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  • : Le blog de Jean-Loup
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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 20:44

La « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage.

 

Nul ne peut nier que la recomposition politique ne soit « en marche ». Le processus ne fait certes que commencer mais déjà les analystes, conscients de l’ampleur des changements à l’œuvre, osent un parallèle avec 1958. Toutefois, la comparaison avec l’émergence de la République des républicains dans les années 1880 permet sans doute mieux d’en mesurer l’importance et peut-être d’en apercevoir les limites.

RECOMPOSITION POLITIQUE

Au moment du vote des lois constitutionnelles en 1875, un jeune député venu de la gauche, Léon Gambetta, a saisi la nécessité d’une recomposition politique. Il a compris en effet qu’une entente est possible entre les républicains, pourvu qu’ils modèrent certains de leurs principes, et une fraction de la droite d’autant que celle-ci est profondément divisée entre orléanistes, légitimistes et bonapartistes. Gambetta entend ainsi attirer du côté de la République une partie de la droite orléaniste, lasse des atermoiements des monarchistes et sans grande sympathie pour leur politique d’ordre moral.

Opération réussie : la droite se scinde, des orléanistes adoptent la forme républicaine du régime et rallient le camp républicain soudé, à partir de la crise du 16 mai 1877, autour des valeurs qui vont le définir pour longtemps, la laïcité et le parlementarisme. La question sociale est oubliée et d’ailleurs selon Gambetta « il n’y a pas de question sociale », la question nationale aussi : « la Revanche, pensons-y toujours, n’en parlons jamais » disait le même Gambetta.

Le régime, socialement conservateur, saura se défendre contre l’extrême gauche socialiste et, culturellement libéral, contre la droite cléricale et nationaliste. Le socle politique et idéologique de la République est appelé à durer, la droite monarchiste est marginalisée, l’extrême gauche se rallie ou pèse peu.

MACRON HÉRITIER OU FOSSOYEUR DU SOCIALISME ?

En 2017, à l’âge de Gambetta dans les années 1870, Emmanuel Macron, héritier – ou fossoyeur ? – d’un socialisme en ruines a réussi à regrouper derrière lui et son parti la gauche réformatrice et une partie de la droite libérale autour de la construction européenne et des valeurs du libéralisme.

Macron, comme Gambetta avant lui, a compris la nécessité d’acter la disparition de certains clivages d’un autre âge. Du coup, comme dans les années 1880, la conjonction des centres est de nouveau d’actualité et la République en marche, le parti du Président, pourrait bien jouer le rôle de « parti pivot » (S. Berstein) jadis dévolu au parti radical et radical socialiste.

Au passage la Cinquième République, après six décennies de bipolarisation gauche/droite, fait une fois encore la preuve de sa faculté d’adaptation. Mais l’orléanisme étant au pouvoir la question sociale est oubliée comme sous la Troisième République, abandonnée aux extrêmes, la question identitaire aussi.

La synthèse politique macronienne n’est donc pas sans rappeler la synthèse gambettiste et comme le souligne Laurent Bigorgne, « Emmanuel Macron ne doit pas son élection à un accident » . Aura-t-elle pour autant la même postérité que celle de son illustre aîné ?

RECOMPOSITION SOCIOLOGIQUE

Gambetta et les républicains opportunistes en fondant la République ont, pour reprendre la thèse de F FURET, terminé la Révolution. Celle-ci, selon la célèbre formule de Prévost-Paradol avait certes « fondé une société mais elle cherchait encore sa forme de gouvernement ».

Or, la grande habileté des républicains c’est non seulement d’avoir bâti un modèle politique acceptable par les Français en mettant de côté certains de leurs dogmes, ce qui leur a valu leur surnom d’opportunistes, mais de lui avoir donné une assise sociologique solide : la France rurale, majoritaire jusqu’en 1931, bientôt protégée par les tarifs Méline et celle des classes moyennes urbaines, professions libérales ou fonctionnaires.

A ces deux France, la République promet, par l’école, l’ascension sociale et c’est en ce sens qu’il n’y a pas pour Gambetta de question sociale ; à ces deux France, la République apporte l’ordre social et la paix, non sans une solide culture patriotique, ciment de la nation.

Mieux, Léon Gambetta lui-même, dans son discours de Grenoble en 1872, annonce l’arrivée au pouvoir de « couches sociales nouvelles » – il était fils d’épicier – et la Troisième République a été celle des avocats avant d’être celle des professeurs.

QUELLES COUCHES SOCIALES NOUVELLES POUR LE MACRONISME ?

L’élite dirigeante est le miroir de la base sociologique du régime. Le « modèle républicain » de la Troisième République analysé par Serge Berstein, c’est donc la rencontre cohérente d’un système politique et d’une société.

Or, en 2017, si l’on voit bien l’habileté politique et l’opportunisme d’E Macron, on ne voit guère en revanche, pour l’instant, l’arrivée de « couches sociales nouvelles » au pouvoir ; plutôt le maintien en place d’une élite technocratique, un monde fermé et peu représentatif de la « France dans ses profondeurs » (de Gaulle).

On ne voit pas davantage où se situe la base sociologique du régime ou plutôt la France qui joue ce rôle semble circonscrite à celle des métropoles ; la « France périphérique » (C. Guilluy), laissée de côté, ne s’y retrouve guère.

Plus grave, l’orléanisme au pouvoir théorise même parfois son abandon – en 2011, un rapport de Terra Nova, un think tank proche du Président, préconisait l’oubli par la gauche de gouvernement des classes populaires -.

Une chose est sûre, la « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage. Remettre les institutions en marche n’a en effet pas grand sens si la majorité des citoyens ne s’y reconnaissent pas.

Pour retourner la formule de Prévost-Paradol, la France macronienne a peut-être trouvé sa forme de gouvernement, il lui reste à fonder une société nouvelle qui concilie modernité et solidarité. Une tâche sans doute autrement plus ardue.

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:26

À vouloir à tout prix moraliser la vie publique, ne risquons-nous pas d’aller vers une véritable tyrannie de l’opinion, qui n’est guère que l’image qu’en donnent les médias ?

 

Les affaires Fillon, Le Roux, Ferrand, de Sarnez sont inquiétantes pour l’avenir de la démocratie. Un ordre moral latent semble vouloir peu à peu s’imposer. Il proviendrait, selon certains médias ou politologues, d’une demande pressante de l’opinion publique. Celle-ci n’admettrait plus les pratiques du passé.

Une « moralisation » de la vie politique serait nécessaire pour répondre à cette attente. Mais ne risquons-nous pas d’aller vers une véritable tyrannie de l’opinion, qui n’est guère que l’image qu’en donnent les médias ?

EN DÉMOCRATIE, CHACUN CHOISIT SA MORALE

Il n’est pas question d’analyser ici les dispositions de la nouvelle loi en préparation, ni de traiter de sa pertinence. Il s’agit de dissocier droit et éthique et de rappeler que si le droit s’impose à tous, y compris aux politiciens, il n’existe aucune règle morale à caractère général et absolu en démocratie.

Il est donc tout à fait abusif d’évoquer la « moralisation ». Pourquoi ? Parce que ce régime politique autorise chacun à choisir sa morale en toute liberté. La liberté de conscience permet à chaque personne de choisir ou de ne pas choisir sa religion, son idéologie, les principes qui vont déterminer ses actions.

La morale de l’un n’est donc pas la morale de l’autre et personne ne peut considérer qu’une pratique quelconque est immorale de façon absolue. Tout juste peut-elle être contraire à la morale d’autrui.

Il n’existe pas en démocratie de morale publique unanimement reconnue. Nous vivons aujourd’hui dans le relativisme moral puisqu’il n’existe plus de religion officielle imposant des contraintes éthiques.

LA MORALE LATENTE DE LA MAJORITÉ NE S’IMPOSE À PERSONNE

Au risque de paraître provocateur, évoquons à nouveau les affaires récentes. Contrairement à ce que prétendent nombre d’intervenants dans les médias, il n’y a rien d’immoral à favoriser les membres de sa famille, sa maîtresse, son amant, ses amis. Il s’agit même d’une tendance spontanée de tout être humain.

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Nous sommes sans doute, en moyenne, plus stricts dans ce domaine qu’on ne l’était dans le passé. Sous la royauté d’Ancien Régime, il était tout à fait normal d’obtenir des faveurs royales payées sur fonds publics pour les membres de sa famille ou ses amis.

Si nous condamnons assez largement le népotisme aujourd’hui, prétendre qu’il est immoral serait inexact. Il est seulement statistiquement rejeté par la majorité des citoyens. Il est loisible à quiconque d’adopter des principes éthiques plus imprégnés de tolérance que ceux de la majorité. Cela s’appelle la liberté.

Tant qu’une loi n’a pas transformé une éthique plus rigoureuse en droit positif, elle ne s’impose qu’à ceux qui l’adoptent librement.

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION N’AUTORISE PAS LA CALOMNIE

Il en résulte que lorsque les médias stigmatisent des personnes dont le comportement n’a rien d’illicite, ils contreviennent à la liberté de conscience. Ils abusent de leur pouvoir en cherchant à imposer une soi-disant éthique majoritaire que seule la loi pourrait adopter.

Quiconque a le droit de se trouver en contradiction fondamentale avec cette opinion dominante, sans pour autant être transformé en brebis galeuse par la presse relayée par les réseaux sociaux.

La liberté d’expression a une limite : l’interdiction de calomnier. « Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». La célèbre phrase de Beaumarchais nous rappelle qu’il est possible de critiquer un comportement au nom de principes différents.

Mais il n’est pas possible de clouer au pilori un individu au nom d’une vérité prétendument morale. Il n’y a pas de vérité morale en démocratie, seulement des vérités subjectives et très évolutives historiquement, donnant lieu un éternel débat.

INSTILLER LE DOUTE POUR DÉCHAÎNER LA CALOMNIE

Avant toute intervention de l’autorité judiciaire, François Fillon, Bruno Le Roux, Richard Ferrand, Marielle de Sarnez ont été la cible de campagnes de presse. Les journalistes intéressés par ce registre médiocre se situent en général sur un terrain juridico-éthique particulièrement flou.

Ainsi, un article del’Obs , signé MG, indique à propos de Richard Ferrand : « Les preuves apportées par Le Canard enchaîné, si elles embarrassent le gouvernement, n’attestent d’aucun acte illégal. » Comment prétendre qu’aucun acte illégal n’a été commis tout en évoquant des « preuves » rapportées par un simple journal satirique ?

L’objectif est évidemment d’instiller le doute dans l’esprit des lecteurs. Nombre d’entre eux s’étonneront qu’en présence de « preuves », il n’y ait pas de poursuites judiciaires. Le jésuitisme de ce journaliste n’est pas une exception.

Il a pour objectif de déchaîner la calomnie sur les réseaux sociaux et sur les sites internet spécialisés dans la haine d’autrui. Les journalistes dénonciateurs jettent leurs victimes dans la fosse aux lions de la communication numérisée.

PAS DE « MORALISATION » MAIS UN SIMPLE CADRE JURIDIQUE

La prétendue moralisation de la vie politique n’existe pas. Ce vocabulaire est utilisé par commodité pour circonvenir l’électorat. On lui fait croire qu’on répond à ses attentes, au demeurant bien mal définies.

En réalité, il s’agit d’adopter des textes limitant la liberté des politiciens ou des partis dans le domaine financier, bref d’encadrer plus strictement leurs ressources et leurs dépenses, voire la durée de leur mandat.

Cela n’a rien d’illégitime, mais pourquoi brandir de grands principes moraux pour quelque chose d’aussi banal ? Réponse : pour faire de la politique à la petite semaine, pour caresser l’opinion dans le sens du poil, comme on le fait couramment avec les chiens. Si l’opinion n’était pas si malléable, elle sentirait l’offense derrière la bienveillance.

LA TYRANNIE DE L’ÉGALITARISME

La passion de l’égalité, dont Tocqueville faisait le principe le plus puissant de la démocratie, est à la racine de ces lois de pseudo-moralisation. L’opinion publique ne se réclame d’aucun principe moral, mais elle accepte de moins en moins les différences.

Sous son emprise, beaucoup de différences sont déjà devenues des discriminations. Elle ne supporte plus désormais que ses dirigeants bénéficient d’une aisance financière trop voyante. La convoitise généralisée nous mène au règne de la transparence parfaite.

Au bout du chemin se trouve la tyrannie de l’égalitarisme. Lorsque le patrimoine et les revenus de tous nos politiciens pourront être scrutés au microscope par chaque citoyen, gageons que des démagogues s’étonneront encore qu’ils puissent vivre sur les deniers publics au-dessus du salaire minimum. La « moralisation » ne connaît aucune limite.

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:14

 

Le score État-moralisateur de l’Institut Économique Molinari montre l’inefficacité des politiques prohibitives pour améliorer les conditions sanitaires.

 

 

L’Institut Molirani  vient de publier la deuxième édition de son indicateur des Etats moralisateurs dans l’Union Européenne.

Cet indicateur se concentre sur les interdits en lien avec l’alimentation, l’alcool et le tabac au sens large. En somme, on mesure ici dans quelle mesure l’État vous « veut du bien » par une inflation réglementaire en faveur de la dissuasion de la consommation des produits légaux et de l’imposition d’un surcoût aux consommateurs.

DES ÉTATS DE PLUS EN PLUS MORALISATEURS

De tous les pays de l’Union européenne, seuls 6 pays ont enregistré des scores plus faibles que l’an passé, traduisant un assouplissement des interdits et/ou de la fiscalité. Il s’agit de la Belgique, du Danemark, de l’Estonie, de la Finlande, de Malte et de la Suède.

La Directive Européenne sur les Produits du Tabac aura été et sera, au fil de son application, particulièrement néfaste. Les cigarettes électroniques sont aussi en ligne de mire, malgré leurs bénéfices sanitaires évidents , preuve que le souci de la santé du citoyen n’est pas forcément au premier plan dans les démarches étatiques.

L’alcool n’est pas en reste : d’une manière générale, la situation reste stable mais certains pays tendent à pousser en direction d’un plus grand contrôle de la consommation, notamment par l’introduction de biais tarifaires.

QUELLE EFFICACITÉ ?

Puisque l’État vous veut du bien, il devrait s’intéresser à l’efficacité des politiques qu’il met en place et ce d’autant plus qu’il est connu que prohibitions et réglementations excessives nuisent aux plus pauvres et justifient donc l’existence d’un marché noir . On constate pourtant que le score État-moralisateur global ne présente aucune corrélation avec l’espérance de vie. Espérance de vie en fonction du score État-moralisateur global.

Plus précisément, il n’y a pas non plus de corrélation de ce score avec le taux de prévalence du tabagisme, ni avec la consommation d’alcool par personne, qu’elle soit modérée ou volontairement excessive

ON NOUS VEUT DU BIEN ?

Au risque de tomber dans le travers souvent reproché aux libéraux qui consisterait à placer l’économie en tête des priorités, on constate pourtant qu’il existe une corrélation bien plus marquée entre espérance de vie et PNB.

 

Espérance de vie en fonction du PNB.

Alors non, on ne vous veut pas du bien. Non, rien ne justifie les politiques de fiscalité et de réglementation comportementales. Non, on ne peut pas aller contre la liberté des individus de mener leur existence comme bon leur semble.

Bien sûr, il est connu que la consommation de tabac, d’alcool ou de sucreries est mauvaise pour la santé mais les faits sont têtus : les politiques prohibitives et collectives menées n’ont qu’un effet marginal sur le comportement des individus.

Si l’État vous voulait vraiment du bien, il penserait à vos libertés. À vos libertés économiques d’abord, parce qu’elles sont le seul moyen d’enrichir ses habitants et parce que cet enrichissement est partout et en toutes époques directement corrélé à l’amélioration des conditions sanitaires.

Ces conditions sanitaires améliorées, quelle nécessité pourrait-il y avoir d’attenter à vos libertés individuelles ? Dans un monde libéré, les individus savent arbitrer par eux-mêmes entre plaisirs et dangers.

Ils ne sont pas emprisonnés dans la gangue ouateuse de l’État nounou, car enfin, qui est mieux placé qu’un individu éclairé par un débat contradictoire et des arguments objectifs pour arbitrer entre ce qui lui nuit et ce qui lui bénéficie ?

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 07:26

On doit reconnaître à Emmanuel Macron un mérite : celui de sortir la France d’une prison dans laquelle elle s’était enfermée depuis des décennies : un bipartisme dégénéré.

 

Jusqu’à présent, chaque échéance électorale nationale opposait deux groupes de rivaux bien identifiés qui se paraient avec complaisance de l’appellation de « partis politiques ».

En effet leur harmonie était très insuffisante tant sur le plan des programmes de gouvernement que pour leur hiérarchie interne, dans les débats préélectoraux ou après qu’ils ont accédé au pouvoir.

Malgré ces insuffisances, les campagnes électorales donnaient le change avec le concours de tous les médias, heureux d’orchestrer une dramaturgie assez spectaculaire pour attirer un public nombreux. Attrait au demeurant bien surprenant car l’issue du combat était presque toujours la même : le rival du Président sortant était élu.

PAS DE BÉNÉFICE DE LA RÉÉLECTION AU SUFFRAGE UNIVERSEL

Exceptionnellement, les électeurs réélurent le Président sortant mais c’était toujours après une cohabitation, pour déjuger le Premier ministre démissionnaire. Ce fut le cas en 1988 et en 2002.

Ainsi en définitive, aucune politique générale, aucun gouvernement, aucun leader n’a bénéficié depuis 1969 d’une réélection au suffrage universel ou d’une confirmation.

Ceci est la conséquence logique de la médiocrité des gouvernements qui se sont succédé et n’ont pas apporté la preuve de leur réussite. Mais on ne saurait s’en tenir à une conclusion aussi sommaire.

Ni les hommes politiques, ni les citoyens ne sont des imbéciles. Si nos politiques se sont laissés enfermer dans cette prison, c’est qu’ils y avaient intérêt. La situation de la France est en vérité bien banale.

LA FIN DU DUOPOLE ?

Les deux grands partis « de gouvernement » ont formé un duopole. Ils se sont succédé au pouvoir sans surprise. Au fond, s’ils rataient une élection, il fallait juste qu’ils conservent toutes les chances de gagner la suivante et de revenir au pouvoir pour profiter de la situation très gratifiante de l’exécutif dans la Vème République.

Au pire, ne pas manquer deux échéances successives. Donc, ne pas entreprendre de changements trop profonds, puisque leurs résultats ne seraient pas visibles avant la prochaine échéance.

Donc faire des mesures catégorielles, des réformes sociétales et de la communication, car c’est rapide et visible. Ce sont des marqueurs, comme on dit, mais quel rapport avec les graves maux dont souffre la France ? Aucun, souvent, mais c’était trop compliqué de s’attaquer à ces derniers. Les réformettes éloignent moins du pouvoir.

CONTRE LES PARTIS DEVENUS RENTIERS

Pire encore, mais moins apparent peut-être, les élus et, autour d’eux, ceux qui aspiraient à les aider ou à leur succéder dans chaque parti, ont adopté un comportement de rentier caractéristique de celui des mauvaises entreprises.

Celui où plaire au chef est plus important que de gagner de nouveaux clients. Puisque le fonds de commerce est assuré aujourd’hui ou dans cinq ans, ils ne remuent pas trop la barque. Les recettes apprises à l’ENA ou à Sciences Po font l’affaire. Ils attendent patiemment leur tour.

Le traitement que vient d’infliger Macron au Parti socialiste est donc un sacré coup de pied dans cette funeste fourmilière.

OUVERTURE À LA SOCIÉTÉ CIVILE

L’arrivée de candidats de la société civile (c’est-à-dire de citoyens qui ne sont pas aujourd’hui des politiciens professionnels) va – nous l’espérons – changer ces comportements de rentiers, puisque les nouveaux venus n’ont pas encore de rente à défendre.

Certes, il ne faut pas être trop optimiste. La recherche de rente étant inhérente à la nature humaine, la prison peut se reformer dans sa forme habituelle de duopole ou d’une autre manière, pire encore, par le monopole des grands corps pourvus par les meilleurs élèves de l’ENA, à commencer par celui des Inspecteurs des Finances.

Le Front national peut rendre ici un grand service en étant un acteur crédible. Mais ce serait un comble si la droite, en principe attachée à la liberté, faisait dans l’avenir moins bien que Macron en ne mobilisant pas pour les diverses élections les dizaines de milliers de simples citoyens réunis au sein du Conseil de la société civile animé par Pierre Danon, et coauteurs du projet de François Fillon  (a l'époque pas encore l'otage de Sens Commun). La droite peut, elle aussi, ébranler la prison. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait la première ?

 

La partie n’est donc pas terminée mais saluons la première étape et souhaitons que tous s’en inspirent pour consolider cette petite révolution.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 10:42

On m’a poussé cet article que j’ai trouvé fort intéressant… une question se posant : Emmanuel Macron est-il Libéral !!!  

 

Qui est vraiment Emmanuel Macron ? Peut-il se révéler une bonne surprise libérale une fois à l’Elysée ? Nous avons interrogé 3 experts pour recueillir leurs avis croisés. Interview croisée de Jacques Garello (économiste et ancien président de l’Aleps), Gaspard Koenig (philosophe et président de Génération Libre), et Jérôme Perrier (historien et chercheur).

QUELLE EST LA PLACE D’EMMANUEL MACRON DANS LA TRADITION POLITIQUE ET INTELLECTUELLE LIBÉRALE ? EN RUPTURE OU DANS UNE CERTAINE CONTINUITÉ ?

Jérôme Perrier : À mon sens, Emmanuel Macron s’inscrit dans une double filiation libérale. D’abord, celle d’un libéralisme de gauche, qui compte dans notre pays de très grandes figures, injustement oubliées ou négligées, comme celles de Benjamin Constant ou d’Alain par exemple. Ensuite, celle d’un libéralisme qui s’accommode d’un État relativement fort, et que Lucien Jaume dans ses travaux a qualifiée de « libéralisme par l’État » ou de « libéralisme étatique », par opposition à un « libéralisme de l’individu » beaucoup plus méfiant à l’égard de la puissance publique.

Gaspard Koenig : Hayek distinguait un libéralisme français, épris de droits et de rationalité administrative, et le libéralisme anglais, plus respectueux des institutions et de leur évolution spontanée. Foucault trace à peu près la même distinction dans ses Leçons de Biopolitique. La meilleure illustration de ce libéralisme français fut la révolution de 1789, fondée sur la formule de l’abbé Sieyès : pas d’intermédiaires entre l’État et l’individu. Cela a donné l’égalité des droits, l’abolition des corporations et la volonté de rendre plus transparent le fonctionnement de l’État. C’est exactement dans cette tradition que s’inscrit Emmanuel Macron. Il souhaite instaurer dans nos systèmes économiques et sociaux une formule égalitaire permettant à chacun de faire ses choix et d’en assumer les conséquences : c’est tout l’esprit de la réforme de l’assurance-chômage, de la retraite à points, ou bien sûr de l’ouverture des marchés et de la lutte contre les rentes. S’il va jusqu’au bout de ce projet, cela témoignera d’une vraie rupture avec l’héritage techno-corporatiste hérité de Vichy. La critique de Hayek contre le libéralisme français reste pertinente, mais ce serait déjà une sacrée avancée pour la liberté…

Pour Jacques Garello, bien plus critique : Emmanuel Macron ne peut se réclamer dulibéralisme, même s’il se présente comme « social libéral » : un oxymore puisque le vrai clivage politique et économique est entre socialisme et libéralisme. Il trompe son monde en jouant sur la vacuité du clivage droite-gauche, puisqu’en effet ladite droite française n’a cessé d’accélérer la marche au socialisme

Quand on entend Macron et les autres se réclamer sans cesse du gaullisme, il y a de quoi inquiéter un libéral. On n’est pas libéral parce qu’on a le soutien du patronat institué, trop heureux de prolonger l’ère du capitalisme de connivence en France, et ivre de dialogue social. On n’est pas libéral parce qu’on reçoit le soutien d’arrivistes ou d’égarés qui se disent libéraux. .

QUEL EST LE POINT DU PROGRAMME LE PLUS INTÉRESSANT DANS LE PROGRAMME D’EMMANUEL MACRON ?

Jacques Garello : Le plus intéressant est son désir de revoir totalement la mission et les règles de l’Union Européenne. En effet la dérive dirigiste, bureaucratique, est intolérable et ne favorise en rien le libre échange et la libre entreprise. Mais avec qui Macron fera-t-il cette révision ? Avec Angela Merkel « l’ultralibérale », ou avec Martin Schultz qui a réalisé le virage à gauche du SPD ? Sigmar Gabriel a « fait un rêve : une Europe avec Macron et Schultz à sa tête ». En fait un cauchemar.

Jérôme Perrier : Il y a beaucoup de choses intéressantes dans le programme d’Emmanuel Macron, comme la valorisation de la réussite individuelle, de entrepreneuriat, de la prise de risque, de la concurrence, etc., etc. Mais le plus important à mes yeux est peut-être l’affirmation récurrente que les réformes ne peuvent se faire de manière centralisée et par le haut (notamment par la loi), mais qu’au contraire, il faut que les décisions se prennent au plus près du terrain et des acteurs concernés. C’est ce qui le conduit par exemple à promouvoir une plus grande autonomie des établissements scolaires et à encourager l’expérimentation pédagogique, ou, dans un autre domaine, ce qui l’amène à vouloir réformer notre droit du travail en substituant le dialogue social au niveau de la branche et de l’entreprise plutôt qu’au niveau national, et plus encore à la place de la loi. C’est là, à mon avis, que réside le germe libéral le plus prometteur de son programme.

Gaspard Koenig : Le plus intéressant est la réforme de l’assurance-chômage. C’est une ambition structurelle : Emmanuel Macron propose d’en confier la gestion à l’État, de basculer les cotisations salariales sur la CSG, et d’en ouvrir le bénéfice à toutes les sorties d’emploi (y compris donc pour les salariés qui démissionnent ou les indépendants qui veulent se mettre au vert).

Le constat est juste : alors que le travail indépendant prend peu à peu son envol, les systèmes assurantiels de l’État-providence industriel deviennent obsolètes. L’intention est excellente : créer une forme de protection individuelle portable qui permette de sortir de l’emploi et d’y revenir aussi souvent que nécessaire, de manière souple et apaisée. Mais la solution la plus élégante à cette question éminemment contemporaine serait la mise en place d’un revenu universel. L’« assurance-chômage universelle » est une sorte de revenu universel pour personnes hors de l’emploi, financé lui aussi par une flat tax sur le revenu (sous forme de CSG). À la différence cependant du revenu universel, cette assurance-chômage universelle conserve des montants d’indemnisation différenciés, alors même que l’impôt sur lequel elle est assise est proportionnel. Il devient donc nécessaire, fort logiquement, de renforcer les contrôles sur les bénéficiaires, pour éviter que demain nous nous mettions tous au chômage avec un vague projet de start-up. C’est là qu’est le risque : là où le revenu universel permettrait au travailleur du 21esiècle de s’affranchir de la bureaucratie et du contrôle d’État, l’assurance-chômage universelle risque bien de l’y replonger, sans échappatoire possible.

QUEL EST LE POINT LE MOINS INTÉRESSANT DANS SON PROGRAMME ?

Gaspard Koenig : J’hésite entre la « suppression » de la taxe d’habitation, qui va recentraliser la fiscalité locale et la basculer vers le contribuable national, et la création du Pass’ Culture, qui va créer toute une bureaucratie chargée de vérifier quelles sont les activités culturelles éligibles, avec toutes les dérives que l’on peut imaginer… On aurait pu se passer de ce genre de mesures clientélistes qui vont consommer du capital politique, créer toutes sortes de débats inutiles, et aboutir à des dispositifs boiteux que l’on mettra des années à supprimer.

Jacques Garello : On a l’embarras du choix pour relever ce qu’il y a de moins intéressant dans le programme qu’il a présenté durant sa campagne : le remboursement des prothèses, les classes à 12, la suppression de la taxe d’habitation, le service militaire d’un mois, les amendes payées sur-le-champ par les petits délinquants, l’aide versée aux retraités en contrepartie de la CSG, les stages des étudiants en médecine… Au demeurant tous les points du programme, même ceux qui ont l’air sérieux (comme la durée du travail), sont dans un flou artistique qu’il appartiendra au futur gouvernement de gérer (mais quel est ce gouvernement ?).

Jérôme Perrier : Je suis quelque peu sceptique sur la confiance qu’il place dans l’État interventionniste, stratège, régulateur et gardien du long terme, et notamment dans son grand Plan d’investissement de 50 milliards d’euros. Entendons-nous, je ne suis pas anarcho-capitaliste et je crois que l’État a un rôle de régulateur à jouer, mais quand on parle de projets massifs d’investissements qui se comptent en dizaines de milliards, cela me fait toujours un peu peur, car cela me rappelle le temps du Plan Calcul. N’oublions pas qu’Emmanuel Macron est un inspecteur des Finances, et que (comme l’ont très bien montré les travaux de l’historienne Nathalie Carré de Malberg) cette institution a souvent engendré un libéralisme très modéré, trés statophile.

Reste que le programme et le livre d’Emmanuel Macron (Révolution) témoignent d’un authentique libéralisme, rare dans notre classe politique depuis qu’Alain Madelin a quitté la politique active. C’est la raison pour laquelle j’ai soutenu sa candidature (avec son engagement européen, que je partage entièrement).

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 11:58

Jusqu’où Macron pourra-t-il renouveler les cadres de l’administration, tous protégés par leur statut ? Derrière les changements politiques apparents, les décisions de gestion continueront à être prises par un groupe d’hommes et de femmes immuables.

 

 

Dans un discours prononcé à Albi, Emmanuel Macron s’est fait l’apôtre du renouvellement des élites, sans le dire clairement d’ailleurs. Toute la question est aujourd’hui de savoir si cette ambition salutaire est tenable par une réforme « interne » au régime.

MACRON À ALBI, UN SYMBOLE ASSEZ CURIEUX

Il faut reconnaître au site de France 3 l’intelligence d’avoir replacé le déplacement d’Emmanuel Macron à Albi dans l’étrangeté de son contexte historique :

Symboliquement, Emmanuel Macron a visité la Verrerie Ouvrière d’Albi (VOA). Les ouvriers de l’entreprise avaient bénéficié du député Jaurès après la grande grève de 1895. Mais les temps ont bien changé : la VOA, ancienne société coopérative, a depuis… été rachétée par Verralia, un groupe lui-même détenu par un fonds de pension américain ! On est bien loin de Jaurès.

Macron, apôtre d’une France où les entreprises les plus anciennes sont contrôlées par des fonds de pension américains ? Le pari était vraiment étrange…

LE SUJET CENTRAL DU RENOUVELLEMENT DES ÉLITES

Durant le discours qu’il a prononcé à Albi, Emmanuel Macron a ensuite eu cette phrase tout à fait centrale dans l’œuvre qu’il devra conduire dès le mois de mai :

Ce ne sont pas les forces classiques de la vie politique française qui reconstruiront le pays. J’entends ceux qui voudraient que les partis reprennent leurs droits. Non, nous recomposerons jusqu’au bout, nous renouvellerons jusqu’au bout

Gouverner sans les forces classiques de la vie politique français, recomposer, renouveler « jusqu’au bout »: ces mots sont évidemment prometteurs et, pour tous ceux qui souhaitent que les cartes soient rebattues en profondeur en France, ils sonnent de façon heureuse.

Ils soulèvent toutefois deux questions. La première est de savoir quel degré de sincérité les porte, de la part d’un candidat qui aime communiquer, mais qu’on est loin d’avoir vu à l’œuvre. La seconde est de savoir dans quelle mesure les institutions rendront possible ce renouvellement des élites.

SUR LA SINCÉRITÉ DU PRÉSIDENT MACRON

Premier sujet : dans quelle mesure Emmanuel Macron est-il véritablement porteur de cette volonté de renouvellement ? Chacun, à commencer par lui-même bien entendu, aura son opinion sur le sujet. En l’état, et en lui faisant par bienveillance le crédit préalable d’une sincérité intacte, il est néanmoins confronté au problème éternel de la rénovation démocratique : comment s’appuyer sur des gens nouveaux sans hérisser le poil de ceux qui sont aux manettes ? Et comment enjamber les « insiders » du pouvoir pour les remplacer par des nouveaux ?

C’est pourquoi l’ambition d’un renouvellement des élites « jusqu’au bout » connaît déjà de sérieux tempéraments. Le secrétaire général du mouvement, Richard Ferrand, est député socialiste (proche des frondeurs, d’ailleurs). Macron a intégré Bayrou dans son équipe, qui n’est ni un perdreau de l’année, ni un grand consommateur de renouvellement, sans quoi il aurait disparu depuis longtemps.

Ces concessions faites à l’écosystème de la Vè République montrent bien la difficulté à laquelle Emmanuel Macron va se heurter. On imagine déjà qu’elle a dû grandir rapidement depuis le premier tour, et que les bureaux de son cabinet doivent être recouverts de CV prestigieux envoyés illico par des candidats aux fonctions les plus alléchantes de la République (on retiendra comme face émergée de l’iceberg les dépôts de candidature à Matignon par voie de presse : Laurence Parisot, Christiane Taubira, Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand, notamment).

SUR LA CAPACITÉ D’UN RÉGIME FRANÇAIS À SE RÉNOVER DE L’INTÉRIEUR

En même temps qu’Emmanuel Macron devra résoudre la difficile équation de l’exercice du pouvoir avec des gens nouveaux, donc inconnus et peu aguerris, il devra surmonter l’autre difficulté : la capacité des institutions françaises en général, et singulièrement celles de la Vè République, à tolérer et permettre des renouvellements de ce type.

Sur ce point, Emmanuel Macron devra en faire l’expérience dès le mois de juin, avec les élections législatives. Renouveler jusqu’au bout signifie qu’il refuserait d’investir des élus de l’actuelle Assemblée comme candidats d’En Marche. Mais alors… 577 candidats totalement inconnus (dans leur immense majorité) qui commenceront à faire campagne le 8 mai pour des élections qui auront lieu six semaines plus tard, ça risque quand même d’être un peu court pour monter une mayonnaise et obtenir une majorité de gouvernement à l’Assemblée.

Là encore, le bon sens est que Macron fasse ce qu’il a discrètement commencé à faire : accepter des élus actuels comme candidats, à condition qu’ils concourent officiellement sous la bannière d’En Marche. Mais, dans ce cas, le candidat renonce à sa promesse de « renouvellement jusqu’au bout », et reprend les vieux produits en changeant seulement l’emballage.

C’est toute la difficulté d’un changement par l’intérieur.

LA QUESTION DE LA TECHNOSTRUCTURE

Reste un problème qu’Emmanuel Macron ne pourra contourner : les élites en France ne sont que marginalement politiques. Elles sont et demeurent majoritairement administratives. C’est ce qu’on appelle la technocratie. Macron s’est (et c’est un bien) prononcé pour un spoil system à la française, qui reste quand même très en-deçà du spoil system américain. Aucun haut fonctionnaire français ne terminera son parcours chez Pôle Emploi. Il sera juste reclassé dans un corps d’inspection à 10.000€ par mois, voire plus.

Mais jusqu’où Macron pourra-t-il renouveler les cadres de l’administration, tous protégés par leur statut ? En réalité, derrière les changements politiques apparents, les décisions de gestion, au jour le jour, continueront à être prises par un groupe d’hommes et de femmes qui demeureront immuables.

Et là, nous touchons probablement au problème le plus compliqué à résoudre, à périmètre égal d’intervention de l’État, pour un Président qui veut renouveler « jusqu’au bout ».

 

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:44

AGRICULTURE

Nous sommes en train de vivre La fin des paysans, titre d’un livre d’Henri Mandras en 1967. Ils représentaient alors un tiers de la population active. Ils sont à peine 2% aujourd’hui. Il y en avait encore un million en 1988. Selon la FNSEA il ne resterait plus que 341 000 exploitations professionnelles. Mais si l’on applique des critères réalistes, par exemple un revenu moyen par actif correspondant au SMIC, il en reste probablement moins de 250 000.

Les revenus de nos paysans ont baissé de 26% en 2016. Un sur deux gagne aujourd’hui moins de 354 euros par mois ! Tous les trois jours un paysan se suicide. Ils croulent sous la paperasserie et des normes débiles.

C’est ainsi que nos viticulteurs sont talonnés par une « Brigade de la végétation concurrentielle » qui mesure la hauteur des herbes entre les rangs de vignes, comme le révèle Isabelle Saporta dans son livre intitulé Foutez nous la paix1. Pour éviter d’être mis à l’amende, ils utilisent encore plus de désherbants chimiques qui tuent nos abeilles.

LIMITER LA RÈGLEMENTATION

Toujours plus de réglementations, de papiers, d’inspecteurs dans nos campagnes pour dresser procès-verbal et mettre à l’amende des paysans de moins en moins nombreux.

Emmanuel Macron en campagne à promis de leur accorder le droit à l’erreur, la possibilitéquand on est contrôlé pour la première fois et qu’on a commis une infraction qui n’est pas pénale, de ne pas avoir une administration qui sanctionne mais qui corrige et conseille.

Dans un sondage auprès de huit mille agriculteurs français, neuf sur dix répondent que ce ne sont ni les charges de travail, ni les incertitudes climatiques ou économiques qui les découragent ; mais la paperasserie qui leur est imposée, à laquelle ils disent passer un tiers de leur temps. Tandis que leur nombre diminue, augmente celui des fonctionnaires gérant un maquis réglementaire de plus de trois cents subventions.

LE RÔLE DE LA PAC

La Politique agricole commune (PAC), décidée par un Conseil européen du 14 janvier 1962, créa un marché commun agricole garantissant un prix minimal au dessus des cours mondiaux. Douze ans plus tard la production agricole avait doublé et le nombre d’agriculteurs avait diminué de moitié, passant de 6 à 3 millions d’actifs.

Entre 1962 et 1973 notre agriculture a produit deux fois plus par hectare, mais consommé trois fois plus d’énergie fossile et fait monter les émissions de gaz à effet de serre.

Système de normes imposées et de subventions, la PAC est fondée sur deux principes mortels : le protectionnisme et des subventions scandaleusement inégalitaires. Elle fait monter les prix des aliments et étouffe la liberté d’entreprendre et celle des marchés, contredisant ainsi les principes mêmes de la construction européenne.

Sous prétexte d’assurer la survie de nos paysans on bafoue leur liberté de produire, et aussi la liberté des consommateurs d’acheter au meilleur prix. Résultat : baisse du niveau de vie de tous.

L’OCCASION HISTORIQUE MANQUÉE

Malheureusement, M. Chirac, sous prétexte de défendre nos agriculteurs, a laissé passer une occasion historique et fait pression pour maintenir la PAC jusqu’en 2013, au grand dam de Tony Blair, alors premier ministre britannique, et de Peter Mandelson, alors commissaire européen chargé des négociations.

C’est en réaction que les grands pays émergents se sont alors durcis et regroupés pour ne plus risquer d’être pareillement bousculés à l’avenir par un seul pays riche. Ils refuseraient dorénavant toute concession, tant que les pays industrialisés n’auraient pas accepté de s’ouvrir à leurs produits agricoles.

Notre refus s’est retourné contre nous et a abouti à l’échec du Cycle de Doha, échec où tout le monde est perdant, et surtout nous.

DÉCLIN DE L’AGRICULTURE EUROPÉENNE

La PAC est un échec, puisque le déficit alimentaire européen a doublé en dix ans. L’agriculture européenne perd des parts de marché dans le monde et les importations progressent plus que les exportations.

Jusque-là le soutien artificiel des prix supposait une politique commune ; mais ce n’est plus le cas. Chaque gouvernement peut désormais aider directement ses agriculteurs.

Avec l’Europe à 27, la France est devenue contributeur net pour financer les pays d’Europe orientale, souvent pour des terres non agricoles, ou des bénéficiaires n’exerçant aucune activité agricole, selon la Cour des Comptes européenne3.

LA PAC ENCOURAGE LA CHASSE AUX SUBVENTIONS

Chaque année naissent 130 millions de bouches à nourrir supplémentaires, et il est naturel que le prix des aliments flambent. Pourtant, si le revenu des céréaliers augmente, celui de nos agriculteurs et éleveurs diminue.

Car ce n’est pas la production et la compétitivité qu’encourage la PAC, mais la chasse aux subventions. 40 000 hectares de vignes ont été arrachés en échange de subventions. A ce rythme, d’exportateur d’aliments la France va devenir importateur net.

C’est de manière étatique, protectionniste et corporatiste que nous appliquons la PAC, contrairement aux Britanniques et Allemands qui laissent beaucoup plus de libertés aux producteurs et consommateurs. L’Allemagne nous dépasse désormais pour le volume des exportations agro-alimentaires.

ARGENT GASPILLÉ

Pourtant en moyenne les pensions agricoles ne sont que de 736 euros par mois en 2017. Pour une épouse, seulement 450 €. Bien en dessous des 840 € du seuil de pauvreté. Beaucoup de conjoints ayant travaillé sans rémunération, et n’ayant donc pas cotisé, ne reçoivent aucune retraite.

Les surcoûts et subventions occasionnés par la PAC sont gaspillés. Loin de favoriser la survie des fermes familiales, l’argent va à des gens qui n’en ont nul besoin. Les 3 premiers bénéficiaires, dont les noms ont été révélés pour la première fois le 4 mai 2012, ne sont même pas agriculteurs.

Le premier est le volailler Doux, avec 55 millions. Ce qui n’a pas empêché sa faillite. Le second est le Comité régional de reconversion du vignoble de Languedoc-Roussillon (32,4 millions), suivi de la Sucrière de la Réunion (31 millions). Malheureusement, désormais, sous prétexte du respect de la vie privée, on cache les noms des bénéficiaires.

UNE POLITIQUE INÉGALITAIRE QU’ON CHERCHE À CACHER

Dans la dernière liste on trouvait ceux de Rothschild, de Dassault et du prince de Monaco, qui a des terres dans l’Aisne. Peut-on imaginer politique plus inégalitaire ? On comprend qu’on veuille la cacher.

Il est des dépenses publiques bénéfiques, mais ce n’est pas le cas de la PAC dont les principaux bénéficiaires ne sont ni agriculteurs ni éleveurs. Protectionnisme destructeur, qui augmente le coût de notre nourriture, ampute notre niveau de vie et coûte chaque année au contribuable au moins 33 milliards de subventions, auxquels s’ajoutent les surprix payés par tous, de l’ordre de 100 milliards.

En effet nous payons deux fois, comme contribuables et comme consommateurs, aux dépens du niveau de vie de tous. Selon Eurostat, les produits alimentaires sont en France 10% plus chers que la moyenne européenne.

Mais, même si nous sommes les champions des surprix, c’est aussi toute l’Europe qui les paie, surprix dépendant des tarifs douaniers (entre 18 et 28%) et surtout de multiples interdictions et obstacles non tarifaires créant la rareté et donc la cherté des aliments.

DES DIRECTIVES ÉCOLOGIQUES SIMPLES

Point ne serait besoin de régulations détaillées et tatillonne, mais de directives écologiques simples : débroussaillage, prévention des incendies de forêt, économie d’eau, limitation des engrais chimiques, des pesticides et de la pollution des nappes phréatiques.

Le gouvernement qui supprimera les obstacles à la libre circulation de nos aliments, les contributions volontaires obligatoires, ainsi que les actuels 300 types de subventions, pour les remplacer par une allocation unique – la même pour tous et réservée aux seuls vrais paysans – gagnera leur reconnaissance, repeuplera nos campagnes, nous économisera chaque année au moins 33 milliards de subventions et 100 milliards de surprix, ce qui augmentera considérablement notre niveau de vie et permettra de commencer enfin à nous désendetter.

ATTENTION À LA DETTE

N’oublions pas que nous continuons chaque année, depuis 1974, à augmenter notre dette publique qui dépasse désormais notre PIB. Depuis 2014, nous avons dépassé le Danemark pour devenir le numéro 1 mondial de la dépense publique, si l’on excepte la Corée du Nord et Cuba ! Nous n’avons pas d’autre choix que de faire des économies.

  1. pouvons le faire d’une manière simple et égalitaire, en sauvant nos paysans tout en augmentant le niveau de vie de tous. Osons ! Nous repeuplerons nos campagne et serons tous plus riches. Notre environnement en profitera aussi, et nous sauverons nos abeilles.

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans asnieres alternative Enjeu @PartiRadical
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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 09:30

Quand…le prochain président devra engager deux réformes urgentes

 

Le prochain président devra absolument se pencher sur deux secteurs en crise, l’éducation et l’agriculture, qui doivent être modernisées et libérées des contraintes réglementaires.

 

Changer de président et de parlement devrait faciliter les réformes. On peut toujours rêver. En voici deux qui sont urgentes.

ENSEIGNEMENT

Nos enseignants sont moins bien payés qu’ailleurs, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne, et nos résultats sont moins bons. La France a encore perdu deux places dans le dernier classement PISA de l’OCDE et n’est qu’au 25e rang de cette enquête évaluant les performances des élèves de 15 ans.

Pourtant nous dépensons plus, et de plus en plus. En 2017, le budget de l’enseignement augmente encore de 3 milliards d’euros, alors qu’il est en baisse pour les autres ministères, notamment la Défense.

En fait, ce n’est pas de dépenses supplémentaires dont nous avons besoin en matière d’éducation, mais de réforme. C’est ce qu’a compris une jeune normalienne et énarque, Anne Coffinier qui, plutôt que de devenir ambassadrice de France comme elle le pouvait, a préféré lancer, en 2004, l’association Créer son école, à l’origine de 700 écoles libres hors contrat et d’un Institut libre de formation des maîtres. 93 écoles indépendantes supplémentaires ont ouvert en septembre 2016, soit une croissance annuelle de 12%.

AIDE AUX QUARTIERS DÉFAVORISÉS

Ces établissements se créent même au cœur des quartiers défavorisés. Le Figaro vient d’établir un palmarès des lycées hors contrat à partir des résultats du bac 2016. Les résultats y sont bien meilleurs que dans le secteur public.

Selon la Fondation iFRAP il y a 34,5 milliards d’euros de surcoût de production annuel de l’enseignement public par rapport à l’enseignement privé sous contrat. Quand les Français comprendront-ils que le communisme marche moins bien que la libre entreprise, même en matière d’éducation ?

Environ quatorze millions d’élèves sont scolarisés en France, largement aux frais de l’État, des collectivités territoriales et des caisses d’allocations familiales. La dépense moyenne par élève et par an est de 6.010 euros dans le premier degré (maternelle et élémentaire), 8.410 euros par collégien, 11.310 euros par lycéen général et technologique et 11.960 euros par lycéen professionnel, soit un coût moyen de plus de huit mille euros par élève et par an.

SUCCÈS DES ÉCOLES INDÉPENDANTES

Les parents qui mettent actuellement leurs enfants dans des écoles indépendantes ont de meilleurs résultats et pour moins cher. Ils font faire une substantielle économie à l’État, et donc au contribuable.

C’est en effet plus de huit mille euros que ceux qui scolarisent leur enfant dans des collèges indépendants font économiser chaque année à l’État. Il serait naturel qu’on rende à ces familles une partie au moins de la somme qu’elles font économiser à la collectivité, à l’instar de ce qui se fait pour les gardes d’enfants.

BONS D’ÉDUCATION

Cette ristourne pourrait prendre la forme d’un chèque que l’on pourrait appeler bon d’éducation, titre non échangeable, encaissable uniquement par une école. Chaque famille recevrait ainsi en début d’année un bon pour payer la scolarité de son enfant dans l’établissement de son choix.

Ce système existe déjà dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Suède. Dans ce dernier pays les parents reçoivent un chèque d’une valeur moyenne de 8500 euros par enfant, et ils choisissent massivement les écoles privées, au point que l’enseignement public risque de disparaître.

Supposons que les pouvoirs publics : État, collectivités publiques et caisses d’allocations familiales, donnent à chaque famille un bon d’une valeur de cinq mille euros pour un écolier du primaire, huit mille pour un élève du secondaire, et dix mille pour un étudiant.

RENDRE L’ÉCOLE EFFICACE

Le coût, pour la collectivité, serait à peu près le même qu’actuellement ; mais le but de l’opération serait moins de réduire la dépense globale, que de la rendre efficace et performante, grâce à la concurrence, qui permettrait un bien meilleur rendement du système éducatif.

Ce qui permettrait d’introduire dans les établissements scolaires la plus grande autonomie de gestion réclamée, non seulement par les proviseurs, mais aussi par beaucoup de professeurs. Ceux-ci souffrent en effet de la rigidité des règles qui les encadrent, qui les empêchent de s’adapter à un environnement et à des élèves de plus en plus divers.

Avec le bon d’éducation, l’État cesserait d’être le gestionnaire inefficace d’un système inadapté. Son intervention se bornerait à garantir un niveau minimum. Cela permettrait de supprimer les contraintes de la sectorisation, en rendant aux parents le libre choix de l’école, qui est un droit fondamental dans les pays libres.

LA FIN DU MONOPOLE DE L’ÉDUCATION

Ils pourraient, ainsi, faire jouer la concurrence dans un secteur actuellement monopolistique, où règne gabegie et irresponsabilité, comme dans tout monopole.

Faire éclater le carcan bureaucratique qui étouffe initiative et créativité chez les enseignants, donnerait à notre système éducatif la chance de pouvoir jouer un rôle moteur dans le libre espace européen de l’éducation qui est en train de se mettre en place.

Les bons d’éducation, donnés aux parents et aux étudiants, ne seraient évidemment pas revendables. Ils ne pourraient qu’être remis en paiement à un établissement d’enseignement reconnu et agréé.

L’instauration d’un tel système pourrait se faire progressivement, en commençant par des expérimentations volontaires dans certaines régions. Il n’y aurait pas de difficultés pour les écoles privées.

Pour ce qui est du secteur public, on pourrait donner à chaque établissement le choix entre lestatu quo et le changement, choix exercé démocratiquement, établissement par établissement, par un vote des enseignants.

AUX PROFESSEURS DE DÉCIDER

Il est évident que c’est aux enseignants de décider. Il ne faut pas refaire l’erreur consistant à faire élire les présidents d’université par une majorité de non enseignants.

Ces présidents sont contestés, car élus par un collège où ce ne sont pas les voix des professeurs qui sont prépondérantes, mais celles des personnels administratifs et des étudiants.

Sous cette réserve, chaque établissement devrait pouvoir décider en toute liberté, soit de ne rien changer, si c’est le vœu majoritaire, soit de créer une structure nouvelle, entreprise commerciale, coopérative, mutuelle, association, peu importe la forme juridique.

Champ libre serait ainsi donné à l’innovation et à l’imagination, à la seule condition de la transparence financière, contrôlée par les chambres régionales des comptes.

PLUS D’AUTONOMIE POUR LES ÉTABLISSEMENTS

Les établissements ayant opté démocratiquement pour rester dans le secteur public, retourneraient à l’État les bons reçus en paiement de la scolarité. Les chefs d’établissement auraient la plus large liberté de gestion, tout en continuant, comme leur personnel, à être payés par l’État et à faire carrière dans la fonction publique, sans donc perdre leur statut privilégié actuel.

Chaque établissement aurait simplement l’obligation de faire un bilan annuel, ainsi qu’un compte de profits et pertes, comptabilité virtuelle, mais indispensable pour connaître les coûts véritables.

Les établissements bénéficiaires, c’est-à-dire ceux où le coût pour la collectivité serait inférieur à la valeur globale des bons reçus, seraient récompensés par une participation aux bénéfices, permettant de distribuer des primes au personnel.

LA REVALORISATION DU MÉRITE

Les établissements déficitaires, où le total des bons d’éducation reçus serait inférieur aux dépenses engagées, se verraient pénalisés par une réduction proportionnelle de leurs crédits.

Les salaires statutaires des personnels y seraient maintenus, mais les structures durablement déficitaires devraient être fermées, par exemple après trois années consécutives de pertes, et leur personnel serait alors transféré vers les établissements bénéficiaires ayant besoin de se développer pour faire face à une demande accrue.

Les établissements publics ayant choisi le secteur concurrentiel pourraient s’organiser en toute indépendance ; sous réserve d’inspections, tout comme les établissements privés actuels ; mais le véritable pouvoir de contrôle appartiendrait en dernier ressort aux parents et aux étudiants.

EVALUER LES PERFORMANCES DES ÉTABLISSEMENTS

Consommateurs d’éducation, ils seraient les ordonnateurs du système, les véritables décideurs, par le simple fait qu’ils apportent, en toute liberté, leurs bons d’éducation aux établissements qu’ils jugent les meilleurs et les plus performants.

Comme cela s’est déjà produit au moment de la privatisation d’autres établissements publics, il pourrait y avoir des surprises, car rien n’est jamais joué d’avance.

Il n’est même pas sûr que la part des écoles privées augmenterait globalement, car les établissements réalisant des bénéfices seraient sans aucun doute choyés par les pouvoirs publics qui auraient intérêt à leur donner les moyens de grandir, de manière à économiser les fonds publics.

UN MEILLEUR SERVICE PUBLIC DE L’ENSEIGNEMENT

Il n’est pas exclu que, réveillé par la concurrence et motivé par l’autonomie, un grand service public de l’enseignement finalement prospère à tous les niveaux. Les droits acquis des personnels en fonction seraient préservés, mais les conditions d’emploi et de salaires des nouveaux recrutés seraient négociées par chaque établissement qui choisirait librement ses professeurs dans les universités devenues, elles aussi, autonomes.

Sans aucun doute, les meilleurs professeurs et chefs d’établissement verraient leurs salaires dépasser largement les plafonds actuels de la fonction publique.

(A suivre)

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 07:41

Il ne sert à rien de vouloir « sauver » un peuple de l’immigration s’il n’existe plus. Comme dans toute action humaine il y a des risques à prendre, mais il y a aussi la certitude d’échouer si l’on se ferme.

 

On dit aux Français, aux Allemands et à bien d’autres : « votez pour moi sinon vous serez remplacés dans votre propre pays par des Barbares ». En France, Le Pen parle de « l’invasion » ou de « la déferlante ». C’est le fantasme du grand remplacement, une grave erreur car on tuerait la France sous prétexte de sauver son peuple. À moins que ce ne soit une simple arnaque électorale.

Un « remplacement par des Barbares » ? Certes, on ne le dit pas directement, législation française oblige. On évoque « des mœurs, des coutumes, le respect dû aux femmes, les conquérants qui nous assiègent » ou « nous serons étrangers sur notre propre sol ».

L’auditoire comprend parfaitement et lance des huées à chaque allusion. Le discours du Front National a été analysé par de multiples chercheurs, dont les conclusions sont résumées par l’historien Pierre Nora : « avec nous ou la mort ».

LE FANTASME DU « GRAND REMPLACEMENT »

Il y a aujourd’hui 66 millions d’habitants en France, dont autour de 5 millions originaires de pays musulmans, « deuxième génération » comprise, et non 10 à 15 comme l’affirment des rumeurs insistantes.

Certes, il n’y a pas de statistiques ethniques, mais une masse d’études et de sondages confirment ce chiffre. Un éventuel remplacement supposerait donc des mouvements (naissances, décès, immigration, émigration) dont le solde serait d’un grand nombre de dizaines de millions de personnes.

IDÉOLOGIE INVRAISEMBLABLE

Est-ce vraisemblable ? Concernant les naissances et décès, la différence avec le reste de la population est trop faible pour avoir un effet massif avant un, voire plusieurs siècles car il ne s’agit que d’une fraction d’enfants par femme (0,4 ?).

Rappelons que les plus féconds sont les Subsahariens, chrétiens ou musulmans, et non les Maghrébins ou les Turcs, qui viennent d’ailleurs de pays très moyennement féconds (2 à 3 enfants par femme).

Même fantasme pour les quelques milliers de polygames « couverts d’enfants » : ce qui détermine le futur, c’est le nombre d’enfants par femme et non par homme.

Mais, dira-t-on, il y aura l’immigration future, actuellement d’environ 200 000 par an. Certes, mais dans cette immigration il y a de tout, musulmans ou non, dont de plus en plus de personnes qualifiées et de femmes seules, dont beaucoup viennent chez nous pour échapper aux « coutumes » locales.

LOIN DU REMPLACEMENT

Il y a aussi 70 000 étudiants venant du monde entier, dont la plupart reviendront au pays, voire, de plus en plus souvent, nous quitteront pour aller en Grande Bretagne et aux Amériques.

Donc pas de calcul précis possible, mais remarquons qu’il faut 100 ans pour que 100 000 arrivées annuelles de supposés « remplaçants » totalisent 10 millions d’individus, et nous seront toujours loin du remplacement.

Remarquons au passage que l’immigration clandestine, très visible à certains endroits, ne change pas le calcul car elle est intégrée à l’officielle au fil des régularisations ou se termine par des retours : on ne reste pas clandestin toute sa vie, du moins en quantité significative.

ÉVITER L’ÉMIGRATION

Mais dira-t-on, des Français émigrent, ce qui précipite le remplacement. Oui, mais le même calcul montre qu’il resterait néanmoins très lointain. Et surtout, cette émigration est la conséquence de nos erreurs économiques : votons pour un candidat qui les évitera !

Voyons maintenant qui sont ces 5 millions de résidents « d’origine musulmane ». Ils sont très fractionnés en « nationalités » rivales (Marocains/Algériens, Turcs/Arabes/Subsahariens, Iraniens et Libanais chiites/sunnites etc. ), en comportements religieux (pieux, non pratiquants, athées et même chrétiens… ) et en sentiment national : fidèles au pays d’origine, patriotes français, comme les « Fils de France », « internationalistes » djihadistes, très remarqués mais peu nombreux. On est donc très loin d’un bloc.

DES REMPLAÇANTS QUI FONT PEUR ?

Finalement, qui sont ces « remplaçants » qui vous font peur ? Notre collègue informaticien ? La réponse est hésitante : « pas forcément, je parle de ceux qui ne sont pas intégrés, les banlieues, quoi, les assistés… vous voyez ce que je veux dire ». Très bien. Il y a effectivement un problème important, mais qui concerne beaucoup moins de monde.

Combien ? Je vous passe les détails et l’incertitude sur les chiffres, mais quelques centaines de milliers me semblent être un grand maximum. C’est beaucoup, mais pas de quoi remplacer 65 millions de personnes ! Rappelons-nous qu’en 1972 (oui 1972 !), le slogan du parti d’extrême droite était : « Avec nous, avant qu’il ne soit trop tard. »

Et si c’était l’inverse : s’ouvrir avant qu’il ne soit trop tard ?

L’IMMIGRATION EST VITALE MALGRÉ SES INCONVÉNIENTS

Pourquoi ? Parce que tout adulte de 60 ans sera retraité 10 ans plus tard, et en état de faiblesse dans les 15 années qui suivent. De même tout enfant non né en 2017 ne sera jamais un adulte. Tout trou dans la pyramide des âges est définitif, sauf immigration.

La question des retraites a mis en évidence le vieillissement de population, mais en se limitant trop souvent à l’aspect financier (cotisations/pensions). Or le vieillissement, c’est bien plus que les retraites : c’est l’extinction dans la misère ou la servitude.

Pourquoi ? Parce qu’il suffit d’environ 40 ans de faible fécondité pour que le mécanisme de disparition d’un peuple se mette en place, car le nombre de femmes pouvant être mères se met à diminuer.

LE PROBLÈME DE LA FÉCONDITÉ

Corrélativement il faut 40 ans pour relancer la machine, et les pays qui essaient de le faire (Chine, Allemagne) ont échoué pour l’instant à faire remonter significativement la fécondité.

Le Japon est le grand pays dans lequel le processus de disparition est le plus avancé, et l’Allemagne le serait sans sa politique d’immigration massive qui dure maintenant depuis 70 ans, donc indépendamment de la « crise syrienne ». Remarquons que cette immigration n’a pas gêné son développement économique, bien au contraire. Idem pour les États-Unis.

Or les conséquences du déclin démographique sont dramatiques car il ne reste que des vieux. Soit ils se coupent du reste du monde et ils crèvent de faim ou de misères physiques, soit ils acceptent alors l’aide de jeunes immigrants qu’ils sont alors trop vieux pour encadrer et contrôler.

LE DÉCLIN DÉMOGRAPHIQUE

Il aurait fallu les faire entrer 40 ans plus tôt quand les institutions étaient encore en place et tenues par suffisamment de « nationaux ». C’est encore aujourd’hui le cas de la France, et déjà moins nettement celui de l’Allemagne.

Cette dernière essaie de « compenser » son infériorité démographique par une vigoureuse politique d’intégration. Bref, il vaut mieux une immigration importante maintenant, que plus tard ou jamais.

Que cette immigration pose de graves problèmes, nous sommes tous d’accord. Mais il faut penser à l’alternative. Cela va bien au-delà des questions d’économie, de port du foulard et du menu des cantines.

FAUSSE PERSPECTIVE SUR LE TERRORISME

Et même au-delà du terrorisme qui frappe à juste titre l’opinion publique, mais qui reste extrêmement faible car il n’a pas de support dans la masse des musulmans français : une vingtaine d’acteurs d’attentats meurtriers en 2016 et quelques dizaines pour ceux qui ont échoué.

Et le vieillissement est d’autant plus dangereux que le début est insidieux : moins d’enfants, donc moins de charges. J’ai été particulièrement scandalisé par un haut fonctionnaire de Bruxelles qui déclarait « nous entretiendrons les vieux avec l’argent économisé sur les jeunes », oubliant qu’il s’agit d’êtres humains et non d’argent !

En conclusion, il ne sert à rien de vouloir « sauver » un peuple de l’immigration s’il n’existe plus. Comme dans toute action humaine il y a des risques à prendre, mais il y a aussi la certitude d’échouer si l’on se ferme. Mais il est plus simple de faire peur si on veut être élu !

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 22:28

Au delà du 2e tour de la présidentielle dimanche, un 3e et même un 4e tour attendent le gagnant de l’élection.

 

Nous n’aurons pas à subir une finale Le Pen/Mélenchon et les marchés financiers ont d’ailleurs anticipé une victoire finale d’Emmanuel Macron en enregistrant une progression sensible (+4% le lendemain du 1er tour) ; à la grande colère de Jean-Luc Mélenchon toutefois qui espérait bien arriver au deuxième tour et être élu Président face à Marine Le Pen.

La droite a perdu l’élection imperdable et François Fillon a finalement été éliminé de peu car il ne lui a manqué que 500 000 voix pour arriver en deuxième position. Mais on sait qu’il a perdu d’une part en raison des affaires qui ont empoisonné sa campagne et d’autre part parce qu’il avait un programme trop réformiste au goût de l’électorat.

UNE NOUVELLE DIVISION POLITIQUE DE LA FRANCE ?

Le duel final qui s’est engagé, outre la bataille des egos et la guerre de la communication, consacre une nouvelle division de la France et on ne peut pas faire plus antagonistes qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ce sont deux visions du monde qui s’opposent : l’une est européenne et mondialisée, l’autre exclusivement française.

Certains voient une parcellisation de la société en quatre, d’autres un nouveau partage entre droite (FN et LR) et gauche (EM et FDG renommé « Insoumis »). J’y verrai pour ma part une scission entre les étatistes collectivistes (FN et FDG) et les étatistes modérés (EM et LR) ; les uns étant profondément anti-européens et les autres étant franchement ou modérément européens, à ceci près que, comme par hasard, les étatistes collectivistes sont aussi des populistes.

Et la lutte promet d’être âpre car, à une époque où tous les faits et gestes des candidats sont immédiatement diffusés sur les médias et les réseaux sociaux, il est une règle intangible : ne jamais sous-estimer l’adversaire et, qu’on aime ou pas Marine Le Pen, il faut lui reconnaître une volonté de réussir et de se battre pour ses (mauvaises) idées. Elle ne fera aucun cadeau à Emmanuel Macron et elle ne laissera passer aucune occasion de le déstabiliser ou de le décrédibiliser !

Et celui-ci devrait d’autant plus s’en méfier que nous assistons, les réflexes politiques étant ce qu’ils sont, au retour des petits calculs politiciens. En effet, clairement, une partie de la droite joue le troisième tour après avoir pris acte, dès avant le premier, du fait que François Fillon ne pouvait pas gagner.

Ainsi, compte non tenu du cas de M. Dupont-Aignan dont on peut se demander quel bénéfice électoral il escompte retirer de son alliance avec le FN, son espoir d’arriver au pouvoir par cette voie s’apparentant plutôt à un suicide politique, on sait qu’une partie des oligarques de la droite préfère la solution Le Pen à la solution Macron pour une raison de calcul électoral pour le moins audacieuse – pour ne pas dire hasardeuse.

Même si les leaders de la droite ont appelé à voter Macron, certains estiment qu’il est nécessaire de gonfler le score de Marine le Pen pour affaiblir Emmanuel Macron et une autre partie pense que si les Français élisent Marine le Pen, ils se jetteront ensuite par sursaut républicain dans les bras de la droite républicaine majoritaire dans le pays (pensent-ils) ; avec l’espoir de pouvoir finalement contourner le mécanisme de l’élection présidentielle et diriger le pays dans le cadre d’une cohabitation dure.

Nous assistons donc à une lutte pour le pouvoir à plusieurs degrés d’une part pour la présidence de la République et d’autre part au niveau des législatives ; compte non tenu d’un probable quatrième tour social.

LE DEUXIÈME TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE

Le match risque d’être très serré car Mme Le Pen ne lâchera rien et nous assistons à la confrontation de deux visions diamétralement opposées du monde : une France ouverte et une France repliée sur elle-même !

Car Marine Le Pen est la candidate du repli identitaire et de la régression économique et on sait qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour cela les plus grosses ficelles de la démagogie populiste ; et ça marche.

Sa visite à l’usine Whirlpool en est un excellent exemple car, avec elle, aucun problème, les emplois seront sauvegardés et l’entreprise restera sur place car « quand l’État veut il peut » (sic)… ce qui est rien moins que douteux, dans la même veine de ce qu’elle a proféré lorsqu’elle a affirmé qu’avec elle il n’y aurait jamais eu d’attentats. Les promesses n’engagent que ceux à qui elles sont faites.

Une victoire « à l’arraché » de Marine Le Pen est encore possible notamment parce qu’une partie de la droite ne votera pas Macron et parce que ce dernier représente tout ce que rejette une bonne partie des Français : le bourgeois banquier, bobo friqué, européiste, mondialisé, jeune, le politicien velléitaire immature et égocentrique, la haute fonction publique, l’énarchie déconnectée des réalités. C’en est presque une caricature.

Or, Marine Le Pen agite habilement le spectre fatal du libéralisme et de la mondialisation en jouant sur les peurs, les sentiments de rejet, de frustration de l’électorat.

Seulement, contester la mondialisation apparaît à la fois irréaliste et totalement improductif car elle est un fait et non une idéologie, et la question n’est pas d’être pour ou contre ou si elle ruine ou enrichit le peuple : elle existe et soit on s’y adapte soit on la rejette mais, dans ce cas, elle se fera sans nous !

On sait aussi que Marine Le Pen recrute son électorat dans les classes populaires aux revenus modestes et plus les revenus sont modestes plus son score est élevé.

Marine Le Pen (tout comme Jean-Luc Mélenchon d’ailleurs) exploite essentiellement l’insatisfaction populaire et espère bien qu’une bonne part des électeurs insoumis de Jean-Luc Mélenchon votera pour elle ; même si la colère ne fait pas un programme de gouvernement.

Le FN drague ouvertement les électeurs du mouvement insoumis en pointant, non sans raison d’ailleurs, les points de convergence entre les programmes des deux partis ou mouvements ; et Marine Le Pen le fait en appelant, dans une formule pour le moins osée, à faire barrage au banquier Macron comme si celui-ci représentait un risque pour la France.

Le plus curieux est que Marine le Pen pousse le cynisme jusqu’à faire la synthèse entre les thèses classiques du FN (immigration, sécurité) et les thèses propres au PC et au FDG en stigmatisant le représentant de l’oligarchie, le grand capital, les banques, l’élite, la mondialisation. Elle réinvente la lutte des classes à sa manière ; et cela n’étonne personne.

On peut relever aussi son discours à la fois simpliste et manichéiste lorsqu’elle se prétend le défenseur des Français patriotes… laissant de ce fait entendre que les autres ne le sont pas et sont nécessairement des traîtres à la nation. Là encore on retombe dans la dialectique marxiste.

Marine Le Pen a tout fait pour dédiaboliser le FN, en utilisant pour cela toutes les plus grosses ficelles (suppression du sigle FN, du nom Le Pen pour ne retenir qu’un prénom Marine, des affiches avec une rose bleue au lieu de la flamme…).

Par ailleurs, on ne répétera jamais assez que Mme Le Pen, qui a vécu dans l’hôtel particulier de son père à St-Cloud, n’est en aucun cas une représentante ni a fortiori un membre du peuple : c’est la digne représentante des élites françaises qui prospèrent sur la crédulité populaire !

LE TROISIÈME TOUR : LES LÉGISLATIVES

Nous aurons deux issues : soit Emmanuel Macron bénéficiera d’une majorité et il pourra gouverner soit, et c’est l’option que je retiens, il n’aura aucune majorité et sera dès lors le premier président à devoir subir une cohabitation dès sa prise de fonctions !

Cette dernière est clairement l’option poursuivie par LR, frustré d’avoir perdu l’élection imperdable mais c’est aussi celle de Jean-Luc Mélenchon qui semble revenir à ses réflexes trotskystes de déstabilisation du système politique afin, in fine, de prendre le pouvoir !

Il est donc à craindre que nous ayons droit à un immobilisme par incapacité car M. Macron aura contre lui le FN, le FDG, la droite républicaine… ce qui commence à faire du monde !

On peut même penser, et c’est aussi l’option que je privilégie, qu’aucun parti n’aura de majorité à l’Assemblée Nationale et que l’on va donc retomber dans les opérations politiciennes de la IVe République avec ses coalitions occasionnelles, temporaires et opportunistes en fonction du problème posé ; étant entendu qu’on ne peut pas non plus exclure un blocage complet des institutions par défaut de majorité quel que soit le problème posé !

Nous risquons donc cinq ans d’immobilisme, sauf démission du président ; ce qui va prodigieusement agacer les Français et les ramener à cette nouvelle théorie du « dégagisme » !

L’effet prévisible est que nous continuerons à glisser sur la pente fatale du défaut financier du fait de notre incapacité à résoudre nos problèmes d’adaptation à l’évolution du monde car, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la montée du FN mais aussi du mouvement insoumis se poursuivra… avec de fortes probabilités que le prochain coup soit le bon !

Macron profite de sa jeunesse pour incarner un renouvellement… qu’il n’est pas vraiment, hormis sa propre personne ! Il est davantage l’émanation d’un rejet et d’un dégoût pour une classe politique complètement dévaluée.

Ni de droite ni de gauche (mais de gauche quand même), il faut tout de même espérer qu’il entreprendra les réformes que ni la droite ni la gauche n’ont su faire depuis 30 ans !

Macron présente deux qualités à mes yeux : il est animé d’une volonté empreinte de positivisme et il est pro-Européen. Mais je crains qu’il ne soit vite récupéré, voire phagocyté, par les vieux éléphants et dinosaures politiques car les dérives politiciennes, surtout s’il n’a pas de majorité, reprendront avec vigueur dès que les élections seront passées.

On fera, sans aucun doute, de longues analyses quant à la nature et la composition de l’électorat ayant voté pour lui, mais je partage l’idée qu’il s’agit surtout d’un vote par défaut car on sait qu’il s’agit d’un agglomérat d’électeurs socialistes fatigués du hollandisme et du socialisme marxiste, de centristes et d’électeurs de droite révulsés par les révélations quant à la personnalité cupide et insincère de François Fillon !

LE QUATRIÈME TOUR SOCIAL

La mondialisation est mal perçue par une proportion importante de la population et le problème est que cette proportion ne fait qu’augmenter. Ce qui n’augure rien de bon pour la suite !

On a du mal à connaître la composition sociologique de l’électorat des mouvements anti-Européens mais il est évident que d’une part ces électeurs n’ont aucune idée du contenu des programmes hormis l’assurance que les droits acquis ne seront pas remis en cause ; et que d’autre part, notamment lorsqu’il s’agit de fonctionnaires, ils ne sont absolument pas confrontés au risque de la mondialisation.

Il va falloir à Emmanuel Macron beaucoup de pédagogie pour faire passer la pilule des réformes sociales, sachant que les problèmes structurels ne sont pas prêts d’être réglés, et il aura fort à faire entre les calculs politiciens de droite et de gauche et les difficultés d’une France en très mauvaise situation économique !

Et il ne faudra pas compter sur la collaboration ou même la simple passivité des syndicats, surtout la CGT ou FO dont le fonds de commerce est la lutte de classes. Il est à craindre un quatrième tour social particulièrement violent car il ne sera pas bien difficile de manipuler l’opinion à propos de la volonté de remettre en cause certains avantages acquis, Emmanuel Macron ayant prévu de légiférer de manière plus ou moins autoritaire par le biais des ordonnances !

Les extrémismes de droite et de gauche sont les enfants du chômage et si le nouveau pouvoir n’arrive pas à résoudre ce problème du chômage de masse, l’extrémisme continuera à progresser jusqu’à l’issue fatale ! Je nourris les plus graves inquiétudes quant au prochain scrutin : Le Pen 2022 ?

Et les investisseurs étrangers intègreront ce paramètre social en assimilant la France à un pays à risques, irréformable, avec les conséquences que l’on peut imaginer sur l’emploi et sur les taux d’intérêts ; avec l’effet pervers de peser sur une croissance déjà asthmatique et des conséquences que l’on peut aisément imaginer.

Je fais crédit à Emmanuel Macron de son désir de réformes mais j’ai quelques doutes et j’ai bien peur que nous ne soyons, à brève échéance, conduits à constater que la politique de Macron ne sera finalement que la (mauvaise) politique de Hollande par d’autres moyens !

Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron mais je souhaite néanmoins sincèrement qu’il réussisse là où tous nos politiciens ont échoué ! Toutefois, dans son programme je n’ai pas vu de mesures de nature à remettre en cause le schéma suicidaire d’une France qui claque à tout va l’argent qu’elle n’a pas et j’imagine assez mal qu’il va pouvoir, à lui tout seul, inverser le mouvement. Il ne faut pas oublier que la France ne respecte pas ses engagements européens depuis 10 ans au moins. La France est championne de la dette, championne des prélèvements obligatoires, championne de la dépense publique… La tâche à accomplir est immense !

Le FN exploite le chômage de masse persistant, le mal de vivre de la partie de la population la plus défavorisée et tant que nous n’aurons pas résolu ces problèmes, il continuera à progresser dans l’électorat ; tout comme le FDG. Il ne faudrait pas que nous continuions à agiter des idées stériles qui, certes, ont pu à une certaine époque fasciner le monde mais qui ne l’enchante plus guère désormais en raison de leur inanité !

La France a été un exemple dans le monde mais j’ai bien peur qu’elle ne devienne un exemple de ce qu’il ne faut pas faire !

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Published by Jean-Loup Dujardin - dans politique asnieres Enjeu @PartiRadical
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