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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 15:57

En cette période d’élection présidentielle, révisez votre histoire politique française, avec un portrait de Vincent Auriol, président de la République de 1947 à 1954.

 

Vincent Auriol (Revel, Haute-Garonne, 27 août 1884 – Paris, 1er janvier 1966) devait être, quoi qu’ait prétendu François Mitterrand, le premier socialiste à devenir président de la République. Il était sans doute un socialiste plus sincère que son illustre successeur.

Candidat de la SFIO et du PCF, il fut élu au premier tour, le 16 janvier 1947, par 452 voix. Cette victoire couronnait une longue carrière politique.

Le communiste Jacques Duclos, présidant le Congrès de Versailles, déclara :

En vous la nouvelle constitution de la République Française, a désormais un gardien vigilant et respectueux de la souveraineté du peuple. Avec vous la République sera toujours placée sous le signe de l’union républicaine et sous le signe de tous les Français de bonne volonté…

Quelques mois plus tard, avec l’entrée dans la Guerre froide, socialistes et communistes se retrouvèrent dans des camps opposés.

En dépit de ce contexte international très tendu, Vincent Auriol sut redonner du lustre à une fonction présidentielle que d’aucuns souhaitaient abolir.

« J’ENTRE DANS UN PALAIS MAIS JE RESTE AVEC LE PEUPLE… »

Fils unique d’un boulanger républicain radical, il perdit un œil à 10 ans en jouant avec ses camarades. Éduqué d’abord par les frères des écoles chrétiennes, il fréquenta ensuite l’école laïque et le collège de sa bourgade natale. Devant sa réussite scolaire, son père renonça à en faire son successeur et lui permit de poursuivre ses études.

Son itinéraire fut ainsi des plus classiques sous la Troisième république. Après avoir fait son droit et s’être inscrit au barreau de Toulouse, il se fit élire député de Muret sans discontinuer pendant 26 ans, de 1914 à 1940. Son enracinement local se confirma par son élection comme maire de Muret et conseiller général en 1925.

Influencé par Jean Jaurès, son professeur de philosophie à l’université de Toulouse devenu député du Tarn, il était devenu socialiste très tôt. Avocat de la Bourse du Travail, Auriol avait épousé la fille d’un vieux syndicaliste en 1912. Orphelin de Jaurès, assassiné en 1914, il se tourna vers Léon Blum qui devint son maître à penser. Il devait participer à la reconstruction de la SFIO après la scission du Congrès de Tours (1920). Ce socialiste réformiste, cordial et sans agressivité, se fit ensuite connaître au sein du socialisme européen.

MINISTRE ET RÉSISTANT

Ardent partisan du Front populaire, il devait détenir trois portefeuilles ministériels. Il fut successivement ministre des Finances (1936-1937), de la Justice (1937-1938) puis de la Coordination des services ministériels à la présidence du Conseil (1938). Il devait ainsi évoquer son premier ministère :

Syndic de faillite plutôt que gérant d’un patrimoine, j’étais en présence d’une trésorerie vide, d’une inflation illégale et occulte de douze milliards, d’une monnaie dévaluée en fait depuis trois années, au témoignage même de tous les économistes d’une crise économique sans précédent, d’une violente agitation sociale et d’une France déchirée, d’une Europe déjà en état de guerre et d’urgentes nécessités d’armements modernes jusque là négligés et inexistants …

Un de ses principaux titres à la postérité était d’avoir été un des quatre-vingts parlementaires à refuser de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Sous l’Occupation, il connût l’internement administratif puis la résidence surveillée à Muret. Un moment inquiété au moment du procès de Riom, Vincent Auriol obtint un non-lieu du tribunal de Muret.

À compter d’octobre 1942, il vécut en clandestinité dans les montagnes de l’Aveyron et les Causses du Tarn. Auriol y rédigea pour l’essentiel son livre Hier-Demain. Il était dédié « à Charles de Gaulle et à ses premiers compagnons, à Léon Blum et à mes camarades du parti socialiste, aux prisonniers de guerre et aux déportés… ».

Il participa activement à la Résistance en zone sud avant de gagner Londres en octobre 1943. À Alger, il devint, jusqu’au 25 juillet 1944, membre de l’Assemblée consultative provisoire dont il présida la Commission des Affaires étrangères. Il représenta la France lors de la conférence de Bretton-Woods.

SUPPRIMER LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ?

Élu dans les deux assemblées constituantes (1945 et 1946), il fut ministre d’État dans le gouvernement provisoire dirigé par de Gaulle. Un de ses camarades lui reprocha de devenir plus gaulliste que socialiste. Lors de la démission du Général, il sut le convaincre de ne pas parler à la radio. Le grand Charles lui confia alors l’intérim de la présidence.

Il présida ensuite les deux assemblées constituantes où son talent de conciliateur fit merveille. Les socialistes rêvaient de supprimer simplement la présidence de la République. L’exécutif s’incarnerait dans un président du Conseil représentant la majorité de la Chambre. La peur du communisme, d’une part, et d’un pouvoir personnel de type bonapartiste, d’autre part, déboucha finalement sur un simple replâtrage de l’ancienne constitution.

La Quatrième république se voulait une refonte rationnelle de la Troisième république. Le Sénat que d’aucuns souhaitaient supprimer fut conservé et amoindri sous le nom de Conseil de la République. Le chef de l’État serait donc élu selon les mêmes modalités que sous la république précédente.

DES POUVOIRS PLUS CLAIREMENT DÉFINIS POUR LE PRÉSIDENT ?

Les pouvoirs du président furent définis en s’inspirant de la pratique mise en œuvre depuis 1876. Le chef de l’État demeurait chef des armées et présidait le conseil des ministres. Il conservait le droit d’adresser des messages au parlement et la possibilité de demander une seconde délibération sur les textes votés par le parlement.

Gardien de la Constitution, son rôle essentiel demeurait la désignation des candidats à l’investiture comme président du conseil.

Néanmoins tous ses actes devaient être contresignés par un ministre. L’importance réelle de ses pouvoirs allait donc dépendre de la pratique instaurée par le premier titulaire de la charge.

Or, Vincent Auriol, qui comme Jules Grévy autrefois, avait été un adversaire de la fonction présidentielle, n’avait nullement l’intention d’inaugurer les chrysanthèmes. Au rebours de la Troisième république, la Quatrième devait marquer la renaissance de la fonction présidentielle.

UNE NOUVELLE CONCEPTION DE LA PRÉSIDENCE : UNE MAGISTRATURE D’INFLUENCE ?

Vincent Auriol devait en effet préciser sa vision des choses :

Je regrette de contrarier ceux qui voudraient faire de la présidence de la République une magistrature passive, silencieuse, de pure représentation(…). Je ne serai ni un président soliveau, ni un président personnel. (…)Entre le mutisme et le laisser-aller, la décision et l’action effective réservée au Gouvernement responsable, il y a place pour une « magistrature morale » dont on a parlé, pour ce pouvoir de conseil, d’avertissement, de conciliation qui doit être celui du Chef de l’État, sensible et attentif au-delà des courants d’opinions superficiels et passagers et au-dessus des heurts de partis, à la volonté profonde et permanente du pays : Défendre l’État, sa constitution, ses institutions et en même temps les intérêts permanents de la France que cet État représente, c’est ainsi que je conçois mon rôle…

Pour lui, le président ne décidait pas mais avertissait et conseillait. Mais très à l’aise dans le « maquis parlementaire », Auriol n’hésitait pas intervenir énergiquement lors des conseils des ministres. La quasi-disparition des conseils de cabinet favorisaient son autorité face à des présidents du conseil à la personnalité un peu falote. Les procès-verbaux des séances du conseil, dont il était le seul détenteur, lui donnait par ailleurs une grande supériorité d’information.

Il apportait son point de vue qu’il défendait avec autorité et compétence sur tous les projets. La vivacité méridionale dépassait parfois chez lui les bornes de la politesse. Jacques Fauvet décrivit ainsi un chef de l’État « bousculant les fonctionnaires, présidant, voyageant, proclamant, parant beaucoup, écoutant plus rarement ».

UNE POLITIQUE ÉLYSÉENNE ?

Le président donnait toujours son avis sur toutes les nominations aux postes importants et exerçait une forte influence dans les Affaires étrangères et la Défense nationale. Ayant accès à la correspondance diplomatique, il bénéficiait de la pérennité alors que les chefs de gouvernement et les ministres passaient. Vincent Auriol sut user de ses voyages à l’étranger, pour affirmer les thèses qui lui étaient chères.

Opposé au réarmement allemand, il défendit le pacte atlantique et condamna vigoureusement le « rideau de fer ». Il n’était donc pas le président « indifférent », au-dessus de la mêlée, de la Troisième république. Vincent Auriol se consacra particulièrement à l’Union française, nouveau nom donné à l’Empire colonial. Il n’hésita pas à recevoir l’empereur Bao-Daï à propos de l’avenir du VietNam. Le président rédigea lui-même le message au bey lors de la crise tunisienne de mars 19521.

Président du Conseil supérieur de la magistrature, il eut le souci d’en assurer l’indépendance face au gouvernement. Il usa de son droit de grâce en toute liberté. Auriol ne suivait les avis du Conseil de la magistrature que pour les délits mineurs. Entre 1948 et 1953, ce sentimental devait gracier les 2/3 des condamnés à mort. Ce droit devait prendre une coloration politique marquée quand il en fit bénéficier les condamnés pour collaboration ou les députés malgaches compromis dans le soulèvement de 1947.

UN PRÉSIDENT ACTIF ET TRAVAILLEUR

Le président s’informait sans arrêt des événements nationaux et internationaux. Il suivait par la radio les débats à l’Assemblée Nationale. Il devait être le premier président de la République à prononcer des allocutions radiodiffusées.

Comme le notait André Siegfried :

Dans les trop fréquentes et surtout trop longues crises ministérielles, Auriol a plus d’une fois, par ses conseils, ses déclarations et même – ce qui était sans précédent – par ses communiqués de presse, dirigé les événements dans le sens souhaité par lui. Les constituants avaient voulu diminuer le Président ; on est heureux de constater qu’ils n’y ont pas réussi…

Les circonstances lui furent en effet favorables. Le Tripartisme, qui avait fondé la nouvelle république, s’effondra avec l’entrée dans la Guerre froide. Les communistes, un temps premier parti de France, choisirent de s’aligner sur l’URSS. La vieille SFIO pencha pour l’alliance atlantique. Le jeune MRP, parti démocrate-chrétien, rompit avec de Gaulle et perdit rapidement une grande partie de ses électeurs.

Avec la « Troisième force » qui rassemblait tous les partisans du régime, la composition de tout gouvernement relevait désormais d’une savante alchimie. Aucun parti n’étant majoritaire, les cabinets de coalition devinrent la règle.

« LE PARLEMENT EST À VOMIR »

En 1947, Vincent Auriol lui-même poussa Paul Ramadier à renvoyer les ministres communistes. Véritable chef de la « Troisième force », il dénonçait par ailleurs les attaques du RPF, le parti gaulliste.

Il fut dans doute le président de la République parlementaire qui sut le mieux faire triompher devant l’assemblée les candidats de son choix à la présidence du conseil. Auriol n’hésitait pas à faire pression sur les partis pour maintenir la cohésion de la majorité en place. Cette cohésion était loin d’être assurée. La « Troisième force » était en réalité une somme de faiblesses hétéroclites.

Violemment attaqués sur leur droite par les gaullistes et sur leur gauche par les communistes, les gouvernements devaient composer avec des petits partis du centre et s’appuyer sur les socialistes comme sur la droite modérée.

Il y avait parfois de quoi être découragé. « Le parlement est à vomir » devait écrire Auriol. Pas moins de dix-sept gouvernements devaient se succéder pendant sept ans ! Onze d’entre eux devaient tomber moins de six mois après leur investiture.

« On déposa sur mes épaules le lourd fardeau de la nation, et j’ai parcouru un dur calvaire. Sera-ce, finalement, au bout, la Croix ? »

VIE PUBLIQUE, VIE PRIVÉE

Levé au petit matin, Vincent Auriol faisait chauffer lui-même son petit déjeuner. À 6 heures, en pyjama et robe de chambre, il était à son bureau privé au premier étage, où personne ne devait le déranger jusqu’à 8 h 30, examinant les dossiers qu’il avait fait monter la veille.

S’il était attaché au respect du à la fonction présidentielle, il en favorisa aussi la démocratisation. L’habit de cérémonie fut peu à peu abandonné. Il n’hésita pas à aller en jaquette au grand prix d’Auteuil et à inaugurer les expositions en veston et sans chapeau. La simplicité, l’accent méridional, le visage rond, tout semblait rapprocher Auriol du populaire Doumergue. De son côté, son épouse, Michelle, restaurait la tradition de l’arbre de Noël et se montrait une maîtresse de maison distinguée et prévenante. Elle portait à la perfection les robes des grands couturiers.

Pour échapper aux services de sécurité, Auriol n’hésitait pas à quitter le palais en cachette pour aller au cabaret ou à la Comédie-française.

Amateur comme son épouse de peinture moderne (Rouault, Braque, Dufy) et de musique classique, Vincent Auriol jouait du violon. Mais ce pétanqueur d’occasion aimait aussi la pêche à la ligne. Il ne manquait pas d’assister à des compétitions de football ou de rugby.

TRAVAUX À L’ÉLYSÉE

Tout était à rénover, la maison n’avait guère bougé depuis bien longtemps. La première salle de bains datait de Deschanel. On ne pouvait plus fermer certains volets sous peine de les voir partir en poussière. Les peintures s’écaillaient, les fils conducteurs étaient visibles dans certains plafonds, les menuiseries se disloquaient, des bibelots multiples et disparates s’entassaient sur des meubles mal assortis…

Les Auriol n’avaient pas l’intention de vivre sept ans dans ce musée poussiéreux qu’ils furent les premiers à surnommer le «Château».

Quelques semaines après leur arrivée, ils commencèrent par arranger certaines pièces à leur façon. Ils y passèrent toute une journée en famille avant de s’endormir, fourbus mais satisfaits… pour se rendre compte que tout avait été remis à sa place le lendemain par le personnel !

Dès lors, de grands travaux furent entrepris. Cette réfection totale, avec mobilier assorti au style des pièces, entraina la suppression de la cage de verre dans la cour d’honneur et la création d’un appartement royal pour les invités de marque au premier étage du palais.

Enfin, Michelle Auriol décida de doter le palais de cuisines dignes de ce nom puisque les repas provenaient d’un traiteur depuis les débuts de la IIIe République. Cela permit d’offrir désormais un cassoulet à ses invités.

L’épouse du président devait avouer : « Après le septennat, ni mon mari, ni moi-même n’avons plus prononcé le nom de l’Élysée, qui a représenté pour nous une existence aussi pénible physiquement que moralement ».

UNE AUTRE VIE COMMENCE POUR VINCENT AURIOL

Trop populaire à la fin de son septennat, Vincent Auriol comprit qu’il n’avait aucune chance d’être réélu. S’il avait le soutien mitigé des socialistes, tous les autres partis lui reprochaient trop son activisme.

Tout en pratiquant une activité de journaliste politique, Vincent Auriol devait continuer à jouer un rôle public. Il présida la Conférence internationale des Nations unies contre les préjugés et la discrimination, réunie à Genève en 1955. Il contribua à faire accepter aux socialistes la nomination du général de Gaulle à la présidence du conseil en mai 1958.

Pourtant, hostile à la Constitution de 1958, il démissionna de la SFIO. Il refusa également de siéger au Conseil constitutionnel dont il était membre de droit. Son dernier acte fut de soutenir la candidature de François Mitterrand en 1965.

Sa tombe très simple se trouve au cimetière de Muret. Mais il laissait, à défaut de monument, un document historique de première importance à la postérité.

Le Journal du Septennat dont la publication posthume, commencée en 1970 achevée en 1983, connut quelques difficultés. François Mitterrand, devenu président, crut devoir empêcher la publication de l’année 1950 où son rôle n’était pas suffisamment mis en valeur. Vingt ans furent donc encore nécessaires pour lire enfin cette année 1950. Comme quoi, il convient de laisser le temps au temps…

 

 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 15:46

Louis-Napoléon Bonaparte

En cette période d’élection présidentielle, révisons notre histoire politique française, avec un portrait de Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française.

 

 

Le 20 décembre 1848, Louis-Napoléon (Paris, 20 avril 1808 – Chislehurt, 9 janvier 1873), en habit noir, prêtait serment devant l’Assemblée constituante :

« En présence de Dieu et devant le peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution. »

Il déclarait ensuite :

« Nous avons une grande mission à remplir, c’est de fonder une république dans l’intérêt de tous et un gouvernement juste, ferme, qui soit animé d’un sincère amour du progrès, sans être réactionnaire ou utopiste. Soyons les hommes d’un pays et non d’un parti…»

L’Assemblée, qui lui était hostile, se montra froide et son adversaire de la joute électorale, le triste Cavaignac, ne crut pas utile de se lever quand le nouveau Président lui serra la main presque malgré lui.

Louis-Napoléon devait être le premier président de la République et en même temps le repoussoir des républicains français. Le spectre du coup d’État du 2 décembre a longtemps hanté la tradition républicaine. L’élection directe du chef de l’État par le peuple sera, pour un bon siècle, associée au césarisme et au péril dictatorial. Aussi, la présidence de la République allait devenir une fonction essentiellement symbolique et ce jusqu’en 1958.

LA CONSTITUTION DE LA SECONDE RÉPUBLIQUE

Tout avait commencé avec la promulgation de la constitution de la Seconde République le 4 novembre 1848. Partiellement inspirée de la constitution américaine, elle prévoyait l’élection d’un président de la République pour une durée de quatre ans au suffrage universel masculin. Disposant de larges pouvoirs, il ne dépendait pas de l’Assemblée qu’il ne pouvait, de son côté, pas dissoudre. Cette assemblée unique était l’héritière des grandes assemblées de la Révolution : la Constituante, la Législative, la Convention.

Néanmoins, cette synthèse maladroite de la tradition révolutionnaire française et du système présidentiel américain pouvait déboucher sur une impasse. Le Président sortant ne pouvait pas se faire réélire. Les actes de ses ministres étaient soumis à un contrôle tatillon de l’Assemblée. En cas de conflit entre l’exécutif et le législatif, le Président, qui n’avait rien à perdre, pouvait être tenté par la solution du coup d’État.

« UN CRÉTIN QUE L’ON MÈNERA »

Mais la création d’une présidence de la République ne s’était pas faite sans débats.

En effet, le nom de Louis-Napoléon était à l’esprit de tous les parlementaires. Mais si le nom inquiétait, l’homme lui même suscitait le mépris ou la moquerie. Élu en juin 1848 par quatre départements, il avait démissionné devant l’hostilité froide manifestée par l’Assemblée. Il n’avait, ainsi, pas été compromis dans les massacres de juin où la République avait fait tirer sur les ouvriers.

Réélu en septembre par cinq départements, il était arrivé avec la réputation sulfureuse d’être un des chefs de la démocratie sociale. Il devait d’ailleurs siéger sur les bancs de la gauche. Mais très vite, l’Assemblée s’était rassurée. Gauche, laid, apathique, mauvais orateur, s’exprimant avec un accent étranger indéfinissable, le neveu de l’Empereur n’impressionnait guère.

« Quel imbécile que ce monsieur Bonaparte » gloussait Ledru-Rollin, l’aigle de l’extrême-gauche. « C’est un crétin que l’on mènera » assurait de son côté Adolphe Thiers, la tête pensante de la droite ex-monarchiste qui se réunissait rue de Poitiers.

Le 12 octobre, il annonçait sa candidature à la présidentielle, se posant en champion de la réconciliation nationale. Tous les gens sérieux pariaient cependant sur Cavaignac, le chef du gouvernement provisoire. Ce dernier avait le soutien de la majorité des élus, des notables, des hauts fonctionnaires et des milieux d’affaires. La droite, qui n’avait personne à présenter, se rallia à Louis-Napoléon. Thiers était persuadé qu’il le manipulerait comme un pantin avant de lui succéder. Le fait est qu’il devait bien lui succéder… 23 ans plus tard !

LE PREMIER PRÉSIDENT

Sous ses allures imbéciles, qu’il soignait particulièrement à l’égard de toutes les intelligences qui le regardaient de haut, Louis-Napoléon allait être le seul à mener une campagne moderne. Son programme s’adressait à tous, chaque catégorie se voyant gratifier de promesses sans trop de souci de cohérence. Inversement, l’acharnement de la presse à le ridiculiser contribuait à faire de lui le personnage central de la campagne. Sa victoire devait être éclatante, montrant l’écart existant entre le peuple et les élites. Avec une forte participation (76% des inscrits), il recueillait plus de la moitié des voix des inscrits et les 3/4 des voix des votants. La France paysanne, méprisée par les républicains, s’était ralliée massivement à son nom.

Installé à l’Élysée, palais alors dans un triste état de délabrement, le Président devait s’apercevoir de la difficulté de composer un cabinet. Les républicains modérés le boudant, il dût se tourner vers les orléanistes appelant Odilon Barrot à la présidence du conseil. Les ministres ne faisaient guère de cas du Président qui confectionnait des cocottes en papier pendant les réunions du conseil. Une fois de plus, Louis-Napoléon feignait l’indifférence attendant son heure. Leperroquet mélancolique raillé par le général Changarnier avait l’habitude d’attendre.

LA VIE AVENTUREUSE DE LOUIS-NAPOLÉON

Né aux Tuileries prince impérial, il avait été tenu sur les fonds baptismaux par son oncle Napoléon. Fils incertain de son père Louis Bonaparte1 mais petit-fils incontestable de Joséphine, il était un Beauharnais par son flegme et la douceur de son caractère. Il avait connu l’exil dès l’âge de cinq ans, navigant entre la Suisse, l’Italie, les États-Unis et l’Angleterre. Sa connaissance du monde et des langues étrangères le distinguait de la plupart des Français de son temps.

Ayant l’âme d’un aventurier, il avait participé au soulèvement de la Romagne en 1831 et tenté à deux reprises de renverser le trône de Louis-Philippe. À Strasbourg en 1836 comme à Boulogne en 1840, l’opération avait tourné au fiasco. Emprisonné au fort de Ham, il occupa son temps à étudier, à réfléchir et à espérer. Il rédigea en captivité son Extinction du paupérisme qui connût, à sa publication en 1844, un certain succès. Louis-Napoléon se voulait socialiste, c’est-à-dire soucieux du sort des ouvriers : l’État devait à ses yeux corriger les excès du capitalisme libéral.

Il finit par s’évader, en mai 1846, de façon rocambolesque sous le déguisement d’un ouvrier. Il y gagna le surnom de Badinguet, dont l’origine reste encore obscure aujourd’hui. Apprenant la révolution de 1848, il aurait dit : « La République est proclamée, je dois être son maître. »

BLEU ENTRE LES ROUGES ET LES BLANCS

Les élections de mai 1849 voyaient triompher le « parti de l’ordre » composé d’anciens monarchistes, les Bonapartistes n’étant guère qu’une trentaine. Les républicains modérés avaient été laminés pris entre le marteau « montagnard » des démoc-soc et l’enclume conservatrice. La peur du péril rouge rapprocha cependant la majorité parlementaire du Président. Mais Louis-Napoléon se voulait bleu entre les Blancs et les Rouges.

Dénonçant l’intervention française en faveur du rétablissement de Pie IX à Rome, l’extrême gauche descendit dans la rue. Ce fut sa perte. Le Président à cheval se fit acclamer dans les rues de Paris. « Il est temps que les bons se rassurent et les méchants tremblent » pouvait-on lire sur la proclamation présidentielle. L’État de siège lui permit de soigner sa popularité, notamment auprès de la troupe. Il commençait, par ailleurs, une série de voyages en province appelant à l’union autour des institutions républicaines.

D’un autre côté, il n’avait pas l’intention de devenir l’otage de la droite. Mécontent de l’attitude du pape qui avait adopté une politique réactionnaire, alors même qu’il devait sa restauration à la république française, Louis-Napoléon rompit avec la majorité conservatrice. Sous prétexte d’écrire à son cher Edgar Ney, il fit publier dans la presse un texte sans équivoque : « La République française n’a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne. »

LOUIS-NAPOLÉON CHAMPION DU SUFFRAGE UNIVERSEL

Odilon Barrot fut renvoyé et le nouveau cabinet dit ministère du 31 octobre 1849 se révéla plus malléable entre les mains du Président. L’absence d’un Président du conseil lui permettait enfin d’agir à sa guise. Le bonapartisme s’affichait plus ostensiblement :

« Le nom de Napoléon est à lui seul un programme ; il veut dire à l’intérieur ordre, autorité, religion, bien être du peuple, à l’extérieur dignité nationale. »

Très habilement, il laissa l’Assemblée voter le texte du 31 mai 1850 qui écartait du corps électoral la « vile multitude » comme disait Thiers. Comme il devait le confier à une amie :

« Quand l’Assemblée sera au-dessus du précipice, je couperai la corde. »

Il pouvait désormais se présenter comme le champion du suffrage universel. Dans le même temps, il ralliait des catholiques, satisfaits d’une politique favorable à l’enseignement catholique et au contrôle du clergé sur l’Université, tout comme les monarchistes fatigués de la rivalité stérile entre les Bourbons et les Orléans.

LA RÉVISION IMPOSSIBLE

Le Président multipliait les voyages : en quatre années, il devait visiter une cinquantaine de départements. Il inventait ainsi le rituel du voyage présidentiel avec son cortège de journalistes et ses visites organisées. L’accueil n’était pas toujours enthousiaste mais il subissait les cris hostiles avec philosophie et savait s’adapter à ses auditoires. Il avait le sens de la formule, déclarant à Saint-Quentin :

« Mes amis les plus dévoués ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas dans les lambris dorés, ils sont dans les ateliers, dans les campagnes. »

Si à Lyon, il se souciait des ouvriers malades ou trop âgés, à Cherbourg, il tenait le discours d’un homme d’ordre.

La bêtise provocatrice du général Changarnier, commandant militaire de Paris, lui permit de le révoquer le 9 janvier 1851. Il pouvait ainsi contrôler plus soigneusement l’armée. L’Assemblée votait aussitôt la défiance à l’égard du cabinet. Sans trop s’émouvoir, le prince-président constituait un nouveau cabinet de « techniciens » dont Eugène Schneider à l’Agriculture et au Commerce.

La perspective de l’élection présidentielle de 1852 était désormais dans tous les esprits. Faute de candidats crédibles, qui pouvait s’opposer à Louis-Napoléon, l’homme le plus populaire de France ? Ne fallait-il pas réviser la constitution pour éviter qu’elle ne soit bafouée par le suffrage du peuple ? La quasi-totalité des conseils généraux n’avait-il pas émis des vœux pour la réélection du Président qu’interdisait la constitution ?

Persuadé que la crainte du « spectre rouge » pousserait l’Assemblée à la révision, Louis-Napoléon espérait se maintenir au pouvoir légalement. Mais si une forte majorité s’était prononcée, le 19 juillet 1851, en faveur de la révision, elle était insuffisante. Aussi, quand Morny suggéra la voie du coup d’État, le Président répondit à son demi-frère : « J’y songe sérieusement. »

LE PRINCE-PRÉSIDENT

Pour mieux perdre l’Assemblée dans l’opinion, Louis-Napoléon demanda le rétablissement du suffrage universel mis à mal par la loi du 31 mai 1850. Le rejet, mais à une faible majorité, le convainquit définitivement de la nécessité du coup d’État. Il savait d’ailleurs ses adversaires déterminés à l’éliminer. Une partie de la droite songeait très sérieusement à une arrestation du Président combinée avec le retour des princes d’Orléans.

Le plan « Rubicon » déclenché le 2 décembre surprit cependant tout le monde. L’insurrection dans la capitale fut écrasée impitoyablement. Divers soulèvements en province, surtout dans le Centre et le Midi, subirent le même sort. Le sang avait coulé, ce que n’avait pas souhaité le prince-président soucieux d’unir sur son nom tous les Français. D’un autre côté, les conservateurs, vite effrayés par les récits des scènes de violence des « Rouges » en province, se rallièrent en masse au pouvoir.

Un plébiscite organisé dans une atmosphère de terreur, les 20 et 21 décembre 1851, légitima le coup de force. Une fois de plus, les campagnes votèrent massivement oui. « Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre » déclara Louis-Napoléon reconnaissant ainsi sa culpabilité.

Inspiré par la constitution de l’an VIII, la constitution du 14 janvier 1852 maintenait le régime républicain. Louis-Napoléon se voyait octroyer la présidence pour dix ans. Néanmoins le Président quittait l’Élysée et s’installait aux Tuileries, le palais des rois.

Un pas de plus vers l’Empire ? Mais Louis-Napoléon hésitait :

« Conservons la République ; elle ne menace personne, elle peut rassurer tout le monde. »

Cette république était autoritaire : la presse était mise sous surveillance. Le scrutin de liste était remplacé par le scrutin d’arrondissement. L’administration se chargeait de l’élection des candidats officiels. Il n’y eut que trois opposants élus en février 1852 mais l’abstention avait été très forte dans les grandes villes ouvrières comme Lille et Saint-Étienne.

EMPEREUR MALGRÉ LUI

Cependant, son fidèle complice des mauvais jours, Persigny, était résolu à le faire empereur malgré lui. Il organisa un grand voyage dans le Centre et le Midi, là où la résistance au coup d’État avait été la plus forte, pour mieux démontrer la volonté des Français de revenir à l’Empire.

Pourtant le voyage devait commencer tièdement, notamment à l’entrée dans le département de la Loire, le berceau de Persigny. Roanne reçut froidement le chef de l’État. Mais, à Saint-Étienne, tout changea et désormais les cris de « Vive Napoléon, Vive l’Empereur » allaient ponctuer le parcours présidentiel qui prit l’allure d’un cortège triomphal s’achevant en apothéose à Bordeaux où le préfet Haussmann avait fait les choses en grand. « La France semble vouloir revenir à l’Empire » constatait Louis-Napoléon.

La république était morte, pour la seconde fois, sous les coups d’un Bonaparte.

 

 

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 17:04

Contrairement aux affirmations des candidats à l’élection présidentielle, l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêchera pas le travail détaché.

 

 

La dernière grosse blague à la mode est d’affirmer (le débat télévisé de mardi l’a montré à nouveau) qu’il faut supprimer le système du travail détaché qui permet, depuis 1996, de faire travailler des travailleurs polonais en France, pour une durée limitée, avec un salaire français mais des cotisations sociales polonaises (on me pardonnera ce raccourci in concreto du sujet).

On a tous bien compris les arguments : il faut protéger les salariés français (qui rêvent tous, c’est bien connu, de faire le boulot qu’on confie aux Polonais) contre cette invasion dangereuse fondée sur un dumping social.

Présenté de cette façon, le débat est comprimé dans une seringue du même ordre que l’ubérisation et ses méfaits : alors vous avez le choix entre une société qui protège, qui prévoit, qui équilibre, qui partage, et, de l’autre côté, un repaire de vautours profiteurs qui mettent en danger des siècles d’acquis, de construction collective, de bien-être. Que préférez-vous ? Que les coupables lèvent le doigt.

SUPPRIMER LE TRAVAIL DÉTACHÉ, UNE BOMBE À RETARDEMENT

Maintenant, si on retourne le problème, chacun va comprendre les petits mensonges par omission véhiculés par les candidats qui s’empressent de réclamer la fin du travail détaché (et les raisons pour lesquelles il faut par avance ranger cette annonce de campagne dans les volumineuses archives des promesses non tenues).

Je ne relèverai même pas, ici, qu’aucun président de la République n’a le pouvoir de s’opposer à l’application d’une directive européenne sur son sol sans remettre en cause l’État de droit.

La seule véritable option qui existe est d’annoncer une renégociation de la directive, ce qui prendra le temps que ça doit prendre, sauf à expliquer aux Français que nous programmons un Frexit.

Mais supposons… imaginons que, dans un délai miraculeux, le candidat qui triomphe en mai 2017 obtienne tout de suite une remise en cause de la directive. Le voilà donc en train d’expliquer à ses partenaires européens qu’un travailleur d’un État-membre doit être soumis aux cotisations sociales de l’État qui l’accueille pour une mission de courte durée.

Cela signifie quoi ? qu’il va ouvrir des droits sociaux dans cet État d’accueil ? qu’il va devenir l’un des allocataires de son système de sécurité sociale ? qu’il perd temporairement ses droits sociaux dans son pays d’origine ?

Oui, bien sûr, supprimer le travail détaché au sens où les candidats à la présidentielle l’entendent signifie effectivement rattacher le travailleur en question au système de protection sociale du pays d’accueil. De cette façon, on harmonise les cotisations sociales et on évite le dumping.

L’EFFET CACHÉ SUR LES COMPTES SOCIAUX

On poursuit le raisonnement. Donc, un maçon polonais ou slovène ou bulgare, lorsqu’il vient sur un chantier en France, va consommer de la protection sociale en France. Il aura droit à nos remboursements maladie très généreux, à nos hôpitaux dont les personnels passent leur temps à pleurnicher sur le manque de moyens (en oubliant toujours de parler de leurs jours de congé pléthoriques) mais qui font rêver n’importe quel ouvrier d’Europe de l’Est.

Et comme la bêtise de la lutte contre le travail détaché sera poussée jusqu’au bout, il aura même droit au régime invalidité de sa convention collective en France.

Bref, pour le dire de façon cynique, ceux qui pensent que les cotisations sociales non payées par les travailleurs détachés en France sont une charge sans contrepartie ne tarderont pas à faire la triste expérience de leur incompétence, puisqu’ils sont en train de promouvoir l’ouverture de notre système de protection sociale au mauvais risque.

Qui sont en effet les travailleurs détachés ? Ceux qui, chassés par la misère de leur propre pays, acceptent des emplois ingrats, pénibles, épuisants, et mal payés en France. Et brutalement, on va leur dire : finalement, vous aurez les mêmes droits que les travailleurs français quand vous viendrez travailler chez nous, même pour six mois ou un an.

Ah ! ah ! mais c’est sûr que le gars, il fera tout pour ne pas retourner se faire soigner les yeux ou les dents en Pologne, en Bulgarie ou en Grèce. Il va en profiter pour récupérer la totale aux frais des cotisants français. Et pour un euro de cotisation versée par le travailleur détaché, on aura droit à deux euros de dépense de notre Chère Sécurité Sociale  déjà exsangue du fait de sa mauvaise gestion.

UN PETIT OUBLI SUR LES « ALLÈGEMENTS DE CHARGES »

On s’amuse par avance de cette pelote que nous déroulons sans hâte. L’histoire du dumping sur les emplois à faible qualification (ceux très majoritairement concernés par le travail détaché) est en effet une sorte de serpent de mer en France.

Quand j’étais à l’ENA (il y a quinze ans), je suivais des cours où l’on nous présentait des tableaux très bien faits sur le coût d’un pêcheur à Saint-Pierre-et-Miquelon (sous Sécurité sociale française) et sur le coût de son homologue Nord-américain. On comprenait tout de suite pourquoi l’activité de pêche à Saint-Pierre n’avait aucune chance de se développer.

C’est pour cette raison qu’on a inventé les allègements de charges sous 1,6 SMIC. Mes petits camarades de l’ENA me soutiennent encore aujourd’hui mordicus que le manque de compétitivité français, dû au coin « socio-fiscal », ne porte que sur les bas salaires.

Continuons sur le travail détaché : donc, l’alignement des travailleurs détachés sur les cotisations sociales françaises, sachant qu’il concernera des emplois majoritairement rémunérés au SMIC… ne rapportera rien à la Sécurité sociale. Mais il causera des dépenses, et des compensations de droit financées par l’impôt. Et voilà comment une mesure destinée à protéger les salariés français sera en réalité financées par les contribuables français.

Redisons-le, les milliards « d’allègements de charges » concédés aux entreprises sont compensés par l’État, c’est-à-dire par le contribuable, et essentiellement par des taxes sur les salaires. Donc, ce sont les employeurs de France qui paieront les cotisations des travailleurs détachés, officiellement alignés sur les cotisations françaises.

LES VRAIES RAISONS DU TRAVAIL DÉTACHÉ

Supposons que tout ceci advienne. Le travail détaché disparaitra-t-il pour autant ? Ce sera le moment de vérité. Entre un maçon français et un maçon polonais, à coût égal, qui l’employeur français choisira-t-il ?

Tous les employeurs connaissent déjà la réponse. Le maçon polonais qui, sachant qu’il a droit à la Sécurité sociale française en travaillant en France, se précipitera pour venir, avec sa motivation, son ardeur à la tâche, son envie de faire. C’est le grand tabou français.

Mais ceux qui recrutent sont bien placés pour savoir que la « protection » dont les salariés français bénéficient du fait des innombrables inventions légales, réglementaires, conventionnelles, les disqualifie dès lors qu’ils sont mis en concurrence avec des salariés étrangers non contaminés par cet état d’esprit délétère.

Mais, laissons les syndicalistes français nourris à la langue de bois tirer ce constat par eux-mêmes : l’alignement des travailleurs détachés sur les conditions sociales françaises n’empêchera pas le travail détaché.

Bien au contraire. Et il faudra avoir l’honnêteté de s’interroger sur l’employabilité de nos ressortissants baignés dans une atmosphère de « luttes », d’acquis sociaux et de protection toujours plus importante.

COMMENT LA FRANCE PRÉPARE SON PROPRE SUICIDE

Reste à expliquer comment se passera la renégociation de la directive sur le travail détaché. Outre les contreparties que tous les pays qui font une utilisation intelligente de cette directive (comme l’Allemagne, qui fait baisser les coûts de ses filières les plus concurrentielles, notamment agro-alimentaires, de cette façon) demanderont, certains se frotteront les mains. Ils feront écrire noir sur blanc au nouveau Président français qu’un salarié français détaché en Pologne ou en Bulgarie relève désormais de la Sécurité sociale polonaise ou bulgare.

Quelle chance pour les employeurs français qui veulent délocaliser. Ils pourront désormais négocier les opérations de détachement à bas prix, sur le mode du : « où tu vas faire ce job en Bulgarie pendant six mois, pour un salaire bulgare, protection sociale comprise, ou tu pars ».

On s’en délecte par avance.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 14:45

Deuis quelques jours, toutes les options semblent possibles pour la présidentielle, d’un Le Pen – Macron à un Fillon – Le Pen ou un Fillon – Mélenchon !

 

À deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, les sondages se suivent et se ressemblent, actant tous un resserrement net des écarts entre les leaders historiques (Marine Le Pen & Emmanuel Macron) et les challengers (François Fillon au premier chef et, éventuellement, Jean-Luc Mélenchon). Au point de rendre tous les scénarios possibles pour le second tour.

QU’ANNONCENT LES SONDAGES SUR LA PRÉSIDENTIELLE ?

Si l’on prend la dernière livraison des sondages BVA, le duel annoncé avec insistance par les médias entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron reste d’actualité, puisqu’ils sont tous deux à 23%. Mais en baisse notable en une semaine, -1% pour Le Pen, -2% pour Macron. À l’inverse, les challengers François Fillon et Jean-Luc Mélenchon restent stables ou montent, à 19% tous les deux. Seul BVA met Mélenchon aussi haut (16% environ pour les autres instituts) mais avec les marges d’erreurs, 4 candidats peuvent rêver d’accéder au second tour.

Si l’on analyse la sûreté du choix mesurée par l’Ifop pour Fiducial, les électeurs de Marine Le Pen et de François Fillon sont les plus convaincus d’aller voter pour leur candidat, à respectivement 85% et 74%. À l’inverse, ils ne sont que 62% à être certains de leur choix pour Emmanuel Macron, le même niveau que pour Jean-Luc Mélenchon.

 

CE QUI POURRAIT BOULEVERSER L’ÉLECTION DANS LES PROCHAINES SEMAINES

Jamais sous la Ve République les sondeurs ne se sont trompés sur l’affiche du second tour à une distance aussi courte du premier tour (en prenant en compte les marges d’erreur bien sur). Autant dire que les probabilités d’un duel Macron – Le Pen au second tour restent majoritaires.

Mais… ce scrutin est aussi inédit, dans le sens où aucun des deux candidats en tête actuellement n’est issu des partis de gouvernement historiques en France, et aucun ne se réclame des deux camps classiques en France, la droite et la gauche. Tous deux représentent un saut dans l’inconnu qui pourrait effrayer beaucoup de votants.

Enfin, les sondeurs n’ont pas de point de comparaison pour redresser aussi finement que d’habitude leurs résultats. Cela n’invalide pas totalement les sondages, mais cela invite à prendre ces sondages avec un peu plus de prudence et de distance que d’habitude.

3 RISQUES EN VUE POUR EMMANUEL MACRON

La position d’Emmanuel Macron semble la plus précaire entre les deux candidats en tête actuellement. S’il a perdu 2 points en une semaine, c’est même 3 points en 15 jours selon BVA. Cela alors que le candidat bénéficie d’un alignement des planètes idéal, avec un candidat PS quasiment d’extrême gauche et un candidat LR englué dans les affaires. Il est aussi selon le même sondeur le candidat le plus souvent choisi « par défaut », par 33% de ses électeurs potentiels contre 23% pour la moyenne des candidats.

Les résultats électoraux des derniers mois, du Brexit à Donald Trump en passant par la « droitisation » de l’électorat en France ne plaident pas non plus pour lui, comme le notait très bien le journaliste Éric Dupin sur Slate : Emmanuel Macron est de facto le candidat des diplômés, des gens qui gagnent bien leur vie, des Parisiens, etc., de la France privilégiée en somme. Cet électorat qui a perdu dans la bataille Remain contre Leave pour le Brexit, cet électorat qui préférait Hillary Clinton à Donald Trump, etc. Même dans l’hypothèse d’un duel Le Pen – Macron au second tour, il y a fort à parier que la victoire facile annoncée à Macron par tous les médias depuis des mois ne sera pas si facile que ça.

Enfin, plus le scrutin se rapproche, plus la question des idées devient importante.

UNE POLARISATION DE L’ÉLECTORAT EN BONNE VOIE

Autre élément qui pourrait rebattre toutes les cartes de la présidentielle, les électeurs reviennent à leurs camps historiques : si François Fillon progresse, c’est surtout que ses électeurs « naturels » (sympathisants des Républicains) lâchent progressivement Emmanuel Macron et retournent à leur vote historique de centre droit. Il regagne du terrain chez les sympathisants LR, au détriment d’Emmanuel Macron. À 72% des intentions de vote chez les sympathisants LR, il fait une progression marquée de +5%. À cet égard, les soutiens de moins en moins voilés d’une large partie du PS à Macron semblent peser négativement sur ses intentions de vote.

Les militants fillonistes usent et abusent ainsi de l’argument, comme par exemple la page Facebook « Ridicule TV » animée par des soutiens du candidat LR et qui attaque régulièrement Macron comme héritier direct de François Hollande, avec un certain succès (1,4 million de vues pour cette vidéo) :

De même, une autre page anti Macron, « Emmanuel Micron », attaque l’ancien ministre de Hollande sur la base de ses soutiens majoritairement à gauche, jusqu’au PCF (Robert Hue) :

ET MÉLENCHON ALORS ?

Suite aux débats télévisés, la hausse de J-L Mélenchondans les sondages est indéniable. Mais peut-elle suffire pour perturber le duo (voire le trio) de tête Le Pen – Macron – Fillon ?

 

 L’exercice de prédiction est de haute voltige mais différents éléments plaident contre cette théorie. Au premier chef le fait qu’il faudrait que Mélenchon prenne au moins 3% à Benoît Hamon pour arriver aux niveaux des deux premiers. Ce qui mettrait Benoît Hamon à 5% des suffrages, un niveau difficilement concevable. Enfin, à 59% de sûreté dans le choix, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est le plus instable des 4 premiers candidats selon BVA. Il a donc bien plus à perdre qu’à gagner dans les jours qui vont précéder le 1er tour…

 

Une seule chose est sûre, les Français nous réservent des surprises, et ne devraient pas accepter si facilement le duel vendu avec insistance par Saint-Germain-des-Prés depuis des mois ! Fin du suspense dans deux semaines…

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 08:31

Il ne suffit pas pour choisir un candidat à une élection présidentielle de regarder une sinistre farce télévisée rassemblant les onze prétendants.

 

L’étalage médiatique des pratiques financières parlementaires a tellement perturbé la campagne présidentielle que son niveau est désormais proche de zéro. Le dernier débat rassemblant les onze candidats a permis d’atteindre le fond, du moins espérons-le.

Confusion, agressivité destinée à exister médiatiquement, superficialité des propos, tout y était. Personne ne sait si ce sont les chaines de télévision qui entraînent les politiciens dans ce spectacle de mauvais goût ou si les politiciens utilisent la télé pour ne pas être oubliés.

Mais il s’agit bien de spectacle et non d’information. Devant son écran, le public attend la faute de l’un, l’attaque de l’autre, comme si le plateau était une arène romaine. Les jeux du cirque sont devenus moins sanglants mais n’ont pas disparu.

GAUCHE ET LIBERTÉ

Dans une société libre, la politique doit se garder de ressembler à un spectacle. Sa place doit être limitée mais éminente. Limitée car l’envahissement normatif et financier de la société globale par le politique conduit à une sorte de tyrannie qui ne dit pas son nom.

Pour la gauche, on le sait, « tout est politique » car la démocratie consiste à construire un modèle qui sera imposé à l’ensemble des citoyens au nom du principe de majorité.

Démarche potentiellement totalitaire à laquelle adhère clairement Philippe Poutou, Nathalie Artaud et même Benoît Hamon  voire Jean-Luc Mélenchon,. Chacun d’entre eux propose de violenter la société actuelle pour l’emmener vers un avenir  hypothétique.

DROITE ET RÔLE LIMITÉ DU POLITIQUE

Pour la droite, au contraire, la société existe en dehors du politique. Le rôle des politiciens consiste à gérer l’existant, à le faire évoluer souplement et avec un minimum de contraintes imposées d’en haut par le pouvoir.

Les politiciens ont davantage pour rôle d’accompagner les évolutions qui prennent naissance dans le corps social que de proposer des modèles théoriques à expérimenter. François Fillon se rattache à cette conception.

L’exemple historique du mariage homosexuel en France permet de concrétiser cette idée. Instaurer l’union civile des homosexuels, au-delà même du PACS, aurait sans doute rencontré des oppositions assez limitées.

Instituer un « mariage pour tous » en brutalisant tous ceux pour lesquels le mariage a un fort contenu religieux ne peut que créer des ruptures et des conflits.

Il est possible d’accorder des droits nouveaux, donc de faire progresser la liberté, en respectant les convictions profondes de nombreux citoyens. Trop pressée d’imposer des modèles théoriques, la gauche a beaucoup de mal à l’admettre.

GÉRER LES CONFLITS, TROUVER DES COMPROMIS

S’il doit rester limité, le rôle des politiciens n’en est pas moins éminent car nos sociétés complexes doivent trouver des compromis pour exister.

Voilà bien la fonction essentielle des gouvernants d’aujourd’hui : parvenir à concilier des aspirations et des intérêts divergents, anticiper les conflits et, s’ils surviennent malgré tout, savoir arbitrer pacifiquement.

Une vision globale et synthétique claire est nécessaire pour cela, mais aussi une expérience qui ne s’acquiert qu’avec le temps et la pratique gouvernementale.

Si Donald Trump se heurte à tant d’oppositions et suscite tant de réactions négatives, c’est bien parce qu’il lui manque la culture et l’expérience.

 

En France, Emmanuel Macron possède incontestablement la culture nécessaire pour gouverner, mais l’expérience lui fait défaut.

CRITÈRES GÉNÉRAUX DE CHOIX

Il ne suffit pas pour choisir un candidat à une élection présidentielle de regarder une sinistre farce télévisée rassemblant les onze prétendants. Il ne suffit pas non plus d’examiner minutieusement les programmes de chacun et de les comparer, exercice utile mais insuffisant. Il faut répondre à quelques questions simples, très générales mais essentielles :

1. Quel est le projet souhaitable ? Nouveau modèle de société ou gestion rigoureuse et pragmatique ? Politique envahissante (ambitieuse diront certains) ou politique modeste (cautionnant l’existant diront certains) ?

2. Quel est le gouvernant le plus apte ? Deux qualifications de base sont nécessaires : la maîtrise de tous les grands sujets politiques et économiques (la culture) et une expérience de l’exercice du pouvoir (le savoir-faire).

3. Face à une situation grave et imprévue (troubles sociaux, terrorisme de masse), un dirigeant doit être capable de faire face. Son action passée constitue un indicateur.

4. Enfin, question essentielle : faut-il voter utile ? Faut-il, au contraire, voter pour protester ou se faire plaisir ? La sociologie politique est cruelle et certains candidats n’ont aucune chance de devenir Président. Voter pour eux, est-ce renoncer à avoir une influence ?

Ces critères de choix ne sont certainement pas suffisants, mais ils permettent de faire un tri efficace. Bien sûr, les notions d’expérience, de culture politique, de capacité de réaction face à l’imprévu comportent une part de subjectivité. On peut, par exemple, considérer que Macron ou Hamon ont suffisamment d’expérience ou non. Sans la subjectivité, tout serait vraiment simple.

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 16:55

Et si les électeurs aimaient Jean-Luc Mélenchon seulement pour son agressivité et son insolence ?

Depuis la nuit des temps, les hommes aiment assister à des combats de gladiateurs et hurlent de plaisir lorsque l’empereur lève son pouce, en attendant le verdict de vie ou de mort ; l’issue finale des combats étant toujours cette dernière, à laquelle les participants étaient préparés. Ils saluaient d’ailleurs les empereurs par ces mots : Ave imperator, morituri te salutant ! (ceux qui vont mourir te saluent).

De nos jours, dans les pays qui autorisent la peine de mort, les exécutions sont publiques, car elles permettent aux victimes d’obtenir la réparation et assouvir leur désir de vengeance. Ce droit des victimes est consacré par les lois et assuré par la société.

CANALISER LA VIOLENCE AUTREMENT

Aujourd’hui, cette violence inhérente à l’homme est canalisée autrement : les sports de combat, les corridas, les jeux vidéo, la lecture de polars, les séries télévisées retraçant des enquêtes criminelles, les chants nationalistes lors des matches de football, les peplums glorifiant les exploits des gladiateurs.

Elle est la seule explication à la montée fulgurante de François Bayrou dans les sondages à l’occasion de l’élection présidentielle en 2002, après qu’il ait giflé un enfant lui ayant fait les poches devant les caméras. C’est également cette soif de violence qui explique le récent succès de  Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, au détriment de deux autres partis légitimes de l’extrême gauche aux candidats fort sympathiques.

LES PEUPLES ONT LES DIRIGEANTS QU’ILS MÉRITENT

Un proverbe oriental dit que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Les électeurs voteront donc pour le candidat qui leur ressemble.

C’était très éloquent dans le cas de Nicolas Sarkozy, le symbole par excellence de la culture des masses : au vin il préfère le Coca-Cola ; plutôt que la musique classique, il apprécie Chimène Badi, Calogero ou encore l’émission The Voice ; cinéphile, il éprouve sans doute une préférence pour les films en 3D, au lieu de se rendre au musée.

La mondialisation a contribué à la démocratisation de la culture, où la culture des masses prend sa revanche sur celle des élites. Ainsi, le livre de Dan Brown, Da Vinci Code, est truffé d’erreurs historiques et semble être une version quasi contrefaite du célèbre roman du sémiologue italien Umberto Eco, Le nom de la rose.

RESSEMBLER À SES ÉLECTEURS

Et pourtant, cet ouvrage n’est lu que dans les cercles intellectuels, alors que le film, reprenant uniquement l’enquête criminelle, a eu un important public. Le livre, lui, a été un best-seller mondial, son auteur a utilisé des phrases courtes, sans jeux de mots, faciles à comprendre pour le plus grand nombre. Tout le monde ne peut pas être sémiologue et saisir la subtilité.

Pour être élu, le candidat idéal doit donc ressembler à ses électeurs, être un « homme du peuple » et apporter la réponse à leurs aspirations les plus profondes.

Et si les électeurs aimaient Jean-Luc Mélenchon seulement pour son agressivité et son insolence ?

AGRESSIVITÉ ET INSOLENCE

Quelle différence existe-t-il entre les phrases « Casse-toi pauvre con » et « Dégage, dehors ! » ? La première, prononcée par Nicolas Sarkozy lors du Salon de l’agriculture, a fait couler beaucoup d’encre, car il était alors le chef de l’État ; la deuxième, prononcée par Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence de presse en 2012 et adressée à un militant lui posant la question de savoir pourquoi Marine Le Pen ne s’était pas exprimée à la Fête de l’Humanité, n’a pas fait beaucoup de bruit ; il n’était alors qu’un simple candidat à la présidentielle. Les deux phrases sont pourtant très similaires.

Le sigle de La France Insoumise, la lettre φ (phi) issue de l’alphabet grec, évoque la philosophie et l’érudition de son fondateur, aimant citer Shakespeare lors de ses discours. « Je suis le bruit et la fureur », martèle-t-il, assumant son « goût pour le conflit » et voulant réformer la France à sa manière… en oubliant que ces célèbres mots de Macbeth se terminent par « … qui ne signifient rien ». La France a-t-elle besoin d’un président philosophe, lorsqu’il vaut mieux embaucher un expert-comptable pour redresser ses comptes publics ?

LE PROGRAMME DE LA FRANCE INSOUMISE

Quid du programme de La France Insoumise ? Il repose sur le protectionnisme économique, la nationalisation de « biens communs : l’air, l’eau, l’alimentation, le vivant, la santé, l’énergie, la monnaie » ainsi qu’une copie du Glass Steagall Act datant de 1932 pour contrôler la finance ; des mesures testées par le passé dans les pays autoritaires qui ont fait faillite derrière le Rideau de fer. Seul le droit de révoquer un élu semble être une avancée démocratique, et mériterait le soutien des Français.

Beaucoup d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon ne voteront pas pour lui parce qu’ils sont convaincus par ses idées. Ils le feront pour le simple plaisir de le voir dans l’arène moderne de l’hémicycle ou du parlement européen, tel un gladiateur, insulter les Eurodéputés et les chefs d’États étrangers pour montrer enfin au monde entier que la France est toujours, n’est-ce pas, une grande puissance.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres centriste @PartiRadical
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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 15:36

Le débat pour la présidentielle d'hier soir démontre deux choses : notre pays est bien malade, et les politiciens qui prétendent le soigner sont pour la plupart eux mêmes des grands malades voire des charlatans.

 

Hier soir, les 11 candidats à l’élection présidentielle se sont affrontés sur les plateaux de télévision, sous la houlette plus ou moins bienveillante de la fine fleur du journalisme français.

Ce débat au format inédit, à la fois difficile à gérer en termes de temps de parole, d’échanges, en raison du nombre de candidats et sa durée (environ 4 heures !) ne pouvait aboutir qu’au pire. Et ça n’a pas manqué !

7 MOMENTS SURRÉALISTES

1. Jean-Luc Mélenchon cite Karl Marx, et regarde avec empathie les Trotskistes qui déroulent leur texte à ses côtés. Nous voilà de retour dans un amphi de fac de lettres en compagnie des différentes sectes et agitateurs de cafétéria qui confondent romantisme boutonneux et totalitarisme sanglant.

2. Le même Mélenchon apparaît presque comme un modéré au milieu des différents représentants de l’extrême gauche : Arthaud, Poutou, mais aussi Hamon parfois, Cheminade souvent, Asselineau par inadvertance et Dupont-Aignan par opportunisme.

3. Un consensus semble s’être dégagé contre les banques parmi la plupart des candidats, même si, dans le détail, ils avaient du mal à se déterminer par le véritable ennemi à abattre ( l’Europe, le secteur privé, la mondialisation, etc.) : les banques, une fois de plus comme par magie, sont devenues le bouc émissaire commode.

Par exemple, Nicolas Dupont-Aignan se sert de leur mauvaise réputation pour accuser le candidat Macron, qui vient de la banque Rothschild, d’avoir démantelé les entreprises françaises (?).

Rappelons pour mémoire qu’il s’agit d’un moyen constant utilisé par la classe politique pour se défausser de ses responsabilités : depuis plus de 40 ans, ce n’est pas la finance apatride et vagabonde qui nous pousse à la banqueroute, aux emprunts toxiques et au refinancement des banques en faillite, mais bien le même personnel politique.

4. Philippe Poutou, le représentant d’une des « sectes » trotskistes présentes sur le plateau de télévision1 n’a pas compris qu’il n’était pas dans un bistrot, et que les propos de comptoir en économie, en politique ou sur les candidats ne convenaient pa à un débat visant à la magistrature suprême.

5. La présence de Jacques Cheminade au milieu de ce beau monde nous a rappelé que les Trotskistes n’avaient pas le monopole du discours groupusculaire à tonalité gauchiste (et à la limite du complotisme quand il s’agissait de parler des États-Unis).

6. Le social-démocrate Benoît Hamon s’est fait discret, et n’a semblé vouloir jouer que sur les trois cordes usées d’un PS coincé dans les années 80 : l’antiracisme, la dépense publique et « J’aime les fonctionnaires ». Ça ne marchait déjà plus à la fin des années 90, ça ne pouvait pas marcher en 2017.

7. Que diable faisait Jean Lassalle, à la fois aérien et incompréhensible, au milieu de tout cela ?

L’impression générale laissée par les échanges entre candidats est un instantané des problèmes politiques, économiques et sociaux graves que rencontre notre pays aujourd’hui : la surenchère dans les promesses de dépenses publiques, qu’elles se justifient par le populisme, les différentes espèces de protectionnisme, la fossilisation des services publics ou encore la défense de la sacro-sainte protection sociale a fait presque oublier le principal.

FAILLITE ET DETTE PUBLIQUE

Le pays est en faillite et la taille de la dette publique ne s’effacera pas magiquement, sauf peut-être dans les discours de Mélenchon ,  Poutou ou Le Pen. En d’autres termes, à écouter les politiques, l’économie française n’est pas en crise, l’argent coule à flots, pas d’inquiétude, il suffit d’aller se servir là où il se trouve. Le terrorisme et la crise de l’ordre public sont des problèmes tellement mineurs qu’un candidat a même proposé de désarmer les policiers…

Pour l’historien intéressé par les solutions politiques qui ont toutes été testées, et qui ne fonctionnent pas, la soirée fut riche en enseignements : démocratie directe, mandats impératifs, plébiscites ripolinés en « 49. 3 citoyen », retour au modèle social des années 60 ou encore nationalisations massives.

Nos candidats ont tous en tête la France d’hier, ou même d’avant-hier.

Ce débat, du début jusqu’à la fin, planait totalement à des années-lumière des réalités sociales et économiques du XXIe siècle.

La crise de notre modèle social et politique est aussi celle de la sélection de ses élites politiques.

Pour le prochain débat, sil y a prochain débat, surtout Ne réglez pas votre poste de télévision, vous êtes bien en 2017, et pas quelque part dans les années 30…

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 14:55

Le bilan tiré par la plupart des associations de défense des personnes handicapées de l'action menée au cours des cinq dernières années concernant l'intégration des handicapés dans notre société est décevant.

Concernant notamment l'accès à l'emploi, elles se désolent de l'explosion du chômage. Celui-ci a en effet progressé de 46 % depuis 2012, soit un accroissement deux fois plus rapide que pour l'ensemble de la population.

L'absence de réforme du financement des Fonds pour l'insertion des personnes handicapées aura notamment empêché un nouvel élan. Les organisations se montrent également déçues des mesures adoptées qui ont contribué à repousser les objectifs fixés par la loi de 2002 en matière d'accessibilité des lieux publics.

Sur d'autres dossiers, les avancées ont été trop timides, telle l'augmentation du nombre de places d'accueil, la limitation de "l'exil" de certains enfants handicapés en Belgique, ou encore l'amélioration de la prise en charge des patients autistes.

Néanmoins, des coups de pouce significatifs ont été donnés économiquement, avec le cumul de la prime d'activité et de l'allocation adulte handicapé, qui a offert une hausse du pouvoir d'achat à un grand nombre de sujets concernés.

12 millions d'électeurs ignorés

Le rendez-vous avec le monde du handicap a donc été globalement manqué au cours des cinq dernières années et l'engagement des candidats à la présidentielle ne laisse guère augurer de profond changement.

Ceux qui se destinent à la fonction suprême se contentent en effet d'un service minimum, glissant sur le sujet en quelques secondes à l'occasion de leurs interventions. Ainsi, la question n'a quasiment pas été abordée lors des primaires de la Droite, puis lors de celles de la "Belle Alliance".

Pourtant, les enjeux sont nombreux et bien identifiés. Ils sont rappelés dans une lettre ouverte adressée par seize personnalités touchées directement ou indirectement par le handicap.

C'est Philippe Croizon, amputé des quatre membres, après avoir été la victime d'un arc électrique, qui s'est lancé ce nouveau défi. Il n'ignore pas que ce challenge est probablement plus ardu encore que la traversée de la manche qu'il a accomplie il y a quelques années.

Mais l'urgence nécessitait cette nouvelle prise de risque. « Comment peut-on à ce point ignorer 12 millions d'électeurs ? », s'interroge en effet celui qui depuis des années veut offrir une autre image du handicap, en démontrant la possibilité de se surpasser.

De Dominique Farrugia à Grand Corps Malade

Pour que tous ceux qui sont touchés par le handicap ne soient plus laissés pour compte, Philippe Croizon a réuni autour de lui des personnalités marquantes, Dominique Farrugia, qui souffre de sclérose en plaques, Grand Corps Malade, qui a évoqué dans de nombreuses chansons et récemment dans un film son parcours de patient, la journaliste Eglantine Eméyé mère d'un petit garçon autiste ou encore plusieurs athlètes ayant concouru lors des jeux paralympiques.

Tous partagent le même constat de l'invisibilité scandaleuse du handicap dans les discours des politiques. Ils invitent aujourd'hui ces derniers à se prononcer sur cinq sujets : les ressources, l'"exil" des personnes handicapées en Belgique faute de structures adaptées en France, l'accessibilité des lieux et transports publics, la scolarité et l'emploi.

 

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 18:22

Quand … Emmanuel Mao Tsé Cron est victime de  complotisme, une excuse bien facile ?

Bien entendu, la stagnation de Mao Tsé Cron dans les sondages est le fruit d’un complot. En aucun cas, ce ne peut être le résultat d’une stratégie fondée sur la relégation des idées aux oubliettes d’une démocratie déclarée obsolète.

Il y a quelques jours, un ami a ouvert la conversation en me demandant : « Fais-tu du complotisme ? » C’est le mot à la mode, et l’accusation qu’il faut aller proférer aujourd’hui pour être en accord avec son époque. Il y a les complotistes d’un côté, et les anti-complotistes de l’autre, comme il y avait à l’époque des fascistes et des anti-fascistes, des libéraux et des anti-libéraux, des individualistes relativistes et de braves universalistes protecteurs des valeurs.

L’anti-complotisme comme nouveau manichéisme

 

Au passage, il suffit d’ouvrir les yeux sur les schémas de pensée drainés par les anti-complotistes pour comprendre que quelque chose ne va pas dans cette façon de voir des complotistes partout, et particulièrement derrière tous ceux qui ne se satisfont pas des versions officielles. Si le complotisme est une façon pauvre de penser l’histoire, la doctrine manichéenne portée par les anti-complotistes ne vaut pas mieux, sauf à penser que le simplisme peut se combattre par un autre simplisme.

En réalité, l’anti-complotisme est d’abord une approche manichéenne de la réalité aussi contestable que le complotisme lui-même.

Il y a complot et complot

 

Il suffit d’ailleurs de lire la vulgate anti-complotiste pour mesurer la pauvreté intellectuelle de ses idéologues. Ceux-ci peinent en effet à définir ce qu’est un complot.

Dans le complotisme, il y a une philosophie discrète de l’histoire qui cherche la causalité des faits dans une action concertée, organisée, préméditée et dissimulée d’une poignée d’individus mus par une volonté commune. C’est le mécanisme du protocole des Sages de Sion, ou de la dénonciation contemporaine (incroyablement populaire d’ailleurs) des Illuminati ou des Bilderberg. Dans cette compréhension du monde, quelques cerveaux malades se réunissent et tirent les ficelles occultes d’un monde qui n’est complexe qu’en apparence.

Les anti-complotistes ne cherchent pas à démasquer ces fausses théories. Ils s’en prennent à tout autre chose, et d’abord à ceux qui contestent ce qu’on appelait, quand j’étais enfant, la propagande officielle. L’anti-complotisme est porteur, comme le complotisme, d’une philosophie discrète de l’histoire qui consiste à se satisfaire des explications officielles données sur des faits observables. De façon asymptotique, pour les anti-complotistes sont complotistes tous ceux qui font preuve d’esprit critique vis-à-vis des informations diffusées par l’État, et qui ne se gênent pas pour exprimer leurs doutes.

Cazeneuve, grand complotiste devant l’Éternel

 

Comme les anti-complotistes n’en sont pas à une injonction paradoxale près, on relèvera avec amusement que la dénonciation du complot s’appuie généralement sur la conviction… qu’il existe un complot ourdi par les complotistes. La mécanique anti-complotiste s’appuie sur les mêmes mécanismes que les complotistes, mais surtout… ne le dites pas trop fort !

Exemple ? Bernard Cazeneuve a accusé, à l’été 2016, le journal Libération d’être complotiste, parce qu’il reprochait au ministre de l’Intérieur d’avoir menti. On retrouve bien ici la mécanique complotiste des anti-complotistes : est complotiste celui qui conteste la version officielle des faits (en l’espèce l’attentat de Nice), puisque, forcément, il est mû par des forces obscures qui veulent le mal collectif.

L’accusation grotesque de complotisme portée par Cazeneuve contre le quotidien de Laurent Joffrin ne surprend personne. Bernard Cazeneuve suggére, de longue date, que l’attentat de Karachi en 1995 contre des ingénieurs militaires français n’était pas une action terroriste islamiste, mais plutôt le produit d’un complot franco-français. Cazeneuve est donc bien placé pour savoir qui sont les complotistes et qui sont leurs résistants, ayant lui-même produit une théorie du complot que ne démentirait aucun prédicateur de mosquée islamiste.

Ils sont comme ça les anti-complotistes : ils voient des complots partout !

Au tour de Mao Tsé Cron de sombrer dans le complotisme ?

 

Le gouvernement Hollande-Valls a compté un autre (anti)-complotiste de renom :Emmanuel Mao Tsé Cron

Depuis que les intentions de vote en faveur du candidat porté par les médias subventionnés stagnent, depuis que Mao Tsé Cron plafonne voire , l’équipe Mao Tsé Cron nous sort une théorie explicative toute trouvée : le candidat est victime des agissements d’une puissance étrangére agissements.

 

Voici donc les propos tenus officiellement par l’entourage d’un gars qui aspire à devenir Président de la troisième puissance militaire mondiale :

Depuis quelques jours, l’équipe de campagne d’Emmanuel Mao Tsé Cron s’alarme de la multiplication d’attaques visant le site du mouvement « En Marche ! » et appelle les autorités françaises à prendre des mesures pour apporter les garanties d’un déroulement « normal » du scrutin des 23 avril et 7 mai.

« Si ces attaques réussissaient, l’animation de la campagne d’En marche ! deviendrait extrêmement difficile, sinon impossible », écrit le secrétaire général du mouvement de l’ancien ministre de l’Économie, Richard Ferrand, dans une tribune publiée dans Le Monde.

La veille, sur France 2, il avait estimé qu’Emmanuel Mao Tsé Cron était pris pour cible par Moscou pour ses positions en faveur d’ « une Europe forte, une Europe qui se développe et une Europe qui pèse lourd, y compris face à la Russie ».

Mais, évidemment, dire cela, c’est n’est surtout pas du complotisme ! C’est de l’anti-complotisme mon ami !

Les symptômes d’un complotisme aigu…

 

Bien entendu, la stagnation voire l’amorce de régression de Macron dans les sondages est le fruit d’un complot russe. En aucun cas, ce ne peut être le résultat d’une stratégie fondée sur « l’exaltation mystique » du chef et la relégation des idées aux oubliettes d’une démocratie déclarée obsolète. En aucun cas, ce ne peut être la conséquence d’une sur-médiatisation complaisante de Mao Tsé Cron, vide, pour le reste, de tout engagement compréhensible et « enraciné ». En aucun cas, ce ne peut être l’effet assez naturel d’une promesse jamais tenue de chiffrer, tôt ou tard, des promesses à géométrie variable. En aucun cas, ce ne peut être la cause a effet des déclarations intempestives puis des excuses ou reculades multiples.

Que cela soit dit, le complotisme, ce sont les autres. Ce n’est pas le pouvoir (même lorsqu’il explique ses échecs par les manœuvres cachées des « autres »). Ce n’est pas le chouchou même quand l’absence de programme est pointée comme une faiblesse depuis plusieurs mois, sans que, manifestement, le candidat ne s’en émeuve.

Une fois de plus, les échecs, ce sont toujours des complots qui en sont la cause. Le déni sur ses propres responsabilités, et l’explication des échecs par des causes extérieures cachées et simples (ce qu’on appelle ordinairement le complotisme) est bien une marque de fabrique du hollandisme et de ses rejetons.

 

 

 

 

 

 

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:55

Affaires judiciaires, prépondérance du thème de l’insécurité, faiblesse des principaux candidats… La campagne électorale de 2017 ressemble chaque jour davantage à celle de 2002, au risque de sacrifier le prochain quinquennat.

C’était il y a quinze ans, la campagne pour l’élection présidentielle de 2002 battait son plein. Pourtant, le débat d’idée était absent, pollué par des sujets annexes, gâché aussi par une crise démocratique qui allait connaître une manifestation spectaculaire. La suite, nous la connaissons : à l’issue d’un premier tour voyant Jean-Marie Le Pen écarter Lionel Jospin de la course à l’Élysée, Jacques Chirac renouvelle son bail pour cinq années, perdues pour les réformes. 

Nous sommes désormais à deux gros mois de l’échéance électorale de 2017. Les têtes d’affiche ont changé (pour la plupart), pourtant l’histoire semble se répéter. Le débat sur les projets est absent, l’un des favoris de l’élection, Emmanuel Mao Tsé Cron,  pouvant se permettre de déclarer que « c’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne » ! Pour le malheur de la France, la campagne électorale de 2017 ressemble étrangement à celle de 2012 

La litanie des affaires

Déjà, par la place qu’occupent les « casseroles » des candidats dans l’actualité. Depuis le début des révélations sur l’affaire du « Pénélopegate » il y a trois semaines, la polémique sur les pratiques de la famille Fillon est devenue un feuilleton avec à chaque jour son rebondissement, entre nouvelles accusations et tentatives de défense de la part du candidat Les Républicains, fronde de l’arrière-ban des élus de droite et contre-réunion pour vanter l’unité, déplacements perturbés par des manifestants et grands meetings où les seules déclarations relayées par la presse concernent encore et toujours ce même dossier…

Les autres candidats ne sont pas en reste : nous avons d’ores et déjà eu droit à l’affaire des assistants du Front National au Parlement Européen, aux frais de réception d’Emmanuel Mao Tsé Cron à Bercy ou sur un autre registre à sa possible homosexualité, à la compagne de Benoît Hamon occupant un poste haut placé chez LVMH, en attendant sans doute de nouvelles aventures passionnantes du même acabit. Bref, c’est du haut niveau et la France pourrait bien offrir une campagne électorale aussi ras-des-pâquerettes que celle des États-Unis il y a quelques mois.

Déjà, en 2002, diverses affaires avaient nourri la polémique, notamment les nombreuses accusations ciblant Jacques Chirac : dossiers des emplois fictifs et des frais de bouche à la Mairie de Paris, affaire des HLM de la ville, « cassette Méry », etc. La marionnette des Guignols « Super Menteur », c’était lui !

Pendant ce temps, plus personne ne parle des projets des différents candidats, alors que les primaires de droite et de gauche avaient été plutôt intéressantes de ce point de vue. Ce ne sont pourtant pas les problèmes à régler qui manquent en France : on aimerait tant débattre des programmes des uns et des autres pour diminuer le chômage, résorber le déficit, enrayer le déclin de l’école, améliorer le pouvoir d’achat, lutter contre la délinquance et le terrorisme, réformer l’Union Européenne, etc. (je vous laisse compléter la liste).

L’insécurité, thème prépondérant

Parmi ces différentes thématiques, il y en a quand même une qui se distingue nettement : l’insécurité. Depuis quelques jours, la violence se déchaîne en banlieue parisienne, faisant suite à l’interpellation musclée du jeune Théo par des policiers. Les différents candidats s’étant soudainement sentis obligés de se prononcer sur une affaire dont les détails demeurent pourtant inconnus, la question de la sécurité empoisonne une nouvelle fois la campagne. S’y adjoint la menace terroriste islamiste, un attentat dans les prochaines semaines n’étant malheureusement pas à exclure.

De la même manière, en 2002, l’insécurité s’était imposée comme un thème majeur de l’élection présidentielle, au bénéfice de Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. La naïveté de Lionel Jospin sur cette thématique a probablement joué un rôle prépondérant dans son échec, alors que la presse bruissait alors de la tuerie de Nanterre, de l’attaque d’un commissariat à la voiture-bélier à Chambéry ou encore de l’agression sauvage de « Papy Voise » (le 18 avril !).

Une nouvelle fois donc, l’insécurité risque d’être un marqueur important de la campagne présidentielle, au gré des faits divers sordides dont l’actualité nous abreuvera. Un thème qui favorisera Marine Le Pen et François Fillon, qui ne manqueront pas de critiquer (à raison) la politique pénale menée ces cinq dernières années et de pointer la légèreté des propositions de Benoît Hamon et Emmanuel Macron sur ce sujet. Et comme le lien entre insécurité et intégration sera fait sans complexe par la candidate du Front National, elle pourra imposer ce thème de campagne dans le débat public.

Une offre électorale éclatée

Avec pas moins de 16 candidats en 2002, les électeurs ne pouvaient pas se plaindre d’une absence de choix. Il y en avait pour tous les goûts : trois trotskistes, deux représentants de l’extrême-droite, deux écologistes, un souverainiste, un candidat pour les chasseurs-pêcheurs, et même un libéral ! Cette atomisation témoignait de la faiblesse des « grands » candidats, pas assez légitimes pour s’imposer au sein de leur famille politique.

Concernant l’élection présidentielle de cette année, nous n’aurons la liste définitive des candidats qu’après le dépôt des parrainages, courant mars 2017. Toutefois, on peut s’attendre dès aujourd’hui à un casting pour le moins fourni ! A priori Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jacques Cheminade, Jean-Luc Mélenchon, Charlotte Marchandise, Yannick Jadot, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean Lassale, Rama Yade, François Fillon, Michèle Alliot-Marie, Henri Guaino, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et François Asselineau ont d’assez bonne chance de se retrouver sur la ligne de départ, sans compter François Bayrou s’il choisit de se présenter. Cela fait 16 candidats !

Et même si le jeu des parrainages diminue au final le nombre de postulants, les deux principaux partis de gouvernement sont peu rassemblés derrière leur champion : du côté du Parti Socialiste, les vallsistes parient sur la défaite de Benoît Hamon en vue d’un congrès post-électoral, tandis que chez Les Républicains les anciens soutiens d’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy soutiennent très variablement François Fillon en ces temps difficiles…

Par conséquent, les candidats des partis « sérieux » conservent un poids électoral bien modeste par rapport au vote protestataire : Emmanuel Macron et François Fillon ne représentent que 41 % des intentions de vote. En 2002, au soir du premier tour, le trio Jacques Chirac – Lionel Jospin – François Bayrou ne totalisait lui que 43 % des voix.

Les candidats « protestataires », aux idées identifiées quoique fumistes, auront d’autant moins de mal à se faire connaître et à faire des bons scores que les postulants aspirant réellement à l’exercice de l’État vont affadir leur discours afin d’élargir leur base électorale : c’est notamment vrai de François Fillon, comme l’illustre ses différentes reculades. Emmanuel Macron est lui déjà dans un tel flou qu’il peut difficilement faire mieux, mais qui sait ? Ce sera d’autant plus vrai dans la campagne d’entre-deux-tous si, comme tous les sondages le suggèrent, le face-à-face se joue contre Marine Le Pen.

La faible légitimité du Président élu

L’élection de 2017 devrait ainsi ressembler à l’élection de 2002 à un quatrième niveau, peut-être le plus important : ce sera une élection à un tour, avec une barre de qualification particulièrement basse. En effet, Emmanuel Mao Tsé Cron ou François Fillon sont quasi-certains de l’emporter s’ils se retrouvent au second tour face à Marine Le Pen. Or, leurs intentions de vote sont actuellement de 21 % et 20 %, respectivement. Il leur suffit donc de rassembler un cinquième de l’électorat au premier tour pour espérer s’emparer du pouvoir.

C’est d’ailleurs le pari que fait François Fillon, convaincu qu’il peut s’installer à l’Élysée s’il se qualifie pour le second tour face à la candidate du Front National. Même impopulaire, Jacques Chirac n’avait-il pas été réélu triomphalement en 2002, alors même qu’il n’avait rassemblé que 19,88 % des suffrages au soir du 21 avril ? De fait, le président élu aura donc un socle électoral de 20 % seulement…

Et ce socle sera même encore plus faible si l’on tient compte de l’ensemble de l’électorat et non seulement des votants. La  défiance des citoyens envers leurs élus, la succession des affaires renforçant le sentiment du « tous pourris » et la campagne électorale lamentable qui se profile ne pourront qu’encourager une forte abstention. En 2002, seuls 71,60 % des inscrits s’étaient déplacés pour voter, les soutiens de Jacques Chirac ne représentaient donc au final que 14,23 % du corps électoral…

Le même phénomène, peut-être même amplifié, devrait se produire en avril prochain. Dans ces conditions, le Président élu ne pourra donc jouir que d’une faible légitimité pour mettre en œuvre son programme, quel qu’il soit. Alors que la fonction présidentielle a déjà été fortement affaiblie au cours des dernières années, c’est une bien triste nouvelle.

Par pitié, revenons aux vrais sujets !

En 2002, la faible légitimité de Jacques Chirac, couplée au fait que la campagne électorale n’avait pas permis de débattre des projets des candidats, avait conduit à un quinquennat pour rien. Pendant ce temps-là, nos voisins européens mettaient en œuvre des réformes salutaires sous l’égide de Tony Blair au Royaume-Uni, Gerhard Schröder en Allemagne, etc.

La situation de la France en 2002 était déjà compliquée, elle est aujourd’hui devenue critique. Il devient donc indispensable que la campagne électorale pour l’élection présidentielle revienne aux vrais enjeux qui concernent les Français et leur avenir.

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