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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 15:41

Avec l’interdiction de circuler qui frappe les véhicules immatriculés avant 1997, Anne Hidalgo fait preuve de plus d’idéologie que d’efficacité

La politique anti-voiture initiée à Paris en 2001 n’a toujours pas produit de résultats significatifs dans la lutte contre la pollution puisque, générant des embouteillages sans améliorer parallèlement l’offre de transports souterrains, elle congestionne sans fluidifier.

Plus qu’une mesure, une idéologie

Mais ces mesures sans cesse durcies sont devenues comme un réflexe identitaire chez les socialistes et les Verts parisiens. S’ils sont de gauche et progressistes, c’est parce qu’ils luttent contre l’affreuse bagnole, synonyme d’individualisme. La ville peut bien s’endetter et s’encrasser, au moins leur reste-t-il ce marqueur pour complaire à leur électorat de bobos qui envisagent sans trop de déplaisir de se contenter de Vélib’ pour aller de leur agence de com’ à leur appartement près du Canal Saint Martin. Non, je ne caricature pas, je les ai vus à l’œuvre comme élu parisien pendant des années …

Cet égoïsme paré des plumes du bon sentiment écologiste a été récupéré par des politiciens cyniques avec Delanoë et Hidalgo pour chefs de file. Gros problème : comme tout penchant dogmatique, il a tendance à se durcir et verser dans l’outrance et l’intransigeance à mesure que ses résultats font défaut.

C’est très exactement ce qui est en train de se passer avec la fermeture de la voie expresse rive droite qui sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase des engorgements de Paris. Après tout, laissons Hidalgo faire : il est bon que ceux qui gobent sa propagande finissent par souffrir avec les autres.

Interdiction des véhicules anciens à Paris : une mesure anti-pauvres

Dernière facétie en date : l’interdiction des véhicules immatriculés avant 1997. Peu importe si leurs contrôles techniques révèlent qu’ils ne polluent pas plus que les autres. Peu importe surtout si rien n’est fait, une fois encore, pour offrir des solutions alternatives à leurs propriétaires. C’est la répression qui tient lieu d’action.

Qui en sont les victimes ? Tout le monde s’en est rendu compte, ce sont d’abord ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter des véhicules neufs ou plus récents. « Salauds de sans dents !», crie Hidalgo pour actualiser la formule de Gabin avec les mots de l’ami du peuple actuellement enkysté à l’Élysée.

Il leur faudra se contenter, s’ils ne peuvent plus se déplacer en voiture, de serrer les dents qui leur restent quand même dans des transports malcommodes. Ou de solliciter, s’ils ont quinze ans devant eux et du piston, un des logements sociaux que la mairie fabrique pour y parquer sa clientèle électorale. Sinon, bah … ils n’avaient qu’à être des bobos comme les autres.

Avec un peu de recul, on se dit qu’une fois encore cette engeance politicienne aura raté le virage technique et social qui se négocie sous nos yeux. Le transport individuel, via la voiture automatisée, est l’avenir ; le transport collectif, peu modulable, coûteux et syndicalisé, appartient au passé.

Croyant être innovants, Hidalgo et ses sbires sont en réalité ringards et en retard d’une guerre. Ils s’en prennent aux véhicules d’antan sans comprendre que la liberté qu’ils symbolisent et qu’il faut à tout prix respecter est le seul guide fiable pour élaborer les solutions du futur.

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 05:21


On l’a vu : la France est en pointe dans l’innovation, tant qu’elle est fiscale. En revanche, la route vers le progrès et l’augmentation du pouvoir d’achat des Français est notoirement plus cahoteuse lorsqu’il s’agit des nouvelles technologies et de leur impact sur leur vie de tous les jours.
On a vu récemment que Facebook, Google, Expedia, Uber, Airbnb, Twitter et on en passe étaient régulièrement la cible des vitupérations des uns et des autres, qui pour des raisons fiscales, qui pour des raisons corporatistes. Il y a quelques jours, on lisait, un tantinet stupéfait, les réactions gênées de dirigeants d’associations caritatives d’aides aux étrangers devant leur uberisation par des applications mobiles développées sur le pouce.
À l’évidence, dès lors que de l’argent rentre en jeu et que la donne légale est largement bousculée par l’arrivée de nouvelles technologies, ceux qui se trouvent au bout du robinet finissent toujours par rouspéter de la baisse de débit, détourné qu’il est vers d’autres tuyauteries.
On pourrait croire que lorsqu’il n’y a pas d’argent en jeu, les choses se passeraient mieux. Nous sommes en France, il n’en est donc rien. Même le gratuit est sujet à une évaluation millimétrée de la part de l’ensemble des corps administrés qui veilleront, jusqu’à leur dernier souffle, à la bonne marche de la société vers un monde rigoureusement égalitaire, proprement rangé dans des boîtes correctement étiquetées dont rien ne dépasse, avec pour chacune son cerfa et l’attestation que les taxes et autres ponctions ont toutes été correctement payées avant l’enterrement.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, on apprend que l’ultra-célébrissime Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes — sans qui le consommateur français, ruminant paisible mais très influençable, serait déjà mort douze fois d’intoxications, de concurrence déloyale et de fraudes diverses — vient d’intervenir avec sa souplesse habituelle de ninja chez la start-up française Booxup, spécialisée dans l’échange de livres.
Que fait Booxup qui mérite ainsi que l’auguste administration se penche de tout son poids sur son cas ? En fait, Booxup propose une application de partage de livres papier : celle-ci permet d’enregistrer les titres de sa bibliothèque personnelle, de consulter celle des autres utilisateurs, et lorsqu’un livre intéresse l’utilisateur, d’entrer en contact avec lui pour le rencontrer et faire un emprunt voire – soyons fous – un échange.
C’est peut-être la présentation, succincte, de l’application en ligne sur le site d’Apple qui a déclenché la visite-surprise de la DGCCRF dans les locaux de la start-up : « Trouve des milliers de livres gratuits autour de toi, dans toutes les langues ». Gratuits ?
Allons, cela cache forcément un partage frauduleux d’informations électroniques via des procédés que ne renient pas les nazis, les pédophiles ou les terroristes dans la Daesh, ce qui mérite amplement une action musclée. Ou, à défaut, il s’agit encore d’une tentative de frauder le fisc, la TVA ou le vivrensemble républicain entièrement fondé sur l’une ou l’autre déclaration officielle, dûment tamponnée par un officier administratif assermenté et pointilleux, et dont l’absence manifeste ne peut que laisser soupçonner les pires atteintes au lien social.
En tout cas, des gens qui utilisent des smartphones pour se géolocaliser et s’échanger des livres, sans passer ni par l’État, ni par une association lucrative sans but, ni une administration centralisée ou une bibliothèque municipale correctement subventionnée, c’est extrêmement louche et justifie amplement une enquête. Nous sommes en France, elle sera déclenchée par une petite délation d’un concurrent (un professionnel du livre, « distributeur, diffuseur ou éditeur, nous n’avons pas pu connaître son identité » expliquera David Mennesson, cofondateur de l’application).
Enquête qui se traduit par la descente, pouf, au débotté, d’un inspecteur de la DGCCRF. Et pas n’importe lequel : il s’agit d’une mission forcément délicate, avec de la technologie numérique complexe, du bit et de l’octet par paquets, qui sent fort le oueb deuzéro, les réseaux sociaux et ce genre de trucs trop complexes pour être laissés à un débutant de la belle Direction Générale. C’est donc le même inspecteur qui s’est vu confier le douloureux dossier Uber qui se chargera d’aller voir la start-up et de vérifier que cette sulfureuse application d’échange de livres ne cache pas une opération de traite des blanches, de trafic de drogue ou d’armes, si courante derrières les applications numériques disruptives.
Parce qu’en y regardant de près, oui, Booxup pourrait bien être disruptif : en facilitant le prêt de livres entre particulier, avec éventuellement une dimension commerciale, Booxup pourrait représenter une menace croissante à l’encontre de l’industrie de l’édition et de la diffusion de livres. Et dans DGCCRF, le premier C concerne justement la concurrence que le vivrensemble entend étouffer gentiment derrière les mille et un édredons moelleux de la législation qui se traduiront donc ici par une « enquête préventive » débouchant sur deux procès verbaux (avant, n’en doutez pas, des procès en bonne et due forme), le premier sur les « liens avec les grands éditeurs informatiques, comme Google, Amazon… » et le second sur les « ambitions et le modèle économique » de Booxup, parce qu’après tout, c’est bien à cette Direction Générale de se mêler de ce genre de choses.
Pour le moment, donc, la petite start-up qui a le toupet de vouloir « créer du lien social » par son application en mettant les lecteurs en relation, et favoriser l’échange de culture gratuitement, pourra continuer son activité subversive sous l’œil scrutateur de la DGCCRF en attendant ses conclusions.
Pendant ce temps, le Français lambda ne pourra s’empêcher de noter qu’encore une fois, l’État travaille pour lui en déboulant comme un chien dans un jeu de quilles dans une entreprise considérée a priori comme vilainement disruptive, qu’il le fait à la suite d’une délation, que cette enquête d’une administration zélée fera beaucoup de bien à cette entreprise (la gestion de cet événement par les fondateurs, l’intervention de l’avocat de la société, tout ça, bien sûr, est gratuit et ne représente absolument pas une dépense inutile pour une jeune société en plein démarrage) et qu’enfin, il fallait bien cette démonstration de force (essayez, pour rire, d’envoyer balader l’inspecteur arrivé par surprise pour pouvoir vous choper en pleine préparation de votre poudre de licorne prohibée) pour que la société vive en paix. Dès lors, le Français lambda sera rassuré et pourra s’écrier, joyeux :
« Pas de doute, c’est exactement ce dont la France a besoin ! »

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 15:48

"Les mois de juillet et d’août en France sont facilement synonymes de repos pour le Français moyen, qui goûte sans doute au bonheur de retrouver le fruit de son travail, une fois le jour de libération fiscal atteint. Ce repos ne s’étend malheureusement pas jusqu’au parlement et aux politiciens qui profitent justement de l’éloignement des Français de leurs centres habituels de préoccupations pour accumuler les petits coups en douce.

De ce point de vue, l’année 2015 ne fait pas exception, et se caractérise même par un cru particulièrement fruité, puisque le rythme des stupidités étatiques était déjà soutenu avant et, l’inertie aidant, on a donc conservé une vitesse de croisière stupéfiante dans l’amoncellement de lois, décrets et décisions farfelues. L’actualité récente suffit à s’en convaincre.

Il y a eu, bien sûr, la crise agricole qui a rapidement pris des proportions présidentielles dès que François Hollande a décidé de s’en mêler pour transformer, comme à l’accoutumée, une actualité déjà tendue et passablement engluée dans les mauvaises habitudes en situation inextricable, coûteuse pour le contribuable et qui aggrave le problème plutôt que le résoudre : alors que tout indique que l’ensemble de la filière agricole française souffre d’un interventionnisme catastrophique de l’État, alors que les solutions sont connues (et décrites par Vincent Bénard par exemple), alors même que d’autres pays ont déjà testé ces solutions avec succès, le factotum présidentiel aura décidé d’en remettre une couche (à 600 millions d’euros) qui a le mérite d’être à la fois mal calibrée (l’aide représente à peine plus qu’une aumône pour chaque agriculteur concerné), et parfaitement inutile voire contre-productive en ce qu’elle entretient un système d’assistanat délétère.

Parallèlement, on aura pu halluciner sur les gymnastiques statistiques parfaitement surréalistes qui nous furent offertes à l’occasion de la publication des chiffres du chômage de juin. Ce fut encore une fois l’occasion pour l’exécutif de se payer la tête des Français qui, trop nigauds de l’avoir posté là, doivent maintenant gober ses couleuvres de plus en plus épaisses. On ne peut bien sûr pas se réjouir de ce que ces chiffres camouflent (bien évidemment, le chômage augmente), mais au moins peut-on se satisfaire de la mise en péril de la candidature de Hollande pour 2017 : ce mollasson calculateur a choisi de la conditionner à l’inversion de tendance du chômage, ce qui place une pression énorme sur les frêles épaules d’un Rebsamen absolument pas à la hauteur. D’ailleurs, il se casse et ne plie pas, au contraire des prochaines statistiques, dont on pourra éprouver la souplesse prochainement, justifiant le maintien de la candidature hollandogène. Au pire, le petit François se déclarera indispensable pour lutter contre la bête immonde (qu’il aura tout fait pour faire monter) et le retour de l’excité (qu’il s’escrime pourtant à saboter par voie de justice).

Mais en termes de petites ignominies aux effets catastrophiques, ces précédents exemples parviennent difficilement à la cheville de cette loi discrète passée dans la troisième semaine de juillet concernant l’obsolescence programmée.

Soigneusement évitée par la plupart des rédactions nationales (à l’exception du Figaro notamment), le sujet, effleuré par quelques sites technologiques, n’a semble-t-il pas passionné les foules. Il faut dire que la punition par deux ans de prison et 300.000 euros d’amende des faits d’obsolescence programmée a été habilement camouflée au milieu de l’imbuvable loi sur la transition énergétique, définitivement adoptée dans la semaine du 25 juillet dernier par un Parlement déjà largement en vacance intellectuelle.

Pour rappel, l’obsolescence programmée serait cette hideuse technique imputée aux producteurs et autres distributeurs consistant à réduire volontairement la durée de vie d’un produit afin d’inciter le consommateur à en acheter davantage, selon l’adage bien connu que lorsque ça casse rapidement ou que ça ne rend pas le service aussi bien qu’on le souhaite, on en rachète encore (le consommateur, dans cette intéressante vision du marché, est un être à la fois fragile, influençable et borderline idiot). Heureusement, cette technique qui, en réalité, n’existe pas, est maintenant un délit.

En effet, comme je l’expliquais il y a quelques mois dans un précédent billet, cette loi à base de poudre de licornes combat des gremlins et des leprechauns. C’est pratique de condamner sévèrement quelque chose qui n’existe pas : avec une définition suffisamment floue, cela permet de trouver de temps en temps de rares coupables fort pratiques pour une expiation médiatique, et cela assure, le reste du temps, que tout le monde va respecter la loi scrupuleusement.

Et si je dis que ça n’existe pas, c’est parce que c’est vrai : il suffira à ceux qui continuent niaisement de croire aux fadaises gouvernementales de se reporter à ces quelques liens pour vérifier l’écart à la réalité et comprendre que cette fumeuse obsolescence, non, ça n’existe pas, du tout.

… Enfin, presque pas du tout puisqu’en réalité, lorsque l’État se mêle de nos vies, l’obsolescence, parfaitement et ouvertement programmée, ne semble gêner personne, ce qui permet d’imposer au citoyen-contribuable de payer pour renouveler son passeport, sa carte d’identité ou tant d’autres papiers administratifs frappés d’une date limite de péremption. Cela permet d’imposer une obsolescence rapide de la voiture dans certaines agglomérations par interdictions successives ; cela autorise la disparition des méchantes ampoules à incandescence (qui ne produisaient, au pire, qu’un peu de CO2) au profit d’ampoules au mercure, terres rares et autres joyeusetés polluantes à des prix très supérieurs ; cela permet le vieillissement accéléré d’un peu tout et n’importe quoi par un incessant changement de normes (pour vot’sécurité, ma brav’dame). Quand c’est l’État, c’est permis, bien sûr.

Mais peu importe : la loi est votée, et tout le monde va s’empresser de l’appliquer, avec le même entrain que le principe de précaution devenu stupidement constitutionnel, et avec les mêmes effets délétères, durables et calcificateurs à moyen et long termes sur la société française.

De ce point de vue, cette loi – qui ne définit même pas ce que doit être une durée de vie normale d’un produit, comment on prouve qu’elle a été réduite, et comment on détermine que ce fut intentionnel – illustre fort bien la mentalité de nos dirigeants et dans une bonne part celle de ceux qui les soutiennent : pour eux, le consommateur est un enfant, niais et impressionnable, régulièrement floué par les producteurs qui, sans les bornes de la loi, s’organiseraient chaque jour pour le détrousser sur tous les chemins nationaux, à chaque commerce, à chaque vente et sur tous les rayonnages de supermarchés.

C’est parfaitement grotesque, mais le flou consternant de cette loi va donner une arme de plus à tous les pourfendeurs de l’entrepreneuriat pour attaquer les producteurs sur tout et n’importe quoi. Forcément, cela va les inciter à venir vendre, produire et embaucher en France. Forcément, cela va améliorer la situation. Forcément, cela aboutira à d’excellents produits d’extraordinaire qualité.

Forcément, cela va bien se passer".

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 12:33

La réforme territoriale voulue par Manuel Valls a mobilisé beaucoup de monde pour pas grand-chose.

Au cœur d’une actualité riche en sujets dont tout le monde parle, Grèce, Iran, vacances, il est un sujet qui aurait pu être important et dont vous n’avez sans doute rien à faire, c’est celui de la « réforme territoriale » voulue par Manuel Valls, qui va accoucher d’une non-réforme pitoyable.

Réforme territoriale : le soufflé est retombé

Rappelez-vous : il y a 18 mois, le Premier ministre, toutes voiles dehors, annonçait la fin des départements, de grandes régions, la fin de la fameuse « clause de compétence générale » qui permettait à toutes les collectivités de s’occuper de n’importe quoi même si une autre s’en occupait déjà, etc. Même si personnellement, j’aurais supprimé la région plutôt que le département (j’y reviendrai), les annonces allaient dans le bon sens, même si elles manquaient de bonnes occasions d’aller plus loin encore.

Mais 18 mois plus tard, la loi «NOTRe» (avec un e minuscule, ce n’est pas une faute de frappe, « Nouvelle Organisation Territoriale de la République »), maintient les départements, n’apporte aucun allègement entre communautés de communes et communes, et crée un tel bazar dans les 14 régions pourvues de « métropoles » qu’il va être difficile, même pour un énarque, de s’y retrouver.

Après plusieurs allers-retours entre Assemblée Nationale et Sénat, le projet vient d’être adopté en Commission Mixte Paritaire, réunion de godillots de l’assemblée et de badernes du sénat supposée aplanir les différences entre les deux assemblées. L’accord étant trouvé sur un texte définitif (PDF – attention, ne cliquez que si vous êtes en bonne santé), son vote définitif ne sera plus qu’une simple formalité et la loi devrait être promulguée avant la fin du mois d’août. Les électeurs sauront donc à peu près pourquoi ils voteront aux régionales à la fin de l’année.

La loi n’a donc supprimé aucune structure, va juste faire passer le nombre de régions métropolitaines de 22 à 13 (impact sur le fonctionnement du pays proche de zéro). Elle supprime certes la clause de compétence générale mais maintient des « compétences1 partagées » entre les différents niveaux : sport, tourisme, culture, et éducation, autant dire que communes, départements, métropoles et régions vont continuer joyeusement à se marcher sur les pieds. Certes, en théorie, la région sera « chef de file », c’est-à-dire que les initiatives des niveaux inférieurs devront se conformer aux cadres définis par la région. Mais je n’ai vu dans le texte aucun moyen de censurer les initiatives doublonnantes ou déconnantes.

Et donc, la loi a rebattu les cartes, retirant certaines compétences à certains niveaux pour les donner à d’autres.

Ainsi, le département garde les routes et la logistique des collèges (alors que les régions ont la logistique des lycées. Il n’aurait plus manqué qu’il y ait des économies à faire en regroupant les deux !!) mais perd l’organisation du transport par autocar de lignes régulières subventionnées et du transport scolaire. La belle affaire. C’est, économiquement parlant, un non-événement.

Et le privé ? La réforme n’en a cure

La région devient leader du développement économique : en clair, la région devient la principale source d’argent public pour subventionner des activités dans les petits papiers du baron politique qui sera élu à sa tête. Mais le département et la commune pourront intervenir « dans le cadre défini par la région », et les communes ou leurs groupements restent seules habilitées à fournir de l’immobilier (terrains, zones, voire bâtiments) aux entreprises.

Il ne serait pas venu à l’idée du législateur que ces activités seraient à coups sûrs mieux assumés par le secteur privé si aucune institution publique ne s’en mêlait…

De même, la région reste chef de file en matière de politiques locales de l’emploi… Mais continuera de faire double… emploi, c’est le cas de le dire, avec Pôle Chômage, notre agence de non-placement de chômeurs bien connue. Elle reste organisatrice de la formation professionnelle, conservera un rôle important, mais pas exclusif de l’État, dans l’apprentissage, selon un schéma qui ne devrait guère évoluer philosophiquement de celui en vigueur il y a 5 ans.

J’aime beaucoup la logique voire le schéma car il peut être répété pour tout ce que fait une région : l’État lui donne des ressources qu’il a lui même ponctionnées (aux entreprises ou aux ménages), la région y ajoute quelques impôts qu’elle prélève elle-même, mais qui ne sont qu’une partie minoritaire de son budget, et arrose des organismes parapublics, associatifs, ou privés, pour délivrer un certain nombre de prestations, dans une opacité et une faiblesse du contrôle des résultats régulièrement épinglés par la Cour des comptes ou ses chambres régionales.

Là encore, il ne serait pas venu à l’idée que si l’État et la région n’intervenaient pas, et que ne subsistaient que les entreprises et les organismes de formation, le système fonctionnerait globalement mieux. « Ce qui est trop simple est simpliste, monsieur, vous n’avez rien compris au génie français. »

La loi s’est ingéniée à définir quelle entité publique devait recevoir telle ou telle attribution, mais ne s’est jamais posée la question de savoir si une privatisation partielle ou totale d’une thématique ne serait pas une meilleure solution. Le planisme et l’interventionnisme n’ont jamais vraiment quitté l’esprit de nos législateurs.

Comment les départements ont sauvé leur peau ?

Bref, une région, comme je le dis souvent, est essentiellement un canon à pognon, qui fait très peu de choses elle-même, mais qui distribue de l’argent à d’autres. Par exemple, les régions financent la SNCF pour maintenir des lignes régionales dont même les plus fréquentées ne sont pas rentables, au lieu de laisser le secteur privé s’en occuper.

Voilà qui explique pourquoi les départements n’ont pas disparu.

En effet, les départements sont des collectivités « opérationnelles », qui gèrent des personnels de proximité, agissant directement sous statut public : personnels routiers, personnels sociaux, personnels techniques des collèges, notamment. Les régions n’ont que des personnels techniques de lycée à gérer en matière d’action de proximité, et sont des collectivités « d’intervention », nom pudiquement donné à l’arrosage d’argent public et à l’achat de prestations auprès de prestataires privés. Le département pratique aussi l’intervention, mais cela n’est qu’un pilier de son portefeuille d’activités.

Les régions ne savent donc pas gérer de gros bataillons de personnel opérationnels et ne veulent pas le faire. Ce rôle n’est pas considéré comme gratifiant par les politiciens et n’attire que des ennuis auprès des électeurs. Au contraire, distribuer de l’argent permet d’acheter des clientèles, et de fréquenter des artistes, des chefs d’entreprise, etc.

Tout l’enjeu, pour les régions, a donc consisté à ne récupérer que le leadership sur les activités permettant de distribuer de l’argent, mais surtout pas de récupérer des masses de personnels syndicalisés, venant de départements aux salaires disparates qu’il aurait fallu, évidemment, aligner sur la collectivité la plus généreuse avant la fusion…

Et voilà pourquoi concrètement, les régions ne récupéreront que les transports inter-urbains et scolaires comme activité nouvelle (les prestations sont achetées auprès de transporteurs comme Kéolys) mais pas les routes ou les ports, ou les collèges, qui resteront aux départements, qui voient leur existence maintenue. Cela permet donc de maintenir des élus dans les deux instances, de ne pas en diminuer le nombre, et de conserver un nombre conséquent de fauteuils présidentiels. Et cela rend la fonction de Président de région relativement confortable.

Doublons entre collectivités, État, et « organismes satellites » maintenus

Ajoutons que la loi ne réforme pas les doublons entre l’appareil d’État et celui des collectivités (franchement, qui peut me dire à quoi servira une DREAL en 2016 ?), ne fait évidemment pas le ménage dans toutes les structures satellites créées soit par l’État, soit par les échelons inférieurs, qui se sont spécialisés dans un domaine bien précis : Syndicats intercommunaux pour l’électrification ou l’adduction, ou encore l’assainissement, chambres d’industrie et d’agriculture, CAUE (Conseils d’architecture, d’urbanisme et d’environnement), sociétés d’économie mixte en aménagement du territoire, agences foncières régionales et/ou départementales chargées de préempter tout terrain de bonne taille qui se présente, Sociétés publiques locales (une nouveauté de 2010) susceptibles de remplacer, au moins en partie, les missions de conseil autrefois assurées par les services d’État… Sans parler des « machins » d’État qui ne sont pas des administrations mais qui en ont l’odeur, la saveur et la couleur : Agence régionale de santé, Direction interrégionale des routes (pour les grands itinéraires), Agence Nationale de Rénovation Urbaine, Agences de l’eau, ADEME, Commission des sites, commission nationale du débat public, etc, etc, etc, jusqu’à la nausée.

Non seulement tout ce fatras ne sera pas simplifié par la réforme, mais les départements pourront créer des structures d’assistance technique aux petites communes, pour remplacer les anciens ingénieurs et techniciens des ex-DDE, organismes aujourd’hui en voie d’extinction, sous le nom de DDT.

Ajoutons que les intercommunalités rurales, qui pouvaient avant se regrouper en « pays », pourront désormais former des PETR, Pôles d’Équilibre Territoriaux et Ruraux, qui élaboreront des « projets de territoire », et nécessiteront quelques postes de fonctionnaires « de réflexion et d’intervention » supplémentaires. Effectivement, les PETR, voilà qui manquait à nos campagnes.

Départements avec métropoles : foutoir garanti

Et j’oubliais : les 12 départements qui hébergent une métropole (hors Paris et Lyon) doivent négocier avec lesdites métropoles les modalités de transfert de blocs de compétences à choisir parmi ceux-ci : Fonds de solidarité pour le logement, Action sociale, Insertion, Aide aux jeunes et actions pour la jeunesse, aides sociales, dont aide aux personnes âgées, Tourisme, et collèges.

Là encore, notez que le terme de « privatisation », ou de retour à la société civile, n’a jamais effleuré le législateur. Mais passons.

Chaque métropole sera un cas unique, toutes ne récupéreront pas les mêmes compétences, et nous verrons la chose curieuse suivante se développer : dans ces départements, où la métropole concerne à peu près la moitié de la population, les compétences partiraient vers la métropole, mais une grande part des élus issus des cantons métropolitains continueraient de siéger au conseil départemental et à influencer les zones rurales de par leurs décisions. Une laie n’y retrouverait pas ses marcassins.

Et je ne vous parle pas des usines à gaz que constitueront les transferts financiers consécutifs à ces négociations, entre collectivités… Parce que pour l’instant, rien n’est arrêté. Et les transferts doivent se mettre en place en 2017…

Pas de contre-pouvoirs ?

Dernière chose : le texte Notre ne définit aucun contre-pouvoir contre un président de région qui utiliserait son canon à pogn…. pardon, ses compétences renforcées, à tort et à travers.

Voilà pourquoi je suis plus que réservé vis-à-vis de l’utilité des régions en tant qu’échelon politique : la France, aujourd’hui, n’a pas besoin de grands dépensiers arrosant certains secteurs de leurs largesses, au nom des lubies du moment : action numérique, développement durable, transition énergétique, etc. Quitte à conserver un seul échelon intermédiaire entre communes et État, le département, parce qu’il est plus petit et à moins d’argent à « canonner », me parait moins mauvais, car il ne peut faire que des petites bêtises, alors que la région pourra en faire des très grosses.

Conclusion, une non-réforme qui ne touche rien d’essentiel

Il est consternant qu’un processus législatif aussi lourd, ayant mobilisé tant d’énergie, aboutisse à si peu, et que l’opposition n’ait jamais engagé le combat avec la gauche sur le terrain du retour de certaines activités à la société civile.

Quoi qu’il en soit, cette réforme territoriale ne fait que rebattre des cartes entre des échelons existants, sans changer aucun des paradigmes fondateurs de l’intervention publique sur le territoire. Cela créera un peu de bazar au niveau des activités changeant d’employeur (bonne chance si vous avez des enfants utilisant les transports scolaires), cela ne simplifiera ni les circuits de financement croisés de l’action publique, ni l’organigramme des intervenants publics, qui sont les deux principales sources de gabegies au niveau local.

N’en attendez ni un surcroît d’efficacité du secteur public, ni des économies. Au mieux, de ce point de vue, elle sera neutre, au pire, 13 grandes régions se lanceront dans une compétition de dépenses « stratégiques » qui se révéleront contre-productives, le plus souvent.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 09:36

Les attaques contre le libéralisme ne datent pas d’aujourd’hui. À la fin du XIXe siècle, un des derniers représentants de l’école classique française, Frédéric Passy, invité à Genève, y faisait une conférence où il plaidait la cause de ce qu’il appelait l’école de la liberté : c’était le 9 avril 1890. En voici un extrait qui reste toujours d’actualité et qui mérite d'être analysé voire médité

« C’est un accusé qui paraît aujourd’hui devant vous. Il sait qu’il n’a pas seulement à se défendre personnellement lui ou ses idées, mais qu’il a à défendre avec lui, avant lui et plus que lui, ses amis, ses collaborateurs et ses maîtres, c’est à dire tous ceux dont l’ensemble constitue l’école à laquelle il s’honore d’appartenir, l’école de la liberté.

Oui, messieurs, je crois à la liberté, à cette liberté sans laquelle on n’aurait pu, ni lui faire son procès, ni plaider pour elle et qui est, comme l’a dit si bien Bastiat, « le tout de l’homme, son moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. »

J’y crois par ce que je crois que la société humaine est autre chose qu’une collection d’automates attendant d’une main étrangère le mouvement et l’illusion ; parce que je crois que ce monde n’a point été livré au hasard et qu’il y a, dans les sciences de l’ordre moral comme dans les sciences de l’ordre matériel, des lois qu’il n’est point en notre pouvoir de changer, mais qu’il est de notre pouvoir d’étudier pour nous en servir en nous y conformant, parce que, comme l’a dit admirablement Boisguilbert, « la nature ne respire que liberté ; elle ne demande pas que l’on fasse des miracles, elle demande seulement qu’on cesse de lui faire une perpétuelle violence. »

C’est pourquoi j’estime que ce qui est en cause devant vous ce n’est pas seulement un système économique, mais le fond même de la vie politique et de la morale. C’est en même temps l’éternelle querelle de la réalité et de l’hypothèse, de la science et de l’empirisme, du possible et de l’impossible, de l’observation qui éclaire et de l’imagination qui égare.

On a reproché avant tout à cette école classique, ce qu’on a appelé son indifférence, son optimisme, son impassible et béate résignation à toutes les imperfections et toutes les misères du présent. On l’a accusée de n’avoir pour les douleurs et pour les aspirations de l’humanité, ni consolation, ni espérance, et de se borner à répondre à ceux qui souffrent comme à ceux qui désirent : « les choses sont comme elles sont, et tant pis si elles ne vous conviennent pas ainsi ; nous ne pouvons rien pour vous, frappez à côté. »

Cette doctrine n’est point une doctrine d’insensibilité et d’indifférence ; c’est une doctrine d’humanité et de progrès. Mais c’est en même temps parce que en dehors de la raison, il n’y a ni humanité ni progrès, une doctrine de la raison. C’est la doctrine de gens qui, au lieu de refaire le monde à leur fantaisie et de faire miroiter devant les yeux de leurs semblables la vaine fantasmagorie d’une perfection impossible, bonne tout au plus à surexciter leur souffrance en faisant naître en eux des prétentions irréalisables, cherchent, en étudiant la nature humaine et ses lois, à déterminer ce qui se doit et ce qui se peut, et enseignent aux hommes, non pas à se révolter contre ce qui est, mais à tirer de ce qui, par l’emploi intelligent et raisonné de leur activité, le meilleur parti possible.

L’école de la liberté n’est ni l’école de l’approbation, ni l’école de la condamnation. Elle ne dit pas que tout est bien dans la société ; elle ne dit pas non plus que tout y est mal. Elle dit que le corps social, comme le corps humain a ses imperfections et ses maladies ; mais aussi que le corps social, comme le corps humain, a sa constitution naturelle, ses organes nécessaires qui ne peuvent être supprimés sans porter atteinte à l’ensemble, que pour l’un comme pour l’autre, la première condition de toute médecine utile, c’est la connaissance de cette constitution fondamentale, l’étude du jeu de ses organes, le respect de cette force vitale, sans laquelle on ne peut rien, et que toute la science du vrai médecin consiste à dégager des influences ou des gènes qui le contrarient.

Elle n’est, en un mot, ni optimiste, ni pessimiste. Elle croit au mal parce qu’elle le voit et elle le combat. Elle croit au bien parce qu’elle le voit aussi et parce qu’elle en a le besoin, et elle travaille à l’augmenter. »

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 14:42

Cela faisait longtemps qu’on n’avait plus entendu les gémissements plaintifs de l’actuel président de l’Assemblée nationale. Heureusement, l’actualité lui donne enfin l’occasion d’émettre ces petits couinements stridents sans lesquels il n’existerait pas vraiment : en pleine forme, Claude Bartolone revient donc nous entretenir sur la météo, la télé, la politique, la vie, la grande, la belle, celle qu’il mène et qu’il nous fait partager dans un entretien radiophonique pulsant de cuistrerie.

C’est France-Info qui aura eu les bonnes grâces du fier Marquis de Seine-Saint-Denis, et qui nous propose donc une interview à bâtons rompus, cassés, mâchonnés et découpés. Et sur le sujet de l’actuelle canicule estivale, il n’y a pas que l’asphalte et l’air qui soient chauffés à bloc : Claude, à peine le gros micro mou saisi, s’embarque dans l’habituelle propagande climato-réchauffiste, à laquelle il ajoute sa célèbre Magic Touch™ de n’importe quoi aspergé avec vigueur :

« On voit bien que lorsqu’on parle de transition énergétique, eh bien là on voit ce que pourrait redonner ce dérèglement de la planète avec heu des pics de heu chaleur de plus en plus importants, une dérèglementation du climat avec toutes les conséquences que cela peut avoir. »

Et voilà, nous sommes à peine à 30 secondes d’échanges qu’il envoie déjà une bordée de 155mm de son Yamato personnel à l’attention des journalistes et des auditeurs à peine réveillés. Ce type n’a aucune pitié et nous inflige donc une dérèglementation du climat qui l’enquiquine beaucoup et justifie amplement, selon lui, qu’on oblige les véhicules à contourner Paris, voire toute sa banlieue, pour assurer à la métropole une léthargie paisible dans une atmosphère virginale.

Le journaliste en face de lui, passablement amoindri par l’impressionnante salve de conneries débitées à rythme soutenu, ne parvient pas à lui faire comprendre qu’une nouvelle sanction des véhicules polluants revient à pénaliser les moins riches ; Claude, chaud boulette, embraye sur les miyons de réfugiés climatiques (35, mon brave monsieur, 35 !) qu’il y aura inévitablement à la fin de l’année – il tient sans doute ses chiffres de l’ONU – et que ce sont les plus pauvres qui ont des maisons passoires et qu’il faut donc agir contre le réchauffement, voilà voilà, circulez.

Apparemment, l’angle choisi est de les tabasser de taxes et d’interdictions, donc. Subtil. On comprendra surtout qu’en malaxant avec vigueur tous les mots-clés actuels sur le climat, la chaleur et les efforts qu’il faut tous faire pour un avenir riant, Bartolone prête ici allégeance à son patron François dont l’hippopoconférence de fin d’année ne peut surtout pas foirer. C’est un bon soldat, le Claude.

En outre, s’il a daigné venir parler au peuple, ce n’est pas pour s’entretenir de ces broutilles climatiques ni même des enquiquinements passagers de la SNCF avec ses horaires qui se ratent et ses voies qui se dilatent au point d’embrouiller le politicien dans le nom des stations, mais bien de sa campagne électorale pour les régionales, puisqu’il entend bien devenir le prochain patron de la Région Île-De-France.

Petit souci, cette campagne débute avec la parution d’un rapport de la CRC, la Chambre Régionale des Comptes, particulièrement accablant sur sa gestion du département de Seine-Saint-Denis entre 2008 et 2012.

Et lorsqu’on épluche le rapport, on comprend qu’il va être compliqué pour le candidat à la présidence de région de faire oublier sa gestion calamiteuse.

Ainsi, prétextant en 2010 un « budget de révolte » (cf 4:00 dans la palpitante interview) pour rouspéter contre une dotation plus faible de l’État aux fastes de son département, il n’hésite pas à engager les dépenses à hauteur de ce qu’il estime être du et non à celle de ce qu’il a reçu. Comme c’est mignon et tellement dans l’air du temps que de dépenser bien plus que ce qu’on a en se présentant comme un héros de la lutte anti-austérité (qu’on n’aura donc pas subie). En définitive, ne vous inquiétez pas, ce « budget de révolte » ne sera payé que par le contribuable (national ou départemental, Bartolone s’en fout).

Et tant qu’à parler d’austérité, n’oublions pas le petit personnel. Bien qu’un cabinet de président du Conseil ne puisse en théorie excéder 11 personnes, la CRC a découvert à la suite d’une enquête minutieuse (historique des recrutements, fiches de paie, organigramme sur l’intranet, …) que le cabinet a compté jusqu’à 14 personnes. Et cette petite entorse aux règlements au niveau du cabinet se retrouve, sous une autre forme, à tous les étages de l’administratif local : on apprend ainsi que les agents départementaux de la Seine-Saint-Denis ont un temps de travail réduit (28 heures par semaine pour les assistants sociaux, environ 27 h 30 pour les éducateurs, un peu plus de 27 heures pour les agents des collèges). Si Bartolone ne fait, en l’espèce, qu’hériter d’une situation précédente ultrafavorable, il n’a rien fait non plus pour ramener toutes les équipes aux 35 heures légales. Quant à la facture de l’écart représenté aux 35 heures (évaluée à 22 millions d’euros par la CRC), elle restera à la charge de … devinez qui ? Du contribuable, évidemment.

Les exemples s’accumulent dans le rapport, comme celui d’emplois qui, s’ils ne sont pas fictifs, semblent bien douteux et dont la portée effective, en terme de productivité, laissent songeur. En définitive, cette liste de reproches assez longue brosse un tableau bien sombre d’une gestion qui « manque de fiabilité et de transparence » selon la CRC, aux bidouilles comptables qui ont pu altérer « la sincérité des budgets ».

Pour un élu comme Claude Bartolone, c’est finalement sans surprise lorsqu’on se rappelle qu’il est directement responsable d’avoir contracté des emprunts toxiques dont le département n’est toujours pas dépatouillé (et loin s’en faut). Faut-il rappeler qu’à ce titre, et malgré les dénégations consternantes de l’élu, le département qui avait attaqué Dexia s’était retrouvé débouté de ses demandes ? Faut-il rappeler que tout montre que les élus qui ont contracté ces emprunts délétères étaient parfaitement au courant des catastrophes potentielles dans lesquelles ils engageaient leurs collectivités territoriales ?

Et tant qu’on y est, comment ne pas dresser un parallèle (que certains trouveront, soyons certain, hardi) entre la situation financière catastrophique dans laquelle il laisse son département, laissé des années aux mains inaptes de communistes pour tomber dans celles, moites et dispendieuses, d’un socialiste sans honte, et la situation d’un pays européen en pleine tourmente, passé de communistes en socialistes divers et qui ont accumulé les déficits et les gabegies ? Alors que le Grexit (la sortie de la Grèce de la zone euro) n’a jamais été aussi proche, comment ne pas voir se profiler comme un « 93xit », ou, au moins, une faillite retentissante d’un département aux abois ? Décidément, cela présage d’un avenir rebondissant pour la région Île-de-France si elle tombait dans l’escarcelle du frétillant Claude.

La réalité n’est décidément pas bisou pour le candidat à l’élection régionale : sa gestion complètement approximative, ses décisions basées sur l’émotionnel et non le rationnel, quitte à tortiller le sens des mots et des lois pour parvenir à ses fins politiques personnelles, tout ceci lui revient maintenant dans le pif avec une vigueur presque réjouissante. Le timing est impitoyable puisqu’on est précisément au moment où le personnage s’élance à l’assaut du niveau de pouvoir supérieur, mais il est aussi nécessaire puisqu’il permettra de rappeler ce que valent vraiment nos « hommes de responsabilité » lorsqu’on leur fournit le pouvoir et les robinets à pognon. On peut raisonnablement douter que ceci aura un effet quelconque dans la mémoire de l’électeur, particulièrement fugace, mais le rappel reste toujours utile.

Notons que pour finir son interview, Bartolone, probablement frappé d’une rare lucidité, explique vouloir sauver « Les Guignols ». Faut-il y voir enfin un désir de reconversion à sa portée ?

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 11:25

"En France, quand il pleut, c’est à verse et quand ça dévisse à l’extérieur, ça part en vrille à l’intérieur. Logiquement, alors que la situation internationale se fait chaque heure plus tendue, entre les énièmes péripéties grecques et le spectre de plus en plus présent d’une bulle financière sur le point d’éclater, on devait s’attendre aussi à une détérioration record de la situation économique purement nationale. Rassurez-vous : c’est aussi le cas.

Et c’est d’autant plus inquiétant que les informations suivantes n’ont pour ainsi dire pas été relayées par la presse nationale, trop occupée à regarder les sorties lapidaires de M.Valls ou les dernières âneries de JC.Cambadélis. Pourtant, la nouvelle méritait sans doute qu’on s’y attarde même si l’actualité chargée justifie sans doute qu’il faille un peu de temps pour la faire revenir à la surface.

En substance, on découvre une inquiétude croissante des départements devant la croissance incontrôlée des prestations sociales.

Autrement dit, les départements n’ont plus une thune. Ce ne serait pas vraiment problématique si l’État, de son côté, disposait de quelques réserves. Mais ce n’est pas le cas et on commence à comprendre qu’en cette période de disette financière, il va falloir faire des efforts pour joindre les deux bouts, et ce d’autant plus que nous ne sommes qu’en juin. Or, si avoir des problèmes de trésorerie en octobre, c’est enquiquinant, alors en juin, cela devient franchement problématique.

D’autant que la raison principale du manque de trésorerie n’est pas liée à une dépense incontrôlée des fournitures de bureau qu’il serait facile de calmer, mais bien des prestations sociales au bout desquelles se trouvent des individus qui n’ont bien souvent pas vraiment d’alternative solide si celles-ci devaient s’interrompre, même momentanément.

Le constat, pourtant, ne laisse aucun doute et part d’une lettre de l’ODAS, l’Observatoire national de l’Action sociale, qui note il y a quelques jours que, je cite, « sans évolution du mode de financement de leurs compétences obligatoires, les Départements ne pourront plus, dans leur grande majorité, équilibrer leur budget dans un proche avenir. » Autrement dit, la distribution d’argent public continue de plus belle, son débit a même nettement augmenté (1.4 milliard de dépenses en plus en 2014 par rapport à 2013), et l’État, à sec, ne pourra bientôt plus du tout garantir l’équilibre des finances départementales.

Ce constat est partagé tant à droite qu’à gauche. Le bureau de l’ADF (Assemblée des départements de France), classé à droite, s’est alarmé de « la croissance incontrôlée des allocations individuelles de solidarité (AIS) qui conduira à l’asphyxie mortelle des départements » pendant que de son côté, « le groupe de gauche insiste sur l’urgence de la situation des finances départementales ».

Dans ces dépenses sociales, le premier poste des allocations versées est clairement le RSA (à 58%) dont les dépenses ont progressé de 9,2% en 2014. Les autres postes (l’APA – Allocation personnalisée d’autonomie – et la PCH – Prestation de compensation du handicap) sont aussi concernés par ces problèmes de trésorerie. Or, à moins bien sûr d’une inversion de courbe du chômage que bien peu espèrent encore, la situation devrait continuer de s’aggraver. Le plus gênant étant qu’on ne sache absolument pas à quoi s’en tenir ; d’après Claudine Padieu, directrice scientifique de l’ODAS,

« Contrairement aux autres postes, les économistes ne parviennent pas à réaliser des prévisions fiables pour le RSA. La hausse de ces dépenses est d’autant plus préoccupante qu’elle est imprévisible »

Zut, il va être délicat de planifier quelque chose (ce qui est une horreur pour nos amis les planistes), et tout indique que ça ne va pas aller mieux tout seul. Zut et zut.

Dès lors, on ne s’étonnera pas de retrouver quelques gémissements de conseillers départementaux, pour le moment discrets dans la presse locale, constatant, effarés, que la source d’argent gratuit des autres, qui tombait jusque là avec une belle régularité, commence à s’assécher. Zut, zut et rezut, il va falloir supprimer certaines subventions. Zut, zut, et rezut, tout ceci donne un parfum de déroute aux finances locales et pousse même certains à évoquer, sans ambages, un « krach budgétaire territorial ».

Eh oui, le problème, d’habitude pourtant simple, devient rapidement insoluble. Jusqu’à présent, il suffisait en effet de réclamer des sous à l’État. Lorsque celui-ci renâclait, la collectivité territoriale, jamais à court d’imagination, trouvait l’une ou l’autre taxe à augmenter, l’un ou l’autre impôt à retailler vers le haut, et, magiquement, l’argent rentrait. Malheureusement, ce temps de cocagne est révolu. Comme l’explique Jean-Louis Sanchez, délégué général de l’ODAS,

« Les conseils départementaux ne peuvent plus augmenter les impôts et, à ce rythme, ils ne pourront plus financer leurs dépenses sociales dans trois ans. »

Vous me direz : oh, trois ans, c’est encore une belle et longue période qui donnera certainement l’occasion à nos éternels dépensiers d’exprimer toute leur créativité, n’en doutons pas. Je me permets cependant de pointer que les dettes s’empilent, les expédients possibles s’amenuisent et les marges de manœuvres, déjà fort étroites il y a trois ans, risquent bien, à l’approche des élections et de l’impératif évident de ne pas tabasser l’électeur, de s’évanouir complètement. Autrement dit, tout ce petit monde, lentement mais sûrement, est coincé : ne pouvant plus augmenter les impôts, ne pouvant plus guère augmenter la dette, il va leur falloir diminuer les dépenses.

Comme explicité en introduction, depuis que François Hollande a récupéré le pays des mains du précédent, lorsqu’il pleut, c’est à verse. Alors que les tensions internationales n’ont jamais été aussi fortes, que les marchés financiers affichent tous une situation bullesque et que le moindre événement imprévu risque bien de déclencher des mouvements de panique mémorables, la situation économique nationale est inextricable. L’État, endetté jusqu’au cou, ne peut même plus faire mine d’aider les départements, eux-mêmes confortablement installés dans les dettes. Et ce ne sont pas les prochaines élections régionales qui vont inciter les uns et les autres à apurer la situation".

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 08:15

Le public se moqua de lui pendant des années. Lors de ses premiers discours, il fut chahuté et humilié… Puis les Athéniens se mirent à l’écouter, reconnurent en lui un véritable orateur… Et plus de 2000 après, il est toujours cité comme un modèle d’éloquence.

La vie des grands orateurs est une source riche d’enseignements et d’inspiration pour quiconque souhaite éprouver son leadership. Parlons du plus célèbre d’entre eux : Démosthène.

Démosthène vécut au IVe siècle av. J.-C., de -384 à -322. Souvent cité par Cicéron comme un modèle d’éloquence, il fut l’un des plus grands orateurs de la Grèce antique. Pourtant, ce n’était pas gagné…

À ses débuts, Démosthène était en effet peu doué. Son premier contact avec la tribune et le public fut un échec. On raconte que sa voix manquait de force, que son articulation était peu soutenue, et que sa prononciation était mauvaise (il avait notamment du mal avec les « R »)… En plus de cela, le trac et le trouble le paralysaient, ses gestes étaient maladroits, et il soulevait sans cesse une épaule, par une sorte de tic.

C’est ainsi que, lors de sa première intervention en public, il se fit carrément huer. Les gens se moquèrent de lui et critiquèrent violemment sa façon de s’exprimer. Malgré cela, il continua d’intervenir en public, entre autres pour défendre ses idées politiques. Et finit par devenir l’un des meilleurs et des plus célèbres orateurs de l’Antiquité. Voici comment Démosthène s’acharna à remédier à ses défauts…

Les fameux « cailloux de Démosthène »

Démosthène avait des soucis d’articulation et de prononciation. Pour délier sa langue, il s’entraîna à parler avec des galets dans la bouche. Cette technique, désormais appelée « les cailloux de Démosthène », est encore utilisée par certains orthophonistes pour améliorer la diction. En voici le principe :

En plaçant quelque chose dans votre bouche, vous gênez les mouvements de celle-ci ; et si vous voulez vous mettre à parler dans ces conditions, vous êtes alors obligé d’articuler exagérément pour que vos paroles soient un minimum compréhensibles. Ce travail d’articulation permet d’exercer les muscles buccaux, ce qui améliore nettement votre expression orale.

Faites le test ! En remplaçant les cailloux ramassés par terre par des bonbons au miel par exemple. Ou encore en vous coinçant simplement un léger cure-dent entre les dents de devant. Choisissez quelques formules et prononcez-les à voix haute deux ou trois fois en vous efforçant de parler de la façon la plus correcte possible malgré cette gène. Enlevez ensuite les bonbons ou le cure-dent, et reprenez vos formules : vous serez surpris de voir à quel point votre expression se révélera aussitôt bien meilleure, plus fluide et plus agréable…

Démosthène avait également une méthode originale pour travailler le volume de sa voix. C’est sur la plage qu’il ramassait les galets, qu’il mettait ensuite à la bouche. Et il profitait d’être face à la mer pour s’exercer à parler fort face au bruit des vagues (cf. le tableau de Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ, Démosthène s’exerçant à la parole, réalisé en 1870 – détail ci-dessus). De façon similaire, mettez votre radio à fond, et essayez de couvrir le bruit en haussant le ton !

La préparation physique

L’art oratoire est une discipline bien plus physique qu’on ne le pense. Le talent d’un orateur ne dépend pas seulement des mots qu’il emploie, de ses idées et de sa façon d’argumenter : encore doit-il exécuter les bons gestes, occuper l’espace, manier des objets, s’exprimer avec force et clarté sans s’essouffler, tenir dans la durée… Parler face à une assemblée devient vite un sport à part entière.

Pour jaillir avec énergie, la parole doit être soutenue par un corps solide et entraîné. La voix de Démosthène était faible, et seul un souffle puissant peut porter une voix forte. Pour cultiver son souffle, il se mit donc à faire de la course à pied…

Pour nous, le vélo est aussi un excellent moyen, plus contemporain. D’une façon générale, le sport permet d’améliorer notre posture et notre allure. Par exemple, un bon gainage au niveau abdominal, combiné à un fessier et des lombaires renforcés, permet de maintenir une posture bien droite et assurée. La pratique physique et sportive devrait être le complément indispensable des études en rhétorique !

L’épée sous l’épaule

Pour son tic à l’épaule, Démosthène se résolut à travailler devant un miroir. Il coinça une épée le long de son corps, la pointe sous l’aisselle : il était ainsi renseigné sur la discipline de son épaule par les piqûres douloureuses qu’elle lui occasionnait quand son tic le reprenait…

Bien sûr, vous n’avez peut-être pas d’épée chez vous, et vous ne voudriez de toute façon pas tenter une technique aussi violente. Voici donc un autre moyen, moins agressif, pour apprendre à contrôler votre gestuelle et limiter vos mouvements involontaires :

Remplissez un bol d’eau, à ras-bord, au point que la moindre secousse devrait le faire déborder ; prenez alors ce bol entre vos deux mains, en coupole, de telle façon que vous ne pouvez en détacher une pour tenir le bol avec l’autre seulement. Puis… commencez à parler, à raconter une histoire, ou à répéter un exposé ! En veillant bien sûr à ne pas tout renverser par terre ou sur vous.

Remarques : cet exercice est à faire debout, dans votre cuisine, ou un endroit avec du carrelage de préférence… Pour les plus entraînés, vous pouvez risquer quelques déplacements, pas trop brusques ni trop rapides : cela vous obligera à vous tenir bien droit même en marchant. Enfin, plutôt que de travailler devant un miroir, ce qui vous contraint à rester concentré sur votre reflet tout en parlant, il est préférable de se filmer ou se faire filmer, et découvrir ensuite son image.

L’isolement et l’entraînement

Comme tout processus d’apprentissage et de perfectionnement, devenir un bon orateur peut se révéler long et fastidieux. Il est donc important de rester concentré, et de garder intacte sa volonté. On raconte que Démosthène s’obstina à progresser en s’isolant dans un bâtiment souterrain pour mieux travailler. Il se rasa même le crâne et la barbe pour s’empêcher de sortir (ne voulant être vu de la sorte).

Dans votre cas, inutile d’aller vous enfermer dans la cave pour vous adonner à l’art oratoire… Mais il est important que vous ayez un lieu dédié à votre pratique. Pourquoi pas votre chambre, votre salon, où encore une salle de formation. L’espace doit vous être réservé, si possible spacieux et dégagé, et vous ne devez pas craindre de déranger qui que ce soit en élevant la voix.

Gardez également en tête que se former à l’éloquence exige du temps, et vous devez pour cela être prêt à y consacrer au moins une heure d’affilée, un ou plusieurs jours par semaine. Prenez cette activité au sérieux, au même titre que vos autres activités, professionnelles, sportives ou familiales, et réservez-vous un moment spécial pour cela. Travailler sa voix est un rendez-vous avec soi-même. Notez-le dans votre agenda comme tout autre rendez-vous important, et organisez votre emploi du temps en fonction.

Ce qu’il faut retenir de l’histoire de Démosthène, c’est que son talent en matière d’art oratoire ne tient pas à un quelconque « don », à une prédisposition ou à une qualité innée. Il était mauvais, et a travaillé dur pour devenir le meilleur. On s’est moqué de lui pendant des années, lors de ses premiers discours, il a été chahuté et humilié… Puis on s’est mis à l’écouter, on a reconnu en lui un véritable orateur… Et plus de 2000 après, on parle toujours de lui comme d’un modèle d’éloquence.

C’est en ce sens que Démosthène occupe une place à part parmi les grands orateurs de l’Antiquité. Il a marqué à jamais la rhétorique et l’art oratoire. Il nous a laissé de nombreux et ingénieux exercices de perfectionnement à l’oral, qui font encore leurs preuves aujourd’hui. Il demeure une source d’inspiration pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent s’exprimer avec brio, porter leurs idées avec force et conviction, et remporter l’adhésion de leur public.

V Becmeur

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 15:08

Une page est à tourner sur le dialogue social à la française : il est urgent de passer à des modes de relations totalement différents.

Les économistes s’accordent unanimement pour considérer que la qualité du dialogue social est un facteur clé de la compétitivité de l’économie d’un pays, tout particulièrement dans le contexte de cette économie mondialisée dans laquelle nos entreprises se trouvent plongées. Les pays où le dialogue social fonctionne bien, c’est-à-dire où les débats entre les représentants du monde des salariés et ceux du monde patronal se mènent dans un esprit constructif, procurent à leurs entreprises, et tout spécialement à celles exposées à la concurrence internationale, la possibilité d’être flexibles et de s’ajuster, en permanence, aux nécessités du marché. Avec un bon dialogue social, patrons et salariés parviennent à s’accorder sur l’analyse des difficultés auxquelles les entreprises de leur pays se trouvent à un moment donné confrontées, et ils sont alors à même de s’entendre sur les dispositions à prendre pour assurer le succès de celles-ci. Le dialogue social doit bien fonctionner, à la fois au niveau des branches d’activité et, aussi, évidemment, au niveau des entreprises elles-mêmes, chaque entreprise constituant en fait un cas particulier avec des problèmes spécifiques à régler.

Un dialogue social français inexistant

L’économie française, depuis l’apparition au milieu du XIXème siècle de la révolution industrielle, souffre d’un handicap sévère : l’absence de dialogue social, du moins d’un dialogue social s’effectuant dans un climat de bonne entente entre salariés et patrons, et ce en raison du succès particulier qu’ont eu dans notre pays les thèses de Karl Marx, avec la publication en 1848 du « Manifeste du Parti Communiste ». Cette absence de dialogue social qui caractérise la France a fait classer ce pays au 137ème rang, sur 144 pays examinés par le Forum de Davos, pour ce qui est de « La qualité de la coopération dans les relations de travail ». Et un sociologue connu, comme Alfred Grosset, qui a enseigné à Sciences Po Paris, n’a pas hésité à affirmer dans le journal Libération du 29 janvier 2015, à propos des tentatives faites par François Hollande pour dynamiser le dialogue social en France : « Il ne faut pas renouveler le dialogue social en France, il faut simplement le créer ».

On en est donc là ! La France présente, en effet, la caractéristique particulière d’être une société où les partisans du marxisme déterminés à modifier l’ordre social par la voie révolutionnaire ont, dès le début de la création des syndicats, tenté de prendre le pas sur ceux qui, tout en adhérant aux mêmes thèses, ont opté pour la voie réformatrice. En sorte que très tôt on a eu d’un coté les partisans de la voie tracée par la Troisième Internationale avec les thèses de Lénine, et de l’autre les « socialistes », conduits par des leaders comme Jaurès, puis ensuite Léon Blum, partisans d’un combat à mener par des voies démocratiques. Mais toujours, dans l’un et l’autre cas, il s’est agi, et c’est ce qu’il est important de prendre en compte, de faire triompher les thèses marxistes de la lutte des classes.

Une histoire du syndicalisme fortement marquée par la lutte des classes

Il faut se remémorer, en effet, pour bien comprendre les raisons pour lesquelles le dialogue social fonctionne mal en France, les éléments fondamentaux de la thèse développée par Marx, philosophe qui a affirmé dans son manifeste que : « L’histoire des sociétés humaines jusqu’à nos jours n’est rine d’autre que l’histoire de la lutte des classes ». Pour le marxisme, la lutte des classes est ainsi une vérité historique. Il s’agit de lutter contre le patronat pour parvenir à une société idéale où l’on se sera débarrassé du travail salarié, ceci en passant par une dictature du prolétariat.

Le droit syndical fut reconnu en 1884, et la Confédération Générale du Travail, la CGT, fut créée en 1895 par une unification du mouvement syndical français. Cette grande organisation syndicale a été fortement influencée, dès l’origine, par les anarcho-syndicalistes. Au Congrès de Limoges, ville où naquit la CGT, il a été affiché que le syndicalisme avait vocation à « préparer l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ». Il y eut, ensuite, au Congrès confédéral de la CGT, en 1906, la Charte d’Amiens, dont l’article 2 dit explicitement que la vocation de cette organisation syndicale est « la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat ». Cette charte a toujours constitué la référence théorique du syndicalisme en France. Elle est, en somme, son ADN. Elle a assigné au syndicalisme un double objectif : défense des revendications immédiates des travailleurs et lutte pour une transformation d’ensemble de la société, et ce en toute indépendance des partis politiques, avec comme moyen d’action la grève générale. Cette prise de position à l’égard des partis politiques est demeurée par la suite l’une des caractéristiques qui a différencié le syndicalisme français du syndicalisme des pays du Nord de l’Europe, et tout particulièrement du syndicalisme allemand qui, lui, est un syndicalisme où s’est opérée dès les origines une étroite symbiose entre le parti socialiste, le SPD, et le mouvement syndical. Une différence donc tout a fait fondamentale par rapport au syndicalisme français.

Ensuite, en 1919, se créa la CFTC, syndicat chrétien fidèle à la doctrine sociale de l’Église catholique. Puis, avec les très importantes grèves de 1920, l’opposition entre réformistes et révolutionnaires se développa, en sorte qu’en 1921 s’opéra, à Tours, une scission au sein de la SFIO qui donna naissance au Parti Communiste Français. Et, au sein de la CGT, se produisit alors une séparation entre le courant communiste qui prit son indépendance en créant la CGTU (CGT Unitaire), et le courant plus modéré, d’obédience socialiste, qui resta fidèle à la charte d’Amiens.

Par la suite, en 1948, au lendemain de la seconde guerre mondiale, il y eut une nouvelle scission au sein de la CGT, les adhérents refusant la mainmise du parti communiste sur ce syndicat, créant la CGT-FO. Et, en 1960, intervint aussi, au sein de la CFTC, une scission qui donna lieu à la création de la CFDT.

Ainsi donc le mouvement syndical français se trouva-t-il progressivement morcelé. Néanmoins, les influences marxistes demeurèrent toujours très fortes, partout : en 1936 il y eut fusion entre la CGT et la CGTU puis le Front Populaire prit corps avec une alliance de toutes les forces de la gauche, ce qui valut au monde du travail bon nombre d’avancées sociales importantes. Le gouvernement de Léon Blum dut négocier avec le monde ouvrier l’évacuation de toutes les usines occupées par les grévistes, et il y en eut un nombre considérable, contre l’octroi d’avantages sociaux extrêmement importants : semaine de 40 heures, congés payés, et mise en place des Conventions Collectives….. C’est ce que l’on appela les accords de Matignon.

Et une influence toute particulière du communisme

Il y eut, ensuite, du fait du rôle important que joua le parti communiste français dans la résistance, et de la victoire éclatante de l’URSS sur l’Allemagne nazie, une influence très forte du PCF sur toute la vie politique française. Au 26ème Congrès de la CGT, en 1946, cette organisation syndicale, qui comptait 5 millions d’adhérents, se trouva dominée par les communistes. Et les premiers gouvernements constitués au lendemain de la guerre comptèrent des ministres communistes. Par la suite, on vit l’influence des communistes décliner régulièrement, mais, néanmoins avec François Mitterrand et son Programme commun de la gauche, les communistes en 1981 revinrent à nouveau au pouvoir, quatre ministères leur étant concédés dans le gouvernement Mauroy.

Ainsi, depuis la Révolution bolchevique de 1917 jusqu’à une période relativement récente, les communistes ont-ils joué un rôle important dans la vie politique de la France et tout particulièrement dans les luttes menées par le monde ouvrier contre le patronat. Les thèses marxistes pénétrèrent profondément les esprits, non seulement dans le monde ouvrier, mais aussi dans une bonne partie de la société y compris dans l’intelligentsia française.

Avec la chute de l’Union Soviétique, en 1991, l’influence des communistes dans la vie politique française déclina, évidemment, au point qu’elle s’est à présent fortement restreinte. Mais le tissu social français n’en reste pas moins sourdement imprégné par le marxisme, les patrons étant vus davantage comme des exploiteurs des salariés que comme des créateurs de richesses. Et l’on sait que, dans leur tréfonds, les Français, généralement, n’aiment guère les riches. Les syndicats français ont ainsi toujours refusé de prendre de quelconques responsabilités dans la gestion des entreprises, préférant limiter leur rôle à s’arcbouter sur la défense des acquis sociaux et à revendiquer, en permanence, de nouvelles avancées sociales.

Tout est à reprendre

On se retrouve ainsi, aujourd’hui, en France dans une situation particulière : un mouvement syndical éclaté entre plusieurs organisations qui se font en fait concurrence, des syndicats très peu représentatifs du fait que le taux de syndicalisation est extrêmement faible dans notre pays, de l’ordre de 3% à 4 % seulement dans le secteur marchand, alors que l’on a des taux de 70% à 80% dans les pays nordiques, des syndicats par trop portés par des idéologies et incapables de fonctionner avec les seules cotisations de leurs adhérents, des syndicats bénéficiant, par conséquent, de financements importants de la part de la collectivité, et des dirigeants syndicaux qui sont des permanents par trop soucieux de leur propre carrière. Aussi, pour compenser les insuffisances du dialogue social, l’État s’est-il octroyé au cours du temps le rôle d’animateur du dialogue social, et aussi de partenaire, au titre de ses responsabilités en matière de cohésion sociale et de sauvegarde de l’intérêt général.

On a abouti, ainsi, à un code du travail de quelque 3.600 pages, fait d’une accumulation de textes législatifs et réglementaires pour les salariés sous contrat de travail de droit privé. Ce code constitue pour les entreprises un corset d’une rigidité extrême. Sa complexité et son ossification constituent un frein très puissant à l’embauche et au développement des entreprises, tout particulièrement des jeunes entreprises encore très fragiles au plan financier, et dont les dirigeants ont à consacrer toute leur énergie à se forger des avantages compétitifs plutôt qu’à se plier à des réglementations paralysantes et très chronophages, qui, s’ils ne les respectent pas scrupuleusement, peuvent leur coûter très cher.

La situation dans laquelle se trouve la France en matière de dialogue social est donc à la fois absurde et intenable. Les syndicats sont dans une culture de confrontation, une confrontation « rarement dénuée d’arrières pensées politiques » nous dit le journaliste Gabriel Vedrenne dans une chronique récente d’Europe 1. Il serait donc urgent de pouvoir y remédier car il y va du bon fonctionnement de nos entreprises dans un monde devenu on ne peut plus concurrentiel.

Les pouvoirs publics en ont d’ailleurs pris conscience. Ainsi Nicolas Sarkozy avait-il déclaré, au début de son mandat en 2007 : « Je souhaite que les cinq prochaines années soient celles d’une revitalisation profonde du dialogue social ». Et François Hollande a mis en œuvre dès son arrivée au pouvoir un processus dit de « modernisation », ou encore de « dynamisation », du dialogue social, consistant à organiser chaque année un grand rendez-vous entre les partenaires sociaux pour les contraindre à négocier sur des thèmes déterminés, dans le cadre de « Grandes conférences sociales » qui se tiennent chaque année au Conseil Économique et Social à Paris. La dernière Grande Conférence s’est tenue les 7 et 8 juillet 2014. Elle a réuni quelque 300 personnes invitées à débattre sur sept grands thèmes différents. Il s’en est suivi, selon la procédure fixée par la loi Larcher du 31 janvier 2007, une note d’instruction adressée par le ministre du Travail aux 8 partenaires sociaux autorisés par l’arrêté du 31 mars 1966 à débattre (cinq organisations salariées et trois patronales), leur fixant les trois thèmes sur lesquels allait porter cette année la négociation : renforcer la qualité du dialogue social, améliorer l’effectivité du droit à la représentation des salariés, et valoriser le parcours des délégués syndicaux. Il fut fixé aux partenaires sociaux un délai de quatre mois pour aboutir à des accords précis, ceux-ci devant donner lieu à la promulgation d‘une nouvelle loi par le Parlement en début d’année 2015. À défaut d’entente entre les parties, le gouvernement indiquait qu’il s’autoriserait à déterminer lui-même le contenu de la loi à promulguer.

Comme la presse l’a révélé, la CGT et FO quittèrent dès le second jour les bancs de la Grande Conférence de juillet, et les négociations entre les partenaires sociaux qui durèrent quatre mois débouchèrent, en décembre 2014, sur un échec. Le gouvernement tint donc ses engagements et le ministre Rebsamen entreprit de préparer un projet de loi qui fut soumis à l’examen de l’Assemblée Nationale le 26 mai dernier. L’intitulé de ce projet de loi choisi par le ministre fut le suivant : « Ameliorer l’efficacité et la qualité du dialogue social au sein de l’entreprise ».

Toutes les améliorations apportées de cette manière au dialogue social en France, au fil des années, ne résolvent en rien le problème : ce ne sont jamais que des améliorations de détail, des ajustements à la marge qui laissent la situation du dialogue social en France en l’état. Des lois se rajoutent indéfiniment aux lois, et le caractère des relations existant entre les représentants du monde salarié et ceux du patronat ne s’en trouve en rien modifié.

L’Allemagne et les Pays Bas, deux exemples pour nourrir notre réflexion

Il est donc urgent de passer à des modes de relations totalement différents : une page est à tourner sur le dialogue social à la française, un système qui n’est ni le modèle travailliste à l’anglaise ni le modèle social démocrate à l’allemande. Pour ce faire, on pourrait soit s’inspirer de l’expérience des Allemands où le dialogue entre représentants du monde salarié et représentants du patronat a toujours bien fonctionné, soit copier le modèle néerlandais.

Comme on le sait, les Allemands en sont arrivés à ce que l’on dénomme la « cogestion » dans les entreprises, en 1951 : dans ce système, les représentants des salariés et ceux du patronat, dans les entreprises de plus de 2.000 personnes, se trouvent représentés à égalité dans un « Conseil de surveillance », le président, obligatoirement issu des actionnaires, ayant une double voix. Et c’est ce Conseil de surveillance qui nomme les membres du directoire. Ainsi, les représentants des salariés disposent-ils de pouvoirs sur la détermination de la stratégie de l’entreprise, sur les décisions d’investissement, sur les projets de restructuration, etc. Ce système qui associe étroitement les représentants du personnel à la gouvernance des entreprises modifie totalement la nature des relations existant dans un pays entre les salariés et les patrons. Ceux-ci œuvrent, en somme, en commun pour créer de la valeur ajoutée et ils décident, ensemble, de la manière de se répartir les profits.

Le système hollandais est tout différent. Il fonctionne parfaitement depuis l’accord de Vassenaar de 1982, car il est fondé sur un principe de confiance entre des partenaires animés du souci de trouver des consensus. Ce dispositif fonctionne avec deux structures différentes : la Fondation du Travail (STAR) d’un côté, et le Conseil Économique et Social de l’autre (SER). La Fondation du Travail est un lieu de concertation bipartite où se mènent des travaux en vue de conclure des arrangements et des accords collectifs : elle formule régulièrement des recommandations qui sont faites au gouvernement. Le Conseil Économique et Social, le SER, est, lui, un organisme tripartite dont le rôle est de conseiller le gouvernement. Il est constitué de 33 membres : 11 côté employeur, 11 côté salariés, et 11 experts indépendants nommés par la Couronne. Les recommandations formulées par le Star sont soumises pour avis au SER et ces avis sont pratiquement toujours suivis par le gouvernement. On est donc avec le système néerlandais dans un processus efficace de recherche en permanence de compromis.

Il faudrait donc qu’à l’occasion d’une prochaine élection présidentielle il soit dit qu’en France on va enfin tourner la page sur la manière de faire fonctionner le dialogue social. Le futur président proposerait aux syndicats de salariés et aux syndicats patronaux d’abandonner le Code du travail actuel en échange de la mise en place, soit du système allemand soit du système néerlandais : en somme, un deal « donnant donnant ». Le nouveau code du travail se bornerait à fixer par la loi quelques principes fondamentaux en matière de droit du travail, laissant les partenaires sociaux fixer eux-mêmes par des accords bipartites les dispositions qu’ils adoptent ensemble pour régir les relations de travail dans les entreprises, au niveau tant des branches que des entreprises elles-mêmes.

Cette révolution est à faire si possible à l’occasion des futures élections présidentielles de 2017. L’économie française, si ces réformes pouvaient se réaliser, s’en trouverait totalement métamorphosée

C.Sicard

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 08:29

Dépassant les clivages partisans, le socialiste Arnaud Montebourg et l'ex-ministre de Sarkozy, Yves Jégo, s'associent pour promouvoir les produits fabriqués en France.

Il débarque, tonitruant : «Montrez-moi les machines! J'adore! Je like! Tout est fait à Paris? I love Paris.» Arnaud Montebourg virevolte dans cet atelier de maroquinerie du Ier arrondissement parisien. Il est là pour lancer avec Yves Jégo, député de Seine-et-Marne (UDI) et maire de Montereau-Fault-Yonne, Vive la France, une association de promotion du made in France. Ce dernier arrive : « Tu as mis un Smuggler? » demande-t-il à l'ancien ministre de l’Économie. Les deux retournent leur veste et montrent le sigle Origine France garantie, qui certifie les produits fabriqués en France, dont font partie ces costumes coupés à Limoges. Jégo est à l'origine de ce label, lancé il y a trois ans et déjà porté par 400 entreprises en France, soit 1500 gammes de produits : «Du biscuit à la voiture en passant par des sacs à main», dit-il. Montebourg avait fait du made in France sa marque de fabrique quand il était au gouvernement. Il avait, à l'époque, soutenu l'association de Jégo. Quand il a quitté son ministère, ce dernier lui a envoyé un message privé sur Twitter, ils ont déjeuné et l'idée de s'associer a fait son chemin. «On a pensé que ce combat devait être sorti du champ politicien, confie Jégo. Quand Montebourg tient ce discours, il est qualifié de protectionniste par sa famille politique, et la mienne me traite d'hurluberlu. Il nous fallait le dire ensemble.»

Un ex-UMP devenu UDI, un socialiste en rupture de mandat, « deux anciens ministres, l'un de Nicolas Sarkozy, l'autre de François Hollande », dixit Jégo, réunis pour promouvoir le made in France en dehors des partis. Jégo détaille : « La machine étatique est lourde. On peut faire plus de choses dehors qu'en étant aux responsabilités. On est plus libre. » Montebourg renchérit : « Ne pensez pas que la politique appartient à une caste. Cela appartient à tous les citoyens. Il n'y a pas d'un côté ceux qui font de la politique et de l'autre ceux qui regardent.» Il porte des rouleaux de peaux aux couleurs du drapeau français. Jégo lui lance : « C'est quoi le message? C'est pour tous ceux qui ont voulu notre peau? » Le chantre de la démondialisation attrape un marteau et entonne : « Si j'avais un marteau...»

Montebourg fait du Montebourg. Il amuse son public entre deux tirades sur son sujet de prédilection : « Le message, c'est le rassemblement des forces du fabriqué en France. Il est partout dans notre société, mais inorganisé. Pour nous, il doit être une grande cause nationale. Quand j'étais au ministère, j'ai lancé cette bataille. » Il refuse de dire si, depuis son départ, ce combat a été abandonné. D'ailleurs, ne l'interrogez pas sur sa récente tribune cosignée avec le banquier Matthieu Pigasse critiquant l'action du gouvernement. « Vous nous ramenez toujours à la politique politicienne! » s'agace-t-il... Officiellement en retrait de la politique, il a pourtant l'art de toujours se rappeler au bon souvenir des siens. Mais aujourd'hui, le seul sujet dont Montebourg est disposé à parler est le made in France. Pour le reste, passez votre chemin. Il avance sur une crête, entre deux vies, ne sachant pas toujours sur quel pied danser. « Je ne sais pas où je vais », fanfaronne-t-il. De son porte-monnaie dépasse une carte de Vélib. « J'adore ça! » cabotine le compagnon d'Aurélie Filippetti. Un porte-monnaie pas made in France : « Que voulez-vous, c'est un cadeau de l'amour! »

Les 10 et 11 septembre, il organise avec Jégo les Assises du produire en France, à Reims. Un rendez-vous qui abolirait les frontières partisanes en rassemblant « politiques de droite et de gauche, chefs d'entreprise et syndicalistes, consommateurs et producteurs », annonce Montebourg. Son « faites l'amour pas la guerre » à lui en quelque sorte. Son credo d'aujourd'hui.

Caroline Fontaine

C’est entre deux sacs cousus main, dans l’atelier de maroquinerie parisienne laContrie, qu’Yves Jégo et Arnaud Montebourg lancent leur association Vive la France. © Kasia Wandycz

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