pouvoir politique.

FRANÇOIS FILLON BÉNÉFICIAIRE AUSSI DE LA SOUMISSION DU PARQUET AU POLITIQUE

Dans la famille Fillon, on aime les belles caisses. Papa craque littéralement pour les Ferrari– prêtée par de riches mécènes de son temps libre-, plus modeste, fifils se contente de jouer avec le 4×4 Toyota de papa. Le 9 mai 2009 sur la rocade de Rennes Fillon fils frôle un scooter et oblige sa conductrice à mordre le bas-côté pour éviter le choc. Le fils Fillon refuse de s’arrêter et gratifie la jeune femme d’un élégant doigt d’honneur.

Après la plainte déposée par Guylène G. aide-ménagère et mère de trois enfants qui s’est vue poussée par jeu et a cru “sa dernière heure arrivée”, le chauffard a été vite identifié. Et l’enquête encore plus vite classée.

Envoyé devant le délégué du procureur qui prononce un simple “rappel à la loi”, Fillon fils « accepte de payer le coffre à bagages du scooter endommagé, même s’il n’a pas le sentiment de l’avoir abîmé, et veut bien réfléchir à une indemnisation ». Et de préciser que “sa réponse parviendra sous huitaine avec ou sans chèque”.

Finalement, le fils Fillon bien élevé a envoyé une lettre à la victime. Il regrette de lui avoir fait peur, mais refuse le principe même d’une indemnisation car il y a eu dans les médias une utilisation de l’incident “qui n’est pas acceptable”. « Pour l’heure, le procureur de Rennes n’a rien trouvé à y redire, souligne le Canard ». En 2009, François Fillon était Premier ministre.

FRANÇOIS FILLON FAVORABLE À LA SOUMISSION DU PARQUET AU POLITIQUE

François Fillon candidat à l’élection présidentielle de 2017, s’était initialement déclaré en faveur d’une « justice indépendante ». Il prônait notamment « l’impartialité et l’indépendance des juges du siège », « une plus grande autonomie du parquet ». Il suggérait de « nommer les magistrats du parquet sur proposition du gouvernement avec avis conforme du CSM », ce qui a été la pratique constante des gardes des Sceaux du quinquennat Hollande.

Mais, si le candidat Fillon plaidait pour « une plus grande autonomie du parquet », il exposait dans le même temps qu’il faut « répondre en même temps à l’exigence de maintien d’un lien organique avec le pouvoir exécutif issu du jeu démocratique pour s’assurer que la volonté du peuple en matière de justice pénale soit appliquée et respectée ». C’est parfois bien pratique en effet un parquet qui devance les desideratas- exprimés ou implicites- du pouvoir du moment.

Nul ne peut évidemment se réjouir que les ennuis judiciaires du candidat « de la droite républicaine » contraigne aujourd’hui son épouse, Penelope, à devoir mettre son réveil à l’heure où la France qui travaille se lève. Toutefois, il est bon que, de temps en temps, un politicien de carrière, devenu « hors sol », car il a cessé de partager le sort des Français, touche du doigt la réalité de ses concitoyens. Pour rappel, François Fillon, à 63 ans, est élu depuis 35, « en politique » depuis 42, selon les calculs de Philippe Pascot (Allez (presque tous) vous faire…, p. 129).

Désormais, les justiciables du quotidien, dont le sort indiffère au plus haut point les hommes politiques, ne peuvent qu’espérer que les tribulations judiciaires de François Fillon feront enfin prendre conscience à l’ensemble du personnel politique (nos chères édiles) qu’il est judicieux de doter la France d’un véritable pouvoir judiciaire et d’un parquet indépendant, car c’est parfois bien utile, quand on est dans l’opposition.

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 20:41

Un essai de sociologie électorale qui vous réserve des surprises sur les principaux critères qui expliquent le vote Front National en France.

 

QUELS SONT LES TERRITOIRES EN DIFFICULTÉ SOCIALE ?

Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère. Du coup, le vote FN y est moins important.La carte des difficultés sociales de la France en 2013 montre qu’elles présentent de grandes similitudes géographiques. Ce sont à peu près les mêmes territoires où sévit le chômage, où les jeunes n’ont pas de diplômes, où la pauvreté est la plus élevée et où les familles monoparentales sont les plus nombreuses. Nul hasard à cela car ces problèmes font système en se renforçant les uns les autres : les jeunes sans diplôme risquent le chômage beaucoup plus que les autres, les chômeurs sont plus pauvres que la moyenne, le chômage est un ferment de dissolution des liens sociaux, en particulier des liens familiaux, ce qui entraîne des ruptures et donc la multiplication des familles monoparentales, dont 35 % sont au-dessous du seuil de pauvreté. En cherchant à venir à bout de l’une de ces difficultés, on rencontre inévitablement les autres.

 

ANGOISSE SOCIALE ET VOTE FRONT NATIONAL : UN ESPACE EN COMMUN MAIS PAS D’AUTOMATISMES

 

Les difficultés sociales vont souvent ensemble. On peut construire la carte d’un indice à partir des taux de chômage, pauvreté, jeunes sans diplôme et familles monoparentales, en donnant le même poids à chacun d’eux. Elle montre les zones les plus en difficultés : un grand Nord-est, une large bordure méditerranéenne et la vallée de la Garonne entre Bordeaux et Toulouse. Inversement, le grand Ouest, une partie du sud-ouest et le Massif Central connaissent moins de problèmes.

Cette géographie est assez proche de celle des suffrages obtenus par le Front national aux diverses élections depuis 1984. Il serait cependant inexact d’en déduire que ce vote est celui des pauvres et des laissés pour compte. Ces derniers s’abstiennent le plus souvent. On doit plutôt constater que c’est le vote des régions pauvres, celles où beaucoup craignent les accidents de la vie car ils voient leurs proches atteints par eux.

 

LES GRANDES VILLES MOINS ENCLINES AU VOTE FN MALGRÉ DES PROBLÈMES SOCIAUX AIGUS

C’est dans les petites communes (bandes verticales sombres), là où les difficultés sociales sont relativement moins fortes, que le FN fait ses meilleurs scores.

En comparant plus attentivement la carte des difficultés sociales et celle des votes FN, une importante différence apparaît : le vote frontiste est plus faible dans les villes et particulièrement dans les grandes agglomérations que dans leur périphérie alors qu’inversement, les problèmes sociaux y sont plus aigus. Le fait apparaît avec plus de clarté quand on dessine l’évolution des quatre difficultés cartographiées plus haut et celle du vote FN, selon le nombre d’habitants des communes : plus ce dernier est important, plus faible est le vote FN, mais plus répandues les quatre difficultés.

Ceci montre que les électeurs choisissent plus en fonction de leurs perspectives d’avenir que de leur situation réelle. Dans les zones éloignées du centre, les habitants se sentent oubliés et ont l’impression de ne pas pouvoir changer leur situation. Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère. L’air de la ville rend libre disait-on déjà au Moyen-âge à propos des cités.

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 19:16

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Raymond Poincaré, dont l’élection a soulevé l’enthousiasme et qui fut le dixième président de la République française.

SUIte

 

UNE TERRIBLE RESPONSABILITÉ MORALE

Le Matin du 18 janvier 1913 saluait ainsi le nouveau président de la République : « L’assemblée nationale a élu l’homme que souhaitait la nation. »

« Je crois habiter la maison des morts »

déclarait pour sa part Poincaré, fidèle lecteur de Dostoïevski, en entrant à l’Élysée.

Ministre de Sadi Carnot, Félix Faure et Armand Fallières, Raymond Poincaré savait mieux que quiconque ce qu’était la magistrature présidentielle : « la vie de représentation et d’apparat, de formalisme et de niaiserie. »

Cette fonction là, Poincaré l’assumait pourtant avec brio, visitant treize villes en 1913. Il y pratiquait cette éloquence encyclopédique résumée ainsi par A. Dansette3 :

« Je vous connais, je sais votre labeur. Vous vivez dans une commune de tant d’âmes, qui comprend tant d’hectares. Tant de fermes qui possèdent tant de bétail, produisent annuellement une moyenne de tant de quintaux de blé, de tant de quintaux d’avoine, etc… »

Vincent Auriol, virulent journaliste socialiste, écrivit à l’occasion de la venue du président à Toulouse :

« Les socialistes ont combattu et combattront toujours cette caricature d’empire que nous subissons et dont nous verrons aujourd’hui une manifestation. Ils se dressent avec énergie contre tout ce qui tend à réveiller le sectarisme et le nationalisme dont la faiblesse de M.Poincaré semble se faire une propagande… Nous attendrons, nous, attristés et patients, la fin de la parade. »

LE PRÉSIDENT N’EST PAS SEULEMENT EN REPRÉSENTATION

Mais Poincaré espérait néanmoins modifier les choses en sa faveur. Son message inaugural aux chambres du 18 février 1913 ne trompait pas.

« L’amoindrissement du pouvoir exécutif n’est pas dans les vœux de la France.(…) Nos paroles de paix et d’humanité auront d’autant plus de chance d’être écoutées qu’on nous saura mieux armés et plus résolus. »

Mais il ne pouvait guère s’imposer lors des conseils des ministres où son ton cassant déplaisait. En revanche, lors des conversations avec les ministres, sa parfaite connaissance des dossiers lui permettait d’exercer une influence certaine. Il pesa de tout son poids pour faire voter la loi étendant à trois ans le service militaire. Après la chute de Briand, il fit appel à Barthou puis à Doumergue, tous partisans de cette prolongation.

Les élections de 1914 virent la gauche radicale et socialiste triompher. La nouvelle majorité adressa un avertissement au président. Poincaré se le tint pour dit mais appela Viviani qu’il savait favorable à la loi de trois ans.

L’Entente cordiale continuait avec le successeur d’Édouard VII. En juin 1913 Poincaré avait fait le voyage de Londres et George V lui avait rendu la politesse en avril 1914.

« POINCARÉ LA GUERRE » ?

Le 16 juillet 1914, Poincaré et Viviani s’étaient embarqués sur le cuirassé France pour se rendre à Cronstadt. Le séjour en Russie du 20 au 22 juillet allait prendre une importance considérable. L’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo avait déclenché un processus dangereux. Le discours de fermeté de Poincaré conforta les Russes dans leur volonté de soutenir la Serbie.

La responsabilité de Raymond Poincaré dans le déclenchement de la grande guerre resta ainsi toujours discuté. N’avait-il pas poussé la Russie à faire la guerre à l’Autriche ? Pour l’extrême-gauche, il fut Poincaré-la-Guerre.

Les Autrichiens avaient habilement attendu le départ du président de la République pour envoyer leur ultimatum à la Serbie. Une fois en mer, Poincaré ne pouvait plus discuter avec le Tsar et empêcher le conflit. De retour à Paris, le président apprenait la mobilisation russe.

Les Français étaient partagés entre leur désir d’éviter la guerre et celui de ne pas perdre leur seul allié fiable. Devant la faiblesse coutumière de Viviani, le président de la République allait jouer un rôle décisif lors des conseils des ministres qui se succédèrent.

L’UNION SACRÉE

Dans son message aux assemblées du 4 août 1914, Raymond Poincaré sut trouver les mots qui convenaient :

« La France vient d’être l’objet d’une agression brutale et préméditée qui est un insolent défi au droit des gens…

Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale.

Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique. »

L’expression Union sacrée devait bientôt être adoptée par tous. Tout ce qui divisait devait être mis de côté. À la fin de la séance, les Chambres décidaient de s’ajourner sine die et s’en remettaient au gouvernement pour la conduite de la guerre, permettant ainsi aux députés mobilisés de rejoindre leur affectation sous huit jours. Tout le monde croyait alors à une guerre courte et victorieuse.

Mais l’Union sacrée devait avoir plus de mal à se manifester au sein du gouvernement. Viviani attendit le 26 août pour faire entrer Briand comme vice-président du conseil avec deux socialistes, Marcel Sembat et Jules Guesde. La droite restait à la porte.

LA GUERRE, UNE CHANCE POUR LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ?

La capitale menacée par l’avance allemande, Poincaré et certains ministres souhaiteraient néanmoins rester. « Monsieur le président, déclara Gaston Doumergue, ministre des colonies, le devoir est parfois de se laisser accuser de lâcheté. » Le 2 septembre, le gouvernement se repliait sur Bordeaux, l’ennemi n’étant plus qu’à une trentaine de kilomètres de la capitale. Poincaré s’installait à la préfecture de la Gironde. Il devait rentrer à l’Élysée le 10 décembre. Décidément, la guerre allait durer.

Raymond Poincaré profitait de la situation pour étendre ses prérogatives par petites touches. Il intervint dans la composition des cabinets et reçut directement des délégations parlementaires. En conseil des ministres, il se mit à intervenir pour exprimer son point de vue. Lors des mutineries de 1917, son refus d’user du droit de grâce marquait sa volonté d’appuyer la répression en opposition avec le ministre de la Guerre.

Mais ses visites aux troupes et aux régions dévastées ne remportèrent pas un franc succès. Il avait cru devoir adopter un costume de circonstance : vareuse et culotte de drap bleu, manteau à pèlerine, casquette. Cette tenue de chauffeur de maître lui donnait une image franchement ridicule. Timide et guindé, il ne savait pas trouver les mots nécessaires pour parler aux poilus. Sa popularité s’effrita sensiblement.

Joffre le traitait avec indifférence et mépris. Après le départ du président et sa suite, venu à Chantilly, le 5 juillet 1915, le généralissime se permit cette réflexion : « Ouf ! les voilà partis ! Nous aurons huit jours de tranquillité. » Mais quand Poincaré put se débarrasser de Joffre, il contribua au choix de Nivelle qui ne devait guère se révéler heureux !

À partir de janvier 1915, les Chambres siégèrent en permanence. D’abord avec les commissions puis avec des comités secrets, les parlementaires exercèrent désormais un contrôle tatillon sur l’activité gouvernementale.

POINCARÉ ET BRIAND

Si Poincaré avait pu conserver une certaine influence sur les affaires gouvernementales avec le cyclothymique Viviani, il n’en alla pas de même quand celui-ci se retira. Plus ou moins contraint de choisir son ancien « ami » Briand, le président de la République se retrouva mis sur la touche. Aristide Briand multiplia les conseils de cabinet et réduisit les conseils des ministres.

Dans ses Mémoires, Poincaré devait présenter le président du conseil sous un jour peu flatteur. À en croire le président de la République, le chef du gouvernement quittait le conseil pour flâner et fumer ses cigarettes. Mais quand le 9 décembre 1916, Briand vint présenter la démission de son gouvernement, Poincaré dut avouer :

« Non, vos collègues peuvent vous remettre leur démission à vous, mais je ne puis accepter la vôtre ; vous avez la confiance de la Chambre. »

Il lui demanda de prendre « quelques hommes énergiques et compétents ».

Quand le 18 mars 1917 Briand se retira, toute la presse lui tressa des lauriers. Après les intermèdes Ribot et Painlevé, le président n’eut plus guère le choix. Les désastres de 1917 et l’arrivée au pouvoir des bolcheviks en Russie réclamaient un homme fort à la tête du gouvernement. Dès le 4 septembre, le président de la République songeait au Tigre : « Ah ! si Clemenceau était moins impulsif et moins léger ! »

POINCARÉ ET CLEMENCEAU

Clemenceau n’avait pourtant guère ménagé Raymond Poincaré :

« M. Poincaré invente des costumes, des couvre-chefs et dit des choses convenues à un signe donné. Il imite à la perfection le vivant… »

avait écrit Clemenceau dans son journal le 6 août 1917. Mais Poincaré faisait passer les intérêts du pays avant son amour-propre : « Clemenceau me paraît, en ce moment, désigné par l’opinion publique ».

Finalement, Clemenceau se montra très aimable : « Je ne prendrais aucune décision sans causer avec vous. » Seuls les socialistes votèrent contre le nouveau cabinet. Mais une fois saisi du pouvoir, le Tigre allait gouverner seul, ne consultant pas les ministres et encore moins le président de la République. Poincaré se retrouvait « prisonnier de l’Élysée ».

Résolu à être le seul maître, Clemenceau n’hésita pas à accuser Raymond Poincaré d’être coupable de « pacifisme » pour avoir rencontré le prince Sixte de Bourbon-Parme, frère de l’impératrice d’Autriche. Inquiet de la perspective d’un retour de Briand aux affaires, Clemenceau reprochait à Poincaré de trop recevoir le député de la Loire. Abasourdi, le président rétorqua : « Autant essayer de marier l’eau et le feu ».

Le 8 octobre 1918, Clemenceau menaça de démissionner, demandant au président de la République de ne plus lui écrire pour ne pas le gêner dans son action. Poincaré dut s’humilier devant ce président du conseil aveuglé d’orgueil.

MOI, JE N’EXISTE PAS

Avec la victoire, pour un moment, tout fut oublié. À Metz, en décembre 1918, sur l’esplanade, Poincaré remit le bâton de maréchal de France à Pétain.

Le président de la République se tourna alors vers Clemenceau : « Et vous aussi, il faut que je vous embrasse. »

« Bien volontiers » répondit le chef du gouvernement. Ils s’embrassèrent sous les acclamations d’une foule enthousiaste.

Poincaré notait cependant amer :

« Pour tout le monde, Clemenceau est le libérateur du territoire, l’organisateur de la victoire. Seul il personnifie la France. Foch a disparu ; l’armée a disparu. Quant à moi je n’existe pas. »

Surtout, les négociations de paix séparèrent de nouveau les deux hommes. Raymond Poincaré jugeait les garanties obtenues par la France insuffisante : il souhaitait le contrôle de la rive gauche du Rhin. Il avait écrit :

« Je ne puis ni prononcer un mot, ni faire un geste. Je suis une âme sans corps. Si, par malheur, nous subissions une paix mauvaise ou médiocre, toute la honte en rejaillirait sur moi. »

Clemenceau estimait la garantie solidaire du Royaume-Uni et des États-Unis suffisante. Poincaré resta silencieux à cette annonce. Il songea à démissionner. Deschanel, président de la Chambre, lui suggéra de porter le différend devant l’opinion. Mais Poincaré n’était pas homme à aller sur ce terrain là.

FIN OU RENOUVEAU ?

À l’expiration de son mandat, Raymond Poincaré se refusa d’en solliciter un second. Soulagé, il enleva son frac et confia : « Ma carrière commence. » Il n’avait d’ailleurs pas attendu la fin de son septennat pour accueillir sous la coupole le maréchal Foch en simple uniforme d’académicien et pour se faire élire sénateur de la Meuse.

Il n’était pas question pour lui de se retirer de la vie politique. Raymond Poincaré devint l’homme providentiel, le recours, fonction que les Français adorent confier à un illustre vieillard. Deux fois président du conseil (en 1922 puis en 1926), il fit occuper la Ruhr pour obtenir le paiement des Réparations puis « sauva » le franc qui perdit simplement 80 % de sa valeur.

Sa santé périclitant, il se retira définitivement en 1929. Lui qui avait inauguré tant de monuments aux morts repose simplement dans le petit cimetière de Nubécourt, là où étaient enterrés ses parents. Dans un carré privé, sa tombe est parmi les autres tombes de la famille avec leurs curieuses stèles métalliques à plaque de marbre.

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 19:13

 

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Raymond Poincaré, dont l’élection a soulevé l’enthousiasme et qui fut le dixième président de la République française.

 

 

L’élection de Raymond Poincaré (Bar-le-Duc, Meuse, 20 août 1860 – Paris, 15 octobre 1934) marquait l’échec de Clemenceau l’habituel « faiseur de rois » de la Troisième république. Poussant la candidature de Pams, l’homme du papier à cigarette Job, le Tigre avait essayé de décourager Poincaré de tenter l’aventure. « Vous êtes trop jeune » avait susurré, patelin, le député vendéen.

Mais Aristide Briand était de son côté résolu à pousser Poincaré. Il voyait en lui le président des temps orageux qui s’annonçaient : il en avait le ton, la tenue, l’autorité. Que pesait en comparaison l’insignifiant Pams ? Il sut user de ses bonnes relations avec les catholiques pour les faire voter en faveur d’un candidat qui pourtant n’était marié que civilement. D’un autre côté, il adjurait la gauche républicaine de s’unir : « il faut qu’il soit l’élu de l’unanimité républicaine. »

Au deuxième tour, Poincaré l’emporta nettement sur Pams : 483 voix contre 296. Il devenait le dixième président de la République. Clemenceau ne devait jamais le pardonner à Briand. Il quitta Versailles, pâle, lèvres serrées, mains dans les poches, canne en l’air.

Loin de l’indifférence qui avait accueilli l’élection d’Armand Fallières, celle de Poincaré souleva l’enthousiasme. À Paris, des drapeaux tricolores étaient promenés, on chanta la Marseillaise.

Contrairement à une légende mal fondée, l’élection de Raymond Poincaré n’était pourtant pas celle d’un homme de droite : il appartenait encore à la gauche républicaine et avait été dreyfusard. Mais le vote en sa faveur de parlementaires de droite, notamment Albert de Mun, lui fut beaucoup reproché.

Comme il devait l’écrire :

« Je ne me sentais aucun goût pour un rôle que je reconnaissais et dont j’admirais la grandeur mais qui, ne comportant aucune responsabilité légale, laissait forcément à celui qui l’exerçait peu d’initiative et d’indépendance. »

Il savait qu’il se condamnait à sept ans de mutisme et d’inaction.

Mais la Grande Guerre allait donner une tonalité dramatique à son septennat.

RAYMOND POINCARÉ, UN FRANÇAIS DE L’EST

Bourgeois policé et raffiné, Poincaré était cependant un homme de la campagne. Français de l’Est, il restait attaché à Bar-le-Duc, cette petite ville lorraine qui l’avait vu naître. Dans ses veines coulait le sang d’une « bourgeoisie laborieuse aux horizons sûrs mais limités. » Son père était un ingénieur des Ponts et chaussées républicain, adversaire du Second Empire. Lorrain, Poincaré avait l’amour de la patrie chevillé au corps. Il avait souffert de voir la maison familiale réquisitionnée par des officiers prussiens en 1870. Mais il n’était pas le revanchard belliciste fabriqué de toutes pièces par certains esprits imaginatifs.

Enfant, il s’intéressait déjà à la politique, se voulant « président » dans les jeux avec ses camarades. Adolescent, il avait vu à l’assemblée de Versailles les gloires de l’époque : Thiers, Jules Simon, Pouyer-Quertier. Et puis n’était-il pas né un jour d’élections législatives ?

Mais avant la politique, sa grande ambition avait été de devenir le premier avocat de son temps. Il fut au moins le grand avocat d’affaires de la Belle époque.

UN BOURGEOIS PEU CONFORMISTE

Comme d’autres, il avait écrit de la poésie dans sa jeunesse et devait conserver l’amour de la littérature. Il avait défendu Zola qu’il admirait. « Il n’y a en littérature d’autre immoralité que de mal écrire. »

Ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, il devait d’ailleurs élever l’écrivain naturaliste au grade d’officier de la Légion d’Honneur.

Il fréquentait Alphonse Daudet et Edmond de Goncourt. Sa remarquable plaidoirie en 1900 sauva le projet d’Académie Goncourt1. Aussi avait-il vécu son élection à l’Académie française en 1909, malgré la minceur de son œuvre littéraire, comme un triomphe personnel. Il avait du braver l’hostilité des académiciens de droite. Il s’y montrera assidu notamment pour la rédaction des articles du Dictionnaire.

Ce bourgeois n’était donc pas si conformiste que cela. N’avait-il pas épousé civilement, en 1904, Henriette Benucci, veuve et divorcée ? Le mariage religieux ne devait être célébré qu’après son élection présidentielle.

CE SURDOUÉ EST UN LABORIEUX

Sous un physique ordinaire et une stature médiocre, se cachait néanmoins un tempérament d’exception à la carrière étonnamment rapide. Chef de cabinet à 25 ans, conseiller général à 26, député à 27, ministre à 33, il avait profité du discrédit des hommes en place suite au scandale de Panama. Il devait rester toute sa vie l’homme sérieux mais dénué de charisme. « Tout est clair, tout est ordonné, tout est logique. C’est le temple de la raison. »2

Mais ce surdoué de la politique et du prétoire, ce « premier de la classe » était en réalité un laborieux. Il n’était pas un improvisateur, préparant soigneusement discours comme plaidoiries, étudiant à fond les dossiers. Selon la formule vacharde de Clemenceau, « un homme qui a le cœur bourré de dossiers. »

UNE CARRIÈRE POLITIQUE SOUS LE SCEAU DE LA PRUDENCE

Pourtant après ses brillants succès, dégoûté par la vie parlementaire et soucieux de gagner sa vie au barreau, il renonça au pouvoir pendant dix ans. Il passa de la Chambre des députés au Sénat en 1903. Il s’y sentait plus à l’aise. La Haute assemblée convenait mieux à son caractère distant. Mais alors qu’il avait réussi à faire échouer la présidence du conseil offerte par Loubet en 1899, il accepta la proposition de Fallières en 1912.

L’homme avait toujours été prudent. Ses collègues du Palais ricanaient en le voyant quitter la robe pour assister à une séance de la Chambre : « Il court s’abstenir ! » Comme l’a écrit Reinach : « on ne savait exactement ce qui lui manquait de qualités ou de défauts pour être un homme d’État. »

Au moment de l’Affaire Dreyfus, il attendit la mise en jugement du colonel Picquart pour prendre parti dans une intervention mémorable à la Chambre, le 28 novembre 1898, avant de soutenir le gouvernement Waldeck-Rousseau.

LA PRÉSIDENCE DU CONSEIL, MARCHEPIED DE L’ÉLYSÉE

Après la crise d’Agadir qui avait vu l’Allemagne et la France au bord de la guerre, Raymond Poincaré apparût comme l’homme qui alliait sagesse, autorité et compétence. Le président Fallières lui demanda donc de constituer le nouveau gouvernement. Briand était devenu le Garde des Sceaux et le numéro 2 du cabinet. Poincaré était d’ailleurs tombé sous le charme « un peu félin » de son ministre de la Justice.

Les deux hommes étaient très dissemblables. Avec son sens de la formule, Clemenceau avait dit :

« Poincaré sait tout mais il ne comprend rien. Briand ne sait rien mais il comprend tout. »

Entre le Lorrain soigné, austère, cultivé, travailleur mais peu imaginatif et le Nantais nonchalant, négligé, inculte mais sensible et intuitif, une étrange alliance s’était constituée.

Le gouvernement comptait aussi Alexandre Millerand à la Guerre, Delcassé à la Marine, Albert Lebrun aux Colonies et Léon Bourgeois au Travail. Poincaré témoignait ainsi de son désir de « grouper dans un même sentiment toutes les fractions du parti républicain. »

La confiance était obtenue sans problème, les socialistes et la droite préférant s’abstenir.

À la conférence de Londres, le 21 décembre 1912, Poincaré prononça un discours qui fit du bruit. « Nous demeurons fermement déterminés à défendre nos intérêts et nos droits, (…) et à sauvegarder par-dessus tout, cette chose intangible et sacré qu’est notre honneur national. »

 

A SUIVRE 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 15:57

En cette période d’élection présidentielle, révisez votre histoire politique française, avec un portrait de Vincent Auriol, président de la République de 1947 à 1954.

 

Vincent Auriol (Revel, Haute-Garonne, 27 août 1884 – Paris, 1er janvier 1966) devait être, quoi qu’ait prétendu François Mitterrand, le premier socialiste à devenir président de la République. Il était sans doute un socialiste plus sincère que son illustre successeur.

Candidat de la SFIO et du PCF, il fut élu au premier tour, le 16 janvier 1947, par 452 voix. Cette victoire couronnait une longue carrière politique.

Le communiste Jacques Duclos, présidant le Congrès de Versailles, déclara :

En vous la nouvelle constitution de la République Française, a désormais un gardien vigilant et respectueux de la souveraineté du peuple. Avec vous la République sera toujours placée sous le signe de l’union républicaine et sous le signe de tous les Français de bonne volonté…

Quelques mois plus tard, avec l’entrée dans la Guerre froide, socialistes et communistes se retrouvèrent dans des camps opposés.

En dépit de ce contexte international très tendu, Vincent Auriol sut redonner du lustre à une fonction présidentielle que d’aucuns souhaitaient abolir.

« J’ENTRE DANS UN PALAIS MAIS JE RESTE AVEC LE PEUPLE… »

Fils unique d’un boulanger républicain radical, il perdit un œil à 10 ans en jouant avec ses camarades. Éduqué d’abord par les frères des écoles chrétiennes, il fréquenta ensuite l’école laïque et le collège de sa bourgade natale. Devant sa réussite scolaire, son père renonça à en faire son successeur et lui permit de poursuivre ses études.

Son itinéraire fut ainsi des plus classiques sous la Troisième république. Après avoir fait son droit et s’être inscrit au barreau de Toulouse, il se fit élire député de Muret sans discontinuer pendant 26 ans, de 1914 à 1940. Son enracinement local se confirma par son élection comme maire de Muret et conseiller général en 1925.

Influencé par Jean Jaurès, son professeur de philosophie à l’université de Toulouse devenu député du Tarn, il était devenu socialiste très tôt. Avocat de la Bourse du Travail, Auriol avait épousé la fille d’un vieux syndicaliste en 1912. Orphelin de Jaurès, assassiné en 1914, il se tourna vers Léon Blum qui devint son maître à penser. Il devait participer à la reconstruction de la SFIO après la scission du Congrès de Tours (1920). Ce socialiste réformiste, cordial et sans agressivité, se fit ensuite connaître au sein du socialisme européen.

MINISTRE ET RÉSISTANT

Ardent partisan du Front populaire, il devait détenir trois portefeuilles ministériels. Il fut successivement ministre des Finances (1936-1937), de la Justice (1937-1938) puis de la Coordination des services ministériels à la présidence du Conseil (1938). Il devait ainsi évoquer son premier ministère :

Syndic de faillite plutôt que gérant d’un patrimoine, j’étais en présence d’une trésorerie vide, d’une inflation illégale et occulte de douze milliards, d’une monnaie dévaluée en fait depuis trois années, au témoignage même de tous les économistes d’une crise économique sans précédent, d’une violente agitation sociale et d’une France déchirée, d’une Europe déjà en état de guerre et d’urgentes nécessités d’armements modernes jusque là négligés et inexistants …

Un de ses principaux titres à la postérité était d’avoir été un des quatre-vingts parlementaires à refuser de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Sous l’Occupation, il connût l’internement administratif puis la résidence surveillée à Muret. Un moment inquiété au moment du procès de Riom, Vincent Auriol obtint un non-lieu du tribunal de Muret.

À compter d’octobre 1942, il vécut en clandestinité dans les montagnes de l’Aveyron et les Causses du Tarn. Auriol y rédigea pour l’essentiel son livre Hier-Demain. Il était dédié « à Charles de Gaulle et à ses premiers compagnons, à Léon Blum et à mes camarades du parti socialiste, aux prisonniers de guerre et aux déportés… ».

Il participa activement à la Résistance en zone sud avant de gagner Londres en octobre 1943. À Alger, il devint, jusqu’au 25 juillet 1944, membre de l’Assemblée consultative provisoire dont il présida la Commission des Affaires étrangères. Il représenta la France lors de la conférence de Bretton-Woods.

SUPPRIMER LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ?

Élu dans les deux assemblées constituantes (1945 et 1946), il fut ministre d’État dans le gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle. Un de ses camarades lui reprocha de devenir plus gaulliste que socialiste. Lors de la démission du Général, il sut le convaincre de ne pas parler à la radio. Le grand Charles lui confia alors l’intérim de la présidence.

Il présida ensuite les deux assemblées constituantes où son talent de conciliateur fit merveille. Les socialistes rêvaient de supprimer simplement la présidence de la République. L’exécutif s’incarnerait dans un président du Conseil représentant la majorité de la Chambre. La peur du communisme, d’une part, et d’un pouvoir personnel de type bonapartiste, d’autre part, déboucha finalement sur un simple replâtrage de l’ancienne constitution.

La Quatrième république se voulait une refonte rationnelle de la Troisième république. Le Sénat que d’aucuns souhaitaient supprimer fut conservé et amoindri sous le nom de Conseil de la République. Le chef de l’État serait donc élu selon les mêmes modalités que sous la république précédente.

DES POUVOIRS PLUS CLAIREMENT DÉFINIS POUR LE PRÉSIDENT ?

Les pouvoirs du président furent définis en s’inspirant de la pratique mise en œuvre depuis 1876. Le chef de l’État demeurait chef des armées et présidait le conseil des ministres. Il conservait le droit d’adresser des messages au parlement et la possibilité de demander une seconde délibération sur les textes votés par le parlement.

Gardien de la Constitution, son rôle essentiel demeurait la désignation des candidats à l’investiture comme président du conseil.

Néanmoins tous ses actes devaient être contresignés par un ministre. L’importance réelle de ses pouvoirs allait donc dépendre de la pratique instaurée par le premier titulaire de la charge.

Or, Vincent Auriol, qui comme Jules Grévy autrefois, avait été un adversaire de la fonction présidentielle, n’avait nullement l’intention d’inaugurer les chrysanthèmes. Au rebours de la Troisième république, la Quatrième devait marquer la renaissance de la fonction présidentielle.

UNE NOUVELLE CONCEPTION DE LA PRÉSIDENCE : UNE MAGISTRATURE D’INFLUENCE ?

Vincent Auriol devait en effet préciser sa vision des choses :

Je regrette de contrarier ceux qui voudraient faire de la présidence de la République une magistrature passive, silencieuse, de pure représentation(…). Je ne serai ni un président soliveau, ni un président personnel. (…)Entre le mutisme et le laisser-aller, la décision et l’action effective réservée au Gouvernement responsable, il y a place pour une « magistrature morale » dont on a parlé, pour ce pouvoir de conseil, d’avertissement, de conciliation qui doit être celui du Chef de l’État, sensible et attentif au-delà des courants d’opinions superficiels et passagers et au-dessus des heurts de partis, à la volonté profonde et permanente du pays : Défendre l’État, sa constitution, ses institutions et en même temps les intérêts permanents de la France que cet État représente, c’est ainsi que je conçois mon rôle…

Pour lui, le président ne décidait pas mais avertissait et conseillait. Mais très à l’aise dans le « maquis parlementaire », Auriol n’hésitait pas intervenir énergiquement lors des conseils des ministres. La quasi-disparition des conseils de cabinet favorisaient son autorité face à des présidents du conseil à la personnalité un peu falote. Les procès-verbaux des séances du conseil, dont il était le seul détenteur, lui donnait par ailleurs une grande supériorité d’information.

Il apportait son point de vue qu’il défendait avec autorité et compétence sur tous les projets. La vivacité méridionale dépassait parfois chez lui les bornes de la politesse. Jacques Fauvet décrivit ainsi un chef de l’État « bousculant les fonctionnaires, présidant, voyageant, proclamant, parant beaucoup, écoutant plus rarement ».

UNE POLITIQUE ÉLYSÉENNE ?

Le président donnait toujours son avis sur toutes les nominations aux postes importants et exerçait une forte influence dans les Affaires étrangères et la Défense nationale. Ayant accès à la correspondance diplomatique, il bénéficiait de la pérennité alors que les chefs de gouvernement et les ministres passaient. Vincent Auriol sut user de ses voyages à l’étranger, pour affirmer les thèses qui lui étaient chères.

Opposé au réarmement allemand, il défendit le pacte atlantique et condamna vigoureusement le « rideau de fer ». Il n’était donc pas le président « indifférent », au-dessus de la mêlée, de la Troisième république. Vincent Auriol se consacra particulièrement à l’Union française, nouveau nom donné à l’Empire colonial. Il n’hésita pas à recevoir l’empereur Bao-Daï à propos de l’avenir du VietNam. Le président rédigea lui-même le message au bey lors de la crise tunisienne de mars 19521.

Président du Conseil supérieur de la magistrature, il eut le souci d’en assurer l’indépendance face au gouvernement. Il usa de son droit de grâce en toute liberté. Auriol ne suivait les avis du Conseil de la magistrature que pour les délits mineurs. Entre 1948 et 1953, ce sentimental devait gracier les 2/3 des condamnés à mort. Ce droit devait prendre une coloration politique marquée quand il en fit bénéficier les condamnés pour collaboration ou les députés malgaches compromis dans le soulèvement de 1947.

UN PRÉSIDENT ACTIF ET TRAVAILLEUR

Le président s’informait sans arrêt des événements nationaux et internationaux. Il suivait par la radio les débats à l’Assemblée Nationale. Il devait être le premier président de la République à prononcer des allocutions radiodiffusées.

Comme le notait André Siegfried :

Dans les trop fréquentes et surtout trop longues crises ministérielles, Auriol a plus d’une fois, par ses conseils, ses déclarations et même – ce qui était sans précédent – par ses communiqués de presse, dirigé les événements dans le sens souhaité par lui. Les constituants avaient voulu diminuer le Président ; on est heureux de constater qu’ils n’y ont pas réussi…

Les circonstances lui furent en effet favorables. Le Tripartisme, qui avait fondé la nouvelle république, s’effondra avec l’entrée dans la Guerre froide. Les communistes, un temps premier parti de France, choisirent de s’aligner sur l’URSS. La vieille SFIO pencha pour l’alliance atlantique. Le jeune MRP, parti démocrate-chrétien, rompit avec de Gaulle et perdit rapidement une grande partie de ses électeurs.

Avec la « Troisième force » qui rassemblait tous les partisans du régime, la composition de tout gouvernement relevait désormais d’une savante alchimie. Aucun parti n’étant majoritaire, les cabinets de coalition devinrent la règle.

« LE PARLEMENT EST À VOMIR »

En 1947, Vincent Auriol lui-même poussa Paul Ramadier à renvoyer les ministres communistes. Véritable chef de la « Troisième force », il dénonçait par ailleurs les attaques du RPF, le parti gaulliste.

Il fut dans doute le président de la République parlementaire qui sut le mieux faire triompher devant l’assemblée les candidats de son choix à la présidence du conseil. Auriol n’hésitait pas à faire pression sur les partis pour maintenir la cohésion de la majorité en place. Cette cohésion était loin d’être assurée. La « Troisième force » était en réalité une somme de faiblesses hétéroclites.

Violemment attaqués sur leur droite par les gaullistes et sur leur gauche par les communistes, les gouvernements devaient composer avec des petits partis du centre et s’appuyer sur les socialistes comme sur la droite modérée.

Il y avait parfois de quoi être découragé. « Le parlement est à vomir » devait écrire Auriol. Pas moins de dix-sept gouvernements devaient se succéder pendant sept ans ! Onze d’entre eux devaient tomber moins de six mois après leur investiture.

« On déposa sur mes épaules le lourd fardeau de la nation, et j’ai parcouru un dur calvaire. Sera-ce, finalement, au bout, la Croix ? »

VIE PUBLIQUE, VIE PRIVÉE

Levé au petit matin, Vincent Auriol faisait chauffer lui-même son petit déjeuner. À 6 heures, en pyjama et robe de chambre, il était à son bureau privé au premier étage, où personne ne devait le déranger jusqu’à 8 h 30, examinant les dossiers qu’il avait fait monter la veille.

S’il était attaché au respect du à la fonction présidentielle, il en favorisa aussi la démocratisation. L’habit de cérémonie fut peu à peu abandonné. Il n’hésita pas à aller en jaquette au grand prix d’Auteuil et à inaugurer les expositions en veston et sans chapeau. La simplicité, l’accent méridional, le visage rond, tout semblait rapprocher Auriol du populaire Doumergue. De son côté, son épouse, Michelle, restaurait la tradition de l’arbre de Noël et se montrait une maîtresse de maison distinguée et prévenante. Elle portait à la perfection les robes des grands couturiers.

Pour échapper aux services de sécurité, Auriol n’hésitait pas à quitter le palais en cachette pour aller au cabaret ou à la Comédie-française.

Amateur comme son épouse de peinture moderne (Rouault, Braque, Dufy) et de musique classique, Vincent Auriol jouait du violon. Mais ce pétanqueur d’occasion aimait aussi la pêche à la ligne. Il ne manquait pas d’assister à des compétitions de football ou de rugby.

TRAVAUX À L’ÉLYSÉE

Tout était à rénover, la maison n’avait guère bougé depuis bien longtemps. La première salle de bains datait de Deschanel. On ne pouvait plus fermer certains volets sous peine de les voir partir en poussière. Les peintures s’écaillaient, les fils conducteurs étaient visibles dans certains plafonds, les menuiseries se disloquaient, des bibelots multiples et disparates s’entassaient sur des meubles mal assortis…

Les Auriol n’avaient pas l’intention de vivre sept ans dans ce musée poussiéreux qu’ils furent les premiers à surnommer le «Château».

Quelques semaines après leur arrivée, ils commencèrent par arranger certaines pièces à leur façon. Ils y passèrent toute une journée en famille avant de s’endormir, fourbus mais satisfaits… pour se rendre compte que tout avait été remis à sa place le lendemain par le personnel !

Dès lors, de grands travaux furent entrepris. Cette réfection totale, avec mobilier assorti au style des pièces, entraina la suppression de la cage de verre dans la cour d’honneur et la création d’un appartement royal pour les invités de marque au premier étage du palais.

Enfin, Michelle Auriol décida de doter le palais de cuisines dignes de ce nom puisque les repas provenaient d’un traiteur depuis les débuts de la IIIe République. Cela permit d’offrir désormais un cassoulet à ses invités.

L’épouse du président devait avouer : « Après le septennat, ni mon mari, ni moi-même n’avons plus prononcé le nom de l’Élysée, qui a représenté pour nous une existence aussi pénible physiquement que moralement ».

UNE AUTRE VIE COMMENCE POUR VINCENT AURIOL

Trop populaire à la fin de son septennat, Vincent Auriol comprit qu’il n’avait aucune chance d’être réélu. S’il avait le soutien mitigé des socialistes, tous les autres partis lui reprochaient trop son activisme.

Tout en pratiquant une activité de journaliste politique, Vincent Auriol devait continuer à jouer un rôle public. Il présida la Conférence internationale des Nations unies contre les préjugés et la discrimination, réunie à Genève en 1955. Il contribua à faire accepter aux socialistes la nomination du général de Gaulle à la présidence du conseil en mai 1958.

Pourtant, hostile à la Constitution de 1958, il démissionna de la SFIO. Il refusa également de siéger au Conseil constitutionnel dont il était membre de droit. Son dernier acte fut de soutenir la candidature de François Mitterrand en 1965.

Sa tombe très simple se trouve au cimetière de Muret. Mais il laissait, à défaut de monument, un document historique de première importance à la postérité.

Le Journal du Septennat dont la publication posthume, commencée en 1970 achevée en 1983, connut quelques difficultés. François Mitterrand, devenu président, crut devoir empêcher la publication de l’année 1950 où son rôle n’était pas suffisamment mis en valeur. Vingt ans furent donc encore nécessaires pour lire enfin cette année 1950. Comme quoi, il convient de laisser le temps au temps…

 

 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 15:46

Louis-Napoléon Bonaparte

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française.

 

 

Le 20 décembre 1848, Louis-Napoléon (Paris, 20 avril 1808 – Chislehurt, 9 janvier 1873), en habit noir, prêtait serment devant l’Assemblée constituante :

« En présence de Dieu et devant le peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution. »

Il déclarait ensuite :

« Nous avons une grande mission à remplir, c’est de fonder une république dans l’intérêt de tous et un gouvernement juste, ferme, qui soit animé d’un sincère amour du progrès, sans être réactionnaire ou utopiste. Soyons les hommes d’un pays et non d’un parti…»

L’Assemblée, qui lui était hostile, se montra froide et son adversaire de la joute électorale, le triste Cavaignac, ne crut pas utile de se lever quand le nouveau Président lui serra la main presque malgré lui.

Louis-Napoléon devait être le premier président de la République et en même temps le repoussoir des républicains français. Le spectre du coup d’État du 2 décembre a longtemps hanté la tradition républicaine. L’élection directe du chef de l’État par le peuple sera, pour un bon siècle, associée au césarisme et au péril dictatorial. Aussi, la présidence de la République allait devenir une fonction essentiellement symbolique et ce jusqu’en 1958.

LA CONSTITUTION DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE

Tout avait commencé avec la promulgation de la constitution de la Seconde République le 4 novembre 1848. Partiellement inspirée de la constitution américaine, elle prévoyait l’élection d’un président de la République pour une durée de quatre ans au suffrage universel masculin. Disposant de larges pouvoirs, il ne dépendait pas de l’Assemblée qu’il ne pouvait, de son côté, pas dissoudre. Cette assemblée unique était l’héritière des grandes assemblées de la Révolution : la Constituante, la Législative, la Convention.

Néanmoins, cette synthèse maladroite de la tradition révolutionnaire française et du système présidentiel américain pouvait déboucher sur une impasse. Le Président sortant ne pouvait pas se faire réélire. Les actes de ses ministres étaient soumis à un contrôle tatillon de l’Assemblée. En cas de conflit entre l’exécutif et le législatif, le Président, qui n’avait rien à perdre, pouvait être tenté par la solution du coup d’État.

« UN CRÉTIN QUE L’ON MÈNERA »

Mais la création d’une présidence de la République ne s’était pas faite sans débats.

En effet, le nom de Louis-Napoléon était à l’esprit de tous les parlementaires. Mais si le nom inquiétait, l’homme lui même suscitait le mépris ou la moquerie. Élu en juin 1848 par quatre départements, il avait démissionné devant l’hostilité froide manifestée par l’Assemblée. Il n’avait, ainsi, pas été compromis dans les massacres de juin où la République avait fait tirer sur les ouvriers.

Réélu en septembre par cinq départements, il était arrivé avec la réputation sulfureuse d’être un des chefs de la démocratie sociale. Il devait d’ailleurs siéger sur les bancs de la gauche. Mais très vite, l’Assemblée s’était rassurée. Gauche, laid, apathique, mauvais orateur, s’exprimant avec un accent étranger indéfinissable, le neveu de l’Empereur n’impressionnait guère.

« Quel imbécile que ce monsieur Bonaparte » gloussait Ledru-Rollin, l’aigle de l’extrême-gauche. « C’est un crétin que l’on mènera » assurait de son côté Adolphe Thiers, la tête pensante de la droite ex-monarchiste qui se réunissait rue de Poitiers.

Le 12 octobre, il annonçait sa candidature à la présidentielle, se posant en champion de la réconciliation nationale. Tous les gens sérieux pariaient cependant sur Cavaignac, le chef du gouvernement provisoire. Ce dernier avait le soutien de la majorité des élus, des notables, des hauts fonctionnaires et des milieux d’affaires. La droite, qui n’avait personne à présenter, se rallia à Louis-Napoléon. Thiers était persuadé qu’il le manipulerait comme un pantin avant de lui succéder. Le fait est qu’il devait bien lui succéder… 23 ans plus tard !

LE PREMIER PRÉSIDENT

Sous ses allures imbéciles, qu’il soignait particulièrement à l’égard de toutes les intelligences qui le regardaient de haut, Louis-Napoléon allait être le seul à mener une campagne moderne. Son programme s’adressait à tous, chaque catégorie se voyant gratifier de promesses sans trop de souci de cohérence. Inversement, l’acharnement de la presse à le ridiculiser contribuait à faire de lui le personnage central de la campagne. Sa victoire devait être éclatante, montrant l’écart existant entre le peuple et les élites. Avec une forte participation (76% des inscrits), il recueillait plus de la moitié des voix des inscrits et les 3/4 des voix des votants. La France paysanne, méprisée par les républicains, s’était ralliée massivement à son nom.

Installé à l’Élysée, palais alors dans un triste état de délabrement, le Président devait s’apercevoir de la difficulté de composer un cabinet. Les républicains modérés le boudant, il dût se tourner vers les orléanistes appelant Odilon Barrot à la présidence du conseil. Les ministres ne faisaient guère de cas du Président qui confectionnait des cocottes en papier pendant les réunions du conseil. Une fois de plus, Louis-Napoléon feignait l’indifférence attendant son heure. Leperroquet mélancolique raillé par le général Changarnier avait l’habitude d’attendre.

LA VIE AVENTUREUSE DE LOUIS-NAPOLÉON

Né aux Tuileries prince impérial, il avait été tenu sur les fonds baptismaux par son oncle Napoléon. Fils incertain de son père Louis Bonaparte1 mais petit-fils incontestable de Joséphine, il était un Beauharnais par son flegme et la douceur de son caractère. Il avait connu l’exil dès l’âge de cinq ans, navigant entre la Suisse, l’Italie, les États-Unis et l’Angleterre. Sa connaissance du monde et des langues étrangères le distinguait de la plupart des Français de son temps.

Ayant l’âme d’un aventurier, il avait participé au soulèvement de la Romagne en 1831 et tenté à deux reprises de renverser le trône de Louis-Philippe. À Strasbourg en 1836 comme à Boulogne en 1840, l’opération avait tourné au fiasco. Emprisonné au fort de Ham, il occupa son temps à étudier, à réfléchir et à espérer. Il rédigea en captivité son Extinction du paupérisme qui connût, à sa publication en 1844, un certain succès. Louis-Napoléon se voulait socialiste, c’est-à-dire soucieux du sort des ouvriers : l’État devait à ses yeux corriger les excès du capitalisme libéral.

Il finit par s’évader, en mai 1846, de façon rocambolesque sous le déguisement d’un ouvrier. Il y gagna le surnom de Badinguet, dont l’origine reste encore obscure aujourd’hui. Apprenant la révolution de 1848, il aurait dit : « La République est proclamée, je dois être son maître. »

BLEU ENTRE LES ROUGES ET LES BLANCS

Les élections de mai 1849 voyaient triompher le « parti de l’ordre » composé d’anciens monarchistes, les Bonapartistes n’étant guère qu’une trentaine. Les républicains modérés avaient été laminés pris entre le marteau « montagnard » des démoc-soc et l’enclume conservatrice. La peur du péril rouge rapprocha cependant la majorité parlementaire du Président. Mais Louis-Napoléon se voulait bleu entre les Blancs et les Rouges.

Dénonçant l’intervention française en faveur du rétablissement de Pie IX à Rome, l’extrême gauche descendit dans la rue. Ce fut sa perte. Le Président à cheval se fit acclamer dans les rues de Paris. « Il est temps que les bons se rassurent et les méchants tremblent » pouvait-on lire sur la proclamation présidentielle. L’État de siège lui permit de soigner sa popularité, notamment auprès de la troupe. Il commençait, par ailleurs, une série de voyages en province appelant à l’union autour des institutions républicaines.

D’un autre côté, il n’avait pas l’intention de devenir l’otage de la droite. Mécontent de l’attitude du pape qui avait adopté une politique réactionnaire, alors même qu’il devait sa restauration à la république française, Louis-Napoléon rompit avec la majorité conservatrice. Sous prétexte d’écrire à son cher Edgar Ney, il fit publier dans la presse un texte sans équivoque : « La République française n’a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne. »

LOUIS-NAPOLÉON CHAMPION DU SUFFRAGE UNIVERSEL

Odilon Barrot fut renvoyé et le nouveau cabinet dit ministère du 31 octobre 1849 se révéla plus malléable entre les mains du Président. L’absence d’un Président du conseil lui permettait enfin d’agir à sa guise. Le bonapartisme s’affichait plus ostensiblement :

« Le nom de Napoléon est à lui seul un programme ; il veut dire à l’intérieur ordre, autorité, religion, bien être du peuple, à l’extérieur dignité nationale. »

Très habilement, il laissa l’Assemblée voter le texte du 31 mai 1850 qui écartait du corps électoral la « vile multitude » comme disait Thiers. Comme il devait le confier à une amie :

« Quand l’Assemblée sera au-dessus du précipice, je couperai la corde. »

Il pouvait désormais se présenter comme le champion du suffrage universel. Dans le même temps, il ralliait des catholiques, satisfaits d’une politique favorable à l’enseignement catholique et au contrôle du clergé sur l’Université, tout comme les monarchistes fatigués de la rivalité stérile entre les Bourbons et les Orléans.

LA RÉVISION IMPOSSIBLE

Le Président multipliait les voyages : en quatre années, il devait visiter une cinquantaine de départements. Il inventait ainsi le rituel du voyage présidentiel avec son cortège de journalistes et ses visites organisées. L’accueil n’était pas toujours enthousiaste mais il subissait les cris hostiles avec philosophie et savait s’adapter à ses auditoires. Il avait le sens de la formule, déclarant à Saint-Quentin :

« Mes amis les plus dévoués ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas dans les lambris dorés, ils sont dans les ateliers, dans les campagnes. »

Si à Lyon, il se souciait des ouvriers malades ou trop âgés, à Cherbourg, il tenait le discours d’un homme d’ordre.

La bêtise provocatrice du général Changarnier, commandant militaire de Paris, lui permit de le révoquer le 9 janvier 1851. Il pouvait ainsi contrôler plus soigneusement l’armée. L’Assemblée votait aussitôt la défiance à l’égard du cabinet. Sans trop s’émouvoir, le prince-président constituait un nouveau cabinet de « techniciens » dont Eugène Schneider à l’Agriculture et au Commerce.

La perspective de l’élection présidentielle de 1852 était désormais dans tous les esprits. Faute de candidats crédibles, qui pouvait s’opposer à Louis-Napoléon, l’homme le plus populaire de France ? Ne fallait-il pas réviser la constitution pour éviter qu’elle ne soit bafouée par le suffrage du peuple ? La quasi-totalité des conseils généraux n’avait-il pas émis des vœux pour la réélection du Président qu’interdisait la constitution ?

Persuadé que la crainte du « spectre rouge » pousserait l’Assemblée à la révision, Louis-Napoléon espérait se maintenir au pouvoir légalement. Mais si une forte majorité s’était prononcée, le 19 juillet 1851, en faveur de la révision, elle était insuffisante. Aussi, quand Morny suggéra la voie du coup d’État, le Président répondit à son demi-frère : « J’y songe sérieusement. »

LE PRINCE-PRÉSIDENT

Pour mieux perdre l’Assemblée dans l’opinion, Louis-Napoléon demanda le rétablissement du suffrage universel mis à mal par la loi du 31 mai 1850. Le rejet, mais à une faible majorité, le convainquit définitivement de la nécessité du coup d’État. Il savait d’ailleurs ses adversaires déterminés à l’éliminer. Une partie de la droite songeait très sérieusement à une arrestation du Président combinée avec le retour des princes d’Orléans.

Le plan « Rubicon » déclenché le 2 décembre surprit cependant tout le monde. L’insurrection dans la capitale fut écrasée impitoyablement. Divers soulèvements en province, surtout dans le Centre et le Midi, subirent le même sort. Le sang avait coulé, ce que n’avait pas souhaité le prince-président soucieux d’unir sur son nom tous les Français. D’un autre côté, les conservateurs, vite effrayés par les récits des scènes de violence des « Rouges » en province, se rallièrent en masse au pouvoir.

Un plébiscite organisé dans une atmosphère de terreur, les 20 et 21 décembre 1851, légitima le coup de force. Une fois de plus, les campagnes votèrent massivement oui. « Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre » déclara Louis-Napoléon reconnaissant ainsi sa culpabilité.

Inspiré par la constitution de l’an VIII, la constitution du 14 janvier 1852 maintenait le régime républicain. Louis-Napoléon se voyait octroyer la présidence pour dix ans. Néanmoins le Président quittait l’Élysée et s’installait aux Tuileries, le palais des rois.

Un pas de plus vers l’Empire ? Mais Louis-Napoléon hésitait :

« Conservons la République ; elle ne menace personne, elle peut rassurer tout le monde. »

Cette république était autoritaire : la presse était mise sous surveillance. Le scrutin de liste était remplacé par le scrutin d’arrondissement. L’administration se chargeait de l’élection des candidats officiels. Il n’y eut que trois opposants élus en février 1852 mais l’abstention avait été très forte dans les grandes villes ouvrières comme Lille et Saint-Étienne.

EMPEREUR MALGRÉ LUI

Cependant, son fidèle complice des mauvais jours, Persigny, était résolu à le faire empereur malgré lui. Il organisa un grand voyage dans le Centre et le Midi, là où la résistance au coup d’État avait été la plus forte, pour mieux démontrer la volonté des Français de revenir à l’Empire.

Pourtant le voyage devait commencer tièdement, notamment à l’entrée dans le département de la Loire, le berceau de Persigny. Roanne reçut froidement le chef de l’État. Mais, à Saint-Étienne, tout changea et désormais les cris de « Vive Napoléon, Vive l’Empereur » allaient ponctuer le parcours présidentiel qui prit l’allure d’un cortège triomphal s’achevant en apothéose à Bordeaux où le préfet Haussmann avait fait les choses en grand. « La France semble vouloir revenir à l’Empire » constatait Louis-Napoléon.

La république était morte, pour la seconde fois, sous les coups d’un Bonaparte.

 

 

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