Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Jean-Loup
  • Le blog de Jean-Loup
  • : Engagé, depuis plusieurs décennies dans une démarche visant à lutter contre tous les processus d'exclusion, de discrimination et de ségrégation socio-urbaine, je suis persuadé que si nous voulons « construire » une société reposant sur un véritable Vivre Ensemble. Il nous faut savoir, donner du sens au sens, prendre le temps de la concertation et faire des propositions en adéquation avec les besoins de nos concitoyens.
  • Contact

Recherche

1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 09:46

Quel bilan dresser de 3 ans de François Hollande du point de vue des libertés individuelles ?

Le candidat Hollande voulait devenir le président du rassemblement. Il s’est donc attelé à lutter contre le racisme et l’antisémitisme et promouvoir les valeurs de la république et, pour cela, il a déployé une certaine vision de la laïcité qui réduit l’espace public à la neutralité, et oblige tous ceux qui passent par lui à se défaire de tout signe religieux.

On ne peut l’accuser d’avoir initié cette vision, mais il l’a indéniablement rendue plus dangereuse car plus opaque. Désormais, ce n’est pas le voile intégral, caractérisé par une dissimulation du visage, mais tout signe vaguement religieux : une jupe longue devient ainsi un symbole religieux si elle s’inscrit dans une démarche de prosélytisme, et devient dès lors interdite au lycée. La ministre de l’Éducation du président Hollande a d’ailleurs jugé que la direction avait fait preuve de discernement, puisque des critères objectifs ne suffisent plus pour délimiter l’ostentatoire.

Les statues de dictateurs sont toujours bienvenues sur les places de nos villes, et l’argent public peut toujours être utilisé pour les financer, tout comme le nom d’édiles corrompus peut devenir celui de nos rues. Mais un pape, lui, ne peut laisser sa place dans l’histoire ; en tout cas, pas dans l’espace public. La statue de Jean-Paul II, ornée d’une grande croix, devra être déplacée : trop ostentatoire. La religion, ce n’est décidément pas assez laïc.

La laïcité n’est pas nécessairement une mauvaise chose ; séparer l’Église (ou quelque religion d’ailleurs) de l’État permet d’en objectiver la fonction. Malheureusement, ce n’est pas le cas : la liberté d’expression sous Hollande est plus sacrée que Mahomet mais moins que les génocides.

Une liberté d’expression à géométrie variable

Suite aux attentats, François Hollande réaffirmait la liberté d’expression, et que les Français ne doivent pas céder aux terroristes. Mais, dans les faits, il n’a rien fait pour la renforcer ou la protéger, alimentant les frustrations.

La liberté d’expression, c’est bien, mais pas trop. Qu’on balance sur d’anciens présidents, qu’on caricature des prophètes, passe encore ; mais qu’on tienne des propos racistes, ou qu’on remette en question un génocide, et rien ne va plus.

Le racisme, pour le Premier ministre Ayrault, n’est pas une opinion mais un délit. Les deux ne sont pourtant pas irréconciliables ; il suffit de réunir les deux mots dans une expression, un « délit d’opinion », qui devient une notion à part entière. Mais cela reviendrait à dire qu’il existe des délits d’opinion, et que le racisme, en tant qu’opinion, peut tomber sous le coup de la liberté d’expression. Il suffit donc de lui enlever le statut d’opinion pour le faire cesser.

On le voit bien, interdire le racisme, ça marche. C’est pour ça que la mesure vaut aussi pour la remise en question de certains génocides, notamment la Shoah et le génocide arménien. Il y a des mémoires et des choses sacrées que l’on peut salir, et d’autres non. C’est comme ça. Et on voit bien comment, en affirmant la liberté d’expression dans certains cas et pas dans d’autres, le président du rassemblement entretient des frustrations.

S’il a laissé passer l’occasion de réaffirmer la liberté d’expression, le Président Hollande a néanmoins saisi l’occasion présentée par Charlie pour renforcer la surveillance.

Une surveillance tous azimuts

Car si la laïcité devient de plus en plus restrictive et invasive, si la liberté d’expression est d’autant moins protégée qu’elle est à géométrie variable, la surveillance vit un réel essor. Désormais, les données personnelles de tous les citoyens seront systématiquement analysées, passées au crible d’algorithmes conçus par les services de renseignement. La France reconnait et s’inspire trop rarement des bonnes pratiques internationales, mais force est de constater que le gouvernement se dote des meilleurs moyens de contrôler et surveiller la population.

Personne ne saura de quelle façon les données sont traitées, ce qu’il en est fait, comment elles sont interprétées. Personne ne saura quels critères feront entrer quels citoyens dans la catégorie « à surveiller ». Et c’est sans doute de ce point de vue que les libertés ont le plus reculé.

Outre la loi, la façon dont elle a été promulguée a de quoi inquiéter. La loi sur le renseignement ne fait qu’entériner et légaliser des pratiques existantes. Charlie n’était pas tant un moyen de regagner en popularité qu’une justification à la surveillance généralisée.

"En seulement trois ans, le Président Hollande a su utiliser la surveillance d’adversaires politiques à son profit et la généraliser à l’ensemble de la population. Il a renforcé le caractère clivant des religions en leur imposant un repli qui rend tout dialogue impossible. Et il a défendu la liberté d’expression uniquement comme liberté d’être en accord avec des valeurs de la république dont il se veut le garant. Quelle que soit la liberté individuelle à laquelle on s’intéresse (liberté de culte, d’opinion et d’expression ; vie privée), elle aura en seulement trois ans été piétinée avec la légèreté et la grâce qui caractérisent notre cher président" Baptiste Créteur.

Partager cet article

Repost 0

commentaires