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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 12:51

 

Le 26 novembre 2014, Dominique Reynié, Camille Bedin, François Garçon et Julien Gonzalez débattaient avec Jean-Michel Blanquer sur son nouveau livre : L’école de la vie.

 

Dominique Reynié commence par rappeler l’impossibilité de séparer le parcours de Jean-Michel Blanquer de l’école. Professeur de droit public, ancien recteur de l’académie de Guyane et de l’académie de Créteil, il est actuellement directeur général du groupe ESSEC.

Ainsi son ouvrage a-t-il à la fois un aspect documenté et un caractère éminemment personnel. Cela permettant un éclairage sur des expériences très diverses dans le domaine de l’éducation.

CONTRE LE FATALISME ET LE PESSIMISME

Allant contre le sentiment de fatalité et le pessimisme qui entoure l’école, l’auteur, notamment à travers la polysémie du titre de son ouvrage, met en valeur la vitalité qui doit émaner du lieu d’apprentissage. En effet, même si le système est complexe, il est possible de faire preuve d’optimisme.

Élément essentiel car seule l’éducation conduit à la liberté. Comme le rappelle Kant : l’homme ne peut pas être homme s’il n’est pas entouré. L’enseignement constitue donc un thème central, et bien que tous s’accordent pour le dire, ni les médias, ni les responsables politiques ne parviennent à en discuter de manière apaisée et sans faire preuve de clanisme.

ÉLEVER LE DÉBAT PUBLIC SUR L’ÉCOLE

Jean-Michel Blanquer voit là la conséquence de nombreux travers du débat politique actuel. Effectivement, l’exigence de simplicité, voire de simplisme, et d’immédiateté est incompatible avec toute politique raisonnée de l’éducation.

Aussi face à la superficialité des querelles et des clivages désuets entre « traditionalistes » et « progressistes », la mise en oeuvre d’expériences et d’initiatives dans le domaine de l’éducation permet-elle de lutter contre l’immobilisme.

Mais alors, comment identifier précisément les défauts de notre système éducatif ? En regardant ailleurs, répondrait à cette question François Garçon, ravi de l’obsession de « comparatisme » qui anime l’auteur de L’École de la vie. Il est vrai que, éclairé par son expérience de terrain, Jean-Michel Blanquer n’hésite pas à critiquer et proposer.

LE PROBLÈME DU SYNDICALISME

Ainsi évoque-t-il les différents archaïsmes des syndicats enseignants, organisations éclatées, superficielles, souvent politisées et surtout dépourvues plus que jamais d’idéaux. C’est bien ce corset de règles anachroniques et de contraintes qui handicape l’Éducation française.

L’école a besoin de plus de liberté dans l’initiative et dans la prise de responsabilité. En soulevant cette chape de plomb, en donnant plus dautonomie aux établissements, en modifiant les modalités d’évolution de carrière des enseignants, nous parviendrons à redonner de la vie à notre système éducatif.

Camille Bedin soulève alors un paradoxe : pourquoi l’enthousiasme et le dynamisme qui existent parfois au niveau local ne se traduisent-ils pas en des débats plus riches et des résultats sur le plan national ? La situation de l’éducation en France est très hétérogène souligne Jean-Michel Blanquer.

L’HÉTÉROGÉNÉITÉ FRANÇAISE EN MATIÈRE D’ÉDUCATION

Ainsi existent-ils des contrastes entre régions rurales qui se portent bien, comme la Bretagne, et d’autres en plus grande difficulté telles que la Normandie. De manière similaire, les banlieues ne peuvent pas être perçues comme un tout uniforme, la Seine-Saint-Denis possède par un exemple un taux d’accès à l’enseignement supérieur plus élevé que la moyenne nationale.

Il n’existe donc pas de solution simple à cette problématique. Cependant, l’auteur distingue des leviers qui permettraient d’améliorer le système. Tout d’abord, il est nécessaire de consolider l’école primaire dont les résultats ont été positifs lors de la dernière décennie.

Mais surtout, il est indispensable de mettre en oeuvre une véritable révolution du collège en accentuant la personnalisation des parcours scolaires, en créant des groupes de compétences, en développant les liens entre les disciplines, en valorisant les multiples formes d’excellence qui permettent de compenser les faiblesses en misant sur les qualités de chacun.

FAIRE REVENIR LA VIE À L’ÉCOLE

Aussi pourquoi ne pas faire revivre les rituels qui ponctuaient l’école de la République ? Effectivement, les césures dans l’enseignement français sont multiples et brutales : passage de la maternelle à l’élémentaire, de l’élémentaire au collège, du collège au lycée, du lycée à l’enseignement supérieur. S’il est vrai qu’il est nécessaire de les atténuer, pourquoi ne pas les assumer ? Voilà également une manière de faire revenir la vie à l’école.

Puis, François Garçon s’interroge sur les entraves conséquentes à la structure compartimentée de l’enseignement français. Comment constituer une équipe cohérente lorsque agrégés méprisent capétiens et lorsque capétiens snobent contractuels ? Et surtout, comment libérer les chefs d’établissements de ces nombreuses entraves ?

LA CARRIÈRE DES ENSEIGNANTS

Tout d’abord, Jean-Michel Blanquer propose de donner une dimension plus progressive aux carrières des enseignants, dont le rythme est aujourd’hui marqué par les effets brutaux et parfois incohérents des concours.

Pour cela, il suggère de donner plus de légitimité et de marge de manœuvre aux chefs d’établissements, dont les compétences avérées permettront de constituer des équipes harmonieuses. Avancerions-nous ainsi vers une caporalisation des établissements ?

Certainement pas si plus de responsabilités sont confiées aux professeurs, et en ce sens, l’expérience de la création du poste de préfet des études5 dans certains établissements donne des résultats encourageants.

Par ailleurs, l’Europe a elle aussi sa place dans ce nouveau débat, non seulement en tant qu’objet d’étude mais aussi comme élément fondamental de la vie extra-scolaire des élèves. En effet, souligne Jean-Michel Blanquer, l’école de la vie ne peut pas être sur la défensive, elle doit agir, irradier, bénéficier de son environnement et créer des interactions fécondes avec les entreprises et les familles.

UN MONDE QUI CHANGE

Elle ne peut pas être une bulle isolée au milieu de la société. Car comme le précise Julien Gonzalez, il existe de nombreuses incohérences dans l’Éducation. Ainsi, alors que le Master tend à devenir la norme, il n’y a plus assez de postes de cadre disponibles, tandis que certains emplois exigeant une moindre qualification demeurent non pourvus.

C’est pourquoi dans ce monde qui change, dans lequel il est impossible de ne plus être diplômé sans s’exposer à des difficultés professionnelles, l’école doit permettre à tous d’avoir une qualification d’actualité, un outil réel pour l’avenir.

Pour ce, seuls un continuum, la multiplication des passerelles entre les formations, un décloisonnement de l’enseignement dans l’espace et le temps permettront de former une jeunesse adaptée aux défis de son siècle.

L’école doit donc tenir le coup conclut Dominique Reynié, car comme l’écrit Jean-Michel Blanquer : « Le contraire de l’éducation, c’est la démagogie ».

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 10:38

 

La CSG est un impôt simple qu’Emmanuel Macron s’apprête à compliquer.

Ni droite, ni gauche En marche fiscale souhaite augmenter la CSG de 1,7 point. Pour se démarquer d’En marche, François Baroin, désormais représentant des Républicains, critique cette mesure.

Les contribuables atterrés constatent que l’attelage « charrue devant les bœufs » est le système préféré des politiciens français qui – faute d’idées – tentent ainsi de galvaniser un électorat passablement décapé par l’impôt.

Je dis « charrue devant les bœufs » car autant nous aimons discuter de façon tatillonne des impôts, autant nous n’aimons pas discuter de ce qu’ils financent, à savoir les dépenses publiques.

TOUJOURS PLUS D’IMPÔTS, AVANT DE DISCUTER DE LA DIMINUTION DES DÉPENSES

Dans un pays où 57% de l’activité est sous l’emprise de l’État, il semblerait plus judicieux de discuter de la diminution des dépenses plutôt que de savoir comment organiser les recettes (qui de toute façon sont insuffisantes et c’est pour cela qu’il y a en plus un déficit).

Pour une fois, dans cette chronique, moi aussi, je vais pratiquer l’attelage inversé et ne pas vous parler de capitalisme de copinage, de subventions-taxations-perversions, des gâchis d’argent public, d’investissements… mais d’impôt.

En préambule : je suis incroyante. Je ne souscris pas au miracle de Saint Fisc.

Je vous rappelle le principe du miracle de Saint Fisc :

 

L’argent privé corrompt, l’argent public soulage. C’est pourtant rigoureusement le même, mais qui s’est transformé en se bonifiant par le miracle de Saint Fisc.

L’argent public est propre car il est collecté par des fonctionnaires au-dessus de tout soupçon et réparti pour le « bien public » par des politiciens qui ne veulent que le bonheur de leurs électeurs, c’est-à-dire le peuple.

Si comme moi, vous êtes mécréant, vous pouvez choisir. Soit vous estimez que l’impôt n’est qu’une forme de vol légal et vous vous y opposez. Vous acceptez la prison. Ou bien vous achetez une île déserte ; vous commettez des actes terroristes sur le continent pour réclamer votre indépendance ; une fois cette indépendance obtenue, vous vivez selon vos principes en repoussant fermement un éventuel abordage des croyants de Saint Fisc sur vos côtes.

Soit vous estimez que limpôt nest quune forme de vol mais que ce vol est – comme la mort – inéluctable car vous souhaitez conserver des rapports dits sociaux avec les autres bipèdes.

LA CSG, CE MERVEILLEUX IMPÔT QUI RAPPORTE

Dans ce cas, la CSG qui s’appelle « Contribution Sociale Généralisée » est un merveilleux impôt qui mérite bien son adjectif. Cet impôt rapporte 20 Mds€ de plus que l’impôt sur le revenu, lequel n’est payé que par 45% des contribuables et atteint rapidement des taux confiscatoires de 45%.

Les trois merveilleuses qualités de la CSG :

  • Universelle, elle s’applique à tous et à tout (salaires, primes, indemnités, pensions, allocations de chômage, revenus fonciers, revenus mobiliers…).
  • Simple, pas de seuil, pas de déduction, pas de dérogation, pas de passe-droit.
  • Taux unique de 7,5%.

Certes, on peut lui trouver un défaut : prélevé à la source, cet impôt devient indolore. C’est comme si un pickpocket vous faisait les poches, à vous et à tous les occupants d’un wagon. Pas de stress, pas de douleur et le partage d’un mauvais traitement le rend plus supportable. Avec l’impôt sur le revenu, un racketteur vous met un rasoir sous la gorge pour vous demander votre portefeuille tandis que les autres occupants du wagon – à qui on ne demande rien – font mine d’être très absorbés par leur journal.

L’idéal serait une CSG déclarative : chacun constaterait ainsi l’effort de l’impôt et que rien n’est gratuit. Mais arrêtons de rêver.

EN MARCHE VERS LA COMPLICATION

Emmanuel Macron souhaiterait à nouveau tout compliquer et pratiquer 9,2% pour les revenus d’activité, 9,9% pour les revenus de placement et 8,3% pour les revenus de retraite.

Parallèlement, il offre quelques gâteries aux salariés sous forme d’allègement de cotisations sociales. Si bien que le résultat serait plutôt positif pour cette catégorie de contribuables. Certes, pas pour ceux qui ont des revenus de leur épargne, mais ce sont des « riches », donc minoritaires et les politiciens de droite comme de gauche recherchent avant tout des voix. Et évidemment, pas pour les retraités… Ça tombe bien, justement, les jeunes votent davantage pour En Marche que les vieux, plus statiques.

De ce fait, la droite se pose en défenseur des retraités plumés. Voilà un sujet de campagne capable de conduire l’électorat vers le bulletin électoral souhaité par le promoteur de chacune des variantes de la taxation.

En attendant, cela permet de ne surtout pas parler du déficit, du rôle de l’État, des économies budgétaires, des retraites, du monopole de l’assurance-maladie, des gabegies d’EDF, d’Areva, de la SNCF, des portiques écotaxes, des irresponsables-non-coupables…

Mais puisqu’il faut parler impôt, Camarade-contribuable, moi je dis : vive la CSG ! Fusionnons-la avec l’impôt sur le revenu, adoptons un taux unique et simplifions. Par pitié, surtout, simplifions.

Certains terminent de remplir leur déclaration de revenu. Vous y avez probablement gâché quelques heures de vos loisirs. En faisant votre sacrifice à Saint Fisc, pensez à mettre aussi un cierge à Sainte Rita, patronne des causes perdues.

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 20:44

La « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage.

 

Nul ne peut nier que la recomposition politique ne soit « en marche ». Le processus ne fait certes que commencer mais déjà les analystes, conscients de l’ampleur des changements à l’œuvre, osent un parallèle avec 1958. Toutefois, la comparaison avec l’émergence de la République des républicains dans les années 1880 permet sans doute mieux d’en mesurer l’importance et peut-être d’en apercevoir les limites.

RECOMPOSITION POLITIQUE

Au moment du vote des lois constitutionnelles en 1875, un jeune député venu de la gauche, Léon Gambetta, a saisi la nécessité d’une recomposition politique. Il a compris en effet qu’une entente est possible entre les républicains, pourvu qu’ils modèrent certains de leurs principes, et une fraction de la droite d’autant que celle-ci est profondément divisée entre orléanistes, légitimistes et bonapartistes. Gambetta entend ainsi attirer du côté de la République une partie de la droite orléaniste, lasse des atermoiements des monarchistes et sans grande sympathie pour leur politique d’ordre moral.

Opération réussie : la droite se scinde, des orléanistes adoptent la forme républicaine du régime et rallient le camp républicain soudé, à partir de la crise du 16 mai 1877, autour des valeurs qui vont le définir pour longtemps, la laïcité et le parlementarisme. La question sociale est oubliée et d’ailleurs selon Gambetta « il n’y a pas de question sociale », la question nationale aussi : « la Revanche, pensons-y toujours, n’en parlons jamais » disait le même Gambetta.

Le régime, socialement conservateur, saura se défendre contre l’extrême gauche socialiste et, culturellement libéral, contre la droite cléricale et nationaliste. Le socle politique et idéologique de la République est appelé à durer, la droite monarchiste est marginalisée, l’extrême gauche se rallie ou pèse peu.

MACRON HÉRITIER OU FOSSOYEUR DU SOCIALISME ?

En 2017, à l’âge de Gambetta dans les années 1870, Emmanuel Macron, héritier – ou fossoyeur ? – d’un socialisme en ruines a réussi à regrouper derrière lui et son parti la gauche réformatrice et une partie de la droite libérale autour de la construction européenne et des valeurs du libéralisme.

Macron, comme Gambetta avant lui, a compris la nécessité d’acter la disparition de certains clivages d’un autre âge. Du coup, comme dans les années 1880, la conjonction des centres est de nouveau d’actualité et la République en marche, le parti du Président, pourrait bien jouer le rôle de « parti pivot » (S. Berstein) jadis dévolu au parti radical et radical socialiste.

Au passage la Cinquième République, après six décennies de bipolarisation gauche/droite, fait une fois encore la preuve de sa faculté d’adaptation. Mais l’orléanisme étant au pouvoir la question sociale est oubliée comme sous la Troisième République, abandonnée aux extrêmes, la question identitaire aussi.

La synthèse politique macronienne n’est donc pas sans rappeler la synthèse gambettiste et comme le souligne Laurent Bigorgne, « Emmanuel Macron ne doit pas son élection à un accident » . Aura-t-elle pour autant la même postérité que celle de son illustre aîné ?

RECOMPOSITION SOCIOLOGIQUE

Gambetta et les républicains opportunistes en fondant la République ont, pour reprendre la thèse de F FURET, terminé la Révolution. Celle-ci, selon la célèbre formule de Prévost-Paradol avait certes « fondé une société mais elle cherchait encore sa forme de gouvernement ».

Or, la grande habileté des républicains c’est non seulement d’avoir bâti un modèle politique acceptable par les Français en mettant de côté certains de leurs dogmes, ce qui leur a valu leur surnom d’opportunistes, mais de lui avoir donné une assise sociologique solide : la France rurale, majoritaire jusqu’en 1931, bientôt protégée par les tarifs Méline et celle des classes moyennes urbaines, professions libérales ou fonctionnaires.

A ces deux France, la République promet, par l’école, l’ascension sociale et c’est en ce sens qu’il n’y a pas pour Gambetta de question sociale ; à ces deux France, la République apporte l’ordre social et la paix, non sans une solide culture patriotique, ciment de la nation.

Mieux, Léon Gambetta lui-même, dans son discours de Grenoble en 1872, annonce l’arrivée au pouvoir de « couches sociales nouvelles » – il était fils d’épicier – et la Troisième République a été celle des avocats avant d’être celle des professeurs.

QUELLES COUCHES SOCIALES NOUVELLES POUR LE MACRONISME ?

L’élite dirigeante est le miroir de la base sociologique du régime. Le « modèle républicain » de la Troisième République analysé par Serge Berstein, c’est donc la rencontre cohérente d’un système politique et d’une société.

Or, en 2017, si l’on voit bien l’habileté politique et l’opportunisme d’E Macron, on ne voit guère en revanche, pour l’instant, l’arrivée de « couches sociales nouvelles » au pouvoir ; plutôt le maintien en place d’une élite technocratique, un monde fermé et peu représentatif de la « France dans ses profondeurs » (de Gaulle).

On ne voit pas davantage où se situe la base sociologique du régime ou plutôt la France qui joue ce rôle semble circonscrite à celle des métropoles ; la « France périphérique » (C. Guilluy), laissée de côté, ne s’y retrouve guère.

Plus grave, l’orléanisme au pouvoir théorise même parfois son abandon – en 2011, un rapport de Terra Nova, un think tank proche du Président, préconisait l’oubli par la gauche de gouvernement des classes populaires -.

Une chose est sûre, la « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage. Remettre les institutions en marche n’a en effet pas grand sens si la majorité des citoyens ne s’y reconnaissent pas.

Pour retourner la formule de Prévost-Paradol, la France macronienne a peut-être trouvé sa forme de gouvernement, il lui reste à fonder une société nouvelle qui concilie modernité et solidarité. Une tâche sans doute autrement plus ardue.

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:26

À vouloir à tout prix moraliser la vie publique, ne risquons-nous pas d’aller vers une véritable tyrannie de l’opinion, qui n’est guère que l’image qu’en donnent les médias ?

 

Les affaires Fillon, Le Roux, Ferrand, de Sarnez sont inquiétantes pour l’avenir de la démocratie. Un ordre moral latent semble vouloir peu à peu s’imposer. Il proviendrait, selon certains médias ou politologues, d’une demande pressante de l’opinion publique. Celle-ci n’admettrait plus les pratiques du passé.

Une « moralisation » de la vie politique serait nécessaire pour répondre à cette attente. Mais ne risquons-nous pas d’aller vers une véritable tyrannie de l’opinion, qui n’est guère que l’image qu’en donnent les médias ?

EN DÉMOCRATIE, CHACUN CHOISIT SA MORALE

Il n’est pas question d’analyser ici les dispositions de la nouvelle loi en préparation, ni de traiter de sa pertinence. Il s’agit de dissocier droit et éthique et de rappeler que si le droit s’impose à tous, y compris aux politiciens, il n’existe aucune règle morale à caractère général et absolu en démocratie.

Il est donc tout à fait abusif d’évoquer la « moralisation ». Pourquoi ? Parce que ce régime politique autorise chacun à choisir sa morale en toute liberté. La liberté de conscience permet à chaque personne de choisir ou de ne pas choisir sa religion, son idéologie, les principes qui vont déterminer ses actions.

La morale de l’un n’est donc pas la morale de l’autre et personne ne peut considérer qu’une pratique quelconque est immorale de façon absolue. Tout juste peut-elle être contraire à la morale d’autrui.

Il n’existe pas en démocratie de morale publique unanimement reconnue. Nous vivons aujourd’hui dans le relativisme moral puisqu’il n’existe plus de religion officielle imposant des contraintes éthiques.

LA MORALE LATENTE DE LA MAJORITÉ NE S’IMPOSE À PERSONNE

Au risque de paraître provocateur, évoquons à nouveau les affaires récentes. Contrairement à ce que prétendent nombre d’intervenants dans les médias, il n’y a rien d’immoral à favoriser les membres de sa famille, sa maîtresse, son amant, ses amis. Il s’agit même d’une tendance spontanée de tout être humain.

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Nous sommes sans doute, en moyenne, plus stricts dans ce domaine qu’on ne l’était dans le passé. Sous la royauté d’Ancien Régime, il était tout à fait normal d’obtenir des faveurs royales payées sur fonds publics pour les membres de sa famille ou ses amis.

Si nous condamnons assez largement le népotisme aujourd’hui, prétendre qu’il est immoral serait inexact. Il est seulement statistiquement rejeté par la majorité des citoyens. Il est loisible à quiconque d’adopter des principes éthiques plus imprégnés de tolérance que ceux de la majorité. Cela s’appelle la liberté.

Tant qu’une loi n’a pas transformé une éthique plus rigoureuse en droit positif, elle ne s’impose qu’à ceux qui l’adoptent librement.

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION N’AUTORISE PAS LA CALOMNIE

Il en résulte que lorsque les médias stigmatisent des personnes dont le comportement n’a rien d’illicite, ils contreviennent à la liberté de conscience. Ils abusent de leur pouvoir en cherchant à imposer une soi-disant éthique majoritaire que seule la loi pourrait adopter.

Quiconque a le droit de se trouver en contradiction fondamentale avec cette opinion dominante, sans pour autant être transformé en brebis galeuse par la presse relayée par les réseaux sociaux.

La liberté d’expression a une limite : l’interdiction de calomnier. « Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». La célèbre phrase de Beaumarchais nous rappelle qu’il est possible de critiquer un comportement au nom de principes différents.

Mais il n’est pas possible de clouer au pilori un individu au nom d’une vérité prétendument morale. Il n’y a pas de vérité morale en démocratie, seulement des vérités subjectives et très évolutives historiquement, donnant lieu un éternel débat.

INSTILLER LE DOUTE POUR DÉCHAÎNER LA CALOMNIE

Avant toute intervention de l’autorité judiciaire, François Fillon, Bruno Le Roux, Richard Ferrand, Marielle de Sarnez ont été la cible de campagnes de presse. Les journalistes intéressés par ce registre médiocre se situent en général sur un terrain juridico-éthique particulièrement flou.

Ainsi, un article del’Obs , signé MG, indique à propos de Richard Ferrand : « Les preuves apportées par Le Canard enchaîné, si elles embarrassent le gouvernement, n’attestent d’aucun acte illégal. » Comment prétendre qu’aucun acte illégal n’a été commis tout en évoquant des « preuves » rapportées par un simple journal satirique ?

L’objectif est évidemment d’instiller le doute dans l’esprit des lecteurs. Nombre d’entre eux s’étonneront qu’en présence de « preuves », il n’y ait pas de poursuites judiciaires. Le jésuitisme de ce journaliste n’est pas une exception.

Il a pour objectif de déchaîner la calomnie sur les réseaux sociaux et sur les sites internet spécialisés dans la haine d’autrui. Les journalistes dénonciateurs jettent leurs victimes dans la fosse aux lions de la communication numérisée.

PAS DE « MORALISATION » MAIS UN SIMPLE CADRE JURIDIQUE

La prétendue moralisation de la vie politique n’existe pas. Ce vocabulaire est utilisé par commodité pour circonvenir l’électorat. On lui fait croire qu’on répond à ses attentes, au demeurant bien mal définies.

En réalité, il s’agit d’adopter des textes limitant la liberté des politiciens ou des partis dans le domaine financier, bref d’encadrer plus strictement leurs ressources et leurs dépenses, voire la durée de leur mandat.

Cela n’a rien d’illégitime, mais pourquoi brandir de grands principes moraux pour quelque chose d’aussi banal ? Réponse : pour faire de la politique à la petite semaine, pour caresser l’opinion dans le sens du poil, comme on le fait couramment avec les chiens. Si l’opinion n’était pas si malléable, elle sentirait l’offense derrière la bienveillance.

LA TYRANNIE DE L’ÉGALITARISME

La passion de l’égalité, dont Tocqueville faisait le principe le plus puissant de la démocratie, est à la racine de ces lois de pseudo-moralisation. L’opinion publique ne se réclame d’aucun principe moral, mais elle accepte de moins en moins les différences.

Sous son emprise, beaucoup de différences sont déjà devenues des discriminations. Elle ne supporte plus désormais que ses dirigeants bénéficient d’une aisance financière trop voyante. La convoitise généralisée nous mène au règne de la transparence parfaite.

Au bout du chemin se trouve la tyrannie de l’égalitarisme. Lorsque le patrimoine et les revenus de tous nos politiciens pourront être scrutés au microscope par chaque citoyen, gageons que des démagogues s’étonneront encore qu’ils puissent vivre sur les deniers publics au-dessus du salaire minimum. La « moralisation » ne connaît aucune limite.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres politique Enjeu @PartiRadical
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:14

 

Le score État-moralisateur de l’Institut Économique Molinari montre l’inefficacité des politiques prohibitives pour améliorer les conditions sanitaires.

 

 

L’Institut Molirani  vient de publier la deuxième édition de son indicateur des Etats moralisateurs dans l’Union Européenne.

Cet indicateur se concentre sur les interdits en lien avec l’alimentation, l’alcool et le tabac au sens large. En somme, on mesure ici dans quelle mesure l’État vous « veut du bien » par une inflation réglementaire en faveur de la dissuasion de la consommation des produits légaux et de l’imposition d’un surcoût aux consommateurs.

DES ÉTATS DE PLUS EN PLUS MORALISATEURS

De tous les pays de l’Union européenne, seuls 6 pays ont enregistré des scores plus faibles que l’an passé, traduisant un assouplissement des interdits et/ou de la fiscalité. Il s’agit de la Belgique, du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de Malte et de la Suède.

La Directive Européenne sur les Produits du Tabac aura été et sera, au fil de son application, particulièrement néfaste. Les cigarettes électroniques sont aussi en ligne de mire, malgré leurs bénéfices sanitaires évidents , preuve que le souci de la santé du citoyen n’est pas forcément au premier plan dans les démarches étatiques.

L’alcool n’est pas en reste : d’une manière générale, la situation reste stable mais certains pays tendent à pousser en direction d’un plus grand contrôle de la consommation, notamment par l’introduction de biais tarifaires.

QUELLE EFFICACITÉ ?

Puisque l’État vous veut du bien, il devrait s’intéresser à l’efficacité des politiques qu’il met en place et ce d’autant plus qu’il est connu que prohibitions et réglementations excessives nuisent aux plus pauvres et justifient donc l’existence d’un marché noir . On constate pourtant que le score État-moralisateur global ne présente aucune corrélation avec l’espérance de vie. Espérance de vie en fonction du score État-moralisateur global.

Plus précisément, il n’y a pas non plus de corrélation de ce score avec le taux de prévalence du tabagisme, ni avec la consommation d’alcool par personne, qu’elle soit modérée ou volontairement excessive

ON NOUS VEUT DU BIEN ?

Au risque de tomber dans le travers souvent reproché aux libéraux qui consisterait à placer l’économie en tête des priorités, on constate pourtant qu’il existe une corrélation bien plus marquée entre espérance de vie et PNB.

 

Espérance de vie en fonction du PNB.

Alors non, on ne vous veut pas du bien. Non, rien ne justifie les politiques de fiscalité et de réglementation comportementales. Non, on ne peut pas aller contre la liberté des individus de mener leur existence comme bon leur semble.

Bien sûr, il est connu que la consommation de tabac, d’alcool ou de sucreries est mauvaise pour la santé mais les faits sont têtus : les politiques prohibitives et collectives menées n’ont qu’un effet marginal sur le comportement des individus.

Si l’État vous voulait vraiment du bien, il penserait à vos libertés. À vos libertés économiques d’abord, parce qu’elles sont le seul moyen d’enrichir ses habitants et parce que cet enrichissement est partout et en toutes époques directement corrélé à l’amélioration des conditions sanitaires.

Ces conditions sanitaires améliorées, quelle nécessité pourrait-il y avoir d’attenter à vos libertés individuelles ? Dans un monde libéré, les individus savent arbitrer par eux-mêmes entre plaisirs et dangers.

Ils ne sont pas emprisonnés dans la gangue ouateuse de l’État nounou, car enfin, qui est mieux placé qu’un individu éclairé par un débat contradictoire et des arguments objectifs pour arbitrer entre ce qui lui nuit et ce qui lui bénéficie ?

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 07:26

On doit reconnaître à Emmanuel Macron un mérite : celui de sortir la France d’une prison dans laquelle elle s’était enfermée depuis des décennies : un bipartisme dégénéré.

 

Jusqu’à présent, chaque échéance électorale nationale opposait deux groupes de rivaux bien identifiés qui se paraient avec complaisance de l’appellation de « partis politiques ».

En effet leur harmonie était très insuffisante tant sur le plan des programmes de gouvernement que pour leur hiérarchie interne, dans les débats préélectoraux ou après qu’ils ont accédé au pouvoir.

Malgré ces insuffisances, les campagnes électorales donnaient le change avec le concours de tous les médias, heureux d’orchestrer une dramaturgie assez spectaculaire pour attirer un public nombreux. Attrait au demeurant bien surprenant car l’issue du combat était presque toujours la même : le rival du Président sortant était élu.

PAS DE BÉNÉFICE DE LA RÉÉLECTION AU SUFFRAGE UNIVERSEL

Exceptionnellement, les électeurs réélurent le Président sortant mais c’était toujours après une cohabitation, pour déjuger le Premier ministre démissionnaire. Ce fut le cas en 1988 et en 2002.

Ainsi en définitive, aucune politique générale, aucun gouvernement, aucun leader n’a bénéficié depuis 1969 d’une réélection au suffrage universel ou d’une confirmation.

Ceci est la conséquence logique de la médiocrité des gouvernements qui se sont succédé et n’ont pas apporté la preuve de leur réussite. Mais on ne saurait s’en tenir à une conclusion aussi sommaire.

Ni les hommes politiques, ni les citoyens ne sont des imbéciles. Si nos politiques se sont laissés enfermer dans cette prison, c’est qu’ils y avaient intérêt. La situation de la France est en vérité bien banale.

LA FIN DU DUOPOLE ?

Les deux grands partis « de gouvernement » ont formé un duopole. Ils se sont succédé au pouvoir sans surprise. Au fond, s’ils rataient une élection, il fallait juste qu’ils conservent toutes les chances de gagner la suivante et de revenir au pouvoir pour profiter de la situation très gratifiante de l’exécutif dans la Vème République.

Au pire, ne pas manquer deux échéances successives. Donc, ne pas entreprendre de changements trop profonds, puisque leurs résultats ne seraient pas visibles avant la prochaine échéance.

Donc faire des mesures catégorielles, des réformes sociétales et de la communication, car c’est rapide et visible. Ce sont des marqueurs, comme on dit, mais quel rapport avec les graves maux dont souffre la France ? Aucun, souvent, mais c’était trop compliqué de s’attaquer à ces derniers. Les réformettes éloignent moins du pouvoir.

CONTRE LES PARTIS DEVENUS RENTIERS

Pire encore, mais moins apparent peut-être, les élus et, autour d’eux, ceux qui aspiraient à les aider ou à leur succéder dans chaque parti, ont adopté un comportement de rentier caractéristique de celui des mauvaises entreprises.

Celui où plaire au chef est plus important que de gagner de nouveaux clients. Puisque le fonds de commerce est assuré aujourd’hui ou dans cinq ans, ils ne remuent pas trop la barque. Les recettes apprises à l’ENA ou à Sciences Po font l’affaire. Ils attendent patiemment leur tour.

Le traitement que vient d’infliger Macron au Parti socialiste est donc un sacré coup de pied dans cette funeste fourmilière.

OUVERTURE À LA SOCIÉTÉ CIVILE

L’arrivée de candidats de la société civile (c’est-à-dire de citoyens qui ne sont pas aujourd’hui des politiciens professionnels) va – nous l’espérons – changer ces comportements de rentiers, puisque les nouveaux venus n’ont pas encore de rente à défendre.

Certes, il ne faut pas être trop optimiste. La recherche de rente étant inhérente à la nature humaine, la prison peut se reformer dans sa forme habituelle de duopole ou d’une autre manière, pire encore, par le monopole des grands corps pourvus par les meilleurs élèves de l’ENA, à commencer par celui des Inspecteurs des Finances.

Le Front national peut rendre ici un grand service en étant un acteur crédible. Mais ce serait un comble si la droite, en principe attachée à la liberté, faisait dans l’avenir moins bien que Macron en ne mobilisant pas pour les diverses élections les dizaines de milliers de simples citoyens réunis au sein du Conseil de la société civile animé par Pierre Danon, et coauteurs du projet de François Fillon  (a l'époque pas encore l'otage de Sens Commun). La droite peut, elle aussi, ébranler la prison. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait la première ?

 

La partie n’est donc pas terminée mais saluons la première étape et souhaitons que tous s’en inspirent pour consolider cette petite révolution.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 10:42

On m’a poussé cet article que j’ai trouvé fort intéressant… une question se posant : Emmanuel Macron est-il Libéral !!!  

 

Qui est vraiment Emmanuel Macron ? Peut-il se révéler une bonne surprise libérale une fois à l’Elysée ? Nous avons interrogé 3 experts pour recueillir leurs avis croisés. Interview croisée de Jacques Garello (économiste et ancien président de l’Aleps), Gaspard Koenig (philosophe et président de Génération Libre), et Jérôme Perrier (historien et chercheur).

QUELLE EST LA PLACE D’EMMANUEL MACRON DANS LA TRADITION POLITIQUE ET INTELLECTUELLE LIBÉRALE ? EN RUPTURE OU DANS UNE CERTAINE CONTINUITÉ ?

Jérôme Perrier : À mon sens, Emmanuel Macron s’inscrit dans une double filiation libérale. D’abord, celle d’un libéralisme de gauche, qui compte dans notre pays de très grandes figures, injustement oubliées ou négligées, comme celles de Benjamin Constant ou d’Alain par exemple. Ensuite, celle d’un libéralisme qui s’accommode d’un État relativement fort, et que Lucien Jaume dans ses travaux a qualifiée de « libéralisme par l’État » ou de « libéralisme étatique », par opposition à un « libéralisme de l’individu » beaucoup plus méfiant à l’égard de la puissance publique.

Gaspard Koenig : Hayek distinguait un libéralisme français, épris de droits et de rationalité administrative, et le libéralisme anglais, plus respectueux des institutions et de leur évolution spontanée. Foucault trace à peu près la même distinction dans ses Leçons de Biopolitique. La meilleure illustration de ce libéralisme français fut la révolution de 1789, fondée sur la formule de l’abbé Sieyès : pas d’intermédiaires entre l’État et l’individu. Cela a donné l’égalité des droits, l’abolition des corporations et la volonté de rendre plus transparent le fonctionnement de l’État. C’est exactement dans cette tradition que s’inscrit Emmanuel Macron. Il souhaite instaurer dans nos systèmes économiques et sociaux une formule égalitaire permettant à chacun de faire ses choix et d’en assumer les conséquences : c’est tout l’esprit de la réforme de l’assurance-chômage, de la retraite à points, ou bien sûr de l’ouverture des marchés et de la lutte contre les rentes. S’il va jusqu’au bout de ce projet, cela témoignera d’une vraie rupture avec l’héritage techno-corporatiste hérité de Vichy. La critique de Hayek contre le libéralisme français reste pertinente, mais ce serait déjà une sacrée avancée pour la liberté…

Pour Jacques Garello, bien plus critique : Emmanuel Macron ne peut se réclamer dulibéralisme, même s’il se présente comme « social libéral » : un oxymore puisque le vrai clivage politique et économique est entre socialisme et libéralisme. Il trompe son monde en jouant sur la vacuité du clivage droite-gauche, puisqu’en effet ladite droite française n’a cessé d’accélérer la marche au socialisme

Quand on entend Macron et les autres se réclamer sans cesse du gaullisme, il y a de quoi inquiéter un libéral. On n’est pas libéral parce qu’on a le soutien du patronat institué, trop heureux de prolonger l’ère du capitalisme de connivence en France, et ivre de dialogue social. On n’est pas libéral parce qu’on reçoit le soutien d’arrivistes ou d’égarés qui se disent libéraux. .

QUEL EST LE POINT DU PROGRAMME LE PLUS INTÉRESSANT DANS LE PROGRAMME D’EMMANUEL MACRON ?

Jacques Garello : Le plus intéressant est son désir de revoir totalement la mission et les règles de l’Union Européenne. En effet la dérive dirigiste, bureaucratique, est intolérable et ne favorise en rien le libre échange et la libre entreprise. Mais avec qui Macron fera-t-il cette révision ? Avec Angela Merkel « l’ultralibérale », ou avec Martin Schultz qui a réalisé le virage à gauche du SPD ? Sigmar Gabriel a « fait un rêve : une Europe avec Macron et Schultz à sa tête ». En fait un cauchemar.

Jérôme Perrier : Il y a beaucoup de choses intéressantes dans le programme d’Emmanuel Macron, comme la valorisation de la réussite individuelle, de entrepreneuriat, de la prise de risque, de la concurrence, etc., etc. Mais le plus important à mes yeux est peut-être l’affirmation récurrente que les réformes ne peuvent se faire de manière centralisée et par le haut (notamment par la loi), mais qu’au contraire, il faut que les décisions se prennent au plus près du terrain et des acteurs concernés. C’est ce qui le conduit par exemple à promouvoir une plus grande autonomie des établissements scolaires et à encourager l’expérimentation pédagogique, ou, dans un autre domaine, ce qui l’amène à vouloir réformer notre droit du travail en substituant le dialogue social au niveau de la branche et de l’entreprise plutôt qu’au niveau national, et plus encore à la place de la loi. C’est là, à mon avis, que réside le germe libéral le plus prometteur de son programme.

Gaspard Koenig : Le plus intéressant est la réforme de l’assurance-chômage. C’est une ambition structurelle : Emmanuel Macron propose d’en confier la gestion à l’État, de basculer les cotisations salariales sur la CSG, et d’en ouvrir le bénéfice à toutes les sorties d’emploi (y compris donc pour les salariés qui démissionnent ou les indépendants qui veulent se mettre au vert).

Le constat est juste : alors que le travail indépendant prend peu à peu son envol, les systèmes assurantiels de l’État-providence industriel deviennent obsolètes. L’intention est excellente : créer une forme de protection individuelle portable qui permette de sortir de l’emploi et d’y revenir aussi souvent que nécessaire, de manière souple et apaisée. Mais la solution la plus élégante à cette question éminemment contemporaine serait la mise en place d’un revenu universel. L’« assurance-chômage universelle » est une sorte de revenu universel pour personnes hors de l’emploi, financé lui aussi par une flat tax sur le revenu (sous forme de CSG). À la différence cependant du revenu universel, cette assurance-chômage universelle conserve des montants d’indemnisation différenciés, alors même que l’impôt sur lequel elle est assise est proportionnel. Il devient donc nécessaire, fort logiquement, de renforcer les contrôles sur les bénéficiaires, pour éviter que demain nous nous mettions tous au chômage avec un vague projet de start-up. C’est là qu’est le risque : là où le revenu universel permettrait au travailleur du 21esiècle de s’affranchir de la bureaucratie et du contrôle d’État, l’assurance-chômage universelle risque bien de l’y replonger, sans échappatoire possible.

QUEL EST LE POINT LE MOINS INTÉRESSANT DANS SON PROGRAMME ?

Gaspard Koenig : J’hésite entre la « suppression » de la taxe d’habitation, qui va recentraliser la fiscalité locale et la basculer vers le contribuable national, et la création du Pass’ Culture, qui va créer toute une bureaucratie chargée de vérifier quelles sont les activités culturelles éligibles, avec toutes les dérives que l’on peut imaginer… On aurait pu se passer de ce genre de mesures clientélistes qui vont consommer du capital politique, créer toutes sortes de débats inutiles, et aboutir à des dispositifs boiteux que l’on mettra des années à supprimer.

Jacques Garello : On a l’embarras du choix pour relever ce qu’il y a de moins intéressant dans le programme qu’il a présenté durant sa campagne : le remboursement des prothèses, les classes à 12, la suppression de la taxe d’habitation, le service militaire d’un mois, les amendes payées sur-le-champ par les petits délinquants, l’aide versée aux retraités en contrepartie de la CSG, les stages des étudiants en médecine… Au demeurant tous les points du programme, même ceux qui ont l’air sérieux (comme la durée du travail), sont dans un flou artistique qu’il appartiendra au futur gouvernement de gérer (mais quel est ce gouvernement ?).

Jérôme Perrier : Je suis quelque peu sceptique sur la confiance qu’il place dans l’État interventionniste, stratège, régulateur et gardien du long terme, et notamment dans son grand Plan d’investissement de 50 milliards d’euros. Entendons-nous, je ne suis pas anarcho-capitaliste et je crois que l’État a un rôle de régulateur à jouer, mais quand on parle de projets massifs d’investissements qui se comptent en dizaines de milliards, cela me fait toujours un peu peur, car cela me rappelle le temps du Plan Calcul. N’oublions pas qu’Emmanuel Macron est un inspecteur des Finances, et que (comme l’ont très bien montré les travaux de l’historienne Nathalie Carré de Malberg) cette institution a souvent engendré un libéralisme très modéré, trés statophile.

Reste que le programme et le livre d’Emmanuel Macron (Révolution) témoignent d’un authentique libéralisme, rare dans notre classe politique depuis qu’Alain Madelin a quitté la politique active. C’est la raison pour laquelle j’ai soutenu sa candidature (avec son engagement européen, que je partage entièrement).

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 11:58

Jusqu’où Macron pourra-t-il renouveler les cadres de l’administration, tous protégés par leur statut ? Derrière les changements politiques apparents, les décisions de gestion continueront à être prises par un groupe d’hommes et de femmes immuables.

 

 

Dans un discours prononcé à Albi, Emmanuel Macron s’est fait l’apôtre du renouvellement des élites, sans le dire clairement d’ailleurs. Toute la question est aujourd’hui de savoir si cette ambition salutaire est tenable par une réforme « interne » au régime.

MACRON À ALBI, UN SYMBOLE ASSEZ CURIEUX

Il faut reconnaître au site de France 3 l’intelligence d’avoir replacé le déplacement d’Emmanuel Macron à Albi dans l’étrangeté de son contexte historique :

Symboliquement, Emmanuel Macron a visité la Verrerie Ouvrière d’Albi (VOA). Les ouvriers de l’entreprise avaient bénéficié du député Jaurès après la grande grève de 1895. Mais les temps ont bien changé : la VOA, ancienne société coopérative, a depuis… été rachétée par Verralia, un groupe lui-même détenu par un fonds de pension américain ! On est bien loin de Jaurès.

Macron, apôtre d’une France où les entreprises les plus anciennes sont contrôlées par des fonds de pension américains ? Le pari était vraiment étrange…

LE SUJET CENTRAL DU RENOUVELLEMENT DES ÉLITES

Durant le discours qu’il a prononcé à Albi, Emmanuel Macron a ensuite eu cette phrase tout à fait centrale dans l’œuvre qu’il devra conduire dès le mois de mai :

Ce ne sont pas les forces classiques de la vie politique française qui reconstruiront le pays. J’entends ceux qui voudraient que les partis reprennent leurs droits. Non, nous recomposerons jusqu’au bout, nous renouvellerons jusqu’au bout

Gouverner sans les forces classiques de la vie politique français, recomposer, renouveler « jusqu’au bout »: ces mots sont évidemment prometteurs et, pour tous ceux qui souhaitent que les cartes soient rebattues en profondeur en France, ils sonnent de façon heureuse.

Ils soulèvent toutefois deux questions. La première est de savoir quel degré de sincérité les porte, de la part d’un candidat qui aime communiquer, mais qu’on est loin d’avoir vu à l’œuvre. La seconde est de savoir dans quelle mesure les institutions rendront possible ce renouvellement des élites.

SUR LA SINCÉRITÉ DU PRÉSIDENT MACRON

Premier sujet : dans quelle mesure Emmanuel Macron est-il véritablement porteur de cette volonté de renouvellement ? Chacun, à commencer par lui-même bien entendu, aura son opinion sur le sujet. En l’état, et en lui faisant par bienveillance le crédit préalable d’une sincérité intacte, il est néanmoins confronté au problème éternel de la rénovation démocratique : comment s’appuyer sur des gens nouveaux sans hérisser le poil de ceux qui sont aux manettes ? Et comment enjamber les « insiders » du pouvoir pour les remplacer par des nouveaux ?

C’est pourquoi l’ambition d’un renouvellement des élites « jusqu’au bout » connaît déjà de sérieux tempéraments. Le secrétaire général du mouvement, Richard Ferrand, est député socialiste (proche des frondeurs, d’ailleurs). Macron a intégré Bayrou dans son équipe, qui n’est ni un perdreau de l’année, ni un grand consommateur de renouvellement, sans quoi il aurait disparu depuis longtemps.

Ces concessions faites à l’écosystème de la Vè République montrent bien la difficulté à laquelle Emmanuel Macron va se heurter. On imagine déjà qu’elle a dû grandir rapidement depuis le premier tour, et que les bureaux de son cabinet doivent être recouverts de CV prestigieux envoyés illico par des candidats aux fonctions les plus alléchantes de la République (on retiendra comme face émergée de l’iceberg les dépôts de candidature à Matignon par voie de presse : Laurence Parisot, Christiane Taubira, Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand, notamment).

SUR LA CAPACITÉ D’UN RÉGIME FRANÇAIS À SE RÉNOVER DE L’INTÉRIEUR

En même temps qu’Emmanuel Macron devra résoudre la difficile équation de l’exercice du pouvoir avec des gens nouveaux, donc inconnus et peu aguerris, il devra surmonter l’autre difficulté : la capacité des institutions françaises en général, et singulièrement celles de la Vè République, à tolérer et permettre des renouvellements de ce type.

Sur ce point, Emmanuel Macron devra en faire l’expérience dès le mois de juin, avec les élections législatives. Renouveler jusqu’au bout signifie qu’il refuserait d’investir des élus de l’actuelle Assemblée comme candidats d’En Marche. Mais alors… 577 candidats totalement inconnus (dans leur immense majorité) qui commenceront à faire campagne le 8 mai pour des élections qui auront lieu six semaines plus tard, ça risque quand même d’être un peu court pour monter une mayonnaise et obtenir une majorité de gouvernement à l’Assemblée.

Là encore, le bon sens est que Macron fasse ce qu’il a discrètement commencé à faire : accepter des élus actuels comme candidats, à condition qu’ils concourent officiellement sous la bannière d’En Marche. Mais, dans ce cas, le candidat renonce à sa promesse de « renouvellement jusqu’au bout », et reprend les vieux produits en changeant seulement l’emballage.

C’est toute la difficulté d’un changement par l’intérieur.

LA QUESTION DE LA TECHNOSTRUCTURE

Reste un problème qu’Emmanuel Macron ne pourra contourner : les élites en France ne sont que marginalement politiques. Elles sont et demeurent majoritairement administratives. C’est ce qu’on appelle la technocratie. Macron s’est (et c’est un bien) prononcé pour un spoil system à la française, qui reste quand même très en-deçà du spoil system américain. Aucun haut fonctionnaire français ne terminera son parcours chez Pôle Emploi. Il sera juste reclassé dans un corps d’inspection à 10.000€ par mois, voire plus.

Mais jusqu’où Macron pourra-t-il renouveler les cadres de l’administration, tous protégés par leur statut ? En réalité, derrière les changements politiques apparents, les décisions de gestion, au jour le jour, continueront à être prises par un groupe d’hommes et de femmes qui demeureront immuables.

Et là, nous touchons probablement au problème le plus compliqué à résoudre, à périmètre égal d’intervention de l’État, pour un Président qui veut renouveler « jusqu’au bout ».

 

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:44

AGRICULTURE

Nous sommes en train de vivre La fin des paysans, titre d’un livre d’Henri Mandras en 1967. Ils représentaient alors un tiers de la population active. Ils sont à peine 2% aujourd’hui. Il y en avait encore un million en 1988. Selon la FNSEA il ne resterait plus que 341 000 exploitations professionnelles. Mais si l’on applique des critères réalistes, par exemple un revenu moyen par actif correspondant au SMIC, il en reste probablement moins de 250 000.

Les revenus de nos paysans ont baissé de 26% en 2016. Un sur deux gagne aujourd’hui moins de 354 euros par mois ! Tous les trois jours un paysan se suicide. Ils croulent sous la paperasserie et des normes débiles.

C’est ainsi que nos viticulteurs sont talonnés par une « Brigade de la végétation concurrentielle » qui mesure la hauteur des herbes entre les rangs de vignes, comme le révèle Isabelle Saporta dans son livre intitulé Foutez nous la paix1. Pour éviter d’être mis à l’amende, ils utilisent encore plus de désherbants chimiques qui tuent nos abeilles.

LIMITER LA RÈGLEMENTATION

Toujours plus de réglementations, de papiers, d’inspecteurs dans nos campagnes pour dresser procès-verbal et mettre à l’amende des paysans de moins en moins nombreux.

Emmanuel Macron en campagne à promis de leur accorder le droit à l’erreur, la possibilitéquand on est contrôlé pour la première fois et qu’on a commis une infraction qui n’est pas pénale, de ne pas avoir une administration qui sanctionne mais qui corrige et conseille.

Dans un sondage auprès de huit mille agriculteurs français, neuf sur dix répondent que ce ne sont ni les charges de travail, ni les incertitudes climatiques ou économiques qui les découragent ; mais la paperasserie qui leur est imposée, à laquelle ils disent passer un tiers de leur temps. Tandis que leur nombre diminue, augmente celui des fonctionnaires gérant un maquis réglementaire de plus de trois cents subventions.

LE RÔLE DE LA PAC

La Politique agricole commune (PAC), décidée par un Conseil européen du 14 janvier 1962, créa un marché commun agricole garantissant un prix minimal au dessus des cours mondiaux. Douze ans plus tard la production agricole avait doublé et le nombre d’agriculteurs avait diminué de moitié, passant de 6 à 3 millions d’actifs.

Entre 1962 et 1973 notre agriculture a produit deux fois plus par hectare, mais consommé trois fois plus d’énergie fossile et fait monter les émissions de gaz à effet de serre.

Système de normes imposées et de subventions, la PAC est fondée sur deux principes mortels : le protectionnisme et des subventions scandaleusement inégalitaires. Elle fait monter les prix des aliments et étouffe la liberté d’entreprendre et celle des marchés, contredisant ainsi les principes mêmes de la construction européenne.

Sous prétexte d’assurer la survie de nos paysans on bafoue leur liberté de produire, et aussi la liberté des consommateurs d’acheter au meilleur prix. Résultat : baisse du niveau de vie de tous.

L’OCCASION HISTORIQUE MANQUÉE

Malheureusement, M. Chirac, sous prétexte de défendre nos agriculteurs, a laissé passer une occasion historique et fait pression pour maintenir la PAC jusqu’en 2013, au grand dam de Tony Blair, alors premier ministre britannique, et de Peter Mandelson, alors commissaire européen chargé des négociations.

C’est en réaction que les grands pays émergents se sont alors durcis et regroupés pour ne plus risquer d’être pareillement bousculés à l’avenir par un seul pays riche. Ils refuseraient dorénavant toute concession, tant que les pays industrialisés n’auraient pas accepté de s’ouvrir à leurs produits agricoles.

Notre refus s’est retourné contre nous et a abouti à l’échec du Cycle de Doha, échec où tout le monde est perdant, et surtout nous.

DÉCLIN DE L’AGRICULTURE EUROPÉENNE

La PAC est un échec, puisque le déficit alimentaire européen a doublé en dix ans. L’agriculture européenne perd des parts de marché dans le monde et les importations progressent plus que les exportations.

Jusque-là le soutien artificiel des prix supposait une politique commune ; mais ce n’est plus le cas. Chaque gouvernement peut désormais aider directement ses agriculteurs.

Avec l’Europe à 27, la France est devenue contributeur net pour financer les pays d’Europe orientale, souvent pour des terres non agricoles, ou des bénéficiaires n’exerçant aucune activité agricole, selon la Cour des Comptes européenne3.

LA PAC ENCOURAGE LA CHASSE AUX SUBVENTIONS

Chaque année naissent 130 millions de bouches à nourrir supplémentaires, et il est naturel que le prix des aliments flambent. Pourtant, si le revenu des céréaliers augmente, celui de nos agriculteurs et éleveurs diminue.

Car ce n’est pas la production et la compétitivité qu’encourage la PAC, mais la chasse aux subventions. 40 000 hectares de vignes ont été arrachés en échange de subventions. A ce rythme, d’exportateur d’aliments la France va devenir importateur net.

C’est de manière étatique, protectionniste et corporatiste que nous appliquons la PAC, contrairement aux Britanniques et Allemands qui laissent beaucoup plus de libertés aux producteurs et consommateurs. L’Allemagne nous dépasse désormais pour le volume des exportations agro-alimentaires.

ARGENT GASPILLÉ

Pourtant en moyenne les pensions agricoles ne sont que de 736 euros par mois en 2017. Pour une épouse, seulement 450 €. Bien en dessous des 840 € du seuil de pauvreté. Beaucoup de conjoints ayant travaillé sans rémunération, et n’ayant donc pas cotisé, ne reçoivent aucune retraite.

Les surcoûts et subventions occasionnés par la PAC sont gaspillés. Loin de favoriser la survie des fermes familiales, l’argent va à des gens qui n’en ont nul besoin. Les 3 premiers bénéficiaires, dont les noms ont été révélés pour la première fois le 4 mai 2012, ne sont même pas agriculteurs.

Le premier est le volailler Doux, avec 55 millions. Ce qui n’a pas empêché sa faillite. Le second est le Comité régional de reconversion du vignoble de Languedoc-Roussillon (32,4 millions), suivi de la Sucrière de la Réunion (31 millions). Malheureusement, désormais, sous prétexte du respect de la vie privée, on cache les noms des bénéficiaires.

UNE POLITIQUE INÉGALITAIRE QU’ON CHERCHE À CACHER

Dans la dernière liste on trouvait ceux de Rothschild, de Dassault et du prince de Monaco, qui a des terres dans l’Aisne. Peut-on imaginer politique plus inégalitaire ? On comprend qu’on veuille la cacher.

Il est des dépenses publiques bénéfiques, mais ce n’est pas le cas de la PAC dont les principaux bénéficiaires ne sont ni agriculteurs ni éleveurs. Protectionnisme destructeur, qui augmente le coût de notre nourriture, ampute notre niveau de vie et coûte chaque année au contribuable au moins 33 milliards de subventions, auxquels s’ajoutent les surprix payés par tous, de l’ordre de 100 milliards.

En effet nous payons deux fois, comme contribuables et comme consommateurs, aux dépens du niveau de vie de tous. Selon Eurostat, les produits alimentaires sont en France 10% plus chers que la moyenne européenne.

Mais, même si nous sommes les champions des surprix, c’est aussi toute l’Europe qui les paie, surprix dépendant des tarifs douaniers (entre 18 et 28%) et surtout de multiples interdictions et obstacles non tarifaires créant la rareté et donc la cherté des aliments.

DES DIRECTIVES ÉCOLOGIQUES SIMPLES

Point ne serait besoin de régulations détaillées et tatillonne, mais de directives écologiques simples : débroussaillage, prévention des incendies de forêt, économie d’eau, limitation des engrais chimiques, des pesticides et de la pollution des nappes phréatiques.

Le gouvernement qui supprimera les obstacles à la libre circulation de nos aliments, les contributions volontaires obligatoires, ainsi que les actuels 300 types de subventions, pour les remplacer par une allocation unique – la même pour tous et réservée aux seuls vrais paysans – gagnera leur reconnaissance, repeuplera nos campagnes, nous économisera chaque année au moins 33 milliards de subventions et 100 milliards de surprix, ce qui augmentera considérablement notre niveau de vie et permettra de commencer enfin à nous désendetter.

ATTENTION À LA DETTE

N’oublions pas que nous continuons chaque année, depuis 1974, à augmenter notre dette publique qui dépasse désormais notre PIB. Depuis 2014, nous avons dépassé le Danemark pour devenir le numéro 1 mondial de la dépense publique, si l’on excepte la Corée du Nord et Cuba ! Nous n’avons pas d’autre choix que de faire des économies.

  1. pouvons le faire d’une manière simple et égalitaire, en sauvant nos paysans tout en augmentant le niveau de vie de tous. Osons ! Nous repeuplerons nos campagne et serons tous plus riches. Notre environnement en profitera aussi, et nous sauverons nos abeilles.

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:30

Quand…le prochain président devra engager deux réformes urgentes

 

Le prochain président devra absolument se pencher sur deux secteurs en crise, l’éducation et l’agriculture, qui doivent être modernisées et libérées des contraintes réglementaires.

 

Changer de président et de parlement devrait faciliter les réformes. On peut toujours rêver. En voici deux qui sont urgentes.

ENSEIGNEMENT

Nos enseignants sont moins bien payés qu’ailleurs, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne, et nos résultats sont moins bons. La France a encore perdu deux places dans le dernier classement PISA de l’OCDE et n’est qu’au 25e rang de cette enquête évaluant les performances des élèves de 15 ans.

Pourtant nous dépensons plus, et de plus en plus. En 2017, le budget de l’enseignement augmente encore de 3 milliards d’euros, alors qu’il est en baisse pour les autres ministères, notamment la Défense.

En fait, ce n’est pas de dépenses supplémentaires dont nous avons besoin en matière d’éducation, mais de réforme. C’est ce qu’a compris une jeune normalienne et énarque, Anne Coffinier qui, plutôt que de devenir ambassadrice de France comme elle le pouvait, a préféré lancer, en 2004, l’association Créer son école, à l’origine de 700 écoles libres hors contrat et d’un Institut libre de formation des maîtres. 93 écoles indépendantes supplémentaires ont ouvert en septembre 2016, soit une croissance annuelle de 12%.

AIDE AUX QUARTIERS DÉFAVORISÉS

Ces établissements se créent même au cœur des quartiers défavorisés. Le Figaro vient d’établir un palmarès des lycées hors contrat à partir des résultats du bac 2016. Les résultats y sont bien meilleurs que dans le secteur public.

Selon la Fondation iFRAP il y a 34,5 milliards d’euros de surcoût de production annuel de l’enseignement public par rapport à l’enseignement privé sous contrat. Quand les Français comprendront-ils que le communisme marche moins bien que la libre entreprise, même en matière d’éducation ?

Environ quatorze millions d’élèves sont scolarisés en France, largement aux frais de l’État, des collectivités territoriales et des caisses d’allocations familiales. La dépense moyenne par élève et par an est de 6.010 euros dans le premier degré (maternelle et élémentaire), 8.410 euros par collégien, 11.310 euros par lycéen général et technologique et 11.960 euros par lycéen professionnel, soit un coût moyen de plus de huit mille euros par élève et par an.

SUCCÈS DES ÉCOLES INDÉPENDANTES

Les parents qui mettent actuellement leurs enfants dans des écoles indépendantes ont de meilleurs résultats et pour moins cher. Ils font faire une substantielle économie à l’État, et donc au contribuable.

C’est en effet plus de huit mille euros que ceux qui scolarisent leur enfant dans des collèges indépendants font économiser chaque année à l’État. Il serait naturel qu’on rende à ces familles une partie au moins de la somme qu’elles font économiser à la collectivité, à l’instar de ce qui se fait pour les gardes d’enfants.

BONS D’ÉDUCATION

Cette ristourne pourrait prendre la forme d’un chèque que l’on pourrait appeler bon d’éducation, titre non échangeable, encaissable uniquement par une école. Chaque famille recevrait ainsi en début d’année un bon pour payer la scolarité de son enfant dans l’établissement de son choix.

Ce système existe déjà dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Suède. Dans ce dernier pays les parents reçoivent un chèque d’une valeur moyenne de 8500 euros par enfant, et ils choisissent massivement les écoles privées, au point que l’enseignement public risque de disparaître.

Supposons que les pouvoirs publics : État, collectivités publiques et caisses d’allocations familiales, donnent à chaque famille un bon d’une valeur de cinq mille euros pour un écolier du primaire, huit mille pour un élève du secondaire, et dix mille pour un étudiant.

RENDRE L’ÉCOLE EFFICACE

Le coût, pour la collectivité, serait à peu près le même qu’actuellement ; mais le but de l’opération serait moins de réduire la dépense globale, que de la rendre efficace et performante, grâce à la concurrence, qui permettrait un bien meilleur rendement du système éducatif.

Ce qui permettrait d’introduire dans les établissements scolaires la plus grande autonomie de gestion réclamée, non seulement par les proviseurs, mais aussi par beaucoup de professeurs. Ceux-ci souffrent en effet de la rigidité des règles qui les encadrent, qui les empêchent de s’adapter à un environnement et à des élèves de plus en plus divers.

Avec le bon d’éducation, l’État cesserait d’être le gestionnaire inefficace d’un système inadapté. Son intervention se bornerait à garantir un niveau minimum. Cela permettrait de supprimer les contraintes de la sectorisation, en rendant aux parents le libre choix de l’école, qui est un droit fondamental dans les pays libres.

LA FIN DU MONOPOLE DE L’ÉDUCATION

Ils pourraient, ainsi, faire jouer la concurrence dans un secteur actuellement monopolistique, où règne gabegie et irresponsabilité, comme dans tout monopole.

Faire éclater le carcan bureaucratique qui étouffe initiative et créativité chez les enseignants, donnerait à notre système éducatif la chance de pouvoir jouer un rôle moteur dans le libre espace européen de l’éducation qui est en train de se mettre en place.

Les bons d’éducation, donnés aux parents et aux étudiants, ne seraient évidemment pas revendables. Ils ne pourraient qu’être remis en paiement à un établissement d’enseignement reconnu et agréé.

L’instauration d’un tel système pourrait se faire progressivement, en commençant par des expérimentations volontaires dans certaines régions. Il n’y aurait pas de difficultés pour les écoles privées.

Pour ce qui est du secteur public, on pourrait donner à chaque établissement le choix entre lestatu quo et le changement, choix exercé démocratiquement, établissement par établissement, par un vote des enseignants.

AUX PROFESSEURS DE DÉCIDER

Il est évident que c’est aux enseignants de décider. Il ne faut pas refaire l’erreur consistant à faire élire les présidents d’université par une majorité de non enseignants.

Ces présidents sont contestés, car élus par un collège où ce ne sont pas les voix des professeurs qui sont prépondérantes, mais celles des personnels administratifs et des étudiants.

Sous cette réserve, chaque établissement devrait pouvoir décider en toute liberté, soit de ne rien changer, si c’est le vœu majoritaire, soit de créer une structure nouvelle, entreprise commerciale, coopérative, mutuelle, association, peu importe la forme juridique.

Champ libre serait ainsi donné à l’innovation et à l’imagination, à la seule condition de la transparence financière, contrôlée par les chambres régionales des comptes.

PLUS D’AUTONOMIE POUR LES ÉTABLISSEMENTS

Les établissements ayant opté démocratiquement pour rester dans le secteur public, retourneraient à l’État les bons reçus en paiement de la scolarité. Les chefs d’établissement auraient la plus large liberté de gestion, tout en continuant, comme leur personnel, à être payés par l’État et à faire carrière dans la fonction publique, sans donc perdre leur statut privilégié actuel.

Chaque établissement aurait simplement l’obligation de faire un bilan annuel, ainsi qu’un compte de profits et pertes, comptabilité virtuelle, mais indispensable pour connaître les coûts véritables.

Les établissements bénéficiaires, c’est-à-dire ceux où le coût pour la collectivité serait inférieur à la valeur globale des bons reçus, seraient récompensés par une participation aux bénéfices, permettant de distribuer des primes au personnel.

LA REVALORISATION DU MÉRITE

Les établissements déficitaires, où le total des bons d’éducation reçus serait inférieur aux dépenses engagées, se verraient pénalisés par une réduction proportionnelle de leurs crédits.

Les salaires statutaires des personnels y seraient maintenus, mais les structures durablement déficitaires devraient être fermées, par exemple après trois années consécutives de pertes, et leur personnel serait alors transféré vers les établissements bénéficiaires ayant besoin de se développer pour faire face à une demande accrue.

Les établissements publics ayant choisi le secteur concurrentiel pourraient s’organiser en toute indépendance ; sous réserve d’inspections, tout comme les établissements privés actuels ; mais le véritable pouvoir de contrôle appartiendrait en dernier ressort aux parents et aux étudiants.

EVALUER LES PERFORMANCES DES ÉTABLISSEMENTS

Consommateurs d’éducation, ils seraient les ordonnateurs du système, les véritables décideurs, par le simple fait qu’ils apportent, en toute liberté, leurs bons d’éducation aux établissements qu’ils jugent les meilleurs et les plus performants.

Comme cela s’est déjà produit au moment de la privatisation d’autres établissements publics, il pourrait y avoir des surprises, car rien n’est jamais joué d’avance.

Il n’est même pas sûr que la part des écoles privées augmenterait globalement, car les établissements réalisant des bénéfices seraient sans aucun doute choyés par les pouvoirs publics qui auraient intérêt à leur donner les moyens de grandir, de manière à économiser les fonds publics.

UN MEILLEUR SERVICE PUBLIC DE L’ENSEIGNEMENT

Il n’est pas exclu que, réveillé par la concurrence et motivé par l’autonomie, un grand service public de l’enseignement finalement prospère à tous les niveaux. Les droits acquis des personnels en fonction seraient préservés, mais les conditions d’emploi et de salaires des nouveaux recrutés seraient négociées par chaque établissement qui choisirait librement ses professeurs dans les universités devenues, elles aussi, autonomes.

Sans aucun doute, les meilleurs professeurs et chefs d’établissement verraient leurs salaires dépasser largement les plafonds actuels de la fonction publique.

(A suivre)

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