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  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 10:25

Comme à chaque scrutin européen, les positions eurosceptiques, en l’occurrence celles des Britanniques, sont caricaturées. Contrairement aux euroscepticismes continentaux dont beaucoup prônent une sorte de repli économique et/ou identitaire (cf Le Pen, Mélenchon), une grande partie des soutiens britanniques au Brexit sont libéraux.

La plupart de ces sceptiques avouent qu’ils resteraient europhiles si l’Europe était réorientée vers un club de nations qui échangent librement, et ne prenait pas la direction d’une supra-nation sous la coupe d’un conseil (en russe : soviet…) élitiste, bureaucratique, dirigiste, non élu, et de plus en plus déconnecté des réalités vécues par une mosaïque de peuples qui n’est pas prêt de développer un sentiment de solidarité transnationales, condition indispensable – et donc non remplie- d’une intégration politique européenne étendue.

Les plus curieux pourront visionner le film #Brexit The Movie du réalisateur australien Martin Durkin, pour comprendre quels sont les ressorts du ressentiment anglais vis-à-vis de l’Union.

Autant le dire : je me reconnais pleinement dans ces reproches adressés à l’union européenne telle qu’elle évolue.

Les libéraux ne sont pas Europhobes, juste euro-exigeants

Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que j’ai voté contre le traité constitutionnel en 2005, et que j’en aurai fait de même contre le traité de Lisbonne, si nos élites apeurées par les possibles conséquences d’une rebuffade du bon peuple ne nous avaient pas soustrait à la tentation de renouveler notre censure à cette proposition liberticide.

Ce double rejet suffit à me cataloguer parmi les eurosceptiques, ce qui équivaut pratiquement à une accusation d’extrémisme dans la bouche des plus fervents euro-technocrates, comme le détestable président du parlement européen Martin Schulz, dont j’ai déjà dénoncé la dérive euro-autoritaire ici.

Pour ces gens, ou bien vous êtes favorables à l’Europe auto-confectionnée sur mesure par les élites politiques pour leur propres intérêts, ou bien vous êtes anti-européen.

Pourtant, il existe bien d’autres façons de concevoir l’Europe. L’on peut être pro-européen et ne pas être constructiviste, dirigiste, et socialiste ! On peut aimer l’idée européenne sans accepter n’importe quoi en provenance de nos élites dirigistes. Mais voyons ce qui fait débat aujourd’hui.

L’Europe de Lisbonne : sur la route de l’asservissement bureaucratique

L’Europe de Lisbonne, fille de celle de Valéry Giscard d’Estaing, dont l’empathie vis-à-vis des simples mortels n’était pas la qualité première, ne reconnaît qu’une dimension verticale dans la répartition des compétences politiques au sein de l’union : européenne, nationale, locale.

Elle ignore totalement le fait qu’un certain nombre de compétences essentielles puissent être laissées à l’appréciation soit des individus, soit des entités privées que ceux ci forment pour résoudre leurs problèmes, associations, entreprises… Bref, ce que l’on appelle la société civile. L’Europe de Lisbonne voudrait pouvoir se mêler de tout, là où l’Européen libéral voudrait qu’elle ne se mêlât que de ce que la société civile ne peut prendre en charge elle même, quelles qu’en soient les raisons.

D’autre part, l’Europe envisage de façon très curieuse le principe de subsidiarité cher aux libéraux. Outre cette ignorance de la société civile qu’elle manifeste, elle prétend que les États ne conservent leurs compétences législatives que dans la mesure où l’Union n’a pas exercé la sienne. D’où cette propension de l’Union à vouloir réglementer tout et n’importe quoi.

Pour l’anecdote, l’union a légiféré, entre milliers d’exemples, sur la taille du paquet de spaghettis ou la composition du lait vendu en grande surface, pour être certain que le consommateur trouve partout le même lait. Comme si le consommateur grec et suédois avait les mêmes demandes ! Au lieu de nous enrichir de nos différences, l’union voudrait uniformiser au motif de normaliser.

Certes, certains commissaires, conscients du problème, ont tenté de limiter cet absurdisme (le saviez-vous ? La taille du paquet de spaghettis a été déréglementée. On respire !), et on peut créditer M. Barroso d’avoir commencé un timide nettoyage des idioties les plus manifestes. Mais malgré tout, les textes européens les plus courtelinesques continuent de paraître à un rythme régulier.

L’Europe de Lisbonne, en outre, voudrait nous imposer une charte contraignante des droits de type « sociaux », c’est-à-dire garantis par les pouvoirs publics par le biais d’une imposition des contribuables, alors que cette approche a depuis longtemps prouvé qu’elle ne permettait pas d’assurer les droits en question (ex :le « droit au logement » français est une vaste farce…) et qu’elle donnait de bien moins bons résultats qu’un marché libre d’entraves pour permettre l’accès à ces prestations.

Tout cet arsenal institutionnel donne à l’Europe les moyens de se comporter comme une couche bureaucratique supplémentaire qui s’arrogera le droit de se mêler de tous les aspects de la vie des citoyens, au mépris croissant de ses libertés individuelles.

Alors beaucoup d’Anglais disent: “No Thanks !”. Les Anglais n’aiment pas la bureaucratie et ont inventé le commerce moderne. Cette évolution ultra dirigiste de l’union ne peut leur convenir.

Brexit oui, Frexit non !

À ce stade, il faut comprendre que si un #Brexit peut avoir pour les Anglais un impact positif, un #Frexit serait catastrophique pour la France. Car si les Britanniques voudraient quitter l’Europe pour débureaucratiser tout ce qui peut l’être, les politiciens français anti-européens sont anti-libéraux, anti-mondialisation, voire même anti-capitalistes.

Les Français ne peuvent négliger les apports positifs de l’Europe depuis la création du premier marché commun à 6 dans les années 1950.

Tout d’abord, la multiplication des échanges commerciaux et personnels rendus possibles par l’Europe rend nettement moins probable l’occurrence de guerres entre pays européens. Quand on connaît le prix payé par le vieux continent aux guerres qui l’ont secoué, on se dit que ce point majeur est tout sauf anecdotique, quand bien même l’on pourra discuter de l’impact d’autres facteurs dans cette pacification spectaculaire.

De surcroît, l’extension de l’union commerciale a permis de faire jouer les avantages de la division du travail, ce qui permet à chaque pays de l’Union de profiter, au moins en ce qui concerne l’agriculture et l’industrie, de ce que les autres produisent de meilleur. Cette évolution reste à compléter dans le domaine des services.

Les traités européens, et leur application sans faille par la Cour de justice de l’UE, ont permis de faire sauter bien des monopoles publics français nuisibles à la prospérité du plus grand nombre. Là encore, l’évolution vers une Europe sans monopoles limitant arbitrairement la liberté de choix des individus qui y vivent n’est pas totalement achevée. Par exemple, il n’est toujours pas possible pour nombre de citoyens français de prendre une assurance maladie au premier euro dans un autre pays de l’Union.

Mais malgré tout, le chemin parcouru vers la création d’un grand espace économique européen unifié est énorme depuis l’après guerre, pour le plus grand bénéfice de tous les Européens.

Cependant, là où certains pays ont effectué ces réformes libérales par eux mêmes, à l’intelligence, les politiciens français n’ont fait que réformer, à leurs dires, sous la pression de l’Europe, ce qui nourrit une forme d’Euroscepticisme assez différent de celui de nos voisins d’outre Manche.

Si la France devait quitter l’Europe, elle serait à nouveau livrée à ses vieux démons dirigistes colbertistes, pour son grand malheur. Car le socialisme, qu’il soit light ou Hardcore, échoue toujours, tout le temps.

Au sein de l’Europe se produit constamment, comme au sein de tout État, une lutte d’influence entre dirigisme et libéralisation, et l’État actuel de l’Europe traduit une absence de choix clair dans l’une ou l’autre de ces directions. En France, nous avons largement bénéficié du volet libéral de l’union, car sans lui, nombre de nos grands monopoles publics n’auraient peut être pas sauté. Mais nous risquons d’y perdre si l’Europe-léviathan venait à remporter son combat contre l’Europe libérale.

La tendance peut se retourner

La seule question qui peut vraiment nous tarauder est celle de la pérennité des avancées libérales passées du fait de la direction prise par l’Europe d’alors.

Or, en observant les évolutions de l’Europe au cours de son histoire récente, il me semble qu’il y a un danger réel de régression.

En effet, l’Europe, depuis les années 1980, semble avoir été en prise avec deux forces antagonistes dont on ne saurait garantir que la résultante reste d’inspiration plutôt libérale ad vitam aeternam.

En effet, si d’un côté, les différentes lois et directives votées au niveau de l’union ont effectivement permis de grands progrès dans l’élaboration d’un marché unique, d’un autre point de vue, les pouvoirs dont la bureaucratie de la commission se sont saisis semble toujours plus nombreux, et la constitution de Lisbonne consacrerait la fin de toute limite dans cette augmentation du pouvoir central européen sur les États et les individus qui y vivent.

Jusqu’ici, un « consensus technocratique plutôt libéral » a permis que les décisions les plus importantes prises par l’union renforcent le caractère libéral du vieux continent. Mais hélas, cette évolution semble plus tenir de la chance que d’une véritable solidité des racines libérales de l’Union.

L’évolution plutôt libérale de l’Europe ces quarante dernières années, tient, à mon avis, en partie à la chance. Au niveau européen, l’humeur, la tendance, étaient libérales, et ainsi l’Europe a-t-elle pu avancer dans la bonne direction. Hélas, les crises actuelles (financières, migrants), malgré leurs racines étatiques indubitables (cf.dossier « crise » de l’auteur), pourrait renverser cette tendance, et rien, dans les traités en vigueur, hormis la bonne volonté de la Cour de justice de l’union, ne pourrait empêcher, à mon avis, une évolution contraire de l’UE dans les décennies à venir.

Notre Europe : l’Europe des libertés !

Voilà pourquoi les Libéraux Européens, loin d’être les eurosceptiques que dénoncent les euro-sociolâtres, sont pro-européens, mais pour une Europe qui consacre d’abord et avant tout les libertés fondamentales des individus et l’abolition des dernières barrières intérieures, et non les possibilités pour Bruxelles ou pour les États membres de définir à la place des individus et de la société civile ce que doivent être nos choix.

Un projet européen renouvelé allant dans cette direction, celle d’une véritable “Europe des Libertés”, est nécessaire. Cela passe sans aucun doute par une révision des institutions européennes et de ses fondements législatifs. Une victoire du Brexit serait-elle de nature à provoquer une telle révision ? Voire. Les élites européennes pourraient au contraire prendre prétexte d’un tel vote pour crier au “pas assez d’Europe”, comprendre “pas assez d’Europe dirigiste”, et s’enfoncer dans le déni constructiviste.

C’est ce que laissent entendre les dernières déclarations de l’ineffable Jean-Claude Juncker, qui pense que les dirigeants des pays de l’union “tiennent trop compte de leurs électeurs”. Mais cela pourrait aussi donner le coup d’envoi à une vague de revendications anti-européennes forçant les élites européennes à faire le ménage chez les vieux euro-bureaucrates comme Juncker et à entamer un véritable travail de réflexion sur l’avenir de l’Europe. Dans ce cas, un Brexit serait salutaire bien au delà des riants paysages du Kent… Au point de pousser les Anglais à revenir !

Vincent Bernard

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