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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:55

Affaires judiciaires, prépondérance du thème de l’insécurité, faiblesse des principaux candidats… La campagne électorale de 2017 ressemble chaque jour davantage à celle de 2002, au risque de sacrifier le prochain quinquennat.

C’était il y a quinze ans, la campagne pour l’élection présidentielle de 2002 battait son plein. Pourtant, le débat d’idée était absent, pollué par des sujets annexes, gâché aussi par une crise démocratique qui allait connaître une manifestation spectaculaire. La suite, nous la connaissons : à l’issue d’un premier tour voyant Jean-Marie Le Pen écarter Lionel Jospin de la course à l’Élysée, Jacques Chirac renouvelle son bail pour cinq années, perdues pour les réformes. 

Nous sommes désormais à deux gros mois de l’échéance électorale de 2017. Les têtes d’affiche ont changé (pour la plupart), pourtant l’histoire semble se répéter. Le débat sur les projets est absent, l’un des favoris de l’élection, Emmanuel Mao Tsé Cron,  pouvant se permettre de déclarer que « c’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne » ! Pour le malheur de la France, la campagne électorale de 2017 ressemble étrangement à celle de 2012 

La litanie des affaires

Déjà, par la place qu’occupent les « casseroles » des candidats dans l’actualité. Depuis le début des révélations sur l’affaire du « Pénélopegate » il y a trois semaines, la polémique sur les pratiques de la famille Fillon est devenue un feuilleton avec à chaque jour son rebondissement, entre nouvelles accusations et tentatives de défense de la part du candidat Les Républicains, fronde de l’arrière-ban des élus de droite et contre-réunion pour vanter l’unité, déplacements perturbés par des manifestants et grands meetings où les seules déclarations relayées par la presse concernent encore et toujours ce même dossier…

Les autres candidats ne sont pas en reste : nous avons d’ores et déjà eu droit à l’affaire des assistants du Front National au Parlement Européen, aux frais de réception d’Emmanuel Mao Tsé Cron à Bercy ou sur un autre registre à sa possible homosexualité, à la compagne de Benoît Hamon occupant un poste haut placé chez LVMH, en attendant sans doute de nouvelles aventures passionnantes du même acabit. Bref, c’est du haut niveau et la France pourrait bien offrir une campagne électorale aussi ras-des-pâquerettes que celle des États-Unis il y a quelques mois.

Déjà, en 2002, diverses affaires avaient nourri la polémique, notamment les nombreuses accusations ciblant Jacques Chirac : dossiers des emplois fictifs et des frais de bouche à la Mairie de Paris, affaire des HLM de la ville, « cassette Méry », etc. La marionnette des Guignols « Super Menteur », c’était lui !

Pendant ce temps, plus personne ne parle des projets des différents candidats, alors que les primaires de droite et de gauche avaient été plutôt intéressantes de ce point de vue. Ce ne sont pourtant pas les problèmes à régler qui manquent en France : on aimerait tant débattre des programmes des uns et des autres pour diminuer le chômage, résorber le déficit, enrayer le déclin de l’école, améliorer le pouvoir d’achat, lutter contre la délinquance et le terrorisme, réformer l’Union Européenne, etc. (je vous laisse compléter la liste).

L’insécurité, thème prépondérant

Parmi ces différentes thématiques, il y en a quand même une qui se distingue nettement : l’insécurité. Depuis quelques jours, la violence se déchaîne en banlieue parisienne, faisant suite à l’interpellation musclée du jeune Théo par des policiers. Les différents candidats s’étant soudainement sentis obligés de se prononcer sur une affaire dont les détails demeurent pourtant inconnus, la question de la sécurité empoisonne une nouvelle fois la campagne. S’y adjoint la menace terroriste islamiste, un attentat dans les prochaines semaines n’étant malheureusement pas à exclure.

De la même manière, en 2002, l’insécurité s’était imposée comme un thème majeur de l’élection présidentielle, au bénéfice de Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. La naïveté de Lionel Jospin sur cette thématique a probablement joué un rôle prépondérant dans son échec, alors que la presse bruissait alors de la tuerie de Nanterre, de l’attaque d’un commissariat à la voiture-bélier à Chambéry ou encore de l’agression sauvage de « Papy Voise » (le 18 avril !).

Une nouvelle fois donc, l’insécurité risque d’être un marqueur important de la campagne présidentielle, au gré des faits divers sordides dont l’actualité nous abreuvera. Un thème qui favorisera Marine Le Pen et François Fillon, qui ne manqueront pas de critiquer (à raison) la politique pénale menée ces cinq dernières années et de pointer la légèreté des propositions de Benoît Hamon et Emmanuel Macron sur ce sujet. Et comme le lien entre insécurité et intégration sera fait sans complexe par la candidate du Front National, elle pourra imposer ce thème de campagne dans le débat public.

Une offre électorale éclatée

Avec pas moins de 16 candidats en 2002, les électeurs ne pouvaient pas se plaindre d’une absence de choix. Il y en avait pour tous les goûts : trois trotskistes, deux représentants de l’extrême-droite, deux écologistes, un souverainiste, un candidat pour les chasseurs-pêcheurs, et même un libéral ! Cette atomisation témoignait de la faiblesse des « grands » candidats, pas assez légitimes pour s’imposer au sein de leur famille politique.

Concernant l’élection présidentielle de cette année, nous n’aurons la liste définitive des candidats qu’après le dépôt des parrainages, courant mars 2017. Toutefois, on peut s’attendre dès aujourd’hui à un casting pour le moins fourni ! A priori Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jacques Cheminade, Jean-Luc Mélenchon, Charlotte Marchandise, Yannick Jadot, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean Lassale, Rama Yade, François Fillon, Michèle Alliot-Marie, Henri Guaino, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et François Asselineau ont d’assez bonne chance de se retrouver sur la ligne de départ, sans compter François Bayrou s’il choisit de se présenter. Cela fait 16 candidats !

Et même si le jeu des parrainages diminue au final le nombre de postulants, les deux principaux partis de gouvernement sont peu rassemblés derrière leur champion : du côté du Parti Socialiste, les vallsistes parient sur la défaite de Benoît Hamon en vue d’un congrès post-électoral, tandis que chez Les Républicains les anciens soutiens d’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy soutiennent très variablement François Fillon en ces temps difficiles…

Par conséquent, les candidats des partis « sérieux » conservent un poids électoral bien modeste par rapport au vote protestataire : Emmanuel Macron et François Fillon ne représentent que 41 % des intentions de vote. En 2002, au soir du premier tour, le trio Jacques Chirac – Lionel Jospin – François Bayrou ne totalisait lui que 43 % des voix.

Les candidats « protestataires », aux idées identifiées quoique fumistes, auront d’autant moins de mal à se faire connaître et à faire des bons scores que les postulants aspirant réellement à l’exercice de l’État vont affadir leur discours afin d’élargir leur base électorale : c’est notamment vrai de François Fillon, comme l’illustre ses différentes reculades. Emmanuel Macron est lui déjà dans un tel flou qu’il peut difficilement faire mieux, mais qui sait ? Ce sera d’autant plus vrai dans la campagne d’entre-deux-tous si, comme tous les sondages le suggèrent, le face-à-face se joue contre Marine Le Pen.

La faible légitimité du Président élu

L’élection de 2017 devrait ainsi ressembler à l’élection de 2002 à un quatrième niveau, peut-être le plus important : ce sera une élection à un tour, avec une barre de qualification particulièrement basse. En effet, Emmanuel Mao Tsé Cron ou François Fillon sont quasi-certains de l’emporter s’ils se retrouvent au second tour face à Marine Le Pen. Or, leurs intentions de vote sont actuellement de 21 % et 20 %, respectivement. Il leur suffit donc de rassembler un cinquième de l’électorat au premier tour pour espérer s’emparer du pouvoir.

C’est d’ailleurs le pari que fait François Fillon, convaincu qu’il peut s’installer à l’Élysée s’il se qualifie pour le second tour face à la candidate du Front National. Même impopulaire, Jacques Chirac n’avait-il pas été réélu triomphalement en 2002, alors même qu’il n’avait rassemblé que 19,88 % des suffrages au soir du 21 avril ? De fait, le président élu aura donc un socle électoral de 20 % seulement…

Et ce socle sera même encore plus faible si l’on tient compte de l’ensemble de l’électorat et non seulement des votants. La  défiance des citoyens envers leurs élus, la succession des affaires renforçant le sentiment du « tous pourris » et la campagne électorale lamentable qui se profile ne pourront qu’encourager une forte abstention. En 2002, seuls 71,60 % des inscrits s’étaient déplacés pour voter, les soutiens de Jacques Chirac ne représentaient donc au final que 14,23 % du corps électoral…

Le même phénomène, peut-être même amplifié, devrait se produire en avril prochain. Dans ces conditions, le Président élu ne pourra donc jouir que d’une faible légitimité pour mettre en œuvre son programme, quel qu’il soit. Alors que la fonction présidentielle a déjà été fortement affaiblie au cours des dernières années, c’est une bien triste nouvelle.

Par pitié, revenons aux vrais sujets !

En 2002, la faible légitimité de Jacques Chirac, couplée au fait que la campagne électorale n’avait pas permis de débattre des projets des candidats, avait conduit à un quinquennat pour rien. Pendant ce temps-là, nos voisins européens mettaient en œuvre des réformes salutaires sous l’égide de Tony Blair au Royaume-Uni, Gerhard Schröder en Allemagne, etc.

La situation de la France en 2002 était déjà compliquée, elle est aujourd’hui devenue critique. Il devient donc indispensable que la campagne électorale pour l’élection présidentielle revienne aux vrais enjeux qui concernent les Français et leur avenir.

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